Erté revisite le château de la Belle et des bêtes

Le 14 novembre 2019, par Anne Doridou-Heim

La dispersion de cet univers onirique évoquant les contes de fées de l’enfance a donné des résultats à la hauteur de sa démesure.

Création Erté, 1972, paire de curieuses armoires gainées de cuir à décor clouté, agrémenté de bois de cervidé ou de cornes, 260 208 83 cm.
Adjugé : 39 000 

Lors de l’exposition, les salles de Drouot ne désemplissaient pas d’une foule de curieux et d’amateurs venus du monde entier pour tenter de s’approprier un petit morceau de rêve, et il était difficile de se frayer un passage au milieu des peaux de bêtes, bois de cervidés et sirènes en coquillages. Le jour de la vente, l’ambiance était tout aussi exaltée : 100 % des lots ont été vendus, beaucoup achetés par de grands décorateurs et la grande majorité bien au-delà des estimations. Il faut reconnaître que le contenu de ce château était extraordinaire en tout point, né de l’imagination féconde et vagabonde de Romain de Tirtoff (1892-1990), plus connu sous le nom d’Erté, ainsi que le focus consacré à cette dispersion le rappelait avec force superlatifs (voir l'article L’univers fantastique d’Erté de la Gazette no 37 du 1er novembre, page 65). Si vous étiez plutôt mer, la foison d’objets de décoration alternant corail, coquillages et concrétions ne pouvait que vous séduire : l’occasion de prendre dans ses filets à 11 700 € une paire de lampes (h. 62 cm), à 10 400 € un lustre à dix lumières (h. 112 cm), pour 7 150 € une commode de forme mouvementée, moyennant 7 800 € une paire de réflecteurs (h. 128 cm), contre 10 400 € deux miroirs (160 100 cm) en pendant ou encore, à 14 950 €, une fontaine et sa vasque réalisées en collaboration avec Janine Janet (1913-2000).

Dieppe, vers 1860. Fauteuil d’une suite de trois à décor d’os et d’ivoire sculpté et gravé, garni de fourrure d’ours et de phoque, 113 x 6
Dieppe, vers 1860. Fauteuil d’une suite de trois à décor d’os et d’ivoire sculpté et gravé, garni de fourrure d’ours et de phoque, 113 65 62 cm.
Adjugé : 78 000 


C’est l’exploration de ce premier univers qui a mené l’artiste à poursuivre son chemin, cette fois, vers le monde de la forêt et de ses habitants. Dans le grand salon, on s’attendait réellement à voir la Bête sortir de son antre et les objets prendre vie pour raconter leur histoire. L’impressionnant lampadaire (h. 240 cm) en bois de cervidés et tests d’oursins s’éclairait de 27 300 €, le guéridon (diam. 102 cm) dont le plateau était constitué de plumes de faisan, principalement sous verre, se levait à 20 800 €, et les deux curieuses paires d’armoires en cuir clouté, cornes et bois de cervidés (l’une reproduite page de droite) s’ouvraient pour recevoir 45 500 et 39 000 €. Pour accompagner ses créations, Erté avait convié une suite de trois fauteuils aux cadres en bois recouvert de plaques d’os et ivoire sculpté : des sièges, fruits de la maîtrise des artisans dieppois des années 1860, qu’il avait «customisés» de fourrures d’ours et de phoque, et qui partaient vers un nouvel horizon auréolés de 78 000 €. Quant aux deux cheminées, pièces maîtresses en pierre calcaire vendues sur désignation, il s’agissait probablement pour l’une d’une production d’Arnay-le-Duc datée 1534 (420 355 92 cm), très vivement admirée à 150 800 €, et pour l’autre d’un travail italien ou français exécuté à la même époque (353 272 65 cm), installé à 175 500 €.
 

Création Erté, lampe (d’une paire) à trois lumières à figure de sirène en coquillages et concrétion, h. 62 cm.. Adjugé : 11 700 €
Création Erté, lampe (d’une paire) à trois lumières à figure de sirène en coquillages et concrétion, h. 62 cm..
Adjugé : 11 700 
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne