La Piété et la Luxure. Étonnante Haute Époque !

Le 08 décembre 2017, par Anne Doridou-Heim

On ne change pas une équipe qui gagne. Les deux pièces mises en avant dans la Gazette n° 41 du 24 novembre (pages 76 et 77) ont été les vedettes d’une vente de Haute Époque & Curiosités, conclue sur un produit total de 974 697 €, et se retrouvent donc à nouveau en lumière dans ce compte rendu.

Troyes ? vers 1500. Cul-de-Lampe en pierre calcaire sculptée en fort relief illustrant la luxure, 53 x 45 x 50 cm.
Adjugé : 170 310 €

Pour l’événement, la maison Pierre Bergé & Associés et l’experte, Laurence Fligny, avaient soigneusement conservé les plus beaux objets reçus tout au long du semestre, afin de réunir un ensemble des plus cohérents en termes de qualité et de rareté. Une surprise – de taille ! – venait des 170 310 € inscrits dans la pierre calcaire d’un étonnant cul-de-lampe (reproduit ci-dessus) sculpté dans la région de Troyes vers 1500, soit à la toute fin du gothique flamboyant. Nul doute que l’image de cet homme soulevant la robe d’une femme pour en découvrir le postérieur devait interpeller les fidèles du haut de la miséricorde de sa stalle. Il faut dire que si le thème de la luxure, puisque c’est ce dont il s’agit, était relativement fréquent dans l’art roman de l’an 1000 – prêt à tout pour convaincre le croyant, et notamment au moyen d’images pour le moins parlantes –, il l’était beaucoup moins à l’aube de la Renaissance. Le caractère archaïque du sujet est traité là avec toute la luxuriance dont le gothique flamboyant était capable. Cette belle découverte accompagnait celle d’une Vierge à l’Enfant de l’atelier de Conrad Meit (vers 1470/85-1551), une œuvre en pierre polychrome et dorée, reconnue à 39 928 €. Cet atelier a prospéré dans les Pays-Bas méridionaux au deuxième quart du XVIe siècle et a essaimé ses productions jusqu’en Bourgogne et en Franche-Comté, au monastère royal de Brou notamment. L’Enfant Jésus y apparaît joueur, et Marie pose sur lui un regard empreint d’amour. Quant à la Vierge de l’Annonciation en chêne sculpté du dernier tiers du XIIIe siècle (reproduite ci-dessous), son sujet – lui aussi plus rare que celui traditionnel de la Vierge à l’Enfant – l’amenait à sortir de son recueillement pour 76 860 €. Parmi les autres pièces présentées, deux étaient préemptées par le musée du Louvre : une coupe et un grand médaillon (voir page 156) en émail de Limoges, à respectivement 12 365 et 29 624 €.

 

Ile-de-France ou Picardie, dernier tiers du XIIIe siècle. Vierge de l’Annonciation en chêne sculpté en ronde bosse, dos partiellement évid
Ile-de-France ou Picardie, dernier tiers du XIIIe siècle. Vierge de l’Annonciation en chêne sculpté en ronde bosse, dos partiellement évidé, h. 146 cm.
Adjugé : 76 860 €
Panorama (après-vente)

Bientôt au Louvre

Le musée du Louvre agissait à deux reprises pour préempter des émaux de Limoges lors de l’importante vente de Haute Époque de Pierre Bergé & Associés du mercredi 29 novembre, à Drouot (Mme Fligny). En premier lieu pour une grande plaque circulaire (diam. 22,9 cm) mettant en scène un cavalier sur fond noir, le duc de Naimes, attribuée à Colin Nouailher et peinte vers 1540 (voir la reproduction), acquise à 29 624 €. Ce type de plaque dans ces dimensions est rare : une trentaine sont connues, tout au plus, la plupart dans des grandes collections publiques. La deuxième pièce, une coupe peinte en grisaille avec des rehauts de couleur chair et d’or et représentant le Dieu Neptune sur son char tiré par quatre chevaux marins, attribuée à Jean III Pénicaud et exécutée dans le troisième quart du XVIe siècle, nécessitait 12 365 €.

Panorama (après-vente)

Carré d’as

Une réunion de choix, qui s’est conclue sur une enchère bue à 45 072 €. Dans cette caisse «Carré d’as» en millésime de l’année 2000, quatre magnums, un château-haut-brion, un château-latour, un petrus et un château-margaux : le meilleur du Bordelais sorti de cave pour être montré à Drouot, chez Marc-Arthur Kohn, le vendredi 1er décembre. Le petrus devait être sacré par la vente d’une collection de 63 bouteilles de 1945 à 2010 (sauf 1956, 1965 et 1991, voir Gazette n° 41 page 82), mais le divin nectar restera en bouteilles et attendra une nouvelle occasion festive pour être débouché…

mercredi 29 novembre 2017 - 16:00 - Live
9, rue Drouot 75009 Paris
Pierre Bergé & Associés
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