Les greniers d’abondance du château de Mouchy

Le 29 octobre 2020, par Anne Doridou-Heim

Les trésors cachés du château de Mouchy aiguisaient les envies, de vases chinois à la peinture du XVe siècle. Une réussite à plus de 1,4 M€.

Chine, époque Kangxi (1662-1722). Deux vases rouleau pouvant former paire en porcelaine, à décor émaillé rouge de fer et or de pavillons dans des paysages montagneux, h. 86 cm, montures en bronze doré de style Louis XV attribuées à Alfred Beurdeley.
Adjugé : 402 380 

Il était assuré que les greniers du château de Mouchy (voir l'article Château de Mouchy, un vide-grenier de luxe de la Gazette n° 36, page 54) allaient révéler des surprises, la seule inconnue étant de savoir ce qu’elles seraient. Une première réponse est venue dès le début de l’après-midi avec les 256 000 € d’un panneau donné à «un artiste nordique travaillant en Provence à la fin du XVe siècle» (reproduit ci-dessous). Si son sujet ne laisse aucun doute – Noli me tangere illustrant en effet l’épisode bien connu du Nouveau Testament de Marie-Madeleine découvrant le Christ ressuscité près du tombeau –, son auteur demeure plus incertain. La fiche fournie faisait état des recherches ayant mené à l’attribuer à l’un de ces peintres fuyant le nord de la France du milieu du XVe siècle en raison de troubles politiques pour venir se réfugier et travailler dans le Sud, où règne à partir de 1434 le roi René d’Anjou. Les indices ayant conduit le cabinet d’expertise sur la bonne voie sont nombreux, à savoir : les dimensions importantes de la composition, le fait que le sujet principal soit au premier plan et les épisodes secondaires relégués plus loin, l’attention particulière portée à l’éclairage – créant de fortes zones d’ombre et de lumière – et l’attitude vériste des personnages, proche de l’art flamand de l’époque. Tout ceci dirige vers un proche de Barthélemy d’Eyck, d’Enguerrand Quarton ou encore de Lieferinxe, ou tout au moins d’un peintre ayant eu connaissance de leurs travaux. Son nom reste cependant un mystère et l’on espère en savoir plus un jour prochain… D’autres peintures anciennes lui emboîtaient le pas. Une Nativité (diam. 115 cm) de Flaminio Torri (1620-1661) séduisait à 23 040 € et le Portrait d’une dame tenant un mouchoir (117 84 cm) d’un artiste de l’école flamande vers 1610, à 19 840 €. Quant à la reprise du Portrait de Louis XIV en costume de sacre (250 150 cm), un tableau commandé à Hyacinthe Rigaud en 1701 et devenu l'image officielle du roi, elle s’imposait à 70 400 €. La seconde surprise venait de la lointaine Chine. Elle récompensait de 402 380 € deux vases rouleau en porcelaine d’époque Kangxi (1662-1722), à montures en bronze (l'une à remonter) au XIXe siècle, probablement par Alfred Beurdeley (reproduits en page de droite). Leur décor en émaux rouge de fer et or, déployant des pavillons dans des paysages montagneux, n’a rien perdu de son éclat.

Artiste nordique travaillant en Provence à la fin du XVe siècle, Noli me tangere, peinture à l’huile sur panneau de bois, 123 x 124 cm. Ad
Artiste nordique travaillant en Provence à la fin du XVe siècle, Noli me tangere, peinture à l’huile sur panneau de bois, 123 124 cm.
Adjugé : 256 000 
vendredi 23 octobre 2020 - 14:00 - Live
9, rue Drouot 75009 Paris
L'Huillier & Associés
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