Helleu, Boudin, Jan II Bruegel...

Le 01 avril 2021, par Anne Doridou-Heim

Helleu et Boudin du côté des modernes, Jan II Bruegel et Jacques de l’Ange pour celui des anciens… les tableaux donnaient le tempo.

Paul-César Helleu (1859-1927), Madame Helleu à l’ombrelle sur un yacht, huile sur toile, 81 65 cm.
Adjugé : 296 240 

Lors d’une belle journée ensoleillée, Paul-César Helleu conviait son épouse alanguie à admirer les tableaux anciens. Alice appréciait le spectacle et ne semblait pas surprise par leurs beaux résultats (voir ci-dessus). Il faut dire que leur niveau était relevé, la dame n’étant pas mal non plus… Modèle cent fois retenu par son époux, ici dans une version avec ombrelle sur un yacht, elle séduisait à 297 240 €, multipliant son estimation par cinq et s’installant dans le top 10 des œuvres de l’artiste. Avec la peinture d’Helleu, c’est la société mondaine de la fin du XIXe siècle, celle décrite par Marcel Proust, qui est à chaque fois évoquée. Et même s’il ne faut pas le résumer à la mode d’un temps, c’est tout de même aux femmes qu’il a donné le meilleur de son talent : la sienne, mais aussi celles du milieu parisien le plus huppé, de l’aristocratie comme de la grande bourgeoisie internationale. Avec les deux groupes en marbre sur socles en bois peint de Francesco Fabi-Altini (1830-1906), c’est du côté de la grande sculpture italienne que l’on regardait. Ces œuvres, représentant l’Enlèvement d’une Sabine (h. 140 cm) et l’Enlèvement de Proserpine (h. 132 cm), ont en effet été exécutées en 1896 d’après des modèles de Jean Bologne, le maniériste flamand, et le Bernin, le baroque napolitain, par un artiste dont les productions de l’atelier romain essaimaient dans toute l’Europe et même au-delà des mers. Elles étaient emportées à 77 280 €. Toujours du grand style avec une paire de candélabres (h. 39 cm) à trois lumières en bronze ciselé et doré, attribuées à Jean-Joseph Saint-Germain (1719-1791), éclairés d’un résultat de 55 384 €. Ces pièces d’époque Louis XVI sont rapprochées du grand bronzier parisien du XVIIIe siècle en comparaison avec un type de candélabre présentant de fortes similitudes dont une paire, sortie en 1784 dans la vente de collections de Monsieur de Billy.
 

Les œuvres de Jan II Bruegel (1601-1678) sont très rarement signées, mais le peintre est surtout connu pour ses natures mortes et ses pays
Les œuvres de Jan II Bruegel (1601-1678) sont très rarement signées, mais le peintre est surtout connu pour ses natures mortes et ses paysages, et l’on sait qu’il traita à plusieurs reprises l’épisode du Christ jardinier. Tiré de l’Évangile selon Jean, il illustre le moment où le Christ ressuscité apparaît à Madeleine, qui, ne le reconnaissant pas, le supplie de lui rendre le corps de Jésus. C’est alors qu’il lui répond : «Noli me tangere», «ne me touche pas». Pour peindre les personnages, Bruegel fit appel à Hendrik Van Balen (1575-1632). L’huile sur toile (100 192 cm), portant au revers du châssis une étiquette mentionnant la collection du duc de Gloucester, était adjugée à 109 480 €.
La silhouette familière aux vues hollandaises stoppait ses ailes à 74 704 €. Peint en 1875, Dordrecht, moulin sur les bords de la Meuse (5
La silhouette familière aux vues hollandaises stoppait ses ailes à 74 704 €. Peint en 1875, Dordrecht, moulin sur les bords de la Meuse (55 74 cm) témoigne des voyages d’Eugène Boudin (1824-1898) aux Pays-Bas, à la rencontre des maîtres du siècle d’or. Du premier, effectué en 1873, il rapporte le goût de ces ciels bas et chargés qui deviendront la signature de ces paysages, qu’ils soient septentrionaux ou normands, et une moisson de peintures. Il dira de Dordrecht : «Le pays est très pittoresque : la rivière superbe».
Les deux huiles sur toile de Jacques de l’Ange (début du XVIIe-vers 1644) n’étaient finalement pas vendues avec faculté de réunion, contra
Les deux huiles sur toile de Jacques de l’Ange (début du XVIIe-vers 1644) n’étaient finalement pas vendues avec faculté de réunion, contrairement à ce qui était mentionné dans la Gazette du 19 mars (n° 11, page 59), et ce n’est pas non plus le même enchérisseur qui les a acquises. Alors que Le Couronnement d’épines (193 158 cm) fixait pas moins de 128 800 €, Le Martyre de saint Laurent (mêmes dimensions) en retenait exactement la moitié à 64 400 €, le Christ émouvant davantage que le supplicié romain. Le Flamand, récemment identifié et dont le corpus établi est encore très restreint, signait à la fois son entrée et un record mondial sur le marché de l’art, le site Artnet n’annonçant jusqu’alors qu’une peinture lui étant attribuée. Son caravagisme affirmé, traité à la manière de celui de Jusepe de Ribera tout en étant très personnel, devrait continuer à intéresser les spécialistes et peut-être révéler d’autres pépites.
mercredi 24 mars 2021 - 01:30 - Live
Thierry de Maigret , Delon - Hoebanx
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