Les porte-bonheur chinois d’un collectionneur

Le 17 décembre 2020, par Anne Doridou-Heim

Dans la grisaille de cet hiver, une paire de boîtes en laque et une coupe libatoire chinoises faisaient le printemps.

Chine, époque Qianlong (1736-1795). Paire de boîtes en forme de pêche de longévité en laque rouge, noir, vert et jaune, sculptées sur le couvercle de dragons et d’un caractère chun dans lequel se trouve Shoulao assis avec son cerf sous un pin, 46 46 16,5 cm.
Adjugé : 256 000 


Objet de l’Événement de la Gazette n° 42 du 27 novembre (voir l'article, page 13 Les goûts très chinois d’un amateur parisien), l’ensemble d’art chinois réuni par un amateur parisien suivant les conseils de René Crog a frappé juste. Il avait été constitué à contre-courant de la mode de l’époque pour les céramiques de la Compagnie des Indes. Une indépendance d’esprit aujourd’hui récompensée et matérialisée par un produit total de 1,9 M€ ! Entre leur forme de pêche de longévité et leur décor – chauves-souris porte-bonheur, dragons impériaux, répétition des motifs au nombre de neuf, la divinité taoïste Shoulao, etc. –, deux boîtes en laque (l'une reproduite) rouge, jaune, noir et vert s'avéraient éminemment symboliques et l’on peut raisonnablement penser qu’elles ont été réalisées afin d’être offertes à Qianlong (1736-1795), à l’occasion d'un anniversaire de son règne. Nouvelle illustration du haut degré de savoir-faire obtenu dans la technique de la laque par les artisans chinois du XVIIIe siècle, ces chunshou baohe, littéralement «boîtes à trésors de la longévité du printemps», libéraient une enchère de 256 000 €. La coupe libatoire sculptée d’une barque en forme de tronc élancé dans une corne de rhinocéros entre les XVIIe et XVIIIe siècles (détail reproduit page de droite), en obtenant 249 600 €, faisait quasiment jeu égal. Son sujet ? Zhang Qian assis, tenant un chasse-mouche et un livre. Ce personnage est considéré comme le plus ancien voyageur connu, ayant été envoyé par l’empereur Han Wudi (141-87 av. J.-C.) afin de sceller une alliance avec les Yeshi vivant en Asie centrale. Son périple est devenu légendaire, repris par les poètes, peint et sculpté par les artistes. Il s’agit là encore d’une véritable prouesse technique, cette fois dans le travail de la corne, dont la couleur miel a aiguisé les appétits. Jamais deux sans trois, et jamais une vente d’art chinois sans une surprise… Une troisième proposition, moins attendue celle-ci, se démarquait : une paire de bols en forme de fleur en porcelaine émaillée bleu et blanc (diam. 19,3 cm, h. 9,8 cm) à décor floral stylisé dans son feuillage, produite sous le règne de Yongzheng (1723-1735). 166 800 € ont été obtenus par ce duo de céramique, illustration d’une autre facette du goût du collectionneur, celui pour les porcelaines impériales Qing.
 

Chine, XVIIe-XVIIIe siècle. Coupe libatoire en corne de rhinocéros de couleurs miel et foncée, figurant Zhang Qian assis dans sa barque en
Chine, XVIIe-XVIIIe siècle. Coupe libatoire en corne de rhinocéros de couleurs miel et foncée, figurant Zhang Qian assis dans sa barque en forme de tronc élancé, h. 14, l. 39 cm, socle en ivoire teinté vert formant des vagues.
Adjugé : 249 600 
jeudi 10 décembre 2020 - 02:00 - Live
Doutrebente
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