Une moisson de résultats

Le 15 octobre 2020, par Anne Doridou-Heim

Toutes les spécialités conviées à la table des enchères l’ont remporté haut la main, confortés de records et d'une préemption.

Jean-Léon Gérôme (1824-1904), Paestum, troupeau de buffles, huile sur toile, signée et datée 1851, 65 81 cm (toile), 58 78,5 cm (image).
Adjugé : 218 960 

Elle n’était pas réapparue sur le marché depuis sa mise en vente en 1900 lors de la dispersion de la collection Moreau-Nélaton. C’est peu de dire que les marchands et les amateurs de peinture ancienne se pressaient dans la salle pour suivre cette vue de Paestum et un troupeau de buffles peinte en 1851 par un Jean-Léon Gérôme encore jeune. Ainsi que le texte accompagnant la couverture de la Gazette n° 33 du 25 septembre le précisait (page 6), son auteur, tout en demeurant dans le courant classique néo-grec, tend déjà fougueusement vers une autre sensibilité par l’introduction, devant ce temple phare de l’Antiquité, d’un bien prosaïque troupeau de ruminants. Parée de toutes ces qualités, la toile partait vers une nouvelle destination pour 218 960 €, décuplant son estimation et prouvant que le marché est toujours aussi demandeur de redécouvertes. Ensuite, les deux assiettes de Jean Limosin, le laque de Pham Hau et la peinture de Francis Picabia (voir ci-dessous), mis en avant dans de précédents numéros (voir couverture de la Gazette n° 28 du 17 juillet Le cheval blanc de Vespasien par Jean Limosin et voir l'article Un bel automne dans l’Yonne par Picabia page 44 de la n° 34 du 2 octobre), faisaient à leur tour une entrée remarquée sur la scène des enchères, concrétisée par des résultats à la hauteur de leurs qualités. Mais ce n’était pas tout : l’après-midi révélait encore une huile sur toile d’un peintre sorti de la promotion 1937 de l’École des beaux-arts de l’Indochine, Luong Xuan Nhi (1914-2006). Cette peinture de 1939, intitulée Le Jardin de bananiers (71 49,5 cm) et acquise tout comme l’œuvre de Pham Hau lors de l’exposition annuelle de 1939 ou de 1940 des travaux des élèves de l’école par l’ancien directeur de l’école professionnelle d’Hanoï, recevait 103 040 €. Parmi les autres nombreux beaux prix, il faut s’arrêter sur ceux réalisés par quelques objets provenant d’une collection de piqués napolitains constituée à la fin du XIXe siècle. La technique, consistant à incruster (ou piquer) la nacre et l’or dans de l’écaille, s’est développée avec succès dans la capitale de la Campanie dès le XVIIe siècle pour connaître un véritable engouement au XVIIIe et produire de petites merveilles toujours très recherchées. La boîte polylobée (h. 5,2, l. 11 cm) que l’on pouvait admirer en page 55 de la Gazette n° 34 (voir l'article Totalement piqué) découvrait 59 248 € et un coffret rectangulaire (5 17 13,2 cm), 32 200 €. Toutes deux richement ornées de scènes animées, ces pièces étaient attribuées à l’atelier de Giuseppe Sarao, l’un des meilleurs dans la spécialité, actif entre 1725 et 1735.
 

Nouvelle apparition du Vietnamien Pham Hau (1903-1995) sur le marché français et nouveau succès… Ce panneau de 1939 en laque fixée rouge e
Nouvelle apparition du Vietnamien Pham Hau (1903-1995) sur le marché français et nouveau succès… Ce panneau de 1939 en laque fixée rouge et or, représentant une Pagode du Tonkin (60 110 cm), accueillait ses nouveaux hôtes à 231 840 €, ce qui constitue un record français pour ce support (source : Artnet). Là aussi, l’ancienneté de sa provenance et son caractère inédit jouaient en sa faveur. L’artiste, sorti diplômé de l’École des beaux-arts d’Hanoï en 1934, s’est désormais hissé aux côtés des plus grands, notamment grâce à une maîtrise parfaite de cette technique délicate, un travail d’une grande précision et un choix de couleurs harmonieux.
La saison dans son aspect lumineux souriait à Francis Picabia (1879-1953), dont cette Laveuse, Villeneuve-sur-Yonne, effet d’automne, pein
La saison dans son aspect lumineux souriait à Francis Picabia (1879-1953), dont cette Laveuse, Villeneuve-sur-Yonne, effet d’automne, peinte en 1906, récoltait une enchère de 193 200 €. L’artiste, qui se tournera ensuite vers le pointillisme puis la grande aventure de l’art moderne, est alors en pleine amélioration de sa technique impressionniste, mais ne cherche pas comme ses prestigieux aînés avant lui – Pissaro et surtout Sisley – à reproduire fidèlement la nature. En homme du XXe siècle, c’est à une approche émotionnelle qu’il se livre, usant d’un jeu très abouti de formes et de couleurs.

Ces deux assiettes données à l’émailleur Jean Limosin (vers 1528-1610), ornées chacune d’un empereur romain à cheval et appartenant sans d
Ces deux assiettes données à l’émailleur Jean Limosin (vers 1528-1610), ornées chacune d’un empereur romain à cheval et appartenant sans doute à une série de douze représentant les Césars d’après Tempesta, galopaient à vive allure. La première, celle figurant Vespasien (voir couverture de la Gazette n° 28), obtenait un résultat impérial de 141 680 €, le seconde (à gauche), affichant Vitellius sur un magnifique destrier bleu, la suivant à 113 344 € et partant rejoindre, grâce à l’action de la préemption, les collections du musée du Louvre. Une jolie prise pour l’institution parisienne – rendue possible grâce au soutien financier de la Fondation La Marck (source : La Tribune de l’art) –, qui vient renforcer un département des objets d’art déjà riche en pièces d’émail peint et offre une pierre supplémentaire à la connaissance du travail de cet atelier limousin de premier ordre.
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