Un ensemble qui ne manque pas d’étoffe

Le 30 janvier 2020, par Anne Doridou-Heim

Avec une préemption et des prix largement supérieurs aux attentes, la couture ouvrait allègrement le bal des enchères de Drouot.

Worth, vers 1900-1905, robe de bal n° 84920 en lampas de soie rose à décor de feuillage et de roses, voilé de tulle de soie châtaigne.
Adjugé : 14 168 

Le programme, partant de la documentation sur la mode et les étoffes avant de présenter quelques papiers peints (voir page de gauche) puis de prendre la direction de la mode d’hier et des tissus anciens – le tout provenant de collections particulières –, avait de quoi retenir l’attention des amateurs. Cela s’est vérifié avec de belles enchères obtenues pour des pièces rares, à l’image d’une paire de souliers XVIIIe et d’une dalmatique (page de droite également), et la reconnaissance des institutions avec la première préemption de l’année à Drouot : celle du musée des Arts décoratifs, portée à 14 168 € sur une robe de bal de la maison Worth (ci-contre). Celle-ci, coupée dans un lampas de soie rose à motifs de feuillage et de roses, est de ces modèles qui vous dessinent une silhouette. Avec son corsage baleiné en pointe lacé et agrafé dans le dos, ses manches courtes bouillonnantes, son décolleté souligné de lignes de strass et de tulle et sa jupe à longue traîne en arrondi scandée de quatre hauteurs de volant, cette robe résume le génie créateur de Worth. Elle provenait, selon le catalogue, de la «garde-robe de l’une des plus élégantes Parisiennes et grandes clientes de la maison vers 1900». Nul doute que la griffe du couturier d’origine anglaise savait la soigner et lui réserver ses plus belles tenues. Fort du soutien de l’impératrice Eugénie, dont il est le fournisseur privilégié, Charles Frederick Worth (1825-1895), débarqué à Paris au printemps de 1846 avec 117 francs en poche et sans parler un mot de français, change à jamais le monde de l’habillement par un geste fort. Tel un artiste officiel, il appose son nom sur chacune de ses créations. Si cela semble naturel aujourd’hui, c’était à l’époque une petite révolution. Cette toilette ravissante, dessinée vers 1900-1905, alors que la maison est désormais dirigée par ses deux fils Gaston (1853-1924) et Jean Philippe (1856-1926), est bien sûr griffée. Elle vient rejoindre un fonds riche de quarante robes dûment signées, mais dont beaucoup sont fragilisées et difficilement montrables. Celle-ci, en bel état, devrait donc pouvoir être rapidement exposée.
 

Alors même que le musée des Arts décoratifs consacre aux bottes et autres escarpins une exposition remarquée («Marche et démarche. Une his
Alors même que le musée des Arts décoratifs consacre aux bottes et autres escarpins une exposition remarquée («Marche et démarche. Une histoire de la chaussure», jusqu’au 23 mars), cette paire de souliers de dame du premier tiers du XVIIIe siècle avançait à petits pas vers un résultat qui prenait de la hauteur : 18 032 €. Réalisés en taffetas de soie crème vermicellé, piqué et brodé «à disposition», et perchés sur des talons cambrés gainés de peau, ils devaient donner à l’élégante qui les portait une certaine prestance.
En s’épanouissant en couverture de la Gazette no 1, ce papier peinta inauguré l’année 2020. Sa fraîcheur et son décor, dus à la manufactur
En s’épanouissant en couverture de la Gazette n° 1, ce papier peint a inauguré l’année 2020. Sa fraîcheur et son décor, dus à la manufacture Jules Desfossés, en avaient fait la vedette de l’Exposition universelle de 1855. Cette fois, Le Jardin d’Armide, réalisé sur un dessin d’Édouard Muller (panneaux centraux : 489 65 et 489 81 cm, panneaux latéraux : 382 133 cm), faisait le mur à 10 304 €.

Jolie surprise également avec les 30 912 €, l’enchère la plus haute du jour, portés sur cette dalmatique (h. 135, l. 90 cm) en brocart, un
Jolie surprise également avec les 30 912 €, l’enchère la plus haute du jour, portés sur cette dalmatique (h. 135, l. 90 cm) en brocart, un lampas façonné de soie rose, vert et or tissé à Venise à la fin du XVe siècle ou au début du XVIe. Une pièce semblable se trouvant au musée des Tissus de Lyon, peut-être provient-elle du même ensemble ? Petite précision : déjà adoptée par les empereurs romains, la dalmatique est aussi un vêtement de chœur, une sorte de chasuble à manches courtes et amples portée essentiellement par les diacres au-dessus de l’aube et de l’étole, et ce depuis le IVe ou Ve siècle.
Élégamment structuré, cet ensemble conçu pour la chasse ou la promenade par H. Creed & Cie vers 1900 se tenait à 23 184 €. Réalisé en twee
Élégamment structuré, cet ensemble conçu pour la chasse ou la promenade par H. Creed & Cie vers 1900 se tenait à 23 184 €. Réalisé en tweed chiné crème, gris et noir, associant une veste courte croisée à une jupe à quilles en flèche, il avait du chien. La maison Creed, établie à Londres en 1760, ouvre une succursale dans la capitale française en 1850, comme il est alors de bon ton de faire. Elle habille la famille impériale, le gotha européen et, forte de sa réputation pour les costumes-tailleur sur mesure directement inspirés des tenues de sport, convainc une clientèle fortunée. So chic !


 

vendredi 17 janvier 2020 - 11:00, 14:00 - Live
9, rue Drouot 75009 Paris
Coutau-Bégarie
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