Largillière, un bilboquet, une soupière...

Le 15 octobre 2020, par Anne Doridou-Heim

Pari tenu pour Madame de la Bussières, qui a séduit par sa belle mine et ses beaux atours.

Nicolas de Largillière (1656-1746), Portrait de Marie-Thérèse Jacquet de la Bussières, épouse de Jean-Louis Arnault, conseiller et secrétaire du roi, trésorier général de l’Extraordinaire des guerres, huile sur toile, 140 106 cm.
Adjugé : 127 400 

Grâce à l’article de la Gazette n° 34 du 2 octobre dernier (voir l'article Largillière : au chic parisien page 50), l’on en sait désormais un peu plus sur le modèle de cette peinture, une belle dame du tournant des années 1700, très en vue à la cour et au chemin de vie marqué par les alliances d’intérêt et le veuvage, rien que de très commun à l’époque… Il était logique aussi qu’elle se fasse portraiturer par Nicolas de Largillière (1656-1746), roi des peintres du genre à l’époque de Louis XIV – avec Hyacinthe Rigaud tout de même, auquel il laissait le portrait de cour plus officiel. Largillière était recherché par une clientèle fortunée qui appréciait sa manière de les peindre, souvent en situation «naturelle» et toujours dans des crissements d’étoffes précieuses. Ici, il met l’accent sur une robe d’un incarnat chaud et sur le geste de la main gauche, désignant une perruche – déjà ce goût de l’exotisme qui va grandir tout au long du XVIIIe siècle –, un habile jeu gestuel pour unir les différents registres de la composition. Ce Portrait de Marie-Thérèse Jacquet de la Bussières, épouse de Jean-Louis Arnault, conseiller et secrétaire du roi, trésorier général de l’Extraordinaire des guerres partait à 127 400 € rejoindre la grande cohorte de ceux peints par l'artiste vers 1700. Un charmant sourire venait ensuite apporter sa touche d’innocence, émanant d’un jeune garçon peint par Anne Vallayer-Coster (1744-1818). Sa bouille joufflue et rose (toile, 31 26 cm) transposée vers 1779 exprime toute la saveur de l’enfance heureuse et se voyait gratifiée de 32 500 €. Le XVIIIe siècle, très en verve en cet après-midi, proposait ensuite à 52 000 € une soupière en argent (poids 7,9 kg) de l’orfèvre parisien Antoine Boulier (reçu maître en 1775) présentant sur son couvercle une scène de chasse au loup, un thème alors d’actualité. Après la chasse et un bon repas de circonstance, la noblesse et la famille royale aimaient à se délasser. Un bilboquet (h. 15,5 cm) en ivoire tourné à l’époque Louis XIV racontait cette part plus intime de la cour (voir l'article B comme bilboquet). Rare exemple des jeux et d'un art de tourner qui était enseigné aux enfants de France, cet objet nécessitait un effort – et une adresse – à hauteur de 33 800 € pour l’emporter.

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