Plus de 3M€ pour un grand serviteur de l’État

Le 22 novembre 2019, par Anne Doridou-Heim

Le résultat est beau ! À plus de 3 M€, il honore la figure exemplaire du conseiller Paul Phélypeaux et de cela, on se réjouit.

Attribué à Francesco di Bartolomeo Bordoni (vers 1574-1654), Portrait de Paul Phélypeaux, seigneur de Pontchartrain (1569-1621), buste en bronze à patine brune sur piédouche en marbre bleu turquin, hauteur totale 87,7 cm, dimension du buste 70,5 66 32 cm, titré au revers «Paul Phélypeaux - Seigneur de - Pontchartrain - Secrétaire d’Estat - 1610».
Adjugé : 3 048 000 

Ce n’est pas sans émotion qu’Alexandre Lacroix présenta ce bronze lors de sa mise en vente, rappelant la chance qu’expertiser une telle pièce représentait et les journées de recherche que son attribution et sa traçabilité avaient nécessitées. Il annonça aussi que ce Portrait de Paul Phélypeaux, seigneur de Pontchartrain avait reçu son certificat d’exportation, ouverture pour un achat à l’international. Le suspense dura peu de temps, seuls deux enchérisseurs restant en lice avant que l’un d’eux, le marchand et expert parisien, Hubert Duchemin, ne l’emporte pour un collectionneur privé contre l’antiquiaire Benjamin Steinitz. Ce grand commis de l’État, fidèle d’entre les fidèles, ayant servi successivement deux rois et une reine, partait donc vers sa nouvelle destination pour 3 048 000 € : un beau score pour une œuvre d’une telle prestance bien que n’étant qu’attribuée au sculpteur d’origine italienne Francesco Bordoni (vers 1574-1654), ainsi que l’article Enquête en terre de bronze ( Gazette no 34 du 11 octobre) le détaillait. Un petit regret cependant… On aurait aimé qu’un musée français se manifeste et prononce le fameux «sous réserve du droit de préemption», le Louvre pour le citer, afin que le ministre retourne aux côtés de son roi (l’institution possède en effet le buste de Louis XIII par Bordoni, acquis en 1816). La figure est historique, la qualité de la sculpture indiscutable et le nombre de grands bronzes de cette époque se compte sur les doigts d’une main, tant les fontes somptuaires de la fin du règne de Louis XIV en ont été gourmandes. Il s’agit donc d’une œuvre d’un rare intérêt dont la place, indiscutablement, se trouvait dans les collections nationales. La France devait bien cela à un homme dont le dévouement pour son pays, en cette terrible période de guerres de religion, évita bien des conflits.

 
Panorama (après-vente)

Prédelle religieuse

Le buste de Paul Phélypeaux n’est pas arrivé seul à Drouot chez De Baecque et Associés. Pour l’entourer, le mercredi 20 novembre, la maison avait concocté un programme classique au sein duquel ce panneau de prédelle, réalisé par une école française entre la fin du XVe et le début du XVIe siècle, se démarquait à 33 020 € (M. Auguier, expert). Ses trois scènes retracent la mise au tombeau du Christ représentée au centre, celle de gauche montrant la Vierge et sainte Madeleine, et celle de droite, saint Jean-Baptiste et saint Christophe (27,5 105 cm). Plus loin dans la vacation, une main gauche (l. 21,5 cm) de statue monumentale en bronze, relevant de l’art romain, se tendait à 38 100 € (M. Lebeurrier, expert).

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