Moyse de retour parmi les siens

Le 06 mai 2021, par Anne Doridou-Heim

Le musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme faisait une nouvelle fois usage de son droit de préemption et emportait un morceau d’histoire.

Édouard Moyse (1827-1908), Synode israélite convoqué à Paris en 1807 (Le Grand Sanhédrin), 1872, huile sur toile, 72 106 cm.
Adjugé : 61 824 

Décidément le musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme est des plus actifs (voir l'article Le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme fait œuvre de mémoire de la Gazette n° 13, voir page 18, ), il revenait en force sur la scène des enchères pour préempter à 61 824 € –grâce au concours d’un généreux mécène – ce tableau d’Édouard Moyse (1827-1908), Synode israélite convoqué à Paris en 1807 (Le Grand Sanhédrin), peint en 1872. Le musée enrichit son parcours permanent en renforçant ainsi le traitement de l’histoire des juifs de France, en particulier la spécificité de l’israélitisme au début du XIXe siècle. L’épisode est connu, la Gazette n° 16 l’a relaté page 42 (voir l'article Évocation du Grand Sanhédrin). Avec cette convocation officielle, Napoléon Ier souhaitait que soient entérinées les décisions transformant le judaïsme en une confession reconnue par l’État, mais contrainte de se limiter à la sphère privée. L’assemblée tire son nom de celle des 70 sages qui accompagnaient Moïse et devenue une cour suprême siégeant dans l’enceinte du Temple de Jérusalem, avant qu’elle ne soit abolie au Ve siècle. La première version de cette scène, présentée au Salon de 1868, appartient aux collections du musée des beaux-arts de Nancy, celle-ci, jusqu’à lors inconnue, datée de 1872, est plus aboutie, avec un format moins allongé et plus de profondeur. Avec ce tableau, c’est bien la solennité de l’instant que l’artiste a voulu fixer. Un symbole fort plus qu’une représentation fidèle.

Korovine, une si généreuse nature…

Le 06 mai 2021, par Anne Doridou-Heim

L’art moderne célébrait en couleurs les fruits et les fleurs sous les pinceaux de Korovine, Hayden et Kisling et sous le ciseau d’Alfred Boucher. 

Constantin Korovine (1861-1939), Nature morte au panier de fruits, huile sur toile, 81 129,5 cm.
Adjugé : 180 320 

Du peintre d’origine russe Constantin Korovine, les enchères se font le plus souvent écho des vues de Paris ou des paysages de Russie sous la neige. C’est aller un peu vite et oublier qu’il a également laissé de généreuses natures mortes de fruits et de fleurs. D’ailleurs, son pinceau impressionniste et vif, usant d’une palette chromatique riche, s’accorde parfaitement à leur mise en scène, ainsi que l’exprimait cette Nature morte au panier de fruits, portée à 180 320 €. Cette peinture, inédite, a été acquise directement auprès de l’artiste par un amateur et est demeurée depuis dans sa famile – un petit supplément de charme. Le programme poursuivait sa déclinaison moderne après la préemption par le musée d’Art et d’Histoire du judaïsme d’une importante toile d’Édouard Moyse (voir page 66). C’était au tour d’Henri Hayden (1883-1970) de hisser les couleurs avec une huile datée août 1921, montrant la cité varoise Le Lavandou (64 81 cm). Structurée telle une mosaïque jouant des architectures, de la végétation, des falaises et des moutonnements de la mer, la toile séduisait à 56 028 €. Moïse Kisling (1891-1953) était presque un voisin, l’artiste ayant posé son chevalet à Sanary, un de ses bouquets de fleurs, vers 1925 (65 50 cm), s’ouvrait à 38 640 €. Un haut-relief en marbre blanc d’Alfred Boucher (1850-1934) illustrait le chapitre de la sculpture moderne. Son titre : Volubilis, ou Aux champs (55 43 24,5 cm), trahit une œuvre proche de la nature. Présenté au Salon de 1896, le premier modèle de Volubilis retient l’attention de la critique, qui goûte «avec délices la grâce chaste et la délicatesse ingénue de cette figure en haut relief de jeune fille qui se détache sur un fond de haute futaie ciselé avec une rare finesse». Visiblement, la séduction opère toujours : cette version – il en a réalisé de nombreuses variantes, toutes mettant en scène une jeune fille mais sur différents fonds végétaux – se taillait un résultat de 41 216 €.

mercredi 28 avril 2021 - 14:00 - Live
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