Les soleils noirs de Redon

Le 23 juillet 2020, par Anne Doridou-Heim

D’étranges créatures sombres et fantastiques animaient de leurs ombres cette vente d’estampes.

Odilon Redon (1840-1916), «À Edgar Poe», 1882, suite complète de six planches sous chemise illustrée, tirage à 50 exemplaires, G. Fischbacher éd.
Adjugé : 97 280 

Les quelque deux cents estampes produites par Odilon Redon (1840-1916) comptent parmi les plus belles exécutées à son époque, et tout particulièrement ses profonds «noirs» ainsi qu’il les appelait. Deux rares suites en témoignant apparaissaient lors de la vacation du jeudi 9 et rencontraient le succès escompté. Déjà le mercredi, deux bois gravés d’après Karl Gaspard Friedrich avaient été honorés (voir l'article Profil de romantique page 56 de la Gazette no 28 du 17 juillet), et les deux journées se concluaient sur le produit total de 873 353 €. Les huit planches des «Origines», de 1883, remontaient à 89 600 € et «À Edgar Poe», de 1882, retenait 97 280 €. Petit supplément d’intérêt, «ces deux suites proviennent de la descendance d’un musicien et compositeur du nom d’Ernest Chausson, ami de Redon», précise Hélène Bonafous-Murat. C’est tout l’univers intérieur de cet artiste hors norme, nourri par la littérature symboliste, son admiration pour Delacroix et les théories de Darwin, qu’elles explorent. Ce sont autant de cellules, têtes volantes, monstres souriants, chrysalides, serpents ou encore cyclopes et sphères en forme d’œil qui s’y promènent en bonne intelligence, devant le soleil noir de la mélancolie. Un univers n’ayant rien en commun avec Le Chapeau épinglé, la plus importante lithographie en couleurs de Pierre-Auguste Renoir (1841-1919). Une fraîche épreuve du tirage de la deuxième planche (60 49 cm) se laissait attraper à 24 320 €.

jeudi 09 juillet 2020 - 14:00 - Live
3, rue Favart 75002 Paris
Ader
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