C’est beau, une ville en panorama

Le 10 octobre 2019, par Anne Doridou-Heim

Dans la famille Vélasquez, le gendre, Juan Bautista Martínez del Mazo, plutôt discret sur le marché, faisait une apparition remarquée avec ce panorama de la cité de Pampelune.

Juan Bautista Martínez del Mazo (vers 1612-1667), Vue de Pamplona, huile sur toile, 65,5 132 cm.
Adjugé : 126 000 

Ainsi que la documentation du musée du Prado le précise, «l’assimilation des modes de Diego Vélasquez (son maître, devenu son beau-père en 1633, ndlr) rend parfois difficile l’attribution de la paternité de certaines œuvres au maître ou au disciple». C’est surtout dans ses portraits de grands de la cour et de personnages officiels que Juan Bautista Martínez del Mazo (vers 1612-1667) est le plus proche du style du Sévillan, aussi bien par l’iconographie que par la technique. Son record aux enchères (193 250 £, Sotheby’s, Londres, le 7 juillet 2011) se rapporte d’ailleurs à la figure en pied de celui-ci. On sait cependant que grâce à la protection du grand peintre de l’âge d’or, il peut entamer sa propre carrière au début des années 1640. Ainsi accompagne-t-il l’infortuné prince Baltasar Carlos (décédé en 1646 à 16 ans), auquel il enseigne le dessin, lors de ses visites du royaume. En 1657, sans doute poussé par son ancien professeur, il effectue un séjour en Italie et l’on sait qu’il visite Rome et Naples, s’exerçant à la reproduction d’architectures classiques. À son retour, cela lui vaut de livrer des œuvres assez atypiques dans la peinture espagnole du XVIIe, délaissant les sujets religieux au profit de portraits, de copies, mais aussi de paysages parfois imaginaires ponctués de constructions anciennes et animés de petits personnages mythologiques. Dès lors, son travail se fera plus personnel, montrant une vision assez libre à l’égard de la nature et un rendu presque atmosphérique des plus modernes. L’artiste est rare sur le marché, le site Artnet ne référençant que dix peintures lui étant formellement attribuées. En obtenant 126 000 €, cette Vue de Pamplona se hisse à la deuxième marche de son podium et obtient par la même occasion un record français. Ainsi que le signalait la Gazette no 32 du 27 septembre (voir l'article Pampelune par Juan Bautista Martínez del Mazo page 50), ses vues de villes demeurent confidentielles et l’on connaît surtout celle de Saragosse (musée du Prado) : celle-ci ne pouvait donc passer inaperçue. Elle offre une nouvelle perspective sur le travail de celui qui, à la faveur des découvertes et des études des historiens de l’art, s’avère être bien plus qu’un simple suiveur.

Panorama (après-vente)

Eaux-fortes originales

Cette épreuve sur papier vergé tirée avant l’aquatinte de Rembrandt est intitulée Le Triomphe de Mardochée.

La peinture de Juan Bautista Martínez del Mazo était bien entourée dans la vente d’Éric Caudron du vendredi 4 octobre (M. Martinez). À ses côtés se trouvaient en effet des eaux-fortes de l’un des plus grands maîtres de la manière au XVIIe siècle, Rembrandt (1606-1669). Le Triomphe de Mardochée (18,9 21,8 cm), vers 1641, une épreuve sur papier vergé tirée avant l’aquatinte, exprimait 14 616 €. Un tirage pourtant plus tardif de La Descente de croix de 1633 (54,2 42 cm) retenait tout de même 9 324 €, tandis que l’eau-forte originale de L’Abreuvoir de la vache, conçu vers 1650, accrochait 5 670 €.

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