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Bernard Boutet de Monvel : vision du Maroc

Le 25 février 2021, par Anne Doridou-Heim

Cet Oriental assis livrait un pur exemple du style de Bernard Boutet de Monvel lors de sa parenthèse marocaine.

Bernard Boutet de Monvel : vision du Maroc
Bernard Boutet de Monvel (1881-1949), Fez, Oriental assis, 1918, huile sur toile, 45 40 cm.
Adjugé : 38 100 

En 1917, après deux années passées à combattre dans l’aviation, Bernard Boutet de Monvel demande à être affecté au Maroc. L’escadrille V 551, dans laquelle il est chasseur-bombardier, est stationnée à Fez. Il y séjournera deux ans et sera fortement marqué par les habitants, la géométrie des villages et la nature de cette région. À la demande du maréchal Lyautey, il reprend ses pinceaux et produit des œuvres qui comptent parmi les plus belles de sa carrière, et parmi celles dont il sera le plus fier. Les «Orientaux», assis, debout, simplement et totalement enveloppés dans leurs burnous, sont autant de sujets d’étude qui seront repris ensuite dans des compositions plus ambitieuses. Il en est ainsi de celui-ci, peint à Fez en 1918, et porté à 38 100 €. Le travail de l’artiste dans le royaume, d’une grande pureté, à l’opposé des clichés de l’orientalisme, est construit à partir de lignes droites, très graphiques, et de camaïeux de tons ocre et sable. Sous ces cieux saturés de lumière, cet excellent portraitiste, grand mondain et chantre de la figuration classique, s’est livré avec un immense talent à un exercice frôlant l’abstraction.

Émile Bernard, réminiscence

Le 25 février 2021, par Anne Doridou-Heim

Le retour à l’ordre classique de ce peintre qui fut pourtant à la pointe de l’avant-garde était salué par les enchères.

Émile Bernard, réminiscence
Émile Bernard (1868-1941), Jeune fille au châle à fleurs devant une tapisserie, 1908, huile sur toile, 122 121 cm.
Adjugé : 60 960 

Émile Bernard est un artiste complexe qui, après avoir été une figure de proue de la modernité – avec Paul Gauguin notamment – et livré des œuvres aussi fortes que Madeleine au Bois d’Amour ou l’Autoportrait symbolique – toutes deux conservées au musée d’Orsay –, revient à un style beaucoup plus assagi dès la première décennie du XXe siècle. Non sans talent ni charme d’ailleurs, qualités que cette Jeune fille au châle à fleurs devant une tapisserie, remarquée page 42 de la Gazette no 6 du 12 février (voir l'article Une douceur enfantine signée Émile Bernard), affichait. La peinture, exécutée en 1908, retenait 60 960 €, un résultat qui sextuplait son estimation – des plus raisonnables, il faut le reconnaître. Bernard a habilement joué avec son modèle agenouillé au premier plan. Il l’a habillé d’une robe à longue traîne et enroulé dans un châle fleuri, et la tapisserie accrochée derrière elle semble donner à cette enfant des ailes d’ange, renforçant ainsi le sentiment de religiosité se dégageant de la composition. Le musée de l’Orangerie s’était interrogé sur ce changement radical lors de l’exposition «Émile Bernard ou comment un avant-gardiste devient réactionnaire» (septembre 2014-janvier 2015). Il y eut un long «après Pont-Aven» dans sa carrière, le peintre prônant dès lors le retour à des canons séculaires à travers les maîtres classiques qu’il admire, ceux de la Renaissance italienne tout particulièrement et à leur tête Titien, Raphaël, Michel-Ange ou Tintoret. Marie-Paule Vial, l’une des commissaires, expliquait alors : «Pour lui, les avant-gardes sont éphémères et cela va à l’encontre de ce qui est fondamental, à savoir une recherche de l’ordre de l’idéal». Celui-ci transcende la temporalité. Il espère le trouver en Égypte, où il part en 1893 – à la suite de sa brouille avec Gauguin – pour plus de dix ans. De retour en Europe en 1904, il séjourne à Venise et persiste dans sa défense des valeurs traditionnelles. Son éloignement de l’avant-garde fut mal compris de ses contemporains, et ses œuvres peintes alors sont encore méconnues du grand public. La redécouverte de celle-ci, inédite et désormais répertoriée dans les archives de l’artiste, leur apporte une nouvelle pierre.

vendredi 19 février 2021 - 13:30 - Live
Beaussant Lefèvre & Associés
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