Nocturne en pastel majeur

Le 15 avril 2021, par Anne Doridou-Heim

Magistral Osbert qui livre une ode à la femme, ici vue de dos et au pastel, tandis que Matisse, au fusain, s’attarde sur un visage.

Alphonse Osbert (1857-1939), Jeune femme au bord d’un lac, pastel, 30 22 cm.
Adjugé : 33 280 

La première marche du podium n’échappait pas à un dessin au fusain d’Henri Matisse (1869-1954) ; son Visage de femme (53 40 cm) de 1951 retenant 136 960 €. Rien à redire de cette belle feuille, parfaitement caractéristique du crayon de son auteur… C’est cependant sur ce pastel d’Alphonse Osbert, représentant une Jeune femme au bord d’un lac, que l’on s’attardera. D’une poésie intense, par son choix raffiné des tonalités chromatiques et par l’image de silhouette féminine de dos, telle une moderne Tanagra se découpant sur un paysage immatériel d’eau et d’air irradiant de la lumière du soleil couchant, cette œuvre sur papier illustre la maîtrise du pastel dont l’artiste faisait preuve. Il a retenu la leçon du chimiste Chevreul sur le rapport des couleurs complémentaires, et traite celles-ci en aplats. Cela confère à l’ensemble un puissant sentiment esthétique et donne l’impression d’être face à une œuvre de grandes dimensions alors qu’elle ne mesure que 30 22 cm. Aucune échappatoire, aucune perspective pour fuir, le regard du spectateur est capté – captivé même – par cette harmonie de mauve, de rose, de jaune et de bleu et par cette femme d’une grâce inouïe. Les 33 280 € qui ont été déposés à ses pieds se comprennent infiniment.

 

vendredi 02 avril 2021 - 14:00 - Live
Ader
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