Un précieux pot de miel

Le 24 octobre 2019, par Anne Doridou-Heim

Cet incroyable vase couvert de Sèvres simulant une ruche ne se laissait pas butiner facilement. Les acheteurs devaient bourdonner fort pour l’emporter !

Sèvres, vers 1770. Vase couvert en porcelaine tendre dit «vase ruche», à décor en relief d’osier tressé, h. 30 cm.
Adjugé : 99 200 

La porcelaine de Sèvres du XVIIIe siècle ne laisse pas d’émerveiller et par ses prouesses techniques, et par sa créativité. Et ce n’est pas ce vase couvert en porcelaine tendre, nommé «vase ruche», qui contredira ces propos. Réalisée vers 1770, cette pièce, dans un très bel état (quelques petits éclats ne ternissent pas son attrait) et dont un modèle similaire fut référencé pour la première fois dans les archives de la manufacture royale en janvier 1769, ainsi que l’indiquait l’expert Cyrille Froissart (voir l'article Une abeille dans un magasin de porcelaine de la Gazette n° 34 du 11 octobre, page 66), s’ouvrait à 99 200 €. Simple objet de décoration, commande spéciale pour satisfaire un passionné d’apiculture, conception originale pour renouveler l’art du pot-pourri ? Toutes les conjectures sont possibles jusqu’à ce qu’un jour une réponse soit apportée à l’usage de l’objet. Celle-ci vient en tout cas étoffer le corpus très restreint des «vases ruche» répertoriés à ce jour. Sèvres ne s’en tenait pas là. L’exercice était à nouveau réussi par un seau à liqueur ovale garni de sa partition amovible (l. 31,5 cm). Son décor était quant à lui des plus classiques : sur un fond vert, deux bouquets de fleurs polychromes s’épanouissaient dans des réserves cernées de rinceaux d’or. Et sa provenance était attestée. L’objet, des plus précieux également et daté 1757, appartenait au service offert par Louis XV à son homologue Frédéric V de Danemark en 1758, pour le remercier des étalons de la race de Frederiksborg qu’il lui avait fait parvenir. Une lettre existe, conservée au ministère des Affaires étrangères, qui fait état de cet échange royal : porcelaines contre équidés. Royal aussi était le résultat. Le service ne comportait que deux seaux à liqueur ovales, dont l’un se trouve à Saint-Pétersbourg, au musée de l’Ermitage. Le second, désormais retrouvé, justifiait ses 68 200 €.

Un joli trait de brosse

Le 24 octobre 2019, par Anne Doridou-Heim

Tout l’esprit de Van Dongen, retranscrit en un coup de pinceau et quelques traits de rimmel !

Kees Van Dongen (1877-1968), Le Rimmel, aquarelle et encre de Chine annotée «le rimmel V.D 29 Villa Saïd Paris», 64,5 49 cm.
Adjugé : 99 200 

Fort du succès rencontré durant sa période fauve, ce Néerlandais qui se fera le peintre de la vie parisienne de son époque a quitté le Bateau-Lavoir pour emménager dans un hôtel particulier près du bois de Boulogne, la villa Saïd. Sa nouvelle compagne, la belle Léo Jasmy, lui ouvre les portes du grand monde. Kees Van Dongen (1877-1968) intègre le cercle plein de perspectives des peintres mondains, excellant à retranscrire en un trait une silhouette ou un regard. Sur cette aquarelle et encre de Chine intitulée Le Rimmel, c’est d’un coup de brosse qu’il concentre l’attention sur les grands yeux de son modèle et les cerne de noir. Un rehaut affirmé récompensé de 99 200 €, soit bien au-delà de l’estimation avancée. L’artiste a créé un modèle de Parisienne idéale, élégante et racée, ayant compris que «l’essentiel est d’allonger les femmes et surtout à les rendre minces. Après cela, il ne reste plus qu’à agrandir leurs bijoux. Elles sont ravies». Il ne cessera de donner vie à ses paroles, comprenant l’intérêt commercial de ses œuvres, reniant peut-être aussi les idéaux artistiques des premières années…

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