La collection princière d’Amaury Taittinger

Le 04 juillet 2019, par Anne Doridou-Heim

Trois princes de France promis aux plus belles destinées, trois destins brisés, une collection marquée par le sceau du souvenir et des résultats qui témoignent d’un intérêt historique, tout particulièrement ceux des tabatières.

Maison Étienne Nitot et fils, époque Empire, tabatière de présent en or et or émaillé bleu, le couvercle orné d’un portrait de l’empereur Napoléon Ier, 9 5,5 2,2 cm, poids brut 173 g.
Adjugé : 68 264 


572 773 € ont été recueillis pour honorer la mémoire de Louis XVII, celle de l’Aiglon et celle du Prince impérial. Ces trois jeunes figures étaient nées pour le meilleur et pour marquer l’histoire de France. C’est malheureusement leur fin tragique et prématurée qui en laisse le souvenir. L’Événement de la Gazette no 24 du 21 juin (voir l'article Les trois destins brisés de la collection Amaury Taittinger page 12) était longuement revenu sur leur courte vie au travers de nombreux objets personnels forcément touchants. L’émotion a gagné les collectionneurs, nombreux à se disputer leurs reliques malheureusement pas les institutions, qui n’ont rien préempté. Napoléon Ier en serait fier : ce sont les souvenirs ayant trait à son histoire familiale qui l’ont emporté, confirmant les propos de l’expert Bernard Croissy relayés dans l’article ci-dessus mentionné. Il faut dire que se trouvaient parmi eux des pièces d’une qualité d’exécution exceptionnelle, et tout particulièrement cette tabatière de présent en or émaillé bleu, réalisée par la maison Étienne Nitot et fils (également en couverture de la Gazette no 23 du 14 juin). Une autre tabatière, en écaille celle-ci et au couvercle orné d’un camée en agate figurant le buste d’un homme à l’antique, s’ouvrait à 33 488 €, et une troisième, au portrait de Madame Mère, en écaille également, recueillait 15 456 €. Ces exemples d’un grand raffinement témoignent de l’importance de ce type d’objet dans les présents des cours royale et impériale, montrant ainsi combien ils participaient à la diffusion de l’image. Retour sous l’Ancien Régime, avec une tabatière de nouveau mais cette-fois-ci de forme ronde, en or et émail vert et à l’effigie de Louis XVI. Si le but est le même, celle-là possède un petit supplément d’âme en renfermant, dans un petit papier plié, un morceau du ruban que Marie-Antoinette portait la veille de sa mort, lui valant un hommage de 23 184 €. Quant à celle au portrait de Louis Napoléon Bonaparte, le montrant en tenue de général de division avant qu’il ne devienne empereur des Français, en or à jours et dévoilant un bel émail violet, elle inscrivait 32 200 €.

«Chère maman Montesquiou je pense à vous toute la journée et vous aime de tout mon cœur»… En mars 1815, l’Empereur, qui a quitté l’île d’Elbe, entame
«Chère maman Montesquiou je pense à vous toute la journée et vous aime de tout mon cœur»… En mars 1815, l’Empereur, qui a quitté l’île d’Elbe, entame sa remontée d’abord victorieuse vers Paris. Le jeune Napoléon II (1811-1832), de retour à Vienne avec sa mère depuis avril 1814, est alors arraché à sa gouvernante. Il lui écrit ce billet plein de tendresse enfantine et de désespoir aussi. Il est accompagné d’une lettre de Julie Soufflot, sa sous-gouvernante, demeurée auprès de lui et qui raconte combien la séparation est douloureuse pour l’Aiglon. Ces témoignages recevaient 2 834 €.
Document rarissime que ce devoir d’écriture du jeune Louis-Charles de Bourbon (1785-1795), duc de Normandie puis connu sous le nom de Louis XVII, salu
Document rarissime que ce devoir d’écriture du jeune Louis-Charles de Bourbon (1785-1795), duc de Normandie puis connu sous le nom de Louis XVII, salué d’une enchère à la mesure du témoignage : 18 032 €. Sur une page, entre des lignes préalablement tracées pour l’aider, le jeune prince, d’une écriture encore malhabile, a par cinq fois composé les lettres de son prénom et sur cinq autre lignes, a rédigé les mots suivants : «Gouvernement. Gouvernement. Harmonique. Impassibilité. Louis Charles.» L’abbé Dumesnil de Saint-Cyr, professeur d’écriture des enfants de France, avait conservé ce précieux souvenir.
Voici encore un document émouvant : le chausson, tricoté en fil de soie écru et brodé au fil rouge de l’initiale «D», porté par le dernier fils de Lou
Voici encore un document émouvant : le chausson, tricoté en fil de soie écru et brodé au fil rouge de l’initiale «D», porté par le dernier fils de Louis XVI lors de sa captivité au Temple. Cette relique, conservée par l’un des deux gardiens de Madame Royale à la prison, Jean-Baptiste Gomin, avait été présentée lors de l’exposition «Louis XVII» organisée par le musée Lambinet à l’hôtel de ville de Versailles du 16 mai au 15 juillet 1989. Elle est partie pour une nouvelle destination à 13 138 €.
Le sculpteur Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) a laissé du fils de Napoléon III des images spontanées, qui ont contribué à laisser de ce jeune garçon
Le sculpteur Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) a laissé du fils de Napoléon III des images spontanées, qui ont contribué à laisser de ce jeune garçon un souvenir charmant. Cette terre cuite le montrant accompagné de son chien Néro (h. 44 cm, taille no 3) en est une première, qui se posait ici à 19 320 €. Le Prince impérial en buste (voir Gazette no 24 du 21 juin, page 13), fixé le jour de Pâques en 1865, alors que le modèle avait 9 ans, en est une autre. En bronze patiné, grandeur nature (h. 63 cm), cette œuvre ayant un temps appartenu à l’impératrice Eugénie retenait 36 064 €.
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