Prouesse technique et esthétique parfaite

Le 12 décembre 2019, par Anne Doridou-Heim

Dans ses réserves de bronze doré, ce miroir italien du XVIIIe siècle concentrait toute la virtuosité des artisans du royaume des Deux-Siciles.

Italie, Naples ou Sicile, début du XVIIIe siècle. Miroir en bronze doré, orné de nacre, corail, lapis-lazuli, malachite, verre peint à l’imitation du marbre, 90 59,5 cm.
Adjugé : 383 540 

Difficile de ne pas le remarquer. Dans la salle d’exposition, il attirait tous les regards et finalement, pour élevé qu’il soit, son résultat de 383 540 € n’est que justice du fait de la beauté et de la rareté de cet objet. Des pièces rehaussées de nacre et de corail se croisent parfois et invariablement, se signalent par leurs prix, mais celle-ci est hors norme. En effet, ce miroir baroque abritait dans ses feuilles d’acanthe en bronze doré un décor particulier fait de nacre découpée, adoptant elle aussi la forme d’un feuillage, mais également de corail, malachite, lapis-lazuli et verre peint à l’imitation du marbre. Pour une fois, profusion ne nuit pas ! Il témoigne de la grande maîtrise technique développée par les artisans du royaume des Deux-Siciles, au XVIIIe siècle, dans le délicat travail des matières généreusement offertes par la mer. Difficile de l’attribuer à un Napolitain plutôt qu’à un Sicilien, le corail se récoltant aussi bien à Naples qu’à Torre del Greco ou encore à Trapani. La dernière, cité îlienne, était capable de produire dans ses ateliers des œuvres en bronze doré richement ornées de corail. Mais là encore, cela n’a guère d’importance car l’objet existe par lui-même. À ses côtés, deux autres objets se distinguaient, dont l’un piquait la curiosité. Il s’agissait d’un plat en albâtre (diam. 62 cm) à ombilic simplement strié de moulures et exécuté au XVIIe siècle, avant d’être doté au XIXe de poignées en bronze ciselé et doré, ornées d’amours. Le Kunst Historische Museum de Vienne conserve un exemplaire similaire à celui-ci, qui partait pour 46 990 €. La seconde était une charmante statuette (h. 23,5 cm) en bronze à patine brune figurant vraisemblablement la déesse Diane. Elle était présentée en tant qu’œuvre du XIXe siècle et, comme souvent dans le cas de ces petits bronzes, d’aucuns y ont vu une époque plus ancienne et se sont disputés jusqu’à ce que l’un ne l’emporte à 29 210 €. Quant à l’ancienne collection de faïences et, plus rares, de porcelaines de Rouen, elle recevait un véritable hommage.

Panorama (après-vente)

Rouen en ocre niellé

La collection Jacques Petit, illustrant les recherches que les manufactures de Rouen menaient avec assiduité à la fin du XVIIe siècle et au début du suivant, était fort belle ; quelques pièces en provenant apparaissaient chez Auction Art Rémy Le Fur & Asssociés (M. Froissart) le mercredi 4 décembre, dont un rare pot-pourri en pâte tendre à décor de lambrequins (h. 11 cm), exécuté vers 1694 dans l’atelier de Louis ou Michel Poterat (31 750 €). Cet amateur de grand goût possédait encore cette bannette en faïence au décor ocre niellé de chérubins et d’un amour en camaïeu bleu, jouant à la pelote avec deux balles (40 27,5 cm). La pièce, qui a figuré dans l’exposition rétrospective sur la faïence française au musée des Arts décoratifs en 1932, allie charme et audace technique : elle était emportée à 146 050 €.

mercredi 04 décembre 2019 - 13:30 - Live
9, rue Drouot 75009 Paris
Auction Art Rémy Le Fur & Associés
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