Vierge de prudence

Le 08 décembre 2017, par Anne Doridou-Heim

Avec prudence, cette Vierge à l’Enfant à la grenade, ornant la couverture de la Gazette n° 39 du 10 novembre, était présentée comme étant de Sandro Botticelli (1445-1510) et de son atelier.

Sandro Botticelli (1445-1510) et son atelier, Vierge à l’Enfant à la grenade, panneau cintré dans la partie supérieure, 90,5 x 59 cm.
Adjugé : 629 000 €

L’œuvre est proche du tondo de même sujet conservé à la galerie des Offices, et certains détails, notamment les rehauts d’or qui nimbent Marie et le paysage, rappellent bien la main du maître florentin, alors que d’autres éléments paraissent plus secs et ont dû être exécutés par son atelier. Son résultat de 629 000 € est contrasté lui aussi, flirtant avec son estimation haute. Les œuvres de Botticelli en ventes aux enchères sont évidemment peu fréquentes – on en dénombre tout juste une vingtaine (source : Artnet) – et la majorité d’entre elles présentent ce sujet de la Vierge à l’Enfant, un thème religieux devenu récurrent dans l’œuvre de celui qui peignit La Naissance de Vénus. Savonarole est passé par là et avec lui, Florence a abandonné les chimères de l’Antiquité païenne pour revenir à un certain ordre moral. Le paysage de la culture humaniste est en déclin, le Magnifique meurt en 1492, son fils Pierre II de Médicis est exclu de la cité, que tensions et inquiétudes dominent. Botticelli s’est glissé dans le moule : lui dont les œuvres n’étaient que «douceur de lignes et nostalgie mythologique» (Botticelli, Alessandro Cecchi, Actes Sud, 2008) les transforme en figures rigides et en couleurs violentes. C’est à cette période qu’appartient cette Vierge. La suite de la vente ne manquait pas de sujets religieux. Outre La Sainte Famille entourée d’anges de Marcellus Coffermans (voir page 150), un retable en ivoire sculpté d’une Vierge à l’Enfant dans la première partie du XIVe siècle, peut-être à Paris, retenait 22 644 €. Son style est sévère, les plis du manteau de Marie, cassants et profonds. L’œuvre est bien de l’époque gothique, rien n’indiquant encore les prémices de la Renaissance.

L’espièglerie en embuscade derrière le recueillement

Le 08 décembre 2017, par Anne Doridou-Heim

Même les tableaux religieux exprimant le plus intense degré de recueillement peuvent cacher en leur sein un esprit espiègle.

Marcellus Coffermans (actif entre 1549 et 1578), La Sainte Famille entourée d’anges, panneau de chêne parqueté, 25 x 19 cm.
Adjugé : 147 186 €

Sur cette Sainte Famille entourée d’anges, il prenait la figure d’un angelot dissipé, échappé du groupe de ses frères chanteurs, pour regarder l’Enfant dans les bras de sa mère, un bref moment de détente lors de la Fuite en Égypte. Son auteur n’est pas un inconnu puisqu’il s’agit de Marcellus Coffermans, un peintre actif à Anvers dans le troisième quart du XVIe siècle, ainsi que la Gazette no 41 du 24 novembre (page 80) vous l’apprenait. Pour autant, ses productions ne sont pas si fréquentes en ventes aux enchères, et celle-ci, avec ses 147 186 €, se ciselait un joli résultat, exactement le deuxième meilleur de l’artiste selon Artnet, et le premier sur le marché français. Il est vrai que seules cent cinquante œuvres lui sont attribuées, et celle-ci appartient au petit corpus des treize signées de sa main.

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