Fusain de Redon, sculpture de Charpentier et diamant

Le 25 mars 2021, par Philippe Dufour

Ils menaient la danse à Senlis, sous les augures inquiétants de ce visage de femme, à l’opposé de la beauté pulpeuse d’une statue de marbre…

Odilon Redon (1840-1916), Deux têtes de femmes (dit aussi Satan et la statue), fusain, craie et encre sur papier teinté bleu, signé, 34,5 35,5 cm.
Adjugé : 81 250 

On ne sait exactement quel est le sujet de ce dessin mystérieux, nommé Deux têtes de femmes ou encore Satan et la statue… Est-ce effectivement une incarnation démoniaque face à un buste de pierre, ou bien alors une femme ayant vendu son âme et son double, comme le laisse entendre Alec Wildenstein dans son catalogue raisonné du peintre (1994) où l’œuvre apparaît reproduite sous le n° 1077 ? Dans tous les cas, ce fusain, craie et encre sur papier teinté bleu, signé en bas à gauche (34,5 35,5 cm), analysé dans la Gazette n° 10 (voir l'article Un dessin de Redon d’Émile Bernard puis du comte Doria page 130), a fait couler beaucoup d’encre, et séduit plusieurs collectionneurs, tels Émile Bernard – qui l’acheta directement à Redon en 1904 – et le comte Arnaud Doria. Vue également dans de très nombreuses expositions (la plus ancienne étant «La Belle Époque» à Nice en 1950), Deux têtes de femme fascinait plus d’un enchérisseur, jusqu’à ce que l’un d’entre eux emportât la feuille pour 81 250 €. À l’opposé de ce visage décharné, le grand corps nu du modèle féminin de Bello Matinado, étirant ses formes rondes à la lumière du matin, tranchait singulièrement. Aussi la statue de marbre datée 1907 (h. 110 cm) et signée par Félix Charpentier trouvait-elle vite un admirateur, à 25 000 €. Le sculpteur s’est fait une spécialité de ces corps très pulpeux, répondant aux canons appréciés autour de 1900… Un peu de peinture ancienne ensuite, avec une Tête d’homme de fantaisie donnée à un suiveur de Giambattista Tiepolo, de l’école vénitienne du XVIIIe siècle : la toile (32 27 cm) devait partir à 16 875 €. Cependant, la palme de la meilleure enchère revenait à un bijou orné d’un brillant exceptionnel, puisque son score s’envolait à 215 000 € ! Il était inscrit par une bague (poids brut 5,6 g) en platine sertie d’un diamant de 5,29 ct, de couleur D et de pureté VVS1, épaulé de deux diamants de taille baguette.

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