D’un lynx européen d’Oudry à un village tonkinois

Le 10 septembre 2020, par Philippe Dufour

Voyages dans le temps et l’espace avec l’un des plus grands peintres animaliers français, un artiste africain de renom et une éclatante laque indochinoise.

Jean-Baptiste Oudry (1686 -1755), Lynx tapi, pierre noire et rehauts de craie blanche sur papier bleu, annoté sur le montage à la plume par J. B. Oudry, 27 43 cm.
Adjugé : 55 800 

À plusieurs reprises, Jean-Baptiste Oudry s’est inspiré d’œuvres d’un autre peintre animalier, le Flamand Pieter Boel (1622-1674), disciple de Rubens, qui a été reçu à la manufacture des Gobelins pour participer à la réalisation des tapisseries des Maisons royales. Ainsi, la feuille présentée à Morlaix reprend l’une de ses études, celle aux cinq lynx aujourd’hui conservée au musée des beaux-arts de Nice et préparatoire à la tenture dite «d’octobre». Elle devrait dater de la période 1738-1753, car elle est très proche d’une commande passée à cette époque à Oudry par le chirurgien du roi, La Peyronie, pour les illustrations de l’Histoire naturelle pour le jardin botanique de Sa Majesté. Au final, le félin sauvage a été apprivoisé contre 55 800 €. Des fauves plus dangereux auraient pu se cacher dans les bosquets de ces Bananiers devant un village tonkinois décorant le somptueux panneau de laque polychrome et or (82 191 cm). Bien qu’anonyme, on peut penser pour son auteur aux meilleurs spécialistes en ce domaine, formés à l’École des beaux-arts de l’Indochine… Comportant, en haut à droite, une partie incomplète d’un poème rédigé en sino-vietnamien, le bel objet datant du début des années 1940 devait être emporté pour 47 120 €. On finit ce tour d’horizon du côté de l’Afrique, grâce à une œuvre de Chéri Samba : J’aime bien les boudins aux pommes. Peinte à l’huile sur toile en 1987 (86 86 cm), elle fait référence à son propriétaire, Daniel Derrien ; elle a d’ailleurs été vendue avec une lettre manuscrite de Samba adressée au galeriste. Qui plus est, elle a été exposée en 2004 à la fondation Cartier pour l’art contemporain, lors de la manifestation «J’aime Chéri Samba», ainsi qu’au musée d’art contemporain de La Corogne en 2008. Elle était saisie pour 13 392 €.
 

Bananiers devant un village tonkinois, laque polychrome et or sur panneau de bois, début des années 1940, partie incomplète d’un poème réd
Bananiers devant un village tonkinois, laque polychrome et or sur panneau de bois, début des années 1940, partie incomplète d’un poème rédigé en sino-vietnamien, 82 191 cm (détail).
Adjugé : 47 120 
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne