Un retable germanique sculpté au début du XVIe siècle

Le 25 mars 2021, par Anne Doridou-Heim

Autour de la Vierge endormie, les saints et les objets de dévotion se recueillaient, alors que les meubles dévoilaient leurs marqueteries. Le programme était dense et de haut niveau

Souabe ou Rhin supérieur, premier quart du XVIe siècle. La Dormition de la Vierge, élément de retable figurant la Vierge et dix apôtres, bois de tilleul polychrome, 70 91 32 cm.
Adjugé : 444 500 

Autour de la Vierge endormie, les saints et les objets de dévotion se recueillaient, alors que les meubles dévoilaient leurs marqueteries. Le programme était dense et de haut niveau. Le temps fort en était évidemment cette Dormition de la Vierge, un élément de retable germanique sculpté au début du XVIe siècle et ayant conservé sa polychromie d’origine. Le thème, profondément religieux s’il en est, dévoile cet instant où la mère du Christ quitte ce monde pour retrouver l’autre, celui de la vie éternelle, là où son fils l’attend. Autour d’elle, dix des douze apôtres affligés se recueillent. L’article présentant cette œuvre que vous avez pu admirer en couverture de la Gazette n° 4 du 29 janvier (voir l'article Une Dormition germanique du XVIe siècle page 6) en racontait la genèse : taillée dans un bois de tilleul et dans un atelier souabe ou des bords du Rhin supérieur, à l’aube d’un XVIe siècle prometteur. Si les amateurs de l’époque durent être touchés par cette scène, dans laquelle sensibilité et réalisme vibraient de concert pour mieux capter l’attention du fidèle, ceux du XXe siècle l’étaient aussi, ayant longuement bataillé avant que l’un ne l’emporte finalement à 444 500 €. Un prix comme un sacrement. Les apôtres n’étaient pas seuls à l’entourer, la vacation s’étant fait belle pour la sainte dame avec des objets de Haute Époque. Ainsi d’une plaque en ivoire et d’une noix de prière (reproduite page de gauche), mais aussi de peintures et de meubles. On retrouvait Marie, jeune et vivante, dans une Sainte conversation, la Vierge à l’Enfant entre saint Jean-Baptiste et saint Joseph exécutée à l’huile sur panneau par un artiste documenté à Venise entre 1529 et 1550, Pietro degli Ingannati. La composition des personnages, figurés à mi-corps en triptyque sur fond de paysage, dérive des modèles belliniens créés vers 1490, Ingannati appartenant aux plus proches suiveurs de Giovanni Bellini. Ces qualités l’ont en tout cas portée à 57 150 €. 20 320 € se déposaient encore sur une délicieuse paire de statuettes en ivoire (h. 15 et 14 cm) figurant Jésus et saint Jean-Baptiste enfants, sculptés en Allemagne au milieu du XVIIIe siècle, puis l'on rejoignait le monde profane avec un modèle de commode dite «Mazarine». Ce meuble, dont la façade et les côtés sont en placage d’ébène et la première en légère arbalète, présente un riche décor marqueté dans lequel papillons, fleurs et rinceaux voletaient pour mieux se laisser attraper à 57 150 €.
 

Cette Marine, avec au loin la ville de Dordrecht (73,5 x 105 cm) a pris le large pour 63 500 €. Elle rejoignait ainsi une nouvelle collect
Cette Marine, avec au loin la ville de Dordrecht (73,5 105 cm) a pris le large pour 63 500 €. Elle rejoignait ainsi une nouvelle collection après avoir appartenu au XVIIIe siècle à celle de François Tronchin (1704-1798), avocat au Conseil de Genève, également mécène et collectionneur. Elle a été exécutée par le peintre Jacob Adriaensz Bellevois (1621-1676), un natif de Rotterdam dont le nom trahit une ascendance française, ayant fui les persécutions religieuses. Il a consacré sa carrière à explorer ce genre, avec un grand succès.
Cette plaque est comme un tableau sculpté dans l’épaisseur d’une tranche d’ivoire (12,4 x 18,1 x 1,9 cm), et son sujet d’une grande expres
Cette plaque est comme un tableau sculpté dans l’épaisseur d’une tranche d’ivoire (12,4 18,1 1,9 cm), et son sujet d’une grande expressivité a touché un amateur à 66 040 €. Elle représente La Mort de saint François-Xavier et s’inscrit dans le courant baroque en vogue à Rome dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Il n’y a qu’une centaine d’années que le saint missionnaire, cofondateur de l’ordre des jésuites, est décédé alors qu’il était parti évangéliser l’Extrême-Orient. Son culte est fervent et participe, dans un rôle pédagogique, à la connaissance de la vie des saints contemporains.

Ce cabinet sur piétement (120 x 86 x 46 cm) est appelé «contador». Il correspond à un type particulier de meubles fabriqués en teck, ébène
Ce cabinet sur piétement (120 86 46 cm) est appelé «contador». Il correspond à un type particulier de meubles fabriqués en teck, ébène et palissandre dans les comptoirs portugais de la côte occidentale de l’Inde. Celui-ci date du XVIIIe siècle et présente un décor caractéristique de rinceaux fleuris, incrustés d’ivoire, et un piétement reposant sur des montants sculptés de figures féminines hindoues, les naga. Parfait exemple du métissage des cultures européenne et indienne, il partait à 41 910 €.
Une coque de noix à 86 360 €. Mais pas n’importe laquelle bien sûr, une noix de prière ! Il s’agit d’un prodigieux petit objet (diam. 3,5 
Une coque de noix à 86 360 €. Mais pas n’importe laquelle bien sûr, une noix de prière ! Il s’agit d’un prodigieux petit objet (diam. 3,5 cm) renfermant, dans ses quelques centimètres cubes sculptés dans le buis, toute la dévotion du monde catholique. La Gazette ne s’était pas trompée en en faisant le Coup de cœur de son n° 9 (voir l'article Une miniature sculptée de l’atelier d’Adam Dircksz page 22). C’est dans le pieux comté de Hollande des années 1500-1530, plus exactement dans l’atelier d’Adam Dircksz, que cet unicum – s’il existe bien des noix de prière, toutes sont originales – a éclos.
Panorama (après-vente)

L’année Napoléon

Le 25 mars 2021, par Anne Doridou-Heim

La préemption de ce guéridon par le musée Napoléon du château de Fontainebleau inaugure à sa manière les commémorations du bicentenaire du décès de l’Empereur. Présenté chez De Baecque et Associés (MM. Bacot et de Lencquesaing) le vendredi 19 mars, le meuble en palissandre à fût torsadé (h. 78 cm, diam. 81 cm), réalisé sous Louis-Philippe, affiche un plateau orné à la gouache dans des médaillons de six paysages racontant les campagnes du chef de bataillon L. A. Pelissier, et de trois médailles : la Légion d’honneur, Saint-Louis et Saint-Ferdinand d’Espagne. Toute une histoire pour seulement 3 556 €.

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