Préemption du musée de l’armée

Le 13 juin 2019, par Anne Doridou-Heim

Adjugé 25 400 €, cet ensemble d’œuvres sur papier montre les visages des prisonniers de la Grande Guerre. L’institution parisienne ne pouvait laisser passer cet émouvant et unique témoignage réalisé par l’artiste Jean-Pierre Laurens au cours de ce conflit. Il était alors interné dans un camp allemand.

Jean-Pierre Laurens (1875-1932), ensemble comprenant six dessins préparatoires pour l’ouvrage Prisonniers de guerre, vingt-trois aquarelles, une lithographie, une affiche et l’ouvrage, réalisé entre 1915 et 1918.

Un jeune fantassin russe
Jean-Pierre Laurens (1875-1932)  fils du sculpteur Jean-Paul Laurens  est dès les débuts de la Grande Guerre mobilisé dans un régiment d’infanterie. Très tôt blessé, il est fait prisonnier et détenu dans un camp de la région du Courlande, celui de Wittenberg. Il en reviendra  très affaibli  en 1918. Durant ces quatre années, il va croquer ses compagnons d’infortune, grâce  ainsi qu’il le raconte dans sa correspondance  à «l’arrivée du bloc (de papier, ndlr), de pinceaux et des couleurs. Cela a coïncidé avec la venue des Russes dans notre baraque.» Ce jeune garçon assis, las, est justement un fantassin de la grande armée impériale.


 
 

Les tirailleurs sénégalais
Cette aquarelle est l’une des plus fortes de la série. Laurens y a fixé deux tirailleurs sénégalais au repos, le corp enveloppé dans une maigre couverture afin de tenter de se protéger du froid ; les visages sont marqués par les privations et l’éloignement. Elle rappelle aussi la présence de ces troupes issues des colonies françaises, plus de cent quatre-vingt mille soldats venus d’Afrique noire et de Madagascar… La célébration, l’an dernier, du centenaire de la Première Guerre mondiale a permis d’en apprendre un peu plus sur leur quotidien et leurs nombreux faits d’armes, leur apportant une ébauche de reconnaissance.


 
 

Les prisonniers jouant
Cette image montre des fantassins russes et des spahis réunis autour d’une table, deux d’entre eux jouant aux dames. Curieuse association, qui illustre ces propos de Laurens : «Quand j’ai reçu le bloc, la baraque offrait un aspect dont vous ne pouvez pas vous faire une idée. Nous avions les Russes et les tirailleurs. Ils étaient beaux aussi ceux-là. Mélange inouï »… Grâce à cette série de dessins, nous pouvons nous aussi saisir ’ambiance qui parfois régnait dans le stalag.


 
 

Officiers allemands
Le contraste est grand entre la tristesse et la fatigue prégnantes sur les visages et les corps des prisonniers  sujets essentiels de ces dessins  et cette Inspection des travaux forcés par un officier supérieur allemand. Les bottes en cuir, les cravaches, le contentement de soi, les silhouettes bien nourries traduisent le sentiment de supériorité et l’assurance de ces militaires dans la victoire, alors que les prisonniers, malingres et épuisés, s’échinent à casser des pierres. Jean-Pierre Laurens n’avait pas perdu son sens de l’humour dans ce lieu déshumanisé…


 
  
  
Panorama (après-vente)

Précieux contenant

15 240 € s’exhalaient pour cet étui-flacon de la maison Boucheron, déjà reproduit page 63 de la Gazette n° 20 (voir l'article Le flacon et l’ivresse). L’objet précieux apparaissait lors de la vente de bijoux de Marie-Saint Germain (Mme Nejman), mercredi 29 mai à Drouot. Il a été façonné par Georges Le Saché (1849-vers 1920), un joaillier ayant travaillé pour les plus grands. Explorant un tout autre univers, mais elle aussi liée au luxe, une montre-bracelet vintage Rolex en acier appartenant à la collection des «Submariner», et plus précisément de celles référencées «James Bond», faisait surface à 18 415 €.

mercredi 29 mai 2019 - 14:00 - Live
9, rue Drouot 75009 Paris
Marie-Saint Germain
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