Souvenirs royaux et gemmes étincelantes : un bouquet des plus précieux

Le 08 décembre 2017, par Anne Doridou-Heim

La maison de ventes Beaussant Lefèvre, assistée par les experts Émeric et Stephen Portier, proposait un écrin, objet de tous les désirs.

Pierre-François Delafons, Paris, 1749, tabatière en or jaune, guilloché et émaillé vert toutes faces de motifs d’écailles, le couvercle et le fond à décor de bouquets de narcisses en émaux polychromes, 3 x 6,2 x 5,1 cm.
Adjugé : 115 000 €

Il s’ouvrait lors de deux après-midi pour dévoiler ses trésors et se refermait sur un produit total de 1 786 663 €. Une belle moisson, portée par les 781 250 € d’un diamant rectangulaire à pans coupés de 20,46 ct… mais pas seulement ! Les objets de vitrine y racontaient un petit morceau de l’histoire de France et rejoignaient la grande cohorte des souvenirs. Outre la boîte en or arborant le portrait de Charles X (voir ci-dessous), une rare tabatière rectangulaire (reproduite ci-dessus) enflammait les convoitises et terminait à 115 000 €. Vous l’aviez déjà remarquée page 81 de la Gazette n° 41 du 24 novembre. L’objet, de toute beauté avec son remarquable décor d’écailles l’habillait entièrement,  avait été offert lors de son règne, par Louis XVI au dernier gouverneur de la Bastille, Bernard-René Jourdan de Launay (1740-1789), selon une lettre autographe jointe et signée de Just Antoine. Les deux hommes sont alors au faîte de la gloire, l’un roi de France et l’autre, gouverneur de la plus puissante prison du royaume. Tous deux auront le même destin funeste, et termineront leur vie la tête tranchée. Les narcisses en émaux polychromes, ornant le couvercle, ne l’auguraient pas… Deux autres tabatières en or jaune apparaissaient encore. Le couvercle de l’une était gravé d’une scène allégorique à sujet d’Uranie, entourée de putti et de diamants de taille ancienne. Ciselée par le maître orfèvre François Nicolas Gérard à Paris (poinçonnée en 1758, puis en 1767), elle recevait 36 250 €. La seconde, à pans coupés, émaillée violine translucide sur fond guilloché et ornée d’un médaillon figurant une jeune fille et un amour ailé, a été exécutée à Paris en 1779 par Joseph Étienne Blerzy – reçu maître en 1768 et ayant principalement produit durant l’époque Louis XVI. Celle-là était récompensée de 21 875 €. Toutes illustraient le brio des créateurs des objets de vitrine parisiens au XVIIIe siècle, dont le musée Cognacq-Jay possède une importante collection de quelque 240 boîtes, tabatières, étuis, pommeaux, boîtes à mouches… tous objets de vertu, exécutés pour refléter le faste de leur propriétaire.

 

Le clou de ces deux jours de ventes était ce diamant rectangulaire à pans coupés à degrés de 20,46 ct, de couleur H et pureté VS1. Il étai
Le clou de ces deux jours de ventes était ce diamant rectangulaire à pans coupés à degrés de 20,46 ct, de couleur H et pureté VS1. Il était porté à 781 250 €, ce qui en fait la gemme la plus précieuse de l’année à Drouot, et donne un prix au carat de 38 184 €. Attendu entre 400 000 et 600 000 €, il a donc outrepassé les espoirs et conforte la très bonne tenue aux enchères des pierres d’exception. Le 1er décembre 2016 la même maison de ventes avait déjà reçu la palme avec un diamant navette de 11,25 ct, serti pour 881 250 €.
Le roi Charles X (1757-1836) portant ses décorations – ordres de Saint-Louis, de la Toison d’or, Légion d’honneur et plaque de l’ordre du
Le roi Charles X (1757-1836) portant ses décorations – ordres de Saint-Louis, de la Toison d’or, Légion d’honneur et plaque de l’ordre du Saint-Esprit – trônait, majestueux, sur le couvercle de cette boîte (8,4 x 5,8 x 2 cm) en or de forme rectangulaire. Ce portrait, distingué à 37 500 €, était certainement dû au peintre miniaturiste Daniel Saint (1778-1847), l’un des meilleurs représentants du genre au XIXe siècle, demandé par les familles impériales puis royales pour les immortaliser. Le fond émaillé de l’objet porte le monogramme du roi et le poinçon de l’orfèvre Gabriel Raoul Morel. Y était renfermée en outre une mèche de cheveux du duc Mathieu de Montmorency, pair de France et ministre des Affaires étrangères de Charles X.
Le XIXe siècle adorait les bijoux à transformation. Ainsi, avec un seul et même modèle, les belles pouvaient-elles jouer à changer de paru
Le XIXe siècle adorait les bijoux à transformation. Ainsi, avec un seul et même modèle, les belles pouvaient-elles jouer à changer de parure. Ce collier articulé en or et argent, serti d’une ligne de soixante-quatorze diamants de taille ancienne en chute, supportait trois motifs ronds amovibles, ornés chacun d’une perle fine dans un double entourage diamanté. Ceux-là pouvaient à loisir devenir qui une broche, qui encore un peigne à cheveux, grâce à des éléments conservés dans leur écrin, marqué de la maison Grognier-Arnaud. Petits détails d’importance, ayant conduit cet objet d’une grande élégance à 48 125 €.
Une broche et une bague (reproduite) en or jaune, la première signée Boivin, la seconde accompagnée d’un certificat de Françoise Cailles –
Une broche et une bague (reproduite) en or jaune, la première signée Boivin, la seconde accompagnée d’un certificat de Françoise Cailles – auteur de l’ouvrage de référence sur cette enseigne –, s’échangeaient contre respectivement 18 750 € et 28 750 €. Datant toutes deux des années 1940-1950, elles étaient serties de saphirs, la broche renfermant également des diamants de taille ancienne dans ses pétales. Des bijoux d’esprit, pour illustrer le talent et l’originalité d’une grande maison joaillière française du XXe siècle.
jeudi 30 novembre 2017 - 14:00 - Live
9, rue Drouot 75009 Paris
Beaussant Lefèvre
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