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Rugissement dans la cage de Bugatti

Le 14 mars 2019, par Anne Doridou-Heim
Rugissement dans la cage de Bugatti
Rembrandt Bugatti (1884-1916), Lion couché dévorant, vers 1908, épreuve en bronze à patine brun nuancé, fonte d’époque à cire perdue par Albino Palazzolo pour Hébrard, numérotée «2», 26 91 36 cm (détail).
Adjugé : 806 000 

Si, ainsi que l’article accompagnant l’œuvre faisant la couverture de la Gazette no 6 (page 6) vous le rappelait, Rembrandt Bugatti (1884-1916) s’est particulièrement attaché à saisir l’élégance de la panthère et du guépard ou la force vive du tigre, le sculpteur italien n’a cependant pas dédaigné le roi des animaux et sa plastique superbe. Tous les fauves, dans leur majestueuse diversité, le retiendront durant de longues heures d’observation patiente, vécues au Jardin des Plantes de Paris puis au zoo d’Anvers. La preuve avec les 806 000 € attrapés par ce Lion couché dévorant, modelé vers 1908 avant d’être fondu comme il se doit par la maison Hébrard et ici, plus précisément, par Albino Palazzolo. Ce modèle des plus rares, puisqu’il n’a fait l’objet que de trois épreuves, provient de l’ancienne collection d’un philanthrope et entrepreneur rémois et présente un sujet «bestial» tout à fait original dans l’œuvre de Bugatti. Le félidé est en effet représenté ici dévorant sa proie. Un thème inusuel chez l’artiste, essentiellement traité entre 1908 et 1912 et qui ne figure pas dans les cinquante premières œuvres référencées sur le site Artnet. On y voit la racée Lionne de Nubie, le touchant Lionceau et lévrier entre ses pattes, la joueuse Lionne à la boule ou encore le couple de Lion et lionne de Nubie, mais point de scène de festin. Le carnivore y effectue donc une entrée remarquée ! De ce thème réaliste et agressif, Antoine-Louis Barye (1795-1875) s’était fait une spécialité qui le fit admirer au XIXe siècle. Plusieurs pièces de ce grand nom dans l’univers fourni des animaliers se retrouvaient dans les cages voisines de ce lion, et notamment une version de son fameux Cheval turc no 2 patte antérieure gauche levée (29 31,5 12,5 cm), hennissant à 13 000 €. Barye, celui qui en pleine période romantique impose la figure animale, a vite été rejoint par de nombreux confrères, dont Christophe Fratin (1801-1864), choisissant l’humour comme mode d’expression pour ses singes et ses ours, transposés dans des attitudes humaines. Ce qui ne lui interdisait pas un petit détour du côté des «big five» ! Un placide mais très présent Rhinocéros d’Asie (9,5 18,1 8,3 cm), une pièce unique, le rappelait à 15 600 €.

Panorama (après-vente)

À l’affût

Le 14 mars 2019, par Anne Doridou-Heim
À l’affût

Curieuse ou humant ? L’amateur avait le choix vendredi 8 mars à Drouot chez Millon entre deux modèles de Roger Godchaux (1878-1958) : une lionne, curieuse donc (20 15,9 15 cm), regardant le marteau tomber à 13 650 € et cette Panthère humant (20,7 30 11 cm). Cette dernière séduisait à 29 250 €. L’artiste, fasciné par Le Livre de la jungle de Kipling, semble lui aussi accorder un regard particulier aux fauves, dont il sait parfaitement traduire les expressions sans pour autant négliger la présence, imposante et pacifique, de l’éléphant.

Panorama (après-vente)

Une belle course

Le 14 mars 2019, par Anne Doridou-Heim
Une belle course

Ce Canard coureur indien, modèle emblématique de Charles Artus (1897-1978), terminait sa course à 20 800 € lors de la vente animalière de Millon abritée par Drouot, le vendredi mars. Il s’agit de la petite version, qui mesure 21,5 cm de hauteur, la plus grande plafonnant à 41 cm. Artus, venu à Paris de sa Normandie natale pour étudier chez Navelier avant de devenir l’assistant et le massier de Pompon, n’a pas cédé aux sirènes de l’exotisme en vogue chez ses confrères animaliers ; il s’est essentiellement consacré aux animaux de nos campagnes, poules, dindons et canards en tête. La vie qu’il a su insuffler à ses modèles, la sensibilité aussi, font de lui bien plus qu’un suiveur de son génial maître et le placent parmi les meilleurs représentants de l’entre-deux-guerres.

Panorama (après-vente)

Pas bête, le manchot !

Le 14 mars 2019, par Anne Doridou-Heim
Pas bête, le manchot !

Sûr de lui, ce Manchot empereur, déjà remarqué dans la Gazette n° 8 (page 42), avançait de son pas tranquille pour aller chercher une récompense bien méritée de 37 050 €, vendredi 8 mars à Drouot chez Millon. Son auteur est Armand Petersen (1891-1969). Si cet animalier, émule de Pompon, est demeuré longtemps dans l’ombre de ses confrères des années 1930, avec lesquels il participait aux grands salons dédiés au genre , il a rejoint la lumière des projecteurs depuis quelque temps. Et le marché semble bien décidé à ne plus laisser dans les coulisses son bestiaire expressif, aux lignes épurées nimbées d’une éclatante patine. On le comprend !

La vie des bêtes

Espèce unique au monde, le manchot empereur est un champion de plongée sous-marine  jusqu’à 550 mètres  et le seul oiseau pouvant vivre toute son existence sans poser une seule fois les pieds sur la terre ferme. Sans oublier son adresse d’équilibriste au moment de transférer les précieux œufs des pieds de la femelle à ceux du mâle, afin de les garder au chaud. Les conditions sont rudes sur ces couches de glace flottantes, où le mercure peut descendre jusqu’à - 50° et le vent souffler à plus de 200 km/h. L’atmosphère devrait être plus chaleureuse pour accueillir cette fonte posthume d’Armand Petersen. Le modèle fut créé en 1968 et est un classique de cet artiste qui a choisi l’art animalier dès 1926, une douzaine d’années après son premier séjour à Paris. Formé à l’École d’arts industriels à Genève, initié au modelage dans l’atelier du sculpteur animalier hongrois Béla Markup, Armand Petersen fréquente assidûment la fauverie du Jardin des Plantes à Paris, et se joint au groupe de François Pompon, qui enseigne sa méthode sur le terrain. En 1927, lors de la première exposition des «Animaliers» à la galerie d’Edgar Brandt, ses œuvres côtoient celles de Sandoz, d’Artus, de Pompon… Mais à la différence de celles de ce dernier, ses bêtes, petites ou grandes  hippopotame, rhinocéros, antilope, écureuil, panthère, lapin, fennec ou aigle, entre autres , sont toujours représentées sur le qui-vive. Petersen conserve au lendemain de la guerre la même tendresse pour ses modèles, qu’il sculpte souvent en taille réelle et rarement en groupe. Notre bronze figure en bonne place dans cette vente, entre un Crocodile d’Antoine-Louis Barye (4 000/6 000 €), un Rhinocéros d’Asie (pièce unique, 12 000/15 000 €) et une paire de candélabres Ours et singes (30 000/40 000 €) estampillés Christophe Fratin, et des œuvres de François Pompon, dont une Pintade (fonte ancienne, 25 000/30 000 €). Le plus difficile à apprivoiser devrait être un Lion couché dévorant de Rembrandt Bugatti (voir couverture Gazette n° 6, page 6), pour lequel 200 000/300 000 € sont demandés. N’est pas le roi des animaux qui veut…

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