Des Lalique dans un écrin

Le 02 juillet 2020, par Anne Doridou-Heim

Un, deux, trois et quatre précieux ornements de Lalique venaient jouer, avec la gourmandise des enchérisseurs, une partition émaillée de délicatesse.

René Lalique, pendentif et son sautoir Glycines, vers 1899-1901, or jaune et émaux polychromes champlevés, h. du pendentif cm, poids brut 73,85 g.
Adjugé : 131 840 

Raffinement, poésie, légèreté, virtuosité, imagination, maîtrise, technicité, perfection… La liste est longue des qualificatifs à même de rendre hommage au maître bijoutier de l’art nouveau florissant, René Lalique (1860-1945) pour le nommer. Nous sommes en effet là au tournant du XXe siècle, juste avant ou juste après la mythique Exposition universelle de Paris, qui consacra l’avènement d’une nouvelle ère et de tous ses possibles en matière d’art. Lalique n’est pas encore le verrier que le monde entier va bientôt louer pour son apport révolutionnaire à cette technique séculaire, mais déjà un bijoutier de renom qui rafle toutes les récompenses et reçoit des commandes d’un gotha européen en pâmoison devant ses créations. Aussi, lorsqu’on voit la virtuosité avec laquelle une libellule se détache d’un coupe-papier (l. 27,5 cm) en corne, créé par lui vers 1906-1908 et s’étant envolé à 24 320 €, combien il joue avec la même matière pour découper d’aériennes branches de saule sur un peigne (6,3 12,4 cm), qui accrochait 38 400 €, on se dit que rien n’est exagéré… On se le répète en admirant la finesse de ce visage féminin dessiné vers 1898-1900 en émaux translucides, dans un enchevêtrement savant de feuilles de platane et de grappes de fruits juteux, ornant un pendant de cou nommé L’Automne (reproduit ci-contre) cueilli bien mûr à 44 800 €. Quant au pendentif et son sautoir en or jaune et émaux polychromes, c’est tout simplement une poésie florale qui est composée, avec ces délicats motifs de glycines qui s’épanouissaient en couverture de la Gazette no 23 du 12 juin (voir l'article L’éclosion du japonisme chez Lalique). Cette pièce unique obtenait 131 840 €. Ce n’est pas le coût des matériaux ni l’emploi de gemmes qui intéressait Lalique, mais bien la beauté du résultat final. Émile Gallé ne s’y était pas trompé lorsqu’il le définissait comme «l’inventeur du bijou moderne». Entre talents, on se reconnaît ! L’art déco prenait la suite en toute logique, et les regards guettaient la console de Jean-Michel Frank (1895-1941) en plâtre reproduite page 45 de la Gazette n°24 du 18 juin (voir l'article Le démeublement de Jean-Michel Frank). Celle-ci n’apparaissait finalement pas, ayant été retirée avant la vente.

René Lalique (1860-1945), L’Automne, vers 1898-1900, pendant de cou à monture en or jaune et émaux translucides polychromes, figurant un v
René Lalique (1860-1945), L’Automne, vers 1898-1900, pendant de cou à monture en or jaune et émaux translucides polychromes, figurant un visage féminin dans un entourage de feuilles de platane et de grappes de fruits, h. 10 cm, poids brut 12,5 g.
Adjugé : 44 800 
mardi 23 juin 2020 - 15:00 - Live
9, rue Drouot 75009 Paris
Tessier & Sarrou et Associés
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