Vermiglio, Giordano et Cressent sur un plateau

Le 04 février 2021, par Anne Doridou-Heim

Tableaux anciens redécouverts et mobilier d’époque signé des plus grands noms rivalisaient pour le meilleur.

Giuseppe Vermiglio (1585-1635), Le Mariage mystique de sainte Catherine entre sainte Agathe et saint Jean Baptiste, huile sur toile, 170 196 cm.
Adjugé : 211 200 

Les noces ont été reportées, elles étaient annoncées pour le mois de novembre 2020 (voir l'article Giuseppe Vermiglio, un mariage mystique et stylistique de la couverture de la Gazette n° 35 du 9 octobre 2020, et page 6). Elles n’en ont été que plus belles et la grande peinture de Giuseppe Vermiglio figurant Le Mariage mystique de sainte Catherine entre sainte Agathe et saint Jean-Baptiste était finalement célébrée pour 211 200 €. Le message de cette scène appartenant à la tradition des «conversations sacrées» facilement lisibles par le croyant a été reçu. L’œuvre se situe dans le formidable creuset artistique que constitue la Rome du premier tiers du XVIIe siècle. Aux excès de Caravage répond le naturalisme classique des frères Carrache, et le Piémontais Vermiglio effectue avec talent la synthèse entre ces différentes influences, trouvant l’équilibre entre le clair-obscur du premier et les compositions adoucies des seconds. Luca Giordano (1632-1705) n’a pas fait le même choix. Le Napolitain assume son caravagisme baroque avec une fougue créatrice que l’on retrouve dans le tableau Caïn et Abel (194 145 cm). L’ampleur du drame qui vient de se jouer est exacerbée par une composition tout en mouvement et par la violence sombre des coloris. Une véritable qualité picturale qui a été félicitée d’une enchère de 192 000 €. La seconde partie de la vente mettait en avant le mobilier ancien, et les regards étaient tournés vers une commode en bois de satiné et amarante, caractéristique du travail des années 1730 de l’ébéniste Charles Cressent (1685-1768). Le meuble, dont le modèle est qualifié de «commode à crosses et chutes de fleurs» par le spécialiste Alexandre Pradère (voir l'article Sculpteur et ébéniste de la Gazette n° 3, page 43), déployait sa majestueuse prestance et ses bronzes ciselés, dorés, marqués au «C» couronné, pour être déposé à 185 600 €. Décidément, l’allégorie de La Source (h. 172 cm) sculptée par Albert-Ernest Carrier-Belleuse (1824-1887), avait choisi de déverser sur cette vente une eau bienfaitrice, elle-même recevait 19 840 €.

Georges Jacob pour le comte d'Artois

Le 04 février 2021, par Anne Doridou-Heim

Le menuisier Georges Jacob a-t-il exécuté ce siège à dossier plat pour le comte d’Artois ? Son résultat, princier pour un fauteuil, tend à en accréditer l’hypothèse.

Georges Jacob (1739-1814), époque Louis XVI, vers 1785, fauteuil à dossier plat en bois mouluré, sculpté et doré, 101 71 62 cm.
Adjugé : 128 000 

Ce fauteuil n’est pas tout à fait un inconnu, puisqu’il appartient à un mobilier de salon qui est en partie reconstitué. Le nombre de sièges connu est important. Plusieurs sont apparus sur le marché ces dix dernières années et quatre appartiennent aux collections du Mobilier national. Il en est ainsi des quatre fauteuils référencés et déposés au palais de l’Élysée. Voilà donc que le cinquième de la série refait surface. Certains possèdent encore leur étiquette de propriété apposée par Georges Jacob lui-même lors de leur livraison, avec la mention «Salon de Monseigneur». Une indication qui permet aujourd’hui aux historiens d’avancer l’hypothèse selon laquelle ce mobilier aurait été réalisé pour le comte d’Artois, frère de Louis XVI et futur Charles X. Au début du XIXe siècle, ce mobilier avait été déposé au château de Fontainebleau. Il était à l’époque recouvert de «gros de Tours satin blanc brodé de soie chenillée». Jacob, fondateur d’une dynastie prospère et talentueuse, est sous le règne de Louis XVI le fournisseur des Tuileries ; il travaille aussi pour la reine Marie-Antoinette et pour les frères du roi, le comte de Provence et le comte d’Artois. Autant d’indices qui corroborent une commande princière et ont porté ce fauteuil en bois doré, élégamment sculpté, à hauteur de 128 000 €.

La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne