Couple bamiléké cérémoniel

Le 08 juillet 2021, par Anne Doridou-Heim

Un couple bamiléké cérémoniel en pleine discussion et un reliquaire kota hiératique recevaient les deux plus hauts suffrages.

Cameroun, peuple bamiléké, première moitié du XXe siècle. Couple de statues commémoratives, bois, h. 94 et 97 cm.
Adjugé : 136 500 

L’art africain n’existe pas pour rien. Les artefacts issus des mains habiles des maîtres sculpteurs de ses différents peuples cherchent à y faire passer des messages ou à en faire les intercesseurs entre ce monde-ci et celui de l’au-delà. C’est le cas de ce couple de statues commémoratives sculptées par un artiste bamiléké dans la première moitié du XXe siècle. La conversation de la famille – la femme porte un enfant sur ses genoux – s’arrêtait à 136 500 €. Ce groupe possède quelques spécificités qui en font l’originalité. Tout d’abord, la figure féminine est plus grande et plus large que la masculine. La coiffure de la première semble avoir été influencée par celles de danse des Bamouns et les tatouages représentant les emblèmes de son statut social, voire familial, sont des motifs structurés – dont on peut supposer qu’ils ont été ajoutés par un autre artisan – et un marqueur de rang élevé. On remarque également que les bras des deux personnages sont très longs et fins, terminés par des mains courtes et puissantes : un détail qui pourrait être la signature d’un maître particulier. Voici donc un couple qui n’a pas encore livré tous ses secrets… C’était ensuite une figure de reliquaire kota du Gabon (h. 39 cm) qui était posée à 104 000 €. Elle a fait partie de la collection Charles Ratton – lequel confia avant 1939 à Kichizo Inagaki (1876-1951) le soin d’en réaliser le piédestal, signe de l’intérêt qu’il lui portait –, avant d’appartenir à un diplomate puis à un autre collectionneur privé. Ce type d’objet est tout à fait emblématique des populations de langue bantoue de l’est du Gabon. Du fait de leur mobilité, elles ont dû adopter un mode de sauvegarde des reliques ancestrales : les ossements étaient conservés dans de petits paniers d’écorce cousue et d’osier tressé, d’un portage aisé. Au sommet de ces ossuaires était placée une effigie de bois sculpté, plaqué de cuivre et de laiton, représentant un visage humain. À travers elle, c’est le royaume des ancêtres qui continuait à veiller sur celui de leurs descendants : une belle communion interrompue lorsque les Européens, très tôt séduits par leur esthétique altière, les ont séparés. Ce sont alors les artistes qui les ont élevés au rang d’icônes de l’art africain – Pablo Picasso, qui en possédait au moins deux, mais aussi Fernand Léger puis Arman. Pour la petite histoire, Juan Gris, pas assez fortuné pour en acquérir, s’en fabriqua en carton découpé ! Le masque gouro reproduit page 62 de La Gazette n° 25 ne trouvait pas preneur.

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