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Passions humaines et sérénité animale

Le 09 mai 2019, par Philippe Dufour

Les grands noms de l’art du XXe siècle défilaient sur deux jours de vacation proposant, entre autres, des bronzes de Pompon, Rodin, Richier ou encore Folon.

Passions humaines et sérénité animale
Auguste Rodin, Le Désespoir (grand modèle), vers 1893, signé sur le rocher, épreuve en bronze à patine brun-vert nuancée, Georges Rudier fondeur, 31,7 22,9 29,7 cm.
Adjugé : 107 000 

Au chapitre de la sculpture animalière, c’est l’un des maîtres du genre qui dominait la vente du samedi 27 avril : François Pompon, avec un Cerf, en bronze à patine brun-noir nuancée, signé et portant le cachet du fondeur Valsuani (voir l'article Fonte unique de Pompon de la Gazette n° 15, page 115). Le fier cervidé, aux courbes lissées, était apprivoisé pour 103 000 €. Une figure humaine expressive le talonnait à 107 000 €, imaginée à l’origine par Auguste Rodin pour sa Porte de l’Enfer. Titrée Le Désespoir, l’épreuve en bronze, due à «Georges Rudier fondeur Paris», revêtait une patine brun-vert nuancée. Petit rappel historique : vers 1893, le maître décide de retravailler individuellement les divers éléments qui constituent la Porte, puis d’en faire des tirages, aux nombreuses variantes. Pour l’édition du Désespoir grand modèle, le sculpteur commandita six épreuves, de 1902 à 1917 ; après son décès, le musée Rodin édita quatre exemplaires, entre 1917 et 1949, avec l’aide du fondeur Alexis Rudier. Huit autres furent encore réalisés par Georges Rudier entre 1961 et 1967. Signalons que notre version sera incluse au catalogue de l’œuvre sculpté de l’artiste actuellement en préparation au comité Rodin. Germaine Richier signait quant à elle un Homme forêt en 1945 ; il s’agit d’une sculpture en bronze à patine brun-noir nuancée par Valsuani fondeur, numérotée 6/8 sur la terrasse. Passée par une collection américaine, puis par une seconde du sud de la France, elle changeait de mains pour 61 000 €. Notons également le succès d’une aquarelle de Georges Braque, Le Parc Monceau, encore impressionniste et brossée en 1900, qui clôturait cette première journée avec 43 200 €. Le dimanche 28 avril, retour au volume, avec une sculpture en bronze de Jean-Michel Folon titrée L’Homme à l’oiseau, de 2005, une épreuve à patine brune nuancée de Romain et fils fondeur (34 300 €).

Fonte unique de Pompon

Une fonte du vivant de François Pompon, un modèle caractéristique de l’œuvre de l’artiste et un historique parfaitement connu… que demander de plus ? La sculpture arbore fièrement les signes d’un succès à venir. Une fonte unique qui a été réalisée en 1929, par la fonderie Valsuani, dont elle porte le cachet sur la plinthe au dos. Elle a été conservée dans l’atelier du sculpteur de 1929 à 1933, avant de passer par plusieurs collections particulière  celle de René Demeurisse, secrétaire et exécuteur testamentaire de l’artiste, puis celle de M. Coissard, ami du premier, et enfin une collection privée anonyme depuis 1992. D’un travail de fonte et de ciselure parfait, ce Cerf est, d’après la spécialiste Liliane Colas, «la première réduction travaillée par Pompon» de ce modèle, conçu en 1929 et présenté en bronze au Salon d’automne de la même année. L’artiste voulut en faire effectuer d’autres tirages par la suite chez Valsuani, à partir du plâtre d’origine, mais les fontes grandeur réelle furent tout simplement ratées... seule la réduction à 53,3 cm fut réussie. Et c’est celle-ci que nous avons la chance d’avoir sous les yeux, avec sa superbe patine, signée Albino Antonio Palazzolo. Pompon garda longtemps cet exemplaire dans son atelier et commanda d’autres réductions au fondeur Andro, à partir de 1930, notamment en 60 cm. Le plâtre de 53 cm fut quant à lui détruit sur ordre du sculpteur après la réalisation de notre exemplaire. Par son aspect moderne, épuré, l’animal dévoile ici son être profond. En opposition avec la sculpture romantique en vogue à cette époque, l’artiste invente un style innovant, inspiré du mouvement impressionniste et pleinement ancré dans le XXe siècle. Il crée d’ailleurs en 1927, avec Sandoz, le Salon des animaliers contemporains, affirmant haut et fort ses choix artistiques.

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