Poillerat dans la course !

Le 02 juillet 2020, par Anne Doridou-Heim

Le XXe siècle occupait tous les espaces de la salle Favart. Après les succès du mercredi, avec notamment la dispersion de la collection Diehl, les arts décoratifs étaient à l’honneur le vendredi.

Gilbert Poillerat (1902-1988), table de salle à manger en fer forgé patiné, les motifs ornementaux dorés, plateau en laque sur âme de bois à l’imitation d’une pierre marbrière, vers 1950 (modèle conçu vers 1946-1948), 77 240 105 cm.
Adjugé : 89 600 

Le produit de cet après-midi totalisait 934 822 €. Il prenait les couleurs du Sud avec une gouache de Jacques Majorelle (1886-1962), exposée au musée des beaux-arts de Nancy en 2000 lors de la rétrospective consacrée à l’enfant de la ville : un beau Corps de bronze rehaussé de poudre d’or, exécuté vers 1935 et retenu à 90 880 €. Il voyait aussi triompher le talent du ferronnier d’art Gilbert Poillerat (1902-1988) avec un ensemble historique ayant été réalisé pour le coureur automobile Auguste Veuillet (1910-1980). Cette commande d’un pilote à un créateur, deux fers de lance de leur époque mais chacun dans leur domaine évidemment (voir l'article Gilbert Poillerat et l’homme qui aimait les voitures en couverture et page 6 de la Gazette no 21 du 29 mai), se concluait sur un résultat de 89 600 € pour l’importante table de salle à manger (reproduite ci-dessus) et de 25 600 € pour la console. Le monde de l’art aime les belles histoires et les rencontres. Cela menait au succès plusieurs pièces ayant appartenu à Winnaretta Singer (1865-1943). «Winnie» pour les amis, héritière des machines à coudre Singer, quitte son Amérique natale lorsqu’elle épouse son prince – Edmond de Polignac (1834-1901) – et s’installe à Paris. Après le décès de son mari, elle lance un salon qui deviendra l’un de ces lieux cultes de la capitale, fréquenté par le beau monde et les artistes. Au milieu des années 1930, pour décorer son hôtel particulier de l’avenue Henri-Martin, elle fait appel à la maison Jansen, très en vue elle aussi. Une paire de veilleuses en cristal de roche (30 13,8 13,8 cm), en forme d’obélisques modernistes et dessinées vers 1935, éclairait les lieux d’une enchère de 21 120 €. L’après-midi se poursuivait avec les courbes de quatre sculptures de Chana Orloff (1888-1968) provenant de la collection de l’éditeur et écrivain Jean Paulhan (1884-1968). Très en beauté, une épreuve en bronze patiné de son Nu assis dans un fauteuil (h. 41 cm), un modèle de 1927, s’y tenait à 33 280 €. Dans un courrier lui étant adressé, conservé dans les archives de l’atelier-musée Chana Orloff, Paulhan écrivait : «Chère amie, l’on ne se détache pas si vite de vos statues». Le charme opère toujours.

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