Un jaune impérial chinois

Le 25 juin 2020, par Anne Doridou-Heim

Les acheteurs chinois, bien que physiquement absents, n’ont pas laissé leur échapper ce vase doté de bien des atouts.

Chine, époque Qianlong (1736-1795). Vase en porcelaine émaillée polychrome et or à décor de fleurs de lotus dans leurs rinceaux et de motifs de brocart, anses en forme de dragon, marque en rouge de fer à six caractères en zhuanshu sur fond bleu turquoise, h. 26,5 cm.
Adjugé : 2 470 400 

La piste de la commande pour être offert à l’empereur Qianlong (1736-1795), évoquée en page 47 de la Gazette n°23 du 12 juin (voir l'article Chef-d’œuvre de porcelaine impériale chinoise), restera en suspens, et même ce résultat de 2 470 400 € n’apportera pas de réponse définitive. En revanche, il consacre une pièce aux hautes qualités esthétiques et techniques, en parfait état et montrant l’excellence des plus grands ateliers du règne de cet empereur. Sous son gouvernement – les pages de la Gazette s’en sont souvent fait l’écho, et ce n’est certainement pas terminé –, les porcelaines atteignent leur acmé, s’agissant de satisfaire les plaisirs d’un esthète exigeant et d’une cour se mettant au diapason. Arrivé en France au XIXe siècle, au hasard des expéditions d’alors dans le vaste empire du Milieu, ce vase rejoint donc sa terre natale, comme la grande majorité de ses semblables. Les incertitudes liées à la période actuelle, et les craintes ressurgissant en Chine, n’ont pas altéré l’envie des acheteurs. Il faut dire que la maison de ventes et le cabinet d’expertise avaient mis tous les atouts de leur côté pour parvenir à un succès, utilisant la durée du confinement pour assurer sa vaste diffusion, «par le biais de vidéos et de relais dans les médias» précisent-ils, ajoutant avoir «répondu à plus de quatre mille demandes d’informations complémentaires» et last but not least, avoir décidé «de sécuriser la transaction en imposant une caution de 200 000 € pour participer». Mais revenons au vase lui-même et à la rare délicatesse d’exécution de ses émaux, apposés en plusieurs couches très fines. Harmonieusement et habilement combinés par de talentueux porcelainiers, peut-être sous le contrôle de Tang Ying – superviseur des fours impériaux –, ils ont participé à un type ornemental inspiré de la peinture européenne du XVIIIe siècle. On parle alors de décor conçu en référence aux techniques des «peintures de l’Ouest», apportées par les jésuites. Les fleurs d’acanthe épanouies de la panse, un motif typiquement européen, en sont un exemple. Son dessin multicolore fait penser à un jardin dans lequel les motifs floraux s’épanouiraient en un patchwork de champs juxtaposés, lequel est pour sa part typiquement chinois. Une pièce offrant un parfait exemple de mariage réussi entre l’Orient et l’Occident.

mardi 16 juin 2020 - 14:00 - Live
3, rue Favart 75002 Paris
Ader
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne