En Indochine, la réalité est aussi belle que le mythe

Le 11 avril 2019, par Anne Doridou-Heim

Signée par Tran Binh Loc (1914-1941), cette toile installait son auteur auprès des plus grands noms régulièrement cités dans nos pages.

Nguyen Van Ty (1917-1992), Les Rapides de Cho-Bo sur la rivière Noire, 1942, ensemble de quinze panneaux en bois laqué polychrome et or, 150 375 cm.
Adjugé : 381 000 

Sixième opus déjà pour ce rendez-vous intitulé «Indochine, mythes et réalités 1800-1960» et toujours le même parfum de nostalgie et de succès pour sa partition, constituée d’un savant dosage de peintures, de laques, de souvenirs de la cour de Hué, de photographies et d’affiches. Deux journées étaient nécessaires pour disperser cette fois 583 lots et conclure sur un produit total vendu frôlant les 2 M€ de 1 968 145 € précisément. Le lundi 1er avril voyait défiler les souvenirs de la maison Denis Frères, l’une des plus importantes entreprises françaises installées dans la colonie entre 1862 et 1954. Ils se négociaient entre 100 et 12 700 €, ce prix récompensant une paire de grandes (115 58 cm) encres avec rehauts de gouache dépeignant les batailles de Bac Ninh et de Son Tay, engagées en 1882 et 1884. Place à la cour impériale de Hué (1802-1945) avec un vase en porcelaine de forme balustre à long col évasé (h. 56 cm). Plusieurs dragons s’épanouissaient sur la panse de son éclatant fond jaune et retenaient 53 340 €. On s’intéressait ensuite à l’École des beaux-arts d’Hanoï, qui une fois encore révélait un beau talent et délivrait un record du monde (source : Artnet). Celui-ci honorait l’élégante inconnue esquissant un sourire en couverture de la Gazette du 29 mars (détail reproduit page de droite). Signée par Tran Binh Loc (1914-1941), cette toile recueillait 520 700 € et installait son auteur auprès des plus grands noms régulièrement cités dans nos pages. Les regrets de sa disparition prématurée à 27 ans à peine n’en sont que plus vifs encore ! Lê Thi Luu (1911-1988), la première peintre vietnamienne à faire carrière après son diplôme obtenu en 1932, était présente avec deux portraits, celui d’une Jeune femme aux fleurs (45 720 €) et celui d’une Grand-mère tonkinoise (25 400 €). L’école formait également des sculpteurs, dont Georges Khanh, né en 1906 et disparu sans laisser de trace lors de la révolution de 1945, sorti promu en 1930. En 1932, il réalise le buste d’Amédée François Thalamas (1867-1953), le directeur général de l’Instruction publique, un visage empreint d’une profonde dignité qui recevait 19 050 €. Enfin, l’art délicat et ancestral de la laque dévoilait à son tour de belles réalisations. Évidemment, on ne pouvait manquer l’ensemble de quinze  panneaux des Rapides de Cho-Bo sur la rivière Noire (reproduit ci-dessus et détail page 83 de la Gazette no 12) de Nguyen Van Ty (1917-1992), un morceau de taille (150 375 cm) et de choix qui déferlait jusqu’à 381 000 €. Et obtenait un record du monde, là encore (même source).
 

Tran Binh Loc (1914-1941), Portrait d’une élégante, 1937, huile sur toile, 153 x 103,5 cm (détail). Adjugé : 520 700 €
Tran Binh Loc (1914-1941), Portrait d’une élégante, 1937, huile sur toile, 153 103,5 cm (détail).
Adjugé : 520 700 

lundi 01 avril 2019 - 14:00 - Live
9, rue Drouot 75009 Paris
Lynda Trouvé
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