Collection(s) africaines - Une présence

Le 20 décembre 2018, par Anne Doridou-Heim
Liberia, peuple grebo. Masque en bois et pigments, 44,8 x 25,4 x 12,7 cm.
Adjugé : 579 380 €

Hiératique et sereine, l’icône fang ayant fait la couverture de la Gazette no 41 du 23 novembre acceptait sans bruit l’enchère de 785 100 € venue se déposer à son socle. Peut-être avait-elle espéré mieux… avec la sagesse d’une grande, elle n’en montrait rien. Ces figures d’ancêtre du Byeri, sculptées et vénérées par le peuple fang du Gabon, sont parmi les artefacts africains les plus recherchés. Il n’est pas question ici d’aborder le vaste débat sur les restitutions sujet qui sera développé longuement dans nos pages l’année prochaine , mais il convient néanmoins de citer un poète, Guillaume Apollinaire. Dans Sculptures nègres (Paris, 1917), cosigné avec Paul Guillaume, il expliquait que «c’est par une grande audace du goût que l’on est venu à considérer ces idoles nègres comme de véritables œuvres d’art». Il ne faut jamais oublier le rôle de ces grands artistes de la langue ou du pinceau. Ces mêmes mots pourraient s’appliquer à la découverte des masques grebo du Liberia. Picasso les collectionnait, voyant dans leur plastique une réponse à ses recherches cubistes. Un spécimen en bois et pigments (reproduit page 67 de la Gazette n° 43 du 7 décembre et page de gauche), qui avait appartenu à un collectionneur italien vivant dans le pays jusqu’au coup d’État de 1980, exprimait sa force ici à 579 380 €. De présence, l’antilope tji wara de la collection Gaston de Havenon n’en manquait pas non plus, et détalait à 159 540 €. Associés aux passages de grade, ces cimiers sont liés à une société initiatique célébrant la fertilité de la terre. Ils évoquent les origines de l’homme, lorsque, grâce à un hippotrague mâle, une céréale leur fut transmise. Un bien bel objet pour une belle histoire. Un autre temps fort était le fait d’un personnage assis, un serpent autour du cou, appartenant aux sculptures en terre cuite emblématiques de Djenné, au bord du fleuve Niger. Celui-ci remonte à 1400-1500 : il constitue un bel exemple de style classique II, l’un des plus aboutis de cet art né autour de 700 et développé jusqu’aux années 1700, et prenait place sur le podium à 264 500 €. Une petite poulie gouro de Côte d’Ivoire, du Maître de Bouaflé, vient conclure ce petit tour d’horizon et enroulait 91 812 €. Une fragilité apparente, mais une grande force là encore, pour un accessoire essentiel du tisserand, utile et beau.

 

Afrique équatoriale atlantique, Gabon, peuple fang, groupe ntumu, XIXe siècle. Buste féminin, figure d’ancêtre du Byeri (eyema byeri), bois à épaisse
Afrique équatoriale atlantique, Gabon, peuple fang, groupe ntumu, XIXe siècle. Buste féminin, figure d’ancêtre du Byeri (eyema byeri), bois à épaisse patine noire (suintante par endroit) et laiton, h. 35 cm.
Adjugé : 785 100 €
vendredi 14 décembre 2018 - 15:30 - Live
9, rue Drouot 75009 Paris
Binoche et Giquello
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