Huang Yong Ping, là où Orient et Occident s’enchevêtrent

Le 24 octobre 2019, par Anne Doridou-Heim

En présentant cette grande installation de Huang Yong Ping, une vente d’art contemporain prenait une valeur d’hommage, le décès de l’artiste franco-chinois étant survenu le 19 octobre. Et lui offrait un record mondial.

Huang Yong Ping (1954-2019), Xuan Wu, 2002, aluminium et cuivre, 300 860 300 cm.
Adjugé : 411 920 

Les résultats de cette vente d’art contemporain seront communiqués dans le détail la semaine prochaine mais, à la suite du décès inopiné de son auteur, le samedi 19 octobre, on se devait d’annoncer celui enregistré par cette œuvre de Huang Yong Ping (1954-2019) : 411 920 €. Il s’agit d’un record mondial pour l’artiste (source : Artnet), un bel hommage. Réalisée en aluminium et cuivre en 2002, Xuan Wu est une entité constituée du squelette d’un serpent dressé devant une paisible famille de tortues. Son titre signifie «le mystère et l’harmonie», renvoyant à l’un des quatre symboles des constellations dans la Chine ancienne et qui, dans son mythe originel, représente une tortue et un serpent enlacés. L’œuvre effectue la synthèse des travaux de son créateur, cherchant, selon ses propres mots, à «réunir le mythe oriental et les sciences naturelles occidentales». Elle provient de la collection genevoise de Nancy Varenne Brunot. Le travail de cet artiste chinois de naissance, installé en France depuis plus de trente ans et naturalisé français, est apparu sur la scène artistique dès son arrivée en 1989, mais n’a vraiment été révélé au grand public que lors de l’exposition Monumenta de 2016 au Grand Palais (du 8 mai au 18 juin). Il conçoit tout spécialement une installation monumentale intitulée Empires : la carcasse d’acier d’une féroce créature face à un tricorne napoléonien. L’œuvre fait sensation, interroge et dérange… Tout comme le Serpent d’océan, sculpture gigantesque et pérenne d’un squelette de serpent de mer, longue de près de 130 mètres et installée dans l’estuaire de Saint-Brévin-les-Pins, près de Nantes. Huang Yong Ping maniait l’allégorie, interrogeait sur les destins funestes, l’avenir de notre société marchande et bien d’autres thèmes encore. Son œuvre a encore beaucoup à nous apprendre…

Transparences du XXe siècle

Le 31 octobre 2019, par Anne Doridou-Heim

Dans cette vente, il était question d’apports réciproques entre la modernité occidentale et la tradition chinoise ainsi que de la liberté de création de grands noms du siècle dernier, dont celui de Picabia.

Francis Picabia (1879-1953), Transparence, gouache, aquarelle et encre sur carton, 103 75 cm.
Adjugé : 127 400 

Un Chinois peut en cacher un autre. Ce n’est pas la Composition no 112 de 1962 de Chu Teh-chun (1920-2014) - Voir l'article Huang Yong Ping, là où Orient et..., Gazette no 34 du 11 octobre, page 63) qui s’exprimait au plus haut, mais une pièce monumentale de Huang Yong Ping (1954-2019 - Voir Gazette no 36 du 25 octobre page 85), détentrice d’un record mondial à 411 920 €. Transition toute trouvée vers l’œuvre de Fabienne Verdier (née en 1962), dont tout un chacun connaît le long parcours d’initiation à la calligraphie extrême-orientale auprès du maître Huang Yuan. L’accrochage de ses œuvres dans les salles du musée Granet d’Aix-en Provence («Fabienne Verdier. Sur les terres de Cézanne») est prolongé jusqu’au 5 janvier prochain en raison de son succès. C’est toute l’évolution de cette femme libre et exigeante qui y est magistralement montré. L’artiste se fait assez rare sur le marché des enchères, ce qui valait à son Solo no 4, relevant de la série des «Walking Paintings» de 2013, d’être salué d’un résultat de 67 600 €. Le dense programme de cette journée dominicale prenait ensuite d’autres directions, mais toujours à travers le riche XXe siècle. Cela en toute transparence, comme le titre de cette gouache de Francis Picabia l’évoquait. Témoin elle aussi d’un long cheminement de son auteur, se dirigeant vers une innovation toute personnelle et esthétique l’amenant, comme il l’écrivait, à «s’exprimer à la ressemblance des (ses) volontés intérieures», cette œuvre sur papier traçait 127 400 € et se positionnait juste devant un dessin au crayon de Pablo Picasso (1891-1973), un Arlequin et singe (25 19 cm) jouant de la mandoline, salué de 123 500 €. Ces deux grands avaient justement été choisis l’an dernier par le même musée Granet pour dialoguer («Picasso-Picabia - Histoire de peinture», 9 juin-23 septembre 2018)… Pas de hasard, en art, tout se rejoint ! Pour terminer, toujours en écho au monde des institutions culturelles, un pastel de Hans Hartung (1904-1989) intitulé P 1958-53 (49 63 cm), et emporté à 38 400 €, invitait à découvrir la rétrospective que le musée d’Art moderne de la Ville de Paris consacre à l’artiste jusqu’en mars prochain. Une personnalité forte, traçant son chemin en toute liberté, en rupture également avec l’idée traditionnelle de style.

dimanche 20 octobre 2019 - 15:30 - Live
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