Chu Teh-Chun en clair-obscur

Le 05 novembre 2020, par Anne Doridou-Heim

Le 23 septembre 1978, le ciel de Chu Teh-Chun rougeoyait. Le 27 octobre dernier, il flamboyait.

Chu Teh-chun (1920-2014), Le 23.9.1978, 1978, huile sur toile, 100 81 cm.
Adjugé : 381 000 

Chu Teh-chun (1920-2014) est en France depuis une quinzaine d’années – il est arrivé au printemps 1955 – pour y trouver les réponses à ses aspirations profondes et tracer sa propre voie, lorsqu’il se lance dans une nouvelle conquête artistique : celle de l’étude de la lumière opérée par les grands maîtres d’Europe tant admirés, Rembrandt en tête (voir l'article Chu Teh-chun dans la lumière page 8 de la Gazette n° 36 du 16 octobre). Il est profondément ému par son œuvre, reçue comme un choc lors d’un séjour à Amsterdam en 1969. Celui que l’on présente régulièrement – et à raison – comme un pont jeté entre les arts occidentaux modernes et ceux de la Chine millénaire va alors livrer, avec ces réflexions autour du clair-obscur engagées dans les années 1970, une peinture d’une puissance intense, qui tend vers le magnétisme. Il montre aussi que s’il est toujours fortement inspiré par le travail de Nicolas de Staël, découvert en 1956 à Paris lors de la rétrospective que le musée national d’Art moderne lui consacre, il regarde aussi vers les grands du passé, et que c’est nourri de tous ces apports qu’il crée une œuvre gestuelle, libre. S’il a commencé par la calligraphie et une peinture figurative de paysages — celle qui lui a valu suffisamment de succès pour financer son voyage — c’est bien l’abstraction qui va pleinement le révéler et l’inscrire parmi les géants du XXe siècle. Cette toile, titrée Le 23.9.1978, le démontre avec un brio justement honoré d’une enchère de 381 000 €. Les rouges, les ocres et l’orange y flamboient – ce qui peut paraître normal – mais les noirs aussi – ce qui l’est moins – et ce dans différentes nuances, l’ensemble prenant vie sous son pinceau. En superposant savamment les couches d’huile, il parvient à des effets de transparence et à la diffusion de lueurs incandescentes. Il n’y a dans cette toile aucun vide et l’œil n’est jamais laissé au repos : il est happé, comme l’a été son nouvel acquéreur.

mardi 27 octobre 2020 - 02:00 - Live
Magnin Wedry
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