Un vase de forme protectrice

Le 28 novembre 2019, par Anne Doridou-Heim

Dans cette vente d’art d’Asie, la surprise venait d’un vase en porcelaine bleu et blanc en forme de gousse d’ail.

Chine. Vase de forme suantouping (gousse d’ail) en porcelaine décorée en bleu sous couverte de fleurs de lotus dans leurs rinceaux, marque apocryphe de Qianlong, h. 29,3 cm.
Adjugé : 698 500 

Dans la culture populaire occidentale, la gousse d’ail est un agent protecteur ayant le pouvoir d’éloigner le mal. Elle va désormais être synonyme d’un autre bienfait grâce aux 698 500 € déposés sur ce vase chinois, portant une marque apocryphe de Qianlong (1735-1795) et dont la forme, nommée suantouping, évoque justement la sienne ! Pour l’anecdote, c’est depuis la Chine que la plante aromatique est arrivée en Europe, à travers le Moyen-Orient puis l’Égypte antique, avant de traverser la Méditerranée et de connaître l’expansion qui fut la sienne. Malgré son élégance et son décor soigneusement disposé sous couverte de fleurs de lotus, rien ne prédisposait cet objet à bénéficier d’une telle envolée, si ce n’est l’engouement des Chinois pour les pièces historiques pouvant être rattachées à un empereur… Seule la suite pourra décider si tel est le cas ici. Également synonyme de vertus, cette fois dans le grand empire de l’Est, est la corne de rhinocéros. L’une finement sculptée de pavillons et de lettrés sous les pins près d’un ruisseau (h. 10,7 cm), un thème immémorial de la culture chinoise, reposant sur un socle en bois ajouré figurant des lingzi, parmi les rochers, recevait 50 800 €. Une seconde, présentant un décor en relief de loirs parmi les pampres (h. 10,5 cm), un symbole de prospérité et de fécondité, était emportée à 38 100 €. La vente prenait ensuite la direction des hautes montagnes du Tibet avec un bouddha en cuivre repoussé et doré assis en padmasana (h. 50 cm), posé à 15 875 €, et de l’Indochine de l’époque de Bao Dai (1926-1945) avec un souvenir évoquant la figure de ce dernier empereur et de la présence française. Il s’agit d’une décoration en or, pourvue de l’inscription «cadeau de l’empereur Bao Dai à un ministre» décorée de la fameuse poursuite de la perle sacrée dans les nuages. Le bijou est accompagné de son brevet et présenté dans deux boîtes. Il provient d’un administrateur des services civils en poste à Hué à partir de mai 1936, Eugène Guillemain (1885-1974).

Panorama (après-vente)

Bête à corne

Si le rhinocéros, qui existait dans le Yunnan jusqu’au XVIe siècle, apparaît rarement comme motif décoratif, sa corne en revanche était réputée pour détecter les poisons. Dès le IVe siècle avant notre ère, elle était utilisée pour faire des coupes pour boire et pour manger, mais aussi pour des boucles de ceinture et autres objets décoratifs considérés comme des protecteurs. D’époque XVIIIe, cette coupe libatoire (h. 10,7 cm), en corne sculptée de pavillons et de lettrés sous les pins près d’un ruisseau, l’anse formée de deux troncs noueux, le feuillage retombant à l’intérieur, est estimée 40 000/50 000 € au catalogue de la vente Beaussant Lefèvre (cabinet Portier et Associés), mercredi 20, salle 4 à Drouot.

mercredi 20 novembre 2019 - 14:00 - Live
9, rue Drouot 75009 Paris
Beaussant Lefèvre
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