Pascal Dagnan-Bouveret, présence pénétrante

Le 24 juin 2021, par Anne Doridou-Heim

Ce portrait de jeune femme cherchait à capter notre regard. Cela a fonctionné à merveille et valu à son auteur, Pascal Dagnan-Bouveret, un record français.

Pascal Dagnan-Bouveret (1852-1929), Portrait d’une jeune femme songeuse, 1898, huile sur toile, 131 95 cm.
Adjugé : 153 600 

La Gazette ne s’y était pas trompée en le mettant en pleine page (voir l'article Effigie parisienne par Dagnan-Bouveret de la Gazette n° 23, page 55). Ce Portrait d’une jeune femme songeuse, réalisé en 1898 par Pascal Dagnan-Bouveret, a une présence qui n’a pas laissé froids les enchérisseurs. Ils ont été plusieurs à se le disputer avant que l’un d’eux ne l’emporte à 153 600 €. Ce résultat signe un record français (source : Artnet) pour un artiste plus fréquent et apprécié de l’autre côté de l’Atlantique. Rompu à l’art du portrait et membre du milieu académique après une formation dans l’atelier d’Alexandre Cabanel puis celui de Jean-Léon Gérôme, il possède un solide pinceau qui lui permet de s’attaquer à tous les genres (mythologique, allégorique, scène de genre, composition religieuse), mais aussi un goût du mystère nous rappellant une nouvelle fois que les peintres, même les plus classiques, peuvent avoir un sens de l’effet. Il est vrai que Zola et Daudet ouvrent Dagnan-Bouveret au naturalisme puis que l’influence de Jules Bastien Lepage donne à son œuvre un caractère plus poétique. Ce qui «fait» ce tableau est la pose du modèle, tout de noir vêtu et assis dans une large bergère jaune soleil : un contraste chromatique traité avec virtuosité et qui concentre le regard sur le visage, plus inquiétant que songeur en réalité. Cette jolie brune appartient à une fin de siècle qui voyait la femme comme un danger, tentatrice et séductrice.

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