Rendez-vous avec Louis XIV, Napoléon Ier et Louis Gauffier

Le 07 octobre 2020, par Philippe Dufour

774 560 € étaient enregistrés en deux jours, avec un record mondial pour Louis Gauffé à la clé, et une victoire pour Louis XIV.

Boîte à portrait de Louis XIV en or au profil du Roi-Soleil à l’antique, en émail moulé à la façon d’un camée, au dos son chiffre émaillé, monture en argent ornée de vingt diamants taillés en rose, bélière en or, h. 4,8, l. 3,9 cm.
Adjugé : 620 000 

Ainsi, le montant total des adjudications s’élève à 3 774 560 € sur deux jours ; et, comme à l’habitude, ce succès mérité répondait à la qualité des pièces présentées, parfois royales comme le fameux médaillon (h. 4,8, l. 3,9 cm) offert par Louis XIV au corsaire malouin Alain Porée en 1696. Estimé 80 000 € (voir l'article Un présent royal pour un corsaire de la Gazette n° 32, page 24), il a été bataillé jusqu’à 620 000 € ! Orné de vingt diamants, le bijou – qui porte le nom officiel de «boîte à portrait» – intéressait bien des enchérisseurs américains et britanniques, mais aussi français et bien sûr… malouins ! De fait, c’est un industriel de la cité des corsaires – et spécialiste du photovoltaïque – qui empochait ce profil du Roi-Soleil, assurant vouloir le faire «circuler dans les mois à venir». Dans cette compétition de haut niveau (voir l'article De Qianlong à la Révolution française, l’histoire et ses témoignages artistiques de la Gazette n° 33, page 116), la première place devait revenir, avec 818 400 €, au beau portrait de famille brossé par Louis Gauffier en Italie, vers 1797-1798 : La Cueillette des oranges… (69 99 cm). Un résultat qui, à partir d’une estimation haute de 60 000 €, établit un record mondial pour cet artiste rare. Du côté des arts décoratifs, plusieurs pépites ont tenu leurs promesses ; cela a été le cas pour le grand plat d’apparat en faïence de Rouen des années 1725-1730 (diam. 56 cm), qui provenait de trois anciennes collections Rothschild et dont le pendant est au musée du Louvre. Orné d’un spectaculaire décor en ocre sur fond bleu entourant deux amours musiciens, il ne pouvait que fuser à 248 000 €. Lui succédait le cabaret en porcelaine de Sèvres d’époque Empire, comptant dix-sept pièces qui ont été utilisées par Napoléon Ier à partir de 1805 : son décor aux oiseaux peints par Christophe-Ferdinand Caron n’était pas non plus étranger au score de 155 000 €. En revanche, le vase d’époque Qianlong n’a pas trouvé preneur, peut-être en l’absence d’enchérisseurs chinois…

Louis Gauffier (1762-1801), La Cueillette des oranges ou Réunion de famille d’un diplomate accrédité en Italie sous le Directoire, 1797-17
Louis Gauffier (1762-1801), La Cueillette des oranges ou Réunion de famille d’un diplomate accrédité en Italie sous le Directoire, 1797-1798, toile signée et datée, 69 99 cm (détail).
Adjugé : 818 400 

Céramique : Rouen et de Sèvres à leur zénith

Le 14 octobre 2020, par Philippe Dufour

Une faïence et des porcelaines spectaculaires ont été parmi les pièces les plus primées de la vente tenue au château d’Artigny.

Rouen, vers 1725-1730, grand plat d’apparat rond en faïence à décor en ocre sur fond bleu, diam. 56 cm.
Adjugé : 248 000 

Dans la catégorie des faïences, brillait le grand plat d’apparat (diam. 56 cm) d’une manufacture de Rouen, qui pourrait bien avoir inscrit un record pour une faïence française en récoltant 248 000 €. Daté entre 1725 et 1730, il s’inscrit dans l’âge d’or de la production rouennaise. Au cours de cette période, des décorateurs mettent au point un décor original dit «ocre niellé», fait de rinceaux noirs ou bleus sur un fond ocre et évoquant les marqueteries de cuivre d’André-Charles Boulle ou de Nicolas Sageot. «Mais sur quelques très rares faïences, dont notre plat, les couleurs sont inversées», indique l’expert Cyrille Froissart ; la peinture des figures et des rinceaux est alors exécutée en ocre sur fond bleu. Au centre de la pièce, deux amours musiciens sont inscrits dans un médaillon, tandis que l’aile porte leurs semblables brandissant des bouteilles… Son pedigree n’est pas moins prestigieux : il avait d’abord appartenu au baron James de Rothschild (1792-1868), puis à son fils Gustave (1829-1911), et à Robert de Rothschild jusqu’en 1932. Enfin, il est considéré comme le pendant au plat du legs Gérard conservé au musée du Louvre (OA 5011)… C’est de la manufacture de Sèvres que provenait le second lot vedette de cette session, avec un cabaret «à l’étrusque» créé vers 1803-1804 pour le «service de bouche» de l’empereur Napoléon Ier. Lui aussi a su tutoyer les sommets, en décrochant 155 000 €, avancés par un collectionneur français… Il faut avouer que ces dix-sept pièces en porcelaine dure – un pot à sucre «à pied anse volute», une théière «Asselin», une jatte à fruits «hémisphérique», un pot à lait dit « pot à crème à cornet», une cafetière, douze tasses «litrons» et leurs soucoupes – portent un merveilleux décor polychrome et or : des guirlandes fleuries sur lesquelles des volatiles sont perchés relient des cartouches rectangulaires ornés de scènes figurées à l’antique, tous motifs dus au pinceau de Christophe Ferdinand Caron (1791-1815), spécialisé dans la peinture d’oiseaux.
 

Sèvres, 1803-1804, cabaret pour le service de bouche de l’Empereur en porcelaine dure, composé de dix-sept pièces, décor peint par Christo
Sèvres, 1803-1804, cabaret pour le service de bouche de l’Empereur en porcelaine dure, composé de dix-sept pièces, décor peint par Christophe Ferdinand Caron (1791-1815), marque «Mre Nle. De Sevres -II».
Adjugé : 155 000 
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