Paul Nadar : exploration photographique

Le 26 novembre 2020, par Anne Doridou-Heim

Paul Nadar invitait ici à un voyage au Turkestan du temps d’avant grâce à un tout nouvel appareil pour l'époque : le Kodak.

Paul Nadar (1856-1939), Voyage au Turkestan, ensemble de 74 tirages argentiques d’époque, montés par paire, 13,8 11,3 cm chaque.
Adjugé : 32 500 

Des oisifs sur la place du Régistan, un mendiant, un marchand de pastèque, un concours de faucons, un raccommodeur de faïences, un derviche tourneur, des marchands de tapis… Voilà quelques exemples bigarrés avec également les transports en commun, l’enceinte de la mosquée Shah Sindeh, un coin du bazar, une troïka et bien d’autres images encore. C’est tout un pan de la vie à Samarcande, Tachkent et Boukhara qui est ainsi fixé par le photographe Paul Nadar lors de son voyage au Turkestan en 1890 et restitué ici par cet ensemble de soixante-quatorze tirages argentiques d’époque, acquis à 32 500 €. Dans la tribu Nadar – sujet d’une exposition à la Bnf présentée à l’hiver 2018-2019 –, Paul, fils de Félix, est connu pour être un chef d’entreprise enclin à la modernité et le diffuseur de Kodak – dont il teste les qualités instantanées – en France. De sa famille, il tient une foi dans le progrès et un goût certain pour l’innovation, qui le mène aussi sur les pistes de l’Orient. Jusqu’alors, il exerçait son art dans le domaine du portrait, et toutes les personnalités de la seconde moitié du XIXe siècle ont défilé dans son atelier. C’est loin de cette bourgeoisie qu’il part en 1890, en quête de paysages insolites. Quittant Paris par l’Orient-Express, traversant la mer Noire puis la mer Caspienne, empruntant la ligne du Transcaspien qui suit les anciennes étapes de la route de la soie, puis enfin en voiture à cheval, il visite le Turkestan, un pays de déserts et «de féeries où tout est imaginaire» et qui l’étourdit ainsi qu’il l’écrit à sa mère. Il s’y livre à un véritable reportage, saisissant avec bonheur grâce à son appareil dernier cri – fonctionnant avec des pellicules souples – la foule vivante et l’architecture islamique, en près d’un millier de clichés qui sont autant de témoignages de l’acuité de son œil et de sa parfaite connaissance de la photographie. Lors de ce même après-midi, le château de Versailles agissait à sept reprises par la voie de la préemption pour emporter, entre 2 340 et 5 200 € chacun, des négatifs sur papier ciré de Louis Rémy Robert (1810-1882) pris vers 1852 et offrant diverses vues du parc, des bassins ainsi que des éléments d’architecture de la demeure royale. Ils appartiennent à une série de calotypes qui seront édités par l’imprimeur Blanquart-Évrard en 1853 dans l’album Souvenirs de Versailles.

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