Les arts premiers en marche

Le 19 novembre 2020, par Anne Doridou-Heim

Cette vacation dédiée aux arts d’Afrique, d’Océanie et d’Amérique totalisait 1 111 513 €, emportés par plusieurs pièces historiées retenant des enchères à six chiffres.

Mozambique ou Afrique du Sud. Sommet de canne anthropomorphe tsonga (nguni), bois dur à patine blonde, h. 30,3 cm.
Adjugé : 209 660 

Lors de la vente d’arts premiers – dûment documentée – organisée par la maison Binoche et Giquello, c’est très justement ce sommet de canne anthropomorphe attribué à un sculpteur du peuple tsonga qui atteignait le plus haut résultat : 209 660 €. Ce prix venait récompenser une pièce à la plastique très pure, presque dépouillée, appartenant à un groupe de trois artefacts dont l’existence a été mise en évidence en 1995 à Londres lors de l’exposition «Africa : the Art of a Continent» de la Royal Academy of Arts – les deux autres sont au musée Barbier-Mueller et dans une importante collection privée. L’une des caractéristiques de cette culture ayant évolué au Mozambique et en Afrique du Sud est cette belle patine lisse et brillante, ici blonde. À ses côtés, une statuette banda de la région de Mobaye, en République centrafricaine, datant de la fin du XIXe siècle, frappait par son allure à la fois imposante – bien campée sur ses jambes, bras plaqués le long du corps, tête hémisphérique en forme de champignon – et naïve par son regard aux yeux incrustés d’os tournés vers le ciel. Cette sculpture attribuée au Maître de Mobaye appartient elle aussi à un groupe de plusieurs. Explicitement sexuées et fonctionnant en couple, elles intervenaient lors des cérémonies de passage d’associations secrètes initiatiques, quand la présence des ancêtres était requise par le rituel. Celle-ci retenait 135 400 €, faisant enchère égale avec une statue (h. 35 cm) hermaphrodite pré-dogon datant de la seconde moitié du XIIIe siècle, soit de notre Moyen Âge européen : une œuvre historique, donc, qui offre son propre témoignage pour une meilleure connaissance de la sculpture pré-dogon. Elle représente un homme important, soit un héros de la mythologie, soit un chef de clan ou religieux, qui prend le statut d’ancêtre pour les générations futures. Mis en avant en page 47 de la Gazette n° 38 du 30 octobre (voir l'article Les arts premiers en majesté), une figure de reliquaire kota janus s’avançait à 148 120 € et un pendentif hei-tiki en jadéite de Nouvelle-Zélande, à 117 798 €. Si les reliquaires kota sont fréquents et dans les collections et sur le marché – les spécialistes en estiment le nombre à quelque cinq mille –, les bifaces le sont beaucoup moins et pour celles du groupe Obamba-Wumbu du Gabon oriental, on parle d’une dizaine seulement référencées.
 

République centrafricaine, région de Mobaye, fin du XIXe siècle. Statuette banda, bois à patine brun foncé et d’usage, h. 40 cm. Adjugé :
République centrafricaine, région de Mobaye, fin du XIXe siècle. Statuette banda, bois à patine brun foncé et d’usage, h. 40 cm.
Adjugé : 135 400 
vendredi 06 novembre 2020 - 16:00 - Live
12, rue Drouot 75009 Paris
Binoche et Giquello
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