Le gant de bronze de Nadja

Le 06 mai 2020, par Philippe Dufour

Obscur objet du désir, cette sculpture-fétiche habitée par l'esprit du surréalisme menait la danse à Compiègne.

Gant de femme, sculpture en bronze à patine brune, moulé vers 1900, 10 × 20 cm, 490 g.
Adjugé : 6 448 €

En octobre 1924, la poétesse Lise Deharme accompagne André Breton à une visite de la " Centrale surréaliste ", à l'issue de laquelle l'écrivain lui demande de laisser l'un de ses gants de daim bleu pâle comme symbole du mouvement avant-gardiste. Si la dame refuse dans un premier temps, elle reviendra déposer chez Breton un étrange gant en bronze patiné qu'elle possédait, datant de l'époque 1900 et qui sera acquis lors de la fameuse dispersion du «42, rue Fontaine », en 2003 à Drouot, par la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet. Cet épisode fondateur est repris tel quel dans le roman Nadja, Lise Deharme devenant alors Lise Meyer. Mieux, la photo de l'accessoire féminin statufié illustre la première édition. Il existe à ce jour quatre autres exemplaires recensés de ce mystérieux et anonyme « gant de Nadja » : l'un appartient au musée d'art moderne de Rome, un autre au musée d'Art moderne de la ville de Paris (déniché dans une brocante de Mexico), un troisième ayant appartenu à Andrée Putman, et celui-ci proposé le 25 avril, qui était demeuré jusqu'alors dans une collection privée. Pesant 490 gr et mesurant 10 x 20 cm, l'artefact était finalement disputé jusqu'à 6 448 €.
Un autre sujet de bronze tout aussi sensuel lui succédait : une Grande Baigneuse (h. 51 cm) de David Mesly ; pour cette épreuve d'artiste (n° 2/8) en bronze à patine noire nuancée, une cire perdue de Serralheiro (cachet du fondeur), il fallait avoir prévu 5 580 €. La même somme que celle allouée à un écusson de balustrade du métro parisien en fonte laquée vert, d'un modèle dessiné par Hector Guimard en 1900-1901.

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