Mettre les voiles avec l’art moderne

Le 19 novembre 2020, par Anne Doridou-Heim

De Dufy à Angarola, le programme était riche et en cette période d’immobilité forcée, un voyage en peinture est une invitation tentante.

Raoul Dufy (1877-1953), Voiliers dans le port de Deauville, vers 1935, huile sur toile, 60 73 cm.
Adjugé : 422 400 

La touche légère et rapide, les couleurs cernées, la lumière qui inonde la composition… Tout dans cette toile datée vers 1935, dépeignant des Voiliers dans le port de Deauville, traduit le style inimitable de Raoul Dufy (1877-1953). Pour l’écrivain Roland Dorgelès, l’artiste havrais «apprivoisait les couleurs comme d’autres charment les oiseaux». On le surnommait également «le peintre de la joie» et l’on comprend pourquoi cette œuvre, fraîche, et respirant en effet une vraie envie de vivre, a pris la mer à 422 400 €. Elle était bien entourée sur les cimaises, ce qui a permis à la vente de se conclure sur le produit total de 1 429 504 €. À ses côtés, pour rester dans le registre marin, Le Poisson noir (33 41 cm) de Georges Braque (1882-1963) fixé à l’huile sur papier contrecollé en 1942 s’ébattait à 76 800 €. Ce tableau avait appartenu à Jean Paulhan, puis a été conservé par la descendance de sa seconde épouse. L’écrivain en parlait ainsi dans une lettre adressée à Braque : «Le poisson me fait longuement penser à ce mélange d’extrême violence et de sérénité pourtant qui est vôtre. Je l’ai près de moi, je ne m’en sépare guère». Le résultat était quasiment identique pour une toile ensoleillée de Charles Camoin (1879-1965) : En chemin vers Ramatuelle (65 81 cm) gravissait en sifflotant vers 74 240 €. Le second temps fort annoncé (voir l'article Du Middle West à Paris avec Angarola page 44 de la Gazette n° 38 du 30 octobre) était un rare ensemble de quatre toiles de l’artiste américain Anthony Angarola (1893-1929), disparu à 36 ans seulement et peu connu de ce côté-ci de l’Atlantique. Les estimations étaient raisonnables, entre 6 000 et 12 000 €, et ont été justement multipliées par trois ou quatre. La note était de 32 000 € pour le Café des chauffeurs de 1929 (voir ci-dessus), juste devant les 30 720 € déposés pour Shady Rest (76 82 cm) de 1920, 29 440 € embrassant la vue des Kansas City Hills (89 112 cm), de 1928, et 25 600 From a Milwaukee Window (87 72 cm), de 1926 : des résultats qui captent aussitôt les deuxième, troisième, quatrième et cinquième places sur Artnet et signent des records français. Ils permettront aussi de mieux connaître le travail d’un artiste qui a passé l’essentiel de sa carrière dans le Middle West et laisse une œuvre très personnelle, que d’aucuns comparent à celle d’Edward Hopper par sa prise de possession du sujet.
 

Anthony Angarola (1893-1929), Café des chauffeurs, 1929, huile sur toile, 81 x 100 cm. Adjugé : 32 000 €
Anthony Angarola (1893-1929), Café des chauffeurs, 1929, huile sur toile, 81 100 cm.
Adjugé : 32 000 
vendredi 06 novembre 2020 - 14:00 - Live
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Ader
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