La Gazette Drouot
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livres anciens et modernes - bibliothèque du vicomte Couppel du Lude
Catalogue de la vente

Le salon Rohan de l'hôtel du Louvre accueillait la dispersion de la bibliothèque du vicomte Jacques Couppel du Lude. Le succès était au rendez-vous, pas moins de 4 631 819 euros frais compris étant récoltés. Rappelons que Jacques Couppel du Lude avait hérité de cet ensemble – qu'il a soigneusement conservé – de Pierre Foullon, son parrain. Cet industriel a constitué sa bibliothèque entre les années 1920 et 1965 auprès des grands libraires de la rive droite ainsi qu'en ventes publiques. Pas moins de 92 % des 260 lots décrits au catalogue trouvaient preneur. Sur les sept enchères qui franchissaient la barre des 100 000 euros, six le faisait très au-dessus des estimations. Par ailleurs, 75 résultats à cinq chiffres étaient prononcés. Ouvrons le feu avec les 210 000 euros obtenus, sur une estimation haute de 40 000, par l'exemplaire reproduit, joliment relié à l'époque, de La Pucelle d'Orléans de Voltaire. Cette édition de 1774 sur papier de Hollande contient la suite complète des vingt dessins originaux d'Hubert-François Bourguignon Gravelot réalisés pour l'édition originale de 1762, avec le dessin de Clément Pierre Marillier illustrant le chant supplémentaire, le vingt et unième, que contient notre édition. Ces sulfureux poèmes de Voltaire, traitant de manière ironique et érotique l'épopée de Jeanne d'Arc, ont fait scandale à l'époque, d'autant plus qu'entrepris vers 1730 ils ont été piratés et réécrits avec force détails graveleux dans des versions publiées dès 1755. Pour Clément-Pierre Marillier, signalons au passage les 85 000 euros enregistrés, au triple de l'estimation, par les deux albums de la suite complète de ses dessins à l'encre de Chine réalisés pour l'édition des OEuvres choisies de Rousseau publiées à Londres en 1783. Le premier contient le portrait de l'écrivain, les neuf dessins pour L'Émile et les cinq pour les tomes I et II, le second récoltant des douze dessins de La Nouvelle Héloïse. Les reliures de Mercier fils, de 1914, sont en maroquin rouge.Poursuivons à 160 000 euros, estimation haute doublée, avec l'un des 12 exemplaires en grand papier vélin de format in-4o avec l'épître à l'adresse de l'Assemblée nationale des cinq volumes du Nouveau Testament en latin et français traduit par Sacy (Paris, Imprimerie de Didot le jeune, Saugrain, 1793-1798) illustré par Moreau le jeune et contenant la suite complète des 112 dessins de celui-ci, exécutés à la plume et au sépia. Ils sont joints aux trois états des figures : à l'eau-forte (sauf 6), avant la lettre (29 doubles) et avec la lettre (sauf 30). Les reliure en maroquin vert à long grain, au dos richement orné et mosaïqué, sont de Jean-Claude Bozerian qui a signé son ouvrage et daté de l'an III. À 140 000 euros – estimation triplée –, ce sont 118 dessins du peintre, poète et graveur vénitien Pietro Antonio Novelli qui enrichissaient les deux volumes de l'un des 200 exemplaires sur vélin La Gerusalemme liberata (Paris, Didot l'aîné, 1784-1786) du Tasse. Ils ont servi à illustrer une édition vénitienne de 1760-1761 de cet ouvrage, 19 d'entre eux étant inédits. Quatre pages manuscrites du Tasse et de son entourage viennent parfaire cet ensemble, relié par Henry Walter à Londres en maroquin bleu nuit à long grain. Notre bibliothèque était l'occasion de se pencher sur les illustrateurs des Fables de La Fontaine, du XIIIe au XXe siècle. La suite des 85 dessins de Jacques Vivier à la mine de plomb pour l'édition de 1787 de Didot l'aîné était poussée jusqu'à 130 000 euros, sur une estimation haute de 40 000. La reliure de Cretté qui les accueille est en maroquin rouge janséniste. 72 dessins pour la célèbre édition en quatre volumes de 1755 à 1759, illustrée par Oudry, avec les compositions de ce dernier revues par Cochin, doublaient à 100 000 euros leur estimation basse. 59 de nos feuilles sont de la main de Charles-Nicolas Cochin. Rappelons que ce dernier avait retravaillé les dessins d'Oudry, trop sommaires pour être transcrits en gravure. Les autres feuilles sont dues à des graveurs dont Cochin s'était entouré pour mener à bien sa tâche. La Fontaine a également inspiré des créateurs du XXe siècle, comme en témoignent les 50 000 euros des deux volumes de l'exemplaire d'Henri Vever – l'un des 121 sur japon ancien – des Quelques Fables (Paris, les Cent Bibliophiles, 1927), illustrés par Jules Chadel et contenant les 25 dessins de celui-ci, les 26 lettrines et la maquette, avec tous les dessins préparatoires. Quittons le domaine des volumes accompagnés de leurs dessins pour nous intéresser aux livres du XVIe siècle richement reliés. Estimée 40 000 euros, la foisonnante parure en veau fauve à décor « à répétition » aux armes du comte Pierre-Ernest de Mansfeld, recouvrant Le Fort inexpugnable de l'honneur du sexe femenin (Paris, Jean d'Allyer, 1555), était propulsée à 150 000 euros. Cette provenance est de la plus extrême rareté, le seul autre volume répertorié étant chez Paul Getty junior. Pas plus de 22 reliures aux armes du comte sont aujourd'hui recensées. Elles ont été réalisées dans des ateliers parisiens durant sa captivité à Vincennes en 1555-1556. Pour les reliures, très disputées, citons encore les 75 000 euros de celle plus austère, en maroquin brun, de Marcantio Guillery à Rome, exécutée pour le banquier génois Giovani Battista Grimaldi (vers 1524-1612). Elle orne un exemplaire de la troisième édition (Lyon, Sébastien Gryphius, 1545) des oeuvres de Virgile, corrigées par Antonio de Gouvea. Les Heures à l'usage de Paris du cercle de maître François vers 1470, illustrant l'encadré page 41 de la Gazette n° 40, partaient à 40 000 euros, l'autre ouvrage reproduit, Le Premier Volume de l'histoire et cronique de Messire Jehan Froissard (Lyon, Jean de Tourne, 1559), relié d'époque aux armes du duc de Savoie, empochant 7 000 euros. Terminons avec la dernière enchères à six chiffres et la seule prononcée dans l'estimation, 110 000 euros pour un exemplaire du premier tirage de la célèbre suite de Goya La Tauromaquia ([Madrid, 1816]), les épreuves des 33 eaux-fortes étant tirées sur papier vergé sans filigrane et à toutes marges.
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