La Gazette Drouot
Best of des enchères - Sculptures, Bronzes
Best of des enchères
Sculpture, Bronze
José Maria David (né en 1944), Le Vautour, bronze à patine brune, numéroté 1/4, 2012, fondeur : Chapon, 60 x 85 x 72 cm.
Frais compris : 82 665 €.
L’envol d’un terrifiant vautour
L’artiste José Maria David arrivait en tête des enchères avec notre bronze. D’abord antiquaire, ce passionné de la troisième dimension se voue entièrement à la sculpture à partir de 1986. Influencé par l’art de Guido Righetti, il cherche à traduire toute la puissance de l’animal, à saisir son mouvement dans l’espace. Pour José Maria David, "c’est le pouce qui donne la forme". Le 20 janvier dernier, ce sculpteur contemporain recueillait un prix record avec un bronze transcrivant un pur-sang arabe ; intitulé Ben Jamil, il était adopté pour 120 332 € frais compris chez cette même étude ressontoise. Avec un sens inné du volume et des proportions, l’artiste met en place un zoo fabuleux où l’on rencontre aussi bien des animaux domestiques que des bêtes sauvages. Réalisée dans une fonte de Landowski et numérotée 2/8, une Horde de six éléphants, qui rappelle les groupes animaliers de Rembrandt Bugatti, arrêtait sa course à 34 000 €. Elle était toutefois largement dépassée par notre inquiétant Vautour. Espéré autour de 50 000 €, il s’envolait bien au-dessus des estimations. Il révèle toute la virtuosité du sculpteur, conciliant observation naturaliste et sens du pittoresque. Ici, José Marie David a voulu transcrire la beauté du vautour prédateur augurant la fin, la mort, comme Charles Baudelaire les célèbre dans son poème "Une charogne" dans les Fleurs du mal. À partir de la laideur et de la décomposition, le sculpteur essaie de recréer la beauté d’un monde gracié. C’est bien au final une des fonctions de l’art.
Ressons-sur-Matz, Dimanche 14 avril.
Oise Enchères SVV. M. Denoyelle.
Christofle, Paris, d’après un dessin d’Émile-Auguste Reiber (1826-1893), jardinière "Pomme de pin" en bronze doré et patiné, et métal argenté, 13 x 44 x 28 cm, 1879 ou 1880.
Frais compris : 36 556 €.
Reiber grand prêtre du japonisme
Émile Reiber était l’un des plus fervents partisans de la vogue japoniste qui a déferlé sur la France à partir des années 1860. La preuve avec cette jardinière de Christofle, exécutée en 1879 ou 1880, d’après un de ses dessins daté de 1874. Elle était adjugée 29 500 €. On le sait, le XIXe siècle est à la recherche d’évasion, que ce soit du côté de l’histoire occidentale, dont les styles sont alors revisités, ou vers des sources aussi lointaines qu’exotiques... La découverte des bronzes japonais, mais également chinois, est à la source des essais de Reiber, qui va tenter d’égaler l’art nippon des alliages et des incrustations. Il va pour cela faire appel au progrès industriel, ayant à sa disposition le savoir-faire de la maison Christofle. Cette dernière s’est attachée les services de cet architecte et théoricien, nommé chef de l’atelier de dessin et de composition en 1865. Le 9 juin 1867, l’entreprise dépose un brevet pour un "procédé d’incrustation des métaux précieux et de damasquinage galvanique", utilisant la gravure à l’acide et l’électrolyse plutôt que le difficile travail d’incrustation manuelle. Ses recherches techniques portent également sur la polychromie. Elles vont aboutir à une collection de pièces décoratives qui se feront particulièrement remarquer aux Expositions universelles, notamment à Vienne en 1873 et à Paris en 1878. Un exemplaire de notre jardinière sera présenté au cours de cette dernière, ce qui vaudra à Reiber le surnom de "grand prêtre du japonisme", décerné par Lucien Falize. Cet orfèvre incitait d’ailleurs le public, dans la Revue des Arts décoratifs, à aller découvrir les trésors de la collection d’Henri Cernushi. Notre artiste a d’ailleurs dessiné pour Christofle une amusante théière imaginée d’après un bronze japonais de cette collection, conservée au musée d’Orsay. L’institution possède également une jardinière du même modèle que la nôtre, mais à base carrée. Reiber a de la suite dans les idées !
Mercredi 24 avril, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Jean-Marc Delvaux SVV.

Sculpture dadaïste, 1921, cadeau de Coco Chanel à Serge Lifar, 24 x 18 cm.
Frais compris : 120 564 €.
Pas de deux pour Serge et Coco
Les souvenirs du danseur et chorégraphe Serge Lifar (voir encadré page 49 de la Gazette n° 15) étaient plébiscités par un large public, 98 % des lots trouvant preneur. Parmi les acheteurs, on compte plusieurs musées et des fondations des États-Unis, du Brésil, de Russie, Ukraine, Suisse et Monaco, ainsi qu’une université américaine. Une préemption était réalisée à 1 700 € pour le Centre national du costume de scène à Moulins, sur celui réalisé par William Chappel pour Rudolph Noureev dans un Pas de deux (1962). Il a été offert à Lifar par Margot Fonteyn. Rappelons qu’en 2009 la Rudolf Nureyev Foundation a fait un important don à l’institution. Le plus haut prix, 95 000 €, revenait à la singulière composition dadaïste reproduite, que n’aurait sans doute pas reniée André Breton... Elle aurait été offerte par Gabrielle Chanel à notre chorégraphe. Leur rencontre s’est faite grâce à Misia Sert, et leur amitié était telle que la couturière le considérait comme un frère. Un autre cadeau de Coco Chanel remportait 9 000 €, une estimation décuplée. Il s’agit d’un médaillon peint représentant Misia Sert âgée de 25 ans, accompagné de son enveloppe dédicacée, avec des cachets postaux suisses de 1959. Pour les costumes, l’aiguille d’or distinguait moyennant 20 000 € une création de Pavel Tchelitchew pour le ballet Ode, de Serge de Diaghilev, de 1928. Cette robe longue est en soie gris argenté, ornée de cabochons en métal et complétée par un masque fantomatique.
Lundi 22 avril, Éléphant Paname.
Arts Talents Enchères SVV. M. Leray.

Attribuée à Francis Van Bossuit (1635-1692), statuette de saint Sébastien en ivoire, h. 34 cm.
Frais compris : 153 000 €.
Ancienne collection Rothschild
Il y a des pedigrees qui font mouche, et celui de la famille Rothschild est de ceux-ci. Notre saint Sébastien adjugé 120 000 €, une estimation triplée, a appartenu au baron Karl Mayer de Rothschild (1788-1855), fondateur de la branche napolitaine de la famille. Il est de surcroît attribué au sculpteur Francis Van Bossuit. Après avoir fait son apprentissage à Bruxelles et obtenu sa maîtrise à Anvers, l’artiste a fait le voyage en Italie vers 1655-1660. Il a alors travaillé à Florence, avec Balthasar Permoser, avant de s’installer à Rome, où il a réalisé de nombreuses copies d’antiques et intégré le groupe d’artistes des Pays-Bas, les «Bentvueghels». L’artiste est ensuite allé travailler à Amsterdam, où il demeura jusqu’à sa mort. Dans une biographie publiée en 1727, Malthus Pool a écrit de lui : «Il fut regardé comme un prodige, par sa manière libre, hardie et facile à travailler l’yvoire qu’il manioit comme c’eut été de la cire, il i donnoit surtout une certaine tendresse qui lui étoit particulière et à laquelle peu de sculpteurs peuvent atteindre, il ne faut donc pas s’étonner si ce grand génie a été l’admiration de son siècle, même de son vivant et regretté après sa mort par tous les connoisseurs et amateurs de belles choses…» Quel bel éloge ! La «certaine tendresse» donnée par l’artiste à ses sujets est perceptible jusque sur les figures martyres des saints, comme on le voit avec notre sculpture. Son auteur ne s’est pas contenté de travailler l’ivoire, œuvrant aussi sur bois. Là encore, notre groupe en fait la preuve avec le tronc d’arbre auquel est attaché le saint. La réputation de l’artiste était telle que ses compositions furent pour certaines gravées, afin de servir au XVIIIe siècle de modèles aux artistes. Elles ont ainsi été publiées dans l’ouvrage dont est issu l’extrait cité plus haut, le Cabinet de l’art de sculpture par le fameux sculpteur Francis Van Bossult (Amsterdam, 1727).
Vendredi 24 mai, Salle 7 - Drouot-Richelieu. Aguttes SVV. M. Perrier.
François Pompon (1855-1933), Ours blanc, vers 1929-1930, épreuve en bronze à patine noire légèrement ambrée, fonte d’époque à cire perdue de C. Valsuani, 25,3 x 45 x 11,2 cm.
Frais compris : 193 900 €.
Un ours blanc noir record
Difficile de patiner le bronze en blanc… Aussi, c’est en noir légèrement teinté d’ambre que la fonderie Valsuani a traité cette épreuve de l’Ours blanc de François Pompon exécutée vers 1929-1930, soit du vivant de l’artiste. Un collectionneur européen l’emportait à 155 000 €, une estimation basse pratiquement doublée, lui permettant de décrocher un record mondial pour une épreuve en bronze de ce sujet. C’est une version en marbre (h. 18 cm) vers 1927 qui détient le record mondial pour l’artiste, 545 000 $ frais compris (415 897 €) recueillis chez Sotheby’s à New York le 7 mai dernier. On le voit, la cote de Pompon est en pleine forme ! Notre ours est la troisième réduction de 1927 du grand modèle de 1922, présenté au Salon d’automne et qui apportera enfin la gloire à l’artiste, à l’âge de 66 ans. Ce modèle a été retravaillé deux fois, en 1925 et 1927. Notre ours est l’un des neuf exemplaires répertoriés dans le livre de comptes du fondeur. Il possède l’avantage de n’être jamais passé en vente, étant resté dans la descendance du collectionneur qui l’avait acquis auprès de Pompon. Claude Valsuani a construit la réputation de son entreprise sur l’excellence de ses fontes à la cire perdue. Il va par exemple persuader les sculpteurs de limiter généralement les éditions à dix exemplaires. Il s’installe à son compte en 1908, après avoir fait ses armes chez Hébrard. Il innove en utilisant notamment le chalumeau pour travailler la finesse de la patine ou en faisant la potée «à la bouse de vache», qui permet l’obtention d’une empreinte plus fidèle de l’œuvre originale. Il est également l’auteur d’un ouvrage, Les Procédés modernes de fonte à la cire perdue. Notre épreuve n’a pas été fondue sous son contrôle puisqu’il est décédé en 1923. Sa veuve, puis son fils Marcel, perpétueront la tradition maison. Le chef modèle de l’Ours blanc est conservé au musée des beaux-arts de Dijon et le plâtre monumental réalisé pour son exécution en pierre se trouve au Muséum d’histoire naturelle de Paris.
Mardi 28 mai, Hôtel Marcel-Dassault. Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV. M. Marcilhac.
Auguste Rodin (1840-1917), Portrait de jeune fille en Flore, buste en terre cuite, h. 45 cm.
Frais compris : 79 309 €.
Rodin ornemental
Ce buste atypique d’Auguste Rodin n’était pas estimé plus de 15 000 €. Il en rapportait 64 000, une enchère notamment justifiée par son état de conservation impeccable, la sculpture étant restée dans sa caisse d’origine, marquée «Statuette. Fragile»… Les grâces de notre jeune fille évoquent le XVIIIe siècle galant, genre dans lequel s’est exercé le sculpteur. On oublie en effet que ce n’est qu’à partir des années 1880, alors qu’il atteint la quarantaine, que  Rodin devient le chantre de la modernité de sa discipline. Auparavant, il a travaillé dans la sculpture ornemaniste, celle en liaison avec l’architecture ou conçue en vue d’un usage domestique. Albert-Ernest Carrier-Belleuse est l’un des grands noms de cette tendance. À l’âge de 24 ans, Rodin rejoint son atelier. Nous sommes en 1864, et débute une collaboration longue de près de vingt ans, les deux hommes travaillant pour Sèvres à partir de 1879, année où Carrier-Belleuse se voit nommé directeur des travaux d’art de la manufacture. En février 1871, le jeune sculpteur rejoint son aîné à Bruxelles, où celui-ci, réfugié depuis le début de la guerre de 1870, a remporté le marché pour la décoration du palais de la Bourse. Il travaille au monument, mais un différent l’opposant à son employeur provoque son éviction rapide. Rodin a en effet produit des œuvres sous sa propre signature qu’il vend à la Compagnie des bronzes de Bruxelles, ce que lui interdit son contrat. Une fois rentré en France, Carrier-Belleuse confie ses chantiers bruxellois à un collaborateur, Joseph Van Rasbourg, qui engage à son tour Rodin et l’autorise à apposer son nom sur des œuvres destinées au marché français. L’artiste restera en Belgique jusqu’en 1877. L’année précédente, il effectue le voyage en Italie, où il a la révélation de l’œuvre de Michel-Ange. De retour à Bruxelles, il abandonnera ses statuettes pour se consacrer à des figures grandeur nature, dont L’Âge d’airain. Épargné par la furia de la leçon michelangelesque, notre buste séduit avec d’autres armes…
Vendredi 28 juin, Salle 2 - Drouot-Richelieu.
Bondu et associé SVV. M. Froissart A.

Jean-Michel Folon (1934-2005), Fontaine aux oiseaux, épreuve en bronze, 100 kg env., h. 165 cm.
Frais compris : 137 700 €.
Belle envolée pour Folon
De magnifiques sculptures monumentales se déploient actuellement dans les jardins de la villa Domergue, à Cannes. Provenant de la collection Linda et Guy Pieters, elles invitent jusqu’au 29 septembre à découvrir «Folon, le voyage inédit». Cet artiste était aussi la star des ventes Cannes 2013, menées par Antoine Aguttes. Natif d’Uccle, berceau des pionniers de l’art moderne belge, le jeune homme se consacre d’emblée au dessin, étudiant aux Beaux-Arts à Bruxelles. Installé à Paris au milieu des années 1960, il travaille pour diverses revues. Inventant un monde virtuel, il crée de curieux hommes immobiles qui errent en apesanteur avec leur chapeau démodé et leur visage minimaliste ; proches de certains portraits de Magritte, ils s’imprègnent de rêve et de poésie. Devenu un artiste de renommée internationale, Jean-Michel Folon impose vite son univers à divers médias. Durant presque une décennie, la chaîne de télévision Antenne 2 ouvre et ferme ses programmes avec un soleil peuplé de drôles de bonshommes chapeautés ; venus d’on ne sait où, ils planent en pardessus dans le ciel, les bras ouverts. En 1974, le générique du magazine télévisé Italiques s’anime également de personnages bleus qui s’envolent au milieu de livres sur une très mélancolique cantilène. Quinze ans plus tard, Jean-Michel Folon réalise le logo des Oiseaux, symbole des célébrations du bicentenaire de la Révolution sur de nombreux timbres et objets commé-moratifs. Notre bronze reprend un thème semblable. Vivement débattu, il est proche de la Fontaine aux oiseaux que Folon réalisa en 1994 et qui agrémente aujourd’hui les jardins du parc Borély, à Marseille. Après une rixe d’enchères, il prenait son envol pour atterrir dans la demeure d’un amateur européen.
Cannes, dimanche 25 août.
Antoine Aguttes, maison de Ventes et d’Expertises SVV. M. Kalfon.

José Maria David (né en 1944), Horde d’éléphants, bronze, numéroté 1/8, fondeur Landowski, h. 31, l. 124 cm.
Frais compris : 51 240 €.
Parade en famille
José Maria David, d’abord antiquaire et passionné de la troisième dimension, se voue entièrement à la sculpture à partir de 1986. Vivant au contact de la nature, il se spécialise rapidement dans la représentation d’animaux, aussi bien sauvages que domestiques. Jean-Charles Hachet, son biographe, précise qu’en faisant ce choix, il milite pour « notre survie à nous autres humains, qui est indissociable de celle des autres êtres vivants». Captant leur comportement, José Maria David crée ainsi un zoo fabuleux. Merveilleux conteur de la vie animale, il rend admirablement les expressions des bêtes saisies sur le vif : le vol d’un rapace, le bond d’un lièvre, la course d’un guépard. C’est encore l’éblouissante cabrade d’un pur-sang : le 20 janvier dernier, cette même étude ressontoise enregistrait 120 332 € frais compris sur Ben Jamil, un magnifique cheval dressé qui gagnait ses galons de superchampion. Grâce à la maîtrise du geste, José Maria David parvient ainsi à transcrire l’expression des animaux. Avec un sens inné des proportions, il restitue également une attitude passagère sans trahir leur nature profonde, comme l’illustre cette spectaculaire Horde d’éléphants courant dans la savane. Provenant d’une collection particulière, elle déclenchait une belle bagarre d’enchères entre la salle et plusieurs téléphones. Vivement convoitée entre le négoce et des particuliers, elle arrêtait finalement sa course bien au-delà des estimations (37 000 €). Parfaitement observés, nos éléphants pourraient être les frères du trio malicieux de pachydermes qui poursuivent à Arusha, en Tanzanie, la belle Elsa Martinelli dans l’inoubliable Hatari, film d’Howard Hawks.
Ressons-sur-Matz, dimanche 21 juillet.
Oise Enchères SVV. M. Denoyelle.

Tibet, XVe siècle bronze doré et ciselé, représentant une Dakini debout, 22 x 20,5 cm.
Frais compris : 47 500 €.
Dakini du pays des neiges
Le Tibet, terre d’antique civilisation, pratique d’abord une religion animiste et chamanique ; nommée «Böön», elle est dotée d’une assemblée importante de dieux et de déesses, néfastes aux humains. C’est lors de la seconde moitié du VIIIe siècle que le roi Trisong Detsen implante le bouddhisme, invitant Gourou Rinpotché. Ce guerrier, connu sous le nom de Padmasambhava en Inde, fait fondre la neige qui couvre les montagnes du Tibet et crève les yeux des démons. Arrêtant le vent, il combat valeureusement le panthéon du Böön et le métamorphose en divinités protectrices de la foi bouddhiste. Notre statuette, provenant d’une succession régionale, était proposée dans un état exceptionnel. Représentant une Dakini, elle personnifie probablement Naïratma ou Sarvabouddha Dakini. Parée de bijoux, elle s’anime d’une guirlande de têtes. Debout sur un socle lotiforme, elle symbolise le principe de l’Éveil au féminin, une forme anthropomorphique de la sagesse. De la main droite, elle tient vigoureusement un karttrika, une hache guerrière, tandis que de la main gauche elle brandit un kapala ; cette coupe rituelle sert à transformer l’illusion en sagesse parfaite. La perfection technique, le sens du mouvement et l’abondance des incrustations de turquoise, qui enjolivent notre Dakiri, font penser aux fines statuaires sculptées dans la vallée de Katmandou, dont l’influence est au XVe à son apogée au Tibet. Attendue autour de 20 000 €, elle était vivement disputée entre la salle et divers téléphones. Après une belle joute d’enchères, elle était au final portée au pinacle de la vacation.
Cannes, dimanche 21 juillet.
Besch Cannes Auction SVV. Mme Papillon d’Alton. M. Ansas.

Evgueni Alexandrovitch Lanceray (1848-1886), Anier oriental, bronze à patine brune, marque du fondeur « Chopin », 22,5 x 18,5 cm.
Frais compris : 4 920 €.
Un âne mené à la baguette
La sculpture animalière, longtemps tenue pour mineure, connaît son apogée au XIXe siècle. De nombreux artistes européens s’en font une spécialité comme Evgueni Alexandrovitch Lanceray (1848-1886), qui fit l’objet d’une rétrospective organisée durant l’été 2010 au Haras du Pin. Petit-fils d’un officier de la Grande Armée, resté en Russie, le jeune homme reçoit les premières leçons de son père sculpteur, puis fréquente l’académie impériale à Saint-Pétersbourg. Excellent cavalier lui-même, il réalise des statuettes en bronze représentant des équidés. Fin connaisseur de l’anatomie du cheval, il saisit l’attitude et le mouvement de l’animal pris sur le vif. Avec autant d’habileté, il s’inspire des arts traditionnels et populaires russes. Lanceray, proche du réalisme des Ambulants, sculpte des cosaques et leurs coursiers au quotidien. Transcrivant des fantasias tcherkesses spectaculaires, il représente des Bachkirs à cheval, ou encore des moujiks traînant des troïkas… Un Fourrageur cosaque faisant une halte soulève ainsi l’admiration de Frederic Remington, un sculpteur américain, qui l’achète lors d’un séjour en Russie. Exposant à Paris au Salon de 1876 et à l’Exposition universelle de 1878, Lanceray, fort d’un vif succès, fait éditer ses bronzes par la fonderie Susse. Il fait également exécuter ses œuvres à Saint-Pétersbourg par la firme Chopin, qui est dirigée par Félix, fils du fondeur parisien Julien Chopin. Provenant d’une succession régionale, notre Ânier s’inspire du courant orientaliste suscitant alors une réelle fascination. Conciliant sens du pittoresque et observation naturaliste, il franchissait aisément la ligne des estimations, pour être emporté par un client français.
Périgueux, dimanche 15 septembre.
Périgord Enchères - Périgord Estimations SVV. M. Maket.

Sculpture dadaïste, technique mixte, vers 1921, 24 x 18 cm.
Frais compris : 761 460 €.
Parfum Dada !
Rappelez-vous, le 22 avril dernier, dans une vente consacrée aux souvenirs du danseur et chorégraphe Serge Lifar, un curieux assemblage dadaïste offert par Coco Chanel créait la surprise en déclenchant 95 000 €. Quatre œuvres similaires étaient offertes, qui suscitaient un véritable tohu-bohu d’enchères en totalisant la bagatelle de 1 878 840 € frais compris. Ces assemblages anonymes célébrant l’un des parfums les plus célèbres du monde, le N° 5 de Chanel, créé en 1921, ont mobilisé des enchérisseurs du monde entier, notamment asiatiques. La nationalité des gagnants reste cependant un secret… La plus haute enchère, 600 000 €, était obtenue par la technique mixte reproduite, qui évoque directement Misia Sert, à l’origine de la rencontre entre Mademoiselle Chanel et Serge Lifar. Surnommée «la reine de Paris», cette muse a été la mécène de Serge de Diaghilev et de ses Ballets russes. Ce dernier a connu Maurice Ravel par son entremise, et lui commandera le ballet Daphnis et Chloé. Dans Venises, Paul Morand dresse d’elle un portrait mordant… Retenons qu’«elle excitait le génie comme certains rois savent fabriquer des vainqueurs, rien que par la vibration de son être». Enchères à l’appui ! L’amitié qui unissait Lifar à Coco était des plus étroites, la couturière le considérant comme un frère. Dans notre composition, les lettres de «Misia» s’entremêlent avec le mot «éternité», tandis qu’elles restaient indépendantes dans une autre technique mixte (24 x 18 cm), adjugée 265 000 €. Le nom de Coco Chanel y figure également, avec le mot «amour» entourant des clous rayonnants. La compositionoù le N° 5 est particulièrement à l’honneur empochait 395 000 €, 220 000 € revenant à la dernière, avec le mot «parfum» associé à «mystère». L’estimation de chacun de ces hologrammes n’excédait pas, rappelons-le, 12 000 €. Quand l’ivresse d’un parfum provoque celle des enchères…
Dimanche 22 septembre, Éléphant Paname.
Arts Talents Enchères SVV. M. Leray.

Camille Claudel (1864-1943), Les Causeuses, groupe, bronze, fonte Delval, signé et numéroté 5/8, 23 x 29 x 26 cm.
Frais compris : 70 000 €.
Éloquentes sculptures
Le musée Rodin, à Paris, honore le 70e anniversaire de la mort de Camille Claudel et présente jusqu’au 5 janvier 2014 une vingtaine d’œuvres de l’artiste qui fut à la fois l’élève, la collaboratrice, la maîtresse et la muse d’Auguste Rodin, pendant dix ans. Camille Claudel était aussi la vedette de cette vente cannoise, grâce à ce bronze provenant d’une succession régionale. Aussi appelé Les Bavardes ou La Confidence, le groupe fut créé alors que la jeune femme s’émancipait de l’influence de son maître. Recherchant de nouveaux sujets, la sculptrice a réalisé un véritable chef-d’œuvre. Affirmant l’originalité de l’artiste, le groupe façonné en plâtre est exposé en 1895 au Salon de la société nationale des Beaux-Arts, en compagnie du buste de Léon Lhermitte. Dans une missive adressée à son frère Paul, Camille évoque «trois personnages qui en écoutent un autre derrière un paravent». Une autre version, sans paravent, est réalisée pour Emmanuel Pontremoli, l’architecte de la villa Kérylos à Beaulieu-sur-Mer. Appartenant à cette veine, nos sémillantes Causeuses étaient attendues autour de 40 000 €. L’ordonnance équilibrée des volumes et le rythme sinueux de la composition allient habilement naturel et vérité. Fortement influencée par le japonisme, l’artiste capte et restitue des instants de la vie ordinaire. La qualité de la patine, la forte charge émotionnelle du sujet et de son auteur suscitaient une joute passionnée d’enchères entre le négoce et divers amateurs. Dépassant largement les estimations, nos Causeuses étaient finalement adoptées par un grand collectionneur français. De beaux dialogues en perspective…
Cannes, samedi 19 octobre.
Cannes Enchères SVV. M. Willer.

Frederich Wilhelm Doell (1750-1816), Bacchus, buste en marbre blanc signé «Doell» et situé «Gotha» au dos, h. 73 cm.
Frais compris : 148 704 €.
Hommage à l’Antiquité
Près de deux mille ans ont passé et pourtant l’Antiquité ne cesse de se rappeler à notre bon souvenir. Passée à la postérité sous le nom de «classique», son esthétique élégante et raffinée a imprégné notre culture pendant des siècles et reste aujourd’hui une référence. En témoignait dans cette vacation la bataille d’enchères occasionnée par un monumental vase Médicis du XIXe siècle, emporté à 60 000 €. Façonné en pierre et stuc patiné à l’imitation de la terre cuite, mesurant 130 cm de haut, il exhibe sur sa panse un bas-relief d’une procession de personnages à l’antique évoluant sous une guirlande de pampres. Bacchus était justement la vedette de l’après-midi, la salle et une vingtaine de téléphones se disputant son effigie taillée dans le marbre, au tournant du XIXe siècle, par l’artiste allemand Frederich Wilhelm Doell. Elle était finalement propulsée à 120 000 €. Alors que les premières représentations antiques du dieu sont celles d’un personnage à longue barbe, dont la tête est ceinte de lierre ou de vigne, le sculpteur a retenu le visage plus séduisant d’un homme au charme juvénile, qui apparaît vers la fin du Ve siècle. Nulle trace d’ivresse, nul regard égrillard ne viennent ternir la grâce pleine de noblesse du dieu, pourtant volontiers représenté au cœur des débordements des bacchanales depuis la Renaissance. Doell a retenu la leçon du subtil portraitiste Houdon, auprès duquel il apprit son art en 1770, mais également celle des maîtres antiques, qu’il découvrait ensuite à Rome. L’artiste a demeuré onze années dans la Ville éternelle, reproduisant des œuvres antiques et collectant des copies et des moulages en plâtre pour le compte du duc de Saxe-Gotha, par ailleurs grand amateur de l’œuvre de Jean-Antoine Houdon. Frederich Wilhelm Doell participa ainsi activement à la réunion, à Gotha, d’une remarquable collection de sculptures antiques, fondée en 1779. À son retour en Allemagne, trois ans plus tard, il devait prendre la tête du musée ainsi constitué, et la direction de l’Académie des beaux-arts.
Dimanche 24 novembre, Versailles.
Versailles Enchères SVV. M. Lacroix.

Aristide Maillol (1861-1944), La Rivière, 1938-1943, épreuve d’artiste en plomb fondue dans les années 1970 par Georges Rudier, 128 x 220 x 166 cm.
Frais compris : 6 177 266 €.
Les Maillol de Dina
On ne présente plus Dina Vierny, muse de Maillol, galeriste et collectionneuse à l’origine de la fondation portant son nom et du musée Maillol, décédée en 2009. Suite à sa succession, ses fils ont décidé de se dessaisir de onze œuvres lui ayant appartenu. Un événement célébré à sa juste mesure puisque les dix œuvres cédées – une petite encre de Raoul Dufy ne trouvant pas preneur – totalisaient 9 326 000 € frais compris. Bien entendu, Aristide Maillol était le roi de la fête, disputé par des enchérisseurs internationaux. Un record mondial (source : Artnet) était décroché à 5,3 M€ pour l’artiste avec l’exemplaire de La Rivière reproduit, une fonte posthume qui ornait le hall du musée Maillol et dont le modèle est bien entendu Dina. Il était disputé par un Asiatique contre des Américains, l’un de ces derniers, présent dans la salle, emportant la mise. Le précédent record, 3 085 750 $ frais compris (4,4 M€ en valeur réactualisée), remontait au 9 novembre 2000 à New York chez Sotheby’s, avec l’une des six épreuves après 1952 de L’Air, 1937 (l. 238,8 cm). L’une des six épreuves en bronze à patine brune par Valsuani de L’Harmonie, 2e état, 1942-1943 (h. 152 cm) suscitait 480 000 €. Un record mondial était également marqué pour un dessin de Maillol, 470 000 € couronnant Dina sur la rivière (83 x 128 cm), un pastel, fusain et craie constituant une étude pour la sculpture reproduite. Il réalisait déjà un record mondial pour une feuille de l’artiste lors de sa vente le 3 juin 1992 chez Me Picard à Drouot, en récoltant 2 MF (422 000 € en valeur réactualisée). Il gagne cette fois-ci une collection américaine. Durant la guerre, l’artiste a confié sa muse à Matisse, ce dont témoignaient ce lundi quatre dessins à l’encre de 1941, qui totalisaient 663 952 € frais compris. 150 000 € culminaient sur Dina à la couverture fleurie (21 x 26 cm).
Lundi 2 décembre, Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV, Sotheby’s France SVV.

Rembrandt Bugatti (1884-1916), Eléphant blanc d’Asie, « il y arrivera », vers 1907, grand modèle, bronze, numéroté 4, signé « R. Bugatti », cachet du fondeur A. A. Hébrard, fonte à la cire perdue, 42,5 x 77 x 22,5 cm sans le socle.
Frais compris : 1 050 000 €.
Éléphantesque !
Lors de cette prestigieuse vacation deauvillaise, ce spectaculaire éléphant s’est taillé la part du lion. Indiqué autour de 500 000 €, il doublait largement ses espoirs pour grimper sur la plus haute marche du podium. Il est l’œuvre de Rembrandt Bugatti, fils de Carlo, ébéniste et frère du célèbre constructeur d’automobiles. Installé à Paris en 1904, il signe dès l’année suivante un contrat d’exclusivité avec la fonderie Hébrard, qui pratique la cire perdue à tirage limité. Après avoir étudié au Jardin des Plantes, Rembrandt Bugatti part à Anvers, invité par la Société royale de zoologie. Pendant quinze ans, l’artiste observe quotidiennement les bêtes. Immortalisant la variété de leur comportement, il sait restituer une attitude passagère sans trahir leur nature profonde. Notre éléphant blanc d’Asie, sculpté à cette époque, figurait en 1908 au Salon d’automne. Aussitôt reproduit dans la revue L’Art et les Artistes, il est édité en plusieurs tailles. Le grand modèle, dûment répertorié, comprend uniquement cinq épreuves. Notre exemplaire, acheté chez Hébrard, quatrième du tirage, est toujours juché sur son socle en marbre d’origine. Certifié par Véronique Fromanger, il est de plus resté dans la même famille jusqu’à aujourd’hui. L’éléphant est saisi au moment où sa trompe s’allonge pour lui permettre de porter la nourriture à la bouche ou de tirer des objets. Traduisant en toute fidélité le mouvement, Rembrandt Bugatti concilie ainsi observation naturaliste et sens du pittoresque. À 700 000 €, il était encore baroudé entre quatre enchérisseurs. Emporté, à 840 000 €, par un acheteur anglais contre un client français, il s’apprête à franchir la Manche.
Deauville, dimanche 8 décembre.
Tradart Deauville SVV.

Rembrandt Bugatti (1884-1916), Panthère marchant, bronze à patine brun noir nuancé de vert, signé, cachet de A. A. Hébrard, 20,5 x 54 cm.
Frais compris : 216 306 €.
Redoutable panthère
Cette superbe féline, avancée autour de 200 000 €, était portée au pinacle des enchères de cette vacation amiénoise. Provenant d’une succession régionale et portant le numéro D-5, elle avait été achetée à la galerie Hébrard. Restée dans la même famille, elle est référencée sous le n° 71 dans l’ouvrage éponyme de Véronique Fromanger, paru aux éditions de l’Amateur en 2010. Installé à Paris en 1904, Rembrandt Bugatti, fils de Carlo l’ébéniste et frère du célèbre constructeur d’automobiles, se passionne pour la représentation des animaux. Après avoir étudié au Jardin des Plantes, Bugatti part en 1907 à Anvers, invité par la Société royale de zoologie. Pendant quinze ans, l’artiste scrute quotidiennement les bêtes ; immortalisant la variété de leurs comportements, il sait restituer une attitude passagère sans trahir leur nature profonde. Devenu un familier du zoo flamand, Rembrandt Bugatti les aime tant qu’il obtient même le droit de les nourrir et de les soigner… Là se côtoient aussi bien des animaux domestiques que des bêtes sauvages. S’intéressant particulièrement aux félins, il traduit immédiatement leurs diverses expressions qu’il reproduit avec une grande vigueur et un sens réel de la vérité : il transcrit par exemple les attitudes nerveuses et tendues des fauves, plus particulièrement des panthères. Notre bronze concilie bien observation naturaliste et sens du pittoresque. Vivement pourchassé, il suscitait un vif combat d’enchères entre la salle et plusieurs lignes de téléphone. Apprivoisé par un acheteur étranger, il s’apprête à franchir l’Atlantique pour rejoindre une collection anglo-saxonne.
Amiens, samedi 8 février.
Arcadia SVV.

Ruth Francken (1924-2006), chaise Homme, fibre de verre, résine polyester et laiton chromé.
Frais compris : 25 040 €.
Homme-objet
Pour la Journée internationale de la femme, c’est une chaise Homme qui à 20 000 € emportait la mise, heureusement imaginée par une plasticienne au caractère trempé, Ruth Francken. Soit le triomphe à l’orée des seventies de l’homme-objet, après qu’Allen Jones eut en 1969 quelque peu malmené la figure de l’éternel féminin en transformant la femme en porte-manteau, en chaise ou en table basse, tendance érotico-sadomasochiste… Des éditions de six chèrement disputées de nos jours, notre Homme ayant pour sa part été édité une première fois en 1971 par la galerie Xiane et Eric Germain, puis en 1986 par la galerie X Plus à Bruxelles – à trente exemplaires sur trois cents initialement prévus – en blanc et en noir. Concernant l’édition de 1971, seulement onze exemplaires sur les trente prévus auraient été réalisés, le roi du Maroc et Hubert de Givenchy en ayant acquis chacun un. Cette chaise est la création la plus emblématique de Ruth Francken, alors même qu’elle reste relativement marginale par rapport à l’ensemble de son travail. Elle constitue l’une de ses rares incursions dans le domaine des arts décoratifs, l’artiste cherchant à «exprimer spirituellement ce qui dans le monde actuel est dénué de spiritualité». L’étendue de son œuvre – convoquant des références aussi radicales que le philosophe Ludwig Wittgenstein ou le compositeur Mauricio Kagel – avait pu être appréhendée à l’occasion de la vente de sa succession, orchestrée à Drouot les 20 et 21 septembre 2007 Doutrebente SVV. Moulé d’après nature, notre sujet appartient à une série justement dénommée «Objekte».
Samedi 8 mars, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Jean-Marc Delvaux SVV. M. Grail.

Rembrandt Bugatti (1885-1916), Rhinocéros de Java, vers 1908, épreuve en bronze à patine brune portant le cachet d’A.A. Hébrard, cire perdue, numérotée 1, h. 14 cm.
Frais compris : 78 680 €.
Rembrandt Bugatti et les rhinocéros
Signé de Rembrandt Bugatti et fondu à la cire perdue par Hébrard, ce petit rhinocéros respectait à 62 000 € son estimation. Son plâtre, réalisé vers 1908, est conservé au musée d’Orsay et mesure 31,7 cm. Il a été édité en deux tailles, un grand modèle de 30 cm et un petit de 14, notre épreuve. Le répertoire monographique de l’artiste établi par Véronique Fromanger et paru aux éditions de l’Amateur en 2009 dénombre, sous toutes réserves, trois exemplaires numérotés du premier et sept du second. Vers 1909-1910, Bugatti campera également le Rhinocéros de trois ans du zoo d’Anvers, tiré à seulement cinq unités. Dans le foisonnant bestiaire immortalisé par le sculpteur, le rhinocéros est loin d’être l’animal le plus représenté. Il faut reconnaître que ce mammifère manque singulièrement d’expressivité… et si un spécimen indien ramené au Portugal a fasciné toute l’Europe au XVIe siècle, au point d’être gravé par Dürer, c’est que l’on n’en connaissait jusqu’alors que la description donnée par Pline dans son Histoire naturelle. Pour Bugatti, pas d’effet de surprise, mais le sujet reste auréolé d’un nuage de superstition et de croyances qui en font une créature fantastique. Amoureux de tous les animaux, l’artiste a étudié les espèces sauvages au Jardin des plantes à Paris ainsi qu’au zoo d’Anvers, alors considéré comme le plus important au monde. Le modèle de trois ans qui le séduisit venait d’y arriver. Dans les deux versions, celles de 1908 et de 1909/1910, le sculpteur saisit avec acuité l’aspect cuirassé de l’animal. Précisons que déjà, à cette époque, il ne reste que cent à deux cents rhinocéros indiens vivants. En 1910, le gouvernement impérial britannique en interdira la chasse. La surexploitation des richesses de la nature par l’homme n’est pas une nouveauté…
Mardi 11 mars, Espace Tajan.
Tajan SVV.

Buste en bronze ciselé et patiné vert, marbre blanc et marbre rouge griotte sur une base à piédouche de marbre noir, époque romantique, 80 x 54 x 36 cm.
Frais compris : 67 575 €.
Le choix de la couleur
Lorsque les découvertes archéologiques du début du XIXe siècle révélèrent que les sculptures antiques étaient peintes, le choc fut de taille ! L’idéal classique du siècle précédent avait en effet banni la couleur, ne jurant que par la blancheur éclatante de la pierre nue, la plus à même de représenter l’âme. Cette remise en question, exposée par Quatremère de Quincy dans son essai sur la sculpture polychrome, trouve écho dans le mouvement romantique et pousse certains artistes à réintroduire la couleur dans leurs œuvres dès les années 1830. Si le sujet divise tout au long du siècle, le succès est pourtant au rendez-vous sous le second Empire. Le couple impérial est ainsi séduit par la richesse de l’effet décoratif obtenu par Charles Cordier pour les dix bustes orientalistes qu’il présente au Salon. En témoigne le Nègre du Soudan conservé au musée d’Orsay, à Paris, façonné entre 1856 et 1857. Si son visage est de bronze, il se pare d’onyx, cette pierre translucide aux multiples nuances chromatiques, dont les carrières sont exploitées en Algérie. La mode est lancée, et chacun peut aujourd’hui encore admirer les cariatides à l’antique de Thomas encadrant l’entrée de la salle de l’Opéra Garnier, dont la peau de bronze se couvre de drapés de marbres polychromes. Le XIXe siècle n’hésitant pas à puiser à toutes les sources, c’est à la Renaissance que notre buste emprunte son sujet, comme l’évoquent sa collerette de dentelle, les manches à crevés de son vêtement et sa longue chaîne à larges maillons retenant une croix. La couleur fait aussi des adeptes à l’étranger, où l’on multiplie les procédés pour l’atteindre. On sait déjà jouer avec la patine d’un bronze, mais on n’hésite plus à forcer la nature en teintant le marbre ou l’ivoire, ou à associer des émaux ou des pierres précieuses au matériau servant de base à la sculpture. Jugé par trop artificiel à la fin du siècle, l’exercice ne se maintiendra que pour les œuvres de petit format.
Mardi 18 mars, Neuilly-sur-Seine.
Aguttes SVV. Cabinet Dillée : G. Dillée et S.P. Étienne.

Auguste Rodin (1840-1917), Le Baiser, petit modèle, quatrième réduction, bronze à patine brun nuancé signé « Rodin », derrière le tertre et « F. Barbedienne, fondeur » sur le côté droit, 25 x 16 x 15 cm.
Frais compris : 338 800 €.
Auguste Rodin, passionnément…
Enthousiasmant bien des cœurs, ce Baiser, attendu autour de 120 000 € remportait tous les suffrages. Provenant d’une succession des Côtes-d’Armor, il soulevait la passion des amateurs et du négoce international, monopolisant plusieurs lignes de téléphone. Le groupe, conçu à l’origine pour La Porte de l’Enfer, rappelle le baiser fatal que donna, selon la légende, Paolo à Francesca da Rimini. Il devait figurer en bas du vantail gauche, mais Rodin décide finalement de l’en écarter, l’estimant trop éloigné de la thématique. Le Baiser, d’une force expressionniste puissante, présenté à Paris et à Bruxelles en 1887, va toutefois connaître un succès phénoménal. Avec bonheur, Auguste Rodin saisit l’élan amoureux d’un couple unissant à la perfection pureté et naturel. Aussi appelé L’Éternel Printemps, il dépasse l’anecdote et tend vers un archétype qui représente l’étreinte amoureuse d’amants liés à jamais. Le groupe, exposé au Salon des artistes français en 1898, est aussitôt plébiscité. La maison Leblanc-Barbedienne en réalise plusieurs éditions, proposées en quatre réductions différentes. Notre bronze, appartenant à la plus petite taille, peut être daté entre 1905 et 1910 d’après le chiffre «22» et la lettre «H» figurant sous la pièce. Fondu du vivant de Rodin, il s’habille d’une patine superbe, dégageant une beauté à la fois limpide et troublante. Lancé à 80 000 €, il a été adjugé en tout juste deux minutes à un amateur chinois sous les applaudissements du public. Il enregistre un prix remarquable qui atteint les enchères recueillies sur la troisième réduction, s’élevant à 40 cm de haut.
Saint-Brieuc, dimanche 23 mars.
Armor Enchères SVV. Cabinet Perazzone-Brun.

Agustin Cardenas (1927-2001), Grande sculpture en bronze à patine brune, signée, h. 55 cm.
Frais compris : 48 800 €.
Bronze cubain
Agustin Cardenas, un artiste cubain, était la vedette d’une vacation toulousaine. Récompensé en 1954 du prix national de Cuba, il part l’année suivante grâce à une bourse pour l’Europe. Se fixant à Paris, il s’installe à Montparnasse, où il s’enthousiasme pour le surréalisme. Abandonnant peu à peu les codes de l’enseignement académique, il va lui substituer le langage de la déformation et délaisser la statuaire conventionnelle. Agustin Cardenas, parrainé par André Breton, présente ainsi en 1959 à la galerie de la Cour d’Ingres des premières œuvres empreintes d’un lyrisme sensuel. Proches de l’univers de son compatriote Wilfredo Lam, elles conjuguent diverses sources d’inspiration, précolombienne, africaine, cubiste. L’exposition se révèle également une première étape vers une carrière internationale, qui sera couronnée de succès et gratifiée de divers prix comme le prix Bill and Norma Copley, reçu en 1964 à New York. Appréciant tous les matériaux, Agustin Cardenas, qui travaille aussi bien la pierre, la céramique, le plâtre, le bronze, fait de la sculpture un champ d’expériences sans cesse renouvelées. Établissant en 1968 son atelier à Nogent-sur-Marne, Agustin Cardenas façonne le bois en hautes colonnes effilées, qu’il appelle «Totems». En parallèle, d’autres sculptures moins étirées rappellent les formes féminines, tout en arrondis lisses et courbes. Nous retrouvons cette veine érotique dans notre bronze, indiqué autour de 9 000 €. Révélant bien l’art d’Agustin Cardenas, il était conquis par un acheteur français au quadruple des estimations. Exprimant un même dynamisme sensuel, un second bronze au format plus petit triplait les attentes, emporté à 17 000 €.
Toulouse, samedi 22 mars.
Primardéco SVV.

Attribuée à Massimiliano Soldani-Benzi (1656-1740),
paire de vases en terre, vers 1710, h. 73 cm.
Frais compris : 1 033 200 €
Record mondial pour l’artiste.
Attribuée à Soldani-Benzi
Drouot reste un terrain privilégié de découvertes, comme le rappelle cette paire de vases provenant de la succession de la veuve du docteur Philippe Marette, frère de Françoise Dolto. Décrite au catalogue comme un projet allemand d’aiguières vers 1800, elle se révélait un peu plus ancienne, vers 1710, et surtout attribuée à l’un des plus réputés fondeurs de bronze de son temps, Massimiliano Soldani- Benzi. Un changement de donne qui conduisait à l’abandon de son estimation initiale de 5 000 € pour laisser place à une adjudication de 820 000 €, un record mondial pour l’artiste. Le précédent avait été enregistré, le 21 juin 2011 à Paris chez Christie’s, à 205 000 € pour un buste de faune en bronze vers 1700-1725 lui étant attribué. Le Los Angeles County Museum of Art conserve une aiguière en terre cuite dorée (h. 71 cm) de l’artiste, datée vers 1695, strictement similaire à l’une des nôtres. On l’appelle le Vase Galatée en raison de la néréide qui orne sa panse. L’autre aiguière de notre paire est connue par un exemplaire en bronze vers 1721, Le Triomphe de Neptune, conservé au Victoria & Albert Museum. Ce modèle a été réédité en porcelaine en 2011 par la manufacture Richard Ginori. Les héritiers du sculpteur avaient en effet monnayé ses moules en cire auprès du marquis Carlo Ginori, fondateur de la manufacture de Doccia, près de Florence. L’oeuvre de Soldani-Benzi est étroitement liée aux Médicis, Cosme III le repérant dans son école de dessin. Le grand-duc va l’envoyer compléter sa formation de sculpteur et médailleur à Rome, puis à Paris. Là, il va repousser les avances de Louis XIV et revenir à Florence. Il avait fait de même à Rome, la célèbre Christine de Suède ayant sollicité ses talents. Il est nommé à la tête de l’atelier de monnaie des Médicis et produira également des sculptures d’après l’antique. Le prince Johann Adam Ier de Liechtenstein lui commandera même une série de copies des bronzes de la collection médicéenne.
Mercredi 16 avril, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Blanchet & Associés SVV. Cabinet Dillée.
Arthur Marie Gabriel du Passage, dit Comte du Passage (1838-1909), Cheval à l’entraînement avec son lad courant à ses côtés, épreuve en bronze à patine brun vert nuancé, signé, vers 1880, 114 x 80 cm.
Frais compris : 84 000 €.
Dans les coulisses d’une course
Cette étude bajocasse dispersait vingt statuettes animalières ayant appartenu à Jacques Grandchamp des Raux, cavalier, éleveur et marchand de chevaux réputé. En 2003, il s’établit à Tresses, près de Bordeaux, où il collectionne dans sa demeure du XVIIIe siècle des bronzes de grande qualité, souvent des tirages uniques et toujours en fonte d’édition originale. Comte du Passage s’est taillé la part du lion avec notre groupe équestre. Appartenant à une famille aristocratique de la Somme, le jeune homme, qui naît au château de Bernaville, à Frohen-le-Grand, se destine à une carrière militaire, tout en développant des dons pour la sculpture. Élève de Barye et de Mène, il opte définitivement pour l’art à partir de 1865. Ses sculptures exposées aux salons lui valent vite succès et reconnaissance auprès d’une clientèle aisée, éprise de sporting life. Habile dessinateur, il fournit aussi des croquis, des études animalières à des revues comme La Vie parisienne, L’Art et la mode.  Excellent cavalier lui-même, le sculpteur se spécialise dans des bronzes représentant des équidés. Fin connaisseur de l’anatomie du cheval, il saisit l’attitude et le mouvement de l’animal pris sur le vif, à l’image de son Steeple-Chase, le saut de la barrière. Conciliant sens du pittoresque et observation naturaliste, il transcrit avec réalisme la monture. Il représente avec autant de soin l’expression des cavaliers, leur allure comme leur attitude. Notre fringant groupe (daté vers 1880), se rangeant parmi les plus recherchés des amateurs, était espéré autour de 18 000 €. Disputé avec ardeur entre la salle et plusieurs téléphones, il franchissait allègrement la ligne d’arrivée au quadruple des estimations.
Bayeux, lundi 21 avril. Bayeux Enchères SVV.
Cabinet Le Fuel de l’Espée. M. de l’Espée et Mme de la Chevardière.

Chine, dynastie des Ming, fin XVIe-début XVIIe siècle. Guanyin-Avalokiteshvara, assise en dhyanasana sur un lotus épanoui à trois rangs de pétales, bronze anciennement doré,  h. totale : 79 cm.
Frais compris : 350 000 €.
Infinie sagesse
Les arts décoratifs chinois étaient le principal pôle d’attraction de cette vente niçoise. Les estimations ont d’abord doublé à 59 000 €, pour une paire de vases cornet, réalisés vers 1840 en porcelaine wucai, en bleu sous couverte et émaux polychromes. C’est toutefois cette magnifique statue qui recueillait l’enchère la plus élevée de la vacation. Avancée autour de 150 000 €, elle était plébiscitée des amateurs présents en salle et sur plusieurs lignes de téléphone. D’une finesse admirable, elle repose sur une base élégante ajourée de rinceaux. Bel exemple d’interpénétration entre les arts indiens et chinois, elle représente la divinité Guanyin-Avalokiteshvara, bodhisattva de la compassion. Richement vêtue et parée de bijoux, elle arbore une superbe chevelure, relevée en un chignon stylisé, et retombant gracieusement en longues mèches sur les épaules. Elle est couronnée d’une importante tiare à volutes, dont les rubans flottent de part et d’autre du visage. Au cœur de celle-ci apparaît une petite figure du bouddha Amitabha, dont le nom signifie «L’infinie lumière» ou «Celui dont la splendeur est incommensurable». Elle se distingue encore par une facture élégante, par le travail de sa ciselure et par la qualité de son bronze. Notre divinité, objet de grande vénération, relève la main droite à la hauteur de l’épaule et pose la gauche dans son giron ; les mains ainsi figurées en vitarka mudra font le geste de l’enseignement et de l’argumentation. La statue, sculptée sous les Ming, tire enfin toute sa puissance de son visage aux yeux baissés, dont émane une grande spiritualité. En dépit de petits manques, notamment au pouce gauche, elle doublait largement les estimations pour gagner la demeure d’un fervent collectionneur.
Nice, samedi 26 avril.
Hôtel des ventes de Nice Riviéra SVV. M. Ansas, Mme Papillon d’Alton.


Robert Indiana (né en 1928), Prem, 2007, sculpture en aluminium, signée, datée 2008 et numérotée 1/8, 183 x 183 x 90 cm.
Frais compris : 162 500 €.
L’amour flamboyant de Robert Indiana
Cette étude dispersait aux enchères la collection de Jean-Antoine Hierro. Réunissant des œuvres de l’école niçoise, elle rassemblait aussi des tableaux qu’ont peints des artistes contemporains. Cette sculpture, présentée comme la pièce phare de la vente, répondait à ses attentes et recueillait l’enchère la plus haute. Acquise directement auprès de John Gilbert, elle met en lumière l’œuvre de Robert Clark, dit Robert Indiana, l’un des artistes les plus représentatifs du pop art. Admirateur d’Edward Hopper et de Charles Demuth, il trouve d’abord son expression artistique à travers les tubes de néon et les formes géométriques tels les cercles, les étoiles, les pentagones. Exploitant ensuite les signes graphiques, Robert Indiana met en scène chiffres et lettres sur des toiles, sur des constructions ou sur des totems de bois. Il les travaille en contrastes simultanés, les peint de couleurs vives, à l’image du célèbre Love. Emblématique du pop art américain, réalisé en deux ou trois dimensions, ce motif est aussitôt décliné en sérigraphies, en affiches. Symbole des années 1960-1970, il est également repris dans un timbre, diffusé à trente-deux millions d’exemplaires. Devenu une légende, il est autant propagé que la bouteille de Coca-Cola. Notre sculpture, lui faisant référence, est traduite en écriture indienne, puisque Prem signifie «amour» en hindi. Suscitant la passion du public en salle et sur plusieurs téléphones, elle était finalement adoptée dans la fourchette des estimations par un fervent amateur du pop art. Balayant les divers clivages géographiques, l’amour écrit en toutes langues se révèle ainsi sans frontières.
Nice, dimanche 27 avril.
Hôtel des ventes de Nice Riviéra SVV. Cabinet Maréchaux.

Entourage d’Alonso Berruguete (1486-1561), milieu du XVIe siècle, La Circoncision, panneau en bois résineux sculpté et polychromé, 179 x 131 x 18 cm.
Frais compris : 100 000 €.
Entourage de Berruguete
La vente inaugurale de la SVV FauveParis était marquée par les 80 000 € de ce haut-relief de l’école de Valladolid, donné à l’entourage d’Alonso Berruguete. Il s’agit du plus haut prix enregistré concernant l’artiste sur la base de données Artnet. Notre panneau a pour sujet la circoncision du Christ et a été sculpté et polychromé au milieu du XVIe siècle. Il devait appartenir à un grand retable traitant de l’enfance de Jésus, à l’image de celui du monastère de la Mejorada de Olmedo à Valladolid, exécuté vers 1523 par Vasco de la Zarza en collaboration avec Alonso. Malgré sa jeunesse, ce dernier a réalisé la majeure partie de cette œuvre, déjà empreinte des traits distinctifs de son art : la force expressive, l’allongement des figures et des attitudes dynamiques qui donnent une force dramatique aux sujets. Fils du peintre Pedro Berruguete, introducteur en Castille de l’art du Quattrocento, il séjourne en Italie entre 1504 et 1518 – Vasari fait plusieurs allusions à cette période  – où il retiendra la leçon des grands maîtres de la Renaissance, Michel-Ange notamment. Son style maniériste mais puissant en fait le plus important sculpteur de la Renaissance espagnole. Charles Quint lui confiera la décoration de la chapelle royale de Grenade et le nommera peintre de la cour… car Berruguete a plus d’une corde à son arc. Il va marquer l’école espagnole de sculpture de son sceau, lui communiquant son réalisme, veine que l’on retrouve dans notre haut-relief où le Christ se débat au-dessus d’un plateau destiné à recueillir le sang de la circoncision.
Mardi 13 mai, 49, rue Saint-Sabin.
FauveParis SVV. Mme Fligny.

Chine, royaume de Dali, XIIe-XIIIe siècle. Statuette de Bouddha en bronze doré, h. 28 cm.
Frais compris : 1 098 000 €.
Royaume de Dali
Vous aurez sans doute reconnu le visage serein de ce bouddha, lequel ornait la couverture de la Gazette n° 18. Il appartient à une rare statuette du XIIe-XIIIe siècle en bronze, fondue dans le royaume de Dali. Estimée entre 150 000 et 200 000 €, elle en récoltait 900 000, cette enchère récompensant aussi bien ses qualités plastiques que sa taille… Celle-ci est relativement conséquente, 28 cm, sachant que les sculptures de ce type dépassant les 10 cm ne sont
pas légion. Notre statuette semble avoir remporté l’un des plus hauts prix prononcés sur un bronze de ce royaume. À titre de comparaison, une figure assise d’Avalokitesvara du XIe-XIIe siècle en bronze doré a atteint 5 520 000 HKD (830 210 € en valeur réactualisée) le 28 avril 1998 à Hongkong chez Christie’s. Rappelons que le royaume de Dali, fondé par Duan Siping en 937, a été envahi par les troupes mongoles en 1253, la province du Yunnan à laquelle son territoire allait être rattaché étant créée en 1274. L’art de ce royaume a longtemps été méconnu. Il a fallu attendre la publication en 1944 des travaux de l’universitaire américaine Helen Burwell Chapin pour que tout un groupe de représentations de Bouddha, dispersées dans les collections occidentales, lui soient rattachées. Elles se distinguent de la production de centre de la Chine par leur petite taille, l’absence de socle, leurs yeux mi-clos et leur expression légèrement souriante, très humaine. À la jonction de plusieurs routes commerciales, la région a reçu des influences venant aussi bien d’Inde ou du Tibet que de peuples du Nord. De plus, la ville de Dali a été successivement la capitale du royaume de Nanzhao (VIIIe -IXe siècle) et de celui de Dali, États vassaux des dynasties chinoises Tang et Song. Un art à la croisée des chemins…
Vendredi 23 mai, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Doutrebente SVV. Mme Jossaume, M. Portier.

Suite de quatre apôtres en albâtre, Pays-Bas du sud, vers 1560-1570, soclés, h. 60 cm.
Frais compris : 49 600 €.
Apôtres flamands
La sculpture ne lassait pas de marbre les amateurs lors de ce prestigieux rendez-vous lillois. Une touchante Vierge à l’Enfant, façonnée dans un atelier de Malines en noyer sculpté, doré et polychromé vers 1500, triplait ses espérances, enlevée à 35 000 €. Elle était toutefois précédée de nos statues. Provenant d’une succession, elles avaient appartenu à l’ancienne collection de Lord Belper, établi dans le Nottinghamshire. Fabriquées en albâtre de haute qualité, plus souple et plus tendre que le marbre, elles représentent quatre apôtres. On reconnaît d’abord saint Jean l’évangéliste : il porte le calice d’où émerge un reptile, en référence au thème johannique du serpent. Saint Jacques, fils de Marie Salomé et de Zébédée, dit Jacques le Majeur, est bien sûr identifiable par la fameuse coquille ornant son chapeau de pèlerin à larges bords (voir ci-contre). L’épée, instrument de son supplice et le livre, symbole de ses écrits, distinguent Paul de Tarse, une des principales figures du christianisme. Quant au quatrième apôtre, il n’a pu être singularisé ; enveloppé dans un manteau retenu par un fermail circulaire, il pourrait s’agir de saint Jérôme, père et docteur de l’Église. Nos statues, proposées en bon état de conservation, ont été sculptées dans les Pays-Bas méridionaux au moment où s’épanouit l’art de la contre-réforme catholique mobilisant les ordres religieux. Exprimant un sens réel du mouvement, elles sont travaillées avec beaucoup d’aisance. Aux qualités propres de l’albâtre, elles joignent une grande maîtrise du répertoire ornemental, allié à un parfait équilibre de leur composition. Arborant des draperies généreuses et d’élégantes lignes sinueuses, elles reflètent bien toute la sensibilité baroque de la sculpture flamande. Au final, elles étaient adjugées dans la fourchette des estimations à un particulier français.
Lille, dimanche 25 mai.
Mercier & Cie SVV. Mme Fligny.


Egypte, Nouvel Empire, fin de la XVIIIe dynastie. Tête de dignitaire égyptien, quartzite, h. 24 cm.
Frais compris : 942 400 €.
Un visage pour l’éternité
Cette superbe tête égyptienne, pièce maîtresse de la vente, enthousiasmait les amateurs présents en salle et sur plusieurs téléphones (voir n° 19, page 16). Elle avait été retrouvée fortuitement lors d’un inventaire mené dans une succession parisienne. Découverte au milieu du XIXe siècle, elle avait été acquise par une famille dans les années 1930. Restée dans la descendance, elle est présentée sur un socle réalisé par Kichizo Inagaki (1876-1951), un ébéniste japonais réputé ; socleur d’Auguste Rodin et expert en laque d’Eileen Gray, il se révèle également un des plus grands marchands d’arts premiers durant la première moitié du XXe siècle. Proposée avec des restaurations anciennes, elle a été façonnée en quartzite, une pierre dure et noble qui provient des gisements proches du Caire et d’Assouan, réservés aux souverains et aux hauts dignitaires. Christophe Kunicki, expert en égyptologie, n’a malheureusement pas pu identifier le personnage, car les hiéroglyphes disposés à l’arrière de la tête sont très incomplets. Destinée sans doute à enjoliver un temple, elle se distingue par son expression à la fois calme et sereine, non dénuée toutefois d’autorité et de force. Datant du règne d’Horemheb (vers 1321-1293 av. J.-C.), elle illustre les arts de l’Égypte antique unissant naturalisme et une brillante maîtrise technique. Excellents observateurs, les artistes savent faire ressortir dans la pierre l’originalité de leur modèle. Ici, l’impression de vie que le sculpteur confère au visage est due en grande partie à la vivacité du regard. Bataillée ferme entre divers enchérisseurs, elle était l’objet d’une vive lutte d’enchères entre des clients européens et américains. Multipliant par sept les estimations, elle rejoint la collection d’un grand amateur suisse sous les applaudissements d’un public conquis.
Vannes, samedi 31 mai.
Jack - Philippe Ruellan SVV. M. Kunicki.
Gustave Doré (1832-1883), L’Effroi, groupe en bronze à patine brune, signé, terrasse numérotée 8788, fonte ancienne, XIXe siècle, h. 59 cm.
Frais compris : 10 900 €.

Gustave Doré sculpteur
Gustave Doré, sujet cette année d’une importante rétrospective proposée d’abord au musée d’Orsay, puis au musée des beaux-arts d’Ottawa, s’attaque à tous les genres. Dessinateur infatigable, il réalise près de dix mille illustrations, peint une centaine de tableaux. À la fin de sa vie, il s’intéresse aussi à la sculpture et exécute, en 1883, le monument en bronze d’Alexandre Dumas père, toujours visible place du Général-Catroux à Paris. Révélant ses dons pour l’art statuaire, l’exposition présente un plâtre original de La Parque et l’Amour ; récemment redécouverte dans une collection française, c’est la première sculpture que Doré exposa au Salon de 1877. Affichant une composition triangulaire, elle se distingue par une fougue, une élégance et un sens inné du mouvement. À sa suite viendront quarante-cinq groupes, statues et bas-reliefs, inspirés pour la plupart par des allégories. Roger et Angélique, réalisés en 1879, et ayant appartenu à Jean Cocteau, s’anime d’un beau souffle romantique. L’Effroi, réalisé en plâtre à la même époque, encore appelé L’Amour maternel, procède d’une même technique novatrice jouant des effets d’une instabilité apparente : une jeune mère nubienne, dressée sur la pointe des pieds, tient à bout de bras son fils ; elle essaie de le préserver de la morsure d’un vilain serpent agressif qui grimpe déjà et s’accroche le long de sa robe. Présenté au Salon de 1878, il est aujourd’hui conservé à Strasbourg, au Musée d’art moderne et contemporain. Connaissant un vif succès, l’œuvre, touchante et spectaculaire, est reproduite en format réduit, puis diffusée en statuettes de bronze. Notre modèle, provenant d’une succession régionale, était attendu autour de 2 000 €. Quintuplant largement les estimations, il rejoint la collection d’un grand amateur français.
Brest, mardi 3 juin.
Adjug’Art SVV.
Auguste Rodin (1840-1917), Groupe d’enfants, bronze à patine brune nuancée, fonte d’Alexis Rudier avant 1916, h. 35,5 cm.
Frais compris : 688 200 €.
Rodin et l’enfance
Voici un Rodin n’exprimant aucun des tourments existentiels caractérisant la fin d’une époque qui allait sombrer dans les horreurs de la Première Guerre mondiale. Son sujet, deux enfants enlacés, n’est pas le plus attendu de la part de l’auteur du Baiser, ce qui ne l’empêchait pas d’être vivement bataillé. Estimé au plus haut à 60 000 €, il était propulsé à 555 000 €. À cela, plusieurs raisons… Ce sujet n’est connu en bronze qu’en deux exemplaires, le nôtre et celui conservé à l’Art Institute de Chicago. Le Getty Museum en possède une version en plâtre et celui de Cleveland un marbre, deux répliques étant en possession du musée Rodin. Ensuite, notre fonte, inédite sur le marché, a été effectuée du vivant de l’artiste à l’intention de «Mme Martin», comme l’indique une dédicace inscrite dans le bronze, mais aussi une lettre timbrée l’accompagnant. Datée du 13 septembre 1916, elle précise : «Remis à madame Martin ma secrétaire ce groupe d’enfants (…) et une aquarelle». Une autre lettre, de Léonce Bénédite – premier conservateur du musée Rodin et exécuteur testamentaire de l’artiste – et en date du 29 janvier 1929, atteste ce fait. Madame Martin s’appelle en réalité Marcelle Fedencieux, qui en 1915 a épousé par dépit Marcel Tirel. Son grand amour était le peintre Maurice Martin, avec qui elle vécut en concubinage, d’où son appellation patronymique. Elle a été présentée au sculpteur en 1906 chez sa dernière grande passion, Claire Coudert, épouse Choiseul-Beaupré et future duchesse de Choiseul. Elle est également l’auteur d’un ouvrage publié en 1923, Rodin intime ou l’Envers d’une gloire. Concernant nos bambins, nous savons grâce aux Entretiens avec Rodin (1913) d’Étienne Dujardin-Beaumetz que l’artiste éprouvait une grande admiration pour Clodion, s’inscrivant avec ses sujets d’enfants dans une longue tradition remontant au XVIIe siècle. Ces derniers lui ont sans doute été inspirés à Bruxelles par sa participation, très secondaire, à la frise de la Bourse, Carrier-Belleuse étant en charge du décor du palais. Caractéristique du travail de l’artiste des années 1880, notre sujet peut être daté de 1885-1890.
Vendredi 6 juin, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Chayette & Cheval SVV. M. Benamou.
Christophe-Gabriel Allegrain (1710-1795), Narcisse se mirant dans l’eau, marbre, h. 54 cm.
Frais compris : 496 540 €.
Un Narcisse inédit
Quel sujet de choix pour un marbre qui remporte à 400 000 € un record mondial pour son auteur, attestant de manière sonnante et trébuchante de sa fascination pour sa propre beauté ! Estimé au mieux 100 000 €, ce Narcisse se mirant dans l’eau est dû à Christophe-Gabriel Allegrain. L’artiste est à l’origine d’une des sculptures les plus admirées de son temps, La Baigneuse. Conservée au Louvre, elle a été encensée par Diderot au Salon de 1767 : «Belle, belle, sublime figure ; ils disent même la plus belle, la plus parfaite figure de femme que les modernes aient faite»… Au point que Louis XV l’offre cinq ans plus tard à sa favorite, Mme Du Barry. Placé dans le parc du château de Louveciennes, ce présent suscitera la commande d’un pendant, Diane surprise par Actéon, également conservé au Louvre. Notre sujet possède également une riche histoire… Le plâtre de Narcisse a permis à son auteur, d’abord collaborateur de Jean-Baptiste Pigalle, dont il épousa la sœur, d’être agréé à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1746. Il a été exposé au Salon de 1747, suivi d’un exemplaire en marbre à l’édition de 1753. Ce dernier a rejoint après la Révolution le tout nouveau Muséum du palais du Louvre puis, à partir du Consulat, le château de Saint-Cloud, où il périt dans l’incendie de 1870. Le sculpteur avait réalisé deux autres plâtres, également disparus. Un second marbre avait été exécuté pour le fermier général Bouret (1710-1777) à destination de son pavillon du Roi, édifié dans la forêt de Sénart. Il l’a sans doute donné à sa fille adultérine, Adélaïde Filleul, laquelle l’a cédé à son amant, Talleyrand. Celui-ci l’a offert ensuite à sa nouvelle maîtresse, Dorothée de Courlande, duchesse de Dino et de Sagan qui allait épouser le neveu de son amant avant de se retirer en son château de Sagan, en Silésie.
Mercredi 18 juin, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Piasa SVV.
René Quillivic (1879-1969), Femme de Plougastel au panier de fraises, sculpture en bronze à patine verte, signée, cachet
du fondeur Andro à Paris, h. 74 cm.
Frais compris: 16 335 €.
Arts déco bretons
S’épanouissant durant l’entre-deux-guerres, le mouvement Ar Seiz Breur (les Sept Frères) renouvelle et modernise les arts décoratifs bretons. L’exposition internationale de 1925, consacrée aux arts appliqués, proclame la renaissance bretonne dans le mobilier, les faïences et les tissus. Proposant des œuvres nouvelles, les artistes allient modernité et tradition comme en témoigne la collection d’un amateur, qui était livrée aux enchères par Me Yves Cosquéric. Très disputée par des collectionneurs enthousiastes, elle était le principal pôle d’attraction de la vente intitulée «L’Âme bretonne XI». Les estimations ont d’abord doublé à 12 000 € pour une statuette d’Émile Jean Armel-Beaufils, représentant La Femme de Ploaré assise (voir Gazette n° 26, page 79). Elle était toutefois devancée par notre bronze, signé René Quillivic, un artiste originaire de Plouhinec, près de la baie d’Audierne, et récemment honoré à Quimper dans l’exposition «Les Quillivic, trois générations, un siècle d’art». Appartenant à une famille de pêcheurs, le jeune homme se destine au métier de menuisier-charpentier. Profitant d’une bourse, il monte à Paris étudier aux Beaux-Arts. Praticien, il travaille à partir de 1905 dans l’atelier du sculpteur Antonin Mercié. Brodeuse de Pont-l’Abbé lui vaut, trois ans plus tard, une bourse lui faisant découvrir l’Afrique du Nord, puis l’Italie. Revenu en France, il sculpte de nombreux monuments commémoratifs, surtout après la Grande Guerre. Jules Verlingue, le nouveau propriétaire de la manufacture HB, le charge au début des années 1920 de créer des décors faïenciers nouveaux, en puisant notamment dans le répertoire de la broderie. En parallèle, René Quillivic continue de sculpter des sujets bretons inspirés de la vie quotidienne à l’image de notre bronze. Doublant ses espérances, celui-ci reprend dans un format réduit la statue originale, façonnée en grès de Kersanton, qui embellit aujourd’hui encore le pont Albert-Louppe à Plougastel-Daoulas, dans le Finistère.
Brest, dimanche 6 juillet.
Adjug‘Art SVV. MM. Gouin et Levasseur.
François-Xavier Lalanne (1927-2008), Moutons transhumants, Epoxy stone et bronze, deux épreuves, l’une numérotée « FXL19/250 », l’autre « FXL23/250 », 80 x 104 x 39 cm.
Frais compris : 169 425 €.
Pastorale New Age
L’art du XXe siècle était porté au pinacle de cette vente cannoise menée dans le cadre prestigieux de l’hôtel Martinez. Une collection réunissant onze tableaux de Jean-Gabriel Domergue recueillait d’abord 99 400 €. Nos moutons lui ont cependant coupé l’herbe sous le pied en devenant les mascottes de la vacation. Avec Claude, sa seconde épouse, le sculpteur François-Xavier Lalanne, élabore un univers poétique naturaliste, dans lequel règnent humour et surréalisme. Claude choisit le végétal, les racines, les branchages. Leur préférant les bêtes, François- Xavier crée des meubles fonctionnels, tel le rhinocéros-bureau, et fait également des portraits d’animaux pleins de fantaisie. Face aux Accumulations mouvementées d’Arman, il répond au tendre «Dessine-moi un mouton» du Petit Prince. Les ovidés, réalisés en bronze, tôle, résine, laine et fibres naturelles, se soumettent aux contraintes de l’art décoratif. Toujours avec beaucoup d’humour. Seuls ou en troupeau, avec ou sans tête, ils deviennent sièges et banquettes… jouant à saute-mouton ! En 1968, Bill Copley reçoit en cadeau de mariage un troupeau et, à sa suite, François-Xavier Lalanne va créer des moutons tout-terrain. Le milieu de la mode, la jet-set internationale portent aussitôt aux nues ces invites à la récréation, issues des lignées nobles du Suffolk ou venant des transhumances du Verdon. Utiles et spirituelles, nos bêtes engendrent une nombreuse descendance entre rococo et surréalisme. Sans complexe, ils peuvent paître à loisir par les champs et en toutes saisons, car ils sont fabriqués en béton Epoxy. Provenant d’une collection privée, nos moutons avaient été acquis auprès de la galerie Guy Peters à Knokke-Heist en Belgique. Vivement convoités entre la salle et plusieurs téléphones, ils apportent aujourd’hui à leur propriétaire le bonheur dans son pré !
Cannes, vendredi 15 août.
Besch Cannes Auction SVV.
Henri-Alfred Jacquemart (1824-1896), Lions et lionnes couchés, paire de sculptures en bronze à patine brune nuancé, 81 x 63 x 111 cm ; h. 178 cm.
Frais compris : 56 400 €.
Le roi lion et sa compagne
Pour la vente inaugurale au château du Rouvray, cette magnifique paire de sculptures s’est taillé… la part du lion. Juchées sur un socle en bois laqué à l’imitation du porphyre, elles sont l’œuvre d’Henri-Alfred Jacquemart, fils d’un entrepreneur de serrurerie. Formé à la peinture dans l’atelier de Paul Delaroche, il choisit toutefois la sculpture, apprise auprès de Jean-Baptiste Klagmann, qui milite pour un art appliqué à l’industrie. Exposant pour la première fois au Salon en 1847, Jacquemart préfère aux figures humaines les représentations zoomorphes, très appréciées au milieu du XIXe siècle. On lui doit par exemple les quatre sphinx en pierre parant la fontaine de la Victoire, place du Châtelet, les deux dragons ornant la fontaine de Saint-Michel... Fournissant des modèles à la maison d’orfèvrerie Christofle, Henri-Alfred Jacquemart réalise également de nombreux sujets animaliers, dont un grand rhinocéros, exécuté dans une fonte de fer pour l’Exposition universelle de 1878 à Paris ; il est aujourd’hui établi sur le parvis du musée d’Orsay. Deux ans plus tard, il réalise une paire de lions pour défendre une des portes d’entrée de l’hôtel de ville de Paris, qui vient d’être reconstruit. Nos sculptures, proches de ces félins, illustrent aussi le courant orientaliste, alors très en vogue. Conciliant observation naturaliste et sens du pittoresque, nos lions et lionnes saisis sur le vif sont représentés au repos. Fiers et majestueux, ils perpétuent la tradition des animaux-gardiens. Vivement pourchassés entre divers amateurs, ils étaient finalement apprivoisés au téléphone par un acheteur étranger.
Moulineaux, samedi 12 juillet.
Artime Enchères SVV.
Bernar Venet (né en 1941), 83,5 Arc x 14, 2006, acier Corten courbé, titré, numéroté 13/30, 18,5 x 89 x 39 cm.
Frais compris : 20 100 €.
Un arc bien conceptuel
En 2011, après Jeff Koons et Haruki Murakami, Bernar Venet avait investi le château de Versailles. Une belle reconnaissance pour ce Niçois, artiste conceptuel de la première heure, qui était cet été la vedette d’une vacation cannoise. Originaire de Château-Arnoux-Saint-Auban, un bourg dans les Alpes de Haute-Provence, il réalise dès l’âge de 20 ans ses premiers tableaux, adoptant la manière gestuelle. Il peint ces monochromes au goudron, car «le noir est le rejet du goût de la communication facile». Puis Bernar Venet compose des sculptures en carton recouvert de peinture, sortes de grands reliefs qu’il place sur un mur. Se rendant en 1966 aux États-Unis sur les conseils d’Arman, il s’installe un temps à New York, où il rencontre les artistes de l’art minimal, Donald Judd, Carl Andre, Sol LeWitt… À son retour en France, Venet s’oriente dorénavant vers un art conceptuel qui se réfère au langage, aux fonctions physiques, astrophysiques, mathématiques... Enrichissant sa démarche, l’artiste le traduit dans l’espace à partir de 1984, dans des œuvres le plus souvent monumentales. «Faites d’un matériau réel dans un espace réel», celles-ci expriment un lien tellurique entre le ciel et la terre. Devenant un champ d’expériences sans cesse renouvelées, elles prennent la forme de lignes droites, d’obliques ou de courbes, comme le grand arc d’acier, long de quarante mètres, que Venet dresse en 1987 à proximité du mur de Berlin et qui symbolise l’amitié franco-berlinoise. Plus modeste, notre arc a été réalisé dans un acier Corten, en fait un acier auto-patiné permettant à la sculpture une résistance réelle aux conditions atmosphériques. Enregistré sous le numéro «bv06es 1. 12», il rejoint au final la collection d’un amateur enthousiaste.
Cannes, dimanche 13 juillet.
Besch Cannes Auction SVV.
Gustave Miklos (1888-1967), Divinité solaire, épreuve en bronze poli à patine dorée, signée et numérotée 4/4, fonte posthume de Valsuani, 64,7 x 19 x 17 cm.
Frais compris : 102 090 €.
Sculpture solaire
Le rayonnement culturel de Paris en 1900, comme vient de l’illustrer une exposition au musée du Petit Palais, incita de nombreux artistes étrangers à s’installer dans la capitale. Tel fut le cas de Gustave Miklos, un peintre et sculpteur hongrois. Admiratif de l’art de Cézanne, il y arrive en 1909, rejoignant son compatriote Joseph Csaky. Établi à la Ruche, il prend part ensuite à la Première Guerre mondiale. Étant envoyé à Salonique, il s’enthousiasme pour l’art byzantin, qui aura une influence essentielle sur l’épanouissement de son style. De retour à Paris, il reçoit diverses commandes, notamment du couturier Jacques Doucet : il collabore à la décoration du studio Saint-James, exécutant des tapis et de superbes pièces décoratives en laque. Gustave Miklos délaisse ensuite les petites pièces ornementales pour se consacrer davantage à la sculpture. Réalisant ses premiers reliefs, il renverse les acquis traditionnels et sculpte ainsi de magnifiques statues. Unissant une rudesse primitive à un certain raffinement, elles lui valent rapidement succès et reconnaissance. En 1928, l’artiste expose à la galerie de la revue Renaissance de l’art français et des industries de luxe une trentaine d’œuvres qu’achètent alors la famille Rothschild, Jeanne Lanvin… Divinité solaire, façonnée à cette époque appartient à cette veine. Elle donne toute son importance au métal puisqu’elle joue habilement sur les reflets de la lumière et du poli des surfaces. Notre exemplaire est en fait une fonte posthume que la veuve de l’artiste a fait exécuter en 1971 dans un tirage limité à quatre exemplaires. Ayant embelli des collections parisienne et londonienne, Divinité solaire brillait au zénith de cette vacation deauvillaise dédiée à l’art contemporain. Au final, un bel hommage à Miklos, un des précurseurs du design européen.
Deauville, vendredi 22 août.
Tradart Deauville SVV.
Édouard-Marcel Sandoz (1881-1971), Chat assis, bronze, cachet à la cire perdue de Valsuani, h. 38,5 cm.
Frais compris : 31 800 €.
Digne de la déesse Bastet
Ce magnifique félidé, provenant d’une succession régionale et avancé autour de 6 000 €, était porté au pinacle de la vacation. Vivement convoité, il faisait joliment ronronner les enchères. Il n’était toutefois pas acheté… chat en poche ! Référencé dans l’ouvrage de Félix Marcilhac, il se révèle en effet l’œuvre d’un célèbre sculpteur bâlois, spécialisé dans les figurines et les sujets animaliers. Fils d’Édouard Sandoz, fondateur de la firme chimique suisse, le jeune homme étudie la sculpture à Paris auprès d’Antonin Mercié et de Jean-Antoine Injalbert. Très vite, il se distingue de ses maîtres en préférant les représentations zoomorphes aux figures humaines. Édouard-Marcel Sandoz réalise en 1908 sa première sculpture animalière, en prenant pour modèle un petit hibou lors d’un voyage en Sicile. Il sera suivi d’un important bestiaire, réalisé dans divers matériaux, du plâtre au bronze en passant par la porcelaine. Édouard-Marcel Sandoz, fondateur en 1933 de la Société française des animaliers, représente ses sujets avec un sens réel de la vérité. Saisissant immédiatement leurs expressions diverses, il concilie bien observation naturaliste et sens du pittoresque. Les formes lisses, dépouillées et libérées de tous détails, préfigurent certains traits de la sculpture moderne. Notre félidé appartient à une série de bronzes reproduit par le fondeur Valsuani d’après un modèle original dit «Chat tête de face», exposé à Paris en 1922 à la Société des artistes décorateurs ainsi qu’au musée Galliera. Avec un calme olympien, il prend la pose souveraine et solennelle de la chatte Bastet, fille du dieu soleil Râ. Vivement pourchassé, il se laissait adopter par un fervent collectionneur au quintuple des estimations.
Dieppe, dimanche 14 septembre.
Giffard SVV.
Georges-Lucien Guyot (1885-1973), Panthère à l’affût, bronze à patine brune nuancée, signée, cire perdue de Susse Frères à Paris, cachet du fondeur, 48 x 12 x 34 cm.
Frais compris : 22 990 €.
Féline aux aguets
La jungle et ses animaux sauvages étaient plébiscités, lors de cette vente picarde, avec notre féline. Espérée autour de 6 000 €, elle était vivement traquée par les amateurs en salle et sur plusieurs lignes de téléphone. Provenant d’une succession régionale, elle est signée Georges-Lucien Guyot, un artiste animalier art déco. Apprenti chez un sculpteur sur bois, le jeune homme reproduit d’abord des œuvres anciennes. Passionné par le comportement des animaux, il fréquente régulièrement le Jardin des Plantes en digne héritier de Barye. Étudiant sur le motif, il croque là une attitude, ici une expression, à l’instar d’un portraitiste. Préférant ainsi les représentation zoomorphes aux figures humaines, il saisit immédiatement les expressions diverses des animaux en peinture, en gravure, en illustration et bien sûr en sculpture. Fin connaisseur de l’anatomie des bêtes, Guyot les transcrit avec vigueur et vérité. Aux premières années du XXe siècle, il présente au Salon une Lionne surprise, un Ours faisant le beau !, un Singe à la banane ainsi que plusieurs études de chiens et de chimpanzés… À Paris, Guyot sculpte pour l’Exposition de 1937 le groupe Chevaux et Chien dominant le grand bassin au palais de Chaillot. Les familiers du zoo de Vincennes connaissent aussi son magistral Ours en bronze. Marquant toutefois une vive prédilection pour les fauves, il réalise en 1946 les illustrations embellissant Le Livre de la Brousse par René Maran. À cette veine appartient notre petite statuette aux formes épurées. Conciliant bien style art déco et observation naturaliste, elle était apprivoisée largement au triple des estimations.
Doullens, dimanche 28 septembre.
Denis Herbette SVV.
Jules Desbois (1851-1935), La Misère, épreuve en terre cuite, h. 40 cm. Frais compris : 24 400 €.
Jules Desbois et Rodin
Attendue autour de 2 000 €, cette épreuve en terre cuite de La Misère de Jules Desbois était poussée jusqu’à 20 000 €. L’artiste avait présenté le plâtre de ce sujet au Salon de 1884, aujourd’hui conservé au musée dédié au sculpteur à Parçay-les-Pins (Maine-et-Loire). Le musée des beaux-arts de Nancy en conserve pour sa part la version grandeur nature en bois, commandée par l’État en 1894, le musée Rodin en possédant une autre en terre cuite plus petite (h. 37,5 cm). La filiation avec l’auteur du Baiser aura sans doute sauté aux yeux de nos lecteurs… Formé à l’École nationale des beaux-arts et passé par l’atelier de Pierre Cavelier, l’artiste rencontre Rodin en 1878 alors qu’il participe aux travaux de l’Exposition universelle, au sein de l’atelier d’Eugène Legrain. Il intègre celui du maître en 1884 et se lie d’amitié avec lui, au point que leurs signatures figurent ensemble sur des œuvres exécutées à quatre mains. Desbois deviendra l’un des collaborateurs les plus importants de l’atelier Rodin. Attaché aux figures féminines, à l’étude du mouvement et à un évident réalisme, il découvre en 1887 Maria Caira, une vénérable octogénaire qui lui sert de modèle pour La Misère. Cette Italienne posera également pour Celle qui fut la belle Heaulmière de Rodin ainsi que pour la vieillarde de L’Âge mûr et Clotho de Camille Claudel. Auguste Rodin a également intégré en 1887 une femme décharnée et âgée dans un pilastre de la Porte de l’enfer. On retrouve encore ce motif sur la panse d’un vase réalisé par Rodin et Desbois en 1888-1889 pour la manufacture de Sèvres. Un praticien du maître, Victor Peter, lui demandera en 1890 l’autorisation d’exécuter un marbre «comme le torse de vieille que je voyais chez vous hier», l’exemplaire de L’Hiver conservé à Orsay. Du sublime, au sens d’Edmund Burke…
Vendredi 3 octobre, Salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV. M. Lacroix.
Anna Quinquaud (1890-1984) et Victor Canale (1883-1959), Notre-Dame du Maghreb, 1952, grès émaillé,  signé, signature et cachet du céramiste, 48 x 12 x 13 cm.
18 600 € frais compris.
Profession de foi
Fille d’une ancienne élève de Rodin, Anna Quinquaud a mis la main à la pâte dès son plus jeune âge… Du modelage à l’École des beaux-arts, il n’y avait qu’un pas, rapidement franchi. La première consécration arrive en 1924, avec le second prix de Rome. La villa Médicis tend les bras à l’artiste, qui dédaigne pourtant la voie royale pour s’engager sur les chemins aventureux de l’Afrique. Bien lui en prit : présentés à l’Exposition coloniale de 1931, les bronzes exécutés à partir de ses portraits ethnographiques façonnés sur le vif, du Soudan à Madagascar, remportent les suffrages du public. Ils représentent encore aujourd’hui les œuvres les plus connues de l’artiste. Pourtant, les terres lointaines ne sont pas sa seule source d’inspiration. Membre du groupe des catholiques des beaux-arts, créé par Paul Regnault en 1909 et dont le président n’est autre que Paul Tournon, époux de son amie Élisabeth Branly, la jeune femme participe activement au renouveau des arts sacrés. Pietà, Vierge au rosaire, sainte Thérèse et sainte Geneviève évoquent encore son souvenir dans nos églises provinciales. Mais ses commandes religieuses les plus prestigieuses ont été réalisées sur son cher continent africain. Empruntant leurs visages à l’ethnie peul, ses anges trônent ainsi sur la façade de la cathédrale de Dakar, en 1936. Anna adopte la même démarche pour la statue de la Vierge qu’elle réalise pour l’église du Sacré-Cœur de Casablanca, en 1954, dont Tournon est justement l’architecte. Monumentale et familière à la fois, l’effigie doit toucher le cœur des fidèles. Sa frontalité et son corps élancé de statue colonne – références à l’art médiéval – s’accompagnent d’expressions simples et de formes épurées, tout entières au service de la foi. Exécutée en pierre, la statue a eu droit à ses répliques en céramique, un matériau bien connu de l’artiste, qui a collaboré avec la Manufacture nationale de Sèvres, puis avec la Grande Maison HB de Quimper, et les Établissements Jules Henriot.
Dimanche 5 octobre, Saint-Cloud.
Le Floc’h SVV.
Pierre Sabatier (1925-2003), Falaise noire, 1973, laiton et étain patiné noir, 300 x 420 x 45 cm.
Frais compris : 124 550 €.
Pierre Sabatier monumental
La «poétique du métal» de Pierre Sabatier remportait un franc succès, 98 % des lots trouvant preneur et un record mondial s’établissant à 100 000 € avec la Falaise noire reproduite. Cette pièce est une variation du mur réalisé pour le hall d’entrée du Crédit Agricole de l’Oise à Beauvais. Les œuvres du sculpteur sont rarissimes sur le marché, au point que la base de données Artnet n’en recense aucune hormis les quatre-vingt-une présentées ici. L’essentiel du travail de l’artiste fut en effet d’intégrer son art à l’architecture. Dans les années 1950, il commence par réaliser des fresques figuratives avant de se lancer dans l’exécution de mosaïques abstraites, destinées aux murs et façades d’immeubles d’habitation ou de groupes scolaires. Il va peu à peu s’intéresser au métal, pour en faire son médium favori. Parmi ses créations les plus spectaculaires, on peut retenir la sculpture-signal Voilures en inox, de 18 mètres de hauteur, exécutée en 1994 pour le nouveau pont de Boulogne-Billancourt. Son œuvre monumentale, implantée aussi bien en France qu’à l’étranger, compte près de cent cinquante réalisations au total. Douze enchères franchissaient par ailleurs la barre des 10 000 €. Babylone (h. 310, l. 158,5 cm), une cheminée en étain sur laiton de 1983, recueillait 60 000 €. Attendu autour de 10 000 €, un panneau modulaire en ciment de 1968, Facettes et prismes (250 x 110 cm), bondissait à 41 000 €. Il s’agit d’une étape de recherche pour le projet des Colonnes destinées au préau du collège Joliot-Curie à Saint-Hilaire-des-Loges, en Vendée. Pour la sculpture proprement dite, le plus haut prix, 28 000 €, revenait à un Grand stalagmite (h. 234 cm) de 1982 en étain et laiton.
Mercredi 8 octobre, 118, rue du Faubourg-Saint-Honoré. Piasa SVV.
Tibet, XVIe siècle. Groupe en bronze doré représentant Hayagriva debout sur des corps humains allongés sur des lotus, enlaçant sa Çakti en yab-yum, h. 33 cm.
Frais compris : 506 250 €.
Divinité bienveillante
Attendu entre 25 000 et 30 000 €, ce groupe tibétain du XVIe siècle en bronze doré s’envolait bien au-delà, terminant son ascension à 405 000 €. Rappelons qu’il figure la manifestation courroucée d’Avalokiteshvara, en yab-yum avec sa çakti, son essence féminine. Comme il était expliqué page 3 de la Gazette citée, l’origine d’Hayagriva est hindouiste, cette divinité étant un avatar de Vishnou repris par la religion bouddhique. Son culte a été introduit au Tibet au XIe siècle par Atisha, moine indien à l’initiative de la seconde diffusion du bouddhisme dans la région et restaurateur de la discipline monastique… Et il ne faut pas s’effrayer de ses gesticulations, cette représentation protégeant la route vers l’éveil, en repoussant et anéantissant les démons. Quant à l’évocation de l’union charnelle de deux déités, elle se justifie par le fait que la partie masculine incarne le sujet salvateur et sa contrepartie féminine, la sagesse. Leur étreinte symbolique apporte l’émancipation. Notre bronze peut être rapproché d’un cuivre doré au mercure avec attributs en bronze, représentant le même sujet… Appartenant aux collections du musée Guimet, il date de la fin du XVe-début du XVIe siècle et fut fondu dans le Tibet méridional. Sa coiffe est surmontée d’une tête de cheval, motif que l’on aperçoit de profil sur notre groupe. Hayagriva est un mot sanskrit signifiant «cou de cheval», sa forme hindouiste étant constituée d’un corps humain à tête de l’animal. Guimet en conserve une figure en grès datant du troisième quart du Xe siècle et provenant du site de Sambor Prei Kuk, au Cambodge.
Vendredi 24 octobre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Ader SVV. Mme Jossaume, M. Portier.
Carla Lavatelli (1928-2006), Maps of Light, vers 1971-1979, triptyque de marbre noir de Belgique incrusté sur ses deux faces de marbre de Carrare Altissimo, 230 x 80 cm chaque. Frais compris : 80 600 €.
Carla Lavatelli
Cette vente était entièrement dédiée aux œuvres de Carla Lavatelli, qui en trente-huit numéros totalisait 863 412 € frais compris. Un record mondial (source Artnet) était enregistré pour la sculptrice italo-américaine avec les 65 000 € – sur une estimation inférieure – du triptyque vers 1971-1979 reproduit, intitulé Maps of Light (Les Cartes de la lumière). Le précédent avait été établi par la même maison de vente, le 20 novembre 2011, avec les 12 500 € d’un des six exemplaires de One and a Half - 1 ?, soit un modèle réduit en acier et bronze sur socle de marbre noir de la sculpture monumentale de la Brown University, à Providence. Ce montant était plusieurs fois largement dépassé dans notre vente, y compris par un autre exemplaire de cette sculpture, adjugé 13 000 €. Attendu autour de 15 000 €, un marbre noir de Belgique et bronze de 1972, Le Bain des oiseaux (50 x 50 cm), s’envolait à 63 000 €. Une grande Vague (h. 150 cm) en marbre gris bardiglio partait à 48 000 €. À 45 000 €, on avait le choix entre un marbre rose du Portugal, Énergie croissante (h. 330 cm), et un travertin rose Soraya, Ginkgo biloba (l. 380 cm). Une Stèle pour la paix (h. 260 cm) en granit noir de Suède montait pour sa part à 38 000 €. En acier inoxydable et bronze, New York de 1970, reproduit page 44 de la Gazette n° 35, suscitait 19 000 €. Autodidacte, Lavatelli a commencé par sculpter des portraits, notamment celui de la princesse Grace de Monaco. En 1967, elle participe à une résidence en Italie, où elle fait la connaissance de Marino Marini, Henry Moore, Jacques Lipchitz et Isamu Noguchi. Elle va partager durant sept ans un atelier avec ce dernier, offrant leurs productions aux organisations publiques. Elle recevra ensuite des commandes de nombreux musées et institutions, mais aussi du shah d’Iran, pour lequel elle créera six sculptures monumentales. Elle signera également des livres et réalisera des céramiques et des tissages. Un univers à (re)découvrir !
Vendredi 24 octobre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Auction Art Rémy Le Fur & Associés SVV.
Statue d’Aphrodite, marbre blanc, art romain, Ier siècle av. J.-C. Ier siècle apr. J.-C., h. 54 cm.
Frais compris : 118 750 €.
Beauté divine
Cette ravissante statue antique était la vedette d’une vacation niçoise. Aiguisant la convoitise des amateurs, elle était le sujet d’une âpre rixe d’enchères entre la salle et le téléphone. Avancée autour de 50 000 €, elle était ainsi vivement bataillée en dépit de lacunes et de cassures visibles. Provenant d’une collection régionale, elle représente Aphrodite, qui sera assimilée dès le IIe siècle à la Vénus des Romains. Déesse de l’amour et idéal de la beauté féminine, elle surgit de l’écume de la mer afin que les zéphyrs la poussent vers Cythère, puis vers Chypre, îles qui lui sont dédiées. Les dieux s’émerveillent devant la beauté de sa nudité et Junon lui offre un manteau, un vêtement magique qui accroît sa séduction. Pour le fameux jugement de Pâris, la déesse l’ôtera. Ici, notre Vénus est figurée le torse dénudé, les jambes élégamment recouvertes d’un himation aux plis lâches. Posant le pied gauche sur un éperon rocheux, elle se penche gracieusement en avant et place le bras gauche sur le genou. La tête joliment inclinée présente une coiffure formée de mèches adorablement ondulées, ramenées dans un chignon et un nœud sommital. On est frappé par la beauté classique du visage qui évoque les œuvres de Praxitèle et de son école. Bel exemple de l’art romain au début du Ier siècle, notre attrayante statue se distingue encore par la finesse des draperies ainsi que par le corps sinueux, légèrement mobile, traité avec un certain réalisme. Unissant harmonie, grâce et sensualité, elle séduisait un collectionneur enthousiaste qui l’enlevait au double des estimations.
Nice, samedi 25 octobre.
Hôtel des ventes de Nice Riviéra SVV. M. Kunicki.
Camille Claudel (1864-1943), L’Aurore, vers 1898-1900 (?), marbre, 35 x 29 x 30 cm.
Frais compris : 2 160 960 €.
Une flamboyante aurore
En page 37 de la Gazette n° 36, cette figure allégorique de Camille Claudel vous offrait son autre profil, vu de trois quarts, celui-ci privilégiant la cascade des cheveux laissés libres… Un naturel qui se traduit par un enchère record pour l’artiste en France, 2 100 000 € étant recueillis par L’Aurore. Ce score permet également à l’œuvre de gagner la deuxième place du palmarès mondial de l’artiste, et la première pour ses marbres. Elle est seulement devancée par le tirage unique en bronze (h. 96 cm) de la première version d’un sujet nettement plus connu que notre fillette, La Valse… Il était adjugé 5 122 500 £ frais compris (5 999 930 €) le 19 juin 2013 à Londres, chez Sotheby’s. Pour un marbre, il faut remonter au 8 mai 2002 pour trouver une version sans paravent des Causeuses (l. 30 cm) après 1896, cédée chez Christie’s à New York 302 750 $ frais compris (397 238 € en valeur réactualisée). Les marbres ont pour eux d’avoir été taillés par l’artiste elle-même, qui excellait dans cette pratique. Notre sculpture est pour sa part unique, le corpus des exemplaires de L’Aurore étant réduit. L’association Camille Claudel inventorie un plâtre original – localisation actuellement inconnue – acheté par le fondeur Eugène Blot, qui aurait permis de réaliser en 1908 une édition en bronze, prévue à vingt-cinq exemplaires mais interrompue à la sixième épreuve, notre marbre ayant servi à une édition en bronze par Delval après 1990. Pour une épreuve en bronze de 1908, le plus haut prix, 240 000 €, revient à l’exemplaire n° 6 vendu à Drouot le 22 juin 2011 chez Millon & Associés. Soulignons enfin que notre marbre était inédit sur la scène des enchères, Camille l’ayant offert à sa sœur Louise, épouse de Ferdinand de Massary. Conservé familialement durant plus d’un siècle, il a ensuite gagné une collection particulière. Son sujet allégorique apparaît parfaitement adapté à sa flamboyante apparition sur le marché…
Lundi 27 octobre, 6, avenue Hoche.
Cornette de Saint Cyr maison de ventes SVV.
Joseph Chinard (1756-1813), Portrait de Louis-Étienne Vincent de Marniola (1781-1809), buste en marbre blanc, 78 x 60 x 35 cm.
Frais compris : 211 340 €.

Chinard portraitiste
Vous aurez reconnu le jeune Étienne Vincent de Marniola, figé pour l’éternité dans le marbre par Joseph Chinard, ayant déjà fait l’objet d’un article page 39 de la Gazette n° 37. Celui dont le maréchal Davout disait «qu’il réunit à une très bonne tête beaucoup d’instruction, un cœur très chaud, de la dignité…» était fidèle à sa réputation, séduisant un acquéreur à raison de 170 000 €, d’après une estimation haute de 120 000. Il s’agit du plus haut prix relevé pour un marbre du sculpteur (source : Artnet), notre buste pointant en quatrième position du palmarès mondial de celui-ci. Cette sculpture possède en outre l’avantage d’être inédite, notre fringant serviteur de l’État sous Napoléon Ier, époux d’une dame du palais
de l’impératrice Joséphine – Caroline-Béatrix Perron de Saint-Martin –, n’étant jusque-là connu que par une terre cuite exposée au Salon de 1810 et restée dans la famille jusqu’à son achat, par la Frick Collection de New York, en 2004. Rappelons que cette terre cuite était préparatoire au projet final en marbre ayant sans doute occupé le sculpteur jusqu’à son décès, notre buste présentant un léger état d’inachèvement, son revers n’étant pas tout à fait poli, et deux tenons soutenant encore le col du bel habit d’apparat du modèle. Ce dernier ne profitera pas de son portrait sculpté, puisqu’il décède le 13 octobre 1809, quelques mois après avoir été nommé conseiller d’État en service extraordinaire. Chinard était l’un des artistes favoris du régime impérial. Après des études de dessin à Lyon, sa ville natale, et un passage dans l’atelier du sculpteur Barthélémy Baise, il fait bien entendu le voyage à Rome. Il y exécute des copies d’après l’antique et décroche, en 1786, le très convoité prix de l’Académie de Saint-Luc, alors qu’il est à l’Accademia del nudo du Capitole. L’artiste revient en France l’année suivante et participe pour la première fois au Salon en 1798. Le musée des beaux arts de Lyon conserve la version en marbre du portrait qu’il a réalisé de Juliette Récamier.
Jeudi 6 novembre, 118, rue du Faubourg Saint-Honoré. Piasa SVV. Mme Gazave.
Demeter Haralamb Chiparus (1886-1947), Antinéa, statuette en bronze et ivoire sculpté et polychrome, vers 1928, signé « D. h. Chiparus » sur la terrasse, « Etling - Paris » sur le socle, h. 66 cm.
Frais compris : 91 700 €.
Fabuleuse Antinéa
Après la Première Guerre mondiale, les romans de Pierre Benoit connaissent un succès considérable. Alliant un certain érotisme à des aventures exotiques, l’écrivain crée des héroïnes, sœurs des célèbres «garçonnes». Déclinant des prénoms commençant par la lettre A, elles unissent mystère, beauté et une maîtrise à toute épreuve. Femmes fatales, elles ont une forte emprise sur leurs compagnons et les entraînent souvent dans des combats qui leur sont funestes. C’est la comtesse Athelstane Orloff, héroïne de La Châtelaine du Liban, paru en 1924. Demeter Chiparus la met en scène dans Les Amis de toujours, un charmant groupe chryséléphantin. Appartenant à la même veine romanesque, L’Atlantide, grand prix du roman de l’Académie française en 1919, est également une source d’inspiration pour le sculpteur. Au cours d’une exploration au Sahara, deux officiers sont prisonniers d’une femme, Antinéa, la souveraine absolue du Hoggar. Dès qu’ils l’auront contemplée, ils renieront tout pour elle : famille, patrie, honneur… Dans son palais, la redoutable Antinéa attire ainsi les hommes. Elle leur donne ensuite, de manière indirecte, la mort, vengeant toutes les femmes humiliées. Chiparus la représente ici dans un sulfureux costume vert aux tonalités de bronze ; il rappelle qu’Antinéa serait la petite-fille de Neptune, dernière descendante des Atlantes. Juchée sur une base taillée en onyx et marbre portor, elle apparaît à la fois voluptueuse et farouche, annonçant Barbarella et ses émules. Notre statuette, avancée autour de 40 000 €, était vivement disputée entre la salle et plusieurs téléphones. Menant allègrement la danse des enchères, elle était finalement conquise au double des estimations.
Cannes, dimanche 2 novembre.
Besch Cannes Auction SVV.
Ousmane Sow (né en 1935), Zoulous, 1990, technique mixte comprenant sept sujets, h. 260 cm pour le plus grand.
Frais compris : 528 695 €.
Ousmane Sow record
La force tellurique de ces figures zoulous monumentales produisait son effet, les sept sujets de cet ensemble réalisé en 1990 permettant à leur créateur, Ousmane Sow, de décrocher à 410 000 € un record mondial (source : Artnet). Le précédent, 208 186 € frais compris, revenait à l’un des huit exemplaires en bronze à patine noire de la fonderie Coubertin du Lanceur (h. 220 cm), inspiré du même thème. Il était obtenu le 30 juillet 2008 chez Tajan à Paris. Les «Zoulous» ont été réalisés en 1990 et 1991. Notre groupe est la première œuvre narrative de l’artiste. Personnalité complexe, semi-légendaire, Shaka (1787-1828) est le fondateur de la nation zoulou. Il va réunir le peuple ngouni sous le nom d’Amazoulou, «ceux du ciel», en mettant en place une refonte totale de la société tribale à travers une logique militaire totalitariste… les hommes et les femmes entre 16 et 60 ans sont par exemple incorporés d’office dans l’armée. L’autorité ne repose plus sur le patriarche, mais sur le pouvoir des armes. Shaka étendra son emprise sur un territoire plus grand que la France avant d’être assassiné, probablement par deux de ses demi-frères. Notre groupe montre d’une part un roi captif, encadré par deux guerriers (reproduit), et d’autre part Shaka installé sur son trône entouré d’un garde, d’un conseiller et d’une femme (voir page 60 de la Gazette n° 39). Les œuvres sont façonnées dans une matière mêlant une vingtaine d’ingrédients, appliquée sur une ossature de fer, paille et jute. Kinésithérapeute exerçant en France, Ousmane Sow présente en 1987 au Centre culturel français de Dakar sa première série, composée de lutteurs noubas. L’année suivante, il décide de se consacrer à son art. En 1992, il est exposé à la Dokumenta de Kassel et trois ans plus tard, à la Biennale de Venise. La consécration…
Mercredi 19 novembre, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Millon & Associés SVV.
Auguste Rodin (1840-1917), Faunesse à genoux, 1887, bronze à patine vert soutenu, épreuve vers 1910-1912, fonderie Alexis Rudier, h. 54,2 cm.
Frais compris : 742 029 €.
Une faunesse de Rodin
Attendue entre 250 000 et 300 000 €, cette épreuve en bronze vers 1910-1912 de la Faunesse à genoux conçue par Rodin en 1887 était poussée jusqu’à 580 000 €. Il s’agit du plus haut prix (source : Artnet) relevé pour un bronze de ce sujet, le record revenant à une épreuve en marbre (h. 58,8 cm). Le comité Auguste Rodin recense en tout vingt-six épreuves en bronze de notre faunesse, dont dix-huit posthumes. Pour celles réalisées du vivant du sculpteur, huit l’ont été à partir de 1897 par la fonderie Griffoul et Lorge, deux avant 1900 chez François Rudier et quatre, dont la nôtre, par l’atelier d’Alexis Rudier avant 1917. La belle patine vert soutenu de notre exemplaire luisait en 1912 au premier Salon de mai à Marseille, où il séduisait le docteur Joseph Ripert, qui en devenait l’heureux propriétaire. Il est ensuite resté dans sa descendance. Le modèle figure à l’origine dans le tympan de La Porte de l’enfer, dont la première version est connue par des photographies prises par William Elborne en 1887. Cette année-là, Truman Bartlett rencontre Rodin et rédige plusieurs articles sur son travail. Il remarque plus particulièrement notre créature, qui figure dans une foule d’esprits poussés vers la rive du Styx. Elle incarne pour lui la sensualité, consciente de ses fautes, prête à accepter la punition. Le groupe auquel elle appartient sera connu dans la version définitive de La Porte sous le titre d’Orphée et les ménades. En 1988, Gustave Geffroy remercie le sculpteur pour un cadeau, un exemplaire en bronze de «la faunesse, d’animalité si fine, au rire mortuaire». Elle n’apparaîtra officiellement qu’en 1889, à l’exposition Monet-Rodin, sous la forme d’un plâtre intitulé Satyresse à genoux.
Vendredi 21 novembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Millon & Associés SVV. Mme Marzet.
Chine, dynastie des Wei du Nord, fin Ve-VIe siècle, bodhisattva maitreya, fragment de relief en grès beige, h. 43 cm.
Frais compris : 93 000 €.
Bienheureux bodhisattva
Doctrine religieuse, le bouddhisme s’est installé en Chine pour des raisons politiques… À la chute de l’empire Han, les envahisseurs s’en donnent à cœur joie, dépeçant et se partageant leurs territoires, forçant la dynastie chinoise à se replier plus au sud. Tribu nomade d’origine turco-mongole, les Wei établissent ainsi leur propre dynastie (386-534) sur le territoire septentrional de la Chine, installant leur capitale près de l’actuelle Datong. Pour légitimer leur pouvoir et unifier leur royaume, ils ont recours au bouddhisme, dont la doctrine s’est propagée le long de la route de la soie. Si la nouvelle religion officielle ne s’impose pas sans violence, le taoïsme gardant de fervents partisans, l’emblématique aménagement de la grotte sanctuaire de Yungang, à partir de 460, marque la volonté de l’empereur Wenchengdi de propager l’enseignement de l’Éveillé. Lorsque la capitale est transférée à Luoyang, un nouveau lieu sacré est mis en chantier, à Longmen. Considéré par l’Unesco comme «l’apogée de l’art chinois de la sculpture sur pierre», le site compte pas moins de 2 300 cavités sculptées dans le grès, contenant notamment quelque 110 000 statues de bouddha ! Notre fragment de relief figurant un bodhisattva est caractéristique du style de Longmen, qui a fait évoluer les premières physionomies héritées de l’art du Gandhara, généreuses, vers des représentations plus élancées et une stylisation sinisée. On observe ainsi la finesse des sourcils se prolongeant jusqu’à l’arrête du nez, séparant deux joues pleines. L’effigie adopte la posture traditionnelle, assise en méditation, jambes pendantes et chevilles croisées. De la paume ouverte, elle signifie l’absence de crainte, tandis que son autre main prend la terre à témoin de ses actes méritoires. Notre sage représente en effet l’une des huit incarnations du futur bouddha avant son «éveil». Poussé par la compassion, notre bodhisattva maitreya a renoncé au nirvâna, pour mieux se consacrer à sauver tous les êtres vivants.
Dimanche 30 novembre, Maincy.
Mes Jakobowicz & Associés. M. Ansas.
Chine, XVIIe siècle. Statue de Zhenwu en bronze doré, assis, main droite posée sur le genou droit, la main gauche fait le geste de l’enseignement, 60 x 47 x 29 cm.
Frais compris : 279 000 €.
Sagesse infinie
Les arts décoratifs chinois étaient le principal pôle d’attraction de cette vente lilloise. Un ensemble de douze plaques en soie, décorées d’ivoire à l’époque Qianlong et représentant des scènes érotiques, était d’abord conquis à 120 000 €. Quant à notre statuette, provenant d’une collection régionale, elle recueillait l’enchère la plus haute de la vacation. Bel exemple d’assimilation du taoïsme par la Chine impériale, elle rappelle la légende du guerrier noir. Zhenwu, un ermite taoïste établi au Wudang Shan, serait monté au ciel après quarante et une années d’entraînement aux arts martiaux pour devenir une divinité. À l’ère des Royaumes combattants, il est assimilé avec Xuanwu, le Sombre Guerrier ou Guerrier mystérieux, figuré sous forme d’un serpent et d’une tortue enlacés. Exorciste et chasseur de démons, il apparaît comme un militaire chargé par la divinité suprême de rétablir l’ordre et la vertu dans le monde. Sous les Song du Nord, l’empereur Zhenzong change le nom de Xuanwu en Zhenwu pour esquiver toute confusion avec l’un de ses ancêtres. Devenu anthropomorphe, il est généralement figuré avec une magnifique chevelure noire. Victorieux des ennemis du trône, il a ainsi la faveur de la cour, qui en fait une divinité protectrice de la dynastie. Sous les Ming, plusieurs statuettes de Zhenwu sont réalisées en bois, en pierre, en bronze, mais plus rares sont celles en bronze doré au mercure, comme notre exemplaire. La divinité, figurée dans la position vitarka mudra, celle de l’enseignement, parvient à défaire les forces du mal par la seule puissance de son argumentation. La robe s’embellit encore d’un dragon pourchassant la perle sacrée parmi les nuages. La statuette finement ciselée se distingue encore par une facture élégante, par le travail de sa ciselure et par la qualité de son bronze. En dépit d’un léger accident au pan de la robe, elle était débattue avec ferveur entre divers enchérisseurs. Au final, elle était adjugée à un acheteur de l’empire du Milieu.
Lille, dimanche 30 novembre.
Mercier & Cie SVV. Cabinet Portier et Jossaume.
Jean-Antoine Houdon (1741-1828), Catherine II, buste en marbre, 53 x 30 cm, h. 87 cm.
Frais compris : 80 400 €.
À la gloire de Catherine II
La tsarine Catherine II, attirée par les arts, poursuit la politique culturelle initiée par Pierre Le Grand au début du XVIIIe siècle, et ouvre aussi la Russie aux courants artistiques italien et français. Nombre d’aristocrates russes, aisés et cultivés, sont ainsi francophiles, à l’exemple du prince Dimitri Alexeïevitch Galitzine. Ambassadeur à La Haye, il loge un temps le philosophe Diderot et se fait tirer le buste par Jean-Antoine Houdon. La sculpture, présentée au Salon de 1773, émerveille les contemporains par son expression naturaliste. S’affirmant dans l’art du portrait, Houdon devient vite le maître incontesté du genre. Durant son long séjour en France (1772-1779), le comte Alexandre Sergueïevitch Stroganov, sénateur et grand mécène, lui commande une effigie de sa souveraine en buste. Pour la réaliser, il confie au sculpteur une gravure ainsi qu’une miniature. Cette dernière, œuvre de Charles-Jacques de Mailly, a été peinte en 1775 lors d’un voyage de l’artiste à Saint-Pétersbourg. Notre buste impérial, provenant d’une collection régionale et avancé autour de 7 000 €, représente Catherine II âgée de plus d’une quarantaine d’années. À une technique infaillible, il allie une grande finesse d’observation. C’est notamment le visage au regard pétillant d’intelligence qui capte toute l’attention. Houdon parvient ici à une synthèse réussie de naturel, de vérité et de majesté solennelle. Peu de temps après, la tsarine lui achète d’ailleurs un magnifique marbre figurant Diane chasseresse pour agrémenter son palais de Tsarskoïe Selo. Déclenchant un vif combat d’enchères, Catherine II était au final emportée par un fervent admirateur russe au décuple des estimations.
Joigny, dimanche 23 novembre.
Joigny Enchères -Joigny Estimations SVV. M. Lacroix.
Antoniucci Voltigerno, dit Volti (1915-1989), Nikaya ou Nu allongé, le coude gauche posé, bronze à patine noire avec reflets bleus, n° 2/6, fonte de Susse frères à Paris.
Frais compris : 44 640 €.
Volti désiré
Dans le pied-à-terre parisien d’une Américaine, les sculptures de Volti occupaient une place non négligeable, puisqu’on y dénombrait pas moins de douze[??] épreuves de bronzes de Volti. Elles totalisaient 269 080 € frais compris. La propriétaire déclarait dans le catalogue que «notre famille de statues de Volti a grandi au cours des vingt dernières années. Chacune d’elles est spéciale. Vous aussi, vous allez tomber amoureux !». Ce que ne démentaient pas les enchérisseurs… 36 000 € culminaient sur le Nu allongé, le coude gauche posé reproduit, dont un détail ornait la couverture de la Gazette n° 40, également intitulé Nikaya. Fondu par Susse frères, il se trouvait sur la terrasse de l’appartement. Les Parisiennes, 1962 (h. 97 cm), un groupe en bronze à patine noire numéroté 0/6 et toujours fondu par Susse, montaient à 28 500 €. À 26 000 €, l’estimation haute était doublée pour l’une des huit épreuves en bronze à patine noire avec de légers reflets bleus d’Antoinette ou Nu assis, les jambes relevées tenues par les bras (h. 57 cm). Il s’agit d’une fonte à cire perdue de Godard. À 22 000 €, on avait le choix entre Chiffonnette ou Nu accroupi, les coudes au sol (l. 53 cm), une fonte de Susse frères en bronze à patine noire et reflets bleus numérotée 8/8, et un Nu allongé sur le dos, avec les mains sur les chevilles (l. 64 cm), un bronze à patine brun foncé à la cire perdue de Capelli, numéroté 1/8. Citons encore les 20 000 €, estimation pratiquement doublée, de Sandrine ou Nu allongé, les jambes pliées, le bras droit posé (l. 54 cm), un bronze à patine noire aux reflets verts de Godard numéroté 3/8. «Ce qui m’enchante dans un corps de femme, ce sont les rythmes et les volumes», disait ce sculpteur d’origine italienne ayant grandi en France. Un avis sans aucun doute partagé.
Lundi 1er décembre, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Chayette & Cheval SVV. Cabinet Buttet - Lencquesaing.
Tibet de l’Ouest, XIIIe siècle. Avalokitésvara Padmapani assis, bronze incrusté de plusieurs métaux, traces d’or froid au visage, h. 40 cm.
Frais compris : 50 560 €.
Bronze tibétain
La sculpture tibétaine du XIIIe siècle enregistrait 40 000 € avec ce bronze de l’ouest du Tibet représentant Avalokitésvara Padmapani. Il est assis dans l’attitude dite du lotus, ou du diamant, sur un double socle lotiforme, paré de joyaux et couronné d’un diadème, faisant le geste de l’enseignement. Si les XIe et XIIe siècles sont marqués au pays des Neiges par la fondation et le développement de nombreuses écoles et monastères bouddhiques, le XIIIe est celui du protectorat mongol sur la région. Dès 1207, des envoyés de Gengis Khan réclament la soumission du pays, facilement acquise en raison de l’absence d’unité politique. En 1244, à la suite des raids mongols, l’abbé du couvent de Saskya confirme cette soumission et obtient le titre de régent du Tibet. Son successeur sera son neveu, qui gagne la confiance de Kubilai Khan. Ce dernier devient empereur de Chine et le fondateur de la dynastie Yuan. Le Tibet est dès lors protégé et les abbés de Saskya, devenus vice-rois, résident à la cour, tandis que les autres ordres monastiques se placent sous la protection de différents clans mongols. L’époque est favorable aux échanges, le Tibet exerçant une influence culturelle sur ses occupants, qui adoptent, en complément de leurs pratiques religieuses, le bouddhisme. La statuaire en bronze rappellera celle de la vallée de Katmandou, dont les bronziers newars sont appelés à travailler en grand nombre au Tibet. Le style décoratif et la souplesse des figures de ces artisans se retrouvent dans notre pièce.
Mardi 2 décembre, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Giafferi SVV. M. Gomez.
François Rupert Carabin (1862-1932), suite de six bronzes à patine brune représentant Loïe Fuller exécutant sa danse serpentine, h. 18 à 22,5 cm.
Frais compris : 133 885 €. 
Carabin danse record
François Rupert Carabin est un artiste rare sur la scène des enchères. Cette suite de six bronzes, fondue d’après des modèles réalisés en 1896 et 1897, était applaudie au-delà de son estimation pour finalement obtenir 105 000 €, ce qui permet à l’artiste d’enregistrer un nouveau record mondial. Leur sujet est fameux et le procédé original : un peu à la manière d’Étienne-Jules Marey avec son fusil photographique, il décompose les mouvements d’une star de l’époque, la danseuse et chorégraphe américaine Loïe Fuller, inventrice d’une danse serpentine montrée pour la première fois le 15 février 1892 au Park Theater de Brooklyn. C’est à Paris qu’elle va plus particulièrement briller, devenant l’une des artistes les mieux payées du monde du spectacle. Stéphane Mallarmé la considère même comme l’incarnation de l’utopie symboliste : «Ivresse d’art, simultané, accomplissement industriel»… Car si la scénographie reposait sur les amples mouvements de la danseuse, drapée dans une ample chemise banche, la fée électricité la magnifiait en la dardant de ses rayons colorés. La nouveauté du spectacle a également interrogé Carabin, dont le symbolisme des figures ornant les meubles avait été relevé par le critique Gustave Geffroy. Sculpteur, Carabin a joué un rôle important dans le renouvellement des arts décoratifs. Dans son mobilier créé entre 1890 et 1904, il exprime un tempérament de sculpteur qu’il a développé en travaillant au faubourg Saint-Antoine. Il va fréquenter entre 1883 et 1885 les salles de dissection de la Faculté de médecine pour étudier l’anatomie. Figure singulière du paysage artistique, Carabin ne pouvait qu’être fasciné par les lumineuses chorégraphies de Loïe Fuller.
Vendredi 5 décembre, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Aguttes SVV.
Chine, période Kangxi (1662-1722). Statue en bronze doré représentant Amitayus, h. 56 cm.
Frais compris : 2 691 800 €.
D’époque Kangxi
Nouveau succès pour un bronze chinois avec les 2 150 000 € obtenus, sur une estimation haute de 200 000, par cette statue d’Amitayus d’époque Kangxi. Elle était reproduite en page 61 de la Gazette n° 42. Arrivée en France en 1900, l’œuvre était ensuite restée dans la même famille. Elle a été acquise par un représentant d’un des plus grands collectionneurs de Chine. Elle se distingue notamment par la richesse et la finesse de ses bijoux. Le bouddha est figuré assis en dhyanasana sur un double lotus, les mains dans la position de méditation, un état confirmé par la sérénité de son visage, légèrement souriant, aux yeux mi-clos. À l’origine, il tenait devant lui un vase d’ambroisie. Amitayus, dont le nom signifie «longévité infinie», est aussi appelé le «Bouddha des bouddhas». Il règne sur la terre pure, un lieu dépourvu de mal et de souffrances, un refuge en dehors du cycle des transmigrations. Cette divinité était particulièrement vénérée au Tibet, mais aussi par l’empereur Kangxi, qui, au grand dam des confucéens, se convertit au bouddhisme tibétain. Cela non pas par opportunité politique – en tant que deuxième empereur de la dynastie mandchoue des Qing, il devait stabiliser et consolider le vaste empire dont il avait hérité –, mais par conviction religieuse. Sa grand-mère était une princesse mongole, peuple ayant de longue date tissé des liens privilégiés avec le Tibet. Devenu empereur à l’âge de 7 ans, Kangxi fut protégé par la vieille femme, qui veilla à ce que les régents ne l’éliminent pas, ni physiquement, ni politiquement. L’empereur possédait plusieurs statues d’Amitayus, exécutées dans les fonderies impériales. Toutes étaient, à l’instar de la nôtre, d’une exceptionnelle qualité.
Jeudi 11 décembre, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Christophe Joron-Derem SVV. Mme Papillon d’Alton, M. Ansas.
Chine, époque Ming (1368-1644), statue en bronze laqué or représentant le roi du ciel TiEn wang en armure, h. 151 cm.
Frais compris : 641 300 €.
Un roi au firmament

Cette impressionnante statuette (voir n° 42, page 16), annoncée autour de 150 000 €, était le thème de bien des convoitises. Provenant d’une collection régionale, elle était vivement disputée dès l’annonce de sa vente entre des musées, le négoce international, plusieurs acheteurs européens et asiatiques. Honorant les arts décoratifs de l’empire du Milieu, elle a été réalisée sous les Ming, période d’éclat de la civilisation chinoise. Devenant une grande puissance impériale, ils ont aussi à cœur de mettre en valeur les arts ancestraux. Notre statuette représente ainsi Tien Wang ou l’un des rois du ciel. Tout laqué d’or et bien sur son nuage, il veille d’abord comme ses trois autres confrères sur les quatre points cardinaux. Gardien ainsi de l’horizon, il protège aussi la loi bouddhique. On le trouve ainsi à l’entrée du dukkang, la salle d’assemblée et de prière dans les monastères. Il est encore présent sur le «chemin des esprits», non loin des tombeaux des treize empereurs Ming, dans les montagnes au nord-ouest de Pékin. Notre gardien représente plus précisément Virudhaka, le «grand homme» qui gouverne au sud. Appuyant sa main droite sur une épée, il apparaît avec pompe et magnificence. Quant à son casque, il s’anime de dragons, emblèmes par excellence de la dignité impériale. Notre statue, fondue à la cire perdue avec une grande maîtrise, présente encore des traces de polychromie notamment de rouge au niveau de la bouche et des yeux. Juchée sur un socle monticule, elle se distingue par sa facture élégante, par le travail de sa ciselure et par la qualité de son bronze. En dépit de quelques manques, notamment à l’écharpe, elle était adjugée en moins de deux minutes. Elle retrouvera bientôt sa terre natale puisqu’un acheteur chinois s’en est porté acquéreur.
Clermont-Ferrand, samedi 13 décembre.
Anaf -Jalenques - Martinon - Vassy SVV. M. Portier TH. Mme Buhlmann.
Pablo Picasso (1881-1973), Personnage au chapeau, fil de fer et bouchon, h. 11,2 cm.
44 660 € frais compris.
© Succession Picasso 2015

Les passe-temps de Picasso
Les livres et œuvres ici dispersés émanaient de la collection de l’imprimeur et éditeur Pierre-André Benoit (1921-1993). Près de vingt résultats à cinq chiffres étaient prononcés. 35 000 € fusaient sur cette mini sculpture de Picasso, vers 1958. Ce bouchon estimé au plus haut 6 000 €, pulvérisait les attentes, à l’instar des sculptures du même type et des petites œuvres en papier qui, en 1998, parsemaient la vente de la collection Dora Maar. Dès 1906, l’artiste a commencé à tortiller et assembler de petites figures, à l’occasion de repas amicaux. Toujours en format miniature (6 x 10,2 cm), une aquarelle, gouache et encre sur papier de Miró fusait à 15 000 €. Parmi les livres, la palme revenait moyennant 31 000 €, prévisions triplées, à un exemplaire hors commerce de La Rose et le Chien, poème perpétuel (Alès, PAB, 1958) de Tristan Tzara, illustré de quatre gravures de Picasso. Il est enrichi notamment d’une suite de ces dernières en vert et d’une autre en noir sur japon extra-fin, de trois essais de la gravure du colophon… L’un des quarante exemplaires de l’édition princeps de L’Escalier de Flore (Alès, PAB, 1958) de René Char, illustré de deux gravures sur celluloïd du Malaguène, montait à 26 500 €. Un volume hors commerce de l’édition originale de Couinque (Alès, PAB, 1963) de Jean Dubuffet, avec sept gravures sur celluloïd et une suite de douze gravures supplémentaires, était poussé jusqu’à 24 000 €. L’exemplaire du Vide (Rivières, PAB, 1984), par Pierre-André Benoit lui-même, se négociait pour sa part 3 200 €.
Vendredi 23 janvier, salle 2 Drouot-Richelieu.
Tajan SVV. Mme Lamort.

Chine, statue de Guanyin en bronze, époque Ming, XVIe siècle, h. 56 cm.
Frais compris : 338 040 €.
Un éveil en or
Si cette statue en bronze se pare d’une couche de laque or, on distingue une finition bien plus prestigieuse aux endroits où cette enveloppe protectrice a disparu : une dorure probablement au mercure, dont on peut penser qu’elle recouvre encore la quasi-intégralité de la sculpture. Les amateurs en faisaient le pari, bataillant l’effigie sacrée pour lui rendre son lustre d’antan. De son estimation haute à 20 000 €, elle était ainsi propulsée jusqu’à 270 000 € dans un match Chine contre Chine… Précisons que notre personnage n’est autre qu’une Guanyin, la déesse la plus populaire du pays du Soleil-Levant. Née en Inde, notre divinité y est vénérée sous les traits d’Avalokiteshvara, un bodhisattva ayant renoncé au Nirvâna pour mieux guider les hommes vers l’Éveil. Empruntant les routes du bouddhisme, le moine salvateur a pris des traits féminins en rejoignant le panthéon chinois. La compassion est sa principale qualité, mais on lui attribue également vertu, piété et amour filial. De nombreuses légendes lui sont attachées. À son aura protectrice s’associe celle d’Amitabha, le bouddha de la sagesse et de miséricorde, dont l’effigie orne son front ceint d’une couronne qui maintient ses cheveux divisés en deux mèches tombant sur ses épaules. Assise dans la pose du délassement royal – le rajalilasana –, mains posées sur les genoux et les yeux mi-clos, notre Guanyin richement parée porte un vêtement noué sur le ventre, sous un manteau enveloppant ses épaules. Le style Ming séduisait encore au rayon porcelaine, un vase de forme archaïque à décor floral bleu et blanc, obtenant 16 000 €. Le succès était également flagrant du côté du Tibet, un tangka peint à la détrempe sur toile au début du XXe siècle étant propulsé jusqu’à 14 000 €. Sous une guirlande de têtes de mort et de peaux humaines sont figurés des emblèmes bouddhiques et des divinités sans visage, tandis que des animaux se pressent autour d’un temple…
Dimanche 1er février, Enghien.
Goxe, Belaisch, hôtel des ventes d’Enghien SVV. M. Portier Th.
Torse masculin du type du Diadumène, marbre dans le goût de l’art grec classique, h. 55 cm, avec socle 67 cm.
Frais compris : 14 980 €.
Torse d’athlète classique
Cette étude picarde dispersait l’entier ameublement d’un appartement parisien appartenant au docteur X, situé à Paris, boulevard Malesherbes. L’art gréco-romain était porté au tableau d’honneur de la vacation. Une suite de trois vases dont l’un en forme de cratère, réalisés en céramique dans la Grèce antique, recueillait d’abord 6 000 €. Ils étaient toutefois largement distancés par ce superbe torse indiqué autour de 3 000 €. Juché sur un socle en fer, il fait référence à un original grec, la fameuse statue en bronze du Diadumène, ou «celui qui se couronne», qu’acheva vers 430 av. J.-C. le sculpteur Polyclète (actif entre 460 et 420 av. J.-C.). Formé à l’école des bronziers d’Argos, sa patrie d’adoption, il est surtout connu comme le créateur d’un «canon», c’est-à-dire d’une règle de proportionnalité dans le traitement du corps humain. Polyclète l’expérimente en élaborant des effigies d’athlètes comme le célèbre Doryphore, son chef-d’œuvre. De savants calculs y gouvernent l’anatomie tout entière. Cette démarche intellectuelle, fondamentale dans l’histoire de la statuaire grecque, cherche ainsi à idéaliser la beauté par des systèmes de nombres. Elle régit un modèle d’équilibre qui fera largement école. Dès l’époque romaine, les œuvres de Polyclète sont donc reproduites. Ainsi, ce torse fragmentaire appartient à une série de répliques dont l’une, qui figurait jadis à la collection Campana, est aujourd’hui conservée au musée du Louvre. Le marbre a préservé assez d’éléments pour que l’on perçoive un léger balancement du corps, si caractéristique de la manière du sculpteur. On observe ici que l’arc thoracique répond à celui formé par les aines. Quant à la largeur des pectoraux, elle correspond à la distance les séparant du nombril. Avec de tels avantages, il ne pouvait laisser indifférent les amateurs et un enchérisseur présent en salle l’enlevait au quadruple de ses attentes. Au final, une belle expression achevée de l’idéal classique.
Compiègne, samedi 7 février.
Hôtel des ventes de Compiègne SVV. Me Dominique Loizillon.
Edgar Degas (1834-1917), Cheval s’enlevant sur l’obstacle, bronze à patine noire, fondeur Valsuani, h. 29 cm.
Frais compris : 37 500 €.
Élan vital
Peintre, dessinateur et sculpteur que l’on ne présente plus, Edgard Degas est sans doute quelque peu moins connu pour la part animalière de son travail en volumes. Le musée d’Orsay conserve pourtant une version de notre sculpture, renommée Cheval se dressant, fondue par Adrien-Aurélien Hébrard et dont l’original en cire appartient à la collection Paul Mellon, conservée à la National Gallery of Art de Washington, aux États-Unis. Degas aurait mis le pied à l’étrier de la sculpture équine à la suite de Joseph Cuvelier, dont il avait remarqué les chevaux exposés au Salon entre 1865 et 1870. L’artiste croque inlassablement depuis quelques années déjà la plus belle conquête de l’homme, ayant découvert le Haras-du-Pin en 1861, à l’occasion d’un séjour dans l’Orne chez son ami Paul Valpinçon. De retour dans la capitale, il passe des heures à observer les courses hippiques du Jockey Club, dont la mode fait fureur. L’intérêt de l’artiste pour les équidés est attisé vingt ans plus tard par les travaux du Britannique Eadweard Muybridge, figeant les coursiers en plein galop sur la plaque photographique de douze appareils à déclenchement successif, afin de mieux décomposer le mouvement ; mis au point en 1878, le procédé est présenté en Europe à l’occasion d’une véritable tournée triomphale, de 1881 à 1883. Il faut imaginer l’effet sensationnel de ces instantanés, dont le défilement régulier par le biais du zoopraxiscope permet de recréer l’élan initial. Du cinéma avant l’heure ! En 1887, le photographe publie Animal Locomotion, dans lequel bien des artistes puiseront leur inspiration. Il semble ainsi que Degas ait emprunté aux clichés la position de son cheval cabré, décliné en plusieurs versions. Complémentaire au dessin tout en autorisant plus d’expérimentations, la malléabilité de la cire lui permet de laisser libre cours à son obsession pour l’étude des postures et de la dynamique des gestes, qu’il admire par ailleurs chez les danseuses.
Dimanche 15 février, Chaville.
Chaville Enchères SVV.
Louis-Henri Nicot (1878 -1944), Bigoudène au panier, bronze, tampon du fondeur Valsuani, signé, 62 x 16 x 16 cm.
Frais compris : 7 440 €.
Nicot au pays bigouden
Les statuettes de Louis-Henri Nicot étaient vivement bataillées lors de cette vacation brestoise. Il y a juste dix ans, en 2005, une importante exposition dédiée à ce sculpteur rennais, élève de Falguière et de Mercié, était organisée à Quimper, au musée de la Faïence. Dès sa sortie de l’École des beaux-arts de Paris, le jeune homme s’intéresse à la céramique et confie des éditions de ses œuvres en faïence à Etling et à Marcel Guillard notamment. Pendant l’entre-deux-guerres, il entame une collaboration fructueuse avec la fabrique Henriot, par l’intermédiaire de son ami et confrère Mathurin Méheut. Un modèle peu courant, réalisé en faïence polychrome et intitulé Annaïck Mam Goz ar Faouët, était d’abord emporté à 1 400 €. Il fait référence à l’une des sculptures les plus émouvantes de Nicot ; aujourd’hui placée à l’entrée de l’Hôtel-Dieu de Rennes, elle représente une grand-mère mélancolique taillée en pierre grise de Kersanton. Un des apports les plus notables de Nicot au renouveau artistique de la céramique quimpéroise réside sans conteste dans la reproduction au format de ses bustes en bois, en granit et bronze, de Bretonnes revêtues de costumes traditionnels. Tel est le cas de cette Bigoudène au panier. Provenant d’une succession régionale et répertoriée, elle était attendue autour de 3 000 €. Marquée «L.H. Nicot» sur le socle, elle apparaît majestueusement sommée de la grande coiffe que portent élégamment les femmes dans le sud-ouest du Finistère. Alliant sens du pittoresque et formes épurées de l’art déco, elle orchestrait une belle aubade d’enchères entre la salle et plusieurs téléphones. Au final, elle part égayer la collection d’un fervent amateur breton au double des estimations.
Brest, mardi 10 février.
Thierry - Lannon & Associés SVV. M. Verlingue.
D’après Gian Lorenzo Bernini dit Le Bernin (1598-1680), Apollon et Daphné, groupe en bronze, 95 x 44 x 33 cm.
Frais compris : 41 602 €.
Transcription d’une métamorphose
Le Bernin, à la fois architecte, sculpteur et décorateur romain, protégé par trois papes, se révèle le grand ordonnateur de Rome à l’époque moderne. Pour lui, les trois arts principaux doivent se compléter et s’exalter mutuellement. Ses statues donnent ainsi couleur et qualités tactiles au marbre, qu’il entraîne dans un grand mouvement. Elles traduisent sans doute le mieux la sensibilité baroque, comme Apollon et Daphné, qu’il réalise entre 1622 et 1625 à la demande du cardinal Scipion Borghèse.
Le groupe, inspiré de l’une des Métamorphoses les plus fameuses d’Ovide, met en scène le bel Apollon amoureux, fou de Daphné. Affolée, la nymphe, pourchassée par les assauts galants du dieu, le fuit et invoque son père, le dieu-fleuve Péné, qui la transforme en laurier. Apollon, navré, en fera son arbre favori. Le marbre, toujours conservé à la villa Borghèse, représente aussi bien le mouvement de la poursuite que la métamorphose de la jeune femme. Il connaît un succès tel qu’il est vite réduit en bronze par des sculpteurs fondeurs talentueux comme Susini, Tacca et Francqueville. Ces petites statuettes, alors très prisées des amateurs européens, étaient d’ailleurs souvent offertes en cadeaux diplomatiques. Leur vogue durera au moins jusqu’au XIXe siècle et fera le bonheur de fonderies comme la maison Barbedienne. Conjuguant talent et virtuosité, elles servent souvent de parures aux consoles, aux cheminées, aux rayonnages de bibliothèques… Notre exemplaire, provenant d’une collection régionale, était annoncé autour de 2 500 €. Proposé en bon état de conservation et d’excellente facture, il pulvérisait les estimations pour être emporté par un fervent collectionneur.
Toulouse, samedi 28 février.
Primardéco SVV.
François Pompon (1855-1933), Poule d’eau, bronze à patine noire nuancée, signé sur la terrasse « pompon », cachet du fondeur
« C. Valsuani, cire perdue », 25,5 x 21,6 cm.
Frais compris : 75 020 €.
L’envolée d’une poule d’eau
Cette poule d’eau, présentée comme la mascotte de la vacation, tenait toutes ses promesses et récoltait l’enchère la plus élevée de la vacation. Proposée en bon état, il s’agit d’une épreuve en bronze fondue du vivant de François Pompon, un sculpteur bourguignon. Né à Saulieu, au cœur du pays de l’Auxois-Morvan, il est d’abord apprenti tailleur chez un marbrier dijonnais. Élève ensuite de Pierre-Louis Rouillard à l’École nationale des Arts décoratifs, il réalise à Paris ses premières sculptures, des bustes exposés en 1879 au Salon des portraits. Praticien d’Antonin Mercié, de Falguière et de Saint-Marceaux, il travaille aussi pour Auguste Rodin. Il s’en distingue toutefois très vite, préférant les représentations zoomorphes aux figures humaines. Familier du Jardin des Plantes, il saisit l’immédiateté des diverses expressions des animaux qu’il reprend ensuite dans son atelier de la rue Campagne-Première. Fin connaisseur de l’anatomie des bêtes, François Pompon obtiendra à 67 ans son premier succès public grâce à L’Ours Blanc, exposé en 1922 au Salon d’automne. Quinze ans auparavant, il avait entamé une importante série sur les volatiles, notamment les gallinacés et les rallidés. Après les oies, les poules, les dindons, les canards, l’artiste s’attache en 1911 aux poules d’eau. Il sculpte une suite de quatre spécimens – A, B, C, D –, qui sont représentés dans une attitude légèrement différente. Notre modèle, inédit sur le marché, avait été acquis directement auprès du sculpteur et était resté dans la descendance familiale jusqu’à aujourd’hui. Avec de tels caractères, il s’envolait au double des estimations. Un bel exemple de l’art de Pompon, précurseur de la sculpture moderne : débarrassant ses œuvres de tout détail anecdotique, il traduit bien «le mouvement qui détermine la forme».
Nantes, mardi 24 mars.
Couton - Veyrac - Jamault SVV. Cabinet Marc Ottavi.
Jean Dunand (1877-1942), Naja avançant, 1914, bronze ciselé à patine brun nuancé, h. 30,5 cm.
Frais compris : 114 080 €.
Serpent par Dunand
Ce menaçant naja de Jean Dunand n’effrayait pas les enchérisseurs, bien au contraire. Estimé au plus haut 15 000 €, il en enlaçait 92 000. Outre ses évidentes qualités plastiques, il possède l’avantage d’être inédit sur le marché, étant resté dans la famille de son premier propriétaire, Jean Lambiotte. Cet industriel de la chimie s’est fait bâtir à Neuilly un hôtel particulier dessiné par l’architecte Pierre Barbe. Pour cette réalisation, achevée en 1934, ce dernier recevra en 1936 la médaille d’or de la sixième Triennale de Milan. Membre fondateur de l’Union des artistes modernes et délégué adjoint, aux côtés du Corbusier, du CIAM de Francfort en 1929, il a imaginé ici une grande demeure au style épuré, répondant aux principes fonctionnalistes. Classée monument historique, elle fait office de résidence pour l’ambassadeur du Japon en France. On imagine sans peine notre reptile onduler dans les grands volumes de la villa. Son modèle a été dessiné en 1914 par un artiste qui s’est d’abord illustré comme sculpteur. Jean Dunand entre en 1891 à l’École des arts industriels de Genève dans la section «ciselure et modelage», ses talents manifestes lui permettant de compléter sa formation à Paris, grâce à une bourse de la municipalité genevoise. Il travaille de 1897 à 1902 sous la houlette de Jean Dampt, avec succès. Mais la difficulté de vivre de la sculpture le pousse à s’orienter vers les arts décoratifs. En 1913, le vase monumental Serpents, présenté au Salon des artistes décorateurs, montre la fascination que les caducées exercent alors sur l’artiste. Dans son sillage, l’ouvrage monographique de référence de Félix Marcilhac (éditions de l’Amateur, 1991) répertorie entre 1913 et 1915 plusieurs objets et sculptures sur ce thème, dont une extraordinaire pendule Caducée (1913) en bronze, exécutée pour le couturier Jean-Philippe Worth. Les najas représentés dressés, sifflant, attaquant ou avançant constituent un autre pan de l’œuvre sculpté de Dunand de cette période.
Lundi 30 mars, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Auction Art Rémy Le Fur & Associés SVV. M. Roulin.
Chine, XVIIe siècle. Statue de Guanyin en bois avec traces de polychromie, h. 107 cm.
Frais compris : 281 250 €.
Bouddhisme sécularisé
La singularité de cette guanyin pensive du XVIIe siècle a un prix, 225 000 €, estimation dépassée. Avant de passer par la galerie Jacques Barrère en 2007, elle avait appartenu dès 1931 à une collection française. La divinité est représentée assise dans la position du délassement royal, sur une base soutenue par des adorants. Elle tient une branche de lotus symbolisant la pureté bouddhiste, ses yeux fermés exprimant la sérénité. La sculpture est dans l’empire du Milieu un art de commande lié à la religion, la calligraphie et la peinture occupant le sommet de la hiérarchie des genres par leur capacité à véhiculer la pensée. Elle sera souvent associée au bouddhisme, son âge d’or s’étendant du IVe au Xe siècle, l’introduction du Grand Véhicule en Chine datant du milieu du IIe siècle. Le bronze et la pierre seront les matériaux privilégiés pour la statuaire avec la terre modelée et séchée, qui connaît son apogée sous les Tang. Si l’on considère que la fin de leur règne voit la sculpture chinoise entrer en lente décadence, sous les Song, certaines guanyin en bois peint conserveront un style gracieux et un visage recueilli. À partir de cette dynastie s’opère un syncrétisme entre le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme, une tendance s’accompagnant pour cette dernière religion de sa sinisation et de sa laïcisation. Symbole de la compassion figurant dans de nombreux foyers chinois, Guanyin est l’objet d’une sécularisation dont témoigne notre sculpture, respirant le calme et la sérénité, tant à travers sa posture que par l’expression de son visage.
Vendredi 10 avril, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre SVV. Mme Jossaume, M. Portier.
Christophe Fratin (1801-1864), Rhinocéros attaqué par un tigre, 1836, bronze à patine brune sur socle en marbre vert, fonte de Quesnel, 45 x 46 x 25 cm.
Frais compris : 65 765 €.
Fratin, 1836
Déjà solidement estimée entre 30 000 et 40 000 €, cette épreuve en bronze du Rhinocéros attaqué par un tigre de Christophe Fratin en atteignait 51 000. Elle prend place derrière le record français établi le 8 novembre 1995 à Drouot, chez Libert & Castor, avec une monumentale épreuve de sa Scène de haras (76 x 102 x 60 cm), également une fonte de Quesnel. Celle-là était cédée 297 000 F (60 170 € en valeur réactualisée). Notre épreuve est peut-être le chef modèle présenté par l’artiste au Salon de 1836. Elle est assemblée avec des clavettes en fer non dissimulées permettant de le démonter, la signature du ciseleur, Briand, apparaissant sous la base, ce qui est rarissime. 1836 est également l’année où Quesnel quitte son associé Richard, pour créer sa propre fonderie. Fratin lui fait confiance pour la réalisation de pièces qu’il destine au Salon. La sculpture animalière en est alors à ses débuts sur la scène officielle, et quelques envois de notre artiste, pionnier du genre, seront refusés. Cela malgré la réputation flatteuse du sculpteur, dont les créations sont souvent mises en regard d’un autre grand concurrent, Antoine-Louis Barye, lequel en 1831 avait triomphé avec son Tigre dévorant un gavial. Originaire de Metz, Fratin est formé à l’école de dessin de la ville, puis vient à Paris suivre l’enseignement de Carle Vernet et de Théodore Géricault. Il fréquente la ménagerie royale du Jardin des Plantes. Observateur minutieux, l’homme est attaché à la vérité de ses sujets. Ainsi notre puissant mammifère, un Rhinoceros unicornis d’origine asiatique, est-il associé à un tigre, autre animal de cette partie du monde. L’artiste est considéré par certains comme le premier à s’être lancé dans la sculpture d’édition, avec le concours de Quesnel. Une initiative promise à un grand succès.
Vendredi 3 avril, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Millon & Associés SVV.
François-Rupert Carabin (1862-1932), L’Envolée des heures, 1910, pendule en bronze et améthyste, 100 cm x 77 x 27 cm.
Frais compris : 186 978 €.
Allégorie du temps
Vous aurez peut-être reconnu la jeune femme accroupie sur le bloc d’améthyste formant le cadran de cette pendule de François-Rupert Carabin. Elle faisait en effet la couverture de la Gazette n° 10. Cet étonnant garde-temps allégorique était adjugé 145 000 €. Il s’agit d’une pièce unique, commandée directement au sculpteur et présentée à l’exposition de la Société nationale des beaux-arts de 1911. Le catalogue de la manifestation spécifiait : «Pendule exécutée pour garnir le dessus d’une cheminée d’un salon blanc et or [app. à M. de Biéville]». Elle symbolise le passage du temps, auquel n’échappent pas les demoiselles qui essaient désespérément de résister au mouvement ascensionnel qui les aspire inéluctablement vers la vieillesse. Cet envol n’a rien d’une divine assomption… en témoignent les mains qu’appuie sur son visage la jeune femme la plus haut placée, dont la jambe est mordue par une tête effrayante afin de l’arracher à la chaîne humaine la retenant encore. Carabin est un des pionniers du renouveau des arts décoratifs, ayant en 1890 réalisé la spectaculaire bibliothèque conservée au musée d’Orsay. Le critique Gustave Geffroy en décrypte ainsi le symbolisme : «Près du sol, les figures… sont des figures de bassesse, des passions ennemies de l’intelligence (…) En haut, l’œuvre achève de prendre toute sa signification cérébrale par trois figures emblématiques… Une Vérité est au centre… À gauche et à droite, deux Lectures.» En 1891, le meuble est présenté au Salon de la Société nationale des beaux-arts, après avoir été refusé un an auparavant à celui des indépendants, au prétexte que l’«on pourrait y envoyer des pots de chambre». Vingt ans plus tard, notre pendule ne fait pas débat mais montre la persistance des thématiques symbolistes jusqu’à l’orée de la Première Guerre mondiale… « Ô temps ! Suspends ton vol » !
Mercredi 8 avril, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Millon & Associés SVV. Mme Marzet.
Auguste Rodin (1840-1917), Danaïde, version type I, petit modèle, bronze à patine brune, vers 1895-1898, 21,7 x 28,9 x 38,7 cm.
Frais compris : 592 200 €.
Désespoir gagnant
Très attendue, cette épreuve de la Danaïde de Rodin tenait toutes ses promesses et même mieux, puisqu’elle montait à 470 000 € d’après une estimation haute de 200 000. Ce score lui permet de pointer à la quatrième place du palmarès mondial des danaïdes du sculpteur, et à la première pour le petit modèle du type I auquel elle appartient. Il s’agit d’une fonte au sable caractéristique de celles exécutées par la fonderie François Rudier pour le compte de l’artiste, vers 1895-1898. Georges Grappe, conservateur du musée Rodin de 1925 à 1944, date la naissance de la Danaïde en 1885. Rappelons qu’elle faisait partie des figures modelées pour La Porte de l’Enfer, mais qu’elle n’y sera finalement pas intégrée. L’institution conserve quatre versions différentes du petit modèle, les variations jouant sur la plus ou moins grande visibilité du visage et sur le modelé de la terrasse. La première grande version, un marbre de 1889 commandé par le docteur H. F. Antell et aujourd’hui conservé à l’Ateneumin Taidemuseo d’Helsinki, a été présentée à l’exposition «Monet-Rodin» inaugurée le 21 juin 1889. Ce fut l’une des œuvres les plus remarquées par la critique. Le traitement du sujet est original, Rodin ayant préféré représenter l’une des filles du roi d’Argos terrassée par l’absurdité de sa tâche, plutôt qu’occupée à remplir le tonneau maudit… Comme souvent chez le sculpteur, l’alibi mythologique est dépassé au profit d’une valeur universelle. Notre épreuve est étroitement liée à son sujet, ayant été fondue pour Jules Ricome, important négociant de vin algérois ayant l’habitude de payer au sculpteur une partie de ses achats en nature, sous forme de barriques de vin. Toujours pleines quant à elles… Restée dans la descendance de son commanditaire, notre désespérée affrontait pour la première fois le marché. Avec succès.
Mercredi 15 avril, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Blanchet & Associés SVV.
Auguste Rodin (1840-1917), Jean d’Aire, réduction, bronze à patine vert brun nuancé, signé « Rodin » sous le pied gauche, cachet « Alexis Rudier fondeur, Paris », marqué « A. Rodin », 47 x 16,1 x 12,5 cm.
Frais compris : 325 000 €.
Calaisien sacrifié
Cette sculpture tenait toutes ses promesses : avancée autour de 120 000 €, elle doublait largement ses attentes. Lors de la vente, Me Frémaux-Lejeune l’a qualifiée de «pièce mythique» ainsi que de «morceau d’histoire». Car, il s’agit d’une réduction d’un des personnages des Bourgeois de Calais, monument commandé à Auguste Rodin, en janvier 1885, par Omer Dewavrin, maire de la ville. Il rend hommage au courage de six Calaisiens comme le décrivent les Chroniques de France de l’historien Jean Froissart. Durant la guerre de Cent Ans, ils se sont sacrifiés en août 1347, à la demande du roi Édouard III, afin de laisser la vie sauve à l’ensemble des habitants de la ville sur le point d’être conquise par les Anglais après un long siège. Il faut dix ans à Rodin pour concrétiser le monument au thème ambitieux, car il doit mettre en scène les six notables marchant en procession vers la mort. Érigé en 1895 sur la place de l’hôtel de ville – aujourd’hui place du Soldat-inconnu –, il portraiture donc grandeur nature Eustache de Saint-Pierre, le plus notable, puis Jacques et Pierre de Wissant, Jean de Fiennes, Andrieu d’Andres. Et bien sûr notre modèle Jean d’Aire, qui s’était levé en deuxième position pour partager le sort héroïque d’Eustache de Saint-Pierre. Dès le vivant d’Auguste Rodin, les réductions en bronze des bourgeois connaissent un vif succès. Notre exemplaire, daté entre 1910 et 1917, a fait partie des collections d’Alphonse Kann (1870-1948), appartenant à une famille aisée de financiers et ami de Marcel Proust, au lycée Condorcet. Spolié en 1940 par les nazis, il est retrouvé six ans plus tard à Berlin par les Américains, qui le restituent à la famille. Entré en 1950 dans une collection privée française, il suscitait l’enthousiasme de plusieurs amateurs, présents en salle, en live et au téléphone. Au final, il rejoint la demeure d’un enchérisseur anglo-saxon.
Rouen, dimanche 19 avril.
Normandy Auction SVV, étude Delphine Frémaux - Lejeune.
Cabinet Brun - Perazzone.
Nicolas Schöffer (1912-1992), Lux (sculpture spatioluminodynamique), 1974-1975, acier découpé, 280 x 110 x 113 cm.
Frais compris : 46 324 €.
 
Donjon de Jouy
Des œuvres provenant du donjon de Jouy, lové au cœur du val d’Aubois, près de Sancoins dans le Berry, suscitaient l’intérêt des amateurs d’art contemporain. Elles ont été réunies par un couple de collectionneurs, Patricia et Jean-Claude Tafani, qui ont ouvert cette forteresse du XIIe siècle et ses alentours au public pour en faire un parc de sculptures contemporaines. Le plus haut prix, 37 000 €, revenait à l’œuvre «spatioluminodynamique» de Nicolas Schöffer reproduite, Lux. Elle avait auparavant appartenu à la collection de la fondation Veranneman, en Belgique. Les accents bruts d’un Personnage (h. 152 cm) d’Eugène Dodeigne (né en 1923) en pierre de Soignies permettaient d’enregistrer à 19 000 € un record français pour l’artiste (source : Artnet). Vendue sur désignation en raison de son format (h. 350, l. environ 510 cm), Arabesque, de Jean-Marie et Marthe Simonnet, une sculpture en polyester rouge, empochait 15 000 €. La sculpture n’est pas la seule passion de nos collectionneurs. Vladimir Velickovic était représenté par une série de toiles et d’œuvres sur papier. Pour les premières, notons les 9 800 € d’Abîme, fig. VIII (198 x 146 cm) de 1980 et les 7 800 € de Crochet, figure, VI (198 x 146 cm) de 1985, les secondes étant dominées par les 2 900 € d’une encre et gouache de 1987, Mouvements, fig. CV (103 x 65,5 cm). Michel Journiac était également à l’honneur, 3 100 € revenant à la technique mixte de 1969, la sculpture Piège pour un voyeur (h. 104 cm), et 5 000 € culminant sur Les Substituts (170 x 130 cm) réalisés la même année, un tirage photographique représentant un couple nu, contrecollé sur panneau de bois et dont les vides, percés au niveau de la tête, permettent au spectateur-acteur de changer d’identité et même de sexe. Les Tafini sont également férus de design, comme en témoignent les 6 100 € d’un des 99 exemplaires de la chaise longue Bolide, 1991 de Tom Dixon, à structure en acier recouverte de cordage.
Jeudi 7 mai, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Christophe Joron-Derem SVV.


 
Sculpture cubaine
L’art du XXe siècle recueillait tous les suffrages lors de cette vente vichyssoise. Une toile peinte vers 1952-1954 par Niki de Saint Phalle, montrant des Danseurs, triplait les estimations en étant adjugée 52 000 €. La collection du docteur G. réunissant des œuvres abstraites était aussi très débattue entre des amateurs dans la salle, en live et au téléphone. Elle était dominée par cette sculpture espérée autour de 2 000 € et œuvre d’un artiste cubain, Agustín Cárdenas. Récompensé en 1954 du prix national de Cuba, il part l’année suivante pour l’Europe. Se fixant à Paris, il s’installe à Montparnasse, où il s’enthousiasme pour le surréalisme. Abandonnant peu à peu les codes de l’enseignement académique, il va lui substituer le langage de la déformation et délaisser la statuaire conventionnelle. Cárdenas, parrainé par André Breton, présente ainsi en 1959, à la galerie de la Cour d’Ingres, ses premières œuvres empreintes d’un lyrisme sensuel. Proches de l’univers de son compatriote Wilfredo Lam, elles conjuguent diverses sources d’inspiration, précolombienne, africaine, cubiste. L’exposition se révèle également une première étape vers une carrière internationale, qui sera couronnée de succès et gratifiée de divers prix comme le prix Bill and Norma Copley, reçu en 1964 à New York. Appréciant tous les matériaux, Agustín Cárdenas qui travaille aussi bien la pierre, la céramique, le marbre, le bronze que le plâtre, fait de la sculpture un champ d’expériences infinies. Établissant en 1968 son atelier à Nogent-le-Rotrou, il façonne le bois en hautes colonnes effilées qu’il appelle Totems. En parallèle, d’autres créations, moins étirées, rappellent les formes féminines, tout en courbes et en arrondis lisses. Nous retrouvons cette veine érotique dans notre sculpture. Vivement ferraillée entre divers enchérisseurs, elle multipliait par huit ses espoirs pour être enlevée par un amateur enthousiaste.
Vichy, samedi 9 mai.
Vichy Enchères SVV.
K. F. Verfel, Buste de l’empereur Nicolas II de Russie, Saint-Pétersbourg, vers 1905-1908, bronze à patine verte, h. 65 cm.
Frais compris : 39 997 €.
Nicolas II de bronze
À 32 000 €, ce bronze dépassait son estimation et prenait la tête du palmarès d’une vente consacrée à l’art russe. Si son sujet, le dernier tsar de Russie, est identifié, son auteur ne l’est pas, la signature étant celle de la fonderie qui l’a, vers 1905-1908, coulé. C’est en 1842 que Karl Verfel a créé une société spécialisée dans la fonte du bronze et la taille de pierres provenant principalement de Sibérie. Le succès allait être au rendez-vous, celle-ci travaillant avec plusieurs grands noms de la joaillerie et de l’orfèvrerie russes, dont la maison Karl Fabergé, fondée la même année. En 1910, quatre-vingt-cinq personnes œuvraient dans ses ateliers et en 1914, Fabergé en prenait le contrôle. La qualité de la fonte de notre buste et sa patine, subtilement nuancée, plaident en faveur de la notoriété acquise par Verfel. Si en 1888, Rudyard Kipling publiait la nouvelle L’Homme qui voulut être roi, le sous-titre de la vie de Nicolas II pourrait être «l’homme qui ne voulut pas être tsar». Celui-ci aspirait davantage à une vie de famille, confortable et heureuse, plutôt qu’à la charge écrasante d’un autocrate à la tête d’un empire en proie aux troubles politiques et économiques de la fin du XIXe siècle et du début du XXe… avec l’issue que l’on connaît. Il fait un mariage d’amour plutôt que de renforcer l’alliance franco-russe en épousant, comme l’auraient souhaité ses parents, la fille de Philippe d’Orléans, Hélène. En 1894, il convole avec Alix de Hesse-Darmstadt, au grand contentement de son cousin, l’empereur Guillaume II. Un autre de ses cousins était également souverain, George V d’Angleterre. Leur ressemblance était frappante, au point que même des proches arrivaient à les confondre. Le costume et la décoration arborés par notre buste, comme son origine, permettent d’être certains d’avoir affaire au tsar, et non à son cousin britannique.
Mardi 19 mai, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Coutau-Bégarie SVV. M. Boulay.
Demeter Chiparus (1886-1947), Ayouta, statuette chryséléphantine, bronze à patine polychrome et ivoire, signé sur la terrasse, h. 47 cm.
Frais compris : 43 750 €.
Les paillettes d’Ayouta
Cette gracieuse statuette chryséléphantine était la star d’une vente à l’hôtel d’Ainay dédiée au XXe siècle. Avancée autour de 22 000 €, elle grimpait sur la plus haute marche du podium. Venant d’une collection lyonnaise, elle éclaire l’œuvre de Demeter Chiparus, artiste d’origine roumaine. Après avoir étudié la sculpture en Italie, il vient en France au début du XXe. Élève à l’École des beaux-arts, il fréquente les ateliers d’Antonin Mercié et de Jean Boucher. Primé en 1914 au Salon, il se spécialise rapidement dans la statuaire ornementale, alors très prisée du public. Des vases, des dessus de table, de charmants sujets de cheminée envahissent alors les intérieurs art déco en rivalisant de créativité. Après la Première Guerre mondiale, Chiparus se rend ainsi célèbre grâce à de petites figurines façonnées selon la technique chryséléphantine. Traduisant la frénésie des Années folles, elles font aussi référence au théâtre français, à l’Egypte antique, mais surtout aux Ballets russes, la fameuse compagnie fondée par Serge Diaghilev. Ses statuettes représentant des danseuses gagnent une grâce et une souplesse presque surnaturelles. Unissant rythmes et galipettes, les unes prennent des poses lascives, d’autres exhibent de superbes corps moulés dans des armures érotiques étonnantes. Elles se dressent aussi en acrobatie instable sur des jambes en extension. Quant à notre ravissante Ayouta, elle est figurée sur pointes et représentée en plein élan. Juchée sur un socle en onyx veiné, elle a été reproduite dans l’ouvrage d’Alberto Shayo, paru en 1993 aux éditions Abbeville. Le bon état de conservation, notamment le bleu éclatant de la jupe et la belle patine bien préservée, ont encore contribué à faire doubler ses espérances. Menant allègrement la danse des enchères, Ayouta était ainsi emportée par un collectionneur enthousiaste.
Lyon, jeudi 21 mai.
Conan Hôtel d’Ainay SVV. M. Roche.
Jean-Michel Folon (1934-2005), Fontaine aux oiseaux, 1994, bronze à patine vert nuancé, numéroté 1/8, cachet du fondeur Romain et fils, 178 x 180 x 130 cm.
Frais compris : 275 440 €.
Folon record
Pour beaucoup, le nom de Folon rappelle sa mélancolique cantilène pour hautbois et orchestre créée conjointement avec le compositeur Michel Colombier pour accompagner l’envolée de ses hommes bleus, qui illustraient l’ouverture et la fermeture des programmes d’Antenne 2. Et oui, il fut un temps où la télévision savait être poétique… Une dimension que l’on retrouve dans cette épreuve en bronze de sa Fontaine aux oiseaux, ayant appartenu à Roger Vergé, grand chef de cuisine qui a fait du Moulin de Mougins l’une des tables les plus réputées de France. En enregistrant 220 000 €, elle marque un record mondial pour le créateur (source : Artnet). Imaginé en 1994, l’homme de notre fontaine abreuve d’un filet d’eau un oiseau posé sur sa main, l’onde retombant ensuite à ses pieds, où d’autres volatiles s’ébrouent. Les personnages en chapeau et manteau de l’artiste évoquent la solitude de l’homme moderne, un urbain qui, pour s’évader de son quotidien, se rêve oiseau. Ils errent à travers des paysages déserts ou dans des villes, dont l’immensité glacée rappelle les peintures métaphysiques de Giorgio De Chirico. Ayant entamé des études d’architecture, vite abandonnées, Folon s’installe en 1955 dans un pavillon de jardinier à Bougival. Bon dessinateur, il devient illustrateur, étant d’abord publié aux États-Unis. Il conçoit ensuite des livres, grave, peint, sculpte et réalise même des courts métrages. La musique l’intéresse aussi, et c’est le concerto pour hautbois et cordes en ré mineur d’Alessandro Marcello, composé au début des années 1700 mais plus connu par une transcription pour clavecin de Bach, qui lui inspire le générique d’Antenne 2. L’univers poétique singulier de ce touche-à-tout est à découvrir aux enchères, mais également dans sa fondation, située dans la ferme du château de La Hulpe, dans le domaine Solvay, près de Bruxelles (fondationfolon.be).
Mercredi 27 mai, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Kohn Marc-Arthur SVV.
Mahmoud Mokhtar (1891-1934), Au bord du Nil, bronze patiné, signé, pastille de la fonderie Susse, 119 x 27 x 29 cm (détail).
Frais compris : 430 500 €.
Une Égyptienne au pinacle
Depuis quelques années, la cote de Mahmoud Mokhtar, considéré comme le père de la sculpture moderne égyptienne, inscrit d’importantes enchères à six chiffres. Et cette magnifique statue, espérée autour de 170 000 €, était ainsi portée au pinacle d’une vacation caladoise. Originaire de Tanbara, un petit village proche d’El-Mahalla, au cœur du delta du Nil, Mahmoud Mokhtar étudie à l’École des beaux-arts du Caire, alors dirigée par Guillaume Laplagne, un sculpteur français. Artiste doué, il est gratifié d’une bourse et part achever sa formation à Paris. Bon portraitiste, le jeune homme fait preuve dans ses belles effigies d’une empathie réelle pour le modèle. Mahmoud Mokhtar réalise aussi également des œuvres de facture classique, qui se distinguent par une veine réaliste alliée à un naturalisme gracieux. Opérant un lien entre les civilisations égyptienne et européenne, il s’inspire du célèbre opéra de Giuseppe Verdi pour sculpter Aïda, en 1916, une première œuvre exposée au Salon de Paris. Sept ans plus tard, il y présente La Renaissance égyptienne, que l’on peut voir aujourd’hui devant le zoo de Gizeh. Recevant les louanges de la critique, elle lui vaut une médaille d’or. L’artiste partage ensuite son temps entre l’Europe et son pays natal. Ce dernier le lui a d’ailleurs bien rendu, puisque le sculpteur bénéficie aujourd’hui d’un musée au Caire, situé dans le jardin d’Al-Horreya de Gezirah. Exposant régulièrement à Paris, Mahmoud Mokhtar propose, en 1930, une quarantaine de statues à la galerie Bernheim Jeune. Outre la Fiancée du Nil, acquise par l’État français, s’y trouvait une version en pierre de notre statue. Déclinée ensuite en bronze, elle appartient à une série tirée seulement à six exemplaires avant d’être produite en dimensions plus petites. Restée dans la descendance d’une famille lyonnaise, elle doublait largement ses attentes en étant adjugée à un amateur du Moyen-Orient.
Villefranche-sur-Saône, samedi 30 mai.
Guillaumot - Richard SVV.
Époque Louis XIV. Tête de Méduse, plomb doré, 33 x 28,5 cm.
Frais compris : 90 400 €.
Plomb doré
Cette tête de Méduse provoquait un courroux d’enchères, son adjudication sifflant à hauteur de 70 000 €, d’après une estimation haute de 6 000. Tout ce qui brille n’est pas or, sa patine revêtant un matériau qui n’a pas la noblesse du bronze mais s’avère beaucoup plus rare, le plomb. Peu de fontes du XVIIe siècle réalisées dans ce métal sont en effet parvenues jusqu’à nous. Elle a été façonnée sous les bons auspices du règne de Louis XIV, dont le symbole darde des rayons de soleil plutôt que des serpents. L’engouement suscité récompense le ciseau du fondeur ayant créé avec maestria la chevelure de notre gorgone, grouillante de caducées et d’où émergent deux ailes, une sauvagerie qui contraste heureusement avec le faciès classique de Méduse. Dans la notice du catalogue, l’expert Alexandre Lacroix explique que peu d’artisans au XVIIe siècle sont capables d’une telle maîtrise technique. Et de rapprocher notre œuvre du travail des frères fondeurs Jean-Jacques (1635-1700) et Balthazar (1638-1702) Keller.
Originaires d’une famille d’orfèvres zurichois, ils sont engagés par Colbert comme fondeurs de canons, faisant passer cette industrie du stade artisanal à celui de production nationale de masse, grâce à la conception en 1669 de la fonderie de Douai. En 1670, Louvois recrute Balthazar pour fondre des pots en bronze, destinés à l’une de ses propriétés, puis en 1683 pour couler l’ensemble des bronzes du parc du château de Versailles, l’Arsenal ayant été reconverti en fonderie d’art sous la direction de Girardon. Ce dernier confie en 1691 à Balthazar la fonte de sa statue équestre du souverain, la première en France à être réalisée d’un seul jet. De l’artillerie à la sculpture, les frères Keller ont profondément modifié l’art de la fonte dans notre pays.
Mercredi 17 juin, Espace Tajan.
Tajan SVV. M. Lacroix.
Jean-François Gambino (né en 1966), Puma, 2012, sculpture en bronze à patine nuancée à dominante mordorée, signée, 80 x 130 cm.
Frais compris : 35 000 €.
Redoutable puma
Durant l’entre-deux-guerres, les sculpteurs Paul Jouve et Édouard-Marcel Sandoz réalisent un fabuleux bestiaire exotique. Très appréciés des amateurs, ils inspirent de grands joailliers comme Cartier. Sous l’impulsion de Jeanne Toussaint, nommée en 1933 directrice artistique, cette maison crée aussi des bijoux fascinants, à l’image d’une ravissante broche-pince panthère qu’elle exécuta spécialement pour la duchesse de Windsor. Jean-François Gambino, excellent dessinateur, entre ainsi chez Cartier, place Vendôme, où il s’initie durant dix ans à l’art de la joaillerie. S’intéressant particulièrement à la bijouterie animalière, il décide en 1997 d’étudier la sculpture auprès de Chantal Adam. Formé aux pratiques du modelage et de la terre cuite, il choisit, six ans plus tard, de devenir sculpteur animalier, car il aime la «diversité» de l’univers animal ainsi que «l’exceptionnelle richesse de ses formes». Il donne rapidement vie à un zoo spectaculaire, dominé par les animaux sauvages. Immortalisant la variété de leur comportement, il sait restituer une attitude passagère sans trahir leur nature profonde. Plus spécialement attaché aux félins, il traduit immédiatement leurs diverses expressions, qu’il reproduit avec une grande vigueur et un sens réel de la vérité : il transcrit par exemple les attitudes nerveuses et tendues des fauves, à l’image de ce puma. Provenant d’un tirage à huit exemplaires, le bronze est numéroté 5. Conciliant sens du pittoresque et observation naturaliste, il traduit bien le comportement de l’animal ; venant de repérer sa proie, il s’apprête à bondir après une course rapide. Avec de tels caractères, on comprend mieux les passions qu’il a déclenchées pour être apprivoisé bien au-delà des estimations hautes.
Moulineaux, dimanche 5 juillet.
Artime Enchères SVV.
Bernar Venet (né en 1941), Deux lignes indéterminées, sculpture en acier, 38 x 48 x 38 cm.
Frais compris : 52 710 €.
lignes d’acier
Deux artistes de la seconde moitié du XXe remportaient la palme des enchères lors de ce rendez-vous prestigieux au Grand Hyatt Cannes Hôtel Martinez. Chu Teh-chun, dont l’art se place dans un double héritage oriental et occidental, arrivait en tête avec Sans titre n° 32, 1985, une gouache et aquarelle. Doublant les estimations, elle était adjugée 96 635 € frais compris. Elle était poursuivie par cette sculpture présentée sur son socle d’origine. Provenant d’une collection régionale, elle a été certifiée en 2003 par son auteur, Bernar Venet. Après Jeff Koons et Haruki Murakami, il avait investi en 2011 le château de Versailles : une belle reconnaissance pour un artiste conceptuel de la première heure. Originaire de Château-Arnoux-Saint-Auban, un bourg des Alpes de Haute-Provence, il réalise d’abord des tableaux monochromes adoptant une manière gestuelle. Il les exécute au goudron avec un pistolet à peinture industrielle car «le noir est le rejet du goût de la communication facile». Venet réalise ensuite des sculptures façonnées en carton recouvert de peinture, sortes de grands reliefs qu’il dispose sur des murs. Cherchant à mener l’abstraction à son point ultime, il rejoint en 1966 Arman aux États-Unis. Installé un temps à New York, il rencontre les acteurs de l’art minimal : Donald Judd, Car André, Sol LeWitt … À son retour en France, il s’oriente dorénavant vers un art conceptuel se référant à un langage aux fonctions physiques, astrophysiques, mathématiques … Le plasticien le traduit dans l’espace à partir de 1984 dans des œuvres le plus souvent monumentales. Celles-ci, «faites d’un matériau réel dans un espace réel», expriment un lien tellurique entre le ciel et la terre. Devenant un champ d’expérience sans cesse renouvelées, elles prennent la forme de lignes droites, d’obliques ou de courbes. Elles manifestent un intérêt particulier pour le hasard et la prédictibilité à l’instar de cette sculpture.  Bernar Venet  considère cette pièce unique comme l’une des plus belles réalisées dans ces formats.
Cannes, samedi 15 août.
Besch Cannes Auction SVV.


 
François Pompon (1855-1933), Hippopotame, statuette en bronze, cire perdue de Valsuani, l. 21,5 cm.
Frais compris : 61 455 €.
Colossal hippopotame
Lors de ce rendez-vous bourguignon, la statuaire du XXe siècle était dominée par cet impressionnant mammifère, dont le corps massif épouse la forme d’un tonneau. Attendu autour de 10 000 €, il était l’objet d’une rixe d’enchères entre le commerce international, des collectionneurs français et des amateurs étrangers. À 40 000 € étaient encore aux prises quatre enchérisseurs. Bien débattu entre le live, la salle et le téléphone, il était finalement apprivoisé au sextuple des estimations. Œuvre de François Pompon, il révèle tout le talent du sculpteur né à Saulieu, au cœur du pays Auxois-Morvan. Il a travaillé notamment avec plusieurs sculpteurs tels Auguste Rodin et Camille Claudel, mais il s’en distingue toutefois, préférant aux figures humaines les représentations zoomorphes. Familier à Paris du Jardin des Plantes, il saisit l’immédiateté des expressions des animaux qu’il traite avec vigueur et avec un sens aigu de la réalité. Travaillant «la sculpture sans trou, ni ombre», Pompon obtient en fin connaisseur de l’anatomie des bêtes son premier succès public à 67 ans à la faveur de L’Ours blanc exposé en 1922 au Salon d’automne. La même année, il présente aussi un Hippopotame en bronze, dont le plâtre, daté 1918, est aujourd’hui conservé au Muséum national d’Histoire naturelle. Notre modèle porte la signature de l’artiste sur la patte postérieure droite. Les formes lisses, dépouillées et dépourvues de tout détail préfigurent certains traits de la sculpture moderne. Assis sur ses pattes arrière, l’hippopotame ouvre grand la bouche afin de se montrer le plus imposant et le plus redoutable possible. C’est grâce à sa mâchoire énorme et impressionnante, aux crocs terrifiants qu’il combat ses adversaires jusqu’à la mort.
Joigny, dimanche 30 août.
Joigny Enchères - Joigny Estimations SVV.
Agathon Léonard (1841-1923), Danseuse à l’écharpe, pied gauche levé, sculpture servant de lampe, cachet du fondeur Susse Frères, h. 59 cm.
Frais compris : 55 383 €.
Danse éclairée
En 1900, le «Jeu de l’écharpe», que présente la manufacture nationale de Sèvres à l’Exposition universelle de Paris, rend aussitôt célèbre son auteur, Léonard Van der Weydeveld, dit Agathon Léonard. Le sculpteur passionné par l’art cinétique éprouve une réelle fascination pour les prestations chorégraphiques de Loïe Fuller. Vêtue de robes amples articulées par des baguettes, elle crée des danses surprenantes. Les jeux de voiles qu’illuminent des projecteurs électriques aux couleurs changeantes dessinent sur scène des arabesques spectaculaires. Les effets de lumière, vite admirés des esthètes, ont pour nom «danse serpentine», «danse violette», «danse papillon». Soulevant l’ardeur et l’excitation du public, cette Américaine devient à la fin du XIXe l’icône des artistes symbolistes. Agathon Léonard s’inspire de ces danses si novatrices et sculpte donc une série de dix statuettes. Appelée «Jeu de l’écharpe», elle symbolise bien les sinuosités, les ondulations de l’art nouveau. Reflets d’une femme fragile, pâle, toute vêtue de blanc et à la silhouette gracieuse, elles incarnent également l’idéal féminin d’alors. Réalisées en terre cuite, les statuettes devaient embellir un foyer de danse. Chacune d’elles transcrit un accessoire et une attitude différente. Exposées en 1897, elles connaissent un succès tel qu’elles sont éditées en biscuit à la manufacture de Sèvres. En 1901, le président Loubet en offre d’ailleurs un exemplaire au couple impérial russe, reçu en visite officielle. La fonderie Susse les diffuse encore en bronze, à l’instar de cette pétulante figurine servant de lampe. Présentant une belle qualité de dorure, elle est équipée pour l’électricité, l’écharpe cachant l’ampoule. Très sollicitée du public, présent en salle, au téléphone et en live, elle était enlevée par un amateur enthousiaste au double de ses attentes.
Pau, samedi 26 septembre.
Gestas - Carrere Enchères de Bourbon SVV.


 
Demeter Chiparus (1886 -1947), Fancy Dress ou Bal costumé, statuette chryséléphantine, h. 40,8 cm, socle : 8,29 x 26 cm.
Frais compris : 43 852 €.
Chiparus mène le bal
Au début du XXe siècle, la mode se fait plus théâtrale que jamais. Des couturiers présentent dans leurs hôtels particuliers des bals costumés, enjolivés de mises en scène et de tableaux vivants. Paul Poiret organise ainsi des fêtes spectaculaires à l’exemple de la fameuse Mille et deuxième nuit, qui lui vaut le surnom de «Poiret le Magnifique». Au sortir de la Première Guerre mondiale, une frénésie de distractions fait que les bals costumés se multiplient. Hors du commun, ils sont la quintessence d’une époque. Extraordinaires, ils invitent au dépaysement dans l’espace et également dans un passé rêvé, idéalisé comme l’illustre ce groupe chryséléphantin. En revêtant les habits de Pierrot, le jeune homme semble tout droit surgi d’un tableau de Watteau, tandis que sa partenaire apparaît comme une héroïne travestie à l’orientale, faisant référence à un conte persan ou aux Ballets russes. Provenant d’une succession régionale, il est référencé dans Chiparus, un sculpteur art déco, d’Alberto Shayo. Après avoir fréquenté les ateliers d’Antonin Mercié et de Jean Boucher, cet artiste d’origine roumaine se spécialise vite dans la statuaire ornementale. Réalisée selon la technique chryséléphantine, elle connaît un vif succès auprès des amateurs. Ce charmant couple de danseurs d’une fonte ancienne de chez Etling a été sculpté en bronze patiné vert et noir. Juché sur son socle d’origine façonné en onyx en découpe à gradins, il menait allégrement la danse des enchères. Au final, il était acquis bien au-delà de la fourchette haute des estimations en dépit de quelques fêles et des éclats. En cadence…
Amiens, samedi 3 octobre.
Arcadia SVV.
Charles Malfray (1887-1940), Femme assise aux bras levés, 1919, épreuve d’artiste en bronze, fonte à la cire perdue d’Attilio Valsuani, 50 x 19 x 19 cm.
Frais compris : 18 750 €.
Malfray dynamique
Dans une vente consacrée aux œuvres et aux dessins de sculpteurs, la cote de Charles Malfray prenait un sérieux coup de fouet. Attendu autour de 4 000 €, le bronze reproduit, une épreuve d’artiste d’un sujet créé en 1919, montait à 15 000 €. Il s’agit d’un record mondial pour l’artiste (source : Artnet). Le précédent, 11 306 € frais compris, revenait à l’une des huit épreuves en bronze de son Nu debout à la draperie (h.42 cm) le 3 novembre 2009 chez Artcurial. Le millésime 2015 signe une véritable résurgence de l’œuvre de Malfray sur la scène des enchères, notamment grâce à la vente de la collection Simé et Jean Jansem le 30 juin dernier chez Kahn-Dumousset à Drouot. Dans notre vacation, d’autres résultats étaient prononcés notamment sur un bronze et des plâtres du Printemps, un sujet allégorique commandé en 1936 par l’État pour le foyer du théâtre du Trocadéro. 6 000 € culminaient sur un grand (h. 130 cm) plâtre d’atelier, 2 300 € allant à un autre plus petit (45,5 cm) et 4 000 € à l’une des huit épreuves éditées en bronze, fondues par Émile Godard (h. 44 cm). Par ailleurs, 5 500 € récompensaient l’une des huit épreuves en bronze par Attilo Valsuani de La Source du Taurion (l. 49 cm), autre commande d’État passée en 1938 par le directeur général des Beaux-Arts pour un jardin public de la ville de Limoges. Concernant les dessins de Malfray, 850 € plafonnaient sur une encre et lavis, Nu féminin à la draperie (26,5 x 19,5 cm). Fils d’un tailleur de pierre, l’artiste a suivi un enseignement classique aux beaux-arts d’Orléans, puis à ceux de Paris, ainsi qu’à l’École supérieure des arts décoratifs. Dans les années 1900, il rejette rapidement le modèle académique, côtoyant la bohème montmartroise et étudiant les œuvres de Rodin et Bourdelle. Gazé à Verdun, il restera d’une santé fragile. Les monuments aux morts qu’il réalise avec son frère architecte sont critiqués par les tenants d’un certain ordre. Quasi ruiné, notre sculpteur manque d’abandonner sa carrière, mais en 1931, grâce à Maillol, devient professeur à l’académie Ranson. Il recevra ensuite des commandes officielles avec l’appui de Jean Zay, ministre de l’Éducation, avant de mourir subitement en 1940.
Vendredi 9 octobre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. M. Lacroix.
Pierre Szekely (1923-2001), Portrait psycho-spirituel du photographe Édouard Boubat en 1966, taille directe en pierre et éléments divers. 134 x 24 x 26 cm.
Frais compris : 44 200 €.
Collection Boubat
Intitulée «Les trésors cachés d’Édouard Boubat», cette vente rendait aussi bien hommage à l’artiste qu’au collectionneur qu’était le célèbre photographe. La plus haute enchère, 34 000 €, s’incrustait sur la taille directe de Pierre Szekely reproduite, Portrait psycho-spirituel du photographe Édouard Boubat en 1966. Le père du designer Martin Szekely est un pionnier de la synthèse des arts, comme en témoigne son palmarès d’enchères. Notre sculpture fait quasiment jeu égal avec un vase-sculpture réalisé entre 1948 et 1957 en collaboration avec sa femme Véra, adjugé 35 000 € le 12 décembre 2006 à Drouot, chez Emmanuel Farrando et Guillaume Lemoine. Il s’agit du record mondial de l’artiste (source : Artnet). À 17 000 €, l’estimation était quasiment décuplée pour un tirage gélatino-argentique vers 1980 du Gitan au cheval, Roumanie, 1968 (35 x 54 cm) de Josef Koudelka. À 7 000 €, les pronostics étaient balayés pour un tirage gélatino-argentique du Jardin (29 x 50 cm) de Jean Larivière. 6 000 €, d’après une estimation haute de 2 000, marquaient un tirage gélatino-argentique d’époque par l’auteur, Mario Giacomelli, d’un Extrait de la série «Storie della Terra», vers 1970 (39 x 29 cm), montrant une vue aérienne d’une exploitation agricole. Parmi les œuvres de Boubat, 8 500 € culminaient sur les quinze tirages gélatino-argentiques réalisés par Philippe Salaün pour l’un des cent exemplaires du portfolio Ypérion, 1981, l’une des sept épreuves d’artiste. Les textes de cet ouvrage sont signés de Robert Doisneau. Pour une photographie vendue seule, le sommet était atteint à 3 800 € par un tirage gélatino-argentique vers 1970 de Première neige au Luxembourg, 1955 (38 x 56 cm). Le tirage couleurs Fresson d’époque de Madras, 1971 (43 x 64 cm), dont un détail illustrait le Coup de cœur cité, enregistrait pour sa part 2 200 €. En revanche, le tirage gélatino-argentique de 1950 par Boubat lui-même de Lella de face, 1949, également reproduit, ne trouvait pas preneur.
Vendredi 16 octobre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) SVV. Mmes Gaillard, Sevestre-Barbé, MM. de Louvencourt, di Sciullo.
César Baldaccini, dit César (1921-1998), Ginette, 1958-1998, bronze à patine noir nuancé, numéroté 3/8, Bocquel fondeur, h. 130 cm.
Frais compris : 250 400 €.
© SBJ/ADAGP, Paris 2015
La Ginette de César
Qui dit César dit nouveau réalisme, et qui dit nouveau réalisme dit Pierre Restany… Le célèbre critique et théoricien était cette semaine présent à plus d’un titre sur la scène des enchères, sa collection étant dispersée samedi et dimanche à Drouot. Il intervient également dans une autre vente, où figurait cette épreuve fondue par Bocquel de la Ginette de César, adjugée 200 000 €, soit le plus haut prix recueilli pour le sujet (source : Artnet). Notre exemplaire en bat un autre du même tirage numéroté sur 8, adjugé 126 750 € frais compris le 8 décembre 2011 chez Sotheby’s à Paris. Après les chiffres, retrouvons Restany auteur d’un livre sur l’artiste publié en 1988 aux éditions de la Différence. «César va-t-il s’endormir sur ses lauriers tout au long du parcours de la gloire ?» s’interroge-t-il. «On peut le croire entre 1977 et 1979 quand ses marchands se mettent à surmouler ses premiers fers soudés pour les couler en bronze, avec son plein accord et sa parfaite indifférence». On l’imagine, le bouillonnant plasticien n’est pas du genre à se contenter de cette simple procédure. «Il tourne en rond dans l’atelier, jusqu’au moment où il n’y tient plus. Il prend le moulage de Ginette, il se met à l’œuvre», explique le critique. Ginette va faire les frais d’un enrichissement formel qui va déterminer la démarche de l’artiste pour ses bronzes : «Il se met à réinventer ses propres sculptures en retravaillant les vieilles pièces moulées en plâtre et passées à l’agrandisseur d’Haligon. Il refait la cueillette des objets de rebut et il s’entoure d’un stock prévisionnel en vue des ajouts en bronze qu’il incorporera à la fonte», détaille Restany. Et l’auteur de conclure : «Grâce à ce travail, ces bronzes soudés, ainsi corrigés, agrandis et enrichis, n’ont souvent qu’une lointaine parenté avec le fer original. Ce sont des César, plus César que jamais !» Ginette nous le prouve, enchères à l’appui !
Mercredi 21 octobre, Hôtel Le Bristol.
Kohn Marc-Arthur SVV.
Auguste Rodin (1840-1917), Le Baiser, quatrième réduction ou petit modèle, bronze à patine brun-noir, signé « Rodin » avec la marque
« F. Barbedienne, fondeuR » et les lettres « VL » et « V », 25,3 x 15,7 x 16,4 cm.
Frais compris : 256 200 €.
Bons baisers de Rodin
Enthousiasmant bien des cœurs, ce Baiser remportait tous les suffrages et brillait au zénith d’une vente phocéenne. Provenant d’une collection particulière, il sera inclus dans le catalogue du sculpteur, actuellement en préparation par le comité Rodin sous la direction de Jérôme Le Blay. Image sublime d’une grande histoire d’amour, il soulevait la passion du négoce international ainsi que des particuliers en salle et en live. Le groupe, conçu à l’origine pour La Porte de l’Enfer, rappelle effectivement le baiser fatal que donna, selon la légende, Paolo Malatesta à Francesca da Rimini ou da Polenta (voir Gazette n° 37, page 129). Il devait figurer en bas du vantail gauche, mais Auguste Rodin décide finalement de l’en écarter, l’estimant trop éloigné de la thématique. Le Baiser, d’une force expressionniste puissante, présenté à Paris et à Bruxelles en 1887, va toutefois connaître un succès phénoménal. Avec bonheur, Auguste Rodin saisit l’élan amoureux d’un couple dont l’épanchement unit à la perfection pureté et naturel. Empreint d’une grande tendresse, il se nourrit également de la passion ardente d’Auguste Rodin envers Camille Claudel, de quelque vingt ans sa cadette. Dépassant l’anecdote, l’artiste tend vers un archétype transcrivant l’étreinte amoureuse d’amants liés à jamais. Le groupe, exposé au Salon des artistes français en 1898, est aussitôt plébiscité pour la puissance de sa sensibilité et l’agencement savant de ses formes. La maison Leblanc-Barbedienne en produit plusieurs éditions, proposées en quatre réductions différentes. Notre bronze, appartenant à la plus petite taille, a été réalisé en décembre 1909 et porte les lettres «VL» et «V». Fondu du vivant du sculpteur, il s’habille d’une patine superbe, dégageant une beauté à la fois limpide et troublante. Après un tournoi d’enchères fort animé, ce Baiser était acquis par un acheteur étranger bien au-delà des estimations hautes indiquées autour de 200 000 €.
Marseille, samedi 31 octobre.
Hôtel des ventes Méditerranée Marseille SVV.
Germaine Richier (1902-1959), La Sauterelle, grande, 1955-1956, épreuve en bronze à patine foncée, numérotée HC3, fonderie de la Plaine, 2013, 137 x 99 x 176 cm.
Frais compris : 225 320 €.
Richier sous tension
Dans la vente judiciaire de cinq fontes à la cire perdue de sculptures de Germaine Richier, réalisées par la fonderie de la Plaine en 2013, la plus haute enchère, 200 000 €, revenait à cette grande version de La Sauterelle. Cette figure prête à bondir faisait la couverture de la Gazette n° 36. Rappelons que c’est à l’issue d’une intense période de remise en question que l’artiste crée, en 1944, le plâtre original de cette œuvre, fondue d’emblée en deux dimensions, dites «petite» et «moyenne». Il faudra attendre les années 1955-1956 pour voire apparaître la «grande» version. Dans la préface du catalogue de la vente, Camille Lévêque-Claudet, commissaire de l’exposition «Giacometti, Marini, Richier. La Figure tourmentée», organisée au musée cantonal des beaux-arts de Lausanne au début de l’année 2014, écrit : «Les atrocités de la Seconde Guerre mondiale, le recours à la bombe atomique et l’effondrement des valeurs humanistes s’imposent comme un révélateur pour Richier. Après l’expérience bouleversante de la guerre, reconsidérer la vision de l’homme s’impose». Cette transformation est aussi à l’œuvre chez Alberto Giacometti, qui, comme elle, est passé par l’atelier d’Antoine Bourdelle. C’est d’ailleurs là qu’elle rencontre son mari, le sculpteur suisse Otto Bänninger, metteur en place et praticien chez Bourdelle. En septembre 1939, le couple s’installe à Zurich, où Germaine va, entre autres artistes, retrouver Giacometti. Réalisé en 1940, année de capitulation de la France, Le Crapaud marque sa première incursion dans la représentation du monde animal. Créature hybride, notre Sauterelle est le fruit de l’abandon par l’artiste de la leçon classique. Dès 1934, elle délaisse le contrapposto et comme elle le dit elle-même, «fait mentir le compas», afin d’«éviter de faire les choses telles qu’elles sont. C’était une possibilité pour être créative et pour avoir ma propre géométrie». Une œuvre sous tension.
Mardi 3 novembre, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Mes Morand. M. Schoeller.
Attribuée à Demeter H. Chiparus (1886-1947), Civa, sculpture chryséléphantine en ivoire et bronze patiné polychrome et argenté, socle éclairant en onyx, non signée, frappée « 5 » à l’extérieur et gravée « 5 » sous le socle, h. totale 53 cm.
Frais compris : 80 000 €.
Civa la Parisienne
Malgré une main accidentée et l’absence de signature, cette çiva attribuée à Chiparus était bataillée jusqu’à plus de six fois son estimation. Inutile de chercher dans cette statuette les attributs de la divinité de l’hindouisme, traditionnellement reconnaissable à son troisième œil et volontiers accompagnée de sa monture, le taureau Nandin. La métamorphose est totale sous l’imagination fertile d’un sculpteur des Années folles… La version destructrice du dieu est balayée au profit de son aspect bénéfique, qui prend ici des traits résolument féminins. Chiparus n’est-il pas le sculpteur des femmes, sortant alors de l’ancien carcan imposé par la société ? À l’heure des Ballets russes, les spectacles de music-hall ouvrent en outre une large porte à l’exotisme, revêtant le corps élancé des danseuses de parures plus osées les unes que les autres et pliant les membres à de nouvelles chorégraphies, venues d’Orient. En digne spectateur, Chiparus observe postures et costumes, avant de faire poser sa femme ou des modèles de l’académie de la Grande-Chaumière. Ses modelages seront édités dans une version chryséléphantine, plus à même de traduire l’ambiance de luxe et de fantaisie régnant alors à Paris. Plusieurs socles sont connus pour notre effigie destinée à des amateurs fortunés. Dans un souci constant de tirer le meilleur parti de matériaux sélectionnés pour leur aspect précieux et chatoyant, Chiparus opte ici pour des plaques d’onyx éclairées de l’intérieur. Rien de tel pour mettre en valeur cette variété d’agate choisie pour ses qualités translucides, composée de couches concentriques déclinant des nuances colorées allant du blanc au taupe. L’artiste est allé encore plus loin dans d’autres versions, érigeant de véritables temples de pierres autour de Çiva. Là encore, la lumière a son rôle à jouer, tombant comme une clarté divine depuis un dôme protégeant la belle Hindouiste.
Samedi 21 novembre, Le Chesnay.
Le Chesnay Enchères - SAS Rey & Guinot SVV. Cabinet Marcilhac F.
César Baldaccini, dit César (1921-1998), Compression de couverts en métal argenté, 29 x 15,5 x 15,5 cm.
Frais compris : 51 480 €.

© SBJ/ADAGP, Paris 2015
Collection Odette et Lino Ventura
Odette, l’épouse de Lino Ventura, avait choisi de finir ses jours dans leur propriété de Baracé, en Anjou. La maison reflétait le goût du couple pour les ambiances confortables, parsemée d’œuvres de leurs amis. Le témoin le plus éloquent de cette cohabitation était indubitablement la compression de César reproduite, qui faisait plus que doubler les prévisions. Rappelons qu’elle fut exécutée spécialement pour l’acteur, César connaissant son goût pour les bons petits plats, Lino ayant pour sa part souligné les talents de cuisinier du sculpteur, en 1977, lors de la cérémonie des Césars… L’écrin de bijoux d’Odette contenait de son côté le lot le plus convoité, une broche créée vers 1925 par Georges Fouquet, en or gris et platine, à décor géométrique en onyx, corail et diamants de taille ancienne. Estimée pas plus de 8 000 €, elle en nécessitait bien davantage, 82 000. 21 000 € étincelaient par ailleurs sur un diamant rond de taille brillant ornant, entre quatre petits diamants, une bague en platine. Miró enregistrait pour sa part 16 000 € grâce à la dédicace, à «Monsieur et Madame Lino Ventura», illustrée d’une composition aux crayons de couleur datée du 3 juillet 1975, portée sur une page de garde de l’ouvrage Miró sculptures (Maeght, 1973), d’Alain Jouffroy et Joan Teixidor. Une paire de tables basses vers 1970 en inox, aux plateaux (60 x 60 cm) incrustés chacun de trois tranches de cristaux métallisés, était poussée à 13 000 €, d’après une estimation de quelques centaines. Plus attendue, et plus classique, une paire de bergères d’époque Louis XVI, estampillée de Claude Senée, captait 14 000 €. À dossier plat rectangulaire, elles sont en hêtre doré, les pieds cannelés étant rudentés. Présenté hors catalogue, un rostre de narval (l. 266 cm) fusait à 30 000 €. Terminons en signalant les 15 500 € d’un coupé Mercedes-Benz 500 SEC de 1982, affichant un peu plus de 225 000 km au compteur. Vêtue d’une carrosserie marron, cette automobile possède un intérieur en cuir beige, son V8 étant servi par une boîte automatique.
Lundi 23, salle 1-7, et mardi 24 novembre, salle 12 - Drouot-Richelieu. Me Le Floc’h. Mme Collignon, MM. Auguier, de Clouet, Combrexelle, Kassapian, cabinets Authenticité, Perazzone - Brun, Serret - Portier, Turquin.
Germaine Richier (1904-1959), La Ville, 1951, sculpture en bronze à patine vert antique, susse fondeur, signée et numérotée 2/6, 133 x 62 x 60 cm.
Frais compris : 525 000 €.
Richier à l’essentiel
Cette sculpture étrange de Germaine Richier, exposée à la rétrospective de l’artiste organisée en 1996 à la Fondation Maeght, doublait ses espérances. Installée dès son plus jeune âge avec sa famille à Castelnau-le-Lez, Germaine étudie auprès de Jean-Louis Guigues, un sculpteur montpelliérain lui apprenant l’art de la taille directe. Montée ensuite à Paris, elle parachève son apprentissage auprès d’Antoine Bourdelle. Travaillant en toute indépendance, selon ses mots, à partir de 1929, elle fait de la figure l’objet principal de ses recherches. Avec Loretto, un bronze daté 1934, elle se livre à une première exploration des possibilités expressives du corps humain, pierre initiale d’un vocabulaire qui lui est propre. Germaine Richier va dès lors construire un territoire dans lequel s’épanouira toute son œuvre. Fouillant la matière, elle veut transcrire l’essence de l’homme. Abandonnant les surfaces lisses et les formes cernées, l’artiste travaille sur l’irrégularité de la matière. On croise l’Homme-Forêt, réalisé à partir d’une bûche et d’un assemblage de bois, de feuilles, de plâtre auquel la fonte au bronze apporte son intégrité. On rencontre aussi des êtres hybrides telles L’Araignée, La Mante, La Chauve-Souris, créée en 1946. Notre sculpture La Ville, façonnée cinq ans plus tard, rappelle l’art d’Alberto Giacometti. Avançant dans l’espace, elle apparaît en mouvement, tout entière basée sur le paradoxe qui s’en dégage, entre fragilité et puissance. Après un vif tournoi d’enchères, elle rejoint la collection d’un grand amateur français.
Cannes, dimanche 6 décembre.
Cannes Enchères SVV. M. Willer.


 
Portrait de Juba II, roi de Maurétanie (25 av-23 apr. J.-C.), marbre blanc, fin du Ier siècle av. J.-C., h. 34 cm.
Frais compris : 1 165 600 €.
 
Juba II, roi de Maurétanie
Le portrait de Juba II, roi de Maurétanie de 25 avant à 23 après Jésus-Christ, était finalement interdit de sortie du territoire et mis en instance de classement comme trésor national. Bien que de potentiels acquéreurs se soient fait connaître outre-Atlantique, il revenait donc à un Français de remporter la noble effigie de style hellénique annoncée au plus haut à 220 000 €, mais en définitive bataillée jusqu’à 940 000 €. Rappelons que ce marbre blanc de la fin du Ier siècle av. J.-C. (h. 34 cm avec le bouchon) est à rapprocher du modèle âgé, conservé par le musée du Louvre… Les succès de l’après-midi ne s’arrêtaient pas là, quatre daguerréotypes accompagnés de deux visionneurs, attendus autour de 150 €, étant propulsés jusqu’à 64 000 €. Le portrait de Napoléon III figurant parmi eux explique cet engouement. Les collections de la Bibliothèque nationale conservent en effet un Portrait de Napoléon III alors prince-président, une photographie sur papier salé d’après négatif sur papier ciré sec. Stoïquement assis, buste droit et tête haute, il regarde frontalement le spectateur. La pose est subtilement différente dans notre daguerréotype, le futur empereur tournant très légèrement la tête, son apparence demeurant néanmoins similaire en tous points. Malgré le cadrage plus serré, l’effigie en médaillon étant en buste, on perçoit l’exacte similitude de la coiffure et l’on reconnaît sans peine l’habit au large revers s’ouvrant sur une chemise éclatante, serrée par une cravate à l’étoffe brillante artistiquement nouée. Si notre cliché est anonyme, l’épreuve des collections nationales a été tirée par Gustave Le Gray en 1852, année s’achevant sur le coup d’État instaurant le second Empire. D’une grande majesté, ce portrait officiel fut largement diffusé pendant le règne impérial… Il n’en fallait pas moins pour que notre daguerréotype, unique à plus d’un titre, enflamme les enchères !
Dimanche 13 décembre, Sceaux.
Siboni SVV. M. Kunicki.
Rembrandt Bugatti (1884-1916), Rhinocéros de Java, épreuve en bronze patiné numérotée 1, portant le cachet « cire perdue A. A. Hébrard », signée et datée 1907, h. 27,5, l. 36 cm.
Frais compris : 673 920 €.
Bugatti numéro 1
Attendu autour de 250 000 €, ce Rhinocéros de Java de Rembrandt Bugatti fonçait à 540 000 €. Inédit sur le marché, il fut acheté lors de la 8e Exposition internationale d’art de la cité de Venise en 1909, comme l’attestent les factures ainsi que les documents d’origine – dont les lettres concernant la négociation de son prix, le catalogue de l’exposition et même les quittances de transport – qui l’accompagnent. Notre épreuve, numérotée 1, obtient le plus haut prix répertorié pour un rhinocéros de l’artiste (source : Artnet), occupant la 36e place du palmarès mondial de celui-ci. Les élégants félins et autres babouins de Bugatti ont davantage les faveurs des amateurs que notre mammifère, qui pourtant, au XVIe siècle, eut celles de Dürer, obtenant une célébrité paneuropéenne lors de sa réapparition au Portugal, après douze siècles d’absence sur le vieux continent. Autres temps, autres mœurs… Il faut en outre souligner que notre Rhinocéros de Java a reçu un tirage confidentiel. Dans son ouvrage monographique publié en 2009 aux éditions de l’Amateur, Véronique Fromanger indique que le grand modèle, le nôtre, n’est connu qu’en trois exemplaires, la réduction (h. 14 cm), toujours fondue par Hébrard, étant à ce jour répertoriée en sept spécimens. Quant au plâtre de l’animal, il est entré dans les collections du musée d’Orsay en 1981. Au cours des années 1905 à 1908, Bugatti a privilégié les sculptures individuelles plutôt que les groupes, modelant des félins et de grands mammifères. En août 1908, dans la revue L’Art vivant et les artistes, on pouvait lire : «Il a fait cette fois-ci massif, large, monumental (…) puissantes architectures vivantes qui donnent une impression de force et de grandeur, même réduites aux proportions de la statuaire». Notre placide herbivore en est la preuve.
Jeudi 10 décembre, salle 14-15 - Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés SVV. cabinet Maréchaux.
IItalie, Rome ?, XVIIe siècle. D’après Alessandro Algardi (1598-1654), suite de neuf bustes du Christ sauveur du monde et de saints, aux armes des comtes de Ventimiglia di Geraci, bronze patiné, marbre noir et marbre rouge, h. 29,5 à 31,5 cm sans les socles.
Frais compris : 187 800 €.
D’après Algardi
Cette suite de neuf bronzes italiens du XVIIe siècle de taille moyenne était créditée d’une enchère de 150 000 €. Ils ont été réalisés d’après des modèles du grand concurrent du Bernin, Alessandro Algardi, dit l’Algarde, pour le comte de Ventimiglia di Geraci, dont ils portent les armes. En 1985 paraissait, publié chez Yale University Press, l’ouvrage de référence de Jennifer Montagu sur ce sculpteur bolonais resté pour la postérité dans l’ombre de son brillant rival. L’historienne d’art britannique y évoque notamment la figure du Christ sauveur de notre série, qui à l’époque appartenait à la collection du docteur Arthur Mitchell Sackler (1913-1987) à New York. Ce bronze est à ses yeux le plus fidèle reflet du buste commandé à l’Algarde en 1639 pour Notre-Dame de La Valette à Malte, considérablement modifié au XIXe siècle. De même, elle signale que son visage est très proche de celui du Christ en croix en bronze dont la Frick Collection conserve un exemplaire. De son côté, la collection Brinsley Ford à Londres possède deux bustes d’apôtres en bronze doré, Saint Pierre et Saint Paul, donnés à l’atelier d’Algardi et affichant le même traitement nerveux de la chevelure, de la barbe ainsi que des drapés que nos épreuves. Les saints ici présents sont identifiés sur les piédouches : Joseph, André, Matthieu, Simon, Thomas, Jacques le Majeur, Jacques le Mineur et Philippe. De son vivant, notre sculpteur avait une réputation comparable à celle du Bernin, le pape Innocent X lui commandant en 1645 son chef-d’œuvre, un monumental tableau d’autel en haut relief pour Saint-Pierre de Rome représentant la Rencontre de Léon le Grand et d’Attila. Si son style n’a pas l’éloquence ni la puissance de celui du Bernin, il illustre au mieux la tendance classicisante de la sculpture italienne du XVIIe siècle, avec une sensibilité à la fois délicate et méditative. Sa formation bolonaise auprès de Ludovic Carrache explique en partie sa retenue, ayant très tôt été habitué à produire des petits formats en terre cuite et en bronze.
Lundi 7 décembre, Hôtel Le Bristol.
Kohn Marc-Arthur SVV.
Aubert Parent de Cambrai (1753-1835), haut-relief en tilleul finement sculpté, 1815, cadre du XIXe siècle en ronce de noyer, ébène et bronzes dorés, 41 x 21,5 cm.
Frais compris : 47 712 €.
Aubert Parent
Déjà estimé entre 10 000 et 15 000 €, ce petit haut-relief d’Aubert Parent portant la date de 1815 était poussé jusqu’à 37 000 €. Il s’agit d’un record français pour l’artiste et de son deuxième meilleur résultat mondial (source : Artnet). Il est totalement inédit sur le marché, étant vendu par des descendants du sculpteur. Cet artiste délicat, né à Cambrai, est un descendant du secrétaire d’État de Louis XI, Pierre Parent. Ses ouvrages sculptés, la plupart du temps dans des panneaux de tilleul, ont attiré l’attention dans les années 1770. Au point d’intéresser Louis XVI, dont il devient un protégé en 1777. À l’occasion de la cérémonie de commémoration du centenaire du siège de Valenciennes, il sculpte un bas-relief que le roi expose dans ses cabinets intérieurs à Versailles. La protection royale lui permet de recevoir de nombreuses commandes, et de voyager en Italie aux frais de la couronne entre 1784 et 1788. L’exemple de l’architecture classique qu’il y observe décide d’une nouvelle orientation professionnelle, qui explique que notre panneau porte sous l’entablement l’inscription à l’encre «1815 Aubert Parent de Cambrai fecit, architecte de plusieurs académies». En effet, la Révolution française l’oblige à fuir en Allemagne où, en 1797, il est reçu membre associé de l’Académie des arts de Berlin. Il conduira des fouilles en Suisse et en Allemagne, mènera des études sur des ruines romaines, et se consacrera à l’écriture. Il reviendra en France en 1813 pour enseigner l’architecture à l’Académie. Jusqu’à son décès, il collaborera à des projets architecturaux, sans délaisser la sculpture, comme le montre notre nature morte.
Vendredi 11 décembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Millon & Associés SVV.
Richard Serra (né en 1939), Sans titre, 1985, d’une édition à trois exemplaires, acier, 131 x 61 x 61 cm.
Frais compris : 375 900 €.
 
Équilibre d’acier
L’un des géants de la sculpture contemporaine, Richard Serra, recueillait 300 000 € avec cet exemplaire – sur trois – d’une composition imaginée en 1985. Ces feuilles d’acier, dressées sur leur tranche et calées les unes contre les autres, illustrent l’un des fondements de l’œuvre du sculpteur, la gravité. Ses pièces les plus monumentales, généralement réalisées en fonction de leur environnement, sont bien entendu les plus spectaculaires. L’équilibre des éléments qui les composent, lesquels peuvent peser plusieurs tonnes, ne dépend que de leur propre masse. Le séjour en France en 1965 du jeune Américain sera déterminant dans l’orientation de sa pratique artistique. Diplômé en Californie de littérature anglaise, il suit ensuite des études d’art à Yale, en 1961, où il suit les enseignements de Philip Guston, Robert Rauschenberg ou encore Frank Stella. Dans la capitale française, il observe avec la plus grande attention les œuvres de Giacometti et de Brancusi. Il poursuit son périple en Italie et, définitivement, décide d’être sculpteur. Sa première exposition aura d’ailleurs lieu à Rome, en 1966, à la galerie La Salita. L’acier, qu’il connaît pour avoir financé ses études en travaillant dans une aciérie, n’est pas encore utilisé. Jusqu’en 1970, il va choisir le caoutchouc ou le plomb liquide, qu’il projette sur les murs de son atelier, leur laissant déterminer leur forme. En 1969, One Ton Prop (House of Cards) marque un tournant dans sa carrière. Les quatre plaques de plomb (122 x 122 cm) qui la composent tiennent en équilibre par leur propre poids. Cette pièce sera suivie la même année de Stacked Steel Slabs, qui met en œuvre, comme l’indique son titre, des plaques d’acier posées les unes sur les autres. Cette matière sera désormais son médium de prédilection.
Jeudi 17 décembre, Atelier Richelieu.
Pierre Bergé & Associés SVV.
Auguste Rodin (1840-1917), Le Baiser, moyen modèle dit « taille de la Porte » avec base simplifiée, conçu en 1885, épreuve en bronze
à patine brune nuancée réalisée en 1927, Alexis Rudier fondeur, 85,2 x 52,4 x 54,5 cm.
Frais compris : 2 205 000 €.
Rodin magistral
Un produit total frais compris de 3 354 120 € et comme espéré, parmi les cinq œuvres d’Auguste Rodin provenant de la collection Jean de Ruaz – et restées depuis dans sa descendance –, c’est Le Baiser qui recueille la plus haute enchère. Le marteau a frappé à 1 750 000 €. La sculpture iconique obtient un record mondial pour une fonte posthume de l’artiste dans ces dimensions. Question d’importance puisqu’il s’agit de celles se rapprochant le plus de la taille du modèle original, conçu pour figurer sur La Porte de l’Enfer. Son acheteur est un collectionneur privé californien, qui récidivait sur le lot suivant et emportait ainsi également, à 550 000 €, L’Éternel Printemps. Toutes deux s’apprêtent donc à s’envoler pour les États-Unis. Parcours cohérent lorsque l’on se remémore l’amour des Américains pour Auguste Rodin, une passion ininterrompue depuis une première présentation en 1893, à la World’s Columbian Exposition de Chicago, et écrite tout au long du XXe siècle. En 1915, grâce à son amie la danseuse Loïe Fuller, le maître français bénéficie d’une exposition à San Francisco. Puis en 1929, un musée Rodin, créé par un collectionneur, est inauguré à Philadelphie. L’histoire est un éternel recommencement… Ce sont les critiques qui avaient baptisé du nom de Baiser le couple enlacé, uni pour l’éternité dans son étreinte amoureuse, lors de sa première présentation au public, en 1887. Il supplanta définitivement celui initial de Paolo et Francesca. Ce groupe symbolisant un état de pur bonheur fut finalement retiré de la Porte, dont les tourments étaient le thème central. Cela ne lui a pas attiré de malédiction, tout au contraire, et au vu de ce beau résultat, l’extase perdure !
Mardi 16 février, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. Cabinet Brame et Lorenceau.
Armand Point, La Princesse à la licorne, marbre blanc, bas-relief : 77 x 55 cm, cadre en bois stuqué beige et or, décor de papillons, oiseaux, lézards, inscription « Hauteclaire» à gauche.
Frais compris : 50 962 €.
 
La princesse à la licorne
L’œuvre énigmatique d’un artiste rare... Il n’en fallait pas moins pour enflammer les collectionneurs présents à Orléans, où l’on offrait jusqu’à 41 500 € pour un bas-relief en marbre blanc signé Armand Point. Intitulé La Princesse à la licorne, l’œuvre présente une jeune femme vêtue à la mode de la Renaissance italienne, et retenant d’une main ferme le légendaire unicorne. Un personnage imaginaire cher à l’artiste symboliste, qui, tout au long de sa carrière, vécut en marge du monde artistique officiel. À l’origine peintre d’inspiration orientaliste, c’est après une rencontre avec le Sâr Joséphin Peladan, fondateur des Salons de la Rose-Croix, qu’il se tourne vers l’univers idéaliste et mystique du symbolisme. Un voyage en Italie achève cette conversion : désormais il ne jugera plus que par la peinture des Primitifs et de la première Renaissance, à l’image des préraphaélites. Renouant avec l’esprit du Moyen Âge, il installe après 1895, à Marlotte, près de la forêt de Fontainebleau, une colonie d’artistes appelée Haute-Claire, où le rejoignent bientôt peintres, sculpteurs, doreurs et émailleurs qui souhaitent produire des objets uniques avec les techniques du passé, tels de précieux coffrets émaillés en forme de chasse. Notre sculpture, qui porte justement l’inscription «Hauteclaire» à gauche, semble bien provenir de ce studieux atelier. Avec son très bas-relief à la manière de certaines œuvres italiennes de la fin du XVe siècle, et sa figure de princesse guerrière casquée, elle constitue en tout cas l’illustration parfaite de ce retour vers le passé.
Orléans, samedi 12 mars.
Binoche - De Maredsous Hôtel des Ventes Madeleine SVV. MM. de Bayser.
Marcel Damboise (1903-1992), Femme se tenant les seins, bronze à patine brun-vert, numéroté 2/8, fonte Barelier, h. 43 cm, base 12,5 x 9 cm.
Frais compris : 15 130 €.
Humble modernité
139 sculptures et dessins de Marcel Damboise (1903-1992) étaient dispersés à Drouot. L’artiste a traversé le XXe siècle en toute tranquillité. Natif de Marseille, c’est encouragé par un instituteur qui avait remarqué ses talents pour le dessin qu’il intègre l’école des beaux-arts de sa ville. Grâce à une bourse, il découvre Paris et s’installe à la Ruche en 1926, endroit qui est alors l’un des lieux incontournables de la scène artistique parisienne. Il en profite aussi pour suivre les cours de Charles Despiau et choisit désormais de se consacrer à la sculpture. Le prix de la Villa Abd-el-Tif, reçu en 1932, le mène en Algérie. Il y reste trois années et y rencontre Albert Camus, qui devient son ami. De cette période féconde, La Coquine (bronze à patine mordorée, h. 71,5 cm) séduisait à 3 500 €. Le retour dans la capitale est heureux : il expose dans les salons officiels et reçoit des commandes du musée d’Art moderne de la Ville de Paris, de la ville de Bordeaux et de la manufacture de Sèvres. Cette Femme se tenant les seins est un modèle de ces années-là, vers 1939-1941, présentée ici en bronze dans une patine brun-vert et recueillant 12 000 €, tout comme le Nu d’Alain adolescent de 1944-1945, une fonte au sable à patine noire d’Alexis Rudier (h. 104 cm), qui recevait 14 500 €. De la maturité des années 1948-1954, au cours desquelles il effectue de nombreux séjours à Alger, date une paire de bas-reliefs en marbre rose des Pyrénées, sur lesquels deux nymphes se déhanchaient pour 5 500 € (h. 66 et 67,5 cm). Tout au long de sa carrière, Damboise a placé la figure humaine au cœur de ses préoccupations, créant le «Groupe des Neuf» au début des années 1960, avec ses amis Raymond Corbin, Paul Cornet, Léon Idenbaum et Léopold Kretz entre autres, en réaction à l’avant-garde abstraite toute puissante. Artiste discret et humble, mais engagé.
Vendredi 8 avril, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Wapler Mica SVV. M. Lacroix.
Ping-Ming Hsiung (1922-2002), Composition au grillage : oiseau en vol, sculpture en fer forgé, pièce unique, 46 x 39 x 31 cm. Frais compris : 20 608 €.
Collection Jacques et Solange du Closel
L’histoire d’amour d’un couple de collectionneurs passionnés d’art contemporain, Jacques et Solange du Closel, éclatait au grand jour avec la dispersion de cet ensemble réuni au terme de près d’un demi-siècle de rencontres et de découvertes. Elle récoltait 517 171 €, une jolie somme qui récompensait leur générosité envers les artistes et leur talent de découvreur. Une pièce unique de Vassilakis Takis (né en 1925), un Mobile réalisé en fer forgé et baguettes d’acier vers 1955 (h. 132 cm, l. 120 cm), apportait à 38 000 € une légèreté qui seyait parfaitement à l’ensemble. Notion qui était reprise quelques numéros plus loin par un oiseau sculpté par l’artiste chinois Ping-Ming Hsiung (1922-2002). Il faisait entendre ses battements d’ailes jusqu’à 16 000 € (voir photo), un vol qui le propulsait à la quatrième place dans le classement Artnet. Les deux huiles historiques du début des années 1950, de Simon Hantaï (né en 1922), choisies pour illustrer le «Coup de cœur» de la Gazette n° 18 recevaient respectivement 15 000 et 11 000 €. Années de création qui étaient parmi celles de prédilection de nos collectionneurs. Elles étaient dignement représentées par André Marfaing (1925-1987), auteur d’une Composition abstraite (huile sur toile, 131 x 90 cm) de 1959, déposée à 24 000 €, et par Kumi Sugaï (1919-1996), à l’origine d’une Composition en noir sur fond blanc (huile sur toile, 43,5 x 8,5 cm) vers 1955. La Composition de l’artiste libanais Chafik Abboud (1928-2004), une toile de 1955 (60,5 x 44,5 cm), créait la surprise, puisque bien au-delà des 600 à 800 € demandés, elle accrochait 20 500 €… et témoignait à sa façon de la juste reconnaissance du talent de ces amoureux de l’art.
Mercredi 11 mai, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés SVV.
Stefano Maderno (1570-1636), L’Empereur Commode en gladiateur, marbre de Carrare, vers 1625, 98 x 32 x 52 cm. Frais compris : 87 640 €. Mercredi 11 mai, salle 5 - Drouot-Richelieu. Kohn Marc-Arthur SVV.
Pas si commode 
Impérial, l’empereur Commode, statufié en gladiateur par le sculpteur romain Stefano Maderno (1570-1636), tranchait avec son glaive une enchère de 70 000 €. Son attitude est directement inspirée d’une sculpture antique monumentale (h. 287 cm), dégagée au XVIe siècle dans le frigidarium des thermes de Caracalla et aujourd’hui conservée parmi les chefs-d’œuvre romains du Musée archéologique de Naples, sous l’appellation Achille et Troïlos. Le moment saisi est celui où le célèbre héros porte le corps du jeune Troyen, tué par surprise alors qu’il faisait boire ses chevaux. Mais lors de la découverte de la statue, les historiens ont vu la représentation d’un gladiateur, et les Farnèse l’ont fait restaurer sous les traits de l’empereur Commode, dont on connaissait déjà la passion pour les combats – d’ailleurs, le film Gladiator de Ridley Scott (2000) l’a récemment rappelé au plus grand nombre ! Stefano Maderno a certainement pu admirer cette belle composition pour s’en être inspiré, quasiment à l’identique, pour un petit groupe en terre cuite (h. 20 cm) qui appartient aux collections de la Cá d’Oro de Venise. En revanche, dans ce marbre daté vers 1625, il supprime le corps sans vie du jeune garçon. Pour pallier ce vide et donner une raison au mouvement de l’avant-bras gauche du modèle, il imagine une position, coude plié et index posé près de la bouche, qui apparaît un peu surprenante avec le recul du temps. Il suggère en effet que Commode, empereur de 180 à 192, ait été saisi d’un doute au moment de frapper, ressentant une hésitation… ce qui colle peu au personnage que l’historiographie a toujours dépeint comme cruel et sanguinaire. Mais l’art aime parfois prendre des libertés avec la réalité, et cette image apporte un peu d’humanité à un homme violent et instable.
Robert Clark, dit Robert Indiana (né en 1928), LOVE, 1966-2000, aluminium peint, signé et numéroté 4/8 MILGO, 45 x 45 x 22 cm.
Adjugé : 300 480 €
© 2016 Morgan Art Foundation/Artists Rights Society (ARS), New York/ADAGP, Paris
Un peu d’amour
Le message de paix diffusé par Robert Indiana depuis 1964, lorsqu’il imaginait ces quatre lettres, séduisait une nouvelle fois. Il était emporté à 300 480 €. C’est un cri d’amour à son pays que l’artiste, qui a choisi pour nom celui de son État de naissance, l’Indiana, lançait en réponse à une commande du MoMa de New York pour une carte de vœux officielle. Il propose une illustration originale : quatre lettres sur deux lignes formant le mot «love», dans un format carré, avec des couleurs vives inspirées des néons des bars des bord de route d’alors.
Le succès de cette image est immense, au-delà de toute espérance – beaucoup de collectionneurs croyant même y voir la reproduction d’une peinture –, conduisant Indiana à organiser une exposition personnelle, «The Love Show». Après l’avoir transposée sur la toile, l’artiste passe en 1970, à la suite d’une commande du musée d’Indianapolis, à la tridimensionnalité de la sculpture. L’œuvre devient un symbole du pop art et prolifère à la manière d’un bien de consommation, mais à portée culturelle… Cela va de la version monumentale dans le paysage urbain, notamment à New York, où, installée à l’angle de la 6e Avenue et de la 55e Rue, elle est un peu une icône – quel couple d’amoureux ne s’est-il pas prendre en photo devant elle ? –, jusqu’au bijou, en passant par notre version de 45 cm de hauteur, éditée en rouge à huit exemplaires en 2000. Avec son «O» italique qui menace de basculer et ses couleurs flashy, elle est immédiatement identifiable par tout un chacun. Le système de son auteur repose sur quelques principes simples : il n’est d’art que contextuel ; la signification d’une œuvre est un déploiement de l’histoire individuelle sur un registre universel ; la composition est un ajustement entre signe et motif… À partir de ces quelques axiomes, il déclinera d’autres mises en scène typographiques brèves, comme EAT, HOPE, HUG ou DIE, toutes associations de lettres très colorées, mais dont aucune n’atteindra la renommée extraordinaire de LOVE. En 1973, il est choisi pour décorer un timbre de l’U.S. Postal, spécialement édité pour la Saint-Valentin. Ce sera un énorme succès populaire et un record, avec plus de 300 millions de timbres vendus !
Mercredi 1er juin, salle 10-16 - Drouot Richelieu.
Kohn Marc-Arthur OVV.
François Pompon (1855-1933), Ours blanc n° 3, 3e réduction, état intermédiaire 1927, bronze signé et numéroté, fondeur Valsuani, 25 x 44,7 x 12,5 cm.
Adjugé : 183 750 €
D’un seul mouvement
Pourvu d’un certificat de madame Colas, datant sa fonte de 1927, et n’ayant pas quitté la famille d’un amateur lyonnais depuis son acquisition cette année-là, notre Ours blanc de Pompon ne pouvait qu’attiser les convoitises. Les traces d’usure elles-mêmes, laissant apparaître la peau naturellement dorée du bronze sous la patine sombre nuancée de brun, témoignaient de la puissance de séduction des courbes appelant à la caresse ! Un amateur ne s’y trompait pas, témoignant de sa tendresse pour l’animal façonné par Pompon en déboursant 183 750 € pour l’adopter. Réalisé du vivant de l’artiste, le plantigrade témoigne directement de sa démarche créatrice. La sculpture représente en effet l’une des effigies intermédiaires, entre le premier ours présenté au Salon d’automne en 1922, grâce auquel le sculpteur connut la gloire, et son grand plâtre de 1928. Bien que Pompon ait déjà gommé les détails naturalistes de la bête, il ne cessera d’affiner son travail, recherchant un rendu plus lisse pour laisser glisser la lumière, allongeant le cou et modifiant la ligne du dos en conséquence. Ces gestes d’épure sont guidés par une seule et même idée : «c’est le mouvement qui détermine la forme, ce que j’ai essayé de rendre, c’est le sens du mouvement», affirme l’artiste perfectionniste. La ménagerie du sculpteur ne s’arrêtait pas en si bon chemin, 42 500 € étant déboursés pour Le Grand Cerf, réduction vers 1929, dont la fonte de Valsuani était authentifiée comme datant des années 1955. Les volumes de l’animal figé, mais prêt à bondir à la moindre alerte, sont magnifiés par une patine bien conservée, noir satiné nuancé d’or. Le talent de Pompon à saisir les attitudes des bêtes s’exprimait encore à travers la Panthère, oreilles couchées, 1927, fondue cette fois entre 1975 et 1978. Vendue, comme le cervidé, au profit de l’Association des enfants du village de Diamou, elle obtenait quant à elle 18 000 €.
Dimanche 5 juin, Chaville.
Chaville Enchères OVV. Mme Colas.
Émile-Antoine Bourdelle (1861-1929), Héraklès archer, huitième étude dite «modèle intermédiaire définitif», épreuve en bronze patiné, Alexis Rudier Fondeur, Paris, h. 62 cm.
Adjugé : 267 840 €
Un archer victorieux à la gloire de Bourdelle
Héraclès, le plus célèbre des héros grecs, personnification de la force, s’engageait sans crainte dans la bataille des enchères, et il avait raison ! Récompensé d’un résultat de 267 840 €, il entrait victorieux dans l’arène des records et s’emparait de la troisième marche du podium pour un bronze de la huitième étude et dans cette dimension (source : Artnet). Objet de l’événement de la Gazette n° 25 du 24 juin, il bénéficiait d’un pedigree irréprochable, étant proposé à la vente par la famille du collectionneur Louis Aubert (1878-1944), un pionnier du cinéma et fondateur, en 1926, de l’Association des amis de Bourdelle. Fondu chez Alexis Rudier du vivant de l’artiste, Héraklès archer est la Joconde du sculpteur Émile-Antoine Bourdelle. Il enthousiasme le public comme la critique et sera partout reproduit, jusque sur les cahiers d’écolier ! Pour reprendre les propos de Colin Lemoine, responsable du fonds de sculptures au musée Bourdelle depuis 2005, «à la Nationale de 1910, le bronze d’Héraklès archer rencontre un succès tel que Bourdelle rompt l’accord conclu avec Gabriel Thomas, le propriétaire de l’œuvre, qui avait demandé à ce que celle-ci fût unique.» Œuvre éminemment moderne, peu à peu exempte de détails superflus de vraisemblance et empreinte d’un primitivisme presque sauvage, cette sculpture ne doit jamais faire oublier l’audace de son créateur. D’ailleurs, la prochaine exposition consacrée à l’artiste, et qui ouvrira ses portes le 27 octobre prochain en son musée parisien, s’intitule «De bruit et de fureur. Bourdelle sculpteur et photographe». Le maître est sollicité partout, sur le chantier du théâtre des Champs-Élysées (1910-1913) et pour d’importantes commandes officielles au sortir de la guerre, comme La Vierge à l’offrande (1919-1923), pour saluer le retour de l’Alsace, ou La France (1925) devant le Grand Palais, pour l’Exposition des arts décoratifs. Bourdelle lâchera définitivement ses outils le 1er octobre 1929, en pleine gloire.
Mercredi 29 juin, salle 1
Drouot-Richelieu. Drouot-Estimations OVV.
Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.
Gaston Étienne Le Bourgeois (1880-1956), Tête de lama mouton, vers 1922, ébène sculpté, h. 52 cm.
Adjugé : 107 500 €
Pas bête le lama par Le Bourgeois !
Sous la bénédiction d’une Vierge à l’Enfant sculptée dans une défense vers 1937 par Gaston Étienne Le Bourgeois (1880-1956) et recueillie à 26 875 €, une Tête de lama mouton du même artiste pouvait afficher fièrement sa supériorité. L’animal s’envolait vers les cimes andines qui l’avaient vu naître pour 107 500 €, deuxième prix pour l’artiste mais premier pour l’une de ses sculptures, et également record français (source : Artnet). Le Bourgeois appartient à cette génération de sculpteurs qui font du Jardin des Plantes à Paris leur terrain de jeu privilégié. Il y passe des heures à étudier les animaux. Après les carnages de la Grande Guerre, les artistes y vont chercher de l’exotisme et des symboles de luxe. On est bien loin des combats à mort fixés dans le bronze par Antoine-Louis Barye au siècle précédent. Paul Jouve, le premier, commence à gagner sa vie en vendant des dessins des fauves de la ménagerie. Georges Lucien Guyot, Paul Simon et Édouard-Marcel Sandoz le suivent dans cette voie. L’art déco a remis à l’honneur la technique de la taille directe, négligée par le XIXe siècle. Beaucoup d’animaliers adopteront la sculpture sur bois, attaquant la bille à coups de gouge et de ciseaux. Le Bourgeois, sculpteur pluridisciplinaire, avec une prédilection pour les sujets animaliers et les thèmes religieux, est de ceux-là. Aux bois indigènes, il préfère les billes exotiques dures à travailler que sont celles d’acajou, de gaïac et d’ébène. Il choisit aussi des créatures un peu oubliées, comme le lama, qui semble l’attirer, puisque plusieurs œuvres le représentant sont répertoriées dans son bestiaire. Pour les mettre en valeur, la Société des animaliers voit le jour en 1912. De 1920 à 1928, elle expose à la galerie Petit, puis deux années à la galerie Charpentier, avant d’investir en 1931 les salons du décorateur Brandt puis ceux de Ruhlmann, en 1932 et 1933. L’art animalier est à la mode et le lama, malin, en profite pour redresser la tête !
Jeudi 30 juin, salle 15 - Drouot-Richelieu.
Chayette & Cheval OVV. M. Remy.
Paul Rancillac, dit Jean-Jules Chasse-Pot (1933-2010), Bientôt papa !, 1992, sculpture en papier mâché peint, h. 142 cm, l. 106, p. 45 cm.
Adjugé : 23 750 €
Un facteur bien timbré
Bientôt papa !, la sculpture à multiples lectures de Jean-Jules Chasse-Pot (1933-2010), créait la surprise en fixant 23 750 €, décrochant ainsi un record mondial pour une œuvre de son créateur (source : Artnet). Les deux prix les plus élevés étaient déjà détenus par des sculptures en papier mâché sur armature de métal, 17 500 € pour Le Grand Cavalier de 1988 (Cornette de Saint Cyr, 23 octobre 2011) et 12 500 € pour Deux roux, de 2003 (Vermot de Pas, 19 mars 2014). Chasse-Pot a mis en trois dimensions, tout au long d’une quarantaine d’années de création, une société imaginaire dans laquelle humains et animaux se côtoient et se répondent sur le même plan. Amusants au premier abord avec leur allure un peu gauche de petits notables de province, ses personnages invitent à une seconde lecture, plus intime et plus mélancolique. Bientôt papa ! appartenait à la collection particulière réunie par Pierre Robin. Œuvres d’art moderne et contemporain ainsi qu’objets d’art primitif et de curiosité constituaient l’univers extraordinaire de sa demeure tarnaise. Ses goûts hétéroclites, voire étranges, ont été reconnus vendredi dernier. Deux pastels ne passaient pas inaperçus. Le premier, relevant de l’art brut du début du XXe siècle, Profil de femme à l’œil noir (63 x 49 cm), encore titré Dans les cols désastreux la folie en montre à la raison, accrochait 9 375 €, et le second, un Homme riche fumant le cigare (69 x 47 cm) d’Anselme Boix-Vives (1899-1969), 6 000 €. Parmi les nombreux objets océaniens, on retiendra une collection de huit lances kanak de Nouvelle-Calédonie, qui atteignaient leur cible à 5 250 €.
Vendredi 23 septembre, salle 6 - Drouot-Richelieu.
De Baecque et Associés OVV. M. Voutay.
Claude Lalanne (née en 1925), Pomme bouche, bronze doré, numéroté 122/250, édition Artcurial, h. 13 cm.
Adjugé : 18 850 €
Philippe Bouvard, une bouche en or
Qu’auraient été «Les Grosses Têtes» sans Philippe Bouvard ? L’émission et son animateur vedette n’ont fait qu’un pendant trente-sept longues belles années, et dire qu’ensemble ils sont devenus cultes est presque un euphémisme. De Bouvard à la radio, on ne voit pas la pomme, mais on entend avec bonheur le petit rire unique de l’homme heureux devant un bon mot. Alors, cette Pomme bouche de Claude Lalanne (née en 1925) semble avoir été dessinée pour lui, et son résultat de 18 850 € apparaît comme un hommage à son célèbre propriétaire. Dans ce petit musée, dont il a pris la décision de se séparer, se côtoyaient pêle-mêle livres et manuscrits, dessins humoristiques et souvenirs d’une «Grosse Tête», mais aussi le mobilier ainsi que les objets garnissant son bureau et sa salle de jeu, sa cave et deux voitures, dont sa Rolls-Royce Corniche de 1985, qui filait à 89 700 €. Dans L’Express, la veille de la vente, Philippe Bouvard raconte l’anecdote de son petit déjeuner à l’Élysée pris avec le président Mitterrand après sa réélection, leur discussion plus en phase sur la littérature que sur la politique… et comment, quelques jours plus tard, il reçoit un exemplaire du Vigneron dans sa vigne de Jules Renard, pour compléter sa série éditée chez Bernouard. La lettre manuscrite du Président qui accompagnait l’envoi était enlevée à 4 170 €, et Les Œuvres complètes – qui cette fois l’étaient vraiment – de Renard, à 1 643 €. À parcourir le catalogue et les nombreuses petites phrases de l’humoriste qui l’émaillent, on comprend à quel point chaque lot a son histoire. Témoin, cet ensemble de médailles en bronze à l’effigie d’écrivains français, et dont il est fier parce qu’elles récompensent «le respect porté à ma langue maternelle», modestement emporté à 130 €. Témoin surtout, sa «petite librairie» de près de quatre mille ouvrages, lui qui écrit «je pourrais vivre dans une pièce où il n’y aurait que livres et tapis». Elle est maintenant dispersée au vent de la connaissance et de la reconnaissance, pour des sommes allant de 100 à 5 434 € – ce dernier prix pour les Vingt-sept poèmes des Fleurs du mal de Baudelaire illustrées par Rodin. Un clin d’œil pour terminer sur un sourire, le sien, au micro des «Grosses Têtes»… Son effigie en bronze était relevée de 1 560 €.  
Mardi 4 octobre, salle V.V.
Millon OVV.
Tournai, XVIIIe siècle, vers 1755-1765. Saint Joseph tenant l’Enfant Jésus, groupe en porcelaine tendre émaillée blanc, h. 56 cm.
Adjugé : 53 340 €
Un saint Joseph très paternel
Il émane beaucoup de tendresse paternelle de ce groupe, et ce n’est pas seulement parce qu’il est en porcelaine tendre ! Saint Joseph porte l’Enfant Jésus dans ses bras, tout en tenant un livre, qui ajoute à son rôle de père éducateur. La manufacture de Tournai rendait ici hommage à cette belle figure longtemps occultée par l’iconographie chrétienne, et une enchère la reconnaissait à hauteur de 53 340 €. En effet, durant tout le haut Moyen Âge, il dérangeait avec son statut épineux d’époux de la Vierge, et on ne savait quelle paternité accorder à celui qui avait élevé le fils de Dieu. C’est véritablement à partir de la Renaissance, et plus encore à la fin du XVIe siècle, que son culte prend de l’ampleur, et il connaît une véritable dévotion populaire jusqu’au XIXe siècle. Cette manufacture du Nord, dont l’histoire débute en 1751, réalise de grandes sculptures en porcelaine émaillée entre 1755 et 1765 : des bustes tels ceux de Louis XV, Charles de Lorraine, du prince-évêque de Liège et de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche – celle-ci, mère de trois filles, prénommera d’ailleurs son fils Joseph, en 1741. Elle reçoit également la commande de statues religieuses importantes, dont une Sainte Thérèse de 135 cm de hauteur, aujourd’hui au musée royal de Mariemont en Belgique, véritable prouesse technique modelée par Antoine Gilis (1702-1781), et qui devait être offerte à la même impératrice. Le groupe représentant Saint Joseph tenant l’Enfant Jésus, par ses caractéristiques stylistiques, peut être rattaché à la même période de production.
Jeudi 20 octobre, 49, rue Saint-Sabin.
Fauve OVV. M. Froissart C.
Antonin Mercié (1845-1916), David vainqueur de Goliath, épreuve en bronze à patine médaille, fonte Barbedienne, h. 110 cm.
Adjugé : 9 014 €
L’homme idéal est un géant
Voilà un nouvel opus qui n’avançait pas masqué… Intitulée «Masculin/Masculin», la vente offrait une nouvelle déclinaison autour de l’homme. Elle abordait des thèmes aussi variés que celui du guerrier plein de bravoure, illustré par ce bronze de David vainqueur de Goliath d’Antonin Mercié (1845-1916), heureux des 9 014 € déposés à ses pieds, ou celui de son repos… Repos bien mérité si l’on en juge par les 60 096 € reçus par l’Homme nu étendu sur un lit (63 x 48 cm), une encre de Chine de Bernard Buffet (1928-1999) de 1949. Buffet, décidément très à l’honneur de Drouot en cette semaine automnale ! Cette édition explorait encore le raffinement du dandy et l’apprentissage du jeune artiste face à l’étude des antiques et du modèle vivant, ainsi que le démontrait une Académie d’homme assis à la pierre noire et estompe (51 x 31 cm) d’Eugène Delacroix (1798-1863), emportée à 6 135 €. Mystérieux, protecteur, viril, fort, solennel, provocant, mais aussi fragile, rêveur et sensible, l’homme incarne tout cela à la fois… Cet hymne le rappelait non sans humour et à travers le prisme de l’art.
Lundi 24 octobre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Magnin - Wedry OVV. M. Ottavi, Cabinet Ancien Art Expertises.
Italie du Nord (Venise ?), XVIe siècle. Buste de jeune homme, bronze à patine noire, h. 46,5 cm.
Adjugé : 252 500 €
Présence antique
Le regard de ce jeune homme transperçait le bronze dans lequel il était fondu pour fuser à 252 800 €. Réalisé en Italie du Nord, peut-être à Venise, au début du XVIe siècle, il mettait en lumière le retour à l’antique de la Renaissance italienne. Avec ses boucles abondantes encadrant un visage juvénile et la toge qui l’enveloppait, ici à peine ébauchée, il est à rapprocher des portraits des empereurs du Ier siècle de notre ère. Et avec quelle présence ! Il illustre encore l’humanisme, lui aussi en vogue. Ce terme apparu en Europe occidentale vers 1540 désigne les érudits, des hommes éclairés parfois laïcs, mais plus souvent des religieux, prêts à ouvrir leur culture au grec et à l’hébreu – les langues prestigieuses de l’Antiquité –, ne se contentant plus du latin. Dans les œuvres surgies des temps anciens, ils redécouvrent l’humain et le replacent au cœur de leurs préoccupations. Les sculpteurs suivent la même veine et retrouvent la grande statuaire antique, occultée les siècles précédents. Parmi eux, Tullio Lombardo (1460-1532), auteur de nombreux portraits d’hommes et de femmes toujours jeunes, à l’image de son Adam du Metropolitan Museum of Art. Avec ses belles qualités, notre buste pourrait être rapproché de l’entourage de ce grand artiste vénitien. À ses côtés dans cette vente de beaux objets d’art et d’ameublement, la fontaine filtrante en cuivre reproduite dans la Gazette n° 40, page 72, qui au vu de ses armoiries et de sa date gravée pourrait avoir été fondue pour la naissance de Louis-Philippe d’Orléans (1725-1785), voyait son eau couler à 12 008 €. Les arts d’Asie étaient représentés par de la porcelaine. Une paire de carlins (h. 25,5 cm), au pelage à fond corail, époque Jiaqing (1796-1820), s’asseyaient à 18 960 €, et deux brûle-parfum couverts à fond céladon de forme ovoïde, agrémentés d’une monture en bronze dorée (h. 31 cm), exhalaient un air parfumé de 25 280 €. Quant à l’important panneau de boiserie finement sculpté d’un bouquet fleuri (190 x 102 cm), choisi pour orner la couverture du catalogue de vente, il se taillait 18 960 €.
Mercredi 23 novembre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Coutau-Bégarie OVV. Mme Fligny.
Rembrandt Bugatti (1884-1916), Le Grand Fourmilier, créé en 1909, épreuve en bronze à patine brunenuancée de vert, n° 5, fonte à la cire perdue d’Adrien-Aurélien Hébrard, avant 1934, 34 x 47,5 x 21,5 cm.
Adjugé : 1 512 000 €­
Gare au fourmilier !
Mammifère imposant par sa taille, mais sans grand éclat, habitué à fouiller les entrailles de la terre pour y trouver sa pitance, le fourmilier géant ou tamanoir est peu rompu à se retrouver sous la lumière des projecteurs. C’est pourtant bien ce qui est arrivé à l’un des représentants de son espèce, vendredi dernier… Sculpté par Rembrandt Bugatti (1884-1916), il sortait placidement des forêts humides d’Amérique tropicale pour recueillir une enchère de 1 512 000 €, et offrir ainsi à son génial auteur un record français (source : Artnet). Un article de 2008, publié dans la Gazette Drouot, titrait «Bugatti, l’autre Rembrandt»… Avec son incroyable bestiaire constitué en une courte carrière, l’artiste s’est non seulement fait un nom, mais a honoré son prénom. «Sois rosse avec les hommes mais bon avec les bêtes», écrivait-il à son frère. Le bombardement du zoo d’Anvers, et donc la mort d’un grand nombre de ses pensionnaires, auxquels il avait consacré tant d’heures d’observation patiente et affectueuse, s’avèrera une fêlure inguérissable… Il faut dire que Rembrandt Bugatti ne sillonnait pas la planète pour traquer ses modèles :  il se rendait simplement dans les zoos, celui d’Anvers et celui du Jardin des Plantes. Là, dans le silence des cages, il trouvait matière à créer. 1909 marque une année phare, le voyant tenter un nouveau style de représentation, défini comme plus futuriste et donc, plus innovant. Ce fourmilier, déroutant par son volume et difficile à saisir en un seul regard tant le sculpteur a brouillé les pistes – il est en effet peu aisé de distinguer la tête de la queue –, en fait partie. De cette période date aussi le Babouin sacré hamadryas, son record mondial (2,77 M$, New York, 5 mai 2015, Sotheby’s). Il faisait confiance à Hébrard pour ses fontes à la cire perdue, d’une qualité d’exécution qui confinait à la perfection. Avec ce noble résultat, l’animal entrait au panthéon de l’artiste, celui des grands fauves. Dans le terrier de l’après-midi, garni d’un produit total vendu de 2 207 000 €, d’autres pépites se découvraient. Notamment deux épreuves en bronze : la première, d’une œuvre de Camille Claudel (1864-1943), La Petite Châtelaine natte courbe (h. 32,5 cm), levant les yeux vers 81 900 €, et la seconde, le Buste de Muriel (h. 35 cm), de Paul Belmondo (1898-1982), vers 11 970 €.
Vendredi 2 décembre, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Crait + Müller OVV. M. Lacroix.
Le néoclassicisme britannique à la sauce romaine
Ce Cupidon céleste en marbre blanc n’avait pas besoin d’ailes pour s’envoler à 39 000 €. Son regard songeur, ses traits juvéniles et sa bouche presque boudeuse ont suffi à séduire un amateur. Il faut dire que le dieu de l’amour ne manquait ni de présence ni de charme, avec sa coiffure de boucles stylisées surmontées d’une houppette tout à fait spécifique à ses représentations par son auteur, le sculpteur gallois John Gibson (1790-1866). Cet artiste est le représentant le plus illustre du style néoclassique britannique. À l’instar de ses contemporains, il est allé faire ses classes en Italie, où il a eu la chance de croiser le chemin du grand Canova et de suivre ses conseils pendant cinq ans, jusqu’à la mort du maître en 1822. Il ouvre alors un atelier de sculpture dans la Ville éternelle – lequel passait pour être l’un des plus courus. Les musées romains lui permettent d’assouvir sa passion pour l’art antique, grec tout particulièrement. Adoptant les théories de Winckelmann sur l’importance de l’imitation dans l’art gréco-romain, il décline à l’envi ses thèmes les plus chers, dont Cupidon est le plus bel atour. Seul ou accompagné de Psyché, le dieu de l’Olympe irradie sous son ciseau habile.    
Mardi 29 novembre, Espace Tajan.
Tajan OVV. M. Lacroix.

 
Attribué à Gil de Siloé (1440-vers 1501), Castille, vers 1500. Sainte Cécile en albâtre sculpté en ronde bosse, h. 49 cm.
Adjugé : 2 875 000 €
Une musique divine
Sainte Cécile était attendue comme le plus bel atour de cette vente. Espoirs confirmés et même au-delà puisqu’elle obtenait le deuxième plus haut résultat de l’année à Drouot, jouant de son orgue portatif jusqu’à 2 875 000 €. La sainte patronne des musiciens, mais aussi des luthiers, des chanteurs et des poètes, réputée posséder tous les dons de beauté et d’innocence dont une jeune fille pouvait rêver, est devenue un petit prodige sous le probable ciseau du sculpteur Gil de Siloé (1440-vers 1501) et traverse l’Atlantique pour rejoindre une collection privée américaine. Une immense douceur émane de ce visage empreint de sérénité et une grande générosité s’empare de son vêtement, exprimé en larges plis. L’œuvre de Gil de Siloé, artiste d’origine flamande installé en Castille au service des rois espagnols et représentant du gothique tardif, est à ce jour peu connue. On lui doit le tombeau de la chartreuse Santa María de Millaflores, près de Burgos, une pièce maîtresse réalisée pour les parents de la reine Isabelle de Castille, Jean II de Castille – le fondateur de l’abbaye – et son épouse, Isabelle de Portugal. Ce chef-d’œuvre le place au premier rang des sculpteurs actifs dans le royaume après la Reconquista, époque où il fallait travailler à asseoir le prestige des rois catholiques. Parmi les nombreuses sculptures de ce tombeau monumental et flamboyant, on peut remarquer un prophète assis au rendu très proche de notre Sainte Cécile, notamment dans les plis profonds, anguleux et cassés, dans la posture générale ainsi que dans le siège architecturé servant d’assise. Deux numéros plus tôt, une plaque en pierre calcaire sculptée en Bourgogne au XIIe siècle se posait à 31 250 €. Son décor, présentant une scène de vendange parmi différents épisodes de la vie de Noé, rappelait que la région, connaissant le travail de la vigne depuis l’époque romaine, s’y adonnait avec une grande régularité au Moyen Âge. Avec l’essor de la chrétienté, les moines professionnalisent et codifient son exploitation. Le vin de Bourgogne devient un atout politique et économique majeur, et un cadeau de choix des puissants ducs de Bourgogne à tous leurs alliés à travers l’Europe.
Lundi 12 décembre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Daguerre OVV. Mme Fligny.
Rembrandt Bugatti (1884-1916), Puma mâle, bronze à patine brune, vers 1911, cachet cire perdue de A. Hébrard,
numéroté «6», h. 28 cm, l. 60 cm.
Adjugé : 388 120 €
Bel allant
Était-ce pour humer les fleurs fraîches du délicat bouquet peint sur soie à l’encre, aquarelle et gouache par Mai-Thu (1906-1980), ici cueilli à 56 340 €, que ce puma mâle de Rembrandt Bugatti (1884-1916) avançait ? Son pas ferme s’arrêtait à 388 120 €, stoppé par un collectionneur attentif. Le modèle est bien connu. Il appartient à la belle série des fauves du sculpteur – tigres, panthères, lions et lionnes, léopards … – et compte parmi les plus recherchés. En 1904, Bugatti avait dessiné une panthère marchant, très proche par l’attitude. Mais en quelques années, le ciseau de l’artiste a gagné en pureté et en synthétisme. L’animal n’a plus rien d’expressionniste : ses formes sont presque géométriques et l’impression de puissance n’en est que renforcée. Le sculpteur et son fondeur, Adrien Hébrard, forment une paire inséparable. Hébrard, en entrepreneur avisé, comprend tout le potentiel de ce jeune homme passionné et dès 1904, lui organise des expositions commerciales, dans sa galerie de la rue Royale. Précis, il met au point un système de numérotation des bronzes, pratique exceptionnelle pour l’époque – et rassurante pour les acheteurs d’aujourd’hui –,
à l’image de ce puma, portant le numéro 6. Le succès vient rapidement, et en 1907, Bugatti est invité à résider à Anvers par la Société royale de zoologie. Le zoo flamand est alors l’un des plus beaux, mettant en scène des habitats exotiques, à l’unisson des pensionnaires. Il y est heureux et obtient même l’autorisation de nourrir et de soigner les bêtes. Son bestiaire s’enrichit d’espèces que nul autre avant lui n’avait encore représentées, notamment parmi les règnes des volatiles et des serpents, mais aussi des créatures en voie de disparition, tels le bison d’Amérique et le rhinocéros indien. Les années 1909-1911 correspondent à une sorte d’ivresse créative, à l’issue de laquelle Hébrard présente une collection de cent sculptures. La consécration avant la souffrance, due à l’éloignement familial, à la solitude, au manque d’argent et enfin, au désastre de la Grande Guerre. Une trajectoire foudroyante, saluée de manière posthume. Quelques lots plus tard, dans la même vente, c’était au tour d’une sanguine, lavis, plume et encre brune de Pier Francesco Mola (1612-1666) d’être saluée à 40 064 €. Son sujet ? Joseph salué par ses frères…
Vendredi 16 décembre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Jean-Marc Delvaux OVV. MM. Auguier, de Bayser, Kunicki, Lepic.


 
Pays-Bas du Sud, vers 1515-1520. Boule de chapelet en buis sculpté, diam. 4,3 cm.
Adjugé : 210 700 €
Sculpture miniature, mais fort prisée
On attendait beaucoup de cette rare perle de chapelet, sculptée dans le buis, originaire des Pays-bas du Sud et datée du premier quart du XVIe siècle. Aussi, les amateurs et les curieux n’étaient pas déçus lorsque le marteau de Nabecor Enchères OVV s’abattit à 210 700 €, et ce malgré une modeste taille de 4,3 cm et une estimation de 6 000 €, totalement pulvérisée. À cela, plusieurs raisons : «Aujourd’hui, comme nous l’a confié l’experte Laurence Fligny, ces objets de curiosité Haute Époque reprennent de la valeur. En particulier, pour ces travaux de miniaturistes, qui livrèrent de petits retables ou comme ici, des boules à l’intérieur ciselé.» De minuscules mais véritables chefs-d’œuvre, qui font alors l’objet de furieux duels d’enchères, entre les institutions et les passionnés du monde entier, surtout quand, comme dans ce cas-ci, l’artefact n’est connu qu’à une cinquantaine d’exemplaires. Le nôtre, représentant d’un côté saint Jacques en pèlerin accompagné d’un donateur, et de l’autre saint Georges tuant le dragon de Trébizonde, va rejoindre une collection privée à l’étranger. Lors de la même vente, une autre sculpture, mais beaucoup plus récente puisqu’il s’agissait d’un bronze à patine verte d’Igor Mitoraj, intitulé Persée, numéroté 98/1000 et signé, recueillait 5 538 €. Au rayon des arts décoratifs, on notait encore quelques jolis résultats avec cette paire de vases en porcelaine de Canton hauts de 60 cm, qui était enlevée contre 6 862 €, ou encore une table à jeu de Louis Majorelle, en noyer mouluré et sculpté à quatre pieds naturalistes, nécessitant 2 648 €.
Nancy, Samedi 21 janvier.
Nabecor Enchères OVV. Mme Fligny.
Statue en marbre blanc représentant le dieu Mercure, h. 73,5 cm.
Adjugé : 98 880 €
Les dieux des enchères s’inclinent devant Mercure
Descendu de l’Olympe, le dieu Mercure aux pieds ailés se posait à Rouen ce dimanche 29 janvier. Ou plutôt, son image taillée dans le marbre blanc à une époque difficile à préciser, en raison d’un nettoyage excessif. Dans tous les cas, l’effigie séduisante triplait son estimation à 98 880 €, ce qui laisserait augurer d’une date d’exécution plutôt haute… Si la statue ne possède pas forcément les attributs habituels du dieu du commerce, des voyageurs et des…voleurs, elle se rapproche d’une statue connue sous le nom de Mercure et conservée au musée des Offices de Florence. Celle-ci, pourvue de ses bras ici disparus, tient une bourse, attribut du messager de l’Olympe. Le nôtre est d’ailleurs coiffé d’un casque en métal qui pourrait bien être son pétase, une coiffure de voyageur grec. Toutefois, celle-ci est plus pointue que le couvre-chef habituel. Ce qui est sûr, c’est que le marbre, adjugé à Rouen, reprend les canons du grand sculpteur athénien Praxitèle, né vers 400 av. J.-C., et mort probablement soixante-quatorze ans plus tard. Père de la statuaire classique, il laisse des œuvres reconnaissables entre toutes, d’où émane une grâce naturelle aux poses déhanchées. Celles-ci impliquent d’ailleurs un renfort nécessaire, rôle habituellement joué par un tronc placé en arrière de la statue. Alentour de la divinité juvénile, quelques pièces de mobilier du XVIIIe siècle apportaient leur touche d’élégance intemporelle, mais bien française. Ainsi, cette mouvementée table de trictrac en bois de placage, garnie de bronzes dorés, et au plateau pivotant qu’un joueur invétéré déménageait pour 8 157 €. Ou encore une charmante pendule de style Louis XV consistant en un sanglier en bronze à patine brune supportant un cadran cerné de bronze doré dans le goût rocaille, sonnant 4 078 €.
Rouen, dimanche 29 janvier.
Bisman OVV. M. Roudillon.
Jean-Antoine Houdon (1741-1828), Portrait au naturel de François-Marie Arouet, dit Voltaire, 1778, buste en marbre, h. totale 47,5 cm, l. 21 cm.
Adjugé : 156 250 €
Bonjour, Monsieur Voltaire !
L’esprit brillant et sarcastique de Voltaire était presque entièrement contenu dans ce regard, rendu vivant dans le marbre sous le ciseau de Jean-Antoine Houdon (1741-1828). Et pourtant, le grand homme, amaigri et malade, affichait 83 ans ! Ce sont justement ses rides, qu’Houdon n’a pas cherché à gommer, qui le rendent encore plus pétillant de malice, toute l’attention se concentrant en effet sur ses deux prunelles fixées pour l’éternité. Choisi pour illustrer la couverture de la Gazette n° 3 du 20 janvier, ce portrait au naturel obtenait 156 250 € et était préempté par le musée-château de Voltaire, à Ferney. Administré par le Centre des monuments nationaux et fermé depuis 2015, l’édifice subit actuellement une campagne de restauration complète avant sa réouverture, prévue en 2018. Celle-ci sera magnifiée par la présence de l’esprit du lieu, en l’objet de ce magnifique buste. Il est juste qu'il rejoigne la demeure acquise par l’écrivain en 1758 et tant aimée de lui, un lieu qui détient le label de «maison des illustres». C’est là qu’il enrichira son œuvre littéraire du Traité sur la tolérance (1763) et du Dictionnaire philosophique (1764), et qu’il mettra en pratique les idéaux des Lumières, notamment en contribuant à améliorer sensiblement la vie de la population locale – il assèche les marais, introduit de nouvelles méthodes de culture, favorise l’implantation d’une horlogerie de luxe et de soieries… Un philosophe engagé dans la Cité, à la manière des Grecs de l’Antiquité.
Mardi 31 janvier, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Muizon - Rieunier OVV. M. Froissart.
École française du milieu du XVIIIe siècle, Les Lutteurs, bronze à patine brun foncé, poinçon au «C» couronné, 38 x 40,5 x 25,3 cm.
Adjugé : 131 250 €
Une lutte couronnée
Le combat ne se manifestait pas que dans le bronze, se tenant aussi dans la salle, et par téléphones interposés, pour s’approprier ce groupe de Lutteurs en bronze fondu en France au milieu du XVIIIe siècle et plus exactement entre 1745 et 1749, comme son double poinçon au «C» couronné en atteste. Annoncée entre 15 000 et 20 000 €, la lutte cessait finalement à 131 250 € et rendait justice à la grande finesse d’exécution de ce travail. Le sujet est bien connu, puisqu’il s’agit d’une reprise du fameux groupe antique des Lutteurs acquis pas les Médicis à la fin du XVIe siècle, en pleine «anticomania». Louis XIV, grand admirateur également, le fera copier deux fois en marbre, un exemplaire par Jean Cornu pour Versailles, et un autre par Philippe Magnier pour Marly. Le ton est donné… Des réductions en bronze fleurissent, et l’on peut se plaire à penser que Louis-Dominique Éthis de Corny (1736-1790), premier secrétaire de l’intendant de Franche-Comté mais également commissaire des Guerres dans la campagne d’indépendance américaine, dont on connaît l’esprit éclairé, commanda son exemplaire, en attendant de posséder plus tard le fameux buste de Voltaire. Son fils, Charles Éthis de Corny (1763-1829), le conservera avant de le transmettre à sa descendance, férue d’art elle aussi, puisque par la branche maternelle, elle était issue de l’architecte Victor Louis (1731-1800), auteur à Bordeaux du projet de la place Ludovise (1783) et du Grand Théâtre (1772-1780). Le portrait en buste de celui qui transforma la physionomie de la cité girondine, par l’artiste d’origine polonaise Anna Gault de Saint-Germain (vers 1760-1832), recueillait 20 000 €. Le Portrait de Benjamin Franklin, une toile de l’école française de la fin du XVIIIe siècle d’un proche de l’atelier de Joseph-Siffred Duplessis (74,5 x 61 cm), terminera le tour d’horizon des collections de cette famille décidément bien proche des Lumières… L’Américain, ami de la France, recueillait 36 250 €.
Mardi 31 janvier, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Muizon - Rieunier OVV. M. Froissart.
Barthélemy Prieur (vers 1536-1611), Lion marchant en bronze à patine translucide, Paris, fin du XVIe siècle, socle en ébène avec incrustations
de pierres dures, h. 10,4, l. 20 cm.
Adjugé : 81 250 €
Un animal royal
Comme annoncé, cette sculpture s’est bien taillée «la part du lion» vendredi dernier, en recueillant 81 250 €. Le fauve tournait la tête en signe d’assentiment et continuait sa marche, royal. Élancée, cette figure de bronze à patine dorée translucide, due au ciseau de Barthélemy Prieur (vers 1536-1611), traduisait la finesse d’exécution de l’artiste. L’allure élégante et svelte, la crinière abondamment bouclée de l’animal et les traits de sa face témoignent également de la qualité de sa fonte. Le modèle de cette œuvre est connu – un exemplaire figurant au Metropolitan Museum de New York, un autre dans la collection Thyssen-Bornemisza à Madrid, un troisième encore au Fitzwilliam Museum de Cambridge – et a été conçu dans les toutes dernières années du XVIe siècle. Dans l’inventaire après décès de l’artiste, rédigé en 1611 en présence du procureur du Roi et conservé aux Archives nationales, sont mentionnées «cinq figures d’animaux aussy de bronse de thaureaux, lions et chiens, tant petits que grands, prisé ensemble quarante livres tournois». Son corpus de petits bronzes est maintenant bien identifié. Il s’avère que le sculpteur en a créé un assez grand nombre et de sujets très divers, la plupart étant destinés à orner des meubles ou des cabinets d’érudits. Devant la mode pour ce type de figurines, ils seront diffusés pendant toute la première moitié du XVIIe siècle, par le biais de la fonte. Lorsque Barthélemy Prieur arrive à Paris au milieu de l’année 1571, il est précédé de sa réputation de spécialiste du bronze, et se voit aussitôt chargé de réaliser deux des grandes Vertus du tombeau du connétable Anne de Montmorency (1493-1567), sous la direction de l’architecte Jean Bullant (vers 1515-1578). Pendant près de quinze années, le succès ne se démentira pas et il produira abondamment avant de devoir quitter la capitale, en 1585, en raison de sa foi protestante. Il ne reviendra que neuf ans plus tard et sera nommé sculpteur du Roi. On lui doit notamment le portrait d’Henri IV en Jupiter et, en pendant, celui de Marie de Médicis en Junon (musée du Louvre). L’artiste ne survivra qu’un an à son souverain.
Vendredi 3 mars, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Damien Libert OVV. Mme Fligny.
Auguste Rodin (1840-1917), L’Éternel Printemps, premier état, taille originale - variante type B. Épreuve en bronze patiné, portant la marque «Griffoul et Lorge/fondeurs à Paris/passage Dombasle», fondue probablement entre 1887 et 1894, 64,4 x 69 x 39 cm.
Adjugé : 1 962 362 €
Le sacre du printemps
Le jeune homme peint par Adam de Coster (vers 1586-1643) au début du XVIIe siècle n’a pas eu besoin de beaucoup souffler sur les braises, le printemps, sous le ciseau de Rodin (1840-1917), s’étant embrasé d’un coup d’un seul jusqu’à se consumer à 1 962 362 €. La journée était élégante, entre belle orfèvrerie ancienne, fragiles porcelaines, tableaux anciens et objets d’art et de grand ameublement, et se concluait sur un score total de 2 716 668 €. Le plus bel atour en était donc ce premier état, dans sa taille originale et en variante de type B, de L’Éternel Printemps, conçu par Auguste Rodin pour appartenir à son œuvre majeure des années 1880, la Porte de l’Enfer. Le travail est colossal et son atelier ressemble alors à un gigantesque réservoir de formes, dans lesquelles il puise et taille sans cesse. Mais, tout comme Le Baiser, dont ce groupe est proche, l’image radieuse d’un couple enlacé ne collait pas avec le tragique de l’ensemble, et le sculpteur choisit de ne pas l’y faire figurer. Le plâtre resta un moment en suspens, sans nom, avant de vivre sa propre existence sous cette magnifique appellation. Ainsi que vous le rappelait l’article page 70 de la Gazette n° 11 du 17 mars, il existe deux états de ce groupe : sur le second, la base diffère et de la végétation est ajoutée pour soutenir le bras de l’amant fougueux. Celui-ci appartient au premier, conçu vers 1884 et fondu à une dizaine d’exemplaires par Griffoul et Lorge avant 1900. Le sujet a connu un grand succès lors de sa diffusion. Serait-ce dû à son mouvement gracieux, plus proche de la sculpture du XVIIIe siècle, appréciée de Rodin, que de l’expressionnisme qui allait marquer son travail ultérieur ? Retour avant de conclure sur le Jeune homme soufflant sur une planche de bois embrasée, sous le pinceau d’Adam de Coster. À l’instar de ses compatriotes flamands caravagesques Gérard Seghers et Théodore Rombouts, l’artiste est l’un des maîtres de «La découverte de la lumière», ainsi qu’une exposition du musée des beaux-arts de Bordeaux en 1959 titrait cette époque d’expérimentations. Ce résultat de 69 632 € le place sur la quatrième marche du podium international du peintre et la première française (source : Artnet). La source lumineuse irradiait sur le visage de ce jeune garçon, comme une flamme incandescente.
Mercredi 22 mars, salle 13 - Drouot-Richelieu. Fraysse OVV.
Mme Rouge, MM. Chevalier, Fabre, de Sevin, Vandermeersch. Cabinets Maréchaux, Turquin.
Ossip Zadkine (1890-1967), Tête d’homme, Bouddha, 1919, sculpture en bois doré sur un socle en pierre, h. tête : 54 cm, h. socle : 37 cm.
Adjugé : 787 199 €
Zadkine, tailleur de bois
Les barques de pêcheur bretonnes rentraient au port et celles du Midi pavoisaient pour entendre la clameur monter sur cette Tête d’homme, Bouddha d’Ossip Zadkine (1890-1967), un bois doré sculpté en 1919 et porté à 787 199 €. Ce résultat place l’œuvre à la troisième place du panthéon de l’artiste et à la première pour le marché français. Choisie pour illustrer la couverture de la Gazette n° 12, cette image réduite à deux yeux profondément incisés en amande, un nez d’une grande finesse dégagé dans le prolongement et une bouche aux lèvres fermées, interrogeait par son intériorité. Réalisée neuf ans après l’arrivée à Paris de Zadkine et trois avant la Tête d’homme cubisante de son musée parisien – acquise en 2003 sur les fonds du legs Valentine Prax, son épouse –, elle appartient aux œuvres de l’immédiat après-guerre, une période de traumatisme pour le sculpteur, qui fut gazé, mais aussi de renaissance, marquée par le courant primitiviste. 1919 signe la rencontre avec Valentine Prax et l’organisation de sa première exposition personnelle dans son atelier. Il n’y présentait rien moins que quarante-neuf sculptures taillées dans le bois, la pierre ou le marbre. Le critique Georges Duthuit parlait alors de la «nue simplicité» de ses créations. Cette œuvre mystérieuse y figurait-t-elle ? Pourquoi Zadkine lui a-t-il donné cette coiffure en brosse pour le moins incongrue ? Pas de réponses. Elle n’en acquiert pas moins une stature d’icône et se place aux côtés des grandes effigies de l’art moderne. Temps calme pour les barques bretonnes, celles d’Henry Moret (1856-1913) et celles d’Henri Le Sidaner (1862-1939). Deux personnalités avec leur Bretagne pour unique point commun. Le premier retient un jour d’été ensoleillé, où la lumière blonde lèche les falaises qui plongent dans la mer et reflètent 179 599 €. Ambiance tout autre chez le second. Pas de soleil, ni de gaieté ; le ciel gris de l’aube ou du crépuscule uniformise la composition dans une tonalité qui la rattache à la peinture de l’âme du tournant du XXe siècle. 127 400 € en émanaient. Sous les lumières méditerranéennes, le peintre Henri Martin a choisi le port de Collioure, découvert grâce à son ami Henri Marre, et le portraiture en pointillés. Des pointillés à 144 879 €, tout de même.
Mercredi 29 mars, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Millon OVV. Mme Ritzenthaler
Auguste Rodin (1840-1917), Le Baiser, réduction n° 3, épreuve en bronze patiné, F. Barbedienne fondeur, numérotée par estampage F23, h. 40 cm.
Adjugé : 403 000 €
Un Rodin remplace l’autre
Le succès d’Auguste Rodin (1840-1917), dès la fin du XIXe siècle, l’amène à conclure un contrat d’édition avec Gustave Leblanc-Barbedienne, pour une durée de vingt ans. Les termes en sont très précis et le 6 juillet 1898 précisément, le sculpteur s’engage à livrer «un exemplaire en plâtre de chacune des statues « Le Baiser […] dans la grandeur originale afin que M. Leblanc-Barbedienne puisse en faire les réductions dans toutes les dimensions qu’il jugera utiles au commerce». Quatre dimensions seront éditées par la maison, dans un nombre d’exemplaires différent pour chaque taille, correspondant en tout à 329 pièces. Chiffre qui explique la fréquence d’apparition du sujet sur le marché de l’art, avec des fortunes diverses. Le modèle – conçu comme l’Éternel printemps pour la Porte de l’Enfer et comme lui également exclu, car sensuel et placé sous le signe du bonheur – connaît une ferveur dès son exposition, en 1887. C’est le public qui le baptisa ainsi, aucune information ne venant révéler l’identité des deux amants voluptueusement entraînés dans cette longue embrassade. L’État commanda un marbre en 1888, qui lui fut livré dix ans plus tard ; il le déposa au musée du Luxembourg en 1901, puis au musée Rodin à partir de 1919. Ce bronze, une fonte au sable, a été fondu entre 1901 et 1918. Il s’agit donc d’une épreuve du vivant de l’artiste – détail de grande importance, tout particulièrement concernant l’œuvre de Rodin –, de la troisième dimension, celle de 40 cm. Elle enthousiasmait un amateur jusqu’à 403 000 €. Le catalogue de l’exposition «Rodin sculpteur, œuvres méconnues» du musée Rodin, en 1992-1993, fournit d’amples informations sur le contrat ci-dessus mentionné. On y apprend encore que cette troisième réduction était vendue 700 francs en 1901. Convertie en euros, cette somme correspond à 2 713 €. À vous de faire un petit calcul quant à la plus-value réalisée…
Vendredi 31 mars, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Drouot-Estimations OVV. Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.
Émile Antoine Bourdelle (1861-1929), Femme drapée dans un grand châle, sculpture en marbre blanc, signée «E. Bourdelle» sur la tranche gauche de la terrasse, h. 78 cm.
Adjugé : 115 425 €
Une Madrilène perdue et retrouvée
Cette mystérieuse sculpture en marbre blanc d’Émile Antoine Bourdelle n’était à ce jour connue que par trois épreuves plus petites et en terre cuite, deux se trouvant dans des collections privées et la troisième au musée Bourdelle. La Femme drapée dans un grand châle, présentée ce samedi 8 avril à Saint-Jean-de-Luz, provenant d’une demeure hendayaise, serait bien la Jeune femme madrilène exécutée en 1889 et disparue depuis sa présence au Salon de la Société des artistes français de 1890. L’œuvre de jeunesse de Bourdelle, dont le parcours a pu être reconstitué par des recherches savantes, menées en particulier par l’expert Emmanuel Eyraud, était finalement couronnée par 115 425 €. Création plus régionale, l’urne au décor à l’antique et réalisée dans les tout premiers débuts de la manufacture de Ciboure, c’est-à-dire à l’époque de Floutier et Lukas, était emportée pour 15 785 €. De Nancy, et précisément des Établissements Gallé, provenait ensuite une haute lampe de salon, au décor rougeoyant de feuilles et de fleurs de magnolias, qui s’illuminait pour 10 327 €. Tout aussi inspiré par la nature, l’assiette en grès d’Alfred-Jean Hallou présentant la lutte d’un serpent avec une grenouille inspirait un amateur, déboursant pour elle 6 075 €. Plus apaisant, un bronze de Jean Tarrit représentant Une femelle dromadaire allaitant son petit requérait 3 159 €. Pays basque oblige, deux œuvres lui rendaient hommage : un petit format de Louis Floutier nommé Le Fronton, nécessitant 4 252 €, et un dessin de François-Maurice Roganeau, Saint-Jean-de-Luz, enlevé à 3 037 €. Enfin, signalons, hors concours, le beau score réalisé par la Ferrari 599 GTB Fiorano de 2006, partie elle aussi à 115 425 €.
Saint-Jean-de-Luz, samedi 8 avril.
Côte Basque Enchères Lelièvre-Cabarrouy OVV. M. Eyraud.
Rembrandt Bugatti (1884-1916), Panthère marchant, patte arrière levée, épreuve en bronze à patine nuancée de brun, fonte à la cire perdue, A. A. Hébrard fondeur, numéro de tirage 3,  h. 21 cm, terrasse : 51,5 x 12 cm.
Adjugé : 613 600 €
L’esprit félin de Rembrandt Bugatti
Restée dans la même famille depuis son achat en 1925 par le ministre du Commerce et de l’Industrie Daniel-Vincent, une Panthère marchant, patte arrière levée déambulait de son pas souple à l’Hôtel des ventes de Bayeux ce lundi 17 avril. Il s’agissait heureusement du bronze à patine de Rembrandt Bugatti reproduit en couverture de La Gazette n° 13, une fonte à cire perdue portant le cachet du fondeur A. A. Hébrard. Exemplaire inédit d’une série connue par ailleurs (numéro de tirage 3), il remportait alors une victoire, avec un record à enregistrer pour ce modèle, en arrachant l’enchère de 613 600 €. Le fauve devançait en effet d’un grand bond, son homologue exact (9/54), vendu 450 967 € le jeudi 25 juin 2015 par Sotheby’s London (source Artnet).
C’est la peinture qui relevait ensuite le défi avec une toile d’Albert Marquet nommée Bateaux à quai dans le port de La Rochelle, dont les voiles groupées composaient un jeu subtil de couleurs douces pour 108 560 €. Eugène Boudin n’était pas loin, avec sa Scène de marché à Trouville, une huile sur panneau des années 1880-1895 qui affichait au final 17 464 €. Un Jeune couple de Mai-Thu, peint sur soie comme il se doit, partait à 9 440 €. Ce même jour, on relevait des résultats intéressants sur les bijoux anciens et modernes livrés à la convoitise, particulièrement attisée par une bague en platine ornée d’un brillant de 3 ct environ, dans un entourage de brillants et diamants en baguette, d’un poids brut de 7,6 g : on la passait au doigt pour 13 216 €. Cette vacation s’achevait en beauté sur une tête de Déméter en terre cuite, modelée à Métaponte vers la fin du Ve ou au début du IVe siècle av. J.-C. et achetée 59 000 €. La veille, 16 avril, c’est un fonds d’atelier provenant de la succession de Charles Léandre qui avait créé l’événement. On y retrouvait son Portrait de Maurice Eliot dans l’atelier, évoqué dans la Gazette n° 15, page 115, qui ne tardait pas à attirer 6 490 €, tandis que le Portrait de Charles Léandre dans l’atelier, un pastel de 1886 par le même Maurice Eliot, montait quant à lui jusqu’à 13 688 €.
Bayeux, lundi 17 avril.
Bayeux Enchères OVV. Mme Fromanger.
Roger Godchaux (1878-1958), Lionne et lionceau, bronze à patine brune et dorée, fonte Susse, cire perdue, vers 1930, 52 x 86 x 34 cm.
Adjugé : 66 040 €
Dans la savane des animaliers
À l’instar de ses confrères animaliers, Roger Godchaux (1878-1958) fréquente assidûment la ménagerie du Jardin des Plantes – le laboratoire d’anatomie du Muséum également – et participe aux grands salons de l’entre-deux-guerres, qui lui apportent médailles et récompenses, mais aussi et surtout des commandes de l’État français et du Newark Museum, aux États-Unis. En obtenant 66 040 €, ce groupe d’une lionne et son petit en bronze montait sur la deuxième marche du podium – juste derrière le modèle très recherché de l’Éléphant et cornac – et obtenait le premier prix français, un très joli score donc. Il honore le travail d’un sculpteur qui se voulait véritable portraitiste de la faune – sa préférence allant aux éléphants et aux fauves –, portant un soin extrême au traitement des têtes en leur conférant une quasi humanité. Son souci de vraisemblance s’étendait jusqu’au rendu du pelage et de la morphologie. L’art statuaire s’illustrait également avec les 76 200 € recueillis par un bois polychrome sculpté en 1983 dans une racine d’acacia par Étienne-Martin (1913-1995). L’objet étonnant, titré Alléluia, une pièce unique de 305 cm de hauteur, était exposé suite à un prêt depuis 1992 au musée d’Art et d’Archéologie de Valence. L’œuvre de cet artiste est inclassable, menée délibérément en dehors des grands mouvements contemporains, s’expérimentant sur des matériaux inusités et se faisant témoignage d’une quête spirituelle complexe.
Jeudi 4 mai, salle 10-16 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés OVV. Plaisance Expertise, M. Ottavi.
Brabant, Bruxelles, attribuée à Jan Borman I, vers 1490-1500, Vierge à l’Enfant en pierre calcaire sculptée en ronde bosse, h. 194 cm.
Adjugé : 394 590 €
En majesté
Deux sculptures en ronde bosse présentant deux versions différentes – et illustrant la variation au fil des siècles – du thème de la Vierge à l’Enfant se trouvaient dans une vente de Haute Époque, qui s’achevait sur un produit frais compris de 1 139 337 € et dans laquelle se remarquait encore un triptyque allemand en ivoire. De la Vierge à l’Enfant à la Nativité, un parcours sculpté autour de deux thèmes forts de la religion chrétienne. La première Vierge à l’Enfant remonte à la seconde moitié du XIIe siècle et a été sculptée dans le sud de la France, peut-être en pays bigourdan du fait de sa ressemblance avec certains modèles locaux, notamment celle de l’église de Saint-Savin. Elle est en bois – de l’aulne ? – et montre une Vierge hiératique et raide tenant sur ses genoux son fils figé, caractéristique de cette époque. 119 224 € sont venus la couronner. À l’opposé, la seconde, dont l’origine brabançonne et l’attribution au sculpteur de Bruxelles Jan Borman I, affichait beaucoup plus de vie et de tendresse. L’enfant était souriant et joueur, la mère paisible et élégante, avec sa silhouette longiligne et les drapés en «V» de sa robe. Cette figure universelle avait gagné en humanité, une qualité qui la menait à 394 590 €. Un autre beau résultat, 157 850 €, venait clore en beauté cette soirée : il ouvrait les portes d’un cabinet portatif en ébène pour dévoiler un triptyque en ivoire. Son sujet ? La Nativité aux bergers pour la scène centrale et les prophètes Jérémie et Ézéchiel pour les volets latéraux. L’œuvre, traitée avec une grande finesse et une abondance de détails la rendant vivante, remonte au XVIIe siècle et provient d’Allemagne du Sud. Son auteur ne nous a laissé que ses initiales, «IP». Le travail de l’ivoire à cette époque était particulièrement important autour du grand centre rayonnant d’Augsbourg, et de nombreux sculpteurs s’attachaient à réaliser des pièces aux thèmes inspirés du Nouveau Testament.
Jeudi 1er juin, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés OVV. Mme Fligny.
D’après Antonio Canova, Pauline Borghèse en Vénus Victrix, marbre blanc, Italie, XIXe siècle, 70 x 120 x 40 cm.
Adjugé : 100 160 €
Une Vénus napoléonienne
La beauté de Pauline Borghèse, sœur préférée de Napoléon Bonaparte, était célèbre bien au-delà de Rome, où elle résidait depuis son mariage avec le prince Camille Borghèse. Par cette union voulue par son frère, elle devient un instrument de conquête diplomatique et la muse de nombreux artistes. Robert Lefèvre fera son portrait dans une sage attitude et portant un regard au buste de Napoléon, qui traduit l’affection réelle que se vouaient le frère et la sœur. Antonio Canova (1757-1822) la fige dans une tout autre posture et, pour sa statue en marbre, la représente langoureusement étendue sur un lit à l’antique, la poitrine dénudée, tenant la pomme provenant du jardin d’Éden et qui est celle celle du jugement de Pâris, un symbole explicité de la beauté de la sublime déesse. Le beau-frère de l’Empereur, fort amoureux de sa femme malgré ses infidélités nombreuses, en est le commanditaire. Canova bouscule les codes en idéalisant ainsi un personnage contemporain. Il propose Diane dans un premier temps, mais cette figure chaste et pudique ne peut convenir à la jeune femme, et c’est finalement sur Vénus que le choix de la princesse se porte. L’artiste cède devant ce caprice. Le marbre, commencé en 1804, ne sera achevé qu’en 1808. Le modèle en plâtre sera exposé dès juillet 1804 au palais Borghèse, où il se trouve encore aujourd’hui, et les curieux se presseront pour l’admirer. Cette sculpture en marbre, réalisée au XIXe siècle d’après l’original, possède la même sensualité et séduisait au-delà des siècles à 100 160 €. Un résultat qui n’aurait pas été pour déplaire à la belle, bien que dans les dernières années de sa vie, son éclat se flétrissant sous le poids de l’âge, des fièvres contractées lors de son séjour à Saint-Domingue et des soucis causés par la chute de l’Empire et l’exil de son frère, elle prît en grippe la statue et la reléguât dans les greniers du palais. On peut imaginer que dans les salons des Borghèse se trouvait un modèle de console identique à celui vendu 68 860 € peu de numéros avant la sculpture. Il s’agissait en effet d’une console en bois doré richement décoré dite «au masque», un travail typiquement romain de la fin du XVIIe siècle et dont le palais du Quirinal possède plusieurs exemples.
Mercredi 7 juin, salle 10-16 - Drouot-Richelieu.
Kohn Marc-Arthur OVV.
Baltasar Lobo Casuero (1910-1993), Contemplative allongée, 1952, épreuve en bronze à patine brune, numérotée 3/6, 27,5 x 40,5 x 22 cm.
Adjugé : 30 000 €
Beauté contemplative
La collection de deux physiciens passionnés d’art, Roger et Bella Belbéoch, installés sur l’île Saint-Louis depuis les années 1950, était dispersée vendredi 9 juin. Les œuvres de leurs amis artistes se disputaient murs, consoles et sellettes et parmi celles-ci, un important ensemble de sculptures de Baltasar Lobo Casuero (1910-1993), un artiste d’origine espagnole réfugié à Paris, comme beaucoup de ses amis, à la suite de la guerre civile qui ravageait son pays. À Montparnasse, il découvre les recherches des avant-gardes, la pureté des œuvres de Brancusi, et se lie d’amitié avec Henri Laurens. Son travail est un véritable hymne au corps féminin, au travers de courbes inspirées de celles des idoles cycladiques. Il réduit les formes et ne conserve que l’essentiel pour tracer un chemin personnel en marbre, bronze et granit. Cette épreuve en bronze conçue en 1952 portait bien son nom, Contemplative allongée, et séduisait à 30 000 €. À ses côtés, deux pièces uniques en marbre du sculpteur se disputaient la ferveur des amateurs. L’Éveil, en Carrare de 1965-1966, requérait 25 000 €, et un buste de 1967-1968 en Milan, 30 000 €. Quant à un Torse au soleil de 1973, une épreuve en bronze à patine mordorée, des rayons la faisaient briller à 44 375 €. L’homme ne dédaignait pas non plus le dessin, comme l’illustrait une Maternité à l’encre de Chine de 1958, à la tendresse tout en courbes et qui touchait à 5 000 €.
Vendredi 9 juin, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Ader OVV.
Camille Claudel (1864-1943), La Valse, 1889-1905, épreuve en bronze à patine brun-noir,
fonte au sable réalisée du vivant de l’artiste, vers 1900, 46,7 x 25,5 x 16,8 cm.
Adjugé : 1 463 200 €
Une valse pour 1 463 200 €
Un chef-d’œuvre de Camille Claudel comme il en passe rarement en vente… Aussi le résultat de sa vente s’est-il révélé à la hauteur des espérances de ses nombreux admirateurs. Car la Valse due à l’immense talent de l’artiste, longtemps oubliée, était attendue de pied ferme dimanche 11 juin à Montbazon. Pour la somme de 1 463 200 €, c’est finalement Reine-Marie Paris, historienne de l’art, petite-fille de Paul Claudel et spécialiste de l’œuvre de sa grand-tante, qui l’a emportée dans un tourbillon titanesque d’enchères, l’opposant à cinq enchérisseurs au téléphone, dont certains aux États-Unis. Le rêve ultime de son acquéreur serait de la voir rejoindre le musée consacré à Camille Claudel à Nogent-sur-Seine, dans l’Aube, depuis le 25 mars dernier, dans la maison où l’artiste vécut de 1876 à 1879. Notre Valse est la deuxième version d’une sculpture commencée dès 1889 sous le nom des Valseurs. Elle a été largement diffusée, en différentes tailles, matières et avec des variantes. En 1892, Camille Claudel en donnait une nouvelle mouture, en retirant le voile qui entourait à l’origine les têtes des danseurs, mais en habillant d’une longue robe fluide la jeune femme qui s’abandonne à son cavalier. Cette seconde version sera fondue par Eugène Blot après 1905 en deux tailles : 23,5 et 46,4 cm. Le bronze adjugé dimanche provient de la collection de Joseph Honoré Allioli (1854-1911), un décorateur parisien ayant collaboré souvent avec Auguste Rodin, et auquel la sculptrice avait adressé un billet (vendu d’ailleurs avec les deux figures enlacées) en vue de l’acquisition de l’œuvre. Il s’agit d’une épreuve au sable et à la patine brun-noir qui a longtemps orné le salon de son premier propriétaire à Béthisy-Saint-Pierre dans l’Oise, comme en témoigne une photographie ancienne. Par la suite, la Valse, tombée en disgrâce, sommeillera dans un placard où on ne l’a retrouvée que très récemment.
Château d’Artigny (Montbazon), dimanche 11 juin.
Rouillac OVV. Cabinet Sculpture et collection.

 
Rembrandt Bugatti (1884-1916), Panthère au repos, pattes arrière croisées, épreuve en bronze à patine brun foncé, fonte A. A. Hébrard de 1907, numérotée I, d’un tirage à deux exemplaires connus, 30,5 x 58 x 21,5 cm (34,5 x 58 x 23 cm avec socle).
Adjugé : 765 500 €
Sage, le félin !
À l’arrêt mais en puissance, un exemplaire en bronze de la Panthère au repos, pattes arrière croisées de Rembrandt Bugatti (1884-1916) recueillait 765 500 €. Selon la spécialiste de l’artiste italien Véronique Fromanger, auteure d’un répertoire richement documenté de son œuvre, paru en 2016 aux Éditions de l’Amateur, le modèle en a été modelé en 1907 et à ce jour, seuls deux exemplaires en bronze en sont répertoriés. C’est peu de dire sa rareté et de justifier l’engouement d’un amateur pour se procurer ce splendide spécimen. L’autre «Rembrandt» demeure bien le sculpteur animalier le plus cher et le plus recherché, et même très loin devant ses confrères de la Ménagerie du Jardin des plantes de Paris et du Jardin zoologique d’Anvers. La panthère aura les faveurs du jeune artiste. Entre 1904 et 1907, il la capture dans différentes attitudes, seule ou en groupe, se léchant, jouant, marchant, au repos… Celle-ci tient la tête haute en signe de supériorité, son regard est droit et fixe au loin, et ses pattes massives sont d’une puissance qui révèle la grande force du majestueux félin. Souveraine dans son pelage de bronze à patine brun foncé qui renvoie la lumière et accroche les regards, elle ne semble craindre ni rien ni personne. Il faut dire qu’elle a été magistra-lement fondue par Adrien-Aurélien Hébrard (1865-1937), l’éditeur exclusif et le marchand d’art de Bugatti, celui dont le critique d’art Louis Vauxcelles parlait en ces termes élogieux : «Je ne sais pas de fondeur qui obtienne, à l’heure actuelle, en ses cires perdues, de plus beaux effets de bronze vert-de-grisé, de noir mouillé “aile de corbeau”». Tout de même… Rarement mariage entre un artiste et son fondeur aura été plus harmonieux et respectueux. Le second défendant bec et ongles le travail de son poulain, respectant au plus juste ses modèles, par l’usage de la fonte à la cire perdue, et instaurant au tout début du XXe siècle, démarche totalement novatrice à l’époque, un système d’éthique commerciale en apposant une lettre – ici un «I» – et un chiffre pour les éditions supérieures à dix exemplaires, consignées dans son grand livre de comptes. Un gage essentiel rassurant pour les acheteurs d’aujourd’hui, prêts à débourser des centaines de milliers d’euros pour un animal de bronze. Cette panthère peut continuer à aborder l’avenir d’un regard fier et serein.
Lundi 12 juin, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Leclere - Maison de ventes OVV. Cabinet Ottavi.
Joseph Csaky (1888-1971), Panthère, 1928, granit blanc rosé sur son socle d’origine, 41 x 65 x 30 cm.
Adjugé : 231 620 €
Sous le ciseau de Csaky
Une panthère chasse l’autre. La semaine dernière, c’était celle de Rembrandt Bugatti qui poussait son rugissement bestial. Elle cède la place à un modèle (reproduit ci-dessus) en granit blanc rosé de Joseph Csaky (1888-1971) provenant, ainsi que l’ensemble d’œuvres de ce sculpteur, de la collection d’Andrée Vanbremeersch. Cette réunion unique, constituée d’achats effectués directement auprès de Csaky à partir de 1957 et d’un autre auprès du collectionneur Jacques Kelekian, totalisait 342 800 €. L’amitié entre les époux Vanbremeersch et cet artiste d’origine hongroise vous était relatée. La belle panthère, tout en volumes stylisés dans une interprétation cubiste, attrapait 231 620 € à elle seule dans ses griffes et se voyait gratifier d’un record mondial pour une œuvre en pierre du sculpteur (source : Artnet). Cette production majeure dans son parcours créatif datait de 1928, périodele voyant enrichir son répertoire en l’ouvrant aux sujets animaliers. Les autres créations en présence, plus tardives, restaient dans des sphères plus raisonnables. Parmi les plâtres sont ainsi à noter les 27 550 € de Femmes et enfant, dit aussi Trois femmes et un enfant nus (95 x 79 cm), un bas-relief de 1948, et les 13 270 € d’une Maternité (38 x 24 cm) de 1957. Quant aux bronzes, ils rendaient hommage au nu féminin, l’un des thèmes privilégiés du sculpteur. Ils témoignent d’une affinité avec la tendance décorative des années 1930-1940 mâtinée de cubisme assagi. Une association non dénuée d’élégance. Les bronzes de Csaky sont un sujet sensible, la quasi-totalité d’entre eux ayant fait l’objet de fontes post mortem. La présence dans cette collection de deux épreuves acquises à la fin des années 1950, et donc exécutées du vivant de l’artiste, était ainsi un gage important. Il s’agissait du Nu féminin debout, dit aussi Femme bras croisés dans le dos de 1947, à la patine brun-doré (reproduire page de gauche), qui retenait 17 277 € – par ailleurs premier achat des collectionneurs –, et de Pureté ou Pudeur, de 1958, reconnu à 10 020 €. La Femme assise sur ses genoux de 1959, un tirage post mortem réalisé à partir du plâtre d’atelier, recevait quant à elle 4 880 €.
Lundi 19 juin, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Magnin Wedry OVV. M. Ottavi.
Attribué à Giovanni Francesco Susini (vers 1585-1653), cheval en bronze à patine laquée brun-rouge, d’après Gianbologna, fondu à Florence dans la première moitié du XVIIe siècle.
Adjugé : 976 000 €
Cheval de bronze et musique baroque
Jour de fête à Bordeaux, le samedi 24 juin, avec une cascade de pièces hors du commun et une enchère record… À l’origine de ces bons résultats ? Essentiellement deux collections particulières, provenant l’une d’une chartreuse girondine, et l’autre d’un salon de musique oublié, objet du Zoom région de la Gazette n° 24, page 36. De la première s’échappait un cheval passant en bronze, à patine laquée brun-rouge d’après Gianbologna ; attribué à Giovanni Francesco Susini (vers 1585-1653), il a été fondu à Florence dans la première moitié du XVIIe siècle. D’une estimation maximale de 80 000 €, et âprement disputé par des collectionneurs internationaux, il bondissait jusqu’à 976 000 €, ce qui en fait un record mondial pour une œuvre attribuée à ce sculpteur (source Artnet) ; rappelons qu’un sujet identique avait été adjugé 206 500 GBP (234 523 €) par Sotheby’s à Londres le 9 juillet 2014. C’est un primitif catalan qui prenait la relève avec un panneau latéral de retable par Bernat Martorell et son atelier, documentés entre 1427 à 1452 ; représentant la Prédication de saint Jean-Baptiste, peint à l’œuf sur fond d’or avec son cadre en bois doré polylobé, il fusait à 87 840 €. Du côté du mobilier ancien, une commode en bois de violette et riche ornementation de bronzes dorés, attribuée à François Lieutaud d’époque Louis XV, était prisée à 56 120 €. Vous la surmontiez d’une tout aussi élégante vasque en marbre de brèche violette de la fin du XVIIe siècle, pour 30 500 €. Quant à la toile de Pierre-Henri de Valenciennes, Œdipe trouvé par le berger (voir Gazette n° 24, page 180), la maison de vente n’a pas souhaité communiquer son résultat. L’autre versant de cette riche vacation était constitué d’instruments de musique anciens, issus de la collection du musicien bordelais Pierre-Ariste Ducaunnès (1832-1908). S’en détachait un violoncelle réalisé par le célèbre luthier Auguste-Sébastien Philippe Bernardel dit «Bernardel Père», signé et daté 1855, qui résonnera bientôt en échange de ces 44 530 €. Plus émouvante encore, une guitare baroque fabriquée à Paris dans la seconde moitié du XVIIe siècle, et modifiée au XVIIIe, largement incrustée d’ébène, d’ivoire et de nacre, recueillait 15 860 €.
Bordeaux, samedi 24 juin. Briscadieu Bordeaux OVV.
MM. Dayot, Taconné. Cabinet Turquin.
Attribué à Christophe Veyrier (1637-1689), Buste de Jean, marquis Deydé (1617-1687), 1684, marbre de Trets, h. 50 cm.
Adjugé : 99 528 €
Un marquis pour Montpellier
Nouvelle préemption pour le musée Fabre - Montpellier Méditerranée Métropole. Juste avant la trêve estivale, cette institution particulièrement dynamique sur le marché de l’art  vient d’acquérir pour 99 528 € ce buste en marbre de Trets – détail régional d’importance – de Jean, marquis Deydé (1637-1687), attribué à Christophe Veyrier (1637-1689) et daté de 1684. Tous deux sont des figures éminentes du Midi. Le modèle, ici saisi avec dextérité, porteur d’une éblouissante perruque bouclée et dont le caractère transparaît dans les veines de la pierre, était un éminent conseiller à la Cour des comptes, aides et finances à Montpellier, par ailleurs grand amateur d’art. Il va rejoindre son épouse, dont un moulage du buste est déjà conservé au musée. Les deux sculptures ont été exécutées pour leur tombeau, installé dans la cathédrale de la ville et démantelé à la Révolution. L’auteur présumé était un artiste toulonnais, travaillant sous la direction du grand Pierre Puget (1620-1694), dont on sait qu’il obtint la commande des bustes et de l’urne des deux époux. Il a par ailleurs réalisé un autre buste du marquis, figurant au Metropolitan Museum de New York, et de nombreuses autres statues et portraits, exposés dans de grandes et nobles institutions françaises et étrangères ainsi que dans des églises du sud de la France. Ses œuvres sont très rares sur le marché, ce buste étant la troisième référencée et la première sur le podium (source : Arnet).
Vendredi 30 juin, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Leclere - Maison de ventes OVV. M. Dayot.
Paris, deuxième tiers du XVIe siècle. Bas-relief en bronze doré figurant le buste
de profil gauche de François Ier, 49,2 x 45,2 cm.
Adjugé : 126 000 €
Puissance, gloire et fidélité
Ces nobles vertus, indissociables de la royauté, s’exposaient dans une vente de Haute Époque. Elles prenaient le visage du roi de France François Ier, majestueux en couverture de la Gazette du 23 juin (n° 25, page 6) et reproduit ici page de droite. Le souverain y apparaissait sous son «meilleur profil», impérial à la manière d’un Jules César, ceint de gloire avec sa toge et nimbé d’une patine dorée. Une silhouette, reconnue à 126 000 €, qui rappelle combien François Ier fut un défenseur des arts et un fervent admirateur des artistes italiens. Ils seront la plus belle prise de ses campagnes sur leurs terres… C’est en Italie, en Toscane, que se trouve également le marbre de Carrare. Toute la fidélité et l’affection du chien pour son maître reposaient dans les quelques centimètres du fragment de gisant d’enfant sculpté dans cette pierre, singulier veilleur d’éternité, porté à 100 800 €. Depuis le XIIe siècle, un curieux bestiaire est venu accompagner les morts, figurés sur leurs tombeaux. À leurs pieds, le lion incarnant la force, la puissance et la justice, le dragon pour rappeler la victoire sur le mal, le porc-épic attribut des Valois-Orléans, emblème d’intimidation, parfois un furet, vantant les qualités de chasseur du défunt, voire un ours pour le duc de Berry à Bourges et, évidemment, le chien… Symbole de fidélité par excellence, ce dernier est le plus souvent allongé aux pieds des femmes et même des enfants, qu’il est censé protéger et guider dans le royaume des morts, s’animant dans quelques cas et chassant le lapin, comme sur le tombeau des fils du comte d’Alençon. Le résultat de celui-ci attesterait d’une provenance d’une grande église parisienne ou de l’abbatiale de Saint-Denis. Quelques numéros plus tôt, le gisant en granit beige rosé d’un homme en armes, figurant probablement Guillaume de Launay, seigneur du pays de Saint-Brieuc dans la première moitié du XIVe siècle, aux pieds appuyés sur un lion couché dévorant un monstre, affichait sa belle conservation à 34 020 €. En revanche, l’ensemble de 26 stalles andalouses de la fin du XVe siècle ne changeait pas d’affectation.
Mercredi 28 juin, salle 2 – Drouot-Richelieu.
Daguerre OVV. Mme Fligny.
Berlin, vers 1810-1820. Labrum ou vasque sur pied en marbre jaune de Sienne et granit gris, 70 x 64,5 x 64,5 cm.
Adjugé : 90 144 €
Le néoclassicisme au début du XIXe siècle
Au début du XIXe siècle, la Prusse accélère son industrialisation grâce au congrès de Vienne de 1815 et à ses conditions favorables : l’obtention de la majeure partie de la Saxe, de la Rhénanie et de la Westphalie. Berlin n’est pas encore sa capitale – elle le deviendra en 1871 sous Bismarck – mais déjà, la ville s’accroît et sa population double, passant de 197 000 à 400 000 habitants. L’époque est donc bénéfique et en parallèle du développement industriel, les arts en sommeil depuis quelques décennies sont à nouveau à l’honneur, sous le signe du néoclassicisme triomphant. Depuis la redécouverte de Pompéi et d’Herculanum, le salut européen passe par le goût de l’antique. Les Allemands ne sont pas en reste. Karl Friedrich Schinkel (1781-1841), l’un des plus grands architectes néoclassiques, transforme Berlin en la couvrant de bâtiments majeurs et majestueux, alternant portiques et colonnades. Johannes Matthaüs Mauch (1792-1856) travaille dans le même esprit… Celui-ci dessine et grave de nombreux objets de haute décoration – qui seront publiés dans le recueil Vorbilder für Fabrikanten und Handwerker de 1821 – dont un modèle de labrum, ou vasque sur pied, repris de celui, datant du Ier siècle avant notre ère, trouvé dans les jardins de la villa de Mécène à Tivoli. Cet exemplaire berlinois, réalisé en marbre jaune de Sienne vers 1810-1820 et porté à 90 144 € en est très proche. Citons également le labrum, très proche, du château de Berlin, résidence des Hohenzollern, ainsi que celui en marbre noir ornant le grand escalier du palais de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg. On y retrouve les mêmes caractéristiques : un réceptacle évasé, une encolure sculptée d’une frise d’oves, une corolle de godrons, un piédouche strié présentant des motifs de canaux et des cygnes aux ailes déployées. L’emploi du marbre n’est pas anodin non plus, ce matériau étant bien le plus prisé de l’Antiquité. En revanche, le guéridon «aux têtes léonines» en bronze patiné, à plateau de marbre vert de mer, fin XVIIIe-début XIXe et présenté en page 46 de la Gazette n° 26, bien que lui aussi d’inspiration antiquisante, ne trouvait pas preneur.
Vendredi 7 juillet, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Kohn Marc-Arthur OVV.
Alberto Magnelli (1888-1971), L'Injustice, structure de traverses de bois et pierres diverses (silex, grès rouge...), support et agrafes métalliques, 227 x 205 x 90 cm.
Adjugé : 18 744 €
Magnelli totémique
Alberto Magnelli (1888-1971), peintre abstrait des années 1950 riche, selon les mots du critique d’art italien Achille Bonito Oliva, «d’une géométrie interne et silencieuse qui lui est propre» était également un collectionneur reconnu d’art primitif – il a fait don de nombreuses pièces à différents musées français – et un proche des surréalistes. Son amitié avec Georges Hugnet (1906-1974) est attestée dès 1934. Il lui dessine en 1961 cette sculpture monumentale, L’Injustice (h. 227 cm), qu’il lui offre accompagnée d’un plan de construction afin que le poète, par ailleurs historien du dadaïsme et auteur de collages singuliers, puisse l’assembler dans le jardin de sa maison de l’île de Ré. Constituée de traverses de bois et de pierres diverses (silex, grès rouge…), cette œuvre, transportée ici à 18 744 €, appelle par l’ambiguïté de son titre – où réside l’injustice ? Dans l’oubli de ces simples pierres par les artistes comme matériau, alors qu’elles sont œuvres d’art en elles-mêmes par la volonté de la nature ? – à une réflexion mise en résonance avec la pensée surréaliste. Géographiquement éloignée de cet univers mais évoquant également le monde de l’esprit, l’huile sur toile d’un artiste de l’entourage d’Henri Vinet, Méditation dans la forêt de Tijuça, choisie page 48 de la Gazette n° 26 pour illustrer la vente, ne sortait pas de l’ombre.
Jeudi 6 juillet, salle 15 -Drouot-Richelieu.
Farrando OVV. Cabinet Chanoit.
Cercle de Barthélémy Prieur (1536-1611), statuette figurant une Diane chasseresse dénudée, bronze à patine brune, h. 40,5 cm, sur un socle en marbre blanc, h. totale 51 cm.
Adjugé : 331 250 €
Une déesse sur l’Olympe
En recueillant 331 240 €, cette statuette de Diane chasseresse rejoignait l’Olympe des plus hauts prix pour un petit bronze d’époque Renaissance. Le Louvre a récemment ouvert une exposition, magnifiquement mise en scène et présentant de multiples chefs-d’œuvre, consacrée au règne de François Ier et à l’apport des Flandres et des Pays-Bas sur l’art français. Cette sculpture rappelait que l’Italie demeurait bien l’autre source d’influence du XVIe siècle, puisque ce modèle de la déesse de la chasse est à rapprocher des productions de Jean de Bologne (1529-1608). Aucune certitude en revanche dans son attribution à Barthélémy Prieur (1536-1611) – les experts préférant demeurer prudents –, mais un faisceau d’indices concordant puisqu’une statuette de Diane très semblable, attribuée au bronzier parisien, est reproduite dans l’ouvrage de référence d’Alan Gibbon consacré aux Bronzes de Fontainebleau (éd. Frédéric Birr) et que l’on sait par ailleurs qu’il s’était fait une spécialité de ces petits bronzes «à l’italienne», destinés à une clientèle privée. Le protestant Prieur, très proche de la sphère royale et nommé sculpteur du Roi en 1594, développe cette activité à côté de son travail sur les grands monuments funéraires. Une activité certainement très rentable qui le mène – bien avant la vogue de l’édition et aidé de plusieurs apprentis – à la production d’exemplaires multiples, comme le dévoile l’inventaire très précis établi après son décès. Les effigies de Marie de Médicis et d’Henri IV en Junon et Jupiter y voisinent avec les têtes de Scipion et de Marc Aurèle, des animaux divers et des statuettes de Vénus et de Diane. Deuxième motif de réjouissance pour la maison de ventes : la collection Tilloy-Pégourier de quarante faïences et porcelaines révolutionnaires – dont certaines n’avaient jamais été ni répertoriées ni publiées – recevait 62 585 €, dont 9 750 € pour un plat à barbe de Nevers, à décor patronymique et révolutionnaire d’un enfant portant sur son dos un médaillon de fleur de lys, avec l’emblème de la paysannerie à ses pieds. Un saladier rond à bord godronné dit «au pont de Nevers», décoré en polychromie d’un vaisseau, jetait pour sa part l’ancre à 7 750 €.
Mercredi 18 octobre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Beaussant Lefèvre OVV. MM. Bacot, de Lencquesaing, M. Vandermeersch.
Attribuée à Jean-Joseph de Saint-Germain (1719-1791), époque Louis XV, pendule «à l’éléphant» en bronze ciselé, doré et patiné, le tambour verni bleu, terrasse rocaille agrémentée de larges fleurs, poinçon au «C» couronné, 45 x 33 x 20 cm.
Adjugé : 65 208 €
Facettes de XVIIIe siècle
Notre pachyderme, solidement planté sur une terrasse rocaille fleurie, levait sa trompe vers un barbet attaquant un échassier en bronze doré, un petit groupe animalier posé à l’amortissement – en signe d’assentiment ? Beaucoup de présence pour ce modèle de pendule portant le fameux «C» couronné, une lettre n’ayant été apposée sur les bronzes français qu’entre 1745 et 1749. Conçu à l’origine pour être un poinçon d’impôt, il est devenu pour les collectionneurs un gage de qualité et de datation du meilleur de l’époque Louis XV. Une grande qualité esthétique en émanait également, qui le rapprochait des créations de Jean-Joseph de Saint-Germain (1719-1791), l’un des – sinon le – plus célèbres bronziers du milieu du XVIIIe siècle à Paris. En effet, notre artisan d’art s’est fait, durant plusieurs décennies, une spécialité du genre des créations horlogères à figures d’animaux, alors très en vogue dans la bonne société parisienne. Telle une fable, il décline selon son humeur, mais toujours avec le même talent, taureaux, lions, éléphants, sangliers, rhinocéros et autres mammifères exotiques ou indigènes. Autre gage de qualité pour cet exemplaire, la signature sur le cadran de Jean-Baptiste III Baillon (mort en 1772). Lui aussi est une figure essentielle du temps de Louis XV. Pour la réalisation des caisses de ses pendules, il s’entoure des meilleurs bronziers et sculpteurs parisiens, Caffieri, Osmond, Cressent et, bien sûr, Saint-Germain. Un faisceau de présomptions une nouvelle fois, qui menait à un barrissement sonore de 65 208 €. Au chapitre très prometteur des tableaux anciens, le regard était attiré vers celui d’une fillette, aux côtés de sa mère ravaudant (ci-dessus). Peinte par Giacomo Francesco Cipper, dit Il Todeschini (vers 1664-1736), et faisant pendant avec une autre toile figurant des Vendeurs de coquillages, la jeune mélancolique exprimait le meilleur de la manière de celui dont Roberto Longhi disait : «Il est un «tedesco» (…), venu d’outremonts, il emportait avec lui tout le maniérisme bohème et archaïsant de certains nordiques.» À ce compliment, il faudrait ajouter l’écho d’un caravagisme découvert en Italie par cet artiste, autrichien d’origine, venu à Milan en 1696 pour entrer dans la carrière de peintre. 27 456 € sont allés vers cette petite main tendue.
Mercredi 18 octobre, salle 10-16 - Drouot-Richelieu. Maigret (Thierry de) OVV. Mmes David, Daniel, Floret, Sevestre-Barbé, MM. de Broglie, Commenchal, de Louvencourt, L’Herrou, Millet, cabinets Vendôme Expertise, Étienne-Molinier, Portier et Associés.
Auguste Rodin (1840-1917), Le Baiser, troisième réduction dite aussi taille n° 3, fondue en 1903, bronze à patine brun clair, marque de fondeur F. Barbedienne, n° 34 et lettre «K» frappés, 39,6 x 24 x 25,6 cm.
Adjugé : 337 500 €
Le tiercé placé des collections de la famille André
Les collections de la famille André regroupées au sein du manoir de Thimécourt et dispersées vendredi 27 octobre séduisaient un large public d’acquéreurs français et internationaux, qui se disputaient les pépites çà et là disposées, ainsi que l’«Événement» de la Gazette du 20 octobre (n° 36, page 14) vous le signalait. Le produit total s’élevait ainsi à 964 825 €. Le Baiser de Rodin (1840-1917) en troisième réduction, appelée encore «taille n° 3», doublait son estimation pour finalement reprendre son souffle à 337 500 €, et retenir le plus haut résultat de l’après-midi. Il était suivi par les 87 500 € de la table à thé formant guéridon d’Adam Weisweiler. Pas de surprise donc pour les deux premiers lauréats. La troisième place de ce tiercé gagnant, le cheval étant l’une des passions de Jacques André (1882-1970), était justement son portrait en pied exécuté par Bernard Boutet de Monvel (1881-1949). Le jeune homme au regard clair était emporté à 47 500 €, une petite déception tant l’œuvre est d’importance pour ce peintre : il s’agissait en effet de l’un de ses premiers grands portraits, celui qui lança sa carrière de portraitiste mondain, avec le succès que l’on connaît. Il ne dépassait que d’une courte tête une toile de son père, Louis-Maurice Boutet de Monvel (1850-1913), auteur ici du Portrait de Madame Alexandre Andrée née Caroline Robert de Massy et mère de Jacques, qui devenait au passage et à 40 000 € le deuxième prix le plus élevé pour une pièce de son auteur (source : Artnet). Le musée des beaux-arts d’Orléans, propriétaire de plusieurs œuvres de Louis-Maurice – celui-ci étant natif de la ville – et qui avait été très actif lors de la vente Boutet de Monvel du 5 avril 2016, préemptait cette fois et à 1 375 € le Portrait de Jacques André enfant, une aquarelle et mine de plomb avec rehauts de gouache blanche. Dans le domaine des objets d’art, les souvenirs des liens de la famille avec la Russie impériale ne laissaient pas indifférent : le vase à côtes torses en argent en partie émaillé de Karl Fabergé (1846-1920) partait à 15 625 € et l’ordre de Sainte-Anne enrichi de diamants remis par le tsar lui-même à Alexandre André (1845-1918), s’accrochait à 33 125 €. Un brûle-parfum chinois en bronze doré et émaux cloisonnés à décor de ruyi, de l’époque Qianlong (1736-1795), diffusait sur toute la vente ses effluves bénéfiques et s’emportait à 18 750 €.
Vendredi 27 octobre, salle 5 - Drouot-Richelieu. L’Huillier & Associés OVV.
MM. de Bayser, de Broglie, Brunel, Cahen, Delalande, Remy, Renard. Cabinets Chanoit, Turquin.



 
Auguste Rodin (1840-1917), La toilette de Vénus (dite aussi Faunesse agenouillée ou Le Réveil), bronze à patine brun nuancé de vert, modèle conçu vers 1890, épreuve fondue en 1945 par A. Rudier, cachet en relief «A. Rodin»
à l’intérieur, h. 46,6 cm.
Adjugé : 625 000 €
Un réveil dans la sensualité de Rodin
Le Rodin était attendu… Il n’a pas déçu et a permis à la vente de la maison De Baeque, riche par ailleurs de très belles œuvres sur papier (voir page 190) et d’objets d’art originaux, de totaliser 1 139 600 €. Pas de Baiser ni de Penseur : Auguste Rodin (1840-1917) revenait sous le feu des enchères à Drouot avec un modèle sensuel moins fréquent, La Toilette de Vénus, autrement nommé «Le Réveil» ou «Faunesse agenouillée». Saisie dans un éternel printemps, la jeune femme dénudée affrontait les frimas parisiens au moment même où les festivités commémorant le centenaire de la mort de son créateur – le 17 novembre 1917 – s’achevaient. Elle y recevait un très digne hommage de 625 000 €. L’histoire de la trajectoire muséale de cette belle dame était racontée par la Gazette n° 38 du 3 novembre, page 64. Le résultat se devait d’être à la hauteur de tant de qualités. Il l’est d’autant plus qu’il s’agit d’une fonte posthume, datée de 1945 et portant le cachet de fondeur A. Rudier. Le musée Rodin à Paris possède un modèle provenant de la même fonderie, daté de 1928 et spécialement réalisé pour le tout jeune établissement. En effet, une seule sculpture fit l’objet d’un bronze du vivant de l’artiste, celle fondue par Léon Perzinka. Auguste Rodin, qui a rendu un véritable hommage au corps féminin, avait taillé dans la pierre en 1884 une œuvre assez proche, titrée Sirène ou Toilette de Vénus – déjà – et conservé également au musée de la rue de Varenne. Pour l’épreuve définitive, plus de queue de poisson ni de rondeur dans les courbes. En quelques années, le maître a gagné en expressivité. L’homme vouait une véritable passion à la Vénus de Milo – il lui écrivit un texte en la qualifiant de «merveille des merveilles». En 1910, il acquiert un marbre d’une Vénus anadyomène accroupie de la fin de l’époque hellénistique ou du début de l’époque impériale, et l’expose dès 1912-1913 à l’hôtel Biron. Une nouvelle preuve de son attirance pour le corps accroupi, symbole même de la féminité. Dans un brouillon conservé dans les archives du musée, a propos de cet antique, il écrit : «Une Vénus accroupie, aussi une fleur de vie, forme qui me réjouit par sa vigueur, par sa grâce de première force… »
Vendredi 10 novembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
De Baecque et Associés OVV. M. Lacroix.
Demeter Chiparus (1886-1947), Danseuse aux éventails, vers 1925, sculpture chryséléphantine en bronze à patines dorée, argentée et cuivrée, éventails, tête et mains en ivoire, socle en onyx et marbre, h. 56, l. 62 cm avec socle.
Adjugé : 154 940 €
Danseuse d’or
Cette Danseuse aux éventails pourrait illustrer une phrase de Rimbaud extraite du recueil Les Illuminations : «J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse.» Demeter Chiparus (1886-1947), né dans la Roumanie d’avant-guerre, en est l’auteur. Nul mieux que lui ne sut exprimer la sensualité des bayadères. Avec la venue des Ballets russes de Diaghilev dans la Ville lumière, le sculpteur, formé aux Beaux-Arts de Paris,  peut à loisir fréquenter les danseurs et les statufier en bronze et ivoire, sa spécificité. Il fixera ainsi en plein mouvement Ida Rubinstein et Vaslav Nijinsky interprétant Shéhérazade, et tant d’autres… Notre modèle était saisi dans son envol et séduisait à 154 940 €. Dans les années 1920 et 1930, la sculpture en chryséléphantine était le cadeau de mariage le plus recherché, et les belles danseuses terminaient leurs entrechats sur les cheminées des appartements art déco. Un très beau présent…
Vendredi 10 novembre, salle 10-16 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés OVV. Plaisance Expertise.
Entourage de Paul-Albert Bartholomé (1848-1928), Le Rêve, vers 1880-1900, sculpture en marbre blanc, 36 x 165 x 92 cm.
Adjugé : 43 750 €

 
Amour éternel
Son visage assoupi dans le marbre irradiait sur la couverture de la Gazette n° 32 du 22 septembre. Il était anonyme et le demeure encore. Pressenti un temps comme étant celui de Prospérie de Fleury, dite Périe (1849-1887), épouse prématurément disparue de l’artiste Paul-Albert Bartholomé (1848-1928) et donc ciselé par les ciseaux de ce dernier, il était finalement présenté comme exécuté par un entourage de ce peintre et sculpteur. Ce Rêve –  intitulé comme tel au catalogue – n’en dégageait pas moins une sensualité apaisée, relevée par les cheveux défaits auréolant ses traits et le double rang de perles, seul atour de cette nudité exposée. La sculpture a été acquise pour 43 750 €. Dans le même après-midi, deux autres visages retenaient l’attention, mais dont l’esprit était tout autre, puisqu’ils étaient attribués à Théodore Géricault (1791-1824). Provenant de l’ancienne collection Pierre Dubaut – spécialiste du peintre, qui n’eut de cesse toute sa carrière de promouvoir l’œuvre de ce grand maître du XIXe siècle –, ils figuraient des portraits d’hommes noirs. Celui en buste, reproduit page 67 de la Gazette n° 38 du 3 novembre, dégageant une grave et profonde intériorité, retenait 50 000 €, et le second, plus inquiet, 37 500 €.
Mercredi 8 novembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés OVV. M. Commenges.
César Baldaccini, dit César (1921-1988), Le Centaure (Hommage à Picasso), 1983-1987, bronze soudé, numéroté 5/8, Bocquel fondeur, 101 x 105 x 48,5 cm.
Adjugé : 365 400 €
Un centaure victorieux
Vous aurez reconnu Le Centaure (Hommage à Picasso) de César (1921-1988), qui avançait masque levé, sous les traits de son auteur, en couverture de la Gazette n° 37. Attendu comme l’un des plus hauts prix de la semaine, il n’a pas démérité et a poussé son trot à 365 400 €, doublant sa mise de départ. L’homme-cheval gagne ainsi le top 5 des œuvres de l’artiste et marque le meilleur résultat aux enchères pour ce modèle (source : Artnet). L’œuvre est un hommage réel à Picasso. Non seulement porte-t-elle un masque aux traits du Malaguène, mais en choisissant la figure du centaure, César en réfère explicitement aux créatures peuplant les mythes grecs, et donc au célèbre minotaure. Quant à la petite colombe posée délicatement sur son poing, il s’agit là encore d’un tribut explicite, mais par son symbole de paix, douce et fragile, face à la puissance guerrière. Cachée dans la cuirasse, une statue de la Liberté miniature joue les invitées surprises. Tout n’est donc pas que force primitive et bestiale dans cette sculpture, et ce serait réduire l’art de César que de penser cela. Puissance oui, naturellement, et présence imposante aussi, avec son assemblage de plaques métalliques et de boulons – ici coulés dans le bronze –, mais conçu en totale maîtrise par un artiste qui en admirait un autre et voulait le montrer. D’abord est venue la fascination, ensuite l’amitié, lorsque les deux hommes se sont découvert une passion commune pour la corrida à Nîmes. La conception de ce Centaure offrait donc la possibilité au sculpteur d’exprimer toute son admiration et plus encore au peintre de Guernica. Certainement l’une des œuvres essentielles de sa carrière, que la magie du bronze et de la réduction a permis de voir vivre en plusieurs versions.
Vendredi 24 novembre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Pestel-Debord OVV. M. Frassi.
École française de la fin du XVIIIe siècle, Narcisse reposant sur un tertre, marbre blanc de Carrare, 49 x 50 x 20 cm.
Adjugé : 171 904 €
La sculpture française du XVIIIe siècle convoitée
Pluie de surprises sur les sculptures XVIIIe de cette vente. Narcisse n’en revient pas encore, son reflet dans l’onde lui renvoyant 171 904 €… bien plus qu’il n’aurait rêvé en espérer. Sculpté par une école française de la fin du XVIIIe siècle dans la blancheur d’un marbre de Carrare (reproduit ci-dessus), le jeune chasseur était pardonné pour sa vanité tant cette statue abondait en qualités artistiques. Il est possible qu’elle ait été exécutée pour la collection de Laurent Grimod de La Reynière (1734-1793), l’un des grands amateurs parisiens de la seconde moitié du XVIIIe siècle. En effet, une sculpture de même sujet, de dimensions équivalentes et reposant également sur une base en bronze, ciselé et doré à moulures, est mentionnée à deux reprises au XVIIIe comme lui appartenant, dont la seconde lors de la vente après son décès. À ses côtés, un personnage dûment documenté également, le comédien Philippe Néricault, dit Destouches (1680-1754), présenté en buste et en terre cuite par Pierre-François Berruer (1733-1797). Cette noble figure (reproduite page de gauche) a  en effet appartenu à la célèbre collection du couturier Jacques Doucet et apparaît dans son Catalogue des sculptures et tableaux du XVIIIe siècle imprimé par Georges Petit en 1912. Destouches n’était pas que comédien, sans quoi il n’aurait pu être statufié ainsi :
il était également ministre plénipotentiaire, protégé du Régent et auteur dramatique, dont les comédies moralisatrices occupèrent un rang élevé dans le théâtre du XVIIIe siècle – surtout Le Glorieux, publié en 1732, son chef-d’œuvre. Ses pièces lui ouvrirent les portes de l’Académie française. Un titre de circonstance puisque son effigie en terre cuite remportait 46 768 €. Et ce n’est pas tout ! Un autre buste, mais en marbre blanc de Carrare cette fois, toujours exécuté par une école française du XVIIIe siècle, figurant probablement un prince de sang portant perruque et arborant le collier de la Toison d’or (h. 88 cm), emportait ensuite 41 712 €… Avant qu’une statuette en terre cuite représentant Hercule sur le bûcher (27 x 40 cm), un thème extrêmement rare pour le héros de la mythologie, connu par le morceau de réception de Guillaume Coustou (1677-1746) à l’Académie de peinture et de sculpture en 1704 – aujourd’hui du musée du Louvre –, ne répande à 68 888 € les derniers feux de l’après-midi pour la spécialité, décidément au firmament.
Mercredi 6 décembre, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Boisgirard - Antonini OVV. Cabinet Étienne - Molinier.
Joseph Chinard (1756-1813), Relief dit «Les Danseuses Borghèse», 1792, terre cuite, 39,7 x 96,7 x 2,1 cm.
Adjugé : 438 200 €
Quelques pas de danse et des spécialités
Entraînées par leur pas léger, Les Danseuses Borghèse, librement interprétées en terre cuite par Joseph Chinard (1756-1813) d’après un bas-relief en marbre du IIe siècle, visible à Rome au XIXe siècle dans le palais éponyme, manquaient d’en perdre la tête – nous étions en 1792… Objet d’une âpre bataille, les belles stoppaient leur course à 438 200 €, recueillant ainsi le premier prix français pour une terre cuite de l’artiste et le deuxième de son podium (source : Artnet). Annoncées (voir Gazette no 42 du 1er décembre page 93) et attendues, elles sont néanmoins allées au-delà des espérances. Il faut dire que le raffinement de ce sculpteur d’origine lyonnaise est unanimement reconnu. Sa carrière aurait pu cependant tourner court. Entre 1784 et 1787,
il séjourne à Rome pour améliorer sa technique et former son goût en copiant les antiques. Cette leçon était alors incontournable pour tout jeune sculpteur voulant percer dans le métier. Il y est à nouveau en 1791 – soit un an avant la réalisation de ce bas-relief – lorsque, sur ordre du pape Pie VI, il est incarcéré deux mois au château Saint-Ange pour avoir osé des œuvres révolutionnaires, jugées subversives. Peut-être est-ce pourquoi, de retour à Lyon en 1800, après avoir effectué un troisième et dernier voyage dans la Ville éternelle, il choisira de ne plus quitter sa ville natale, mais n’en abandonnera pas les ciseaux pour autant et sera couronné de lauriers en 1808, en recevant la grande médaille d’or du Salon de Paris.
Cette vacation qui multipliait les spécialités faisait de même en termes de qualité et totalisait 1 173 966 €. Outre ces gracieuses dames, un plat aux grappes de raisin en céramique siliceuse d’Iznik vers 1550-1565 retenait 70 630 €, une partie de service de table en porcelaine tendre de Chantilly, au décor en camaïeu de brindilles fleuries, 19 320 €, une coupe libatoire en corne de rhinocéros chinoise du XVIIIe siècle se laissait appréhender à 12 880 €, tandis qu’un original modèle de secrétaire en placage de ronce d’acajou, reposant sur une base de deux sphinges adossées et appartenant à l’époque autrichienne Biedermeier, obtenait 59 248 €. Enfin, une Vierge à l’Enfant endormi peinte sur une toile ovale par il Sassoferrato (1609-1685 - voir page 106) recueillait 30 912 €. Le rideau se baissait de la plus douce des manières.
Vendredi 8 décembre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés OVV. M. Lacroix.
Maurienne, Bessans, vers 1900. Diable armé d’une fourche et tenant une femme dans ses bras, bois polychrome, h. 34 cm.
 Adjugé : 3 792 €
L’âme de la maison Viollet
Ce n’était pas par ses prix que cette collection valait et, en cette période de profusion de résultats, il était rafraîchissant de s’arrêter sur des objets uniquement pour leur originalité et leur intemporalité ! Sans hésitation aucune, cet ensemble dévolu aux arts populaires et aux curiosités de nos régions apportait sa réponse à la question posée dans la Gazette no 40 du 17 novembre (page 16) : «Objets de collection, avez-vous une âme ?» L’ensemble réuni dans l’antre réputé de la maison Viollet se dévoilait partiellement – le second opus est déjà annoncé pour le printemps prochain – aux amateurs éclairés. L’on pouvait y découvrir les œuvres de Pierre François Vincendet, dit Pierre Kené ou Pierre des Diables (1843-1919), auteur dans son village de Bessans savoyard de diables et de figurines en bois polychrome, animés par une ficelle. Une famille, constituée du père douanier, de sa femme filant la laine, de leurs deux enfants et de leurs animaux de compagnie, en témoignait à 4 044 €.
Ses diables facétieux font de temps en temps le bonheur de nos pages. L’artiste en a donné l’idée à toute sa région ainsi que le rappelle, sculpté par un anonyme, un démon ailé armé d’une fourche et tenant une femme dans ses bras (reproduit ci-contre), qui s’envolait pour 3 792 €. Dans ce vaste domaine qu’est l’art populaire, peu de noms sont parvenus jusqu’à nous : la modestie prévalait sur le talent. Place ensuite aux girouettes, 695 € tourbillonnant vers un modèle en zinc découpé de chasseurs et d’un pêcheur, aux coffrets, et notamment 1 706 € pour l’un en hêtre à décor polychrome peint à la détrempe de fleurs dans des réserves au Bade-Wurtemberg au XVIIe siècle, aux boîtes à sels pour épicer le tout, à un couteau-serpette à flasques en corne brune du XVIIIe siècle, déplié à 5 056 €, et aux casse-noisettes… Des habitués, sortis eux aussi depuis longtemps des placards pour être mis à la lumière des collections. Un exemplaire (h. 14,5 cm) à pince en buis sculpté d’un pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle, tenant une noisette dans ses mains – il aurait pu inspirer Scrat, l’écureuil de l’Âge de glace – et créé au XVIIe siècle, cassait sa coquille à 3 918 €. Quant au poétique croissant de lune visagé, un modèle en bois fruitier des plus rares et du XIXe siècle, il éclairait sa face de 1 200 €. Un cep de vigne en fer forgé, imaginé en Italie pour devenir une lampe sur pied, lui faisait écho à 3 160 €.
Vendredi 8 décembre, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Ferri & Associés OVV. Mme Houze.
Costas Coulentianos (1918-1995), L’Envol, l’oiseau, sculpture en acier Corten reposant sur un socle béton, vers 1967, 120  x 155 x  60 cm.
Adjugé : 20 500 €
L’envol d’une sculpture en acier
Le matériau préféré du sculpteur Costas Coulentianos est bien le métal : le bronze, le fer ainsi que l’aluminium se sont tous pliés à sa volonté pour l’aider à créer une œuvre très poétique. Né à Athènes, il s’installe à Paris en 1945, après avoir obtenu une bourse pour y poursuivre ses études artistiques, et participe à de nombreuses manifestations d’avant-garde, dont l’exposition internationale de sculpture contemporaine au musée Rodin en 1956. À cette époque, Coulentianos installe son atelier à Meillonnas, dans l’Ain, ce qui explique le grand nombre de ses sculptures monumentales jalonnant les communes du département. Le corps, qu’il soit féminin ou masculin, s’affirme résolument comme son thème favori, tout autant que la représentation symbolique d’oiseaux. À l’image de L’Envol, l’oiseau, une œuvre en acier Corten reposant sur un socle de béton, réalisée autour de 1967, se posait à 20 500 € ce samedi 10 février à Villefranche-sur-Saône. Provenant d’une collection particulière, où elle était entrée par don de l’artiste, elle est à rapprocher de la sculpture portant le même titre qui orne le parc du Mistral à Grenoble. D’une modernité radicale, Charlotte Perriand était aussi au rendez-vous avec son incontournable banquette Cansado, un modèle réalisé pour la Cité d’exploitation minière de la ville de Cansado, en Mauritanie, dont elle dessina le mobilier entre 1959 et 1967 ; cette structure métallique laquée noir, avec une grande assise à claires-voies en frêne et un casier carré formant tablette en stratifié ouvrant par un tiroir coulissant en ceinture, nécessitait 8 600 €. Pablo Picasso, pour l’atelier Madoura, fermait la marche avec Deux danseurs, une assiette en faïence émaillée à décor en relief de personnages dansant, blanc sur fond patiné noir, tirée à 450 exemplaires vers 1956 et saisie à 3 100 €.
Villefranche-Sur-Saône, bsamedi 10 février.
Guillaumot-Richard OVV. M. Dürr.
Italie, XVIIe-XVIIIe siècle. Buste probablement de l’empereur Auguste, ambre, h. totale 20 cm.
Adjugé : 22 750 €
La route de l’ambre
La route de l’ambre – fondée par les Germains pour y faire commerce, partant des brumes de la Baltique pour descendre le long du Rhin et du Danube vers la chaleur de la Méditerranée – passait par le cabinet d’un collectionneur curieux, issu de deux générations d’ébénistes. Il avait réuni durant cette période divers objets traduisant ses goûts éclectiques. Ce buste présumé d’Auguste, premier empereur de Rome, résumait parfaitement l’ensemble. Il a doublé son estimation et réalisé 22 750 €. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, il existait à Rome des ateliers spécialisés dans l’exécution de petits bustes d’empereurs en matières rares. L’ambre, collecté sur les plages de la mer Baltique et recherché depuis les temps lointains de l’Égypte et de la Grèce ancienne, y était particulièrement apprécié. On prête à cette oléorésine fossile secrétée par des conifères – encore nommée «or de la mer» ou «larme des dieux» – de nombreux pouvoirs magiques et curatifs qui ont contribué à sa notoriété, et sa matière translucide tendre, aux éclats orangés, entre dans la conception de nombreux bijoux depuis l’époque des Celtes. Rien de moins.
Vendredi 9 mars, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Copages Auction Paris OVV.
Époque romaine. Torse nu d’un athlète, probablement un lutteur, marbre veiné de gris, h. 67 cm.
Adjugé : 37 920 €
Les muscles de l’Antiquité
De dos comme de face, ce torse en marbre veiné de gris, sculpté à Rome dans les premiers siècles de notre ère, affichait une musculature parfaite, qui était appréciée sans mal à 37 920 €. Celle d’un athlète, naturellement, et plus précisément sans doute celle d’un lutteur. Ce travail de mise en valeur résultant des canons grecs était repris dans les ateliers romains. On le sait, sous l’Antiquité, on ne badinait pas avec le sport, et ses pratiquants avaient un statut prestigieux et de professionnels. Ainsi, comme aujourd’hui, obtenir la victoire aux jeux Olympiques procurait gloire et renommée, deux valeurs qui rejaillissaient sur la cité dont était issu le sportif. Il en fut ainsi de Crotone, une petite cité de Calabre fondée depuis peu, qui connut soudain au VIe siècle av. J.-C. un rayonnement intense dans toute la Méditerranée grâce aux exploits de ses champions, dont le fameux Milon ! Il ne faut pas oublier que la force physique est à l’origine de la plupart des sociétés et que chacun en ayant besoin pour se défendre par lui-même, elle y était particulièrement valorisée. En reconnaissance, les cités distinguées érigeaient à leurs vainqueurs des statues reproduisant leur attitude pendant l’effor. La tradition perdurera à Rome. Ce torse se trouvait parmi les nombreux objets de curiosité réunis par le collectionneur de cette vente, aux côtés notamment d’une tête d’Hercule (h. 36 cm) en marbre de la même époque, adjugée 9 500 €. Hercule, un héros dont on connaît la force…
Vendredi 9 mars, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Copages Auction Paris OVV. Cabinet Portier et associés, M. Naudy.
École italienne du XVIIe siècle, Cheval bondissant, épreuve en bronze
à patine brune proche du modèle de Francesco Fanelli, 17,5 x 26 cm.
Adjugé : 234 000 €
Un joli bond
Et hop ! On attendait Archimède sortant du bain, peint par Jean-Jacques Lagrenée (voir Gazette n° 10 du 9 mars page 53), et on a découvert une épreuve en bronze à patine brune d’un cheval. Cette école italienne du XVIIe siècle, présentée comme «proche d’un modèle de Francesco Fanelli» – mais qui pourrait aussi bien l’être d’un autre sculpteur, tant le thème en question était apprécié et régulièrement traité dans l’Italie de l’époque –, effectuait un bond sans faute puisqu’elle caracolait en tête à 234 000 €, soit bien au-delà de son estimation initiale. Ce noble compagnon crinière au vent avait tout pour plaire, outre une patine impeccable, avec sa musculature tendue par l’effort et son mouvement plein d’allant. Le XVIIe siècle voit une véritable école de plastique du cheval se développer en Italie puis en France, d’après le modèle antique initial. Cabré, au pas, au trot, bondissant, support ou non d’une sculpture équestre, l’animal est le roi des ateliers. Un nouvel âge du bronze emmené par Jean de Bologne, diffusé par Antonio Susini et repris par de très bons artistes qui n’hésitent pas à entrer dans cette course prometteuse. Pietro Tacca est l’un d’eux, Francesco Fanelli (vers 1590-1653) également.
Vendredi 16 mars, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Millon OVV.


 
D’après Pierre Cartellier (1757-1831), Napoléon Ier en costume de sacre, statue en marbre blanc, milieu du XIXe siècle, 87 x 40 x 42 cm.
Adjugé : 66 300 €
Napoléon Ier impérial
Record mondial pour le modèle de cette statue en marbre de Napoléon Ier en costume de sacre d’après Pierre Cartellier (1757-1831), saluée de 66 300 €. L’artiste est rare sur le marché. Seules six œuvres lui étant attribuées ou réalisées d’après lui sont répertoriées par Artnet, dont une sculpture de l’Empereur identique, qui avait alors réalisé 15 000 € chez Christie’s à New York, le 10 octobre 2016. Statuaire français du tournant du XIXe siècle, Cartellier, également professeur aux Beaux-Arts de Paris depuis 1816 – avec notamment François Rude pour élève – et orfèvre, est un membre officiel de l’école néoclassique. Quatremère de Quincy (1755-1849), tout à la fois architecte, philosophe, archéologue, homme politique et critique d’art, a livré une notice sur sa vie et ses ouvrages essentielle à la connaissance de son parcours. Sous l’Empire, l’artiste est honoré de nombreuses commandes. Citons la statue de Louis Bonaparte, roi de Hollande, en grand connétable en 1810 – celle commémorant la capitulation d’Ulm –, un bas-relief pour l’arc de triomphe du Carrousel et un Napoléon Ier en 1813 plus grand que nature, un marbre qui se trouve au musée des châteaux de Versailles et de Trianon. La Restauration ne lui en tiendra pas rigueur, puisqu’en 1815 Louis XVIII le chargera de réaliser une sculpture équestre de Louis XIV, pour célébrer le retour des Bourbons sur le trône de France !
Vendredi 16 mars, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Millon OVV.
Camille Claudel (1864-1943), La Vieille Hélène ou Buste de vieille femme ou Vieille femme, bronze numéroté 6/8, fonderie du Rocher, fonte posthume, h. 28 cm.
Adjugé : 132 500 €
Hélène vue par Camille
Camille Claudel (1864-1943) est décidément à la pointe de l’actualité et de l’intérêt des collectionneurs. Un an après l’ouverture de son musée à Nogent-sur-Seine, deux mois après la parution du Dictionnaire des sculptrices d’Anne Rivière – dans lequel elle figure en bonne place, l’auteur étant l’une des spécialistes de l’artiste ayant contribué à sa redécouverte – et quelque temps après la vente (le 27 novembre dernier) chez Artcurial d’une collection de vingt pièces, dont des terres cuites originales – une dispersion ayant vu les institutions françaises se mobiliser pour largement préempter –, ce bronze de Camille Claudel (1864-1943), La Vieille Hélène ou Buste de vieille femme ou Vieille femme, recevait 132 500 €. Une vraie surprise puisqu’il s’agit d’une épreuve réalisée postérieurement à la mort de l’artiste, après 1989, par la fonderie du Rocher. Le résultat est donc particulièrement élevé. Il est nécessaire de l’expliquer : cette fonte, bien que posthume, est en fait reconnue officiellement car figurant dans les différents catalogues raisonnés de l’œuvre de la sculptrice. L’exemplaire n° 1/8 de cette série appartient d’ailleurs aux collections du musée de Nogent, qui possède également la terre cuite originale. Néanmoins, ce résultat est une première, d’autant que le sujet n’a la facilité ni de L’Aurore ni de La Valse, et interroge : Camille Claudel rejoindrait-elle Rodin dans les hauts résultats des fontes posthumes ?
Mercredi 21 mars, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Muizon -  Rieunier OVV. Cabinet Perazzone-Brun.
César Baldaccini, dit César (1921-1998), Plaque Tesconi, 1858, fer soudé, 83,6 x 47,1 x 20,6 cm.
Adjugé : 240 500 €
L’âge du fer de César
Il s’agit d’une pièce unique, soudée par César (1921-1998) en 1958, et qui fera par la suite l’objet d’une édition en bronze, en huit exemplaires numérotés et deux épreuves d’artiste, par le fondeur Tesconi entre 1976 et 1983. Le fer employé par le sculpteur pour réaliser cette Plaque Tesconi (reproduite ci-contre) devient matière et sujet. Pierre Restany en parle ainsi dans le catalogue de l’exposition «Les Fers de César», à la Fondation Cartier pour l’art contemporain en 1984 : «Accord organique entre la forme et le fond (…), petites et grandes plaques revêtent a posteriori une importance capitale dans l’œuvre de César, et pas seulement du fait de leur perfection technique dans le domaine du bas-relief.» Celle-ci affichait une provenance nourrie, dont celle de l’expert parisien André Schoeller, avait été exposée à de nombreuses reprises et était reproduite dans des ouvrages de référence sur l’artiste. Elle ne se trouvait pas cette fois à la rétrospective du Centre Pompidou, organisée à l’occasion du 20e anniversaire de sa mort (achevée le 26 mars), et frappait 240 500 € lors de cette vente dédiée à l’art contemporain, dont un second volet mettait l’abstraction en scène.
Pour cette partie, une huile sur toile de Jean-Paul Riopelle (1923-2002), intitulée Repaire, s’évadait à 234 000 €, les enchérisseurs ne demeurant pas statiques, à l’inverse de la toile de Gérard Schlosser (né en 1931) ! Celle-ci, intitulée J’ai mal aux jambes, montrait le buste d’une femme que l’on imagine solidement campée derrière un comptoir, les bras croisés sur le ventre en signe de contestation. Acquise au Salon de 1971, elle réapparaissait pour la première fois sur le marché depuis cette date. L’œuvre appartient à la série des «Bistrots» et dépeint le réalisme quotidien des serveuses, de l’attente, des rencontres. Pour mémoire, la même maison de ventes avait présenté, le 21 octobre dernier, Il n’y a pas beaucoup de monde aujourd’hui, un acrylique de 1970 de la même suite. Elle avait atteint 136 500 € et recueilli un record du monde. Celle-ci recevait 91 000 €, ce qui la plaçait sur la troisième marche du podium (source : Artnet).
Dimanche 25 mars, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Digard Auction OVV.
Auguste Rodin (1840-1917), buste de Victor Hugo dit «à l’illustre maître», avec piédouche intégré, fonte d’Alexis Rudier de 1916, 38,5 x 16,2 x 17,3 cm.
Adjugé : 102 500 €
A Victor Hugo, reconnaissance
Cette vente se déroulait sous la figure tutélaire du Victor Hugo (1802-1885) d’Auguste Rodin (1840-1917) et pouvait lui en être reconnaissante ! Ce buste (reproduit ci-contre et page 70 de la Gazette n° 12 du 23 mars), fruit d’une rencontre entre les deux grands hommes, recevait une enchère de 102 500 € et entraînait le succès de toutes les spécialités, lesquelles étaient nombreuses, réunies en un produit total de 669 090 €. Exprimant un véritable tempérament de caméléon artistique, François Flameng (1856-1923) a livré pour sa part avec un même brio des œuvres exaltant la grande histoire, des scènes de genre dans le goût néo-rocaille, avant de se lancer dans une brillante carrière de portraitiste. Le triple Portrait de la princesse de Wagram et de ses deux filles – l’une appelée à devenir princesse de La Tour d’Auvergne et la seconde, future princesse de Broglie –, exécuté en 1903, illustre cette dernière manière. Il était adjugé 93 750 €. En matière de peinture, un Portrait d’homme attribué à Thomas de Keyser (1596/97-1667) portait sa fraise avec panache à 52 500 €, et une flamboyante toile de Lucien Lévy-Dhurmer (1865-1953), intitulée Fantasmagorie (157 x 238 cm), livrait pour le même montant sa vision personnelle du Lac des cygnes de Tchaïkovski.
Vendredi 30 mars, salle 5 - Drouot-Richelieu.
De Baecque et Associés OVV. M. Lacroix.

 
Pierre Bouret (1897-1972), Adolescente, 1934-1936, épreuve en bronze n° 2/8, fonte à la cire perdue de Claude Valsuani, 72 x 24 x 21 cm.
Adjugé : 11 520 €
L’Age d’or de Pierre Bouret
Programmée au moment même où la Fondation Taylor offre une visibilité aux sculpteurs néoclassiques figuratifs des années 1930 à 1960, la dispersion de l’atelier de Pierre Bouret (1897-1972) attirait sur elle l’intérêt de leurs amateurs. Et visiblement, il ne se dément pas, la vacation se concluant sur un produit total vendu de 306 035 €. Reproduite dans l’ouvrage de René Letourneur sur La Sculpture française contemporaine (1944), l’Adolescente est considérée comme l’œuvre maîtresse de Pierre Bouret. Prenant pour modèle Odette, la jeune belle-sœur de l’artiste, elle existe en trois dimensions. La première version, fondue entre 1934 et 1936 et éditée en terre cuite, mesure 72 cm de hauteur. Une épreuve en bronze se trouve au musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan, deux autres étant disputées parmi les œuvres de son atelier. Celle à la cire
perdue de Claude Valsuani (reproduite ci-contre) y recevait le plus haut suffrage à 11 520 €, et celle d’Attilio Valsuani – le frère du précédent, créateur de sa propre fonderie à Bagneux vers 1926 –, numérotée 1/7, 8 320 €. Quant à la version en terre cuite, datant de 1945, elle s’y posait à 3 456 €, et l’agrandissement en plâtre (h. 124 cm), à 6 144 €. Ce juvénile modèle entraînait à sa suite les autres sculptures : deux épreuves de La Source s’écoulaient à 8 320 et 7 424 €, le marbre taillé en 1946 de la Figure couchée ou Femme allongée retenait 5 120 € et le buste d’une Jeune femme – Denise, sa deuxième épouse – séduisait à 8 960 €. Le tout sous le regard d’une Égérie en bronze de 1958, qui inspirait quant à elle 5 880 €.
Vendredi 30 mars, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Crait + Müller OVV.
Charles Artus (1897-1978), Canard coureur indien, vers 1935, sculpture-volume en bronze à patine noir et brun, fonte à la cire perdue de Valsuani, 55,5 x 18,5 x 16 cm.
Adjugé : 83 200 €
C’est le canard qui va le premier !
Il fallait courir vite et surtout, tenir la distance pour attraper ce Canard coureur indien en bronze de Charles Artus (1897-1978). Le palmidé ne craignait rien ni personne et achevait sa course à 83 200 €, loin devant tous les concurrents de cette vente dédiée à l’art nouveau et à l’art déco, et décrochant par la même occasion un record du monde (source : Artnet). S’il contredisait le conte de Jules Renard qui, dans les Histoires naturelles, affirme «c’est la cane qui va la première», notre mâle allait bien les «ailes croisées sur le dos». Charles Artus commence sa formation dans l’atelier d’Édouard Navellier (1865-1944) avant de la poursuivre dans celui de François Pompon (1855-1933) et de suivre plutôt l’enseignement du rendu par les volumes de ce second maître. Lui aussi ira à l’essentiel, sans jamais copier cependant, et en donnant à son bestiaire une personnalité qui lui est propre. Une autre de ses caractéristiques est le choix de ses modèles : ne cédant pas au goût exotique des années 1930 pour les fauves et autres pachydermes de la savane, il restera fidèle aux animaux de nos campagnes, accordant une place toute particulière à ceux de la basse-cour. Cela se ressent dans ce canard, à l’attitude fière si reconnaissable.
Vendredi 30 mars, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Millon OVV. Mme Marzet, M. Fourtin.
Rembrandt Bugatti (1884-1916), Panthère marchant, patte arrière levée, bronze à patine nuancée de brun et noir, fonte à cire perdue, portant le cachet du fondeur A. A. Hébrard et le numéro de tirage (D9) sur la tranche, 21,2 x 51,5 x 11,3 cm.
Adjugé : 566 400 €
Un chef-d’oeuvre de Rembrandt Bugatti
Le docteur Henri Rabeau (1889-1968), qui fut longtemps l’un des ténors non seulement de l’Hôpital américain mais aussi de Saint-Louis à Paris, se passionnait pour l’art de son temps. Entre 1929 et 1931, il acquiert une Panthère marchant, patte arrière levée, bronze célèbre imaginé par un génie de la sculpture animalière, et disparu plus de dix ans auparavant : Rembrandt Bugatti. Dès 1904, le jeune Italien, installé à Paris, s’était inspiré de ce fauve à la démarche gracieuse pour créer plusieurs groupes, seul ou en couple. C’est son fondeur attitré, Adrien-Aurélien Hébrard, avec lequel il a signé un contrat d’exclusivité, qui va bientôt se charger de l’édition de ces sculptures. Cette même année 1904, se tient la première exposition de Bugatti à la galerie Hébrard rue Royale, où chaque année, il montrera ses dernières créations. Le modèle de notre Panthère, qui a été tiré à cinquante-quatre exemplaires – ceux qui ont été répertoriés à ce jour – a déjà été présenté par le même opérateur, Bayeux-Enchères OVV à Bayeux, le 17 avril 2017, portant le n° 3, et enregistrant le score de 613 600 €. Ce lundi 2 avril, la sculpture à patine nuancée de brun et de noir, en fonte à cire perdue, était numérotée «D9» sur la tranche, et on l’apprivoisait en échange de 566 400 €. Un autre félin remarquable agrémentait une création d’Émile Gallé : un vase ou plutôt un cache-pot en verre teinté à anses récoltant 23 128 € ; l’artefact affichait un décor polychrome aux lions de Nancy, motifs de feuillages et fleurs de lys stylisées. Créé bien avant 1900, il était signé «E. Galle Nancy» et portait encore l’étiquette «Escalier de Cristal 6 rue Scribe Paris». Enfin, last but not least, évoquons ce Trompe-l’œil de Jean-Jacques Lequeu (artiste mais aussi architecte). Cette gouache, représentant trois petits dessins épinglés sur une planche au réalisme stupéfiant, a été préemptée pour 11 328 €, et trônera bientôt au musée des beaux-arts de Rouen, qui possède déjà une belle série de trompe-l’œil du XVIIIe siècle.
Bayeux, lundi 2 avril.
Bayeux - Enchères OVV. Mme Fromanger.
École italienne autour de 1800, entourage de Carlo Albacini (1770-1807), Bacchus et Ariane, d’après l’antique, marbre blanc, h. 100 cm (sur un socle en marbre en trois parties, h. 90 cm).
Adjugé : 97 500 €
Histoire de couple
Le couple composé du dieu Bacchus et de la fille du roi Minos, Ariane, est mythique et dès l’Antiquité gréco-romaine, des statues contant leur histoire d’amour sont sculptées sur tout le pourtour méditerranéen. Le XIXe siècle néoclassique se réapproprie le sujet mais l’adapte à son goût. C’est ce que traduit ce groupe en marbre blanc, exécuté vers 1800 par une école italienne présentée comme de l’entourage de Carlo Albacini (1770-1807), et porté à 97 500 €. Ce dernier est l’auteur d’un Bacchus et Ariane à la composition similaire, conservé à l’Académie royale des beaux-arts de San Fernando à Madrid. Cet Italien, installé à Rome, s’est plu à explorer les sujets mythologiques : Minerve, Amour et Psyché, les amazones… Il faut préciser qu’il avait commencé sa carrière en tant que restaurateur de sculptures antiques – et notamment des statues de la collection Farnèse –, ce qui l’avait amené à particulièrement bien les connaître. Il s’est ensuite livré à des copies directes d’originaux classiques, dont celle des célèbres Hercule Farnèse et Castor et Pollux. D’autres agissent de même, et de fait, de nombreuses copies du marbre hellénistique des Ier-IIe siècles du musée des beaux-arts de Boston, titré à l’origine Dionysos et Ménade puis transformé en Bacchus et Ariane au XIXe siècle, seront exécutées dans les ateliers de la péninsule. Il faut signaler ici celle de Francesco Carradori (1747-1824) de 1771, conservée à Florence au palais Pitti.
Mercredi 18 avril, salle 10 - Drouot Richelieu.
Lombrail-Teucquam OVV. M. Lacroix.
Sarah Bernhardt (1844-1923), Autoportrait en chimère, encrier, bronze ciselé à patine brune, signé et daté 1880 sur la terrasse, cachet de fondeur «Thiébaut frères - Fondeurs - Paris», 30 x 30,5 x 34 cm.
Adjugé : 97 200 €
Monstre sacré
Emporté à plus du double de son estimation pour avoir conservé son couvercle composé de deux livres superposés, cet encrier conçu en 1879-1880 par Sarah Bernhardt établissait un record mondial (source : Arnet). Il témoigne de l’univers fantasque de l’actrice, et de son goût pour la provocation et le scandale. Les rumeurs la précèdent, suivent son sillage, et prennent forme sous la plume de ses détracteurs. Dans son ouvrage Les Mémoires de Sarah Barnum, la comédienne Marie Colombier dévoile ainsi la vie de la «Divine», côté coulisses. Celle-ci ne manque pas d’humour… noir de préférence. Elle se fait photographier dormant dans un cercueil, où elle affirme apprécier de lire ses pièces. Nulle surprise à ce que la chauve-souris, dont elle adopte les ailes pour cet autoportrait en sphinge fantastique, entourant de ses pattes une tête de mort, fasse partie des animaux fétiches de cette femme également célèbre pour sa ménagerie exotique. L’autre œuvre attendue, Le Mois de juin ou Le Bon Pasteur, une huile sur panneau en tondo peinte par Abel Grimmer, dont d’autres versions réalisées au tournant du XVIIe siècle sont connues, obtenait 69 600 € (voir Gazette n° 15, page 54). Attribuée à Adriaen Jansz Kraen, actif à Harlem vers 1640, une Nature morte sur un entablement garni au gobelet d’argent, plat d’huitres, coupe de fraises des bois, miche de pain et raisins s’échangeait quant à elle pour 43 200 €.
Vendredi 20 avril, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Drouot-Estimations OVV. Cabinet Chanoit. M. Dubois.
Marguerite Lavrillier-Cossaceanu (1893-1980), Le Poète chinois, 1923, buste en hermès, bronze à patine brune rehaussée à la feuille d’or, fonte au sable Andro, 55 x 29 x 17 cm.
Adjugé : 14 080 €
Le joli mois de mai de Marguerite !
La dispersion du fonds d’atelier – ou plus exactement de la collection de famille – de la sculptrice Marguerite (ou Margaret) Lavrillier-Cossaceanu (1893-1980), une artiste ayant pratiquement traversé un siècle, a rapporté 181 811 € et va surtout contribuer à lui donner une cote officielle. Jusqu’à cette vente, seules trois œuvres de sa main étaient référencées sur la base d’Artnet. Il était grand temps. Cette femme née à Bucarest, dont le parcours créatif était raconté page 102 de la Gazette n° 20 du 18 mai, a été formée par Antoine Bourdelle – qui louait ses qualités – avant de devenir la praticienne et l’élève de son compatriote roumain Constantin Brancusi. Rien de moins. Son travail, salué par la critique de son temps, sera honoré de commandes officielles, mais ayant choisi la voie de la figuration, elle sera oubliée à l’heure de l’abstraction conquérante. Cette année 2018 – et son mois de mai – la remet donc sur les sellettes. On annonce l’exposition de quelques-unes de ses pièces aux côtés de celles de ses maîtres au musée Bourdelle à l’automne, et lors de cette vente, il faut signaler l’acquisition, par le musée d’art et d’histoire de Saint-Denis, du buste en plâtre de Francis Jourdain (1 408 €). Le Torse de femme (voir ci-contre), présenté comme l’un des modèles les plus importants de son œuvre, a séduit à 9 216 €, et le Poète chinois (voir page de gauche), un buste en hermès en bronze rehaussé à la feuille d’or, à 14 080 €. Quant à L’Espace, un plâtre gommé laqué présentant un portrait de jeune femme, considéré à juste titre comme l’une de ses figures emblématiques, il s’envolait pour une nouvelle destination à 5 376 €.
Vendredi 25 mai, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Crait + Müller OVV.
Demeter Chiparus (1886-1947), Çiva ou Shiva, modèle créé vers 1928, sculpture chryséléphantine à patine polychrome émaillée à froid, base en onyx éclairante, 42 x 30 x 22 cm (56 x 37,5 x 27,5 cm avec base).
Adjugé : 127 000 €
Chiparus et Hernández Duo de créateurs gagnants
Créateur phare des Années folles, le natif de Roumanie à l’origine de cette œuvre s’installe définitivement à Paris en 1912. L’atmosphère y est propice à la création. Demeter Chiparus (1886-1947), puisque c’est de lui qu’il s’agit, va s’y plaire à modeler le corps de danseuses, qu’il magnifiera ensuite par l’association du bronze patiné et doré ainsi que de l’ivoire. Il les découvre lors des représentations des Ballets russes, mais aussi aux nombreux spectacles proposés dans les salles parisiennes à la mode, les Folies Bergère notamment. Infiniment décoratives, véhiculant un exotisme facile – plus tard qualifié de kitsch, avant de revenir au goût du jour –, ses sculptures deviennent très vite des icônes offrant à leur concepteur une renommée internationale. Çiva ou Shiva est le titre de celle reproduite ci-dessus, qui a déplié ses longs bras pour attraper une enchère de 127 000 €. Elle semblait d’ailleurs assez sûre de son succès en couverture de la Gazette no 21. Une enchère galopante, comme le Rhinocéros africain (28 x 54 x 14 cm) en pierre brune et verte, sculpté en 1943 par Mateo Hernández (1885-1949), l’une des belles surprises d’un après-midi dévolu aux arts décoratifs, avec un résultat de 21 590 € – ce qui inscrit le représentant des Big Five dans le top 5 des enchères le concernant (source : Artnet). Au chapitre des animaliers, un tigre directement échappé du Livre de la jungle attaquait un cheval avec la souveraineté que lui confère son statut. 31 750 € étaient nécessaires pour emporter l’assaut, incisé sur un meuble de rangement laqué vert et rehaussé de dorure. Un beau score là aussi pour une pièce anonyme, juste présentée comme un «travail français de 1925». Ces trois oeuvres contribuent à définir la manifestation du style art déco et son appétence pour l’ailleurs, à laquelle danseuses orientales et faune exotique participent. C’est encore le luxe et l’élégance de cette époque qui est ici évoquée, par l’emploi de matériaux précieux et le choix des sujets.
Vendredi 1er juin, salle 10-16 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés OVV. Cabinet PBGExpertise.
Danh Vo (né en 1975), We The People, élément n° L11, 2011, cuivre martelé, soudé et riveté, pièce unique, 315 x 167 cm.
Adjugé : 158 750 €
La liberté récompensée
Né au Vietnam en 1975 – une année particulièrement importante pour le pays – mais parti très jeune avec ses parents, l’artiste contemporain Danh Vo est considéré comme danois, pays d’accueil de sa famille. Il apparaît très rarement sur le marché français, d’où l’intérêt de suivre le résultat de cette œuvre. Ce fragment en cuivre martelé n° L11 d’une sculpture monumentale morcelée, We The People, attirait donc sur lui tous les projecteurs et atterrissait finalement à 158 750 €. Plus que librement inspirée de la statue de la Liberté de Bartholdi éclairant le port de New York, l’œuvre reproduit sciemment à l’identique et à l’échelle 1, mais en plusieurs éléments non réunis – une trentaine de fragments –, son célèbre modèle. Elle revêt une importance essentielle pour l’artiste, ainsi que la Gazette n° 21 page 68 le racontait. Ne dit-il pas lui-même considérer «cette œuvre comme l’éventail de tout ce à quoi on peut prétendre en termes de liberté» ? En 2013, le musée d’Art moderne de la Ville de Paris lui consacrait une exposition, le propos insistant sur la force politique de ses compositions. Elles révèlent la complexité des échanges entre les peuples dans le contexte de la décolonisation. Par son travail, Danh Vo s’attache à faire circuler les valeurs.
Vendredi 1er juin, salle 10-16 - Drouot-Richelieu.
SCP Touati - Duffaud. Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.
Alicia Penalba (1913-1982), Envol, série des «Formes volantes», vers 1968, sculpture murale en huit éléments en résine patinée façon bronze, pièce unique, dim. des éléments entre 45 x 55 x 22 cm et 130 x 76 x 40 cm.
Adjugé : 93 750 €
L’envol d’Alicia Penalba
Le titre de l’œuvre, Envol, ne pouvait être mieux choisi. Déclinée en huit éléments en résine patinée façon bronze, cette création unique – et monumentale – réalisée vers 1968 par Alicia Penalba (1913-1982) pour une amie, la spécialiste en gynécologie et amie des arts et des lettres Odette Poulain, décollait pour 93 750 €, emportant au passage à la fois un record français et la deuxième marche du podium de l’artiste (source : Artnet). La commande de cette pièce ne saurait être un hasard, Mme Poulain étant proche du général Édouard Corniglion-Molinier, aviateur héros des deux guerres et compagnon de la Libération. Alicia Penalba y a laissé cours à son énergie créatrice et fusionné les principales questions l’ayant habitée tout au long de sa carrière : rapports du plein et du vide, équilibre des superpositions, autonomie des formes… Des sujets fascinants pour un sculpteur. L’après-midi ne manquait pas d’autres pépites. Celles-ci ne sont pas passées inaperçues et la vente a frôlé le million en totalisant 929 360 €. La tonalité était donnée dès le premier numéro : 38 750 € pour l’exceptionnel ensemble de mobilier japonisant en acajou, exécuté à la fin du XIXe siècle par Cyrille Ruffier des Aimes (1844-1916), reproduit en page 62 de la Gazette n° 21 du 25 mai. Ensuite, 50 000 € étaient frappés pour un vase, en dinanderie de cuivre et au corps en obus, monté au marteau par Jean Dunand (1877-1942). Il faut dire que cet objet monumental (h. 74 cm) est la première œuvre majeure réalisée par l’artiste en 1906, soit un an tout juste après qu’il se fut lancé dans l’art de la dinanderie. Puis 31 250 € en saluaient un autre (h. 24 cm) du créateur, au design plus classique avec ses motifs géométriques typiques des années 1920. Ce modèle est en tout point identique à celui présenté au XIIe Salon des artistes décorateurs de Paris en 1921 – un atout supplémentaire. Dans un tout autre esprit, une banquette à deux places (48 x 120 x 53 cm) en bois, au piétement traité en palmiers enrubannés dans le goût rocaille, révélait à 45 000 € l’ingéniosité d’Armand-Albert Rateau (1882-1938). Il faut encore signaler l’ensemble de vases, pots et boîtes de Georges Jouve (1910-1964), dont les couleurs déclinaient un arc-en-ciel vif et gai des plus réjouissants. Issues d’une même collection constituée dans les années 1950, les céramiques – vingt-deux en tout – étaient dispersées entre 1 250 et 15 000 €, ce plus haut résultat récompensant un modèle Pomme, d’un jaune des plus appétissants.
Vendredi 1er juin, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Ader OVV. M. Eyraud.
Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875), Le Génie de la Danse, plâtre, modèle conçu entre 1865 et 1869, exemplaire antérieur à 1927, h. 220 cm (hors socle).
Adjugé : 127 600 €
Le grand art, du XVIIIe au XIXe siècle
Si ce modèle en plâtre d’un chef-d’œuvre de l’art du XIXe siècle, Le Génie de la Danse de Carpeaux (1827-1875), levait les bras au ciel, ce n’était pas pour acclamer son enchère  – 127 600 €, une petite déception –, mais plutôt pour saluer les résultats de cette deuxième partie de vente, après ceux récompensant la collection Ortiz-Patiño (voir pages 158  et 159). En effet, dans cette seconde manche dévolue aux tableaux anciens, aux sculptures et aux objets d’art et d’ameublement, plusieurs surprises – positives – étaient à relever. À commencer par les 94 424 € recueillis par une paire de vases «Médicis» et «Borghèse» (h. 51 cm), en bronze ciselé à patine brune, du premier tiers du XIXe siècle. Leurs infimes faiblesses de fonte leur étaient vite pardonnées… Du règne de Louis XVI, une pendule de cheminée en marbre blanc de Carrare, et aux bronzes finement ciselés et dorés rejoignait le trio de tête à 70 180 €. Son modèle ? Un recouvrement supportant un pot-pourri simulé chargé de fleurs. Une composition qui serait attribuée à un fondeur-ciseleur méconnu, du nom de Jean-Jacques Lemoyne, qui connaissait un immense succès auprès des grands amateurs parisiens du dernier tiers du XVIIIe siècle – ainsi que la fiche nous l’apprenait. Louis XVI, Marie-Antoinette, Madame Victoire et le comte de Provence en possédaient tous, avec certaines variantes. Le cadran de celle-ci était signé Renacle-Nicolas Sotiau (1749-1791), l’un des plus talentueux représentants de l’horlogerie parisienne de luxe des dernières années de la monarchie. Après son accession à la maîtrise en 1782, il installe son atelier rue Saint-Honoré et rencontre aussitôt les faveurs des plus grands. Son affaire est lancée. Sollicité par les marchands-merciers faiseurs de mode, il conçoit nombre de mouvements de pendules, qui sont des chefs-d’œuvre d’élégance et de perfectionnement, et sait s’entourer des plus habiles artisans pour les habiller – on retrouve son nom associé à ceux de François Rémond et de Pierre-Philippe Thomire notamment. Cela lui vaudra de porter le titre envié d’horloger de Monseigneur le Dauphin, le fils aîné de Louis XVI. Un second modèle de pendule ouvrait sur le XIXe siècle et l’égyptomania. Précoce, celui-ci présentait deux sphinges entourant le mouvement. Elles déployaient leurs ailes à 45 936 €. Cela sans chahuter la Nature morte aux pièces d’orfèvrerie de Willem Claesz Heda, acquise à 134 000 €. Elle était reproduite en couverture de La Gazette n° 17.
Mercredi 6 juin, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) OVV. MM. Lacroix, Millet, cabinet Étienne-Molinier.
Paul Landowski (1875-1961), Sun Yat-sen, modèle de 1927, bronze à patine médaille, cachet Susse fondeur Paris, no 1/8, 90 x 36,7 x 41,8 cm.
Adjugé : 38 750 €
Sun Yat-Sen sur le devant de la scène
En 1928, Sun Fo (1891-1973) commande au sculpteur Paul Landowski (1875-1961) une statue pour orner le mausolée de son père, Sun Yat-sen (1866-1925), homme d’État considéré comme le «père de la Chine moderne». Le fils, plus tard appelé à de hautes fonctions au sein de la jeune République, suivra avec une grande attention la réalisation de cette œuvre, se rendant à plusieurs reprises dans l’atelier boulonnais de l’artiste. Une photographie de 1930 montre les deux hommes devant le marbre de 4 mètres de hauteur – qui fut inauguré à Nankin le 12 novembre 1930 et demeure aujourd’hui, avec plusieurs millions de visiteurs annuels, l’un des monuments les plus courus du pays – ainsi qu’un modèle en plâtre en réduction. À partir de ce plâtre original – conservé au musée des Années 30 de Boulogne-Billancourt –, l’indivision des héritiers de Paul Landowski a décidé de confier à la fonderie Susse la réalisation d’un bronze de la statue dans son intégralité – avec le piédestal rectangulaire, orné de six bas-reliefs relatant la vie du président. C’est la première épreuve en bronze, exécutée à l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de Sun Yat-sen, qui était ici présentée. Elle repartait honorée d’une enchère de 38 750 €. D’autres devraient donc suivre puisque, selon la loi française sur les épreuves originales en bronze, huit peuvent être fondues, numérotées de 1 à 8/8, plus quatre épreuves d’artiste, de I à IV/IV.
Lundi 11 juin, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Ader OVV.
Rembrandt Bugatti (1884-1916), Éléphant de l’Inde au repos, vers 1909-1910, épreuve en bronze patiné, signée, numérotée 1, h. 45,5 cm.
Adjugé : 762 500 €
Présentez éléphant ! Repos
Le modèle en plâtre de cet Éléphant de l’Inde au repos effectuait ses premiers pas à la Société royale de zoologie d’Anvers lors d’une exposition en 1910 ; soit très peu de temps après sa création par Rembrandt Bugatti (1884-1916), visiteur assidu du zoo de la cité flamande. En cette période comprise entre 1909 et 1910, ainsi que l’écrit Véronique Fromanger dans Rembrandt Bugatti sculpteur - Répertoire monographique - Une trajectoire foudroyante (éditions de l’Amateur, Paris, 2016), le Milanais «va modeler L’Éléphant de l’Inde ou Éléphant jouant, et L’Éléphant au repos». Ces éléphants d’Asie seront fondus en bronze par Hébrard dans leur dimension d’origine sans en faire de réduction (…). Quant à l’Éléphant au repos, il devait être reproduit en bronze en pièce unique, mais Hébrard décidera par la suite d’en faire une édition à plusieurs exemplaires». Selon le cahier de la fonderie, onze épreuves en ont été tirées, celle-ci portant le numéro 1. Acheté par le comte Gérard de Ganay (1869-1925), le bronze était depuis resté dans sa descendance. Doté d’une belle patine brune, solidement campé sur ses pattes, la trompe baissée, il recevait 762 500 €. Il s’agit du résultat le plus élevé pour ce modèle aux enchères (source : Artnet). En 1909, Bugatti est encore un jeune homme plein d’avenir, doté d’une extrême sensibilité qui transparaît dans les animaux qu’il modèle. La Société royale de zoologie d’Anvers accueille chaque année de jeunes sculpteurs. En 1907, l’institution l’invite : il va pouvoir installer son matériel et travailler librement dans ce lieu qui est alors le plus grand – sinon le plus beau – zoo d’Europe. Le séjour durera sept ans, entrecoupé de nombreuses incursions en France, surtout à Paris, pour venir chez son fondeur surveiller les moulages de ses œuvres. En 1914, la guerre le rattrape à Anvers. Ne pouvant être mobilisé en tant qu’étranger, l’artiste se met à la disposition de la Croix-Rouge. Sa conduite héroïque lors des bombardements lui vaudra le titre de citoyen d’honneur de la ville. Accablé par les horreurs vécues, il gagne l’Italie familiale avant de revenir à Paris, s’installer à Montparnasse. La suite est connue : Rembrandt Bugatti met fin à ses jours le 8 janvier 1916, laissant un important bestiaire orphelin de son père créateur.
Mercredi 20 juin, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Beaussant Lefèvre OVV. Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.
Jean Fautrier (1898-1964), Femme se coiffant, 1929, bronze à patine médaille, 3/8, cachet du fondeur Giannini, h. 34 cm.
Adjugé : 66 553 €
Portraits de femmes
Deux versions de la féminité étaient livrées par deux grands noms du XXe siècle : Jean Fautrier (1898-1964) et Henri Laurens (1885-1954). Le premier était tout récemment à l’honneur – du 26 janvier au 20 mai dernier – dans les salles du musée d’Art moderne de la Ville de Paris pour une rétrospective, titrée «Matière et lumière», dont le propos était justement de contribuer à mettre ses sculptures sur le devant de la scène. Cela a pu concourir aux 66 553 € atteints par cette Femme se coiffant en bronze, un modèle créé en 1929. Les effets de matière si prégnants dans sa peinture, et tout particulièrement dans sa célèbre série des «Otages» (1943-1945), sont déjà présents ici. 1929 marque une date clé puisque, en raison de la crise économique, Fautrier abandonne alors sa carrière d’artiste pour vivre dans les Alpes comme moniteur de ski – il n’y reviendra qu’en 1940, en pleine guerre. Le mouvement et la fluidité de cette sculpture se retrouvaient dans l’aquarelle d’Henri Laurens, Femme accroupie, tête posée sur son genou (L’Ange de la Résurrection) (35 x 53,5 cm). Tout en courbes, elle dessinait 34 999 €.
Vendredi 22 et samedi 23 juin, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Auction Art Rémy Le Fur & Associés OVV.
Paul Troubetzkoy (1866-1938), Princesse Paul Troubetzkoy, 1910, sculpture en bronze à patine brune, cachet «C. Valsuani Cire perdue», h. 55 cm (détail).
Adjugé : 84 500 €
Modelé moderne et élégance princière
D’élégance, ni le modèle ni l’auteur de l’œuvre n’en sont dépourvus. Membre de l’une des plus anciennes familles aristocratiques de Russie, le prince Paul Troubetzkoy (1866-1938) s’installe à Paris en 1905. Mondain dans l’âme, il va développer un goût pour les portraits de personnalités issues de la haute société et du monde culturel, et rencontrer un immense succès pour ce genre de statuettes, assises ou debout. Il fixe ainsi nombre d’hommes célèbres parmi lesquels Tolstoï, D’Annunzio, Vanderbilt, Anatole France, Robert de Montesquiou… et assoit sa légitimité de sculpteur. Ici, c’est son épouse qu’il a choisi de représenter. Vêtue d’une robe de soirée, la princesse est très justement traduite par la technique virtuose et nerveuse – on a pu parler parfois d’impressionnisme et comparer sa facture à celle de Medardo Rosso – parfaitement maîtrisée de son époux. Sa noble silhouette s’élançait à 84 500 €. À Paris, Troubetzkoy rencontra et fréquenta Auguste Rodin (1840-1917) – il était impossible d’échapper à cette figure tutélaire ! Ils se retrouvaient ici côte à côte, le maître présentant une Esquisse pour les Bénédictions - Modèle pour le sommet de la «Tour du Travail» (28,4 x 20,5 x 18,6 cm), un bronze à patine noir nuancé, portant la marque du fondeur Alexis Rudier et fondu en 1931 d’après un modèle de 1894. Les deux figures ailées s’entrelaçaient à 39 000 €. Dans le Montparnasse créateur du premier tiers du XXe siècle, nombre d’artistes se croisent en provenance des pays de l’Est. On y trouve notamment Moïse Kisling, né à Cracovie en 1891, qui occupe un atelier rue Joseph-Bara, et Roman Kramsztyk, né à Varsovie en 1885 et installé rue Denfert-Rochereau. Du premier, une Jeune fille à la boucle (55 x 38 cm) se détachait à 106 600 €, le second étant l’auteur d’un Village en Provence (81 x 65 cm), émergeant au détour d’un bosquet à 58 500 €. Quant au panneau d’Albert Marquet (1875-1947), La Chaume, le clocher, Sables-d’Olonne, reproduit page 78 de la Gazette du 15 juin (n° 24), il racontait à 88 400 € le séjour du peintre dans la station balnéaire lors de l’été 1921.
Mercredi 20 juin, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Millon OVV. Mme Ritzenthaler.
Auguste Rodin (1840-1917), Bacchantes s’enlaçant, plâtre, daté avant 1896, inscrit «Au grand maître Claude Monet, son ami Rodin», 18 x 12 x 17,5 cm.
Adjugé : 108 000 €
Les Bacchantes de Rodin
Rendez-vous incontournables du week-end du 15 août, les vacations proposées par Besch Cannes Auction OVV, à l’Hôtel Martinez, enregistraient de nombreux et brillants scores. En tête, très attendu, un plâtre original de la main d’Auguste Rodin. Parmi quatorze œuvres inédites issues de la collection privée de Claude Monet, ces Bacchantes enlacées avaient été offertes par le sculpteur à son ami Claude Monet (voir la Gazette n° 29, page 76). Datant d’avant 1896, l’œuvre porte une inscription gravée sur la base : «Au grand maître Claude Monet, son ami Rodin». Avec deux autres plâtres de la même origine, le groupe a été conservé du vivant du peintre impressionniste dans sa chambre à Giverny. Il a été acquis pour un montant de 108 000 € par le musée Marmottan à Paris, qui l’avait d’ailleurs exposé dans le cadre de sa récente exposition «Monet collectionneur». Provenant également de cette prestigieuse collection, une huile de 1913 par Lucien Pissarro (1863-1944) a pour titre L’Eucalyptus ; offerte à Monet en 1914 en gage d’amitié, elle emporte la somme de 33 900 €. Il fallait prévoir ensuite 8 400 € pour une boîte à peinture qui, d’après la tradition familiale, aurait servi au maître, tandis que neuf de ses dessins complétaient cet ensemble inédit dont un amusant Bel homme au chapeau huit reflets, vendu 22 175 €. D’autres maîtres modernes répondaient présent grâce à des toiles d’exception comme la Rue à Collioure, signée d’Albert Marquet décrochée à 60 870 €, ou encore, à 53 965 €, La Sedelle au pont Charraud (Creuse) par Armand Guillaumin. La veille, le 14 août, on enregistrait de belles enchères pour des vins prestigieux et alcools rares, telles ces trois bouteilles de romanée-conti millésimées 2005, 2010 et 2012, vendues 48 750 €. Se faisait aussi remarquer, ce Carré d’as Duclot comptant seize bouteilles du millésime 2000, dégusté pour 27 750 €. Le jeudi 16 août, les regards se tournaient vers les écrins, et vers cette bague de forme moderniste en platine avec, en son centre, une émeraude à pans coupés pesant environ 12 ct, habillée d’un pavage de diamants ronds et baguette pour un total d’environ 3 ct, une création de Pierre Sterle, vers 1956. Pesant 16,42 g, elle brillait à votre main pour 81 600 €.
Cannes, mercredi 15 août.
Besch Cannes Auction OVV. MM. Kuzniewski, de Garo, Santini. Cabinet Chombert & Sternbach.
Francis Guerrier (né en 1964), Vague de lune, 2018, aluminium patiné noir et brut, pièce unique signée, h. 260 cm.
Adjugé : 20 910 €
Des vagues cosmiques sur un green breton
Au milieu de années 2000, le sculpteur Francis Guerrier débute la réalisation d’une série de pièces monumentales, plus aptes à traduire ses aspirations métaphysiques. Il y a d’abord ce rapport évident à l’espace et au cosmos avec des représentations d’oiseaux, de plumes – de cinq à quinze mètres de haut… –, de vagues ou de planètes. Ses matériaux d’élection ? L’acier, la tôle pliée en courbes et contrecourbes… Telle cette sculpture composée de deux éléments en aluminium patiné noir et brut, Vague de lune, une pièce unique signée de 2018. Elle se détachait forcément d’un ensemble mis en scène sur le golf de Lancieux, sur la côte d’Émeraude, à l’occasion d’une vacation consacrée aux plasticiens d’aujourd’hui, le samedi 18 août. Pour ce signal très aérien, qui semblait voguer, un collectionneur déboursait 20 910 €. Autre artiste invité à cette célébration en plein air, Joachim Monvoisin ; on lui devait deux pièces, adjugées chacune pour 9 225 €, la première étant cet ours blanc en résine flottant dans un tonneau, une œuvre de 2015 intitulée Relax. Et la seconde, Le Grand Silence de 2013, de marbre et de béton. Jean-Paul Moscovino préférait, lui aussi, les pliages sur aluminium, peint de bleu, avec Envol, réalisé en 2005 ; d’une hauteur de 220 cm, cette silhouette humaine triomphait à 4 920 €.
Lancieux, samedi 18 août.
Rennes Enchères OVV. Mme Criton.
Wang Keping (né en 1949), Femme, épreuve en bronze inscrite «IK» et numérotée sur 5,
h. 300 cm.
Adjugé : 126 000 €
L’éternel féminin version Wang Keping
Cet imposant totem (3 mètres de haut !) était très attendu ce dimanche 5 août, dans les Alpes-Maritimes. Son géniteur ? Le sculpteur Wang Keping, l’une des vedettes de l’art contemporain chinois. S’inscrivant dans la fameuse série de ses figures féminines, étranges déesses mères ou Vénus préhistoriques, Femme, une épreuve en bronze d’un ensemble en comptant cinq, y brillait par son excellent résultat de 126 000 €. Artiste réfugié en France depuis 1984, c’est par la sensualité exacerbée de ses créations hors du temps que Wang Keping s’affiche comme un chantre de la contestation, en s’appuyant, contrairement à d’autres, sur l’emploi de matériaux nobles, bois ou métaux, comme ici. Sasha Sosno, lui aussi, a connu la tentation du monumental : on se souvient de sa collaboration à la sculpture habitable qui abrite les bureaux de la bibliothèque Louis-Nucéra, à Nice, et édifiée avec la complicité des architectes Yves Bayard et Francis Chapus, à partir du thème récurrent de sa célèbre Tête carrée. La revoici dans une version de l’an 2000, un exemplaire unique qui s’élevait jusqu’à 44 100 €. Certaines toiles modernes sortaient également du lot, à l’image de la Composition signée par Fahrelnissa Zeid, princesse de la famille royale hachémite d’Irak ; pour cette œuvre vibrante, il fallait prévoir pas moins de 64 260 €. Elle devançait Bernard Buffet, auteur ici d’une aquarelle de 1992, titrée Maisons et Plages, une vue estivale inspirée par la Bretagne, qui totalisait 41 706 €. Mais la palme, côté cimaises, revenait sans doute à Walasse Ting, un artiste et poète américain d’origine chinoise. On le retrouvait ici avec Do You Like My Flowers ?, peint à l’acrylique en 1974, qui enthousiasmait un collectionneur prêt à débourser 91 980 €. On revisitait aussi des périodes bien plus anciennes de l’histoire de l’art avec, tout d’abord, un remarquable casque illyrien du VIe siècle av. J.-C., porté pour 22 680 €, et une pyxide égyptienne en pierre, figurant un poisson, de la XIIIe dynastie (2025-1700 av. J.-C.), achetée 31 500 €.
Mandelieu-La Napoule, dimanche 5 août.
Vermot & Associés OVV.
Pablo Gargallo (1881-1934), Torse de gitan, buste en terre cuite sur socle en bois laqué noir, signé et daté (19)23, h. 68 cm (hors socle).
Adjugé : 65 000 €
L’éphèbe gitan de gargallo
Au premier abord, l’alliance de ces deux mots semble avoir été forgée par un surréaliste, mais pour Pablo Gargallo, elle coulait de source... Nourrissant d’un souffle ibérique sa fascination pour les formes de la sculpture grecque antique, l’artiste livre ici l’une de ses plus belles œuvres de la veine classique. Sans surprise, son Torse de gitan, daté de 1923, devenait la vedette d’une session organisée à Saint-Raphaël le vendredi 20 juillet, récompensée par une enchère de 65 000 €, qui doublait largement l’estimation de départ. Comme on l’avait rappelé dans le Zoom régions de la Gazette n° 27, Gargallo a développé simultanément deux lignes stylistiques – fait assez rare pour être souligné. La plus célèbre demeure, bien sûr, son art inédit de la sculpture elliptique en métal, qui joue sur les pleins et les vides, faisant de l’Espagnol l’un des pères de la modernité. En hommage particulièrement réussi à l’artiste, une exposition intitulée «Le Vide est plénitude» s’est d’ailleurs ouverte cet été au musée Goya de Castres, et s’y déroule jusqu’au 28 octobre. On peut y admirer quelques-unes de ses créations, dont son Autoportrait, admirable masque découpé, créé en 1927. Mais à la même période, comme un contrepoint indispensable à cette invention libératrice, l’artiste perpétue une statuaire digne de l’âge d’or gréco-romain. Un art qu’il a appris en intégrant dès 1899 l’atelier du sculpteur catalan Eusebi Arnau à Barcelone, qui a su lui insuffler les bases les plus solides. «Ce n’est qu’avec une technique parfaite que l’on possédera la maxime connaissance des mystérieux rendements en la disposition des volumes, plans, surfaces reliefs, dans une composition sculpturale», devait-il confier en guise de testament à la fin de sa brève existence.
Saint-Raphaël. Vendredi 20 juillet.
Var Enchères - Arnaud Yvos OVV. M. Roche.
Willy Anthoons (1911-1982), Ève au serpent, 1942, sculpture en pierre, h. 80 cm.
Adjugé : 52 836 €
La collection d’un amateur bruxellois taillée dans la pierre
La tentation a été la plus forte ! Cette Ève au serpent, traduite dans la pierre par Willy Anthoons (1911-1982), a emporté 52 836 €, soit un record mondial pour son auteur, classé parmi les tenants de la sculpture abstraite en Belgique. C’est pourtant une œuvre figurative que l’on reconnaît ici. Elle raconte sa première manière, lorsqu’au début des années 1940 le jeune homme, meurtri par les premiers mois de la guerre, se consacre entièrement à son art, peignant, dessinant et sculptant des corps féminins et des maternités. En 1945, il cofonde le mouvement de la Jeune Peinture belge – dont il sera d’ailleurs le seul sculpteur – et, dès l’année suivante, présente une œuvre abstraite majeure, la Cathédrale humaine. Il n’y aura plus de retour en arrière. Anthoons fréquente le milieu de l’abstraction européenne, de Jean Arp à Geer van Velde, en passant par Calder, Alechinsky et Hajdu. La taille directe dans le bois ou la pierre a toujours sa préférence, mais pour des formes désormais verticales et closes. Depuis le début des années 2010, cet artiste qui était un peu tombé dans l’oubli retrouve sa place : publication d’une monographie en 2012, expositions au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles et dans des galeries… Ce résultat le confirme. D’autres pièces d’artistes belges se trouvaient très logiquement dans la collection de cet amateur bruxellois à l’honneur page 68 de la Gazette no 33 du 28 septembre. Notamment une étonnante table de salon (71 x 83 x 62 cm) en argent massif, réalisée par l’orfèvre Sylvain Wolf vers 1925. Rappelons que depuis Louis XIV, le mobilier d’argent se fait des plus rares… Il s’agit ici d’une pièce unique, une commande spéciale réalisée pour la famille Bernstein, banquiers à Anvers au début du XXe siècle. De style Louis XV, avec ses coquilles stylisées, cette table pesant 12,250 kg se posait à 27 676 €. Quant à l’huile de l’Allemand Peter Behrens (1868-1940), représentant un vol d’oiseaux au-dessus des vagues, datée 1898 et reproduite dans l’article précité, elle surfait à 31 450 €, affichant franchement ses lignes art nouveau et son appétence pour le japonisme.
Mercredi 3 et jeudi 4 octobre, salle 5-6
Drouot-Richelieu. Audap-Mirabaud OVV.
MM. Chevalier, Remy, cabinets Brame et Lorenceau, Portier et associés, Émeric & Stephen Portier.

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340 780 € frais compris. Italie, Sienne (?), XVe siècle. Buste de Christ en marbre, h. 18 cm.
Pedigree Paul Corbin

La Haute Époque brillait cette semaine grâce à deux objets affichant le pedigree de Paul Corbin (1862-1948). Il s’agit tout d’abord du magistral buste de Christ reproduit. Fragmentaire et en marbre, il est peut-être siennois et date du XVe siècle. Estimé pas plus de 10 000 €, il était pourchassé jusqu’à 275 000 €. Le musée du Louvre préemptait à 37 000 € un bas-relief en ivoire (8,4 x 13,2 cm) du début du XIVe siècle représentant un épisode de l’histoire de Perceval, d’après Chrétien de Troyes. Gauvain, l’un des chevaliers de la Table ronde, y apparaît allongé sur un lit où pleuvent des piques de flèches et d’épées. À ses côtés se tiennent les trois pucelles qu’il doit délivrer. Le Louvre a déjà fait l’acquisition à la fin de l’année 2012, grâce à un appel aux dons, de deux sculptures en ivoire de la collection Corbin. Elles viennent compléter une Descente de croix parisienne exécutée vers 1270-1280, que le musée expose depuis la fin du XIXe siècle. La plaquette préemptée, provenant d’un coffret, enrichit les collections du Louvre d’une autre pièce ayant appartenu à Paul Corbin. Celui-ci goûtait, on s’en doute, l’art gothique, mais pas seulement...
Il était avant tout connu en tant qu’amateur d’armes anciennes et d’art japonais. Il s’est également intéressé à l’art nouveau. À noter qu’il est apparenté à Eugène Corbin, fondateur du musée de l’école de Nancy. À la même époque, d’autres collectionneurs étaient à la fois attirés par l’art du Japon et l’art gothique : Raymond Koechlin, Louis Gonse et Charles Gillot. Corbin était polytechnicien, ingénieur à l’esprit vif. On lui doit notamment la mise au point d’explosifs chloratés utilisés par les armées française et italienne pendant la guerre de 1914-1918, la création en 1918 de la Société française de stéréotopographie, suite à l’invention d’un nouveau procédé de relevé topographique, ou encore celle de l’Institut d’optique à Paris. Notre homme avait l’oeil !

Vendredi 5 avril 2013, salle 5-6, Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre SVV. MM. Bacot, de Lencquesaing.

 
114 963 € frais compris.
Art Khmer, style du Baphuon, seconde moitié
du XIe siècle. Brahma, grès, h. 134 cm.
Brahma khmer

Première divinité de la trinité hindoue, Brahma est relativement peu représenté, aussi bien en Inde que dans l’Asie du Sud-Est. Une rareté récompensée par une enchère de 92 000 € pour cet exemplaire khmer dans le style du Baphuon, nom d’un temple-montagne d’Angkhor édifié au milieu du XIe siècle. Notre sculpture possède l’avantage de ne pas avoir été vue sur le marché depuis longtemps, ayant été acquise dans les années 1950 par le grand-père du vendeur. Brahma est peu figuré car il est éloigné des préoccupations de la vie quotidienne. En effet, il est le principe créateur de l’univers, celui-ci étant né de son oeuf, le bramhanda. Très peu de temples lui sont dédiés, Shiva ayant décrété qu’il n’aurait pas de lieu où être vénéré puisqu’il commit la faute de tomber amoureux de sa propre fille, Satarupa... Il faut tout de même respecter certains principes, même quand on est un dieu ! Aussi n’intervient-il que très rarement dans les affaires du panthéon hindou. Chacune de ses têtes récite l’un des quatre védas.

Mardi 26 mars 2013, Hôtel Salomon de Rothschild.
Cornette de Saint Cyr SVV. M. Estournel.

 

26 233 € frais compris.
Henri Navarre (1885-1971), Nu féminin,
pâte de cristal à la cire perdue, h. 80 cm.

Henri Navarre

Cette sculpture en pâte de cristal estimée pas plus de 3 000 € était disputée à hauteur de 21 000 €, permettant à son créateur, Henri Navarre, de décrocher un record mondial (source : Artnet). Sculpteur, ciseleur et médailleur, l’artiste s’est intéressé au verre à l’approche de la quarantaine. La réalisation de verrières gravées au jet de sable pour le siège du journal L’Intransigeant marque en 1924 un tournant dans sa carrière. D’office, il fait preuve d’invention en utilisant de larges plaques où le trait monochrome gravé remplace le plomb. Il collabore avec André Thuret, ce qui le conduit à la réalisation de vases en verre "malfin" - imparfaitement raffiné - ou enrichis d’émaux évoquant le travail de Marinot. Il innovera aussi dans la statuaire monumentale réalisée en verre coulé à chaud. Il utilisera cette technique pour la réalisation d’un Christ de 2,30 mètres de hauteur destiné à la chapelle du paquebot Ile-de-France. Notre nu illustre la maîtrise acquise par le créateur.

Mercredi 20 mars 2013, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Coutau-Bégarie SVV.

 

121 125 € frais compris.
Attribuée à Bartolomeo Bon (1410-1467),
sculpture en marbre, 177 x 52 x 62 cm.

De la Rome antique au XVIIe siècle

Cette vente était uniquement consacrée à la Haute Époque. Elle totalisait 1 162 792 € frais compris, engrangeant pas moins de vingt-neuf enchères à cinq chiffres. Débutons avec la sculpture et les 95 000 € retenus par la statue reproduite. Sans doute allégorique, elle est attribuée à Bartolomeo Bon, situé à la charnière entre la sculpture gothique vénitienne finissante et la Renaissance. Originaire du Tessin, il a d’abord travaillé dans la Sérénissime avec son père Giovanni, notamment à la décoration de la célèbre Ca’ d’oro. Seul, il a réalisé plusieurs portes, dont celle de l’église San Giovanni e Paolo ou celle reliant le palais des Doges à la basilique Saint-Marc. Le plomb était également à l’honneur, à 82 000 €, avec deux fontes françaises de la fin du XVIIe-début du XVIIIe siècle présentant deux bustes antiquisants (h. 66 cm). L’un personnifie l’été sous les traits d’une jeune femme, l’autre l’hiver en la figure d’un vieillard barbu et aux cheveux ceints d’une couronne de houx. Ils évoquent également les solstices, la jeune femme arborant sur un bandeau les trois signes zodiacaux suivant l’équinoxe de printemps. La troisième enchère à s’inscrire dans la fourchette des 80 000 à 100 000 € concerne un meuble, une spectaculaire table bourguignonne du XVIe siècle adjugée 90 000 €. En noyer richement sculpté, elle est à allonges intégrées au plateau (150 x 86 cm fermé), ses deux montants latéraux, accostés de colonnes gémellées parcourues de branches de laurier, présentant chacun une paire de puissantes chimères ailées. L’entretoise basse est enfin surmontée de deux lyres stylisées. Bien entendu, cette table évoque les modèles de Jacques Androuet du Cerceau, dont Hughes Sambin s’est inspiré.

Vendredi 15 mars 2013, salle 5-6 - Drouot-Richelieu
Aguttes SVV. M. Perrier.

 

30 980 € frais compris.
Raoul Larche (1860-1912),
Lampe à deux lumières, épreuve en bronze doré à patine d’origine, fonte d’époque
de Siot-Decauville, h. 45 cm.

La fée Électricité

Succès garanti pour ce modèle de lampe de Raoul Larche, notre fonte d’époque par Siot-Decauville rayonnant à 25 000 €. Vous aurez, bien entendu, reconnu la Loïe Fuller virevoltante dans ses voiles. Considérée par de nombreux artistes comme l’incarnation de l’utopie symboliste, elle les a bien souvent inspirés. En la transformant en lampe, Raoul Larche ne se contente pas de donner corps au beau dans l’utile. Il transcrit une dimension souvent oubliée des apports de miss Fuller, la lumière… Les circonvolutions de sa danse serpentine s’effectuaient en effet sur un plancher lumineux, ses voiles étant traversés par les faisceaux de dizaines de projecteurs colorés, créant ainsi une féerie d’un nouveau genre, au moment où l’électricité prend son envol. L’un de ses fervents admirateurs, Mallarmé, écrira que l’exercice réalisé par la danseuse «comporte une ivresse d’art, simultané un accomplissement industriel». Le beau dans l’utile n’est il pas l’enfant des beaux-arts appliqués à l’industrie ? Réponse avec notre lampe.

Jeudi 14 mars 2013, salle Rossini.
Rossini SVV. M. Marcilhac.

 

110 400 € frais compris. Ernest Meissonier (1815-1891), Le Voyageur ou Cavalier dans la tempête,
bronze à patine brune nuancée de vert, signé "Meissonier" à la pointe, fin XIXe siècle, cachet circulaire de Siot-Decauville, Paris, 48 x 60 cm.

L’empereur ou son maréchal ?

Ernest Meissonier, protégé de l’empereur Napoléon III, entame sous le second Empire, une longue carrière en représentant des tableaux militaires. À l’exemple de Martin-des-Batailles accompagnant Louis XIV en Flandres, notre artiste devient en 1859 le "peintre reporter" de l’empereur durant la campagne d’Italie. Il campe ainsi un magistral Napoléon III à Solférino, aujourd’hui au musée du Louvre. En hommage à son oncle, l’empereur commande à Meissonier une suite de toiles rappelant les conquêtes de la Grande Armée. Également sculpteur, Ernest Meissonier réalise des statuettes, principalement équestres. Elles lui servent d’études préparatoires aux tableaux militaires, comme l’a montré Antoinette Lenormand-Romain lors de l’importante rétrospective de l’artiste, organisée en 1993 à Lyon. Excellent animalier, Meissonier pousse loin l’observation du cheval, modelé avec réalisme, puissance et précision. Notre bronze, appartenant à cette veine, était auguré autour de 10 000 €. Proposé en bon état de conservation, il fut fondu après la mort de Meissonier chez Siot-Decauville d’après une cire originale. Portant le justificatif n° 30, notre tirage a d’abord été vu comme représentant Napoléon Ier lors de la retraite de Russie. Puis les historiens d’art y ont reconnu un portrait équestre du maréchal Ney. Vivement guerroyé entre la salle et plusieurs téléphones, il décuplait au final les estimations, pour être gagné par un acheteur français.

Morlaix, mardi 26 février 2013.
Dupont & Associés SVV.

 
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp