La Gazette Drouot
Best of des enchères - Sculptures, Bronzes (2011)
Best of des enchères  
Sculpture, Bronze 2011
 

89 222 € frais compris.
Attribuée à Jean Pépin de Huy, Vierge à l’Enfant, pierre sculptée, premier quart du XIVe siècle, reste de dorure sur la couronne.

Jean Pépin de Huy

Provenant de la collection de la galerie Jacqueline Boccador, cette Vierge à l’Enfant dépassait à 72 000 € son estimation. Elle est attribuée à un sculpteur mosan, Jean Pépin de Huy, ayant travaillé entre 1311 et 1329. Probablement originaire de Liège, il s’installe à Paris dans les premières années du XIVe siècle. Il va devenir le sculpteur attitré de Mahaut d’Artois (vers 1270-1329), épouse du comte de Bourgogne Othon V, également cousin de Philippe le Bel. Le nom de Pépin de Huy apparaît à plusieurs reprises dans les comptes des Artois, mais à ce jour, seulement quatre de ses oeuvres sont répertoriées, toutes conservées dans des institutions. Le Louvre possède un pleurant provenant du tombeau d’Othon de Bourgogne, autrefois à l’abbaye de Cherlieu (Haute-Saône), le musée d’archéologie et des beaux-arts de Besançon le petit gisant d’un fils de Mahaut, Jean, réalisé en 1315 pour l’abbaye de Poligny (Jura), celui d’un autre de ses fils, Robert, étant exposé à l’abbaye de Saint-Denis, une Vierge à l’Enfant résidant enfin au musée des beaux-arts d’Arras. Notre groupe possède des similitudes avec celle-ci.

Vendredi 16 décembre, salle 14 - Drouot-Richelieu.
Me Fillaire.
   

75 000 € frais compris.
Emilio Fiaschi (1858-1941), Nu au voile adossé, marbre blanc, h. 120 cm, présenté sur une colonne en marbre vert de mer, h. 131 cm. Record mondial pour l’artiste.

Emilio Fiaschi

Estimée au plus haut 7 000 €, cette jeune beauté aussi pure qu’immaculée triomphait du haut de sa colonne à 60 000 €, enregistrant un record mondial pour l’artiste (source : Artnet). Son auteur est un sculpteur italien, Emilio Fiaschi. Après des études à l’académie des beaux-arts de Florence entre 1883 et 1885, remportant une médaille, il se serait installé à Volterra en 1890. Il a produit dans la veine académique fin de siècle des marbres d’édition de grande qualité technique. Les nus ont sa faveur, comme les bustes ou des sujets mettant par exemple en scène une mère et son enfant . On sait peu de chose de cet artiste, ignoré par le Bénézit. Ses oeuvres passent de temps en temps sur le marché, notre sujet étant le plus couru.

Mercredi 14 décembre, salle 14
Drouot-Richelieu. Cornette de Saint-Cyr SVV. Cabinet Court’Art.
   
De l’Egypte pharaonique à l’Empire romain

Cette vente d’archéologie totalisait 3 692 000 € frais compris. Pas moins de huit enchères à six chiffres et cinq à cinq chiffres étaient prononcées. L’Égypte pharaonique était particulièrement bien représentée. Exceptionnel par sa taille, le modèle de barque reproduit datant du Moyen Empire défiait les pronostics en filant à 580 000 €, sur une estimation haute de 100 000. C’est durant cette période que se développe le mobilier funéraire ayant pour but de garantir la vie du défunt dans l’au-delà, notamment en raison de la faible qualité des roches des hypogées empêchant l’essor des décors peints. À son opposé par ses dimensions, le profil d’Akhenaton vers 1353-1356 av. J.-C., en pâte de verre bleu opaque (h. 4,5 cm), suscitait 100 000 €. Il fait la démonstration de la maîtrise de l’art du verre par les artisans égyptiens. Une statue de dignitaire en bois (h. 56 cm) de la VIe dynastie (2374-2140 av. J.-C.) respectait à 160 000 € son estimation haute. Elle est caractéristique de l’art de cette dynastie par sa nudité, sa silhouette élancée et sa tête légèrement surdimensionnée. À 100 000 €, l’estimation était triplée pour une stèle d’époque ramesside (1295-1069 av. J.-C.) de Dahamsha en calcaire (40,5 x 27,5 cm). Dédiée au dieu Sobek de Soumenou, elle est sculptée dans son registre supérieur du Thot-babouin assis devant une table d’offrandes et de la déesse Athor-bovine face à un roi, le registre avec un couple de dignitaires devant sept crocodiles superposés. L’archéologie romaine était surplombée par les 255 000 € d’une statuette gallo-romaine du Ier-IIe siècle en bronze doré, trouvée à Bavay et représentant Mercure (voir ci-dessous). Une statuette romaine du Ier siècle en bronze patiné (h. 54 cm) et aux yeux incrustés de plomb enregistrait 100 000 €. Elle figure Éros adolescent courant nu. Les traits du visage sont caractérisés mais il lui manque les bras, l’un d’entre eux devant tenir une torche. L’art grec étaitquant à lui dominé par l’orfèvrerie avec les 210 000 € d’un rhyton du IVe siècle en argent partiellement doré (740 g - h. 19,1 cm). Son extrémité adopte la forme d’un protomé de bouquetin rendu avec maestria, la lèvre du vase étant soulignée d’une large frise de palmettes gravées.

Jeudi 1er décembre 2011, Drouot-Montaigne.
Pierre Bergé & Associés SVV. M. Kunicki.
   
Mercure de Bavay

Selon Isidore Lebeau en 1844, "il y avait autant de bronzes à Bavay que de feuilles sur les arbres de la forêt voisine". Profusion sans doute, mais aussi qualité comme en témoigne cette statuette inédite qui récoltait 255 000 €. Représentant le dieu Mercure, elle a été examinée par Edmond Haraucourt, conservateur au musée de Cluny entre 1912 et 1925, qui la datait du Ier siècle de notre ère. Acquise en 1912 par Charles Delaporte (1878-1974), elle est ensuite restée dans la descendance du collectionneur. Située dans le département du Nord, Bavay - Bagacum dans l’Antiquité - est une fondation romaine implantée vers 20 av. J.-C. Passage obligé entre la Germanie et le port de Boulogne, la ville était reliée par sept voies portant le nom d’un dieu, dont Mercure, à des capitales des peuples voisins. Le forum de la cité atteste de son importance. Avec ses près de trois hectares, il est le plus imposant de Gaule avec une basilique de 98 mètres de long, la plus grande découverte à ce jour.

Jeudi 1er décembre 2011, Drouot-Montaigne.
Pierre Bergé & Associés SVV. M. Kunicki.
   
Boizot record !

Spécialité phare de la semaine, la sculpture récoltait un record mondial pour un maître de l’école néoclassique, Louis-Simon Boizot, grâce aux 272 000 € cueillis par ce groupe en terre cuite. Il s’agit d’une découverte, notre couple primordial étant celui mentionné sous le numéro 448 du livret du Salon de 1791. Il est cité comme suit : "Adam et Ève, première pensée de la mort", expliquant ainsi le désespoir de cette dernière à côté de laquelle git une colombe sans vie. La littérature sur l’artiste faisait jusqu’alors mention de ce groupe sans qu’il soit localisé. C’est chose faite… Il détrône de la première place (source : Artnet) un buste en bronze de 1775 de la collection Karl Lagerfeld, Iphigénie (h. 32 cm), vendu 305 500 F (54 370 € en valeur réactualisée) chez Christie’s à Monaco en avril 2000. Premier prix de sculpture à 19 ans, Boizot séjourne cinq ans à Rome, où il s’imprègne des antiques, et à son retour succède à Falconnet en tant que directeur des ateliers de sculpture de la Manufacture de Sèvres. Brillant portraitiste, il est considéré comme l’un des sculpteurs majeurs de son temps, enchères à l’appui !

Vendredi 18 novembre 2011, salle 6
Drouot-Richelieu. Néret-Minet - Tessier SVV. M. Lacroix.
   
Extrême fidélité

La lutte d’enchères fut homérique autour de ce buste de Pénélope, désiré ardemment à hauteur de 285 000 €. En albâtre, il est italien et sculpté à la manière de la Renaissance. Il faut dire que la fille d’Icarios a toujours su enflammer les passions sans jamais cependant s’abandonner à d’autres qu’à Ulysse. Elle est la seule parmi les épouses des héros de la prise de Troie à n’avoir "pas succombé aux démons de l’absence", comme l’écrit Pierre Grimal dans son Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine. Cette indéfectible fidélité lui vaut d’être une figure légendaire de la littérature antique. Notre buste souligne les qualités plastiques idéales de la dame, dépourvue de tout attribut mais identifiée dans un cartouche par son prénom et la devise latine "femme d’Ulysse". Au début du XXe siècle, Antoine Bourdelle avait pris soin de figurer certaines variantes de sa Pénélope accompagnées d’un fuseau, rappel du fameux stratagème conçu par la reine pour repousser les attentes des prétendants. Ce n’est cependant pas une tapisserie qu’elle tissait le jour et défaisait la nuit, mais le linceul de Laërte, son beau-père. Sur la vingtaine d’années que dura l’absence d’Ulysse, cette ruse ne fut efficace que trois courtes années en raison de la trahison d’une servante… mais Pénélope resta de marbre.

Vendredi 4 novembre 2011, salle 15
Drouot-Richelieu. Oger & Camper SVV.
   
Suites pour violoncelles

Dispersant des oeuvres de l’école de Nice, cette vente faisait retentir l’enchère la plus haute sur notre spectaculaire sculpture monumentale. D’une collection particulière, elle illustre l’art d’Armand Fernandez, dit Arman, qui se définissait comme "montreur d’objets". Principal protagoniste de l’école de Nice, l’artiste fut également l’un des membres fondateurs du nouveau réalisme. S’intéressant au statut de l’objet, il étudie surtout son rapport avec la société moderne, entre sacralisation et consommation. Arman entame en 1961 la série célèbre des "Colères" en détruisant une contrebasse devant les caméras de la NBC. Pour la postérité, l’instrument deviendra d’ailleurs NBC Rage. Anéantissant systématiquement violons, guitares, contrebasses, violoncelles et pianos, l’artiste accuse le monde de la musique, qu’il juge trop codifié, à l’image du conformisme des années 1960. Signes de l’harmonie perdue, d’un univers en proie aux cataclysmes, ces instruments de musique symbolisent encore les méfaits de l’homme sur l’environnement. Hors d’usage, ils sont savamment recollés sur un piédestal ou disposés sur des supports muraux. Perçus alors comme de nouveaux objets, leur fonction se perd dans le nombre pour devenir à la fois mouvement et couleur. Notre impressionnante accumulation de violoncelles est ainsi érigée en une colonne extraordinaire rendant hommage à la démarche artistique d’Arman. Après une éclatante symphonie d’enchères, elle était finalement acquise par un admirateur chevronné du sculpteur.

Nice, samedi 22 octobre 2011.
Hôtel des Ventes Nice Riviéra SVV. Cabinet Maréchaux-Laurentin.
   
Les Laboureur de la succession Sylvain Laboureur

La vente de la succession de Sylvain Laboureur, fils de Jean-Émile Laboureur et auteur de son catalogue raisonné, rapportait 391 851 € frais compris. Pour l’artiste, la plus haute enchère, 11 200 € au marteau et une estimation quadruplée, allait à l’huile sur carton de 1903, L’Arrosoir (le père de l’artiste). Mais l’essentiel de cette succession était bien entendu constitué par les gravures, souvent accompagnées d’études préparatoires. Ainsi l’épreuve sur vergé ancien de l’eau-forte La Marchande de violettes était propulsée à 8 000 €, sur une estimation haute de 1 200. Elle s’accompagne de deux dessins préparatoires à la mine de plomb, l’un sur vélin, l’autre sur calque. L’une des neuf épreuves sur japon tirée en couleurs du vivant de l’artiste du bois gravé d’un nu, Une puce, 1913, était poussée à 5 300 € avec ses deux dessins préparatoires, l’un à la mine de plomb sur calque avec rehauts aux crayons de couleur, l’autre aux crayons de couleur sur vélin blanc. Pour une estampe vendue seule, la palme revenait à 4 800 € à une épreuve sur japon vergé mince imprimée en noir et sanguine du bois gravé La Petite Chatte blanche, 1907. Il s’agit d’une des trois antérieures au tirage réalisé pour la revue munichoise Die Opale. Le premier projet d’illustration d’un ouvrage entrepris par Laboureur était crédité de 4 500 € d’après une estimation haute de 800 : l’épreuve sur japon du bois gravé Le Roulis transatlantique, 1912, sixième planche de l’Anthologie grecque tirée à seulement trois exemplaires, est accompagnée de trois dessins préparatoires sur vélin ou sur calque. Laboureur s’intéressait aussi aux avant-gardes… La preuve avec les 8 000 €, une estimation haute quadruplée, des quatre premiers numéros de la revue dadaïste 391 (Barcelone, galerie Dalmau, 1917), publiée sous la direction de Francis Picabia. Cette publication compte 19 numéros parus à Barcelone, New York, Zurich ou Paris entre 1917 et 1927, que l’on trouve très rarement réunis. La vente s’ouvrait avec des oeuvres d’autres artistes, témoignant de nombreuses amitiés en la matière. Ainsi, le Portrait de François Laboureur, fils de l’artiste, âgé d’environ huit ans, exécuté vers 1929 à l’huile sur toile par Tadé Makowsky, décrochait 16 000 €. Le Portrait de Jean-Émile Laboureur de Chana Orloff reproduit doublait de son côté son estimation.

Mercredi 12 octobre 2011, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Ader SVV. Mmes Bonafous-Murat, Sevestre-Barbé, MM. Galantaris, de Louvencourt, Weill.
   
Bouddha Ming

À 102 000 €, ce bouddha en bronze d’époque Ming respectait son estimation. Rappelons que c’est sous cette dynastie que la sculpture bouddhique en bronze atteint l’un de ses sommets. Assis dans la position du lotus, notre bienheureux fait avec sa main droite le geste de la prise de la terre à témoin. En désignant ainsi du bout des doigts le socle lotiforme, il illustre sa victoire sur le prince des démons, Mara, venu le tenter pour l’extraire de sa méditation. Bouddha Sakyamuni est le nom donné au bouddha historique. Il signifie "sage des Sakyas", celui-ci étant un prince du clan des Sakyas, terme qui signifie "capable" en sanscrit. Notre bronze possède des traits typiquement chinois, sa tête étant surmontée de la protubérance ushnisha, symbole de sa connaissance. Il porte également des signes auspicieux tels que l’urna - indiquant l’éveil - et le joyau dans sa coiffure, le svastika sur sa poitrine représentant les forces cosmiques, les chakras sur la plante des pieds symbolisant la loi bouddhique. ?Restons en Chine, avec un vase d’époque Gangxu (1875-1908) de forme hu, portant la marque à six caractère de l’empereur, qui respectait à 15 000 € son estimation haute. Il est en porcelaine, à glaçure céladon craquelée, décorée sous couverte en réserve aux pigments or et rouille de dragons impériaux poursuivant la perle sacré et de deux frises d’émaux polychromes. Il possède une monture française en bronze doré. 6 000 € allaient à un plat d’époque Yuan (1279-1368) du Lonquan polylobé en épaisse porcelaine, à godrons rayonnants moulés, décorée sous glaçure monochrome céladon finement craquelée d’un phénix en vol.

Lundi 10 octobre 2011, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Giafferi SVV, M. Gomez.
   
Bouddha Ming

Ce bouddha en bronze doré d’époque Ming était acquis à 27 000 €, d’après une estimation haute de 5 000. Il date du XVIIe siècle, époque marquée par la chute de la dynastie, le dernier des Ming se suicidant en 1643. C’est sous l’égide de ces empereurs que la sculpture bouddhique chinoise en bronze connaît un de ses sommets. Cet engouement pour la figure de Bouddha et le soin porté à sa réalisation plongent leurs racines sous la dynastie mongole des Yuan, où le bouddhisme tibétain était religion d’État. Avant de devenir le premier empereur Ming sous le nom de Hongwu, Zhu Yuangzhang avait trouvé refuge dans un monastère bouddhiste puis commandé une troupe de rebelles qui allait rejoindre les Turbans rouges, associés à la société du Lotus blanc. L’enseignement de cette dernière s’est développé à partir de l’école bouddhique de la Terre pure, fondée en Chine au IVe-Ve siècle. Elle est basée sur la figure du Bouddha Amitabah : compassion et lumière. Les Turbans rouges veulent plus qu’un changement politique et entendent aider la "lumière" à repousser les ténèbres. La nouvelle dynastie s’appellera donc "Ming", nom qui renvoie à cette notion. De quoi justifier les images de Bouddha exhalant un bel aura doré !

Jeudi 29 septembre 2011, salle Rossini.
Rossini SVV.
   
Chiparus sculpteur art déco

Cette gracile statuette chryséléphantine était la vedette d’une vacation phocéenne, dédiée aux arts décoratifs du XXe. Espérée autour de 7 000 €, elle grimpait sur la plus haute marche du podium. Venant d’une collection régionale, elle est l’oeuvre de Demeter Chiparus, artiste d’origine roumaine. Après avoir étudié la sculpture en Italie, il vient en France au début du XXe siècle. Élève à l’École des beaux-arts, il fréquente les ateliers d’Antonin Mercié et de Jean Boucher. Primé en 1914 au Salon, Chiparus se spécialise dans la statuaire ornementale très prisée des amateurs ; des vases, des dessus de table, des sujets de cheminée envahissent alors les intérieurs. Après la Première Guerre mondiale, Chiparus se rend ainsi célèbre grâce à ses petites statuettes façonnées selon la technique chryséléphantine. Ses oeuvres traduisent les goûts frénétiques de l’art déco. Inspirées des Ballets russes, les danseuses sont violemment cambrées ; unissant rythmes et galipettes, elles se dressent en équilibre instable sur des jambes en extension. Dans des poses plus lascives, d’autres girls exhibent leur corps moulés dans d’étonnantes armures érotiques. Plus sage, notre modèle est assis, les pieds gracieusement croisés chaussés de ballerines. Reproduit dans Art Déco and Other Figures de Catley, il révèle tout le panache et la magie du music-hall. Menant allégrement la danse des enchères, notre pétulante Tanara repartait finalement au bras d’un client français.

Marseille, samedi 17 septembre 2011.
Leclere - Maison de ventes SVV. M. Roche.
   
Vierge gothique

Portée au pinacle des enchères, notre touchante statue provenant d’une collection régionale était proposée en mauvais état, présentant plusieurs manques, diverses altérations tel un bras accidenté. Malgré ces accidents, elle fut vivement disputée des amateurs… en raison de la présence d’une polychromie d’origine. À 25 000 € étaient encore en lice cinq enchérisseurs ; doublant les estimations, notre madone était conquise au final par un acheteur français. Coiffée d’un voile court, Marie tient l’Enfant Jésus sur ses genoux. Hiératique, elle est assise sur un siège faisant référence au trône de Sagesse, l’un des noms désignant la Sainte Vierge. À l’image du trône de Salomon, le roi prophète de l’Ancien Testament, la Vierge est la mère du Christ, lieu incarné de la sagesse de Dieu. Descendante de David, Marie de Nazareth est également héritière et reine, comme l’indique sa représentation en majesté. Faisant corps avec le bâti, notre madone apparaît donc comme le siège de l’Enfant, qui devait sans doute bénir de la main droite les fidèles en dévotion. D’esprit médiéval, la statue est empreinte d’une certaine naïveté, lisible dans le rendu des visages et dans celui de la robe se déployant en plis bien marqués. Attribuée à une école de sculpture du centre de la France, l’oeuvre se distingue par la qualité expressive de Marie, alliant réalisme et douceur.

Clermont-Ferrand, jeudi 21 juillet 2011.
Vassy et Jalenques SVV. M. Delmas.
   
Sandoz, animalier art déco

Cette superbe féline, avancée autour de 25 000 €, était portée au pinacle des enchères. Vivement pourchassée, elle était finalement apprivoisée par un collectionneur français au quadruple des estimations. Référencé sous le n° 587 dans l’ouvrage de Félix Marcilhac, paru aux éditions de l’Amateur en 1993, le bronze est signé du sculpteur bâlois, spécialiste des figurines et des sujets animaliers. Fils d’Édouard Sandoz, fondateur de la firme chimique, le jeune homme étudie la sculpture à Paris auprès de Mercié et d’Injalbert. Il se distingue très vite de ses maîtres, préférant les représentations zoomorphes aux figures humaines. Lors d’un voyage en Sicile en 1908, Sandoz prend pour modèle un petit hibou et réalise ainsi sa première sculpture animalière. Elle sera suivie d’un important bestiaire, façonné dans divers matériaux, du plâtre au bronze en passant par la porcelaine. En 1933, Sandoz fonde la société française des animaliers. Édouard-Marcel Sandoz représente ses sujets avec un sens réel de la vérité, saisissant immédiatement leurs diverses expressions. Libérées de tous détails, les formes lisses et dépouillées préfigurent certains traits de la sculpture moderne. Exposée en 1936 au Salon des beaux-arts, notre Tête de panthère est proche des fameux félins qui inspirèrent de fabuleux bijoux à Jeanne Toussaint, directrice de la haute joaillerie chez Cartier, telle la broche célèbre de la duchesse de Windsor.

Tourville-sur-Arques, dimanche 17 juillet 2011.
Wemaëre - de Beaupuis - Denesle Enchères SVV. M. Marcilhac.
   
Goudji, magicien du métal

Lors de cette vente normande, la sculpture se taillait la part souveraine. Enflammant bien des coeurs, cette précieuse statuette était le thème d’une vive bataille entre des musées, le négoce international et divers particuliers. Présentée au château de Blois durant l’été 2007, elle illustre l’art du "magicien d’or". Né à Borjoni en Géorgie, naturalisé français en 1978, Elizbar Goudji Amachoukeli dit Goudji puise son inspiration dans le Caucase, au carrefour de plusieurs influences ainsi que dans la culture byzantine. Il imagine ainsi de magnifiques objets, tels des aquamaniles, des rhytons, des coupes animées d’animaux fabuleux. Unique par essence, l’objet demeure avant tout une création originale. À partir d’une mince feuille de métal, Goudji invente une technique de repoussé à la main et au marteau, interdisant toute reproduction à l’identique. Sculpteur de formation, l’artiste est également un orfèvre alliant aux techniques de la dinanderie l’incrustation dans le métal de pierres dures, à l’exemple de notre statuette. Provenant d’une collection particulière, elle est embellie de sodalite, de jaspe, d’aventurine, de calcédoine, de cornaline et de serpentine. Combattue entre la salle et le téléphone, elle était finalement emportée au double des estimations par un acheteur français.

Bayeux, jeudi 14 juillet 2011.
Bayeux Enchères SVV.
   
Boddhisatva Ming

Dispersant les collections d’un haut fonctionnaire et d’un ambassadeur en poste en Extrême-Orient au début du XXe, cette étude normande enregistrait des enchères internationales et rencontrait un vif succès pour l’art chinois. Présenté comme la star de la vente, un boddhisattva chinois assis en padmasana, façonné en bronze laque or et polychrome, époque Ming, récoltait l’enchère la plus haute de la vacation. Ses mains esquissent le geste de dhyâna mudra et d’abaya mudra, l’une baissée paume vers le ciel, l’autre en avant, dans un geste d’apaisement. Proposé en bon état de conservation, il déclenchait une âpre lutte entre la salle et plusieurs téléphones. Sextuplant largement les estimations, il était finalement acquis, à 181 000 €, par un fervent amateur chinois. Une autre statuette de boddhisattva assis en padmasana en bronze doré, également sculpté en Chine à l’époque Ming, partait ensuite à 7 200 €. Pour une statuette de guanyin à 18 bras, assise sur le lotus et tenant des attributs, il fallait compter 3 300 € ; toujours de Chine et d’époque Ming, elle est façonnée en bronze laqué or. Une statuette chinoise en ivoire sculpté rehaussé d’or, vers 1900, représentant une Guanyin assise sur un padma, trouvait amateur à 2 800 €. Cette même enchère était recueillie sur une potiche exécutée en porcelaine au XVIIe ; elle est décorée d’enfants s’amusant sous la surveillance d’une jeune femme. On enregistrait 6 500 € sur une jolie robe de mandarin ; travaillée en soie brodée rouge, elle a été confectionnée à la fin du XIXe en Chine. Une paire de tabourets en porcelaine ajourée bleue et blanche, travail chinois du XIXe, était cédée pour 3 200 €, tandis que 7 900 € étaient nécessaires pour une paire de vases en grès rouge décorés d’arbustes en relief et dotés d’anses en application imitant le bambou.

Coutances, samedi 16 juillet 2011.
Me Boureau. M. Portier Th.
   
Rodin de marbre

La chute de reins de cette Faunesse à genoux d’Auguste Rodin ornait la couverture de la Gazette n° 19. Ce marbre respectait à 600 000 € son estimation basse. Le modèle a été imaginé en 1887, notre exemplaire ayant été exécuté vers 1890 et offert par son créateur, probablement en août, au peintre Puvis de Chavannes. Les deux artistes avaient participé l’année précédente à la création de la Société nationale des beaux-arts. Rodin estimait beaucoup son confrère. Sa secrétaire rapporta que les dernières paroles du sculpteur furent pour lui, qui avait en 1891 réalisé son buste : "Et on dit que Puvis de Chavannes, ce n’est pas beau". Rappelons que notre faunesse fait partie de la cohorte des figures imaginées par Rodin pour sa célèbre Porte de l’Enfer, véritable work in progress avant la lettre, jamais achevé. Comme son voisin Le Penseur, elle a vite pris son indépendance pour connaître, en plusieurs versions, un vif succès. La nôtre est représentée la tête droite, le visage presque animalier. La première variante, dite Le Réveil, possède une tête adoucie penchée sur l’épaule droite, la troisième, La Toilette de Vénus, ayant des cheveux plus longs. La Faunesse a été fondue en bronze dès 1888 et au moins sept marbres ont été réalisés. Trois, en plus du nôtre, sont à ce jour localisés.

Mercredi 6 juillet 2011, Drouot-Montaigne.
Cornette de Saint Cyr maison de ventes SVV.
   
International, du Brésil à la Chine

Le produit total de ce programme XIXe siècle, moderne et contemporain s’établissait à 2 875 622 € frais compris. Les artistes présentés étaient internationaux, la plus haute enchère, 520 000 €, revenant au Relief en bois de Sergio Camargo. Ce score représente un record français pour son auteur et occupe la deuxième place de son palmarès mondial (source : Artnet). Considéré comme l’un des plus grands artistes abstraits brésiliens, Camargo a obtenu en 1963 le Prix international de sculpture de la Biennale de Paris, événement décidant de son installation en France. Notre oeuvre porte au dos une localisation parisienne à la date de 1967. L’artiste est très tôt en contact avec les avant-gardes, ayant suivi l’enseignement de Lucio Fontana et d’Emilio Pettoruti en Argentine, à Buenos Aires, avant d’arriver à Paris en 1948, où il se familiarise avec l’oeuvre de Brancusi, d’Arp et de Vantongerloo. Contrairement à ses confrères sud-américains, il n’adhère pas à l’art cinétique, préférant à partir de 1963 composer des reliefs en bois tout juste animés par le jeu naturel de l’ombre et de la lumière. L’artiste rentrera au Brésil en 1974. Retrouvons la France à 430 000 €, une estimation doublée pour l’huile sur carton de 1914 d’Albert Gleizes. Loin des sujets anonymes habituels du cubisme, elle est à caractère familial puisqu’elle représente La Mère et la soeur d’Albert Gleizes (80 x 104,5 cm), bien entendu passées à l’implacable filtre multiperspectiviste du cubisme dont l’artiste est l’un des théoriciens. Il a peint à cette époque une série d’oeuvres sur le même sujet. Le prix obtenu est le plus élevé enregistré en France depuis plus de vingt ans. Il faut en effet remonter à la vente de la collection Bourdon, en mars 1990, pour trouver une huile sur toile, elle aussi de 1914, adjugée 3,3 MF au marteau (695 900 € en valeur réactualisée). Les Peupliers en avril, Bretagne, une bruissante huile sur toile de 1899 d’Henry Moret, doublait pour sa part à 110 000 € son estimation. La touche chinoise de cette dispersion était apportée par deux délicates encres sur papier de Qi Baishi, qui dynamitaient leurs estimations. 58 000 € allaient à des Crevettes (134 x 34 cm) et 36 000 € à des Crabes (104 x 33 cm). Les deux oeuvres sont signées et marquées du cachet, des éléments participant, conformément à la tradition chinoise, pleinement à l’esthétique de l’ensemble. La sculpture était dominée par les 90 000 € d’un des deux exemplaires en bronze fondus par Parellada de l’Oiseau perché sur un arbre, 1969 (h. 45,5 cm) de Joan Miró.

Lundi 27 juin 2011, salle 5-6 – Drouot-Richelieu.
Claude Aguttes SVV. M. Coissard.
   
La tournée du grand duc

Ce rapace majestueux était porté au pinacle des prix. Annoncé autour de 22 000 €, il faisait vivement envoler les enchères. Guerroyé avec élan, il était finalement conquis par un collectionneur français au quintuple des estimations. Authentifié par Mme Liliane Colas, notre Grand Duc est signé du Bourguignon François Pompon. Né à Saulieu, le jeune homme débute d’abord comme apprenti tailleur de pierre chez un marbrier dijonnais. Devenu l’élève de Pierre-Louis Rouillard à l’École nationale des arts décoratifs, il réalise à Paris ses premières sculptures, des bustes exposés au Salon de 1879. Praticien d’Antonin Mercié, de Falguière et de Saint-Marceaux, il travaille également pour Auguste Rodin. Il s’en distingue toutefois très vite, préférant les représentations zoomorphes aux figures humaines. Sculpteur animalier, François Pompon devient célèbre à 67 ans, grâce à L’Ours blanc, exposé au Salon d’automne de 1922. L’année suivante, il entame avec Le Condor une suite de statuettes dédiées aux oiseaux mythologiques ; d’abord taillés en pierre, ils sont ensuite façonnés en bronze. En 1928, Pompon clôt la série avec Ascalaphe, nom grec du hibou. Il le diffuse ensuite en deux versions réduites en bronze, intitulées Grand Duc, l’aigle de la nuit, à l’exemple de notre spécimen. Via la technique de la fonte au sable, le sculpteur reprend les mêmes caractéristiques que la taille de pierre, formes simplifiées, synthétisées… Le grand duc se distingue par une silhouette massive et une tête piquée de deux gros yeux globulaires. Veillant, il est prêt à fondre sur ses proies. Libérées de tous détails, les formes lisses et dépouillées de notre oiseau préfigurent encore certains traits de la sculpture moderne : aucune recherche anatomique, une attitude captée comme dans un instantané.

Deauville, samedi 4 juin 2011.
Artcurial Deauville SVV. M. Kalfon.
 
Un programme panaché

Une bonne quinzaine d’enchères à cinq chiffres scandaient le programme classique et varié de cette vente. La plus belle envolée attendait à 40 000 € la statuette du XVe siècle reproduite. En mars 1900, elle figurait dans la vente de la collection Desmottes à Drouot. Les statuettes en argent de cette époque sont de la plus grande rareté. De nombreux accidents et réparations sont signalés et des traces de poinçons figurent au dos. Quittons la Haute Époque pour les arts décoratifs avec les 17 000 € d’une paire de candélabres, du milieu du XIXe siècle, ayant la particularité d’avoir fait partie du décor du Palais rose au Vésinet, une demeure inspirée du Grand Trianon ayant notamment appartenu à Robert de Montesquiou. En bronze à patine médaille, ils représentent un faune et une faunesse d’après Clodion tenant une corne d’abondance en bronze doré, au sommet de laquelle s’épanouit un bouquet de six bras de lumière torsadés ornés de feuilles de chêne (h. 125 cm). Le socle circulaire est en bronze doré. Côté parc, une sculpture en fonte relaquée blanc du XIXe siècle de Mathurin Moreau figurant une Nymphe (h. 200 cm) justifiait par ses dimensions l’enchère obtenue, 15 500 € sur une estimation haute de 2 000. Elle était cependant battue à 20 000 € par un groupe de l’école française du XXe siècle en pierre sculptée – patinée par une longue exposition aux intempéries –, Femme à l’enfant. L’estimation n’excédait pas 1 500 €. Sur les cimaises, 44 000 € s’inscrivaient sur une toile de Jean-Baptiste Pater (1695-1736), avec pour sujet les Réjouissances du camp (45 x 56 cm). L’estimation était doublée. Au numéro précédent, il en était de même à 30 000 € pour une toile d’Alexis Grimou (1678-1733), Portrait de jeune fille avec des fleurs (74 x 60 cm). Celle-ci figurait en mars 1910 dans la vente de la collection Eugène Brunard. Pour les oeuvres sur papier, relevons les 15 500 €, une estimation dépassée, d’une gouache de Jules Chéret datée de 1892, un projet d’affiche pour les Folies Bergère. Le Miroir, pantomime par René Maizeroy. Musique de Desormes (122 x 82 cm). Elle est dédicacée à l’auteur du spectacle René Maizeroy (1856-1918), baron René-Jean Toussaint de son vrai nom. Ami de Maupassant, cet écrivain a servi de modèle au héros de Bel-Ami, Georges Duroy.

Mercredi 25 mai 2011, salle 5-6 – Drouot-Richelieu. Coutau-Bégarie SVV. Mme Lajoix, MM. Angot, Boulay, Corpechot, Flandrin, Froissart, Godard-Desmarest, La Bretoigne, Millet, cabinet Serret & Portier.
 
Calder papillonne

Conservé dans une collection parisienne, ce stabile acheté directement auprès de Calder respectait à 312 815 € sa fourchette estimative. Il porte, gravé sur un de ses pétales de métal, la date de 1973 et a été réalisé dans l’atelier de l’artiste situé en France, à Saché, au sud de Tours. Notre stabile est aussi un peu mobile, fusionnant les deux types de sculptures imaginées par l’artiste dans les années 1930. C’est en visitant l’atelier d’un célèbre confrère que l’envie lui vient de «faire des Mondrian qui bougent». Il commence par faire des recherches sur papier qui mènent au stabile, dénommé ainsi par Arp, soit une forme fixe qui suggère le mouvement. Arrive ensuite le mobile, dont le nom est trouvé par Marcel Duchamp, le mouvement étant cette fois-ci bien réel. Bury dira plus tard que Calder a introduit «le courant d’air dans l’art». Le titre de notre oeuvre, Papillon, renvoie directement aux jeux aériens du déplacement de surfaces planes dans l’atmosphère. Jean-Paul Sartre considérait que l’art de Calder ne suggérait pas le mouvement mais le captait. «Ses mobiles ne signifient rien, ne renvoient à rien qu’à eux-mêmes, ils sont là, voilà tout.» Parole de philosophe !

Vendredi 8 avril 2011, salle 10 – Drouot-Richelieu. Piasa SVV.
 
Camille Claudel implorante

Présentée comme la vedette de cette vente phocéenne (voir Gazette n° 10, page 167), notre Implorante était portée au pinacle des enchères. Cette émouvante statuette est issue de L’Âge mûr, une composition à trois personnages qui met en scène la vieillesse tentant d’arracher un homme à la jeunesse. Intitulée aussi Le Dieu envolé ou La Suppliante, elle peut être également lue comme une oeuvre autobiographique : Rose Beuret, la vieille maîtresse de Rodin, enlève le sculpteur des bras de la jeune Camille Claudel suppliante. L’artiste avait effectivement commencé cette sculpture en 1894 au moment où décline sa liaison avec Auguste Rodin ; elle la terminera quatre ans plus tard, une fois la rupture du couple accomplie. Présentée au Salon de 1899, la statuette ne fut jamais livrée en plâtre, ni fondue. Ému par L’Implorante, le fondeur Eugène Blot en acquiert les droits et l’édite à partir de 1905 en dix exemplaires numérotés, à l’instar de notre modèle gravé "47". Ses atouts  Dûment certifiée de l’expert Mme Danielle Ghanassia, notre statuette avait été achetée au début du XXe par un amateur marseillais, puis était restée jusqu’à nos jours dans sa descendance. La qualité de la patine, la forte charge émotionnelle du sujet suscitaient une joute passionnée d’enchères entre le négoce et divers amateurs. À 200 000 € étaient encore en lice cinq enchérisseurs. Triplant les estimations, notre Implorante repartait finalement au bras d’un particulier français.

Marseille, samedi 19 mars 2011. Étude de Provence SVV. Mme Danielle Ghanassia.
 
Ça roule pour César !

Écorchée, technique et équipée de patins à roulettes, cette étrange poule de César répondant au doux nom de Bicou de Pino se négociait 96 000 €, juste sous son estimation. Il s’agit d’un des huit exemplaires en bronze à patine brune fondus par Bocquel. La série des poules patineuses voit le jour lorsque l’artiste décide de repenser en bronze les insectes et gallinacées en fer soudé réalisés au cours des dix premières années de sa carrière. Ce bestiaire fantastique gardera toute sa personnalité une fois traduit dans le noble alliage, subissant des transformations afin de conserver son expressivité. Pas question en effet pour César de se contenter de mouler les fers soudés, l’artiste adoptant avec le bronze la même exigence qu’il avait à l’égard du fer. Pour la conception des pièces, la fonderie deviendra ainsi son atelier, des éléments étant ajoutés et soudés, permettant à ses poules de patiner vers le succès… Dans la même vente était proposé un autre versant du travail de César, les compressions, grâce à un fagot de fourchettes et cuillers en métal argenté passé à la presse en 1982. Cette Compression de couverts (33 x 15 x 15 cm) dépassait à 30 500 € son estimation. C’est en 1960 que l’artiste utilise la première fois, pour écraser des voitures, la presse géante d’une société de manutention de Gennevilliers. Soudé, compressé ou fondu, le métal sera un moyen d’expression privilégié de l’artiste.

Lundi 7 mars 2011, salle 1 – Drouot-Richelieu.
Yann Le Mouel SVV. Cabinet Ottavi.
 
Cuirassiers héroïques

En réponse à une clientèle férue de tableaux héroïques, de nombreux artistes renouent avec les sujets historiques du grand siècle. Tel est le cas de Charles Anfrie. Élève aux Beaux-Arts de Paris, il établit son atelier dans la capitale et, au début de la IIIe Répu-blique, expose régulièrement ses sculptures au Salon. On sait peu de choses de sa vie mais son oeuvre abondante est très prisée. Artiste fécond, Charles Anfrie réalise plusieurs médailles ; honorant des hommes célèbres, elles se distinguent par la finesse de leur exécution. Dans la veine de Mathurin Moreau, notre sculpteur se fait aussi chantre de la grâce féminine, portraiturant de charmantes jeunes filles comme Le Premier Prix, la Clé des champs. Avec autant de brio, il met en scène de touchants garçonnets, à l’exemple d’un Enfant à la toupie ou du Petit Fumeur. S’inspirant de l’actualité, Charles Anfrie va surtout faire de l’épopée militaire son cheval de bataille. Au lendemain de la défaite de 1870, il exalte les sentiments patriotiques dans diverses statuettes, à l’instar des Dernières Cartouches. Avec réalisme, notre sculpteur représente encore un Porte-Drapeau, un Capitaine de chasseur ou une Estafette, sculptée en plâtre et exposée au Salon de 1888. Quant à notre modèle, gagné au-delà de la fourchette haute des estimations, il rappelle la charge héroïque des cuirassiers lors de la bataille de Reichshoffen, au début de la guerre franco-allemande. Celle-ci est également évoquée dans la chanson C’était un soir la bataille de Reichshoffen.

Roubaix, lundi 7 février 2011.
May & Associés SVV.
 
L’Égypte par le fragment

L’art égyptien n’a nul besoin d’une statuaire s’épanouissant dans l’espace pour générer des résultats significatifs. Le travail de la pierre taillée concerne également les bas-reliefs, ces derniers pouvant susciter un vif intérêt sans nécessairement décrire une scène précise. Quelques hiéroglyphes suffisent à enflammer les enchères, comme en témoigne le fragment de quartzite rouge reproduit, adjugé 17 500 € sur une estimation haute de 1 200. Il date de la fin de la XVIIIe dynastie ou du début de la période ramesside, un moment charnière qui voit le renforcement de la puissance égyptienne sous les XIXe et XXe dynasties. Notre morceau est gravé de hiéroglyphes signifiant "le roi de Haute et Basse-Égypte qui vit de la Maât, la fille du roi et son ventre". Le jonc (nysout) est le symbole de la Haute-Égypte, l’abeille (bity) étant celui de la Basse-Égypte Nysout-bity désigne donc la titulature du roi des deux Égypte réunies. Une parcelle du décryptage de ce bas-relief qui doit beaucoup à un certain Champollion

Lundi 7 février 2011, salle 7 – Drouot-Richelieu.
Me Digard. M. Tarantino.
 
Iché père et fille

Ce grand bronze dépassait à 25 000 € son estimation et décrochait un record mondial (source : Artnet) pour son auteur, René Iché, sculpteur autodidacte et engagé. L’artiste a choisi comme modèle Laurence (1921-2007), la fille de sa femme, Rosa Achard. Travaillant pour Paul Poiret, cette jeune femme qu’il rencontre en 1926 l’introduit dans le cercle surréaliste. Venu à la sculpture à 24 ans, Iché est brièvement formé par Bourdelle avant d’étudier, après avoir rencontré Auguste Perret, l’architecture. En 1923, au Salon des indépendants, il présente Forfaiture, une sculpture pacifiste aussitôt censurée par la police. Il réalise plus tard les masques d’André Breton et de Paul Eluard. C’est lors d’un séjour provençal qu’est exécutée Contrefleur. La fille adoptive de l’artiste connaîtra à son tour un destin singulier. Poétesse surréaliste, elle sera notamment l’épouse de Robert Rius, le poète proche de Breton exécuté par la Gestapo en 1944.

Vendredi 4 février 2011, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Ader SVV.
 
Haute Époque à succès

La saison dernière s’étant clôturée en beauté pour la Haute Époque, commençons la nouvelle à l’unisson de ces succès avec les 1 118 160 € frais compris (90,5 % de produit vendu) récoltés par cette vente. Deux enchères franchissaient vaillamment le cap des 100 000 €. Estimée pas plus de 60 000 €, la sculpture d’apôtre reproduite bondissait à 202 000 €. Elle possède un pedigree de choix, provenant d’un retable démembré qui se trouvait selon la tradition dans l’abbaye cistercienne de Theuley, en Haute-Saône, détruite après la Révolution. On connaît dix-sept autres sculptures provenant de ce retable, certaines étant conservées aux musées du Louvre, de Cluny, de Dijon et de Gray, en Haute-Saône. Notre apôtre est inédit et n’a pas changé de mains depuis son achat, en 1982, à la galerie Bresset. Son style est typique de la sculpture bourguignonne, l’ampleur et l’abondance des drapés répondant au caractère sévère du visage.
L’autre enchère à six chiffres de la vente, 165 000 €, concerne encore la sculpture avec un groupe de deux enfants vers 1635-1645, un travail allemand en bois fruitier patiné (h. 23 - l. 19,5 cm) attribué à Leonhard Kern. Il était estimé au plus haut 20 000 €. Le sujet est singulier, l’un des diablotins se tenant à califourchon sur le dos de l’autre, à quatre pattes, et lui tirant les cheveux d’une main, la seconde brandissant sans doute un fouet –aujourd’hui disparu. Les visages sont expressifs, les deux enfants bien potelés. Léonhard Kern (1588-1662) est un sculpteur qui, outre le traditionnel séjour romain, est passé par l’Afrique du Nord et la Slovénie. Il a aussi travaillé pour Frédéric V, à Heidelberg, et pour la cour de Brandebourg. Il quitte Heidelberg à la suite de la guerre de Trente Ans pour s’installer à Schwäbisch Hall, dans le Bade-Wurtemberg, où son atelier rencontre un grand succès en produisant des petites figurines pour les cabinets d’amateurs.
D’autres rondes-bosses étaient désirées comme à 44 000 €, une estimation doublée, une Sainte Marguerite (h. 64 - l. 38 cm) en pierre calcaire, avec traces de polychromie, sculptée en Champagne à la fin du XIVe siècle. La sainte est figurée les mains jointes, émergeant du dos d’un dragon au proportions ramassées. La bête est campée sur des pattes griffues frangées de poils, tenant dans sa gueule un pan du vêtement de la jeune fille. Les ivoires brillaient avec les 72 000 €, une estimation triplée, d’un diptyque (20,3 x 10,6 cm chaque) de la première moitié du XIVe siècle. Semblant inédite, cette pièce a peut-être été exécutée en France, en Espagne ou en Allemagne, son style pouvant être rapproché d’un diptyque de l’ancienne collection Beaudoin, conservé au musée des Beaux-Arts de Montréal, dont l’origine est sujet à controverse. Nos deux panneaux, sculptés sur trois registres, représentent les scènes de la Passion du Christ surmontées d’arcatures trilobées.

Vendredi 21 janvier 2011, salle 5-6 – Drouot-Richelieu.
Piasa SVV. Mme Fligny.
 
Hommage à sainte Anne trinitaire

Lors de cette vente dédiée à la Haute Époque, deux groupes représentant sainte Anne trinitaire se disputaient la ferveur des amateurs. Espéré autour de 30 000 €, un premier modèle en chêne, réalisé dans les Pays-Bas du Sud au début du XVIe siècle, était d’abord adjugé 80 000 €. Il était cependant devancé par notre groupe attendu autour de 40 000 €. Reproduit dans l’ouvrage La Statuaire médiévale, de Jacqueline Boccador, il suscitait l’enthousiasme des collectionneurs présents en salle et sur plusieurs lignes de téléphone. Doublant les estimations, il met en scène sainte Anne apprenant à lire à Marie ; elle porte l’Enfant Jésus tenant une colombe. Cette scène religieuse est fréquemment peinte et sculptée à la Renaissance. En l’honneur de la duchesse devenue reine de France en 1491, elle est particulièrement populaire en Bretagne. Avec une grande douceur, notre sculpteur façonne Anne portant un voile et habillée comme une sainte femme ; représentée un peu à l’écart et figurée de trois quart, elle guide Marie dans sa lecture, lui laissant la première place. Les visages de nos trois personnages sont aussi de superbes portraits au rendu psychologique plein de finesse : avec sagesse, Anne se montre détachée, Marie apparaît en majesté tandis que l’Enfant Jésus contemple tendrement sa mère. Délicatement modelés, les vêtements sont rythmés par des plis élégants à l’harmonie parfaite. Sans apprêts, sans effets dramatiques, notre groupe nous fait simplement partager un moment d’intimité familiale. Coeurs de pierre s’abstenir !

Louviers, dimanche 23 janvier 2011.
Jean Emmanuel Prunier SVV.
 
 
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