La Gazette Drouot
Best of des enchères - Photographie
Best of des enchères Photographie
Semaine parisienne de la photo

Cette semaine constituait l’acmé du mois de la photo, puisque, dans le sillage du salon Paris Photo, étaient organisées six ventes aux enchères entièrement dédiées à cette spécialité. Si la quatorzième édition du salon se révélait être un très bon cru, il en était de même côté salles des ventes, un peu plus de 10 M€ frais compris étant récoltés.

Saint-Pétersbourg : 62 000 €
Cette vente inaugurale de la spécialité était de bon augure puisqu’elle totalisait 1 047 837 € frais compris, de nombreuses estimations étant dépassées. C’était le cas à 62 000 € pour les 50 tirages albuminés contenus dans un album (voir photo page de droite) de vues de Saint-Pétersbourg d’Alfred Lorens prises vers 1870. Ils permettent de saisir les transformations en cours dans la capitale des tsars. Restons en Russie, à laquelle un pan de la vente était consacré. Un monumental panoramique pliant (23,8 m) de l’architecte Nikolay Khomoutetski, Every Building on Ligovski Prospect, Leningrad, 1933, composé de 34 planches photographiques doublait à 30 000 € son estimation. Un tirage d’époque du photomontage (23,7 x 17,9 cm) de Salomon Telingater, Repine Or Pre-Revolution Reminiscence, Moscow, 1937 montait à 26 000 €. À 22 000 €, l’estimation était également largement dépassée pour un tirage argentique d’époque de Nude Study II, Moscow, ca. 1930 (12,3 x 12 cm) d’Alexandre Grinberg. . La photographie primitive brillait grâce aux 32 000 € d’un daguerréotype sur demi-plaque (16,5 x 12,6 cm), un autoportrait de l’assistant de Daguerre, Pierre Ambroise Richebourg. Il s’agit d’un des premiers autoportraits de l’histoire de la photographie.
Jeudi 18 novembre 2010, Drouot-Montaigne.
Binoche et Giquello SVV. MM. Martini, Plantureux.


37 000 € un album
Parmi les albums présentés dans cette vente, c’est celui contenant environ 200 tirages albuminés d’un périple en Asie et en Égypte, effectué autour de 1865-1870, qui remportait le plus vif succès, soit 37 000 €. Émile Gsell (1838-1879) est l’un des auteurs des vues, représentant par exemple à Angkor-Vat la mission Ernest Doudart de Lagrée et Francis Garnier. Un autre album comptant environ 270 tirages albuminés d’un périple mené vers 1865-1870 du Brésil à l’Europe en passant par la Nouvelle-Calédonie et l’Égypte, suscitait 16 500 €. Les prises sont de Skeen, Bonfils et d’autres et un panorama est compris (23,5 x 143 cm). Eugène Atget affichait une cote stable, 13 500 €, que ce soit pour un tirage albuminé mat, Paris, place du Caire, vers 1905-1915 (21,2 x 16,8 cm), ou pour un tirage albuminé, Paris, angle du boulevard de la Madeleine et de la rue Caumartin, vers 1905-1915. Un livre, pour terminer, avec les 16 500 € des deux volumes du Mécanisme de la physionomie humaine ou de l’analyse électro-physiologique de l’expression des passions (Paris, Jules Renouard, 1862), de Guillaume-Benjamin Duchenne de Boulogne.
Jeudi 18 novembre 2010, 3, rue Rossini.
Millon & Associés SVV. M. Goeury.


Etienne-Jules Marey : 7 200 €
Cette vacation faisait le grand écart entre le tirage de Nan Goldin reproduit ci-dessus, adjugé 4 800 €, et 4 épreuves gélatino-argentiques d’époque (10,5 x 8,7 à 18 x 8 cm) d’Étienne-Jules Marey, vers 1895, chronographies de la course d’un cheval vendues 7 200 €. Une épreuve gélatino-argentique sur papier baryté de 2010 pour Eva Herzigova, place de la Concorde, Paris (50 x 40 cm) de Jacques Olivar suscitait 3 800 €. Un tirage jet d’encre couleurs de 2002 de Marilyn, 1961 (86 x 117 cm), dû à Douglas Kirkland pour l’exposition milanaise «Una Notte con Marilyn» captait 3 200 €. Citons encore les 3 500 € d’une épreuve d’époque sur papier albuminé de la Vue d’ensemble de la vallée du Pic du glacier, vallée de Yosemite, années 1860-1870 (37 x 51 cm) de Carleton E. Watkins.
Vendredi 19 novembre 2010, salle 5 – Drouot-Richelieu.
Piasa SVV.

Josef Sudek : 250 000 €
Les 101 lots vendus totalisaient 2 704 588 € frais compris (66,9 % en lots, 80,4 % en valeur). Quatre enchères dépassaient la barre des 100 000 €, dont deux à des niveaux de records mondiaux pour les photographes qu’elles concernent. L’Europe centrale n’était pas à l’honneur qu’à Paris Photo, Joseph Sudek enregistrant à 250 000 € un record mondial, au décuple de l’estimation, pour un tirage pigmentaire d’époque sur papier fort chamois (24,5 x 18,4 cm) de 1952, une étude de nature morte. Juste avant, un succès comparable attendait à 190 000 € une image de la même année tirée dans le même format, un vase avec une rose fanée. L’autre record mondial concernait Manuel Alvarez Bravo crédité de 190 000 €, une estimation plus que doublée pour un tirage argentique d’époque du Portrait de l’éternel, Mexico 1935 (24,5 x 19,5 cm). La photographie historique n’était pas en reste avec les 140 000 €, une estimation triplée cette fois, d’un tirage albuminé mat de Notre-Dame, 1963 (18,1 x 22,7 cm) d’Eugène Atget. À 75 000 €, les prévisions n’étaient en revanche pas atteintes pour un tirage sur papier salé du Pont du Gard, 1850/1851 (22,3 x 33,2 cm) de Gustave Le Gray. Retrouvons l’entre-deux-guerres pour y découvrir à 85 000 € un tirage argentique d’époque du Bewegungsstudie (étude de mouvement), 1925 (29,8 x 24 cm) de Rudolf Koppitz. Avedon faisait ici un galop d’essai à 80 000 € avec un des cinq tirages, plus petit que celui proposé le lendemain, de Stephanie Seymour, Model, New York City, 1992 (145 x 115 cm).
Vendredi 19 novembre 2010, Galerie Charpentier.
Sotheby’s France SVV.


Richard Avedon : 700 000 €
Avedon était la star de cette semaine, grâce à cette vente de tirages provenant de sa fondation. Les 65 lots proposés trouvaient tous preneur pour un total de 5 467 250 €, soit le plus haut atteint en France pour une vente de photographies. 57 % des acheteurs étaient européens et 42 % américains. C’est la maison Christian Dior qui poussait jusqu’à 700 000 € un tirage argentique unique d’exposition de 1978, monumental (216,8 x 166,7 cm), d’une image mythique, Dovina with elephants, Evening dress by Dior, Cirque d’hiver, Paris, August 1955. Il s’agit d’un record pour Avedon mais aussi pour une photographie vendue en France. Dix autres résultats à six chiffres étaient prononcés. Un des 5 tirages de 1997 de Stephanie Seymour, Model, New York City, May 9, 1992 (155,2 x 122 cm) atteignait 220 000 €. Plus glamour, une des deux épreuves d’artiste du tirage argentique de 2002 de Suzy Parker and Robin Tattersall, Dress by Dior, Place de la Concorde, Paris, August 1956 patinait joyeusement jusqu’à 180 000 €, une estimation quintuplée. Il s’agit de la plus belle envolée de la vente. Des lots comprenaient plusieurs tirages. Un collectionneur européen poussait à 370 000 € l’une des six épreuves des quatre tirages dye-transfer édités en 1990 de The Beatles Portfolio, London, England, 8-11-67. Ces célèbres portraits en couleurs semblent solarisées à la mode psychédélique. Les trois tirages uniques, des protoypes montés sur Isorel (76,3 x 97,9 cm), d’Andy Warhol and Group, october 1969, totalisaient 250 000 €.
Samedi 20 novembre 2010. 9, avenue Matignon.
Christie’s France SVV.


Man Ray : 27 000 €
Cette vente clôturait notre semaine photographique. Débutons avec les 27 000 € d’un photogramme de Man Ray, une épreuve argentique d’époque (30 x 40 cm) réalisée par agrandissement du film Le Ballet mécanique (1924). Il montre deux jambes arborant une jarretière. Un photographe sous les feux de l’actualité, François-Marie Banier, récoltait 12 000 €, une estimation pulvérisée, avec une épreuve argentique d’époque de Silvana Mangano. Paris, vers 1975 (40 x 30 cm). Dans un tout autre esprit, 3 épreuves sur papier albuminé (18,5 x 25,5 cm), colorisées, de Charnaux Frères vers 1880, étaient bataillées jusqu’à 10 000 €. Elles montrent le passage d’une crevasse sur la route du Mont-Blanc, la mer de glace à Grindelwald et la traversée du glacier des Bossons. Composite, un album japonais du XIXe siècle, contenant des estampes et des photographies, septuplait à 35 000 € son estimation haute. Pour les photographies, il s’agit de 49 épreuves sur papier albuminé rehaussées et colorisées à l’aquarelle, par Beato, Kimbei et d’autres, des vues du Japon et des Japonais.
Dimanche 21 novembre 2010, salle 13 – Drouot-Richelieu.
Kapandji - Morhange SVV, Ader SVV. M. Romand.

 
Précieux souvenirs présidentiels

Les souvenirs du président Félix Faure étaient portés au pinacle des enchères, à l’image de notre album concernant l’alliance franco-russe. Indiqué autour de 4 000 €, il déclenchait une vive salve d’enchères entre la salle et plusieurs lignes de téléphone. Ses atouts  D’abord un pedigree prestigieux : il avait été offert par la colonie française de Moscou, en août 1897, à Félix Faure. Le président français en voyage officiel à Saint-Pétersbourg n’avait pu se rendre à Moscou en raison d’un emploi du temps surbooké. En bon état de conservation, la cinquantaine de vues représentent le Kremlin, les différentes portes, divers monuments et églises de Moscou ; certaines sont d’ailleurs des témoignages historiques comme des photographies des appartements du tsar Nicolas II, aujourd’hui détruits. Pesant plus de 20 kg, notre album est également embelli d’une magnifique reliure dont le fermoir somptueux met en scène saint Georges terrassant le dragon. Finement ciselée, elle porte les poinçons de Pavel Ovchinnikov, fournisseur attitré de la cour impériale. Celui-ci est réputé pour réaliser des oeuvres dans le style pan-slave. À retenir également, l’enchère d’une plaque en bronze à la cire perdue, espérée autour de 1 500 €, et débattue jusqu’à 12 500 €. Signée "R Lalique 1897", elle symbolise l’amitié entre la France et la Russie. En 1895, les luthiers de Mirecourt avaient offert une guitare en nacre à Félix Faure. Décuplant largement les estimations, elle regagne à 3 400 € le musée de la capitale mirecurtienne.

Chartres, 24 octobre 2010.
Galerie de Chartres SVV.
Yves Saint Laurent for ever

Contenu dans l’album personnel de Suzanne Lulling, directrice de la maison Dior de 1946 à 1962, un exceptionnel dessin d’Yves Saint Laurent, daté du 31 janvier 1962, incitait les amateurs à pulvériser les estimations, indiquées autour de 2 500 €. Emballé dans un papier rouge portant les initiales CD (Christian Dior), le recueil rappelle effectivement que notre jeune couturier débuta d’abord comme assistant modéliste chez le créateur du New Look. Apprenant les secrets de la coupe et du monde de la couture, Yves Saint Laurent devient ensuite l’assistant de Christian Dior. À la mort soudaine de ce dernier en 1957, il lui succède à la tête de la maison, devenant le plus jeune couturier du monde. L’année suivante, Saint Laurent présente une première collection Dior. La fameuse ligne trapèze est un triomphe. Partant des épaules et du buste avant de s’évaser progressivement, la coupe des robes rend aux femmes une liberté de mouvement. Appelé au service militaire, notre jeune couturier est remplacé chez Dior par Marc Bohan. Convaincu du talent d’Yves Saint Laurent, Pierre Bergé persuade un richissime homme d’affaires américain, J. Marck Robinson, d’apporter les fonds nécessaires pour créer une maison de couture. Une première collection est ainsi présentée en janvier 1962, rue Spontini à Paris. Après la mode du caban, la maison Saint Laurent lance le smoking féminin, les sahariennes… Notre album était bataillé avec enthousiasme par de fervents amateurs. Au final, il gagne la bibliothèque d’un grand collectionneur français.

Granville, dimanche 11 juillet 2010.
Rois SVV. M. Leray.
Photographes védutistes

L’album est certes défraîchi, ses pages souffrant de manques et de déchirures, mais les cinquante-neuf photographies qu’il contient s’avérent pour la plupart en parfait état de conservation. La photographie primitive étant toujours très courue, le résultat ne se faisait pas attendre, 140 000 € sur une estimation nettement inférieure, 40 000 €. Comme Nadar, Le Gray, Nègre ou Baldus, les frères Bisson ont reçu une formation de peintre auprès de leur père, spécialisé dans l’héraldique. Comme eux aussi, ils ont vulgarisé leurs travaux, les ont exposés largement, ont expérimenté plusieurs procédés et sont abondamment sortis de leur atelier, où l’on a pu compter jusqu’à trente employés, au cours de leur longue carrière, qui a duré au-delà de leur faillite déclarée en 1863. Commencé séparément dans les années 1840, leur parcours suivra à nouveau des chemins distincts des années 1865 à 1880. Membres de la Société française de photographie, les frères Bisson y exposent régulièrement entre 1854 et 1863. Notre album porte un numéro, le "3", qui pourrait indiquer qu’il s’agit d’un exemplaire de présentation ou d’un album personnel de référence. Son sujet permet de faire le tour de nombreuses villes, non seulement françaises, mais aussi belges, allemandes et suisses. Avant de réaliser ces images, les Bisson avaient entre 1854 et 1858 reproduit les plus beaux types d’architecture et de sculpture des principaux monuments historiques de France. Une expérience qui nourrit notre album où abondent les vues d’édifices allant de la cathédrale de Rouen au château d’Heidelberg.

Jeudi 8 juillet 2010, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Desbenoit Fierfort & Associés SVV.
Vif succès en noir et blanc

Intitulée "Épreuves choisies" cette vente de photographies se concentrait sur la partie pionnière de l’histoire de cette dernière, partant des origines à l’après-guerre. Le total obtenu, 858 245 € frais compris, l’était largement au-dessus des estimations, laissant présager de belles envolées d’enchères qui concernaient notamment les plus hauts scores. Débutons avec la photographie dite "primitive", couronnée à 42 000 € par le négatif papier ciré d’Antonio Giannuzzi reproduit, montrant une étonnante vue aérienne du cimetière de Mechhed en Iran en 1859. Il était talonné à 41 000 € par une épreuve sur papier salé, négatif papier ciré, d’une vue du Palazzo Cavalli, Venise 1851 d’Eugène Piot. Il s’agit du palais d’exil du comte de Chambord et de sa suite. En 1851, Piot, ami de Gérard de Nerval et de Théophile Gautier, a fait paraître les cinq premières planches de son Italie monumentale. Un grand classique de la spécialité, Charles Nègre, décrochait deux bonnes enchères avec deux négatifs verre au collodion provenant de son atelier. Le premier, Ruisseau en forêt, vers 1854-1855, montait à 31 000 € et le second au sujet plus technique, Travail des épreuves dans la cour, 21 quai de Bourbon Paris, fin des années 1850, à 12 500 €. Un daguerréotype stéréoscopique attribué à Félix Moulin et intitulé Obscénité (Indescent Exposure), Paris 1851-1852 en raison de son sujet érotique féminin, montait à 12 000 €. Pour le XXe siècle, Robert Frank recevait les lauriers. 34 000 € étaient remportés par une épreuve argentique d’Hearse, Besize Crescent, 1951montrant une automobile des pompes funèbres dans une rue à l’austère architecture de brique, 20 000 € s’affichant indifféremment sur Théâtre de rue, boulevard de Clichy, Paris 1949 et sur Derrière les baraques de foire, Pigalle 1949 , deux tirages d’époque sur papier mat. Une épreuve argentique de Germaine Krull, Danseuse nue du casino, Monte-Carlo, 1935, triplait à 14 000 € son estimation. Une épreuve argentique sur papier mat du photographe mexicain Librado Garcia, dit Smarth, atteignait 12 000 €. Son sujet  Une fantomatique Étude de nu masculin. Guadalajara, vers 1922. Elle provient des archives de Jesus Reyes Ferreria (1882-1977), qui pourrait être le modèle de notre photographie. L’épreuve au charbon de John Claude White montrant Samiti Lake from Goecha La (Sikkim) fusait quant à elle à 20 500 €.

Vendredi 25 juin 2010, Drouot Montaigne.
Binoche- Renaud-Giquello SVV. M. Plantureux.
La Maison Carrée

Attribuée à Antoine Crespon, cette image pourrait être la première photographie connue de la célèbre Maison Carrée de Nîmes. Une caractéristique qui lui permettait de tripler, à 30 000 €, son estimation haute et de marquer un record mondial pour l’artiste (source : Artnet). Crespon s’installe comme photographe dans la préfecture du Gard en 1842 et réalisera les premières vues au daguerréotype de la ville. Il travaille avenue Feuchères, dans l’atelier de son père, le naturaliste Jean Crespon. Spécialiste renommé, ce dernier est notamment l’auteur en 1840 de l’Ornithologie du Gard et des pays circonvoisins, où il décrit pas moins de 321 espèces d’oiseaux. Notre daguerréotype provient de la famille de l’architecte Gustave Desplaces (1820-1869), collaborateur de Paulin Talabot et bâtisseur de plusieurs ponts dont ceux de Tarascon à Beaucaire et d’Arles. Par Camille Silvy (1834-1910), un tirage albuminé d’après négatif verre, Trophée de chasse fait d’après nature, 1858 (23,5 x 17 cm), dépassait à 13 000 € son estimation. La date et les initiales du photographe sont inscrites sur la porte contre laquelle est suspendue la composition, ainsi que "Gaillard", le nom du rendez-vous de chasse familial à La Croix-du-Perche. Cette photographie a pour caractéristique de posséder des éléments - deux attaches sur les côtés et la pointe du fusil accrochée avec le gibier - qui dépassent de l’image, renforçant l’effet de relief et de perspective. Diplomate, Silvy est devenu membre de la Société française des photographes l’année ou fut prise notre image. Elle sera, avec trois autres trophées, exposée en 1859 à la Photographic Society d'Edimbourg.

Mercredi 19 mai 2010, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Daguerre SVV. Mme Esders.
Le fonds Anastay
Dédiée à Marseille et à la Provence, cette vente rassemblait de nombreux amoureux de la cité phocéenne et de son histoire. Ainsi, le fonds du photographe Anastay provoquait l’enthousiasme des amateurs. Pulvérisant les estimations, les tirages albuminés mettent en scène Marseille et ses environs du temps de l’enfance de Marcel Pagnol. Actif de 1885 à 1930, l’atelier d’Anastay était situé rue Suez à Marseille, dans l’ancien hôtel des Catalans. Renommé, il voit défiler de nombreux artistes comme le peintre salonais Théodore Jourdan. Féru d’histoire, Anastay rédige aussi des chroniques illustrées de ses clichés ; il collabore ainsi à Photo Magazine et Marseille-Revue Photographique. Membre de la société photographique de Marseille, il se passionne également pour l’histoire de Lourmarin où sa famille possède d’ailleurs un moulin à huile. Référencés, nos tirages sont complétés d’indications précieuses sur la date, le lieu et la technique des prises de vue. Parmi les thèmes favoris, se range une belle brochette de petits métiers de la rue. Ce sont aussi d’anciens quartiers marseillais comme celui de la Fausse-Monnaie. D’autres tirages représentent des vues pittoresques tels La Jetée du Pharo, Les Anciennes Usines des Goudes, Le Lavoir à Montredon... Photographiant Les Saintes-Maries-de-la-Mer, Anastay portraiture encore des chiffonnières se reposant à l’ombre de leur parapluie, comme le montre notre tirage.
Marseille, samedi 24 avril 2010. Damien Leclere Maison
de vente aux enchères SVV. M. Benarroche.
Beautés africaines
Le principal thème de cette vente normande, intitulée "Terres d’Afrique", était les expéditions de Savorgnan de Brazza, qui ouvrirent la voie à la colonisation française en Afrique équatoriale. Ainsi, on dispersait deux dossiers historiques et ethnographiques sur le Congo et le Gabon. Membre de la mission Brazza, Henri Pierron rédige et rassemble en 1882 un ensemble important de documents. Préempté à 7 800 € par les Archives nationales, il comporte un journal de brousse qui décrit les nombreuses entrevues entre Pierron et Brazza inspectant alors les sources du fleuve Ogooué. Fondateur de Cap Lopez, Henri Pierron y dépeint également les différentes tribus gabonaises telles les Okandas, les Batekes, les Adoumas... Naturaliste chevronné, il observe scrupuleusement la flore et la faune dans diverses missives échangées avec le Musée d’histoire naturelle. Quant à notre portfolio, attendu autour de 4 000 €, il était vivement débattu entre la salle, des musées ainsi que le négoce international. Proposé dans un bel état de conservation, il comprend deux cents tirages argentiques rassemblés lors de la mission du colonel Moll. Devenu en 1904 le plus jeune chef de bataillon de l’armée française, Henri Moll explore, durant les années suivantes, les confins du Cameroun et du Congo jusqu’aux abords du Tchad. Il en rapporte notre album d’un grand intérêt ethnographique, à l’exemple de ses tirages représentant de jeunes femmes noires.
Louviers, dimanche 7 mars 2010.
Jean-Emmanuel Prunier SVV. M. Frey.
La photographie ancienne plébiscitée

Cette vacation remportait un vif succès en totalisant 2 607 350 euros frais compris. Ce résultat était en grande partie redevable à la photographie ancienne, qui empochait à elle seule 1 721 759 euros frais compris, avec en invités vedette des tirages de Gustave Le Gray ayant appartenu au peintre Romain-Étienne-Gabriel Prieur. L'atelier de Prieur (1806-1879), riche de 113 dessins et tableaux, cumulait pour sa part 235 425 euros frais compris. Trois lots contenant des huiles sur papier étaient plus particulièrement disputés, les estimations étant littéralement pulvérisées. La palme revenait, à 18 000 euros, à celui comprenant un Village à flanc de colline (22,5 x 37 cm), un Paysage au pont (27,5 x 37 cm) et un Paysage aux oliviers (24 x 44 cm). Le deuxième totalisait 15 000 euros avec trois huiles sur papier de 1838 et le troisième, 13 000 euros avec deux huiles, de la même année. Les autres provenances n'étaient pas en reste, 28 000 euros revenant à près du double de son estimation à une huile sur cuivre de Jan Van Kessel (1626-1679), Chiens et volatiles dans un paysage (19,7 x 29 cm), une autre huile sur cuivre du même artiste, Animaux marins, poissons et coquillages (19 x 28,5 cm), suscitant 16 000 euros. Ces deux oeuvres proviennent de l'ancienne collection du prince de Metternich au Schloss Johannisberg. Les modernes brillaient avec les 19 500 euros, une estimation dépassée, d'une huile sur toile d'Alexandre Altmann, Maisons près d'une écluse (82 x 101 cm). La sculpture se remarquait avec les 20 000 euros, une estimation haute doublée, d'un bronze d'Allemagne du Sud de la fin du XVIe - début du XVIIe siècle, attribué au maître de Ciechanowiecki et figurant Hercule (h. sans le socle : 29,8 cm). L'essentiel des statuettes attribuées à cet artiste anonyme se trouve dans la collection de la fondation Ciechanowiecki, conservée au château royal de Varsovie. Un groupe en bronze (h. 55 cm) du XVIIIe siècle d'après un modèle de Laurent Guiard (1723-1788) dépassait à 21 000 euros son estimation. Il figure Énée portant son père Anchise en fuyant Troie en flammes, le fils d'Énée, Ascagne, se retournant. Une paire de vases couverts en porcelaine de Chine (h. 52,5 cm) du XVIIIe siècle, bleu poudré à décor en or de paysage, doublait à 19 000 euros son estimation. Ils ont été montés au milieu du XIXe siècle de bronze doré de style Louis XV. Pour le mobilier, retenons les 15 000 euros d'une bergère d'époque Louis XV estampillée de Tilliard. À dossier cabriolet, elle est en bois laqué crème et sculpté.

Vendredi 18 décembre 2009 - Salle 5-6 - Drouot-Richelieu
Jean-Marc Delvaux, SVV

La reine du Leica couronnée
Deux-cent quatre vingt six numéros inscrits au catalogue, une seule artiste, la photographe Ilse Bing, et un résultat de 555 000 € frais compris (80 % de lots vendus - 200 % des estimations basses) suffisent à exprimer les particularités de cette vente. Pas moins de 61 lots dépassaient largement leur estimation, disputés par une clientèle très internationale, aussi bien européenne qu’américaine et même brésilienne. Ilse Bing, surnommée « la reine du Leica », récoltait ainsi, à 25 000 €, un record mondial avec le tirage d’Autoportrait :  "le métro aérien et moi" (voir photo), estimé pas plus de 3 000 €. La photographe apparaît en effet dans le reflet de l’appareil circulaire qui se trouve sur le quai du métro - minimisant encore la place de l’humain dans la gigantesque métropole américaine -, ici surplombé par la flèche d’aluminium du Chrysler Building. L’enchère de 25 000 € n’était cependant pas la plus élevée de cette dispersion, 42 000 € s’inscrivant, à plus du double de l’estimation, sur un reportage réalisé en 1931 sur le Moulin Rouge à Paris. Il comprend 12 photographies (environ 16 x 22,8 cm chaque) montées sur des feuilles d’album dans des passe-partout réalisées par Ilse Bing elle-même. Défenseur du caractère réaliste et objectif de la photographie, Emmanuel Sougez a jugé ces images prises sur le vif "d’un dynamisme photographique peu courant". Les autoportraits de Bing étaient très présents, et convoités, la troisième et dernière enchère à cinq chiffres s’inscrivant à 12 000 €, une estimation haute quadruplée, sur un tirage sur papier mat (10,4 x 7,9 cm) d’une image prise à Francfort en 1928. Ilse apparaît de profil sur un fond de rideau noir, derrière son Voigtländer à plaque. C’est l’année suivante qu’elle abandonnera cet appareil au profit du Leica.
Lundi 16 novembre 2009, Drouot-Montaigne.
Millon & Associés SVV, Cornette de Saint Cyr SVV. M. Goeury.
Vues de Rome
James Anderson, Isaac Atkinson de son vrai nom, était l’invité vedette d’une vente de photographies. Onze tirages de ses vues de Rome totalisaient 39 133 € frais compris. La palme revenait à 10 000 € à L’Arc de triomphe de Constantin reproduit. Avant de s’appeler Anderson, Isaac avait choisi le nom de Nugent Dunbar pour sa carrière de peintre et aquarelliste, quittant à l’époque son Angleterre natale pour Paris. Il la poursuit ensuite en Italie et s’installe à Rome en 1838, un an avant l’invention de la fixation de l’image photographique sur un support. À partir de 1849, il s’essaie à ce nouveau médium, sous le nom de Giacomo - James, en anglais - Anderson et s’en entiche au point d’ouvrir, quatre ans plus tard, un commerce place d’Espagne. Il se spécialise dans les photos de sculptures pour artistes, s’intéresse aux ruines antiques, et le succès est au rendez-vous. Son fils Domenico poursuivra son oeuvre, faisant de l’entreprise familiale un centre documentaire d’images sur la Ville éternelle et ses trésors artistiques.
Lundi 9 novembre 2009, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Lafon SVV. M. Roch de Coligny.
Collection Guerlain : atout photo
Florence et Daniel Guerlain commentaient ainsi la dispersion de leur collection de photographies : "Nous avons défendu les artistes contemporains français à travers notre collection et la fondation. Cette vente prolonge notre action : avec d’exceptionnels résultats pour des artistes vivants, pour la plupart vierges sur le marché des enchères". Le total s’établissait à 521 407 € frais compris (70 % en lots - 80 % en valeur). Débutons avec des figures historiques, et en premier lieu Man Ray. À 20 000 €, l’estimation était doublée pour un tirage argentique du Portrait de Catherine Deneuve, 1966, année où l’actrice tourne avec un autre ancien de la bande surréaliste, Luis Buñuel, dans Belle de jour. Il s’agit de la première photographie achetée par nos collectionneurs, en 1975. Daniel Guerlain précise : "L’acquisition de ce portrait a marqué le début d’un intérêt, mais nous nous sommes vraiment mis à acheter, Florence et moi, une dizaine d’années plus tard." 20 000 € se répétaient sur une épreuve d’artiste de la sérigraphie sur Plexiglas de Jean-Marc Bustamante intitulée Lumière, 1991. Mise en vedette sur la couverture de la Gazette n° 35, La Mariée divine en oraison, autoportrait, 2003, de Kimiko Yoshida, pulvérisait à 19 000 € son estimation. Ce Cibachrome-print sous diasec sur aluminium est numéroté 4/8. L’estimation était aussi dépassée à 9 000 € pour l’une des huit épreuves, même technique, d’une image de la même série, intitulée La Mariée divine en lévitation, autoportrait, 2003. À 16 500 €, l’estimation était dépassée d’un cheveu pour l’une des trois épreuves chromogènes laminées diasec sur aluminium Plug-in-City, 2000, Eiffel-1, 2003 d’Alain Bublex. L’artiste a transformé la tour Eiffel de l’an 2000 en expérience de plug-in-city façon Archigram. À 15 000 €, l’estimation basse était pratiquement doublée pour le tirage lambda noir et blanc reproduit de Stromboli n° III, (volcano) 2002 de Marina Abramovic. Les Guerlain possédaient deux des vingt-cinq tirages de Ionian Sea, Santa Cesarea, 1993 (43 x 55 cm), d’Hiroshi Sugimoto, vendus 16 000 € pour l’un et 15 500 € pour l’autre. Ce panorama maritime est saisi de nuit.
Samedi 24 octobre 2009, Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV.
Esprit catalan
Un sujet unique, Salvador Dali, caractérisait un ensemble de 87 photographies des années 1950 à 1970. Toutes trouvaient preneur, pour un total de 83 584 € frais compris. Le maître surréaliste était dans les sixties une véritable icône, aimant à se mettre en scène. La preuve avec les 6 000 € décrochés par la photographie reproduite. Datée de 1968 et anonyme, elle est présentée dans un cadre de Jordi Casals, Catalan d’origine, comme Dali. Tout à la fois peintre, sculpteur et directeur de la galerie Pictural à Monte-Carlo, Casals est également un spécialiste de son compatriote, dont il collectionne, entre autres, les photographies "daliniennes". Un tirage argentique original (79 x 59 cm) de la photographie en couleur de Marc Lacroix montrant Dalí affublé d’un surréaliste "chapeau claque à l’oeil divergent" allait à 2 200 €. Pour les clichés plus spontanés, la palme revenait à 2 100 € à un tirage argentique vers 1950 de l’agence Keystone montrant en Espagne le maître en compagnie de Walt Disney et son épouse. Dali shooté avec le rocker Alice Cooper par Annie Lebovitz produisait 2 000 €. Le tirage argentique d’époque comporte un dessin au feutre d’une montre molle.
Vendredi 15 mai 2009, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Catherine Charbonneaux SVV.
Une beauté exotique
Les charmes de cette jeune personne participaient sans doute un peu au succès remporté par deux albums de photographies, l’un riche de 151 tirages concernant Java, Singapour et Batavia, l’autre en comportant 185, de Chine et du Cambodge, vues par Chanel, un explorateur. L’estimation haute de 6 000 € était pulvérisée, ces deux albums atteignant 36 000 €. L’exemplaire consacré à Java, Singapour et Batavia, avec des tirages à l’état neuf, montre des types, des paysages et des membres de la famille impériale. Si le court chapitre consacré à la photographie recelait la meilleure enchère de la vente, deux résultats à 12 000 € étaient prononcés pour les livres et les manuscrits. Le premier s’inscrivait sur un exemplaire à grandes marges d’un des chefs-d’oeuvre de la Renaissance, Le Tableau des riches inventions couvertes du voile des feintes amoureuses qui sont représentées dans le Songe de Poliphile... (Paris, Matthieu Guillemot, 1600) de Francesco Colonna, illustré d’un titre-frontispice et de 181 figures gravées sur bois – dont 14 sont attribuées à Jean Goujon ou Jean Cousin. Rédigé en 1467, Le Songe de Poliphile a été publié à Venise en 1499, traduit en français par Jean Martin, puis publié à Paris en 1546 et réimprimé en 1554 et 1561. Notre exemplaire constitue la deuxième des trois éditions de la traduction de Bérolade de Verville. La seconde enchère de 12 000 € allait à un manuscrit de 135 pages de 1665 du calligraphe du roi Nicolas Jarry, Les Sept Offices de la semaine. Il a été exécuté en très petit format (8,2 x 5 cm) pour le duc de Coislin. Chaque feuillet est encadré d’un large filet d’or, les lettres capitales sont fleuries, les bandeaux en début de chaque texte étant fleuris et ornés de cornes d’abondance. La reliure du XVIIIe siècle est en maroquin rouge à riche décor doré.
Vendredi 6 février 2009, salle 13 - Drouot-Richelieu.
Tajan SVV. M. Benelli.
Charles Marville photographe de Paris
Charles Marville était un homme discret. À la fin de sa vie, il s’éclipse sans faire de bruit, ce qui explique que l’on ne connaisse pas la date exacte de son décès. Il est peu cité par ses contemporains et reste en marge des cercles du petit monde de la photographie. Il est pourtant considéré comme l’un des pionniers de la photographie sur négatif papier. Son oeuvre tourne quant à elle principalement autour d’une ville, Paris. En témoignent les deux volumes des Principaux Édifices construits ou restaurés de 1855 à 1870 adjugé 83 000 €, une estimation dépassée. L’ouvrage compte 56 tirages albuminés montrant une capitale en pleine transformation, accrochant un chapelet de nouveaux édifices à son palmarès architectural. Nous sommes sous le second Empire, et le baron Haussmann - surnommé "Attila" par les Parisiens en raison des démolitions massives qu’il ordonne - donne à notre capitale son visage moderne. L’album montre ainsi, entre autres, les halles de Baltard ou encore l’église Saint-Augustin, des édifices en cours d’achèvement, comme la mairie du 4e arrondissement. L’hôtel de ville et son campanile sont encore intacts, n’ayant pas subi les foudres de la Commune. À cette époque, le Théâtre de la Ville s’appelait Théâtre lyrique impérial. Pour cet album, Marville a aussi franchi les limites de Paris, puisqu’on y voit huit asiles, la sous-préfecture de Sceaux, ainsi que celle de Saint-Denis. Marville a commencé par être illustrateur pour des périodiques comme L’Illustration et pour des ouvrages. Il a notamment collaboré au chef-d’œuvre de la grande édition romantique illustrée, Paul et Virginie édité par Curmer en 1838. Après un séjour en Grande-Bretagne, il se consacre à la photographie. En 1858, Marville commence à travailler pour la Ville de Paris, dont il devient le photographe officiel en 1862. En 1860, Haussmann crée la commission historique de Paris. Elle charge Marville de photographier en 1865 les rues appelées à disparaître. Napoléon III est enthousiaste : "Ceci permettra de suivre à travers les siècles les transformations de la ville qui, grâce à votre infatigable activité, est aujourd’hui la plus splendide et la plus salubre des capitales de l’Europe." Marville réalise 425 vues des rues anciennes, considérées comme son chef-d’oeuvre. En 1877, la commission lui commande des vues des nouvelles avenues pour l’Exposition universelle de 1878, permettant de parachever le projet qui avait provoqué la liesse impériale.
Mercredi 26 novembre 2008, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Tajan SVV. M. Benelli.
Pierre, Gilles, Michele
Cette moderne Ève de Pierre et Gilles respectait sagement son estimation basse, 60 000 €. Hormis sa chevelure, un poil endiablée, elle célèbre les beautés du paradis à la manière d’une Ève préraphaélite née du pinceau d’Edward Burne-Jones. Sa plastique rappelle par exemple celle de la Galatée de Burne-Jones conservée à Birmingham. Pierre et Gilles, en modernes pygmalions, ont pris l’habitude de modeler les personnalités qui posent pour eux afin qu’elles intègrent leur univers onirique. C’était le cas ici avec l’actrice américaine Michele Hicks. Elle est notamment apparue dans des séries de télévision comme Cold Case ou, dans le genre plus musclé, The Shield et Heist, sans oublier quelques films dont Les Frères Falls de Michael Polish, sorti en 2000. Concernant leur travail, Pierre et Gilles soulignent : "Nous avons le goût du mystique. Il est très difficile de séparer art et religion". Le mysticisme de ces deux artistes s’exprime de manière variée : "On aime idéaliser, mais on parle aussi de la mort, du mystère et de l’étrangeté de la vie. Il y a autant de douceur que de violence dans nos images." Chaque image, mise en scène avec précision, est photographiée par Pierre, Gilles intervenant ensuite sur l’unique tirage obtenu, avec des couches successives de peinture et de glacis.
Vendredi 14 novembre 2008, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Piasa SVV. M. Di Maria.
Gracq, dernier des écrivains classiques
Moins d’un an après sa disparition, l’écrivain Julien Gracq (1910-2007) se retrouvait sous les feux de l’actualité. Après la remise officielle de tous ses manuscrits à la Bibliothèque nationale de France, la vente de succession des collections provenant de l’appartement parisien de la rue de Grenelle et de la maison familiale de Saint-Laurent-le-Vieil était couronnée d’enchères exceptionnelles. L’ensemble recueillait près de 900 000 €, 100 % des lots étant vendus à plus de 400 % des estimations ! L’État utilisait soixante-cinq fois son droit de préemption, à l’exemple des 93 000 € enregistrés sur l’importante correspondance entre l’auteur du Rivage des Syrtes et André Breton, en faveur de la bibliothèque Jacques Doucet. La première lettre, datée du 13 mai 1939, commence par un aveu du peintre surréaliste : "Je vous dois deux immenses plaisirs : j’ai lu d’un seul trait sans pouvoir une seconde m’en détacher Au château d’Argol et votre livre m’a laissé sous l’impression d’une communication d’un ordre absolument essentiel. Il a pour moi tous les caractères d’un événement indéfiniment attendu et depuis mon premier contact avec lui, je n’ai cessé de lui découvrir des prolongements dans la sphère de mon émotion." Quant aux dernières lignes, datées du 6 mai 1966, elles sont écrites sur une carte postale envoyée de Quimper, quatre mois avant la mort d’André Breton : "Jusqu’à ce quai qui garde trace de votre pas si bellement mesuré tout au long de l’Odet sous les marronniers roses en fleurs... Vous êtes de ceux qui SAVENT". La ville de Nantes faisait quant à elle préempter le livret scolaire de son ancien "élève d’élite", cédé pour 4 000 €. L’une des principales surprises fut également l’ensemble de lettres, de dessins et de photos adressé à Julien Gracq par René Magritte, le fondateur du surréalisme belge. Annoncées autour de 2 500 €, deux lettres pulvérisaient les estimations et nécessitaient 61 960 € frais compris. Avec une grande sensibilité, l’une commente Le Beau Ténébreux ; dans la seconde missive, René Magritte confie à l’un des "rares écrivains vivants [qu’il] sache lire" ses difficultés à titrer ses tableaux. Des écrivains contemporains, tel Régis Debray, des éditeurs ainsi que des grands collectionneurs ont débattu avec ferveur les ouvrages de Julien Gracq, enregistrant 154 000 €. Plusieurs éditions originales ont d’ailleurs inscrit des records comme les 45 000 € du Rivage des Syrtes, publié en 1951 par Corti à Paris. Au total, la succession Julien Gracq remportait aussi un réel succès populaire. Plus de 2 000 visiteurs ont fait le déplacement et, comme le remarque Me Henri Veyrac, certains d’entre eux, au budget modeste, ont "pu repartir avec un souvenir du maître, tel ce lampadaire de la rue de Grenelle adjugé 20 €"...
Nantes, mercredi 12 novembre 2008. Couton & Veyrac SVV,
en présence de Me Thébault. MM. Lhermitte et Bodin.
Désir trouble
À 40 000 €, l’estimation basse était respectée pour ce tirage de Nudes gd 03 de Thomas Ruff, un des cinq Laserchrome sous Diasec. Véritable coqueluche de la scène photographique internationale, Ruff a déjà vu son travail célébré par plusieurs rétrospectives, réalisées par des institutions de premier plan comme la Tate Liverpool en 2003. Loin des portraits architecturaux et humains d’un réalisme froid, ou des ciels nocturnes glacés scintillant de milliers d’étoiles qui ont assis sa réputation, notre photo appartient au travail plus récent de l’artiste. Dans les années 1990, il a commencé à utiliser des images qu’il n’avait pas produites, mais prises dans les journaux. En 2003, il présente des vues agrandies et travaillées numériquement, récoltées sur des sites Internet et à caractère pornographique. Elles font l’objet d’une publication, accompagnées d’un texte de Michel Houellebecq. Entre autres questionnements, elles interrogent le spectateur sur son rapport, potentiellement trouble, au désir.
Mercredi 29 octobre 2008, Maison européenne de la photographie.
Christophe Joron-Derem SVV. MM. Engel, Percy.
Jean Bélias, esprit dada
La quatrième vente de la bibliothèque Jean Bélias réalisait 788 007 € frais compris, portant provisoirement le total de cette provenance à 2 942 647 € frais compris. Nous y retrouvons l’une des vedettes de la première vente, organisée à Drouot le 11 mars dernier : Marcel Duchamp. L’exemplaire de la Boîte-en-valise vendu 82 000 € en mars était battu à plate couture à 100 000 € par une épreuve (11,5 x 8 cm) de l’une des fameuses photographies montrant la tonsure en forme d’étoile filante que Georges de Zayas lui avait faite le 1er novembre 1921 sur le sommet du crâne, chez Ribemont-Dessaignes à Tremblay-sur-Mauldre. Il faut sans doute y voir un hommage à Raymond Roussel - dont Duchamp était un fervent admirateur - et à sa pièce L’Étoile au front. Les prises de vue de la tonsure ont été faites par Man Ray, arrivé à Paris en juillet 1921. Une autre photographie appartenant à la légende duchampienne, le portrait multiple reproduit, était combattue jusqu’à 58 000 €. Il s’agit là d’une sorte de ready-made photographique, ces portraits multiples étant en réalité une attraction de fête foraine, réalisée par un photographe grâce à un dispositif de miroirs savamment agencés. En août 1917, Duchamp et Henri-Pierre Hoché, auteur des Deux Anglaises et le continent et de Jules et Jim, ont ainsi étés portraiturés au Luna Park de Coney Island à New York. Ces deux photographies, qui à elles seules totalisent 195 794 € frais compris, faisaient partie d’un lot estimé 500 €. C’était également l’estimation de l’un des cent exemplaires imprimés avant la lettre et signé de l’affiche annonçant l’exposition "Ready-mades et éditions de et sur Marcel Duchamp" de la galerie Claude Givaudan en 1967. Elle atteignait 11 000 €.
Lundi 13 octobre 2008, salle 4 - Drouot Richelieu.
Piasa SVV. M. Galantaris.
Blanc & Demilly
Pas moins de 800 tirages des photographes lyonnais Blanc & Demilly étaient ici proposés. Le total s’établissait à 356 500 € frais compris, dominés par deux tirages d’exposition grand format montrant des gouttes d’eau (un reproduit), chacun adjugé 6 500 €. Le tirage d’exposition du Carrefour de l’Annonciade, 1932 (40 x 30 cm à vue) doublait à 4 400 € son estimation. Une accumulation d’Ampoules (49,9 x 59,5 cm) vers 1939, un tirage d’exposition toujours, rencontrait à 4 200 € un succès similaire. Plus classique, une vue de Fourvière dans la brume (49 x 58,5 cm) vers 1935-1939, un tirage d’exposition, était poussée jusqu’à 5 200 €. Son estimation n’excédait pas 1 500 €. Parmi les albums de référence proposés en début de vente, l’enchère la plus soutenue, 4 000 €, revenait à quatre exemplaires comptant environ 770 tirages de lecture (6 x 9 et 9 x 12 cm), trois exemplaires avec environ 995 tirages de lecture (8 x 11 cm) et contacts 6 x 60 cm récoltant 3 500 €. Le tirage d’exposition des Noix (49,1 x 59,7 cm) partait à 1 800 €.
Lundi 13 octobre 2008, Drouot Montaigne.
Millon & Associés SVV. M. Goeury.
René et Maryse
Cet ensemble adjugé 100 000 € témoigne de l’histoire d’amour ayant uni deux poètes, René Char et Maryse Lafont. Cette dernière a publié chez GLM quatre ouvrages, L’Exil du guérisseur (1953), Le Chemin des terres (1954), Ma seule écriture (1955) - dont le frontispice est de François Laurié, pseudonyme de René Char - et Obscur Laurier (1962). En plus des 521 lettres composant une correspondance aussi bien amoureuse que littéraire, cet ensemble comprend, avec des photographies de Pierre-André Benoît (voir photo), d’autres documents comme un billet de banque dédicacé. Trois lettres comportent chacune un poème, "Chanson des étages", spécialement composé pour Maryse, le premier jet avec ratures et corrections de "Quatre parcelles du Lubéron" et "Sans souvenirs». Au verso d’une carte reproduisant un célèbre poème de Jacques Prévert, Char a écrit : "Te souviens tu ? lorsque je t’ai rencontré, tu m’avais dit que tu aimais les poèmes de Prévert. Celui-ci sans doute ? Lisons-le ensemble. Je n’ai jamais voulu que ton bonheur, ta beauté et les fruits pour tous de ta si belle poésie"...
Lundi 19 et mardi 20 mai 2008, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche SVV, Renaud - Giquello & Associés SVV. M. Oterello.
Les célébrités de Dornac
La collection du photographe Paul Marsan dit Dornac totalisait 218 000 € frais compris. Elle est composée de tirages de ses images appartenant à la série "Nos contemporain chez eux", principalement réalisée entre 1888 et 1910 . L’enchère la plus soutenue, 33 000 €, allait à l’épreuve d’époque sur papier albuminé montrant Stéphane Mallarmé. Le montage comporte un poème autographe du modèle : "Voici, lieu des instants élus,/Que tu connais le photographe,/Il reproduit jusqu’à ton plus/Flottant songe et, moi je paraphe." Mallarmé plaisait, deux épreuves sans autographe le montrant partant à 5 200 et 5 500 €. La première le figure assis tenant un billet et la seconde debout devant son portrait par Manet. Verlaine était également à l’honneur au café François Ier le 28 mai 1892, avec un tirage adjugé 30 000 €. Le montage porte quelques vers du poète. Un sculpteur ensuite, Auguste Rodin, pris le 22 juillet 1898 dans son atelier de dépôt des marbres, au 182 de la rue de l’Université à Paris, devant le Monument à Sarniento. Citons encore les 4 800 € d’un portrait du Douanier Rousseau vers 1906.

Vendredi 16 mai 2008, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Piasa SVV. M. Di Maria.

Arrêts sur image
Espéré autour de 10 000 €, cet album suscitait l’enthousiasme des collectionneurs. Il était emporté par le négoce européen, contre un particulier néo-calédonien et des amateurs étrangers. Ce précieux témoignage met en scène diverses ethnies, notamment les Canaques : groupés en tribus dirigées par des petits chefs et des grands chefs, ils cultivent le taro et l’igname, deux variétés de pommes de terre. Notre album montre également divers ateliers d’artistes à Nouméa. Il représente aussi des vues du pénitencier de l’île des Pins et de la presqu’île de Ducos. Sous le gouvernement d’Eugène Gaultier de la Richerie y sont installés dès 1872 les premiers déportés de la Commune de Paris tel Henri Rochefort. Illustrant l’ouvrage Découverte photographique de la Nouvelle-Calédonie de Serge Kakou, les photos sont encore une source documentaire appréciable pour la connaissance géographique de la Nouvelle-Calédonie aux dernières décennies du XIXe siècle. Quittons l’Océanie pour l’Asie. Cap sur la Chine avec les 4 000 € enregistrés sur un album accordéon, au quadruple des estimations. La cinquantaine de tirages albuminés transcrivent principalement des vues de Pékin comme les ruines du Palais d’Été. La France n'était pas oubliée, avec un album de six tirages albuminés figurant des Travaux dans le canal Saint-Martin, 1860-1861 commandés par la Ville de Paris-Service Municipal. Ces photos, jouant des effets de lumières, étaient disputées jusqu’à 12 500 €, au-delà des estimations.
Chartres, samedi 17 mai 2008.
Galerie de Chartres SVV. M. Delas.
Archives Leleu

Dans l’histoire souvent mouvementée des grandes maisons, on est souvent surpris du peu de cas qui est fait des archives. Elles ont pourtant toujours une valeur autant documentaire que pécuniaire. La preuve avec les 43 500 € récoltés grâce au marché français à partir d’une estimation de 5 000 par environ quatre mille tirages d’époque noir et blanc de la maison Leleu. Celle-ci était célébrée l’automne dernier au musée des Années 30 de Boulogne-Billancourt par une exposition et son catalogue, ainsi que par un ouvrage paru aux éditions Monelle Hayot. Chacune des photographies porte le numéro d’ordre de son modèle. Elles se répartissent entre des vues d’aménagement et des modèles de meubles. Le musée des Années 30 de Boulogne-Billancourt conserve une grande partie des archives Leleu, sauvées par Françoise Siriex, chef de service de la vente des meubles de prestige jusqu’à la fermeture de la société, en 1973. Elle a dirigé le livre paru chez Monelle Hayot. Cette mémoire vivante de la maison Leleu n’a pas hésité à louer une camionnette pour sauver les archives, qu’elle a ensuite entreposées dans sa cave, les maquettes de tapis de Paule Leleu allant même jusqu’à trouver refuge sous son lit ! Des archives maintenant évaluées au prix fort.

Mardi 29 avril 2008, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Kapandji-Morhange SVV. M. Marcilhac.

Man Ray & Lee
Après la fermeture du salon Paris Photo le dimanche, les amateurs se dirigeaient vers Drouot pour satisfaire leur passion, permettant à trois tirages d’époque de Man Ray de totaliser 220 800 € frais compris. Ils étaient possédés par la même famille depuis leur acquisition auprès de l’artiste, offrant un caractère inédit toujours propre à exciter les convoitises. 102 000 € étaient remportés par le tirage reproduit, estimé au plus haut 35 000, dont le sujet n’est autre que Lee Miller, à la fois maîtresse, modèle et assistante de Man Ray, elle-même brillante photographe. Le tirage sur papier aux sels d’argent de Photographie d’un rayographe vers 1922 (23,6 x 17,7 cm) ayant fait l’objet d’un encadré page 55 de la Gazette n° 40 montait à 48 000 €, une estimation triplée. Une Étude de nu féminin, vers 1930 (20,7 x 16,1 cm), un tirage sur papier au sel d’argent d’après un négatif solarisé, montait à 34 000 €. Lee Miller serait accidentellement à l’origine de la solarisation, un procédé systématisé par Man Ray. Sentant une souris lui passer entre les jambes, Lee a allumé la lumière du labo alors qu’un tirage était plongé dans le révélateur, provoquant l’apparition d’un halo conférant à l’image une étrangeté nouvelle, qui ne pouvait que séduire les surréalistes...

Mardi 20 novembre 2007, salle 9.
Drouot-Estimations SVV. M. Paviot.

Panorama photographique de Gustave Le Gray à Nan Goldin
Paris Photo oblige, plusieurs ventes consacrées à la photographie étaient organisées, permettant de balayer cet art depuis ses origines jusqu’à l’époque contemporaine. Gustave Le Gray en était la vedette incontestée. Les enchères en revue.
Vendredi 16 novembre 2007, salle 7. Piasa SVV. M. Di Maria.
La photographie rapportait ici 373 032 € frais compris. La meilleure enchère, 22 000 €, revenait à l’épreuve gélatino-argentique d’époque de Untitled (Rapture Series), Essaouira, Maroc, 1999 (81,9 x 181,6 cm) de Shirin Neshat. Ce tirage est numéroté 2/5. À 21 500 €, l’estimation était largement dépassée pour une épreuve Cibachrome numérotée 2/15 de Nan Goldin, Kate Moss on her white Horse as Lady Godiva. Highate Cemetary, Londres, 2001 (70 x 101,5 cm). Une épreuve Cibachrome numérotée 2/4 d’Andres Serrano, Nomads (sir Leonard), 1990 (153 x 127 cm), dépassait à 18 000 € son estimation. Direction l’entre-deux-guerres ensuite, avec les 9 100 € d’une épreuve gélatino-argentique d’époque de Raoul Ubac réalisée d’après un photomontage, Les Murs, 1936 (13 x 18 cm).
Samedi 17 novembre 2007, salle 9. Yann Le Mouel SVV. Mme Esders.
La collection Richard Rodriguez totalisait 198 420 € frais compris. L’enchère la plus soutenue, 35 000 €, allait à un tirage argentique d’époque de Pablo Picasso, Autoportrait, Paris, atelier du 11, boulevard de Clichy, 5 décembre 1910 (11 x 8,9 cm). Monté sur un carton, il est dédicacé au peintre et mécène Frank Burty Haviland. 15 000 € s’affichaient sur un tirage argentique carte postale d’époque de Man Ray, Jean Cocteau avec le portrait en débourre-pipe, vers 1926 (10,8 x 8 cm). La carte postale, adressée par Cocteau à son ami Yvon Bélaval, porte un texte manuscrit de l’écrivain, où il évoque notamment la Voix humaine. Un tirage argentique contact d’époque d’Alexander Rodtchenko rehaussé à la mine de plomb, Portrait du peintre Alexandre Chevtchenko, double exposition, 1924 (11 x 7,9 cm), récoltait 14 000 €. Deux nus, vers 1931 (7,5 x 10,4 cm) de Raoul Hausmann, un tirage d’époque, séduisaient un acheteur à 9 600 €.
Samedi 17 et lundi 19 novembre 2007, Hôtel Marcel-Dassault. Artcurial - Briest - Poulain - Le Fur - F. Tajan SVV.
Ces deux jours de ventes totalisaient 1 117 400 € frais compris. Une bonne partie de ce produit est redevable aux 580 000 € de l’album de Gustave Le Gray reproduit, un achat du marchand américain Hans Kraus remporté contre un collectionneur allemand. Frais compris, son prix en dollars s’établit à 1 021 300 $, lui permettant ainsi de décrocher quelques records. Il s’agit tout d’abord d’un record mondial pour la photographie du XIXe siècle, qui, pour la première fois, franchit la barre fatidique du million de dollars. Le précédent record revenait à un daguerréotype de Girault de Prangey vendu l’équivalent de 916 126 $ à Londres en mai 2003. Il s’agit d’un record mondial pour Gustave Le Gray, les 62 tirages de notre album battant l’épreuve de La Grande Vague de la collection Jammes, adjugée 838 704 $ le 17 octobre 1999. Enfin, il s’agit d’un record absolu pour la photographie en France. C’est sans doute à l’initiative de Napoléon III que Le Gray a été choisi pour témoigner durant l’été 1857 de l’inauguration du camp de Châlons, symbole de la puissance et de l’organisation de l’armée française. L’empereur destinait ces albums à ses officiers. Sur les dix grands réalisés, huit intacts sont à ce jour recensés. L’album du lieutenant-colonel d’Eggs est le huitième.
Photographies ducales
La provenance principale de cette vente, la collection photographique de la duchesse de Berry, ajoutée à quelques épreuves provenant de celle du duc de Luynes, permettait de totaliser 729 749 € frais compris. La meilleure enchère, 82 000 €, revenait au tirage de Louis Vignes reproduit, Pins maritimes, environ de Beyrouth, issu de la collection du duc. Les dix-huit lots de cette provenance, tous de Vignes, totalisaient 139 750 € frais compris. Honoré d’Albert, duc de Luynes (1802-1867), était un éminent archéologue, également numismate et collectionneur. Il s’est très tôt intéressé à la photographie. Louis Vignes, officier de marine et photographe amateur connu pour avoir rapporté cinquante-deux négatifs papier de ses campagnes entre juin 1859 et octobre 1862 au Maroc, en Sicile et au Liban, a été désigné par ses supérieurs pour accompagner le duc dans un voyage archéologique partant de Beyrouth pour aboutir à Palmyre. Pour cette mission, Vignes est passé du calotype au négatif sur verre au colodion, et a opéré suivant les indications du duc. Parmi les clichés vendus, certains sont antérieurs à ce voyage, comme une vue de la Baie de Zeitouneh, Beyrouth, août 1860 (22,3 x 29,1 cm), un tirage sur papier salé adjugé 4 000 €. Marie-Caroline, duchesse de Berry (1798-1870), était elle aussi férue de photographie, passion qu’elle partageait avec son beau-frère, don Pedro II, empereur du Brésil. Comme en témoigne sa collection, elle a apprécié les photographes présents à Rome, notamment ceux du cercle du Caffè Greco. Toutes les épreuves de sa collection proposées à la vente ont été tirées avant 1854. L’enchère la plus haute de cet ensemble, 23 000 €, revenait au tirage sur papier salé de Giacomo Caneva Pins maritimes, Castel Fusano, vers 1850 (26,3 x 21 cm). Ce photographe était littéralement plébiscité, 21 000 € allant par ailleurs à un tirage (24,5 x 18,9 cm) sur papier salé, Cascade de l’Aniene, Tivoli, vers 1850.

Mercredi 30 mai 2007, Drouot-Montaigne.
Choppin de Janvry & Associés SVV. M. Plantureux.

Gros plan sur des daguerréotypes
Le point fort de cette vente chartraine était la dispersion d’une collection de clichés, pris entre 1849 et 1855 par un daguerréotypiste amateur, vraisemblablement un aristocrate ou un riche propriétaire. Ils soulignent la passion que suscita la photographie, l’une des grandes révolutions culturelles du XIXe siècle. Résultant des travaux de Niépce et de Daguerre, le daguerréotype permet d’obtenir une seule image positive. Il est présenté en 1839 par François Arago à l’Académie des sciences et s’impose d’emblée dans le genre du portrait et connaît alors une vogue qui traversa l’Atlantique. Au milieu du XIXe, la daguerréotypomanie fait fureur comme l’illustre cette cinquantaine de pièces aux estimations comprises entre 150 et 6 000 €. Très disputé entre des collectionneurs français et étrangers - on comptait des Belges, des Allemands, des Anglais, des Américains - l’ensemble a finalement dépassé les 90 000 €. La rareté, la verve fantaisiste de certaines scènes de genre ont incité les collectionneurs à pulvériser les estimations à l’exemple de notre daguerréotype. Attendu autour de 1 200/1 500 €, il fait aujourd’hui le bonheur d’un collectionneur étranger séduit par sa composition humoristique. Triplant encore les estimations, un exceptionnel daguerréotype représentant un Chien, (8 x 11 cm) a été adjugé 12 500 € à une fondation étrangère. À 6 200 €, des Joueurs de dominos doublaient quant à eux leur mise à prix. Plus anecdotique, un daguerréotype représentant le Toit en constructions d’une maison en pays de Loire était encore poussé jusqu’à 4 800 €.
Chartres, samedi 10 février 2007. France Chartres,
Galerie de Chartres SVV. M. Delas.

Boubat intronisé

C’est un collectionneur français qui arrachait, moyennant 62 000 € sur une estimation n’en excédant pas 15 000, ce tirage d’Édouard Boubat figurant Lella, premier modèle, muse et future épouse de l’artiste. Il s’agit d’un record mondial pour Boubat, qui rejoint ainsi au panthéon de la photographie humaniste Robert Doisneau et Willy Ronis. Le premier engrangeait 155 000 €, record mondial pour lui-même mais aussi pour la photographie française de l’après-guerre, pour son fameux Baiser de l’Hôtel de Ville le 25 avril 2005, et le second 14 000 €, un record toujours, pour un tirage argentique de Paris (Autotamponneuse) le 13 novembre 2004. Ces deux résultats étaient obtenus chez Artcurial, dont la photographie humaniste semble être devenue une spécialité maison. Dans notre vente, quarante-deux lots concernant Boubat, cédés par son fils Bernard, étaient proposés. Trente-sept trouvaient preneur pour un total de 289 000 € représentant 190 % des estimations basses. Notons que les batailles d’enchères sur Boubat étaient principalement franco-françaises, le niveau des prix atteints décourageant les acheteurs américains, traditionnellement actifs sur ce marché.

Lundi 20 novembre 2006. Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial-Briest-Poulain-Le Fur-F. Tajan SVV.

Paris capitale de la photo

Avec la tenue du salon Paris Photo au Carrousel du Louvre, la Ville lumière devenait l’espace d’une semaine la capitale de la photographie.

Mardi 14 novembre 2006. Salle 16. Tajan SVV.
MM. Benarroche, Kakou.

La comtesse de Castiglione, immortalisée par Pierre-Louis Pierson dans des compositions théâtrales, occupait un large chapitre de cette vente. Les quarante-cinq lots vendus totalisaient 100 800 €, les estimations étant largement dépassées. Le sommet était atteint à 7 800 € par deux tirages contacts gélatino-argentiques (11,5 x 10,5 et 11,5 x 9 cm), deux études de la comtesse sur le thème de la tristesse. Un tirage argentique, Étude de la comtesse de Castiglione (Bal de l’opéra), 46 x 31,5 cm, un agrandissement monté sur carton et portant au dos une étiquette de la maison Braun, atteignait 7 500 €. Le modèle est représenté de dos, les épaules nues.
Jeudi 16 novembre. Salle 9. Thierry de Maigret SVV. M. di Sciullo.
Retenons quatre résultats dans cette vente consacrée à la mode et au photojournalisme. 3 100 € allaient à un tirage C-print numéroté 1/3 de Natura morta, Milano, 2005 (90 x 112 cm) de Brigitte Niedermair. Le tirage watercolor print sur watercolor papier numéroté 1/10 de Gisele Bündchen, New York, 2003 (39 x 56 cm) de Gilles Bensimon se négociait 2 000 €. Pour un tirage argentique numéroté 1/10 de Chasing the Dragon 2, Paris, 2004 (30 x 40 cm) d’Irina Ionesco, il fallait compter 1 600 €. Enfin, le tirage avec procédé argentique de Minimal Black, Moscou, 2006 (100 x 100 cm) d’Oleg Dou numéroté 1/10 allait à 1 300 €.

Vendredi 17 novembre 2006. Salle 4. Piasa SVV. M. Di Maria.
Vif succès pour cette vente aux cinq records mondiaux, qui recueillait 839 985 € frais compris. Rudolf Koppitz remportait un double record mondial, absolu pour l’artiste à 130 000 € avec une Étude de mouvement de 1927 et à 79 000 € pour une épreuve d’une autre version d’Étude de mouvement, de 1925 celle-ci. Un record mondial était prononcé pour une oeuvre de Michele Kier Prem, avec les 31 000 € d’un album contenant soixante-neuf épreuves d’époque sur papier salé (24 x 20 cm en moyenne) prises en 1855-1856 à Venise. Record mondial toujours, pour Adolphe Bilordeaux, avec les 16 500 € d’une épreuve d’époque sur papier albuminé de sa Vénus de Milo, groupe d’après nature morte, vers 1855 (41,5 x 29,5 cm). Côté photographie plasticienne, un record mondial était prononcé pour l’une des dix épreuves gélatino-argentique d’époque de Ken, Lydia & Tyler, 1985 (51 x 41 cm), cliché de Robert Mapplethorpe. Du même, un tirage gélatino-argentique numéroté 4/10 de Lisa Lyon, 1981 (48,5 x 38 cm) quadruplait à 31 000 € son estimation…

Samedi 18 novembre 2006. Hôtel Marcel-Dassault. Artcurial-Briest-Poulain-Le Fur-F. Tajan SVV.
Les daguerréotypes étaient ici plus particulièrement prisés. Anonyme, le Portrait d’un Japonais, vers 1850 reproduit s’envolait à 38 000 € sur une estimation haute de 6 000. Les portraits de Japonais au daguerréotype sont d’une insigne rareté et figurent pour la plupart dans des musées. Anonyme toujours, un daguerréotype montrant Le Dôme de Milan, vers 1845 (9 x 7 cm) se négociait 24 000 €. Le musée d’Orsay achetait 21 000 € Les Soeurs jumelles, vers 1845-1850 (21 x 14,5 cm) et 10 500 € Une partie d’échecs, vers 1850-1852 (10,5 x 16 cm). Quittons les daguerréotypes. Un tirage sur papier salé monté sur carton de Pifferari, vers 1851-1853 (20 x 15 cm) de Gustave Le Gray respectait à 37 000 € son estimation. Un album sur Paris contenant dix-neuf tirages albuminés (44,5 x 34 cm) d’Édouard Baldus réalisés entre 1853 et 1856 marquait 25 000 €.

Koppitz double record

Deux variantes d’études de mouvement de Rudolf Koppitz étaient proposées dans cette vente. Elles enregistraient deux records mondiaux, dont un absolu pour une oeuvre de Koppitz. L’Étude de mouvement, 1927 reproduite, une épreuve gélatino-argentique, décroche à 130 000 € ce record absolu. Elle détrône une Étude de mouvement, 1925 (57,1 x 43,1 cm) adjugée 108 000 $ frais compris à New York chez Christie’s le 17 octobre dernier. Cette dernière épreuve est doublement battue, puisqu’une épreuve de la même image, Étude de mouvement, 1925 (30 x 22 cm), montait dans notre vente à 79 000 € (96 951 € frais compris, soit 124 413 $). On y voit une danseuse nue en pied, marchand, son corps élégamment rejeté en arrière se détachant sur les robes noires de trois femmes. Des épreuves de cette image occupaient jusqu’à cette semaine les trois premières places du palmarès de Koppitz (source : Artnet). Aucune épreuve de l’Étude de mouvement, 1927 reproduite ne figure au top 100 de l’artiste. Celui-ci occupe une place particulière dans le paysage photographique. Par sa technique, il est apparenté au pictorialisme. Au moment du tirage, l’usage de procédés pigmentaires comme le charbon, la gomme bichromatée ou les encres grasses changent la nature du rendu de l’image, en sacrifiant les détails, en adoucissant les contours et en accentuant les contrastes.

Vendredi 17 novembre 2006. Salle 4. Piasa SVV.
M. Di Maria.

Meet the Beatles !

En 1964 aux États-Unis, Lyndon Johnson signe la résolution du Tonkin et la loi généralisant le vote des Noirs est adoptée. La même année, Capitol lance un nouvel album, Meet the Beatles, et Jean-Marie Périer convoque les quatre jeunes gens dans le bureau de Salut les copains. Faisant le noir dans une pièce, il leur demande d’allumer une cigarette. "C’est après cette photo qu’ils m’ont adopté", déclare le photographe dans le catalogue de vente aux enchères où sont présentées ses images. Le tirage Cibachrome numéroté 1/10 (80 x 120 cm) de cette photo fondatrice partait à 2 900 €, un prix inférieur à celle reproduite, un tirage limité à 5 exemplaires, adjugée 17 500 €. Elle a également été prise en 1964, mais à Londres. Les relations étaient alors moins bonnes : "Au début, je parlais mal l’anglais, et eux ne faisaient aucun effort pour se faire comprendre." Par la suite, Jean-Marie Périer réalisera deux pochettes de 45 tours des Beatles. Le tirage Cibachrome couleur (50 x 60 cm) de celle de 1967 qui a servi pour la pochette anglaise de Penny Lane partait à 3 900 €. En 1964, les Beatles ne sont pas encore des stars internationales. En janvier, ils arrivent à Paris pour une série de 18 concerts où ils partagent la scène avec Sylvie Vartan et Trini Lopez. L’avis de la presse française ? Des délinquants juvéniles attardés !

Lundi 22 mai 2006. Salle 6.
Camard & Associés SVV.

Objectif photo

Ce programme rapportait 481 328 € frais compris. La palme de la spécialité revenait cette semaine au tirage du Nu dans les algues, Saint-Tropez d’Helmut Newton, effectué par Marc Pico sous le contrôle de l’auteur. C’est le seul tirage connu à ce jour de cette image, réalisé pour la première exposition de l’artiste chez Daniel Templon en 1981. 10 000 € allaient au tirage gélatino-argentique numéroté 7/10 du Thomas (49 x 49 cm) de Robert Mapplethorpe. Sa Rose présentée page 36 de la Gazette n° 20 ne trouvait pas preneur, tout comme le Pitcher with bones d’Irving Penn ayant fait l’objet d’un «Coup de cœur» page 312 de la même Gazette. Pour la photographie d’entre-deux-guerres, la palme revenait à 17 000 € au Combat, 1937 (30 x 39,8 cm) de Raoul Ubac, une composition solarisée réalisée à partir de photographies de nus, appartenant à la série Penthesilea. 12 000 € s’affichaient sur un tirage gélatino-argentique d’époque de La Tour Eiffel (détail à l’étoile) Paris, 1927 (15 x 22,8 cm) de Germaine Krull. Cette image appartient à la série publiée dans Métal en 1927. Les 6 tirages sur papier albuminé d’Étienne Jules-Marey de 1887 ayant servi de modèle aux gravures sur bois illustrant son article «Le mécanisme du vol des oiseaux éclairés par la photochronographie» publié dans La Nature en 1888 totalisaient 61 200 €. La somme de 15 000 € allait à un Zootrope dans lequel sont disposés 10 images en relief d’un goéland dans les attitudes successives d’un vol (11,8 x 17 cm). Pour Héron aigrette. Vol transversal. 10 images seconde (10 x 15,7 cm), il fallait compter 12 500 €, pas moins de 11 500 € pour Pélican. Vol transversal descendant. 10 images seconde (14,8 x 8,5 cm) et 10 000 € pour la vue de Figurines de plâtre représentant onze attitudes successives de l’aile d’un pigeon (12 x 16,2 cm).

Mardi 23 mai 2006. Salle 9.
Piasa SVV. M. Di Maria.

Baldus superstar

Provenant d’une famille lyonnaise, un ensemble de photographies par Edouard Baldus a été le point fort de cette vente réunissant des photos anciennes, modernes et contemporaines. Sur quatre-vingts clichés réalisés par ce "photographe d’architecture du second Empire", seules dix-sept pièces n’ont pas trouvé preneur. Les autres ont été âprement bataillées entre les institutions officielles françaises et les amateurs étrangers, spécialement les collectionneurs anglo-saxons. Si l’on pensait le marché de la photographie ancienne en retrait, preuve est apportée qu’il n’en est rien, notamment lorsqu’il s’agit de pièces rares : cinq photos de monuments ont effectivement récolté 180 000 €. À leur tête, cette vue des fameuses arènes de Nîmes prise vers 1853 qui, avec ses 41 000 €, doublait ses estimations. Elle est suivie de peu par les 40 000 € déboursés sur une vue de Paris, Palais de justice réalisée en 1858, illustrant les travaux réalisés au Pont-au-Change. 36 000 € ont encore couronné le Portail du château Gaillon dans la cour du palais des Beaux-Arts de Paris, vers 1852. Autre monument parisien célèbre, La cathédrale Notre-Dame, vers 1852, acquise 35 000 €, au triple des estimations. Et toujours pour les églises de la capitale, un collectionneur disputa les enchères jusqu’à 28 000 € pour emporter une vue de la Madeleine, vers 1853. Édouard Baldus réalisa la plupart de ses photos dans le cadre de la mission héliographique lancée par le fonds de la commission des Monuments historiques. Elles s’avèrent aujourd’hui un excellent témoignage du patrimoine français sous le second Empire.

Chartres, samedi 13 mai 2006. France Chartres,
Galerie de Chartres, SVV, avec la participation de Maitres Chenu-Scrive-Bérard, groupe Ivoire. MM. Delas et Manin.

Mimmo Rotella mec-art

Provenant de la collection de la galeriste Raymonde Cazenave, cette photolithographie de Mimmo Rotella, où le nom d’une célèbre compagnie pétrolière donne son titre à l’œuvre, atteignait 19 500 € sur une estimation haute de 6 000. Il s’agit du plus haut prix enregistré sur la base de données Artnet pour une oeuvre de ce type de l’artiste. Le 21 novembre dernier, From the Chelsea Hotel with Love (56 x 42 cm), transfert photographique et lavis sur toile de 1968, recueillait 9 800 € (Drouot, Cornette de Saint-Cyr SVV). Le 18 décembre 2002 à Rome, Sicura (96 x 92 cm), une photolithographie sur toile allait à 5 580 € frais compris. On connaît Mimmo Rotella pour ses affiches lacérées, les premières remontant à 1953. Dix ans plus tard, il utilise des moyens mécaniques de reports d’images photographiques sur toile émulsionnée, intitulés «mec-art». Il reproduit des décollages, puis des images tirées de journaux et de magazines, de reportages ou de publicités. La photolithographie permet de projeter à l’aide d’une source lumineuse une image sur un support photosensible afin de l’y imprimer. Pour l’œuvre adjugée, Rotella a sans doute superposé le nom de la compagnie figurant sur un drapeau à des affiches décollées. Un résumé de son œuvre en quelque sorte pour cet artiste décédé le 8 janvier dernier.

Vendredi 24 février 2006. Salle 6.
Damien Libert SVV.
Objectif Nasa
La Nasa décrochait une nouvelle fois la lune, en images cette fois-ci grâce aux 192 891 € frais compris obtenus par les 225 photographies réparties en 100 lots. Les collectionneurs américains, mais européens aussi, sans oublier une collection d’entreprise, faisaient monter les enchères très au-dessus des estimations. Ainsi, l’image reproduite atteignait 10 500 €, sur une estimation haute de 800. C’est une photo de la mission Apollo 15 en juin 1971, avec James Irwin saluant auprès du drapeau américain. L’arrière-plan est occupé par le module lunaire Falcon, la Jeep lunaire étant visible sur le côté. Ce n’est cependant pas l’astre lunaire qui déclenchait la meilleure enchère, mais notre bonne vieille Terre, avec les 10 700 € d’un tirage couleur d’époque du vol Apollo 17 de décembre 1972, montrant la première vue de la pleine Terre (24,6 x 19,5 cm). On y voit l’Afrique et très clairement l’Antarctique. 7 800 € récompensaient un tirage argentique d’époque d’Apollo 11 (24 x 19,3 cm) où l’on voit le 20 juillet 1969 Buzz Aldrin marchant sur la Lune, le photographe et le module lunaire se reflétant dans la visière de son casque. Retour à Apollo 17 à 7 600 € avec un tirage argentique (18 x 18,1 cm) de l’essai de la Jeep lunaire électronique par le commandant Eugene Cernan le 11 décembre 1972. Les vols Apollo n’étaient pas les seuls à être représentés, la marche dans l’espace de Ed White lors de la mission Gemini 4, tirage en couleurs reproduit dans le «Coup de cœur» page 27 de la Gazette n° 36, partait à 5 600 €.
Jeudi 27 octobre 2005. Salle 16.
Yann Le Mouel SVV. Mme Esders.
Une séance surréaliste
À 248.000 euros, il fallait frôler, l’estimation haute pour s’offrir une place de cinéma surréaliste et regarder le film de Jean Barral, La belle saison est proche. Pour ce prix, rassurez-vous, l’acquéreur ne se contente pas d’un simple strapontin, mais il devient propriétaire non seulement de la matérialité du film, mais aussi des droits commerciaux et non commerciaux afférents : projection, exploitation, transfert de support, etc. Le film est accompagné du manuscrit original du scénario et d’une copie BétaSP de la séquence André Breton. Si le film est en effet dédié au poète Robert Desnos, son intérêt résulte en partie de la séquence tournée dans l’atelier d’André Breton . C’est le seul document filmé avec image et son synchrones en format professionnel où l’on voit le pape du surréalisme dans son atelier, tel qu’il était de son vivant. André Breton n’est pas le seul à témoigner puisqu’on croise aussi Jacques Prévert, Félix Labisse, Alain Cuny, Max Ernst, Mouloudji et Jean-Louis Barrault. Si le fait de livrer aux enchères une œuvre est la chose la plus courante, la cession des droits l’entourant est plus rare. Le 22 octobre dernier à Drouot (BSF SVV) étaient vendus uniquement les contrats des droits de reproduction de deux œuvres de Salvador Dali, La Menorah dalinienne et Le Mur des Lamentations, sans que les œuvres elles-mêmes ne changent de mains. Il fallait alors miser 135.000 euros.
Mercredi 22 juin 2005.
Paris. Renaud - Giquello & Associés SVV. M. Oterelo.
Record pour deux photos de Cartier-Bresson
La collection de photographies Eva Besnyo dispersée le mardi 25 janvier 2005 chez Sotheby's à Amsterdam a totalisé 365.000 euros soit 95% vendus en valeur et 85% en lots. Les deux plus hautes enchères récompensaient deux photos d’Henri Cartier-Bresson. La première Andalucia, Seville de 1933 battait le record mondial à 78.000 euros. La seconde, Valencia datée de la même année, dépassa à 60.000 euros son estimation haute.
25 janvier 2005
Amsterdam, Sotheby's
Willy Ronis sacré
Willy Ronis était le grand vainqueur de la vente de photographies provenant des quatre agences du groupe Hachette Filipacchi Photos puisque les 39 clichés vendus sous son nom représentaient un total hors frais de 110.500 euros. La palme revenait à 14. 000 euros, au double de l’estimation, à la joyeuse évocation de Paris (autotamponneuse) de 1953, tandis que le parfum d’après-guerre de Paris, marché aux puces, porte de Vanves, 1948 (15,83 x 30,5 cm) envoûtait un acquéreur à 9.000 euros. Ajoutons pour donner une idée de l’étendue de son répertoire le Drame du rail, intérieur d’hôpital après accident, 1948 (39 x 30,5 cm), un tirage argentique d’époque, emporté à 8.000 euros et Sans titre (la goutte), 1967 (59,5 x 45,8 cm), un tirage argentique d’époque à connotation érotique, adjugé 6.000 euros. Willy Ronis apprend la photographie dans l’atelier de son père et débute en 1936 une carrière de reporter illustrateur, notamment pour la revue Regards. L’année suivante, où a lieu sa première exposition "Neige dans les Vosges", il rencontre Robert Capa et David Seymour. Il cesse son activité de photographe durant la guerre et après la Libération réalise des photographies pour Life et des reportages pour la presse illustrée. En 1947, il obtient le prix Kodak et entre à l’agence Rapho, actuellement propriété d’Hachette Filipacchi Photos. Il reçoit ensuite de nombreux prix, dont une médaille d’or à la Biennale de Venise de 1957. Il se définit comme un artisan "photographe sur le vif" dont l’exercice est de "maîtriser le hasard". Plutôt que d’émouvoir, il préfère communiquer, discrètement, mais avec effet garantie, comme en témoignent les résultats obtenus !
Samedi 13 novembre 2004
Paris, Artcurial, Briest, Poulain, Le Fur.
Un album sous tension !
L’album de Guillaume-Benjamin Duchenne, dit Duchenne de Boulogne, a conservé son intégrité. Les 72 prises de vue le constituant, après avoir été proposées individuellement aux enchères provisoires, étaient finalement laissées ensemble, sous la coupe d’une adjudication de 204.000 euros. " Le vieillard", comme Duchenne appelait son sujet favori, peut afficher un sourire satisfait, sans l’aide des électro-stimulations transmises par les rhéophores du bon docteur ! Par son contenu et sa reliure, cet album est à rapprocher de celui qui a appartenu à Darwin et qui est actuellement conservé à la bibliothèque universitaire de Cambridge. En tout, il n’y a que 5 albums de ce format répertoriés, y compris celui qui était adjugé cette semaine. Lors des enchères provisoires, une petite fille, volant la vedette au vieillard, suscitait 15.000 euros. Quant à ce dernier, ce sont ses expressions d’effroi qui provoquaient le plus d’attrait. Celle qui est reproduite à la page 39 de la Gazette n° 38 allait à 12.000 euros. Elle était battue à 13.000 euros par la Contraction électrique combinée des peauciers et des frontaux, mais dépassait les 11.000 euros de la Contraction électrique combinée des peauciers et des frontaux, associée à l’abaissement volontaire de la mâchoire inférieure. Tout un programme !
Lundi 8 novembre 2004
Paris, Photographies. Giafferi.
Degas photographe
Les 5 photographies d’Edgar Degas proposées cette semaine totalisaient 446.248 euros, frais inclus, pulvérisant ainsi pour quatre d’entre-elles leur estimation haute. Degas se met lui-même derrière l’appareil en 1885. On connaît de lui environ 60 clichés. Sur les 5 proposés à Drouot, 4 étaient inédits, provenant directement de la descendance d’Henry Lerolle. 170.000 euros revenaient à celui en forme d’autoportrait, le montrant de profil en compagnie des demoiselles Lerolle. Elle était préemptée par le musée d’Orsay. La plus troublante, Portrait au miroir d’Henry Lerolle et de ses deux filles (23 x 36,2 cm), montait à 88.000 euros. Le jeu de reflets, la lumière étrange et la pose des modèles donnent à ce cliché un caractère surréaliste. Si Degas privilégiait des plaques de verre véritablement obsolètes, ce n’était pas par ignorance des techniques les plus modernes qu’il connaissait parfaitement mais parce que seuls ces supports lui permettaient d’obtenir les effets voulus. Les photographies de Degas sont toujours prises le soir, dans des intérieurs, à la lumière artificielle, qui crée des halos fantasmagoriques.
Vendredi 2 juillet 2004
Paris, Beaussant, Lefèvre, MM. Nicolas, Richard.
Record pour Duchamp !
Aussitôt adjugé 68.000 euros à un enchérisseur canadien, aussitôt préempté par le centre George Pompidou ! Le musée national d’Art moderne ne pouvait qu’être preneur de ces deux pièces fondatrices de la photographie dada. L’institution possédait jusque-là des contretypes de ces images systématiquement reproduites dans tous les ouvrages sur Duchamp depuis les années 1950. Jusqu’à la découverte de ces deux tirages argentiques d’époque, on ne les connaissait que par des reproductions. Elles sont sans doute uniques. Elles ont été prises par un photographe forain grâce à un dispositif de miroirs qui constituait alors une attraction courue. C’est en août 1917 que Marcel Duchamp et le collectionneur et écrivain Henri-Pierre Hoché, l’auteur des Deux Anglaises et le Continent et de Jules et Jim, se font saisir par un objectif anonyme au Luna-Park de Coney Island à New York. Comme il l’avait fait en 1914 avec un porte-bouteille et en 1917 avec un urinoir, Duchamp détourne ces deux photographies pour leur conférer le statut d’oeuvres d’art. Ces ready-made photographiques occupent désormais la deuxième place pour une photographie de Marcel Duchamp sur le marché international et la première sur le marché français. Ils battent les 52.000 euros de la célèbre Tonsure en étoile, vendue lors de la vente André Breton.
Mercredi 9 juin 2004
Paris, Artcurial, Briest, Poulain, Le Fur.
Objectif photo
La spécialité de la semaine, la photographie, rapportait en trois ventes 1.084.350 euros au marteau. Salzmann : 745.000 euros. Parcours sans faute avec 100 % de lots vendus, pour les 174 photographies d’Auguste Salzmann, qui récoltaient 745.095 euros frais compris. Ces vues de Jérusalem prises en 1854 étaient vendues dans l’ordre dans lequel elles sont reproduites dans deux albums de 1856 conservés à la Bibliothèque nationale. Ces épreuves en excellent état étaient disputées par un public de collectionneurs français, anglais et américains. La palme revenait à 30.000 euros à Ornements arabes 1, tirage estimé au plus haut 6. 000 euros. La théâtrale vue du Tombeau des juges (23,2 x 32,4 cm) se négociait 19.000 euros. Enceinte du Temple. Moulure judaïque formant pied droit de l’une des portes romaines (33 x 23,1 cm) s’échangeait contre 17.500 euros, tandis que 500 euros de moins, à 17.000 euros, permettaient d’obtenir Enceinte du temple, côté ouest. Heit-el-Morharby (23,4 x 33,3 cm).
Vendredi 14 mai 2004
Paris, Photographies, Piasa, M. Pagneux.
La révolution Leica
Leica est à la photographie ce que Rolls Royce est à l’automobile : La référence ! Illustration avec les 1.800 euros obtenus par un boîtier IIIG de 1952 accompagné d’un objectif Summaron 3,5/35. Cet ensemble était estimé deux fois moins. Le boîtier vendu est l’un des derniers représentant des Leica accueillant des objectifs à vis. 1954 marque en effet le lancement du Leica M-3 à système à baïonnette, permettant un changement d’objectif plus rapide. Leica n’a ni plus ni moins fait qu’inventer l’appareil photographique moderne, utilisant les films 35 mm. L’appareil en question, le Leica I, est produit à partir de 1924. Son prototype a pourtant été mis au point 10 ans auparavant par Oscar Barnack. Né à Berlin en 1871, il rentre dans la firme actuellement connue sous le nom de Leica en 1911, et deux ans plus tard crée le premier appareil compact, qui allait envoyer sur les rayons de l’histoire les imposants boîtiers de ses concurrents.
Jeudi 5 février 2004
Paris, Jean-Claude Renard.
Les poupées de Bellmer
Les inquiétantes poupées d’Hans Bellmer raflaient tous les suffrages. 38.000 euros allaient au quadruple de l’estimation aux Jeux de la poupée (Paris, Les Éditions Premières, 1949) de Paul Eluard, illustrée de 15 photographies hors texte d’Hans Bellmer (une reproduite). Il s’agit d’un des 136 exemplaires sur vélin des Marais, signé au crayon par Bellmer. La Poupée II (18 x 20,2 cm), une photographie, récoltait à elle seule 24.000 euros sur une estimation haute de 700. D’Hans Bellmer toujours, l’édition originale tirée à 60 exemplaires seulement de 3 Tableaux. 7 dessins.1 texte (Documents Surréalistes, 1944) respectait à 12.000 euros son estimation basse. Cet exemplaire hors commerce signé contient en plus des 10 tirages photographiques hors texte un dessin original daté de 1943.
Vendredi 23 janvier 2004
Paris, Artus Enchères, M Martin
Un album grimaçant !
Une scène de torture ? Pas du tout ! Il s’agit d’une photographie extraite d’un album de 1862 montrant les études faites par le docteur en médecine et physiologiste Guillaume Duchenne de Boulogne. L’objet de son travail ? Élaboré une grammaire de la physionomie humaine à partir de ses recherches sur l’application de l’électricité à la physiologie. Initié à la photographie par le jeune frère de Nadar, Adrien Tournachon en 1853, il fixe les expressions de visage provoquées notamment par une charge électrique. Le prix de cette galerie de 144 portraits ? 29.000 euros.
Samedi 11 octobre 2003
Pierre Bergé & Associés, M. Pagneux.
Une mystérieuse technique
Il fallait 8.600 euros pour obtenir un mystérieux portrait, par son sujet mais surtout par sa technique. Retrouvé parmi les clichés des frères Varin, il est réalisé en positif direct. Un cartouche souligne que la photographie (29,34 x 18,1 cm) est obtenue sur papier Watman sans cliché et sans bain en plein jour. Ce tour de force a été réalisé, mais avec produit chimique, par Hippolyte Bayard en 1840. La date de cette épreuve n’est pas connue. Elle illustre les balbutiements de la technique photographique, et plus précisément les expérimentations visant à fixer de manière durable une image sur un support, après les procédés de Talbot (1835) et de Daguerre (1839).
Vendredi 10 octobre 2003
Beaussant - Lefèvre, M. Richard.
Les Pyrénées en images
Les images des Pyrénées étaient fort disputées. Présentées comme les vues parmi les plus anciennes connues de cette région, trois daguerréotypes 1/4 de plaque faits entre 1845 et 1848 remportaient 12.500 euros pour “Les Chutes de la Pique“, 7.500 euros pour la “Bagnères-de-Luchon“ et 8.000 euros pour les “Environs de Luchon“. C’est cependant un tirage papier salé d’après papier négatif daté de 1857 de W.H. Guebhard, qui obtenait à 19.000 euros au ras de son estimation basse, le meilleur score. C’est à nouveau "Les Chutes de la Pique" (25 x 35 cm) qui étaient à l’honneur. Rappelons que Guebhard fut un élève de Gustave Le Gray.
Vendredi 10 octobre 2003
Beaussant - Lefèvre, M. Richard.
Daguerre aquarelliste
Si de grands noms de la peinture du XIXe siècle se sont intéressés à la photographie, comme Edgar Degas, des photographes se sont aussi essayés aux plaisirs de la peinture. Illustration avec les 9.500 euros décrochés par ce tout petit lavis brun sur papier (2,3 x 11,5 cm), “Ruines antiques dans un paysage imaginaire“, exécuté vers 1830 par Louis Jacques Mandé Daguerre. Notons cependant qu’à cette époque le père de la photographie n’avait pas d’autres choix pour reproduire le réel, la mise au point du daguerréotype n’ayant abouti qu’en 1839. Ce lavis était estimé au plus haut 5.500 euros.
Vendredi 10 octobre 2003
Tajan, M. Kakou.
Une vision de la mort
Le prix le plus élevé obtenu par une photographie de la collection de l’expert Paul Benarroche, 28.000 euros, était prononcé au triple de son estimation par un daguerréotype quart de plaque fait par Dodero à Marseille vers 1850. Il montre un "Homme au chevet d’un homme mort". La rareté de son sujet, le contraste offert entre le mort et le visage quasi halluciné de l’autre personnage en mouvement, l’effet plastique obtenu expliquent cette forte enchère. La cote d’un daguerréotype s’établit normalement autour d’une centaine d’euros. L’oeuvre de Dodero est peu à peu reconstituée. Il a eu l’idée en 1851, avant Disdéri en 1854, de la carte de visite. Un pionnier, dont le résultat de ce daguerréotype, devrait aider à la redécouverte.
Vendredi 10 octobre 2003
Tajan, M. Kakou.
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp