La Gazette Drouot
Best of des enchères - Militatia
Best of des enchères
Militaria
Russie, manufacture de Toula, attribuée à Ivan Lialin, vers 1790-1801, paire de pistolets à silex d’officier, canon à trois registres à pans gravés et damasquiné d’or et d’argent, crosse en noyer filigrané d’argent.
Frais compris : 247 840 €.
Toula aux armes !
Estimée pas plus de 40 000 €, cette paire de pistolets à silex de la manufacture de Toula, vers 1790-1801, provoquait une déflagration à 200 000 €, confirmant sans doute son attribution à Ivan Lialin. Cet artisan est l’un des plus réputés de Toula à la fin du XVIIIe siècle. Il est l’auteur d’une série d’armes comparables aux nôtres exécutées pour Catherine II, les tsars Nicolas Ier et Paul Ier ainsi que pour le grand-duc Pavlovitch, conservées à l’Ermitage. Trois d’entre elles, celles de l’impératrice, sont montées en ivoire avec des éléments en acier et des incrustations d’or et d’argent. La spécialité de Toula est, on le sait, non pas le tendre travail de l’ivoire, mais celui bien plus résistant de l’acier. Établie au sud de Moscou, cette manufacture est une armurerie impériale, établie en 1712 sur ordre de Pierre le Grand, qui, entre autres réformes importantes de son empire, réorganisa ses armées ainsi que les manufactures les fournissant. Il ne s’agit cependant pas d’une création ex nihilo, des armes étant fabriquées dans la région depuis le début du XVIe siècle. Cette armurerie va fournir quantité d’armes destinées aux champs de bataille, mais également des modèles d’apparat qui, par leur décor, vont vite rejoindre et même dépasser les meilleurs références européennes, principalement françaises et allemandes. En témoignent notamment celles commandées en 1751 par Élisabeth pour son favori, le comte Alexei Razumovsky. Toula ne va pas se contenter d’exécuter des armes d’exception, produisant également à partir du milieu du XVIIIe siècle des objets ou du mobilier en acier bleui, ciselé et incrusté. Sous Catherine II, une technique de forgeage du métal "à facettes" permet de façonner des diamants d’acier venant orner meubles et objets. L’impératrice offrira ainsi en 1789 à Maria Feodorovna une extraordinaire toilette et ses accessoires en acier. On le voit, Toula fait feu de tout bois !
Jeudi 18 avril, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) SVV. M. Croissy.

Russie, maison Eduard, Saint-Pétersbourg, 1900-1917. Ordre impérial et royal de l'aigle blanc, ensemble de grand-croix ou de chevalier à titre militaire, second type après 1856, comprenant le bijou en or et émail (90,8 g) et la plaque en vermeil et émail (74,8 g).
Frais compris : 198 400 €
Aigle blanc à titre militaire
Nos fidèles lecteurs auront sûrement reconnu cet ensemble de grand-croix ou de chevalier de l'ordre impérial et royal de l'Aigle blanc, une fabrication pétersbourgeoise entre 1900 et 1917 de la maison Eduard. Estimés au plus haut 60 000 €, le bijou et sa plaque étaient pourchassés jusqu'à 198 400 €. Il faut souligner que cet ordre à classe unique a toujours été réservé aux souverains, princes et plus hauts personnages de l'État, qu'ils soient civils ou militaires. La présence des deux glaives croisés indique que notre ensemble a été attribué à titre militaire. Entre 1831 et 1917, cette distinction a été décernée à environ 1 500 reprises, mais principalement à titre civil, ce qui relève l'intérêt, enchères à l'appui, de notre exemplaire. Rappelons que l'ordre de l'Aigle blanc a été créé en 1325 par le roi de Pologne, Ladislas Ier. Il est ensuite tombé en désuétude avant d'être réactivé en 1705 par Auguste II le Fort, souverain du royaume et prince électeur de Saxe. Exécutée vers 1767-1771, une huile sur toile de Marcello Bacciarelli conservée au château de Varsovie représente Stanislas Auguste, dernier roi d'une Pologne indépendante, en habit de couronnement et portant le collier de l'ordre de l'Aigle blanc. En 1815, au congrès de Vienne, le tsar Alexandre Ier devient le nouveau roi du pays et par là même, grand maître de l'ordre. En 1831, ce dernier intégrera les décorations russes et prendra la quatrième place sur les huit de la hiérarchie. Il disparaît en 1917 mais sera réactivé, dès l'année suivante, comme principal ordre national polonais. À sa rareté, notre ensemble ajoute une qualité d'exécution de premier plan ; et pour cause : la maison Eduard de Saint-Pétersbourg a été l'un des fournisseurs officiels de la cour entre 1908 et 1917.
Vendredi 26 avril, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Deburaux & Associes françoise SVV en collaboration avec Aponem Deburaux SVV. M. Loisel.
Bonnet à poils d’oursin des grenadiers à pied de la garde impériale, modèle de 1808-1815, premier Empire, h. 35 cm.
Frais compris: 76 800 €.
Record pour un bonnet de grenadier
Cette pittoresque coiffure, présentée comme la pièce phare de cette vente dédiée au militaria (voir n° 20, page 161), répondait largement à ses attentes. Espérée autour de 20 000 €, elle présentait plusieurs atouts. Proposée en bon état de conservation, elle affiche d’abord un pedigree prestigieux. Lucien Rousselot l’avait acquise en 1959 à Drouot lors de la vente Forest. Collectionneur chevronné, il la compléta en cherchant le plumet adéquat et le pompon d’époque.
À son décès en 1992, notre bonnet a été cédé à Jean-Pierre Bentz. Modèle de 1808, on n’en connaît aujourd’hui que deux autres exemplaires entrés dans les collections du musée de l’Armée ; l’un est exposé à Paris et le second au musée de l’Empéri à Salon-de-Provence. Évoquant la geste héroïque des soldats de la Grande Armée, notre bonnet d’oursin comprend une carcasse en cuir naturel, formée d’éléments cousus bord à bord à l’aide d’un fil blanc. L’arrière de la carcasse est fendu en forme d’un sanglon terminé par une petite boucle en fer. Il s’orne d’une cocarde tricolore d’où surgit un plumet rouge ; autour, se trouve encore une ganse blanche se terminant par un marron ovale. Il s’embellit aussi d’une plaque en cuivre rouge avec l’effigie de l’aigle impériale, en relief. Ce bonnet noir en poil d’ours sera d’ailleurs repris par les célèbres «Irish Guards» qui le portent aujourd’hui encore : c’est effectivement le 1st Foot Guards, qui a vaincu à Waterloo, en 1815, les grenadiers à pieds de la garde impériale de Napoléon Ier. Revenons à notre exemplaire qui suscita l’enthousiasme des collectionneurs. Quadruplant au final les estimations, il recueille selon l’expert un record mondial pour une coiffure réglementaire française. Une belle revanche pour Flambeau, le fidèle de l’Empereur, immortalisé dans L’Aiglon de Rostand.
Bourges, samedi 25 mai. Michel Darmancier et Olivier Clair SVV. M. Malvaux.
Sabre de récompense nationale de la Manufacture de Versailles attribué au général Hardy, gravé sous la garde « Boutet Directeur Artiste Manufacture de Versailles », lame gravée « Klingenthal », époque Directoire.
Frais compris : 250 000 €.
Pour la gloire !
L’art servait sous les drapeaux, pour le plus grand bonheur des collectionneurs, bataillant jusqu’à 200 000 € ce sabre de
récompense nationale, façonné sous le Directoire et attribué au général Hardy. Le désir révolutionnaire de supprimer toute marque distinctive entre les citoyens, concrétisé par la suppression des ordres chevaleresques et des décorations, n’a pas tenu longtemps face à la nécessité de récompenser les militaires pour mobiliser leur ténacité et créer une émulation salutaire à la protection de nos frontières… Le Directoire prend ainsi le parti d’accorder des armes d’honneur à partir de 1796, comme notre sabre arborant les mots «Récompense» et «Nationale» sur les faces de sa lame en damas, façonnée à Klingenthal. L’arme a été produite par la manufacture de Versailles, réputée pour ses pièces de luxe à la finition soignée, et son fastueux décor est dû au dessin inventif de Nicolas-Noël Boutet. Avec un pommeau à tête de lion, sa garde ouvragée et les riches garnitures en bronze doré de son fourreau, notre sabre est sans conteste une œuvre d’art. Il en est une autre, qui servit d’emblème à la nation sous l’Empire : l’aigle en bronze doré, déployant ses ailes au sommet des drapeaux. Trois versions en ont été réalisées. Celle de 1804 est la plus remarquable, comme en témoignent les 101 000 € prononcés pour l’oiseau réglementaire marqué «CLXXXII». Le souvenir de Napoléon était également évoqué par deux volumes de sa bibliothèque de Sainte-Hélène : les Mémoires et correspondances de Madame d’Épinay, envoyés à l’Empereur par lady Holland et aujourd’hui débattus à 110 000 €.
Dimanche 23 mars, Fontainebleau. Osenat SVV.
Mme de La Chevardière, MM. Dey, de L’Espée R.

Époque Consulat, manufacture de Klingenthal, sabre d’officier subalterne de grenadiers à cheval de la garde des consuls, ayant appartenu à Jean-Baptiste Chassin, fourreau en bois recouvert de chagrin à garniture de laiton, l. 113,5 cm.
Frais compris : 101 680 €.
Trésor réglementaire
Un subordonné peut se montrer aussi valeureux qu’un supérieur, comme en témoignent les 82 000 € dégainés par ce sabre d’officier subalterne de grenadiers à cheval de la garde des consuls. Ce type d’arme est généralement considéré comme le plus beau sabre réglementaire de la grosse cavalerie française. La garde des consuls a été créée par Bonaparte le 7 frimaire de l’an VIII (28 novembre 1799) en fusionnant la garde du corps législatif, héritière de la première Garde républicaine de 1799, et celle du Directoire. Son objet est bien entendu de protéger les consuls, puis le Premier consul lui-même. Par arrêté du 3 janvier 1800, elle se compose de 2 089 hommes, dont 585 cavaliers et 1 188 grenadiers. Le 8 septembre, les effectifs sont poussés à 3 650 hommes, dont 702 grenadiers à cheval. Notre exemplaire a appartenu à Jean-Baptiste Chassin (1773-1832), comme l’indiquent la copie des états de service qui l’accompagne ainsi que les initiales «CJB», or sur fond bleui, inscrites sur la lame dans un médaillon ovale placé sur le palmier surmontant un trophée d’armes. L’autre face, avec faisceaux de licteurs et bouclier, porte l’inscription «Garde des consuls - Grenadiers à cheval», le dos étant signé sur fond or de la «Manufacture de Klingenthal Coulaux frères». Jacques et Julien Coulaux deviennent en 1801 les entrepreneurs de la célèbre manufacture d’armes blanches créée en 1730 par Henri Anthès sur ordre de Louis XV. Né à Chavroche, dans l’Allier, Jean-Baptiste Chassin sera de toutes les guerres entre 1792 et l’an VII. Simple soldat au sein du 22e régiment le 1er novembre 1790, il intègre le 25 ventôse de l’an VIII les grenadiers à cheval de la garde des consuls. Il est vite promu brigadier-chef puis adjudant, sous-lieutenant, lieutenant en second et lieutenant en premier. Il est encore en poste parmi les grenadiers à cheval en 1806 puis passe dans les dragons de la garde avec le même grade, et ce jusqu’en 1809, année de sa mise à la retraite en raison de ses blessures. Il s’est en effet signalé à Ulm, Austerlitz, et a fait les guerres de Prusse et de Pologne avant de rejoindre, en 1808, l’armée d’Espagne.
Vendredi 11 avril, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) SVV. M. Croissy.

Contrat de mariage de Bonaparte et Joséphine, acte notarié, expédition authentique signée par maîtres Raguideau et Jousset, 1796, 3 pages 1/4 sur un bi-feuillet monté dans un portefeuille.
Frais compris : 437 500 €.
Pour le meilleur…
Jubilé… le terme était décidément bien choisi ! Réunissant une foule de passionnés autour de la célébration de l’époque impériale, la manifestation organisée par la ville de Rueil-Malmaison fut couronnée de succès à plus d’un titre, le contrat de mariage de Bonaparte et de Joséphine étant propulsé jusqu’à 350 000 €. Estimé au plus haut à 100 000 €, il était bataillé entre des amateurs étrangers et le Musée des lettres et manuscrits, qui s’en portait acquéreur. Sous les applaudissements de la salle, l’institution privée parisienne remportait également deux autres pièces majeures de la vente. Les ordres d’arrestation et de libération de Bonaparte – diffamé auprès du Comité de salut public –, signés par le général en chef de l’armée d’Italie Dumerbion, rejoignaient ainsi ses vitrines pour 95 000 € (voir photo). À 75 000 €, un sort similaire attendait une lettre autographe de Jacques-Louis David, adressée en 1807 à Claude Thiénon, le dessinateur du cabinet du roi de Hollande, Louis Bonaparte. Son sujet n’est autre que le fameux tableau du Sacre de Napoléon, et fait état du changement désiré par le frère de l’Empereur, lequel souhaite une meilleure place dans le tableau. Une demande à laquelle le peintre accédera… D’autres témoignages insignes trouvaient preneur, à l’image de quelque 75 lettres et autres documents évoquant la campagne de Russie, réunis dans un volume emporté au quadruple de son estimation, soit 150 000 €. Ces pièces font allusion à la mémoire du maréchal Bessières, alors à la tête de la cavalerie de la Garde impériale. Le souvenir du valeureux guerrier, emporté par un boulet en 1813 pendant la campagne de Saxe, est encore rappelé par une lettre de 1805 signée par l’Empereur. Dans cette missive, Napoléon décidait de la répartition de fonds provenant du ministère des Relations extérieures, au titre de gratifications. Ce document historique était lui-même récompensé à hauteur de 100 000 €.
Dimanche 21 septembre, Rueil-Malmaison.
Osenat SVV. M.  Nicolas.
Manufacture de Versailles, époque Consulat-début du premier Empire. Sabre de luxe ayant par tradition appartenu au maréchal Jean-Baptiste Jourdan (1762-1833), argent, ébène, lame dorée et bleuie signée de Pierre Guillaume Knecht à Solingen, fourreau en acier, l. 99 cm.
Frais compris : 57 040 €.
Le sabre de Jourdan ?
Ce sabre de luxe soigneusement confectionné à l’époque Consulat ou au début du premier Empire était ferraillé à hauteur de 46 000 €. Il a été exécuté à la manufacture de Versailles, dirigée par Nicolas-Noël Boutet, mais sa lame courbe dorée et bleuie au tiers a été forgée à Solingen par Pierre Guillaume Knecht, fourbisseur ayant honoré de nombreuses commandes privées auprès d’officiers de la Grande Armée. Le commanditaire de notre sabre serait le maréchal Jean-Baptiste Jourdan. La notice du catalogue précise qu’il provient d’une vente courante, organisée le 10 février 1978 à Drouot, où figuraient d’autres pièces de même provenance, «dont plusieurs épées de Boutet et un autre sabre de luxe à l’orientale». Elle indique également que selon l’expert Robert-Jean Charles, les héritiers auraient retiré les armoiries, ou le monogramme, figurant sur le clou de la calotte du sabre. Il ne reste à cet endroit que les deux trous de fixation. Jordan débute sa carrière sous l’Ancien Régime en participant notamment, avec le marquis de La Fayette, à la guerre d’indépendance américaine. Brillant général sous la Révolution, il est, le 26 juin 1794, vainqueur de la bataille de Fleurus. Il sera fait maréchal d’Empire le 19 mai 1804, après avoir été nommé général en chef de l’armée d’Italie le 26 janvier. Malgré ses états de service et sa carrière politique, l’Empereur le tiendra à l’écart en raison de son attachement aux valeurs républicaines. À Sainte-Hélène, il lui rend néanmoins hommage en ces termes : «En voilà un que j’ai fort maltraité assurément. Rien de plus naturel sans doute que de penser qu’il eût dû m’en vouloir beaucoup. Eh bien, j’ai appris avec un vrai plaisir qu’après ma chute, il est demeuré constamment bien. Il a montré là cette élévation d’âme qui honore et classe les gens. Du reste, c’est un vrai patriote ; c’est une réponse à bien des choses.» Rallié à la monarchie, Jourdan refusera la présidence du tribunal devant juger le maréchal Ney. Il terminera sa carrière comme gouverneur des Invalides.
Jeudi 9 octobre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) SVV. M. Croissy.
Époque Empire. Chapska d’officier de chevau-légers polonais de la garde impériale, 1er régiment, drap, velours, fil d’argent, laiton, cuivre, métal argenté, passementerie.
Frais compris : 43 820 €.
Chevau-légers polonais
Ce chapska d’officier de chevau-légers polonais de la garde impériale, d’époque Empire, était salué par une tonitruante enchère de 35 000 €, d’après une estimation haute de 15 000 € moindre. Une jolie performance à mettre au crédit de son bon état d’origine. Seules quelques petites restaurations sont signalées, et le «N» a sans douté été remis en 1815 au moment des Cent-Jours, il y a donc tout juste deux siècles… L’appellation de cette coiffe vient du polonais «czapka», qui signifie «couvre-chef». Comme leur nom l’indique, les chevau-légers appartiennent à la cavalerie légère. Créés en 1498, ils portent un équipement moins lourd mais remplissent les mêmes fonctions que les autres cavaliers, à savoir éclaireurs et gardes de flanc, leur engagement étant limité. Sous Henri IV, ils forment une compagnie au sein de la Maison du roi, le souverain en faisant grand usage. Elle se substitue aux deux compagnies des gentilshommes à bec de corbin qui assuraient jusqu’alors la garde à cheval royale. Les descendants du Vert-Galant la conserveront. Son entrée est réservée à la noblesse, mais elle est dissoute en 1787, en raison des coûts qu’elle engendre. Sous l’Empire, les chevau-légers sont rétablis. Concernant plus particulièrement notre chapska, c’est lorsqu’il entre en Pologne en 1807 que Napoléon fonde le régiment des chevau-légers polonais, recrutés parmi la noblesse. Lors de la bataille de Wagram, le 6 juillet 1809, l’Empereur observe que les chevau-légers de la garde se sont emparés des lances des uhlans de Schwarzenberg pour les retourner contre leurs propriétaires. Les chevau-légers lanciers sont créés, d’abord avec une lance «à la polonaise» puis, à partir de 1811, avec un modèle «à la française», plus court. Cette année-là, le régiment de chevau-légers polonais de la garde impériale devient le «premier régiment de lanciers de la garde». Il porte un chapska de couleur cramoisie avec une cocarde française à croix de Malte et un soleil en cuivre, frappé d’un «N» couronné, comme notre coiffe.
Jeudi 2 avril, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) SVV. M. Croissy.
Épée russe de récompense de Saint-Georges, modèle de cavalerie 1798-1826, premier tiers du XIXe siècle, garde en or, l. 105,5 cm, poids brut de la garde (sans la fusée) 224 g.
Adjugé : 106 420 €
Des épées racontent les relations franco-russes
Bardée d’un pedigree impeccable, cette épée russe se taillait 106 420 € et se distinguait lors de deux jours d’enchères consacrés à l’art militaire. Sans faiblir, elle raflait la palme, alors que le sabre de récompense nationale de la manufacture de Versailles de Nicolas Boutet, donné par le Premier consul après la bataille de Marengo, ne rencontrait pas la victoire. Après la chute du premier Empire, il fallut reconstruire les relations franco-russes et réinstaurer la confiance. Des diplomates furent mandatés pour cela. Casimir-Louis-Victurnien de Rochechouart de Mortemart (1787-1875) est de ceux-là. Au mois d’avril 1828,il est envoyé comme ambassadeur à Saint-Pétersbourg. De retour en France pour assister à la fin du règne de Charles X, il prête serment au nouveau gouvernement de Juillet et est renvoyé en Russie en janvier 1833, pour faire reconnaître le nouveau régime par l’empereur Nicolas Ier. Visiblement bien en cour, il y reçoit l’ordre de Saint-André et celui de Saint-Georges, ainsi que cette épée de récompense de Saint-Georges, probablement offerte par un grand dignitaire. Superbe, ce modèle de cavalerie présente une garde en or à double plateau, orné d’un bourrelet marqué en cyrillique «Pour la bravoure» et portant la marque de la «Manufacture nationale d’armes blanches » de Klingenthal, en Alsace… un atout supplémentaire et un gage de qualité. Au numéro suivant, c’était au tour d’une épée d’officier de cavalerie de sortir de son fourreau, pour 72 616 € cette fois. Ce modèle russe de 1798/1826, fabriqué en 1829 par la manufacture de Zlatooust, déployait sur sa lame et dans des cartouches un décor des plus élaborés : un trophée militaire, une scène de combat de cavalerie, des têtes de Méduse et d’autres, de personnages casqués. Zlatooust, dans l’Oural du Sud, est le berceau de nombreuses armureries. La première vit le jour en 1815 à la suite d’un accord entre l’État russe et les manufactures de Solingen et Klingenthal, qui avaient formulé le désir de s’installer dans l’Empire pour créer une manufacture. Elles produisaient des armes blanches pour les besoins de l’armée et de la flotte, qui attinrent rapidement un haut niveau de qualité tant technique qu’esthétique.
Jeudi 24 et vendredi 25 novembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Thierry de Maigret OVV. M. Croissy.
Epée d'officier des gardes du corps du Roi, monture en argent entièrement ciselée, vers 1760-1780.
Adjugé : 5 000 €
Arme blanche et fleur de lys
5 000 €. Résultat tranché net pour cette épée d’officier des gardes du corps du roi, ciselée vers 1760-1780. Les gardes du corps sont un corps – eh oui ! – de cavalerie de la Maison militaire du roi de France. La première unité remonte à Charles VII : elle fut créée vers 1423, et était essentiellement constituée d’Écossais. Ce corps sera renforcé au fil des siècles. Les fonctions de ses membres et leur recrutement sont strictement réglementés – ils y entrent souvent par cooptation. Protection rapprochée du prince, leur service consiste à «garder jour et nuit la personne du Roi et à la défendre contre quiconque formeroit le dessein d’attenter à sa sûreté» (Joseph Nicolas Guyot, Traité des droits, fonctions, franchises, exemptions, prérogatives et privilèges…, Paris, 1786-1788). Devenir un garde du corps de sa majesté est un privilège très recherché. Outre le port de l’habit bleu, leur valant le surnom de «Maison bleue du Roi», ils arborent une épée et ont pour devise sous Louis XIV : «Nec pluribus impar», «À nul autre comparable». Le modèle présenté était recouvert d’un double filigrane et d’un lamé d’argent fini par deux bagues tressées du même métal, sa lame portant l’inscription «Officier des gardes du corps du Roy» et un décor de fleurs de lys, des armes de France et de soleil rayonnant.
Vendredi 27 janvier, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Ader OVV. M. Dey.


42 952 € frais compris.
France, premier Empire,
ordre des Deux-Siciles, étoile de grand-croix en or par la maison Bacqueville, h. 9 cm.

Ordre des Deux-Siciles

En atteignant 35 000 €, cette étoile de grand-croix de l’ordre des Deux-Siciles pulvérisait son estimation. Il s’agit d’une reproduction en or exécutée par la maison Bacqueville, fabriquant de médailles et décorations depuis 1790, installé de nos jours dans les galeries du Palais-Royal à Paris. L’ordre des Deux-Siciles a été institué le 24 février 1808 par Joseph-Bonaparte, avec l’assentiment de son frère l’Empereur, ce qui n’avait pas été le cas en 1806 du grand ordre de l’Union et de l’ordre royal du Mérite, imposé en Hollande par Louis Bonaparte. Joseph-Bonaparte le divise en trois classes : dignitaire, commandeur et chevalier. Il abdique rapidement pour prendre la couronne d’Espagne, remplacé le 15 juillet 1808 par Joachim Murat. Par décret du 5 novembre, celui-ci réformera l’ordre, instituant de nouvelles classes, calquées sur celles de la Légion d’honneur : chevalier de grand-croix, grand-officier, commandeur, officier et chevalier. L’insigne conserve sa forme et son décor, le nom de Joachim Murat remplaçant sur l’avers celui de Joseph et son portrait en or, se substituant à la Trinacrie, symbole de l’île. Est reproduit le verso, qui porte les armoiries de la Sicile entourées de la devise "Pro Renovata patria". Notre étoile de grand-croix correspond à la classe la plus élevée de l’ordre.

Mercredi 21 novembre 2012, salle 11 - Drouot-Richelieu.
Néret-Minet - Tessier & Sarrou SVV. M. Blondieau.

 

1 734 880 € frais compris. Empire de Russie, Saint-Pétersbourg, 1797. Ensemble de chevalier de l’ordre de Saint-André, comprenant un collier en or ciselé et émaillé (150 cm env.), le bijou de même facture présentant l’aigle impériale bicéphale, le corps chargé de la croix de Saint-André et la plaque en broderie de paillettes, lames et cannetille d’argent.

L’ordre de Saint-André triomphe

On le sait, au fil des ventes, les ordres de la Russie impériale enchaînent les conquêtes. Alors, quand surgit un ensemble complet de chevalier du premier d’entre eux, l’ordre de Saint-André, tant par sa date de création (le 30 août 1698 par Pierre le Grand) que par sa place dans la hiérarchie, il faut s’attendre à des étincelles. C’était chose faite par notre ensemble, acquis à 1,4 M€ par un acheteur bien évidemment russe. Alors que l’on a plutôt l’habitude de voir briller des bijoux et plaques fabriqués à la fin du XIXe ou dans les quinze premières années du siècle suivant, notre ensemble appartient à un modèle en usage à la fin du XVIIIe ou au tout début du XIXe siècle. Outre le bijou et la plaque, il comprend un spectaculaire collier - environ 1,5 m de long ! - en or ciselé et émaillé dont les maillons alternent neuf aigles bicéphales couronnées et les ailes déployées, sept médaillons en forme d’étoile rayonnante, portant la croix de saint André, et enfin sept écus portant le monogramme couronné de Pierre Ier. Tous les médaillons à l’aigle portent au dos la marque de Saint-Pétersbourg, avec la date de 1797. Notre collier possède toujours son écrin d’origine. Après la réforme de 1856, le nombre de maillons de ce type de bijou est passé de vingt-trois à dix-sept. Les colliers anciens sont également reconnaissables à la forme effilée des aigles, que l’on retrouve sur celui-ci. Notre bijou semble être quasi unique. Il faut ajoutez à cela un possible pedigree de choix, Armand-Emmanuel-Sophie-Septimanie de Vignerot du Plessis, cinquième duc de Richelieu (1766- 1822) et petit-fils du maréchal. Colonel, puis général-major après son passage à l’armée des émigrés de Condé et sa disgrâce sous le règne de Paul Ier, il sera nommé en 1803 par le tsar Alexandre Ier gouverneur de la ville d’Odessa et de la "Nouvelle Russie", soit les territoires méridionaux repris aux Turcs. Petite colonie fondée par la Grande Catherine, la ville compte au départ de Richelieu, en 1814, 35 000 habitants et est devenue la capitale d’une province désormais prospère. C’est en 1818 qu’Alexandre Ier le fait chevalier de Saint-André, de Saint-Alexandre-Nevski et de Sainte-Anne. Qui dit mieux ?

Mercredi 20 juin 2012, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Libert Damien SVV. M. Farhi.

 

188 750 € frais compris.
France, 1804-1806-1815. Grand aigle de la Légion d’honneur du maréchal Ney, étoile du premier type, or et émail, 9,5 x 6,5 cm, vendue avec un cordon en soie moirée rouge.

Napoléon à la charge

Les souvenirs historiques, principalement napoléoniens, rapportaient 977 688 € frais compris. Les plus courus étaient bien évidemment ceux de Michel Ney (1769-1815), maréchal d’Empire, duc d’Elchingen et prince de la Moscowa. Si le classement comme trésor national de son habit d’apparat vers 1805 participait sans doute au fait qu’il n'a pas trouvé preneur, la même procédure n’empêchait pas les insignes de grand aigle de la Légion d’honneur d’être vendus, l’étoile reproduite dépassant très légèrement à 151 000 € son estimation, tandis que la plaque pour habit se négociait 32 000 €. Cette dernière, par Biennais, est en broderie d’applique en relief en paillettes et lames d’argent, centrée d’une plaque en argent présentant l’aigle française couronnée et entourée du listel portant la devise de l’ordre, "Honneur et patrie". Quant à notre étoile, en or et émail, elle est du premier type, les insignes de grand aigle ayant été instaurés par décret impérial le 2 février 1805, soit le jour où ils furent décernés au maréchal Ney, alors chef de la 7e cohorte. Quarante-huit autres récipiendaires reçurent le même jour cette distinction, l’Empereur remettant les insignes à chacun des promus le 11 février, dans la salle du trône du palais des Tuileries. Le prince régent lusitanien, le futur Jean VI, a octroyé cette récompense à Michel Ney le 8 mai 1805. Le Portrait du maréchal Ney sur toile de l’école française du XIXe siècle respectait, à 70 000 €, son estimation. Son style et sa technique le rapprocheraient du travail d’un élève de Jacques-Louis David, peut-être Jean-Sébastien Rouillard (1789-1852). Pas moins de 75 000 € revenaient à un bâton de héraut d’armes vers 1804 porté lors du sacre de Napoléon Ier, le seul bâton de ce type aujourd’hui répertorié pour le premier Empire. En bois, il est recouvert de velours de soie violet décoloré, semé de trente abeilles en laiton doré et sommé d’une couronne impériale, dite "de Charlemagne", en laiton ajouré et doré (h. 76,5 cm). Membres de la maison civile de l’Empereur, les hérauts d’armes étaient au nombre de quatre et dirigés par le capitaine Michel Duverdier (1758-après 1830).

Mercredi 20 juin 2012, salle 2 - Drouot Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. MM. Malvaux, Missilier, Palthey.

 

44 793 € frais compris. Nicolas-Noël Boutet (1761-1833), manufacture de Versailles, paire de pistolets pour officiers généraux, modèle vendémiaire an XII.

Boutet à Versailles

Au royaume des armes, une signature est reine, celle de Nicolas-Noël Boutet. Nouvelle illustration avec les 36 500 € remportés par cette paire de pistolets pour officiers généraux, suivant le modèle de vendémaire de l’an XII (septembre 1803). Les garnitures sont en fer ciselé de fleurs, les platines à silex, les bassinets et la lumière des canons à pans légèrement tromblonnés, en argent, et les montures en noyer. Les calottes sont également en argent, l’une d’entre elles portant le numéro de série 240. L’aigle impériale figure naturellement sur le pan supérieur des canons. Par un décret du Ier vendémiaire de l’an XII, Bonaparte procède à une réorganisation de l’armée, notamment en créant des régiments de cuirassiers. Rappelons que Boutet, d’abord arquebusier ordinaire du Roi, dirigea la manufacture de Versailles de 1792 à 1818, date de sa fermeture, produisant des armes aussi bien blanches qu’à feu, principalement honorifiques et de grand luxe. Pour les armes blanches, il fallait ferrailler jusqu’à 7 300 € pour gagner un sabre d’officier de cuirassiers et de dragons du premier Empire, modèle à garde de bataille en coquille Saint-Jacques à pommeau à facettes, la lame fléchée à deux pans creux signée au talon de Coullier, rue Saint-Honoré, et à riches gravures dorées pratiquement intactes. Le fourreau est à alaises de bois à crevées de cuir et garnitures en laiton. Un sabre de troupe des gardes du corps du roi de la première Restauration à monture en laiton doré aux armes de France et lame de la manufacture royale de Klingenthal, datée de septembre 1814, se négociait 4 600 €. La poignée en roussette est à filigrane d’argent et le fourreau en cuir possède trois garnitures en laiton doré.

Vendredi 27 avril 2012, salle 2 – Drouot-Richelieu.
Néret-Minet - Tessier SVV. M. Blondieau.

 

14 870 € frais compris.
Russie, fin du XVIIIe siècle. Plaque d’habit en broderie de l’ordre de Saint-André rehaussée de fils de soie bleu ciel à fond or, dans un entourage de cannetille or, paillettes et fil d’argent, contrecollée sur une pièce en cuir, diam. 7,5 cm.

Saint-André, plaque brodée

Les ordres russes poursuivent leur moisson d’enchères, cette simple plaque d’habit brodée de l’ordre de Saint-André montant à 12 000 €. Elle date de la fin du XVIIIe siècle, soit vers l’époque où le tsar Paul Ier (1796-1801) décide de mettre de l’ordre dans les ordres russes, jusque-là sujets à une certaine anarchie. C’est sans doute sous son règne qu’apparaît le Chapitre des ordres russes, organe de contrôle et de suivi. Celui-ci va notamment fixer les caractéristiques des insignes officiels en or et émail fournis aux bénéficiaires et qui doivent lui être retournés après le décès de ces derniers. Jusqu’en 1856, les plaques officielles sont réalisées en canetille d’or ou d’argent et destinées à être cousues sur l’habit. À partir du début du XIXe siècle, à titre privé et pour des raisons de commodité, des récipiendaires vont faire réaliser des plaques mobiles en métal, principe repris par le Chapitre après 1856. En raison de leur fragilité, les réalisations en broderie sont rares et donc recherchées… La plus haute enchère, 13 000 €, revenait à un ensemble de bureau du début du XXe siècle de la maison Boudet à Paris, réalisé pour la maison royale de Saxe comme en témoigne le blason en vermeil ornant la pendule. Outre cette dernière, il est composé d’une paire de chandeliers, le tout en argent, vermeil, or et cornaline sur socle d’onyx. L’inspiration est maritime, le cadran de la pendule s’inscrivant au centre d’une roue de gouvernail (h. 28 cm), les chandeliers étant ornés d’une ancre retenue par une chaîne.

Mercredi 25 avril 2012, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Coutau-Bégarie SVV. M. Boulay.

 

198 272 € frais compris. Russie, ordre de Saint-Alexandre Nevski,
ensemble de chevalier du général marquis de Castelbajac, croix du deuxième type en or et émail (Kämmerer et Keibel, Saint-Pétersbourg, 1853), plaque en argent et émail (Ouizille Lemoine, Paris, 1854-1863), lettres de nomination et d'annonce.

Le prestige de l'ordre

Solidement estimé entre 80 000 et 120 000 €, cet ensemble de chevalier de l’ordre de Saint-Alexandre Nevski était néanmoins bataillé jusqu’à 160 000 €. Son récipiendaire est identifié : Barthélemy Dominique Jacques Armand, marquis de Castelbajac, général de division et diplomate. En 1848, il prend sa retraite, mais poursuit une carrière diplomatique. Préférant Saint- Pétersbourg à Berlin, il est nommé en 1849 ministre plénipotentiaire, puis ambassadeur de France en Russie. Ce haut représentant ne parviendra pas à éviter le conflit en Crimée, qui oppose la Russie à l’Empire ottoman, la France et le Royaume-Uni. En février 1854, il reçoit cependant de Nicolas Ier les insignes de chevalier de l’ordre de Saint-Alexandre Nevski. Le tsar stipule dans sa lettre de nomination, accompagnant le bijou et la plaque vendue, que si ses efforts n’ont pas été couronnés de succès, il lui tient "à coeur de le reconnaître et de vous offrir un témoignage ostensible de mes sentiments de véritable estime et d’amitié pour vous"... Fondé en 1725, à classe unique, l’ordre de Saint-Alexandre Nevski est le deuxième dans la hiérarchie russe, fort convoité. Le tsar en fit un usage discrétionnaire, le remettant avec parcimonie, notamment aux diplomates qu’il voulait honorer. Le bijou de notre ensemble est de fabrication russe, ses sautes d’émail au dos témoignant qu’il a été régulièrement porté par le marquis à la façon des ordres français, provoquant un frottement contre la garde de l’épée. La plaque, une commande de Castelbajac, est pour sa part française, car jusqu’en 1855 le Chapitre des ordres remettait seulement une broderie à coudre sur l’habit. Notons que les insignes d’ordres impériaux russes devaient normalement être restitués, ce qui a rarement été fait pour ceux décernés à des étrangers. Pour la plus grande joie des collectionneurs...

Mercredi 18 avril 2012, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre SVV. M. Palthey.

 

88 500 € frais compris. Fouga Magister CM 170. Constructeur : Aérospatiale Potez Air Fouga, mai 1966, motorisation : 2 turboréacteurs Turboméca Marboré VI, envergure : 12,15 m, l. : 10,06 m, h. : 2,80 m.

Haute voltige !

Ce fougueux Fouga Magister C 170 s’envolait moyennant 71 000 €. Il était la vedette de la deuxième vente organisée par Artcurial sur le thème de l’aventure aéronautique. Si le 29 octobre 2010, un Mirage 5 BR-21 empochait 82 000 €, il avait le défaut de n’être destiné qu’à être regardé. A contrario, le nouveau propriétaire de notre Fouga Magister peut tout à fait en prendre les commandes… à condition d’avoir à son actif au moins 200 heures de vol en tant que pilote privé et de suivre une formation complémentaire par un instructeur spécialisé, histoire de ne pas abîmer son précieux joujou. Ce dernier dispose d’un potentiel de vol supérieur à 700 heures mais devra, avant de reprendre les airs, être soumis à une grande visite de révision. Il vole à Mach 0,7 - soit 715 km/h - et affiche une vitesse ascensionnelle de 1 020 mètres par minute. De quoi ce donner de belles sensations, ce modèle ayant été conçu pour la voltige, même s’il a aussi été utilisé comme avion d’appui tactique léger et de liaison. Pendant plus de vingt-cinq ans, de 1964 à 1980, il fut l’avion de la Patrouille de France. Figures acrobatiques en perspective !

Dimanche 29 janvier 2012, Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV.
 
Dragons de la garde impériale

On sait les amateurs de couvre-chefs militaires d’époque Empire prêts à tout pour enlever l’objet de leur passion, surtout lorsqu’il est rare et en bon état d’origine. Ils bataillaient jusqu’à 55 000 € pour repartir avec ce casque d’officier de dragons de la garde impériale. Selon le spécialiste Bertrand Malvaux, seulement cinq exemplaires de ce modèle sont connus. Le nôtre possède toujours son ruban de peau de panthère et la coiffe intérieure, en basane de soie noire, est d’une grande fraîcheur. Il faut tout juste déplorer l’absence de la petite vis du porte-plumet. Le corps des dragons de la garde impériale fut créé en 1806 à l’occasion de la recomposition de la cavalerie. Leur marraine étant Joséphine, il prirent rapidement le surnom de "dragons de l’impératrice". L’habillement et l’armement sont similaires à ceux des grenadiers à cheval de la garde impériale, à l’exception de la couleur, verte pour les dragons, et du couvre-chef, le bonnet à poils étant remplacé par un fier casque dit "à la Minerve", dont le cimier arbore un aigle couronné. Le comportement des dragons fut héroïque lors de la campagne de Russie en 1812, sauvant l’Empereur d’une capture durant la bataille de Hanau l’année suivante. Leur dernière campagne fut celle de Waterloo. Vingt-cinq officiers et plus de trois cents hommes périrent durant les Cent Jours…

Jeudi 3 novembre 2011, salle 8 - Drouot-Richelieu.
Néret-Minet - Tessier SVV. M. Blondieau.
 
Le plus précieux des ordres

On sait les Russes très attentifs au pedigree et à la traçabilité des oeuvres d’art et objets qu’ils achètent, surtout lorsqu’ils considèrent qu’il s’agit d’un élément de leur patrimoine national. Ce facteur n’est pas étranger au prix faramineux, 2 M€, obtenu par cet ensemble de l’ordre de Saint-Alexandre Nevski, record mondial pour une décoration. Son extrême rareté tient au fait qu’il soit complet de la croix et de la plaque, de son écharpe, de son écrin aux armes impériales et enfin de son diplôme signé par le tsar Nicolas II qui donne le nom du récipiendaire, un haut gradé de l’armée française. Troisième ordre à la fois par sa date de création (1725) et dans la hiérarchie, après ceux de Saint-André (1698) et de l’Aigle blanc (1705), l’ordre de Saint-Alexandre Nevski est décerné aux plus importantes personnalités de l’État, qu’elles soient civiles ou militaires, russes ou étrangères. C’est sous Paul Ier (1796-1801), grand réformateur des ordres russes, qu’est donnée la première description de ses insignes, en 1797. Ils consistent en une "écharpe rouge passée par-dessus l’épaule gauche ; une croix rouge avec entre chaque branche une aigle bicéphale, portant une représentation de saint Alexandre à cheval, au revers ses armoiries sur un champ blanc avec une couronne de prince ; une plaque d’argent portant les initiales de Saint-Alexandre Nevski sur un champ d’argent (blanc en héraldique) et surmontées d’une couronne princière. Une bande circulaire rouge porte la devise suivante en lettres d’or : "Pour le travail et la patrie" (Valéry Durov, The Orders of Russia, Moscou, 1993). Entre 1825 et la fin du XIXe siècle, cet ordre sera décerné plus de 1 500 fois. S’il est à classe unique, il possède cependant quatre niveaux, auxquels sont attachés des droits d’entrée et des pensions : civil, militaire (avec glaives), avec diamants, et enfin, à partir de 1861, avec diamants et épées. Les insignes avec diamants constituent naturellement le nec plus ultra… Lorsqu’ils sont remis à des étrangers, le plus souvent des ambassadeurs ou des militaires alliés de haut rang, aucune cotisation n’est demandée. La rareté des ensembles complets en diamants tient aux vicissitudes de l’histoire, qui ont entraîné le démembrement de nombre d’entre eux. Notre exemplaire est le seul aussi complet à être passé en vente. Il a été commandé par le Cabinet impérial, administration d’État chargée de la gestion des biens étatiques et de ceux privés des tsars, parmi lesquels les cadeaux, qu’ils soient destinés à la famille impériale ou à des notables.

Mercredi 15 juin 2011, salle 1 – Drouot-Richelieu.
Kapandji - Morhange SVV. M. Louot.
 
Lepage pour Macdonald

Attendue autour de 12 000 €, cette luxueuse paire de pistolets à silex pour officiers généraux était bataillée jusqu’à 144 000 €. Outre le fait de sortir des ateliers d’un célèbre arquebusier, Jean Lepage, elle aurait selon la tradition familiale appartenu au maréchal Étienne Jacques Joseph Macdonald, duc de Tarente (1765-1840). Ce dernier a gagné ses galons à la faveur des événements révolutionnaires et au cours de l’épopée napoléonienne. Il fut le dernier des maréchaux à adhérer à la déchéance de l’Empereur mais refusa tout emploi durant les Cent-Jours, servant comme simple grenadier dans la garde nationale. Louis XVIII le fit grand chancelier de la Légion d’honneur. L’inscription de notre paire d’armes, "arquebusier du roi", situe sa fabrication soit entre mai 1814 et mars 1815, soit après juillet 1815 et, selon son poinçon, avant 1820. Jean Lepage (1746-1834) fut arquebusier et fourbisseur de 1779 à 1822. La qualité de ses armes à feu, pour lesquelles il innova beaucoup, mais aussi le luxe de ses armes blanches lui permirent de fournir en continu les différents régimes s’étant succédé entre Louis XVI et Louis XVIII.

Jeudi 16 décembre 2010, Espace Tajan.
Tajan SVV. M. Louot.
 
Aux armes collectionneurs !

Le luxe de l’ornementation et la qualité d’exécution des armes proposées ce dimanche les portaient sur la plus haute marche du podium. Deux enchères remarquables étaient ainsi prononcées, la première récompensant une paire de pistolets à silex, réalisée en Espagne au milieu du XVIIIe siècle par Manresa, qui s’envolait à 320 000 € sur une estimation haute de 150 000 €. Ces armes sont dignes de leur ancien propriétaire, le roi d’Espagne Joseph Bonaparte, frère ainé de Napoléon. Outre leurs atouts d’armurerie, elle sont richement ornées d’argent et de vermeil ciselé et découpé, jusque sur les pièces habituellement laissées nues. Il en allait de même pour un sabre d’officier des grenadiers à cheval de la garde des consuls ayant appartenu au lieutenant en Ier Varnout (voir photo), et pour un modèle d’apparat à monture et fourreau en vermeil, travaillé par l’orfèvre Antoine Furcy Courant en 1798. Doublant leurs prévisions, ils étaient respectivement emportés à 210 000 et 125 000 €. Une fois encore, les documents napoléoniens étaient bataillés, le plus important d’entre eux récoltant quelque 100 000 € ! Il faut dire qu’il s’agit d’un manuscrit de six chapitres des Mémoires pour servir à l’histoire de France sous Napoléon Ier, dicté et corrigé par l’Empereur lui-même à Sainte-Hélène". On ne peut espérer témoignage historique plus direct ! Napoléon y analyse la société contemporaine et revient sur ses actions passées. Si l’esprit de l’Empereur régnait sur la salle ce dimanche, différents objets évoquaient sa vie quotidienne. Un coffret de voyage lui ayant appartenu, destiné à transporter des documents, était ainsi propulsé jusqu’à 95 000 €. Il est signé "Biennais orfèvre de Lrs Majestés Impériales à Paris" et présente de fait la plus grande finesse d’exécution. En acajou, il est agrémenté d’ornements de laiton travaillés à jour et incrustés. Portant les grandes armes de l’Empereur sur son couvercle, il s’ouvre sur un plateau amovible à poignées de laiton et conserve notamment un petit portefeuille en maroquin à soufflets. Le mobilier devait également s’adapter aux déplacements de Napoléon. C’est ainsi que le serrurier Desouches invente le lit de fer portatif. Du lit de camp des campagnes, au modèle imposant utilisé par Marie-Louise, il n’y a qu’un pas. Ce dernier suivra l’Impératrice dans ses voyages après son départ de Paris, en 1814. Concession à l’apparat, il porte, au sommet de son armature en acier bleui, une couronne en bronze doré évoquant le travail de la maison Thomire. 80 000 € étaient nécessaires pour s’en porter acquéreur. L’art se faisait encore écho de l’histoire, avec un tapis emporté pour 55 000 €, probablement tissé à l’occasion du traité de Paris, entérinant la défaite de la France en novembre 1815. Les noms de nos batailles perdues, associés au mot "victoire" alternant avec les écus de l’Angleterre, l’Autriche, la Russie et la Prusse, encadrent Hercule terrassant le lion de Némée... comprenez la coalition abattant Napoléon Ier. Évoquons pour finir les 35 000 € portés sur une table de milieu à plateau rectangulaire soutenu par une paire de candélabres, qui proviendraient des collections du maréchal Ney (voir Gazette n° 42, page 100). Détournés de leur usage, ils figurent des vestales, dont le modèle s’inspirant de l’Antiquité a été diffusé par le bronzier François Rémond. Un sujet visiblement toujours aussi prisé !

Fontainebleau, dimanche 5 décembre 2010. Osenat SVV. M. Dey, M. Nicolas, Mme Lamort, Mme Berthelot-Vinchon, Mme Pazzis-Chevalier, M. de Broglie, M. Millet, Cabinet Dillée, MM. de Bayser, Mme Vérot.
L'icône du régiment

Claquant au vent, ce drapeau s’octroyait 64 000 €. Il était estimé pas plus de 40 000 €. Il a été créé pour le jubilée du régiment Kolyvansky le 20 août 1898, jour de la fête de Samuel pour les Églises orthodoxe et catholique romaine. L’icône peinte sur la face du drapeau reproduite et représentant le prophète n’est utilisée que par ce régiment. Créé en 1798, ce dernier s’est principalement distingué à trois reprises : lors de la guerre russo-turque de 1828-1829, à l’occasion de la pacification de la Transylvanie en 1849 et enfin durant le siège de Sébastopol, fait majeur de la guerre de Crimée opposant, entre 1853 et 1856, la Russie impériale à une coalition comprenant l’Empire ottoman, le Royaume-Uni, la France et le royaume de Sardaigne. L’autre face du drapeau est centrée du monogramme de Nicolas II surmontant les dates du régiment, les coins étant occupés par l’aigle bicéphale des Romanov portant dans un écusson saint Georges terrassant le dragon. C’est en effet Catherine II qui a choisi pour la maison impériale les armoiries de la ville de Moscou.

Lundi 8 novembre 2010, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Bailly-Pommery & Voutier Associés SVV. M. Gorokhoff.
Atelier Simier : les fers s’arrachent !

Ce n’est pas tous les jours que l’on disperse l’atelier de deux grands maîtres de la reliure de leur temps, René Simier (1772-1843) et son fils Alphonse (1796-1859). Les 349 lots décrits au catalogue – pour la plupart d’austères fers à dorer transmis sans discontinuer pendant près de deux siècles – totalisaient 541 760 € frais compris. Ils triplaient le total des estimations basses. Dans la préface, Matthieu Desachy – directeur des bibliothèques d’Albi – indique que l’atelier Simier était connu pour abriter la plus ancienne collection de fers, plaques, roulettes et autres outils de relieur aujourd’hui conservée en France depuis la fin du XVIIe siècle. Lorsqu’il s’est installé à son compte, très certainement en 1796, René Simier a peut-être repris le fonds d’un relieur, ce qui expliquerait la présence de pièces datant du règne de Louis XIV. La foule des acheteurs qui se pressait avenue Montaigne comprenait aussi bien des bibliophiles désireux d’acquérir des fers ayant été utilisés pour parer leurs précieux ouvrages que des amateurs de souvenirs historiques, accompagnés de généalogistes et d’héraldistes, sans oublier les descendants de grandes familles aristocratiques ayant eu recours aux services de la maison Simier et, bien entendu, des relieurs ! C’est dans le chapitre consacré à Napoléon que la plus forte enchère retentissait pour un fer, 25 000 € pour celui aux grandes armes de l’Empereur reproduit. Le dessin pourrait être l’oeuvre de Vivant Denon et il a pu être gravé par Brenet. Cette partie de la vente était animée par des collectionneurs français, russes, allemands et américains. Estimé pas plus de 400 €, un autre fer aux grandes armes de Napoléon, timbré d’un heaume à couronne impériale celui-là (7,5 x 5,3 cm), fusait à 9 000 €. Portant la marque d’Hérou, un fer proche du modèle reproduit (4,8 x 3,6 cm) se négociait 3 000 €. Bibliophile avertie, la duchesse de Berry mobilisait l’attention des amateurs. Un grand collectionneur français poussait à 12 000 € le fer n° 2 du premier format – estimé 800 € –, et à 9 500 € celui, nettement plus grand (13 x 10,6 cm), illustrant un Coup de coeur. Un autre fer n° 2 du premier format (7,6 x 6,8 cm) récoltait 9 000 €, un n° 1 du second format (6,3 x 5,5 cm) 5 200 € et un troisième n° 2 du premier format (7,5 x 7 cm) 4 800 €. Tous sont aux armes d’alliance de la jolie Marie-Caroline, avec le même décor. À noter pour l’égérie des légitimistes, la préemption faite à 1 500 € par la bibliothèque du Mans – dépositaire d’un important fonds Simier – d’un fer à main à son chiffre, un monogramme enlacé "M.C." Poursuivons avec les fers aux armes des rois de France.

Mercredi 2 juin 2010, Drouot-Montaigne.
Lafon-Castandet - Maison de Ventes SVV. M. de Coligny.
Pierre du Rhin classe supérieure

La Russie tsariste continue de faire rêver, et les petits manques qui affectent cette plaque de l’ordre de Saint-Alexandre Nevski n’entamaient en rien l’ardeur des enchérisseurs. En effet, à 47 000 €, elle dépassait son estimation. Situé après ceux de Saint-André et de Sainte-Catherine, l’ordre de Saint-Alexandre Nevski est conçu par Pierre Ier de Russie (1672-1725) mais ne sera établi qu’en 1725 par Catherine Ire. Doté d’une classe unique, il a la particularité d’être réservé aux plus importantes personnalités de l’État, qu’elles soient civiles ou militaires. Cependant, à partir de 1797, les insignes de l’ordre ornés – comme notre plaque – de pierres du Rhin constitueront une classe à part, supérieure, et sera remise pour mérite exceptionnel. Cette décoration est fournie directement par le cabinet du tsar, sous sa supervision personnelle, sans passer par le chapitre de l’ordre. Cela explique l’absence, dans la plupart des cas, de poinçons ou de marques de fabricant. Leur réalisation est, bien entendu, tout particulièrement soignée.

Vendredi 28 mai 2010, salle 2 – Drouot-Richelieu.
Olivier Coutau-Bégarie SVV. M. Gorokhoff.
Sabre d’honneur
Il fallait batailler à hauteur de 58 000 € pour emporter le fleuron de la collection Pierre Benoit, le sabre d’honneur reproduit. Rappelons qu’il a été décerné par le premier consul au lieutenant Jean-Baptiste Sauce, récompensé pour ses faits d’armes lors de la sanglante bataille de Novi, livrée le 28 thermidor de l’an VII (15 août 1799). Si cette dernière fut une cuisante défaite qui allait provisoirement bouter les troupes françaises hors d’Italie, le 26e régiment d’infanterie de ligne – dans lequel servait notre lieutenant – a solidement tenu ses positions face à l’armée austro-russe commandée par le redoutable Alexandre Souvorov. Sauce servira dans les campagnes de la Révolution puis dans celle de l’Empire jusqu’à la fin, son licenciement avec le grade de major datant du 21 septembre 1815. Le sabre décerné par Bonaparte est du modèle pour les officiers d’infanterie. Il est en parfait état et possède la qualité d’avoir conservé son ceinturon d’origine en maroquin vert, entièrement brodé de fil d’argent, la bouclerie en argent.
Lundi 19 et mardi 20 avril 2010, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Binoche - Renaud - Giquello SVV. M. Malvaux.
Sabre au clair !
Les souvenirs du général de Lamartillière dont le nom figure aujourd’hui sur l’Arc de triomphe étaient portés au tableau d’honneur de cette vente toulousaine. Vivement bataillés entre la salle et plusieurs lignes de téléphone, ils doublaient, triplaient, voire quintuplaient allégrement leurs estimations. Attendus autour de 150 000 €, les sept lots récoltaient 302 632 €. L’estimation, autour de 37 000 €, triplait pour une paire de pistolets de chez Boutet à Versailles. Conquis à 120 000 €, ils étaient vendus en coffret avec de nombreux accessoires. Quant à notre sabre de luxe, il était proposé en très bon état, encore muni de son fourreau. Il possède sa lame bleuie et dorée gravée de trophées et de feuillages. Décerné sous le Directoire au général Lamartillière, il est orné de la peau du lion d’Hercule et du bonnet phrygien, symbole du nouveau régime. Ferraillé ferme entre divers amateurs, notre superbe sabre rejoint au triple des estimations la collection d’un fervent amateur. L’autre point de mire de cette vente toulousaine était une édition originale de la Description de l’Égypte ; également appelée Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l’expédition de l’armée, elle était acquise pour 54 000 € au-delà des estimations indiquées autour de 37 000 €.
Toulouse, samedi 24 avril 2010.
Primardéco SVV. M. Blondieau.
Les succès de l’âge de fer
Le caractère unique de la collection de Michel Rullier était conforté par le succès remporté par la première dispersion de ce vaste ensemble, entièrement consacré au travail du fer et comportant quelque 2 000 pièces. Les 409 numéros proposés permettaient à ce galop d’essai de totaliser 1 284 616 € frais compris, 97 % d’entre eux trouvant preneur. Les prévisions, évaluées à 700 000 €, étaient largement dépassées. La grande majorité des objets étaient vierges de tout passage en vente publique, la collection ayant principalement été constituée par des achats effectués dans le commerce. La référence absolue en matière d’art du fer, le musée Le Secq des Tournelles de Rouen, se révélait fort actif en étant derrière quatre des cinq préemptions effectuées, la cinquième étant réalisée, à 5 500 €, par le Service interministériel des archives de France sur un coffre dit "de messager», un travail français du XVe-XVIe siècle, en fer finement repercé en orbevoie sur âme en merrain. L’institution rouennaise, constituée par la donation, en 1917, de la collection du peintre et photographe Jean-Louis-Henri Le Secq des Tournelles (1818-1882) et de son fils Henry (1854-1925), préemptait deux des lots ayant généré les enchères les plus élevées, à commencer, à 46 000 €, par le coffre d'Allemagne du Sud du XVIIIe siècle. Cet objet est remarquable tant par la qualité de son décor que par le mécanisme délicatement ouvragé actionnant les 18 pennes qui permettent de le sceller, commandé par une serrure à dôme située sur le couvercle. En effet, l’entrée de serrure visible sur la façade est factice. L’autre star préemptée de la vente est, à 19 000 €, la clef dite "des Doges". Rappelons que deux autres exemplaires de ce riche travail italien du XVIe siècle sont répertoriés, conservés pour l’un dans le musée rouennais et pour l’autre dans celui d’Écouen. Quittons les achats institutionnels français pour nous pencher sur l’un des lots les plus attendus de la vente, l’arbalète miniature italienne du XVIIe siècle (voir photo). Elle tenait toutes ses promesses puisque, estimée au plus haut 15 000 €, elle décochait finalement 35 000 €. L’arme a appartenu aux anciennes collections Reineri et Yvon Alauzet. Destiné à être glissé dans une poche, ce type d’arbalète fonctionne avec la même efficacité que les modèles plus grands. Le musée de l’Armée à Paris conserve deux exemplaires proches du nôtre. Plus pacifique, un petit (l. 7,7 cm) coffret d’Allemagne du Sud du XVIe-XVIIe siècle triplait, à 30 000 €, son estimation basse. En laiton gravé, il est à décor de filigrane d’argent émaillé dessinant des rinceaux fleuris, le fond étant gravé à l’intérieur de la "Fuite en Égypte" et à l’extérieur d’un paysage avec architectures. Le mécanisme, en acier bleui à quatre pennes, est commandé par une petite clef en fer doré. Une platine de fusil à deux coups (l. 25 cm) tirait une salve à 20 000 €, une estimation doublée. Ce travail italien vers 1630-1650, virtuose, est en acier et ruisselle littéralement de monstres et créatures fantastiques, hommes casqués, pampres, dauphins affrontés, etc. Un modèle du même atelier est conservé au musée Poldi Pezzoli à Milan. La serrure de maîtrise la plus chèrement disputée, 28 000 €, était un modèle français d’époque Louis XIV (8 x 15,2 cm) accompagné de sa clef à lanterne en fer forgé, découpé et sculpté, finement ouvragé. Elle se glisse dans une entrée de serrure dissimulée par un cache-entrée à secret, lequel est situé au centre d’une porte à colonnes et fronton à volute. Celle-ci est encadrée de deux panneaux ajourés de volutes centrées d’un "A", celui de gauche ouvrant pour permettre d’actionner deux boutons à coulisse – l’un pour le verrou de nuit. Les clefs de maîtrise faisaient également l’objet d’une vive attention. 13 500 € culminaient sur un exemplaire français du XVIe-XVIIe siècle en fer forgé (l. 13,6 cm), l’anneau orné de deux chimères adossées réunies par un lien.
Mercredi 10 mars 2010, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés SVV. Mme Houze.
Pour Marmont
Rien de tel qu’un sabre pour débuter vaillamment l’année ! Adjugé 17 000 € sur une estimation haute de 12 000, ce modèle de représentant du peuple aux armées - monture en laiton, poignée filigranée cuivre, lame de Klingenthal bleuie et dorée au tiers, fourreau en laiton à crevés en cuir - a été donné à l’aide de camp du général Bonaparte, Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont, à la suite de la bataille de Lodi. Durant cet épisode de la campagne d’Italie, notre valeureux militaire entraînant le 7e hussards sur l’artillerie autrichienne, réussit à leur prendre six pièces de canons. Après l’Italie, Marmont suit Bonaparte en Égypte et devient général de division en 1800. Poursuivant brillamment sa campagne militaire, il sera fait duc de Raguse en 1808 puis maréchal d’Empire l’année suivante. Au moment de la première Restauration, Marmont épousera cependant la cause des Bourbons et deviendra major général de la garde royale. Notre officier fera présent de ce sabre au colonel Le Blanchard du Rozel, un de ses amis monarchistes.
Mercredi 20 janvier 2010, salle 11 - Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés SVV. M. Blondieau.
Les souvenirs historiques ont la cote
Qui parle de morosité ? Quand on aime, on ne compte pas. Les collectionneurs de l’Empire nous le prouvaient une fois encore ce dimanche. Particulièrement attendu, le tabouret attribué à Martin-Guillaume Biennais tenait ses promesses et même au-delà, dépassant son estimation pour être enlevé à 170 000 €. Ce modèle, dont le piètement est formé par deux sabres entrecroisés, est sans doute le troisième siège réalisé par Biennais pour les maréchaux devant s’asseoir près du trône de l’Empereur. Rappelons que les deux autres sont conservés au Musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau. Douze tabourets étaient initialement prévus, dont seulement trois furent réalisés. Non content de caracoler également sur le podium de tête avec une enchère à 150 000 €, l’ensemble de colonel du 4e régiment de cuirassiers du premier Empire peut s’enorgueillir de détenir désormais un record mondial. On n’en attendait pas moins de cet équipement composé d’un casque à cimier et d’une cuirasse de modèle 1804, destiné à protéger un cavalier d’élite rompu au combat. N’ayant affronté que la bataille des enchères, un sabre d’honneur donné par le Premier consul au chef de brigade Antoine Alexandre Rousseau, était pour sa part emporté pour 60 000 €. Quittons l’Empire pour évoquer des reliques de Louis XVI, emportées moyennant 34 000 €. Il s’agit d’une clé et d’un ornement de serrure en fer, forgé par le roi lui-même. Provenant de la famille Cléry, le fidèle valet de chambre du roi, elles faisaient chaque année l’objet d’un pèlerinage, le 21 janvier. Passons aux cimaises, avec le Portrait de l’empereur Napoléon en costume de sacre, une huile sur toile ovale de l’école du Baron Gérard, adjugée 51 000 €. Elle porte une ancienne inscription à l’encre sur le châssis : "Charles... À Sedan". Le succès attendait également une Vue de Constantinople avec la pointe du sérail depuis la rive de Galata. À noter également, deux œuvres préemptées par la Réunion des musées nationaux pour leur intérêt documentaire. Moyennant 20 000 €, la toile montrant Charles X remettant la médaille de bronze de l’exposition de 1827 à l’ébéniste François Baudry rejoindra ainsi les collections du musée des Arts décoratifs, déjà possesseur du lit représenté sur le tableau. Le château de Fontainebleau gagne quant à lui, pour 7 500 €, quatre études de frises pour le corps législatif – notre actuelle Assemblée nationale. Dessinés entre 1806 et 1811 par Alexandre Evariste Fragonard, ces projets de bas-reliefs en trompe l’œil ne seront jamais réalisés.
Fontainebleau, dimanche 8 novembre 2009, Jean-Pierre Osenat Fontainebleau SVV. M. Dey, Mme Lamort, M. Nicolas, Cabinet Dillée, M. de Broglie, Mme Berthelot-Vinchon, M. Millet.
L’art de la chasse selon Monsieur C.B.

Présentée en fin de catalogue d’une vente au programme panaché, la succession de monsieur C.B., chasseur émérite, comprenait des livres sur la chasse, une collection de poires à poudre ainsi qu’une autre de fusils de chasse, dont six ont figuré à l’Exposition universelle de 1900. Les 35 fusils vendus totalisaient 243 240 € frais compris. Le coup de feu le plus retentissant, 24 000 €, était tiré par ce fusil de chasse du XVIIIe siècle. Il possède la particularité d’avoir des canons tournants. Ceux-ci pivotent en appuyant sur la tête du pontet de la main droite, la gauche faisant tourner le fût. Estimé 2 000 €, un fusil à percussion vers 1860 à barillet fusait à 18 000 €. Il est marqué "L. Ghaye breveté N° 190". La culasse à cadre fermé est en acier poli gravé de motifs floraux stylisés, comme le barillet à six coups en acier bronzé noir de guerre, qu’elle accueille. Le canon est également bronzé noir, la crosse en ronce de noyer (l. 114 cm). Estimé 1 500 €, un fusil à piston à deux coups vers 1840 était quant à lui ferraillé jusqu’à 14 000 €. Il s’agit d’un modèle expérimental à mise à feu par capsules fulminantes, ayant appartenu à l’ancienne collection du général-comte de Lignières puis de son gendre Bertherand de Chanceray. Il fait partie des fusils de la collection exposés en 1900. Signées de Le Page à Paris, ses platines sont entièrement gravées de rinceaux et de scènes cynégétiques, les chiens courts sans tête à percussion interne étant également gravés, les canons à ruban bronzé chocolat étant signés à l’or en lettres gothiques. La monture est en noyer, les garnitures en fer gravées de rinceaux et d’animaux, comme la culasse (l. 121 cm). À 16 000 € l’estimation était doublée pour un luxueux fusil à silex à deux coup vers 1820 signé de Raynal à Bordeaux. Les canons en table poinçonnés de Leclerc à Saint-Étienne sont décorés de motifs floraux à l’or, les platines gravées de rinceaux et médaillons en or, les garnitures en argent moulé en ronde bosse de bouquets et palmettes et trophées de chasse sur le pontet, la monture en noyer étant sculptée d’une tête de cerf et d’écailles.

Mercredi 3 juin 2009, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés SVV. Mmes Houze, Petitot, M. Blondieau.
Sabre d’honneur
Aux armes, citoyens ! Les enchérisseurs répondaient à cette injonction en provoquant sur ce sabre d’honneur une enchère de 25 000 €. Il a été décerné par le premier consul Bonaparte au citoyen Louis Roch Plomion. Ce dernier s’était distingué par son héroïsme lors de la bataille de la Trebbia en juin 1799, dans laquelle il fut blessé par balle et fait prisonnier. Le brevet porte la date du 10 prairial an XI (30 mai 1803). Plomion a été un militaire exemplaire et a sans doute beaucoup utilisé cette arme, ce qui explique le changement de lame correspondant à ses évolutions de grade. Le briquet est le sabre de l’infanterie napoléonienne. Il se distingue par sa lame courte forgée d’une seule pièce et doit son appellation à la forme recourbée de sa garde, rappelant celle des briquets à amadou de l’époque. Notre officier comptera trente-deux années de service actif, et pas moins de 23 campagnes. Débutant comme simple soldat dans le 58e régiment d’infanterie le 11 novembre 1782, Louis Roch Plomion achèvera sa carrière avec le grade de commandant, sa dernière campagne étant celle de Saxe, en 1813.
Mercredi 13 mai 2009, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Thierry de Maigret SVV. M. Croissy.
Des souvenirs très historiques
La conquête a bien eu lieu ! À l’image des vaillants hussards bravant les conditions climatiques de l’hiver 1795 pour s’emparer de la flotte anglo-batave, les Napoléomanes faisaient fi de l’apathie économique pour mettre la main sur les nombreux souvenirs historiques réunis par la maison Osenat. Le butin de ce dimanche printanier ? 980 000 € de produit, pas moins de six préemptions. Ainsi le portrait attribué au baron Gros, du maréchal Berthier, prince de Neuchâtel et de Wagram en habit de cour de la maison de l’Empereur, rejoint-il, pour 45 000 €, les collections du château de Fontainebleau. Néanmoins, les souvenirs les plus prisés étaient ce jour-là ceux de la famille Lahure, un nom gravé dans la pierre de l’arc de Triomphe. Le sabre de récompense remis au citoyen Lahure (voir photo) dépassait amplement, à 95 000 €, toutes les prévisions, confirmant au passage l’indéfectible attachement des collectionneurs pour ces souvenirs guerriers... Chef de brigade commandant la 15e d’infanterie légère, Lahure avait stoppé, le 14 frimaire de l’an VII, une colonne napolitaine au passage de Rignano. Mais le plus grand fait d’armes de notre général demeure la mise aux fers de la flotte anglo-batave, prise dans les eaux gelées du Texel, en 1795. Le tableau de l’atelier de Louis Mozin, resté dans la descendance du baron, rétablit la vérité historique, un temps usurpée par le général Pichegru, auquel Mozin a attribué le rôle du héros de cette bataille mythique dans un tableau destiné à la galerie des Batailles du musée de Versailles. Notre réplique trouvait donc un amateur tout autant féru de peinture que de véracité, pour 22 000 €. Le portrait du baron de l’Empire sous le pinceau d’Henri-Joseph Boichard, d’après Mayer, était pour sa part bataillé bien au-delà de l’estimation haute (6 000 €) ; représentant le lieutenant général en grand uniforme, arborant l’ordre de la Légion d’honneur et celui de Léopold Ier, il était adjugé 18 000 €. Touchant au plus près la personne de l’Empereur - et c’est peu dire ! - la chemise à manches longues et poignées à manchettes, brodée de fils rouges du "N" sous la couronne impériale, faisait l’objet de toutes les convoitises. Elle était finalement décrochée à 35 000 €. Elle avait aussi un temps appartenu à Louis-Étienne de Saint Denis, dit le mamelouk Ali, second valet de l’Empereur, fidèle parmi les fidèles, qui suivit le caporal déchu jusqu’à Sainte-Hélène. On pourrait encore citer les 38 000 € obtenus par un sabre de général d’état-major d’époque Consulat-premier Empire, en laiton doré et ciselé, ou les 31 000 € d’une tabatière ovale en or jaune, décorée de panneaux émaillés bleu et or du maître orfèvre Joseph Blerzy. Le souvenir historique, décidément, ne connaît pas la crise !
Fontainebleau, dimanche 22 mars. Jean-Pierre Osenat Fontainebleau SVV. Mme Lamort, MM. Dey, Millet, Nicolas, Augarde, L’Herrou, Cabinet Dillée.
Collection Schilder
Les 82 lots vendus de la collection Marcel Schilder (1897-1960) - qui constitua dans la première moitié du XXe siècle un ensemble de référence - totalisaient 165 355 € frais compris. Quatre lots se détachaient plus particulièrement. Tout d’abord, le bijou de grand-croix de la Légion d’honneur reproduit, adjugé 32 500 € sur une estimation haute de 10 000 €. D’époque Restauration, il est du modèle dit "de Biennais", le buste d’Henri IV représenté au centre étant signé de Michaut. Les trois cuillères à café en vermeil armoriées provenant du service de Napoléon Ier faisaient plus que doubler, à 13 500 €, leur estimation. Rappelons que deux d’entre-elles sont de Pierre-Benoît Lorillon et la troisième, de Biennais. Le premier Empire n’était pas l’unique centre d’intérêt de Marcel Schilder, une aigle de drapeau en aluminium fondu, cuivré et doré (h. 25 cm) datant du second Empire ou de la IIIe République étant propulsée à 12 500 €. Il s’agit, d’après le modèle 1860 dit "de Marion", de celui du 17e régiment d’artillerie. Terminons avec les 18 500 € d’un mousqueton Treuille de Beaulieu 1854 dit des "Cent-Gardes" à garnitures en fer et laiton, accompagné de son sabre-lance à monture en laiton, la lame droite marquée de la manufacture impériale de Châtellerault, avril 1854.
Mercredi 11 mars 2009, salle 14 - Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre SVV. MM. Dey, Palthey.
Défilé d’honneur pour l’armée impériale
En 1809, après maintes batailles, Napoléon crée les Provinces illyriennes. Il peut ainsi empêcher les Autrichiens d’accéder à la mer, contrôler l’Adriatique et renforcer le blocus continental. Deux cents ans plus tard, lointain écho aux faits d’armes impériaux, c’est à un autre type de victoire que l’on a assisté. La vente de la collection de l’expert Christian Blondieau, escortée de lots appartenant à divers amateurs, totalisait 1 058 580 € frais compris. La bataille d’enchères la plus épique portait à 95 000 €, une estimation pratiquement décuplée, le shako d’officier d’artillerie reproduit. Ce prix s’explique principalement par le fait que tous les éléments sont d’origine et en très bon état, y compris la plaque, "1812". De plus, il possède encore son coffret de voyage en carton. Une chapka d’officier du 2e régiment de chevau-légers, dits «lanciers rouges», était propulsée à 50 000 €, au double de son estimation. Rappelons l’identité de son ancien propriétaire, le capitaine Pierre-Jules Soufflot. Juste avant, un shako de troupe de tirailleurs-grenadiers de la jeune garde (1810) arborant le pompon rond mi-blanc mi-rouge du 1er régiment était vaillamment poussé jusqu’à 26 000 €. Le fût est en feutre à chevrons de cuir, la plaque est à l’aigle, et la jugulaire à écailles et rosaces en tête de gorgone. Toujours pour la jeune garde, un habit de sous-officier de tirailleurs-grenadiers, la veste bleu foncé de type 1812, s’envolait à 35 000 €. Un portrait d’un officier supérieur des escadrons de chasseurs à cheval de la jeune garde vers 1813-1815, l’huile sur toile reproduite grimpait à 25 000 €. La jeune garde avait été créée en 1809 pour pallier les carences de la vieille garde qui, stationnée dans les places fortes des provinces occupées, ne pouvait suivre l’Empereur dans ses déplacement ni servir de réserve – sa principale fonction. Nés après la campagne de Russie, les quatre régiments des gardes d’honneur étaient brillamment représentés grâce aux 28 000 € d’un dolman de troupe de garde d’honneur en drap vert foncé à distinctives écarlates, les boutons grelots en étain. Pour l’artillerie à cheval, c’est un sabretache de troupe d’artillerie de la garde impériale - dont on ne connaît que cinq exemplaires - qui défiait les pronostics, empochant 26 000 €. Son plateau en cuir est recouvert de drap bleu brodé d’une aigle couronnée surmontant deux tubes de canon. Concernant les autres accessoires, signalons les 35 000 €, une estimation quintuplée, d’un ceinturon de grande tenue d’officier de dragons. La plaque est en laiton doré garni d’une grenade et d’un cadre à palmettes en métal argenté rapporté, les deux bélières en cuir vert brodé de feuilles de chêne en argent...
Mercredi 4 mars 2009, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés SVV. M. Blondieau.
Essai réussi
Ce pistolet, adjugé 4 500 €, est d’une grande sobriété. Il possède la particularité de présenter, sur son canon octogonal et légèrement tromblonné, l’inscription en deux parties et en lettres dorées "Pistolets - du tire". Elle indique qu’il s’agit sans doute là d’une arme d’essai, mise à disposition de ses clients par l’armurier. Les tirs étaient réalisés sur un terrain vague, rue de Laval à Paris, le magasin de Boutet se trouvant au 87, rue de Richelieu. Une fois le canon démonté, on peut remarquer sur la queue de culasse la mention "Modèle Gosset". Les armes à feu tiraient ici à bout portant. Ouvrons les hostilités avec les 8 500 € d’une paire de pistolets à silex de la fin du XVIIIe siècle aux platines signées des frères Rousset à Turin. Selon la tradition familiale, ces armes auraient été offertes par la Ville de Turin à Victor-Emmanuel Ier lors de son retour d’exil, en 1814. Le souverain les aurait ensuite cédés à Fabrizio Lippi, son aide de camp. Les canons bleuis, à pans puis ronds, sont gravés sur le premier registre de feuillages et de fleurs doré, les garnitures ciselées de fleurs et trophées étant en argent, le clou de calotte ayant été orné du visage d’un dieu antique, les pièces de pouce en or aux armes de la maison de Savoie. Les frères Rousset, originaires de Saint-Étienne, ont travaillé à Turin entre 1774 et 1790. Une autre paire de pistolets à silex était disponible moyennant 7 500 €. Réalisés vers 1690-1720 par l’un des plus grands arquebusiers allemands de l’époque, Hermann Bongarde, ils sont gravés et ciselés d’angelots, rinceaux, masques et grotesques, les contre-platines en fer étant ajourées de trophées et de prisonniers, le clou de calotte orné d’un profil d’homme masqué, les canons – présentant deux pans latéraux au tonnerre puis ronds – ayant été également gravés.
Mercredi 4 février 2009, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Thierry de Maigret SVV. M. Croissy.
Sainte-Anne
La couronne impériale russe qui surplombe cette croix de deuxième classe fait toute la différence. Cette dernière se traduisait sonnant et trébuchant par une enchère de 76 000 €, établie bien loin des 25 000 € de l’estimation haute. Si l’ordre impérial de Sainte-Anne a été largement attribué, les croix avec couronne impériale n’ont été en usage qu’entre 1828 et 1874. Elles étaient la marque d’une faveur impériale particulière. La nôtre a été faite à Saint-Pétersbourg en 1865 par la maison Julius Keibel, fournisseur officiel du chapitre des ordres impériaux entre 1862 et 1882. Elle possède en outre sa cravate complète et se range dans son écrin en maroquin rouge frappé de la légende en russe "Insigne de l’ordre de ST Anne 2e classe avec couronne impériale". L’ordre de Sainte-Anne est un ordre de chevalerie du duché de Holstein-Gottorp créé le 14 février 1735 par le duc Charles Frédéric de Holstein-Gottorp en l’honneur de son épouse, Anna Petrovna, fille du tsar Pierre le Grand. Paul Ier, le fils de Catherine II - princesse de la famille Holstein-Gottorp - a incorporé au début de son règne, en 1797, l’ordre de Sainte-Anne aux ordres russes. Cet ordre est décerné pour récompenser les mérites tant civils que militaires. Il est avant-dernier dans la hiérarchie des ordres russes, ce qui n’affecte en aucun cas la cote des bijoux de cet ordre !
Mardi 9 décembre 2008, salle 8 - Drouot-Richelieu.
Piasa SVV. M. Palthey.
Sabre de valeur pour officier de valeur
Estimé au plus haut 40 000 €, ce sabre était poussé jusqu’à 83 000 €, achat d’un collectionneur français. Il a été offert par la ville de Solingen, située dans l’actuelle Rhénanie du Nord-Westphalie, au général d’Hautpoul. Nous sommes en 1798 et notre homme sert alors l’armée de Mayence. Il a établi son quartier général à Elberfeld, près de Solingen, et son droit de réquisitionnement lui donne la possibilité de réaliser toutes les opérations de ravitaillement nécessaires à l’alimentation de ses hommes et des animaux. Il va user de ce droit avec une telle prudence et un tel ménagement que les habitants de la région lui font fabriquer ce sabre en remerciement de sa générosité. Cette arme, sobre par la conception de sa monture, est davantage destinée au combat qu’à l’apparat. Rappelons que la ville de Solingen est réputée pour ses lames depuis le Moyen Âge. Les symboles qui ornent notre sabre, notamment le lion, symbole de puissance, sagesse et justice, soulignent les qualités de son dédicataire. Hautpoul est toutefois suspendu de ses fonctions suite à une charge manquée durant la bataille de Stockach, mais, vite acquitté, il reprend ses activités dans l’armée du Rhin. Le 24 juillet 1801, le Premier consul lui-même le nomme inspecteur général de la cavalerie. Lorsque Bonaparte - devenu Napoléon - réorganise en 1805 la grande armée, Hautpoul est propulsé à la tête de la 2e division de cuirassiers. À Austerlitz, il enfonce le centre russe par une charge de cavalerie sur le plateau de Pratzen. Le 8 février 1806, il reçoit de l’Empereur le Grand Cordon, le Grand Aigle de la Légion d’honneur et, le 18 mars, il est nommé sénateur. On le retrouve ensuite à Iéna et à Hoff. Sa carrière prend fin à la bataille d’Eylau le 6 février de l’année suivante où, durant sa troisième charge, il reçoit un biscaïen à la cuisse droite. Six jours plus tard, refusant d’être amputé, il décède au château de Worienen. Napoléon ordonne qu’une partie du bronze des canons pris à Eylau soit utilisé pour fondre la statue du général d’Hautpoul, qui était sur le point d’être nommé maréchal de France.
Mercredi 5 novembre 2008, Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV. M. Bruel.
Hommage à Fabergé et à la Pologne
La dispersion du mobilier de la villa Meleniewski à Hyères remportait un franc succès : 95 % des lots étaient en effet vendus, au double des estimations hautes. Issue de la plus haute noblesse polonaise, cette famille est originaire de Podolie, région du sud-ouest de l’Ukraine conquise par l’Empire russe, en 1793. Avec son épouse, née comtesse Rzewuska, Félix Meleniewski achète à la fin du XIXe siècle une ravissante villa à Hyères, dont une partie de l’ameublement provient du château familial de Naraewska en Ukraine. À tout seigneur, tout honneur, la maison Fabergé se taillait la part du roi, enregistrant les enchères les plus fortes, à l’image de notre icône de voyage. Elle porte le poinçon de Karl-Gustave Armfelt (1873-1959), chef d’atelier de la prestigieuse maison Fabergé. Espérée autour de 12 000 €, elle attirait la convoitise des amateurs, emportée au quintuple des estimations par un amateur étranger. Orfèvre génial, Peter-Carl Fabergé est resté attaché à la cour de Nicolas II ; ses fils étendront leur renommée à l’Europe entière, leurs objets d’un goût exquis séduisant une clientèle raffinée. Développant leur entreprise tout en variant la production, ils créent une orfèvrerie allant de prestigieux bijoux aux bibelots, tel un ravissant cadre porte-photos. Cerclé d’une guirlande de demi-perles, il talonnait notre icône de voyage à 47 000 €. Signé du maître orfèvre Michael Perchine (1860-1903), il est réalisé en bowénite, une belle variété de serpentine ; d’un vert laiteux, cette pierre dure provient des massifs de l’Oural. Perfection du travail, effets de couleur, de formes et de matières distinguent encore un superbe coupe-papier. Également façonné en bowénite, il trouvait amateur à 12 000 €, au-dessus des estimations. Il est aussi attribué au talentueux maître orfèvre Michael Perchine, dirigeant l’atelier Fabergé de Saint-Pétersbourg, entre 1886 et 1903.
Toulon, samedi 18 octobre 2008. Hôtel des ventes de Toulon SVV.
Mes Maunier-Noudel-Deniau, M. Boulay.
Par saint Vladimir !
Nouveau record français pour les ordres russes avec les 100 000 € décrochés sur une estimation haute de 65 000 par cet ensemble de première classe de Saint-Vladimir, composé d’une croix et d’une plaque. Cet ordre honorifique a été créé en 1782 par Catherine II en l’honneur de Vladimir le Grand (958-1015). Il est décerné à titre militaire ou civil. La plaque porte les initiales du prince et, en russe, les mots "utilité, honneur et gloire". Cet ordre est depuis peu habitué aux résultats soutenus. Le 19 décembre dernier, chez Eve à Drouot, une croix en alliage d’or et émail, accompagnée de son ruban, fusait à 82 000 €. Le lendemain chez Tajan, une croix de troisième classe civile en or et émail (Saint-Pétersbourg, 1867) atteignait 22 000 €. Sous l’émail figure une aigle bicéphale et l’inscription "IK.2". Chez Tajan toujours, le 16 décembre 2005, 14 000 € s’affichaient sur une plaquette de l’ordre de Saint-Vladimir en argent, or et émaux, dépourvue de poinçons. Le 13 mars 2006 chez Olivier Coutau-Bégarie, 8 500 € s’inscrivaient sur une plaque à titre civil en argent d’époque Nicolas II (1868-1918) aux poinçons de Saint-Pétersbourg et de l’orfèvre Keibel.
Mercredi 14 mai 2008, salle 13 - Drouot-Richelieu.
Lombrail - Teucquam SVV. M. Gorokhoff.
Impériale !

Cette journée de mercredi était marquée du sceau impérial napoléonien, la bibliothèque de Dominique de Villepin étant dispersée à Drouot, et une aigle de drapeau remportant à l’hôtel Marcel-Dassault la victoire en récoltant 92 000 €. Le fait qu’il lui manque son numéro de régiment, sans doute le 9e, à en juger par la position des deux trous de fixation sur le caisson, n’entamait en rien l’ardeur des enchérisseurs, son estimation n’excédant pas 75 000 €. Il s’agit d’une aigle du premier modèle, celui de 1804, le mieux exécuté. En effet, le second modèle, de 1810-1811, est plus léger – le nôtre pèse près de 2 kg – et pour le troisième modèle, dit des Cent-Jours, ses exemplaires fabriqués dans l’urgence sont d’une facture moins soignée. Adoptant l’emblème de la Rome impériale, l’aigle de Jupiter, le décret du 10 juillet 1804 stipule que les sceaux et les armes de l’Empire sont "d’azur à l’aigle antique d’or, empiétant un foudre du même". L’aigle modèle 1804, destinée à surmonter la hampe du drapeau de régiment, a été dessinée par Antoine-Denis Chaudet (1763-1810). Elle a fait ses premières armes le 5 décembre 1804, lors de la cérémonie militaire organisée sur le Champ-de-Mars pour la distribution des aigles - entendez les drapeaux - aux régiments en remplacement des étendards républicains.

Mercredi 19 mars 2008, hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV. M. Bruel.

Cuirasse chinoise 
Du côté de la vaste Asie, dès que l’on évoque les armures, on pense aux compositions complexes de celles du Japon dont le graphisme a séduit de nombreux artistes, au premier rang desquels figure Arman. Celles fabriquées en Chine sont moins connues, mais pas moins intéressantes. L’exemplaire reproduit était adjugé 25 000 €. Voici un peu moins d’un an, le 14 avril, une armure chinoise de général était vendue 25 500 € à Dijon (Vrégille Bizoüard ventes aux enchères SVV). Elle était plus richement ornée que celle vendue à Drouot. Ce modèle d’armure chinoise remonte à l’époque Yuan (1271-1368). Cette dynastie d’origine mongole s’est notamment militairement imposée grâce à sa cavalerie, aussi puissante que véloce. Pour ce faire, les cavaliers étaient vêtus d’armures souples mais en tissu, faiblement caparaçonnée de métal. À l’opposé, les cavaliers song et leur monture étaient lourdement équipés. Ce type d’armure chinoise se compose en partie basse d’une jupe. Le casque en acier doré peut être surmonté de drapeaux indiquant l’appartenance à un régiment particulier.

Mercredi 20 février 2008, salle 14.
Fraysse & Associés SVV.

Par Pirmet à Paris
La tradition familiale voudrait que ce sabre ait été offert par le général Junot à un dignitaire portugais à l’occasion d’un voyage dans ce pays. L’adjudication obtenue, 51 000 € sur une estimation haute de 40 000, récompense autant cette possible provenance que le luxe de ce sabre de présent de la manufacture d’armes Pirmet à Paris. Le nom du fabricant figure en lettres d’or sur le fourreau, dont la garniture en laiton repoussé et doré figure un guerrier grec, Neptune, une tête de femme à l’égyptienne et un trophée. L’arme est tout aussi soignée, les plaquettes de fusées en nacre étant incrustées d’or. Quant à la lame, elle est gravée au tiers à l’eau-forte de trophées, lances et soleil, son talon étant encore partiellement doré. La maison Pirmet fournissait aussi bien Jérôme, roi de Westphalie que le duc d’Angoulême et, à partir de 1816, les menus plaisirs du roi. La tradition de qualité de la maison Pirmet va se maintenir tout au long du XIXe siècle, comme en témoignent les récompenses obtenues dans les expositions aussi bien nationales qu’internationales et universelles.

Mardi 19 février 2008, salle 16.
Tajan SVV. M. Louot.

Les souvenirs du maréchal
Les souvenirs de Sylvain Charles (1773-1846), comte Valée et maréchal de France, totalisaient en neuf lots pas moins de 423 912 € frais compris. Le sommet était atteint à 190 000 € par cette luxueuse paire de pistolets d’apparat, véritables chef-d’oeuvre de la fin du XVIIIe siècle dont les garnitures finement ciselées sont en or. De l’art de faire la guerre... Le bâton de maréchal de France du comte, de modèle Louis-Philippe, montait à 70 000 €. Seulement neuf bâtons de maréchal de France ont été décernés durant la monarchie de Juillet. Le nôtre (l. 50 cm) se compose d’un tube en tôle de laiton recouvert de velours bleu passé et semé de 56 étoiles à cinq branches en vermeil (2,4 cm de diamètre). Les extrémités sont garnies de deux calottes en forme de bague en or (1819-1838), la calotte ornée d’un coq aux ailes déployées, la bague avec en relief la devise "terror belli decus pacis", l’autre bague étant gravée du nom du maréchal. Sa paire d’épaulettes dorées d’époque Louis-Philippe montait à 13 000 €. À 30 000 €, retrouvons une arme à feu, mais d’usage courant celle-ci. Il s’agit d’un tromblon de mamelouk de la garde impériale à canon trombonné à la bouche frappé "G1810". La platine est celle du modèle carabine de cavalerie 1793, poinçonnée M et marqué "Mre Imple de Versailles". Les garnitures sont en laiton découpé, la crosse en noyer. Seulement 73 tromblons auraient été fabriqués, dont 25 en 1810 et 48 en 1806. Il s’agit de la seule arme de ce type qui soit réglementaire.

Vendredi 14 décembre 2007, salle 5.
Millon & Associés SVV. M. Dey.

Sabre en main
L’estimation haute de ce sabre de récompense nationale était légèrement dépassée à 153 000 €. Ce modèle, créé au moment des journées du 18 brumaire, est considéré comme l’un des plus réussis de la manufacture de Versailles. Il se distingue notamment par son pommeau terminé par une tête de lion tenant dans sa gueule un plateau en forme d’écu, sommant, soutenu par des ailes, la branche. L’écu est lui-même orné d’une torche et de fleurons ajourés sur fond d’acier bleui. La lame en damas, en partie bleuie et dorée, est gravée à l’eau-forte de trophées et de feuillages. Bonaparte a attribué ce type de sabre à l’occasion de ces journées - qui marquent la fin du Directoire et le début du Consulat -, et a ensuite de nouveau fait réaliser des exemplaires pour les armes d’honneur des officiers supérieurs et des généraux. Bien qu’il ne soit pas signé, notre sabre a été exécuté par le célèbre Nicolas-Noël Boutet. Sa signature n’est pas systématiquement apposée sur toutes ses créations, le sabre du même modèle attribué pour le 18 brumaire au général Macdonald n’étant par exemple pas signé. Il se distingue de notre exemplaire par une garde à la Marengo à chaînette.

Vendredi 16 novembre 2007, salle 6.
Thierry de Maigret SVV. M. Croissy.

Les lots à pedigree font recette !
Pas moins de 2 258 391 € frais compris étaient récoltés pour cette vente proposant un programme classique. Quatre enchères à six chiffres étaient enregistrées au cours de l’après-midi. La première, 310 000 €, brillait sur le tranchant de la lame du luxueux glaive d’apparat reproduit, estimé au plus haut 200 000. Il a été attribué à Philippe-Antoine Merlin dit Merlin de Douai, homme politique et jurisconsulte, élu directeur du Directoire en 1797 en remplacement de Lazare Carnot, destitué au cours des journées de fructidor, en septembre 1797. Seulement six glaives de ce type - armes d’apparat réalisées pour les hauts dignitaires - sont répertoriés. Restons dans les lots à pedigree avec les 200 000 €, estimation basse respectée, d’une commode à ressaut d’époque Transition livrée le 29 septembre 1770 pour la cabinet de Marie-Antoinette, alors dauphine, au château de Fontainebleau. Livrée en paire par Joubert, elle a sans doute été exécutée avec sa jumelle par Roger Vandercruse dit Lacroix. Ouvrant à trois tiroirs, dont deux sans traverse, elle est marquetée de losanges centrés d’un quartefeuille piqué d’ébène, la ceinture simulant un treillis. Coiffée d’un marbre brèche violette (129 x 60 cm), elle est ornée de bronzes dorés, ses chutes d’angles à l’antique se retrouvant sur plusieurs autres commodes de RVLC livrées par Joubert, dont celles à Versailles pour la comtesse de Provence en 1772 et pour mademoiselle Du Barry en 1772. Estimée au plus haut 50 000 €, la paire de bas-reliefs en terre cuite en médaillon (42 x 32 cm) de Louis-Simon Boizot à sujets allégoriques du printemps et de l’été était poussée jusqu’à 135 000 €. Le 4 décembre 1956 à la galerie Charpentier chez Ader, elle obtenait 310 000 F (5 720 € en valeur réactualisée). Restons dans la sculpture avec les 44 000 € d’une statue en marbre de la Vénus Médicis (h. 159 cm), copie d’après l’antique de l’école française vers 1700. À 125 000 €, l’estimation était pulvérisée pour une boîte en or, travail du XVIIIe siècle probablement anglais. Pour l’archéologie, notons les 36 000 €, une estimation encore largement dépassée, d’une tête de taureau romaine du IIe siècle en marbre blanc (h. 24 cm).

Mercredi 14 novembre 2007, salle 1. Binoche SVV,
Renaud - Giquello & Associés SVV.

L’Empire des souvenirs
Il n’y a que deux puissances au monde, le sabre et l’esprit", avait coutume de dire Napoléon... Ce dimanche, l’Empereur aurait été heureux de compter pour troisième pouvoir la force du sentiment familial. Le fameux sabre porté par le premier consul à la bataille de Marengo, en juin 1800, offert cinq ans après à son plus jeune frère, Jérôme, restera dans la descendance... Un acheteur apparenté à la famille en a décidé ainsi, pour la coquette somme de 4 200 000 €. Ce dimanche, en effet, rien ne semblait pouvoir freiner l’ardeur des acheteurs, ni les élections, ni le beau ciel bleu d’Ile-de-France ou la quiétude de la forêt bellifontaine. Aucune abstention n’était à noter du côté des admirateurs de la cause napoléonienne. Il faut dire que ce millésime avait de quoi satisfaire les plus exigeants : la vente dispersait notamment des souvenirs appartenant à la famille impériale. La salle, bondée, s’était déjà frottée aux enchères en matinée avec la dispersion de manuscrits. Saluons d’ailleurs les 19 500 € prononcés sur les sept pages et demi rédigées par le comte de Montholon, relatant l’arrivée de Napoléon sur l’île de Sainte-Hélène. Ah, Sainte-Hélène, prison dorée où l’Empereur en personne édifiait sa légende ! La canne en dent de narval l’ayant accompagné lors de cette retraite forcée faisait également l’objet d’une sacrée bataille : estimée autour de 13 000 €, elle était emportée au téléphone à 81 000, devant une salle enthousiaste, consciente de vivre un moment historique ! Mais une autre belle surprise concernait la fameuse image ingresque de l’Empereur en tenue de sacre, ce tableau-ci provenant de l’ancienne collection du prince Louis Napoléon Bonaparte. Lancées à 20 000 €, les enchères atteignaient en quelques minutes 78 000 €, Jean-Claude Osenat ayant au préalable précisé qu’il s’agissait d’un hommage à la Société des frères d’armes de l’empire français établie à Gand. Cette toile de 1845, signée "Vanden Bossche", ira rejoindre une collection américaine. Les amateurs, un brin stupéfaits, voyaient encore s’égrener des enchères à cinq chiffres. 51 000 € pour le nécessaire de toilette de Pauline réalisé par le grand Biennais, 22 500 € pour les deux verres en cristal au chiffre du roi Jérôme, ou encore 60 000 € les deux portraits de l’empereur Napoléon III et de l’impératrice Eugénie, dus à l’atelier de Franz-Xaver Winterhalter, provenant de la retraite anglaise d’Eugénie, Farnborough Hill. Les originaux étant perdus, on aurait pu ici espérer mieux. Le musée de Compiègne, lui, ne laissait pas passer le ravissant portrait au pastel de la princesse Mathilde par Giraud, préempté à 55 000 € ; il rejoindra ainsi un autre portait de la princesse par l’artiste, déjà dans les collections du musée.

Fontainebleau, dimanche 10 juin 2007.
Jean-Pierre Osenat Fontainebleau SVV.

A vos armes !
L’épopée napoléonienne permettait à cette vente d’amasser un butin qui s’élevait à 764 362 € frais compris. Un enchérisseur russe poussait jusqu’à 75 000 € le sabre reproduit, qui décroche ainsi un record mondial pour un sabre d’honneur d’officier d’infanterie. Celui-ci a été décerné le 30 mai 1803 par Bonaparte, alors Premier consul, à l’adjudant Joseph Barnoin afin de le récompenser pour le courage et le sang-froid dont il avait fait preuve lors de la difficile victoire remportée à Marengo sur les Autrichiens, le 14 juin 1800. En août de la même année, il avait été promu sergent-major, sa désignation comme adjudant sous-officier intervenant le 27 septembre 1802. Entre 1799 et 1802, il aurait été distribué deux cent soixante-cinq armes d’honneur, dont soixante-cinq sabres, pour l’ensemble des trente et un régiments d’infanterie légère, quatre étant attribués à des adjudants sous-officiers. Notre sabre, réalisé à Versailles dans les ateliers de Boutet, est accompagné du brevet d’honneur signé de Bonaparte, du secrétaire d’État Hugues Maret et du ministre de la Guerre, le général Berthier, et de trois documents.
Lundi 4 décembre 2006. Salle 11.
Piasa SVV. MM. Bodin, Missillier, Palthey.

Présent impérial russe...

Ces deux jours de vente remportaient un vif succès, concrétisé par un produit d’1 149 479 € frais compris. Les honneurs revenaient à trois puissances qui se sont souvent opposées, la Russie, l’Allemagne et la France. Débutons avec l’empire russe, dont les souvenirs étaient souvent acquis bien au-delà de leurs estimations, comme l’illustrent les 52 000 € réalisés sur une estimation de 3 000 par la schaschka reproduite. L’inscription en cyrillique gravée sur l’arme, partiellement traduite à l’expert, donne la clef de cette envolée. En effet, si la dédicace incrustée sur la lame, "2e bataillon, 18e brigade d’artillerie, 1er mai 1912", avait bien été retranscrite à Bernard Croissy, on avait cependant omis de lui préciser le contenu des inscriptions gravées sur la garde : à savoir que cette arme est un cadeau impérial offert à titre privé à un officier par le tsar Nicolas II, pour le récompenser soit d’un acte de bravoure, soit de sa victoire lors d’un combat d’escrime. Le marché international a valeureusement ferraillé contre des acheteurs russes, qui sortaient victorieux. L’arme battait à plate couture une schaschka d’honneur d’officier, modèle 1909 de l’ordre de Sainte-Anne et Saint-Georges du début du XXe siècle, pourtant enlevée à 20 000 € au décuple de son estimation. La calotte est au chiffre de Nicolas II, tout comme une face de la lame, l’autre face montrant les grandes armes impériales russes. Il fallait quintupler l’estimation, à 15 000 €, pour repartir avec un sabre d’honneur de cavalerie de la seconde moitié du XIXe siècle dont la calotte est incrustée de la croix de Sainte-Anne émaillée. Les coiffes russes bénéficiaient du même engouement, la mitre d’officier du 4e bataillon des grenadiers de la garde impériale du régiment Pavlovski du début du XXe siècle culminant à 37 000 €. Un casque d’officier des chevaliers-gardes de l’impératrice Feodorovna, modèle 1878 de la fin du XIXe-début du XXe siècle, montait à 24 000 €. Il est surmonté de l’aigle bicéphale russe en métal argenté et aurait appartenu au prince Kara-georgevitch, frère du roi Pierre Ier de Serbie. Selon Bernard Croissy, la raison du succès des pièces russes tient à l’ancienneté de leur provenance, gage de leur authenticité. De nombreux faux circulent en effet sur le marché.

Jeudi 12 et vendredi 13 octobre 2006. Salle 9.
Thierry de Maigret SVV. M. Croissy.

Collection André Sagne

La collection de véhicules militaires et d’automobiles d’André Sagne récoltait 2 262 990 €. Les véhicules militaires ont été les plus disputés des amateurs, pulvérisant pour certains leurs estimations à l’exemple de ce modèle, toujours en état de fonctionnement, évalué autour de 12 000 €. À retenir encore les 105 000 € enregistrés sur un Kettenkrad, NSU HK 101, l’un des engins militaires les plus singuliers de la Seconde Guerre mondiale. L’avant du véhicule était doté d’une fourche et d’une roue de motocyclette, l’arrière, monté sur des chenilles. Parmi les enchères dépassant 25 000 €, retenons les 35 000 € déboursés en faveur d'un tracteur chenille Steyr. Utilisé par la Wehrmacht, l'engin était aussi appelé "mule du front de l'Est".

La Réole, samedi 30 septembre et dimanche 1er octobre 2006. Artcurial-Briest-Poulain-Le Fur-F. Tajan SVV.

Vent d’Est

Les décorations militaires russes attiraient un public d’amateurs qui n’hésitait pas à enchérir bien au-delà des estimations. C’était notamment le cas pour l’insigne d’officier du 12e dragons Starodoubski en argent reproduit. À partir d’une estimation haute de 5 000 €, il se retrouvait propulsé à 23 500 €. De même, il fallait prévoir 13 200 € pour décrocher un insigne d’officier de train blindé en argent et émail marqué 1914-1918. Un insigne d’officier des cosaques du Don en argent, créé le 18 février 1912, était combattu jusqu’à 13 000 €. Créé le 7 décembre 1911, un insigne d’officier du L. G. Volynski en bronze, argent et émail s’envolait à 12 000 € sur une estimation haute de 2 000. En argent, or et émail, un insigne du 1er corps de cadets de Sibérie (6 mai 1913) fabriqué par la maison Edouard, récoltait pour sa part 10 500 €. Pour les ordres, deux résultats sont à noter. Tout d’abord les 14 500 € de l’ensemble de 1re classe à titre civil de l’ordre de Saint-Stanislas, une fabrication de Keibel comprenant une plaque en vermeil et une croix en or. Produite par la même maison, une plaque en argent et émail de 2e classe de l’ordre du noble Boukhara (1881-1917) culminait à 11 000 €. Les acheteurs russes poussent depuis quelque temps à la hausse les décorations militaires de leur pays. Le 11 juillet dernier à Drouot (Libert SVV) un bijou de grand-croix de chevalier de 1re classe, division civile pour un chrétien de l’ordre de Sainte-Anne, montait à 24 000 €à partir d’une estimation de 3 000. Encore était-il en or et émail, et pas simplement en argent comme l’insigne vendu cette semaine !

Mardi 26 septembre 2006. Salle 12.
Lombrail – Teucquam SVV. M. Gorokhoff.

Un fusil de maréchal

Cette arme de chasse à pedigree tirait une enchère à 18 000 €. Elle a appartenu à un maréchal d’Empire, Bon Adrien Jannot de Moncey, également duc de Conegliano. Elle figurait le 24 avril 1959 à Drouot dans une vente où elle réalisait 420 000 F (5 943 € en valeur réactualisée, étude Ader). Elle était présentée dans un catalogue où étaient répertoriés d’autres souvenirs du maréchal Moncey. La meilleure enchère, 650 000 F (9 200 € en valeur réactualisée) se portait sur 2 pistolets fabriqués vers 1805-1810 par Freconnet & Roule à Saint-Étienne, une acquisition du musée de l’Armée. Notre fusil de chasse réapparaissait quant à lui à Drouot le 4 novembre 1977, crédité d’une enchère de 50 000 F (24 626 € en valeur réactualisée, étude Couturier). Le catalogue le donnait alors comme une fabrication française vers 1790-1800. Le canon supérieur porte l’inscription sur fond doré «Canons à rubans» et une grenade enflammée, symbole de la gendarmerie. Bon de Moncey, notamment remarqué durant la campagne d’Espagne en 1795 et celle d’Italie à Marengo en 1800, est nommé premier inspecteur général de la gendarmerie le 3 décembre 1801. Il est nommé maréchal d’Empire en 1804. Ses qualités humaines comme ses qualités militaires lui permettent d’être maintenu par Louis XVIII dans ses fonctions d’inspecteur général de la gendarmerie. Le fusil de chasse adjugé est d’une très haute qualité d’exécution, le fût et la crosse en noyer étant notamment sculptés en relief de décors rocaille mêlant des fleurs et des trophées militaires ainsi que des filigranes d’argent sur la partie supérieure de la joue. La pièce de pouce ovale en argent porte les initiales B.M. pour Bon Moncey.

Vendredi 3 mars 2006. Salle 10.
Olivier Coutau-Bégarie SVV. M. Louot.
Ordre impérial
Les Amis de la Légion d’honneur ont acheté par téléphone ce précieux projet de décoration qui présente une qualité de broderie tout à fait exceptionnelle. Sous l’aigle centrale brodée en relief, est placé en exergue un rameau de feuilles de laurier en fils d’argent ; la devise Honneur et Patrie est inscrite sur le pourtour et l’ensemble ceint d’une couronne de feuilles de chêne et de laurier nouée en fils d’argent, lamé doré et paillettes vertes. Estimée entre 40.000 et 45.000 euros, elle a été la pièce phare de cette vente, qui se déroulait dans l’hôtel de ville d’Ajaccio, ville natale de Bonaparte. Elle a attiré une foule dense composée aussi bien d’amateurs, de fins connaisseurs, que de collectionneurs férus d’histoire.
Ajaccio, 24 avril 2005
Jean-Pierre Osenat Fontainebleau. MM. Châteignier et Dey avec le concours du cercle France-Napoléon.
Un sabre vainqueur
C’est dans un grenier orléanais qu’a été découvert par maître Xavier Binoche ce trésor de guerre. Soumis au feu des enchères, ce sabre décrochait 155.000 € sur une estimation haute de 100.000 €, achat d’un collectionneur. Selon l’expert Bernard Croissy, cela fait une cinquantaine d’années qu’un sabre entièrement authentique de cette qualité n’est pas passé sur le marché. Cette arme d’officier subalterne de grenadier à cheval de la garde des consuls peut être considérée comme le plus beau sabre réglementaire de la grosse cavalerie française. Il a appartenu au lieutenant Jean Frédéric de Burgaff (1778-1855), qui a servi dans ce corps de 1800 à 1813, avec ce grade jusqu’en 1804, puis avec celui de capitaine après le sacre de Napoléon. Cette arme sort des ateliers de la fameuse manufacture de Klingenthal. Son score se rapproche des 200.000 € obtenus en mars 2002 à Fontainebleau par le sabre de type Quilidj de Mourad Bay (1750-1801), principal chef militaire des mamelouks lors de la campagne d’Égypte de 1798.
Mercredi 20 avril 2005.
Salle 2. Delorme, Collin du Bocage SVV, Binoche, de Maresous SVV. M. Croissy.
Une glorieuse épopée
Victoire totale et sans compromis pour les 100 % des lots du quatrième volet, le plus riche, de la collection d’un passionné de l’épopée napoléonienne. Avec un total de 1.244.757 euros frais compris, les nombreuses envolées partaient d’un public aussi bien français qu’international, mis en appétit par cet ensemble qui avait le mérite d’être inconnu, chose rare dans le cercle bien informé des amateurs de cette période. La meilleure enchère, 68.000 euros, récompensait au triple de son estimation les faits d’armes d’un sabre d’époque Directoire dit des "400 braves". Les sabres de cette famille ont été attribués par le ministre de la Guerre aux soldats commandés par le général Junot lors du combat de Nazareth du 18 germinal an VII (8 avril 1799). Les 24 numéros présentés dans la section des coiffures représentaient une victoire d’un autre ordre puisqu’ils totalisaient 322.000 euros, sans doute un record en la matière. Les honneurs revenaient à 53.000 euros à un casque d’officier de cuirassiers du premier Empire.
Vendredi 12 mars 2004
Paris, de Maigret, M. Croissy
Les shako ont la cote !
Un feu nourri d’enchère attendait en ouverture de vente la troisième partie de la collection de monsieur X, dont l’essentiel sera présenté en vente le 12 mars prochain à Drouot. Les coiffures s’envolaient bien au delà de leurs estimations. La palme revenait à 8.200 euros à un shako d’officier d’infanterie légère ou de la 3e légion de la garde nationale modèle 1812 du Ie Empire. Le pompon en laine rouge et blanc est celui du 2e régiment. Un shako d’officier du 5e régiment d’infanterie légère ou de chasseur à cheval 1812 avec galon d’argent, cocarde tricolore avec passementerie dorée et bouton d’argent estampé d’un cor de chasse et du chiffre "5" remportait quant à lui 8.000 euros.
Mercredi 14 janvier 2004
Paris, Maigret. M. Croissy.
 
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp