La Gazette Drouot
Best of des enchères - Meuble (Best of 2012)
Best of des enchères  
Meuble 2012
 
 
 

90 000 € frais compris. Adolphe Chanaux (1887-1965), d’après un dessin attribué à André Groult (1884-1967), guéridon en placage d’ébène à plateau basculant gainé de galuchat, les pieds terminés par des boules d’ivoire, vers 1915-1920,
h. 78, diam. 42 cm.

 
Collection Doucet

Les manques au placage signalés ne nuisaient en rien au succès de ce petit guéridon, adjugé 72 000 € sur une estimation haute de 30 000. Réalisé par Adolphe Chanaux d’après un dessin attribué à André Groult, il affiche en outre l’un des pedigrees les plus flatteurs de la période art déco, celui de la collection Jacques Doucet. Le vendeur l’avait acquis 5 800 € (environ 5 200 € en valeur réactualisée) à l’occasion de la mythique vente du 8 novembre 1972 à Drouot intitulée "Ancienne collection Jacques Doucet provenant du studio Saint-James à Neuilly", qui allait lancer la vogue de l’art déco sur la scène des enchères. On a davantage l’habitude de voir le nom d’Adolphe Chanaux côtoyer celui de Jean-Michel Frank, avec qui il s’était associé. Pourtant, cet ébéniste décorateur commence sa carrière en travaillant dans les ateliers d’André Groult. Il va en 1922 prendre son indépendance, en reprenant l’atelier de la rue de Montauban du créateur. Dès 1913, il redécouvre les techniques du galuchat et jouera des contrastes de couleurs des matières précieuses, appris auprès de Groult.

Vendredi 21 décembre 2012, salle 10 – Drouot Richelieu.
Gros & Delettrez SVV. M. Lescop de Moÿ.

 

75 000 € frais compris.
Attribué à Georges Jacob (1739-1814), fauteuil de bureau, acajou et bois sculpté et doré, vers 1795.

 
Attribué à Georges Jacob

Ce fauteuil de bureau a tout pour séduire les amateurs du néoclassicisme le plus pur. Ses lions ailés monopodes et son dossier à bandeau et croisillons sont directement inspirés de l’Antiquité. Mieux encore, son modèle est tiré d’un dessin attribué à l’agence de Percier et Fontaine, des projets de sièges pour la maison Jacob datant sans doute d’avant 1795, reproduits dans l’ouvrage de Denise Ledoux-Lebard sur les Ébénistes du XIXe siècle. Notre fauteuil porte d’ailleurs une estampille, "rue Meslée", l’adresse des ateliers des Jacob. En outre, le château de la Malmaison conserve un fauteuil identique, à dossier à grille plutôt qu’à croisillons, attribué à Georges Jacob. Il est reproduit dans le livre de Jean-Pierre Samoyault consacré au Mobilier français Consulat et Empire. Autant d’éléments qui justifient le résultat enregistré, 60 000 € obtenus sur une estimation haute six fois moindre. Ajoutons que le Mobilier national conserve un fauteuil de même type estampillé d’un autre grand nom de la menuiserie, Jean-Baptiste-Claude Sené (1748-1803). Georges Jacob saura toujours être à la pointe de l’avant-garde, réalisant notamment les sièges "genre étrusque" livrés en 1787 pour la laiterie de Marie-Antoinette, à Rambouillet, d’après des dessins d’Hubert Robert. On retrouve sur ces derniers les croisillons de notre fauteuil.

Vendredi 21 décembre 2012, salle 10 – Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez SVV. M. Lescop de Moÿ.

 

129 900 € frais compris. Roger Vandercruse, dit Lacroix (1727-1799), époque Louis XVI, commode demi-lune en marqueterie de bois de rose, bois de violette et amarante ouvrant par trois tiroirs en ceinture, deux tiroirs sans traverse et deux vantaux latéraux, ornementation de bronze doré, dessus de marbre blanc mouluré, 87,2 x 145,2 x 59,5 cm.

 
Une estampille, des marques des hypothèses

Cette commode de Roger Vandercruse, adjugée 100 000 €, possède d’évidentes qualités. Néanmoins, l’une de ses premières singularités est de présenter sur son ressaut central marqueté une rare scène à l’antique. Pour rencontrer une oeuvre comparable, il faut par exemple se rendre outre-Manche, au manoir de Waddesdon, pour y admirer le fastueux bureau à cylindre de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, exécuté par Riesener ou Leleu. Certaines de ses marqueteries sont réalisées d’après des vues de Panini gravées par Pierre François Tardieu. Deux autres commodes royales peuvent être rapprochées de notre exemplaire, toutes les deux livrées en 1769. La première, de Gilles Joubert, est conservée au musée Paul Getty, la seconde étant celle de la chambre de Madame Victoire, au château de Compiègne, et présentant des bronzes comparables à ceux de notre commode. Un examen plus approfondi de notre meuble révèle deux marques au fer chaud identiques, un "C" couronné, un numéro d’inventaire, hélas effacé, et une étiquette marquée "Krongrut". Les deux premières, non référencées, ressemblent aux marques royales françaises. À ce jour, deux commodes du garde-meuble de la Couronne portant cette lettre au fer chaud sont répertoriées, identifiables grâce à leur numéro d’inventaire. Notre marque peut également être rapprochée de celle du château d’Eu appliquée sur le mobilier ayant appartenu à Louis-Philippe. Troisième hypothèse formulée par la notice du catalogue : elle pourrait, par analogie, avoir un lien avec le fer et la marque des meubles inventoriés au château de Compiègne. L’idée est étayée par le fait que RVLC a livré autour des années 1770 des meubles à à cette adresse, par l’intermédiaire de son confrère Joubert. Reste le cas de l’étiquette : "Krongrut" est une référence allemande désignant toutes les propriétés utilisées par le roi et la reine après chaque accession au trône. Elles faisaient l’objet d’un inventaire tous les cinq ans. Notre commode pourrait ainsi avoir compté, au XIXe siècle, parmi les collections royales de Wurtemberg. Ce qui demeure certain, c’est qu’elle a appartenu à la collection Sichel, dont la dispersion a nécessité trois vacations successives, la première ayant eu lieu en 1886. De cette provenance, le musée des Arts décoratifs à Paris conserve un chiffonnier estampillé de Riesener imitant un secrétaire, dont le tiroir supérieur porte le chiffre des Biron. Il a également appartenu aux collections Demidoff au palais de San Donato, à Florence.

Mercredi 12 décembre, salle 13 - Drouot-Richelieu
Europ Auction SVV. M. Burgi.

 

298 800 € frais compris.
Carlo Mollino (1905-1973), chaise "Strozzi", 1948, noyer ciré.
Record français pour le créateur.

 
Mollino, Perriand, Prouvé, Arad…

Répartis dans deux catalogues, les arts décoratifs du XXe siècle récoltaient 2,4 M€. L’Italie dominait les débats grâce aux 240 000 € obtenus par la chaise de Carlo Mollino. Elle décroche un record français pour le créateur et pointe à la quatrième place de son palmarès mondial (source : Artnet). Appelé "Strozzi", ce modèle a été réalisé en 1948 pour la Galleria Nuova à Florence en vue d’une exposition commanditée par l’architecte Giovanni Michelucci. Seulement deux exemplaires de la chaise ont été réalisés, l’un avec un dossier étroit, l’autre avec un dossier large, celui vendu. Les vedettes françaises de l’après-guerre, Charlotte Perriand et Jean Prouvé, prenaient ensuite l’avantage. Débutons en compagnie de la première, qui récoltait 133 000 €, une estimation dépassée, avec un bahut dit "en forme" ou "Japon" de 1958 réalisé par André Chetaille pour la galerie Steph Simon. Il est en okoumé, ouvre par deux portes coulissantes en aluminium laqué à prises verticales en okoumé, les deux montant du piétement étant en bois teinté noir (l. 228 cm). Pour Prouvé, à 28 000 €, l’estimation était doublée pour un exemplaire du fauteuil de conférence n° 355 (1954) en tôle d’acier pliée laquée noir, les manchettes en bois, l’assise et le dossier étant recouverts de simili-cuir. Puis direction Chandigarh pour deux lots concernant les sièges type "pied pont" (1955-1956) du Corbusier et Pierre Jeanneret, provenant de la haute cour ou de l’Assemblée. Un canapé était bataillé jusqu’à 27 000 € et une paire de fauteuils à hauteur de 35 000 €. Ils sont en teck et peau. Notons au passage les 32 000 € d’une gouache du Corbusier de 1951, Main ouverte (29 x 23 cm). Il s’agit bien entendu de la sculpture devenue le symbole de la ville de Chandigarh. Juste avant, une épreuve en bronze (h. 50 cm) vers 1960 de ce monument suscitait 20 000 €. Une touche de design contemporain, ensuite. Ron Arad recueillait 50 000 € avec l’un des 20 exemplaires en acier polimiroir édités par One Off de sa console en applique Fly on the Wall, 1994 (l. 240 cm). À 36 000 €, l’estimation était dépassée pour une armoire-cabinet Le Nôtre de Garouste et Bonetti de 1990 éditée par Néotu. En chêne, elle ouvre par deux portes garnies de plaques rectangulaires en bronze à patine verte, centrées d’un motif en bronze doré à quartefeuille.

Mardi 20 novembre, Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV. M. Marcilhac.

 

72 880 € frais compris. Jean Prouvé (1901-1984),
fabrication Ateliers Jean Prouvé, vers 1951-1952, bahut modèle "151",
plateaux plaqués de chêne, tôle pliée laquée rouge, aluminium en pointes de diamant, les prises en chêne, 100 x 200 x 45 cm.

 
Prouvé, Chiparus, Daum...

Ce programme dédié aux arts décoratifs du XXe siècle recueillait 973 136 € frais compris. Pas moins de vingt-trois enchères à cinq chiffres étaient prononcées. Les deux plus élevées revenaient à l’invité vedette de la vacation, figure du design historique, Jean Prouvé. À 58 000 €, l’estimation était quintuplée pour le bahut reproduit, fabriqué par les ateliers Jean Prouvé vers 1951-1952. Il est répertorié dans le catalogue raisonné établi par Peter Sulzer sous le numéro 1145.3, avec l’indication "bahut tout alu laqué". À 56 000 €, l’estimation était quadruplée pour une table de salle à manger "Flavigny" vers 1941, elle aussi sortie des ateliers Jean Prouvé. Son plateau en chêne recouvert d’aluminium repose sur un piétement, en tôle pliée, dont l’entretoise en double "Y" est en tube d’acier soudé (183 x 83,5 cm). Citons encore les 19 000 € d’une applique murale de Prouvé vers 1950, cette dernière étant en métal tubulaire laqué noir à long (l. 205 cm) bras de lumière orientable. Côté sculpture, un résultat se détachait, les 31 000 € d’une épreuve chryséléphantine de l’Ayouta, vers 1925 de Demeter Chiparus, en bronze à patine vert et argenté rehaussée de dorure et d’émaux rouges et bleus, la base étant à gradins en onyx marron. Le verre art nouveau brillait avec les 27 000 €, une estimation quadruplée, obtenus sur un vase de Daum vers 1900 en verre triple couche à décor dégagé à l’acide de tulipes roses et leurs feuilles vertes, les fleurs et feuillage étant repris à la meule sur un fond finement martelé givré opaque (h. 21 cm). Il est de forme conique sur talon plat circulaire, son col ourlé à décor de volutes étant encadré par deux cabochons roses en application, le tout repris à la meule.

Mercredi 14 novembre 2012, salle 5-6 –
Drouot-Richelieu.  Aguttes SVV. M. Plaisance.

 

84 126 € frais compris.
Époque Louis XV, estampillé de Charles Topino (vers 1742-1803) et André-Louis Gilbert (1746-1809), bonheur-du-jour toutes faces en placage d’acajou
et bois de rose marqueté de merisier et bois teinté vert, 107,5 x 68 x 46 cm.

 
Marqueterie Topino

La double estampille portée sur ce bonheur-du-jour d’époque Louis XV lui permettait d’enregistrer 67 000 €. L’une d’elles, la plus connue, est révélée par le décor marqueté d’objets mobiliers formant la signature stylistique de Charles Topino. Ils ornent le dos du meuble, sa tablette d’entrejambe ainsi que les volets des trois casiers, dévoilés par l’abattant brisé. L’autre ébéniste associé à Topino, André-Louis Gilbert, est moins renommé. Le premier est reçu maître en 1773 et le second, l’année suivante. On sait peu de chose de leur collaboration, si ce n’est qu’ils partageaient la même éminente clientèle. Les formes du règne du Bien-Aimé persisteront sous celui de Louis XVI. La marqueterie de fleurons à quartefeuilles dans des réserves du rideau à lamelles du gradin et des côtés est, pour sa part, parfaitement néoclassique. Sa rigueur est contrebalancée par les tableaux marquetés de Topino.

Lundi 29 octobre 2012, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Massol SVV.

 

75 000 € frais compris. Jean-Michel Frank (1895-1941) et fabrication Comte (Buenos Aires), bureau rectangulaire en fer battu patiné noire, cuir vert, laiton, porte le numéro 6841, estampilléà la française, vers 1937-1938, 76 x 115 x 50 cm.

Bureau franco-argentin

Evénement de la semaine, cette vente se déroulait dans la villa de Noailles, icône de l’art déco devenue un centre d’art en 2003. Rassemblant une centaine de meubles et d’objets d’art signés des plus importants designers du XXe siècle, elle était très suivie par des musées, le négoce international et des collectionneurs enthousiastes. Jean-Michel Frank, un des principaux décorateurs de la première moitié du siècle dernier, s’est taillé la part souveraine. Prônant les lignes droites, les formes géométriques, il évite tout motif décoratif superflu. S’associant en 1929 avec Adolphe Chanaux, Jean-Michel Frank, inclassable, éclectique et génial, crée un mobilier qui atteint la beauté par des volumes simples et équilibrés. Réalisant des meubles originaux et de grande qualité, il aime travailler le parchemin, le bronze, la marqueterie de paille ainsi que des matières plus précieuses encore comme la paille vernie. Ami de Dalí, de Giacometti, Jean-Michel Frank est très prisé d’une clientèle internationale aisée, dont Nelson Rockefeller, et Eugenia Errázuriz, une Chilienne qui lui aurait inspiré son style minimaliste. Fuyant la guerre et le nazisme, il renoue en mars 1940 avec l’Amérique du Sud et s’installe en Argentine. Mettant alors fin à sa collaboration avec Chanaux, Frank développe des contacts qu’il avait établis dès 1932 avec la société Comte SA ; elle comprend quatre associés dont Ignacio Pirovano, parent de Mme  Errázuriz. Elle produit les créations de l’artiste à l’instar de notre superbe bureau, fabriqué vers 1937-1938. Provenant de la maison d’Alejandro Bustillo, architecte argentin, il a fait l’objet d’une joute d’enchères fougueuse. D’un fini impeccable et dépourvu d’ornements, notre bureau d’une très grande fonctionnalité parvient à un accord subtil entre rapports de tons et équilibre des formes. Acquis au-dessus de la fourchette haute des estimations dans la maison des Noailles, il rend un bel hommage aux premiers mécènes de l’art déco.

Hyères, jeudi 25 octobre 2012.
Leclere - Maison de ventes SVV. M. Roche.

 

82 800 € frais compris.
Jean Prouvé (1901-1984),
table modèle"Tropique" en tôle pliée et contreplaquée (repeinte),
1959, 190 x 90 x 73 cm.

 
Festival Jean Prouvé

Nancy fête cette année Jean Prouvé. D’abord ferronnier d’art, puis architecte et designer, il fait l’objet de quatre expositions jusqu’au 28 octobre. Ayant grandi dans l’atmosphère de l’école de Nancy, Prouvé applique à son oeuvre les idées progressistes de son parrain, Émile Gallé : un goût de l’expérimentation, une maîtrise des matériaux et le besoin d’une créativité collective. Jean Prouvé, passionné de mécanique et mordu d’aviation, travaille particulièrement la tôle pliée, emboutie et soudée. Proches des sculptures cubistes, ces oeuvres se distinguent par un jeu de pleins et de déliés : le fameux"trait Prouvé". Construisant un"meuble comme une maison", il acquiert vite une réputation internationale. Une suite de six chaises dites"Standard" (voir n° 34, page 151), présentée avec la facture des établissements Studal datée de 1959, était d’abord débattue jusqu’à 23 500 €, achetée par un amateur français. Elles étaient largement devancées par notre table ; vendue aussi avec l’étiquette Studal, elle provenait d’un ancien collaborateur de Prouvé. Espérée autour de 15 000 €, elle appartient au concept de la maison"Tropicale" actuellement présentée dans le jardin du musée des beaux-arts. Destinée aux températures de l’Afrique occidentale, elle se compose de légers panneaux fixes et coulissants en acier et en aluminium. Fonctionnaliste et industrielle, elle affirme une puissante ligne moderniste. Avec autant de légèreté, Jean Prouvé dessine le mobilier intérieur. Affichant une silhouette bien architecturée, notre table part embellir la demeure d’un acheteur français, au quintuple des estimations.

Nancy, samedi 6 octobre 2012.
Anticthermal SVV.

 

2 857 800 € frais compris. André-Charles Boulle (1642-1732), paire de cabinets bas à décor de marqueterie de cuivre,
d’étain et d’écaille de tortue, époque Louis XIV, 102 x 76,5 x 39 cm.

 
Cabinets de collectionneur

Cette paire de cabinets récoltait une enchère à la hauteur de sa magnificence. Adjugée 2,2 M€, elle outrepassait même son estimation. Entre autres qualités, elle possède l’avantage d’offrir un décor en partie et contrepartie. Le grand André-Charles Boulle est à l’origine de ces meubles, dont une paire de modèle similaire est conservée au Louvre. Il s’agit de cabinets transformés en meubles à hauteur d’appui. S’ils sont également l’œuvre de Boulle, ces derniers portent l’estampille d’Étienne Levasseur, qui les a restaurés à la fin du XVIIIe siècle. Les collectionneurs appréciaient déjà au plus haut point les créations de l’ébéniste du Roi-Soleil. La paire du musée a appartenu à Charles-Joseph Lenoir du Breuil et fut saisie à la Révolution chez ce grand amateur après qu’il eut émigré. Elle a été surélevée par l’addition, en partie basse, d’une plinthe dont la marqueterie n’est pas rehaussée de gravures. Dans le premier tome de l’ouvrage sur le mobilier du Louvre édité chez Faron, il est précisé que le vantail «est marqueté, thème rare en marqueterie Boulle, d’un vase de fleurs reposant sur un socle orné d’un lambrequin, offrant ces style et le même caractère naturaliste que les vases de fleurs des meubles en marqueterie de bois de couleur». On retrouve ces vases sur nos meubles, le catalogue de la vente émettant l’hypothèse que cette paire ait pu être commandée en suite de celle du Louvre. Elle affiche en effet le même pedigree, celui de la collection Lenoir du Breuil. Elle était conservée dans le château de Château-Renard, en Sologne, et a figuré jusqu’en 1959 dans une collection aristocratique. Autre différence par rapport au modèle du Louvre, le médaillon en bronze doré affichant le profil de Louis XIV est ici remplacé dans un cas par une médaille représentant le cardinal Mazarin (1602-1661), d’après Jean Warin, et dans l’autre par une seconde figurant Marie Madeleine d’Autriche (1589-1631), épouse de Cosme II de Médicis, d’après Guillaume Dupré. Plusieurs suppositions ont été émises quant aux dates de modification des cabinets lorsqu’ils reçurent de nouveaux profils : prérévolutionnaire, si la paire a appartenu à la duchesse de Mazarin, qui aurait fait ajouter le profil de son illustre parent sur l’un, le pendant ayant pu être modifié après la Révolution avec une médaille de mêmes dimensions. Une autre piste plaide pour un changement plus tardif des deux cabinets. Chef-d’œuvre de marqueterie, ces meubles sont également d’une conception structurelle ingénieuse. Le vantail dévoile quatre tiroirs mais les côtés, qui en simulent quatre autres, sont en réalité des vantaux en dévoilant quatre chacun. La présence de ces douze tiroirs pourrait indiquer que nos meubles étaient des médaillers. Pièces de collectionneur pour amateur averti !

Mercredi 26 septembre 2012, salle 5-6 – Drouot-Richelieu.
Europ Auction SVV. M. Bürgi.

 

12 240 € frais compris.
Meuble de campagne à transformations, acajou, 101 x 61 x 45 cm.

 
Mobilier bien policé

Des ébénistes tels Riesener, Roentgen, Rübestuck, Saunier, oeben ou Canabas créent au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle d’ingénieux meubles mécaniques, dits aussi meubles machinés. C’est par exemple la fameuse table à la Tronchin, oeuvre de Louis Dufour, destinée au médecin de Genève qui lui donna son nom. Reprise et perfectionnée, elle permet, en position élevée, de dessiner et d’écrire debout. Les astucieuses tables "à la Bourgogne" rivalisent de concert avec de curieux bureaux en capucin ainsi que des bureaux à culbute. Notre meuble, également pourvu de mécanismes habiles, était attendu autour de 6 000 €. Présentant d’élégantes lignes droites, il allie bien-être et agrément, pratique et confort. D’un fini impeccable, il s’adapte aux besoins du voyage joignant l’utile à l’agréable. Au bas, deux vantaux dissimulent une commode ; elle comporte trois tiroirs et quatre petits tiroirs servant de rangement. Provenant d’une succession régionale, il aurait appartenu au comte Joseph Fouché (1759-1820), également duc d’Otrante. Fils d’un capitaine de navire nantais, il entame une carrière politique après avoir été élu député à la Convention. Ambassadeur à Milan, puis à La Haye, il devient surtout, en juillet 1799, ministre de la Police générale qu’il transforme en une administration d’une efficacité remarquable. Redoutable, il fait l’admiration de Stefan Zweig, son plus célèbre biographe : "Il faut profondément sonder l’histoire pour remarquer dans la lumière légendaire de Napoléon, la simple présence de cet homme d’apparence modeste, mais qui, en réalité met la main à tout et dirige l’époque". Avec de tels atouts, notre meuble ne pouvait qu’aiguiser la convoitise des amateurs. Bataillé ferme entre divers enchérisseurs, il doublait les estimations pour enorgueillir la demeure d’un particulier français. Prêt pour la partie de campagne...

Dieppe, dimanche 16 septembre 2012.
Giffard SVV.

 

65 030 € frais compris. Jean Pascaud (1903-1996), années 1940, buffet enfilade en placage de palissandre et parchemin, poignées et sabots en bronze doré, intérieur en placage de bois clair, 95 x 211 x 50 cm.

Palissandre et parchemin

Deux résultats concernaient Jean Pascaud, ensemblier qui exposa au Salon des artistes décorateurs à partir de 1931. Pour ses meubles aux lignes étirées, il privilégie les bois précieux, tels l'ébène de Macassar ou le sycomore qu'il rehausse parfois, comme ici, de parchemin. Comme beaucoup de décorateurs ensembliers, Jean Pascaud a participé au décor de paquebots et a notamment aménagé une des suites de luxe du Normandie. Lors de cette vacation, un buffet enfilade des années 1940 montait à 51 000 € (voir photo), prenant la troisième place du palmarès mondial du créateur (source : Artnet). 20 000 € s’affichaient en outre sur un secrétaire également en placage de palissandre, la façade gainée de parchemin. Celui-ci ouvre par un tiroir, un abattant et quatre tiroirs dans la partie inférieure (l. 75 cm). Estimé quelques centaines d’euros, un flacon de parfum Daky vers 1920 était poussé jusqu’à 9 000 €. De fabrication française, il est en verre pressé-moulé.

Mardi 10 juillet 2012, Salle 9 - Drouot-Richelieu.
Lafon Castandet - Maison de Ventes SVV.

 

147 890 € frais compris. Mathieu Bauve (ou Debauve), reçu maître en 1754, paire de bergères en hêtre sculpté et doré, commandée par le marquis de Voyer pour le grand salon de l’hôtel de Voyer d’Argenson. Préemptée par les Archives nationales.

Pedigrees et grand goût classique

Ce riche programme classique recueillait 5 650 000 € frais compris. Plus de la moitié du total était redevable à un buste en marbre d’Edme Bouchardon représentant le marquis du Gouvernet. Il était préempté à 3 M€ par le musée du Louvre (voir ci-dessous). D’autre belles enchères étaient marquées. Au chapitre des préemptions, signalons celle réalisée à 118 000 € par les Archives nationales sur la paire de bergères estampillées de Bauve reproduite. Elles constituent un jalon dans l’élaboration du style Louis XVI dans l’art du siège, ayant été commandées vers 1766-1768 par Marc-René de Voyer de Paulmy d’Argenson pour le grand salon de son hôtel particulier parisien, appelé "hôtel de Voyer" ou "chancellerie d’Orléans". Elles ont été réalisées d’après les dessins et sous la supervision de l’architecte Charles de Wailly (1730-1793). L’hôtel de Voyer, plusieurs fois remanié, offrait de fastueux décors, dont certains ont été sauvés lors de sa démolition en 1923. Ils attendent depuis leur remontage dans un entrepôt d’Asnières. La paire de vases d’époque Louis XVI en porcelaine à décor de craquelures imitant les céladons de la Chine et montée de bronzes dorés restait, à 185 000 €, sous son estimation. Rappelons qu’elle affiche les pedigrees des collections Jules Strauss, Jacques Doucet et Erich de Goldschmidt-Rothschild, et qu’une série de vases au même décor – dont une paire – est conservée au musée Nissim de Camondo. La dernière enchère à six chiffres, 100 000 €, concerne une paire de défenses d’éléphant (110 kg au total - l. 275 cm) acquises dans les années 1960 en Centrafrique et montées sur des socles en bois et laiton. Sèvres était honoré de 86 000 € grâce à une paire de plats (diam. 44 cm) vers 1760 provenant du service en pâte tendre du marquis de Laborde. Un bouquet de fleurs pour l’un et de fruits pour l’autre ornent leur centre, les ailes à décor de rinceaux dorés à fond or encadrant des bouquets polychromes.

Lundi 11 juin 2012, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Aguttes SVV. M. L’Herrou, cabinets Dillée, Turquin.

 

445 200 € frais compris. Eckart Muthesius (1904-1989), console étagère murale, montants plaqués d’alpaca à tranche peinte en rouge, dalles de verre, vers 1930, console : 75,7 x 200 x 30, étagère : 28,5 x 200 x 30 cm.

L’esprit d’avant-garde

Cette vente consacrée aux arts décoratifs du XXe siècle, principalement ceux de l’entre-deux-guerres, totalisait 2 272 467 € frais compris. Affrontaient à nouveau la scène des enchères 29 pièces des collections du château de Gourdon restées invendues dans la vente événement de mars 2011. Les meilleures enchères revenaient au courant moderniste. Les créations d’Eckart Muthesius pour Manik Bagh, le palais indien qu’il a imaginé pour le maharadjah d’Indore, étaient particulièrement appréciées. La console étagère reproduite recueillait 370 000 €. Elle meublait la bibliothèque de la demeure. La même sobriété était à l’oeuvre pour une paire d’appliques de Muthesius, également en alpaca poli, cédée 260 000 €. Ce modèle éclairait le bureau du maharadjah meublé par Jacques-Émile Ruhlmann. D’esprit mécanique, elles sont constituées d’un épais disque ouvert, abritant la source lumineuse, tenu par deux bras rectilignes attachés à la platine murale rectangulaire (h. 31 - p. 51 cm). Leur exécution revient à Max Kruger. La troisième enchère à six chiffres de la vente, 240 000 €, concernait la suspension Aéroplane d’Eileen Gray, vers 1930. Elle a fait l’objet d’une demande de prêt de Beaubourg pour une exposition consacrée à la créatrice entre février et mai 2013. Son système lumineux à deux néons est inséré entre deux plaques horizontales en verre opalin (43 x 37 et 43 x 33 cm), l’inférieure blanche, la supérieure bleue, retenues par une structure métallique (h. 20 cm). Le biplan de verre donne son appellation planante à ce luminaire, dont cinq exemplaires sont répertoriés. À sa suite, un meuble de rangement de la créatrice vers 1930, réalisé pour son propre usage, suscitait 70 000 €. Il est en bois peint gris perle (114 x 107,5 x 30,5 cm) et équipé de deux niches ouvrant par quatre vantaux, trois tiroirs pivotants plaqués de tôle d’aluminium emboutie, métal que l’on retrouve sur trois petits tiroirs en suite.

Mardi 12 juin 2012, Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV. M. Marcilhac.

 

286 500 € frais compris. Charlotte Perriand (1903-1999), bibliothèque Plots, 1959, tôle d’aluminium laquée noir, latté plaqué noyer, édition Steph Simon, exemplaire commandé par Serge Mouille, 144 x 300 x 34 cm.

Modernist House

Le mobilier garnissant une villa participait grandement au total de 2 889 630 € frais compris obtenu par une vente de design. Le catalogue ne précisait pas l’adresse de la maison, mais ses grands volumes nets et blancs, ses larges baies vitrées ouvertes sur l’extérieur et ses garde-corps, de type bastingage de paquebot, répondent en tout point aux préceptes des architectes modernes de l’entre-deux-guerres. Les honneurs revenaient à 230 000 €, une estimation largement dépassée, à la bibliothèque personnelle de Serge Mouille, commandée chez Steph Simon en 1959. Elle est bien entendu signée de Charlotte Perriand. Une bibliothèque suspendue du même modèle, composée d’un seul niveau, aux plots et portes laqués vert, montait à 32 000 €. Mouille récoltait pour sa part 120 000 € avec le prototype du lampadaire Signal, de 1961, lui ayant appartenu. Il est en acier laqué noir strié de fentes laissant sourdre la lumière d’un tube fluo bleuté. Jean Prouvé était lui aussi célébré, tout d’abord avec les 48 000 € d’une étagère suspendue sur crémaillère, un modèle imaginé en 1928. Les montants à crémaillère et les équerres sont en tôle d’acier pliée laquée noir, les tablettes étant en chêne. Elle a été livrée en 1945 pour les établissements Daum. Un autre exemplaire de cette étagère, légèrement plus petit, se négociait 30 000 €. Cette enchère se répétait sur une porte de type "Meudon" (1951) en tôle d’aluminium percée de six hublots en verre. Elle a appartenu à un ancien collaborateur de Prouvé. Lorsque l’on parle d’architecture moderniste, Le Corbusier n’est jamais très loin, 25 000 € étant obtenus par deux fois sur un tabouret Unité d’habitation, 1953 en aggloméré recouvert de chêne peint gris et rouge, les six faces percées de prises rectangulaires. Ils proviennent du bureau du comité ou de la salle de réunion de l’unité d’habitation de Rezé-lès-Nantes.

Mardi 15 mai 2012, Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV.

 

4 460 € frais compris. Pierre Patout (1879-1965) et les frères Dorian, bibliothèque en bois et piétement tubulaire noir, 200 x 300 x 57 cm.

Patout fait un tabac !

130 060 € frais compris pour un ensemble mobilier de bibliothèque municipale ! En 1946, la ville de Tours demande à l’architecte Pierre Patout de construire une bibliothèque, l’ancien édifice ayant été incendié en juin 1940. Six ans plus tard, il pose la première pierre d’une oeuvre au style épuré, affichant d’harmonieuses formes géométriques. Aidé des frères Dorian, Patout conçoit aussi l’aménagement intérieur. La bibliothèque, classée en 1996 à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques, nécessite aujourd’hui une réhabilitation complète, réalisée en plusieurs tranches de travaux. Dans ce chambardement, le mobilier n’aura plus toute sa place d’où la vente aux enchères. La centaine de lots, disputée entre la salle et plusieurs lignes de téléphone, a créé "le marché du Patout, figure majeure de la période art déco", selon Henri-Pierre Teissèdre. Le style sobre, moderniste et géométrique de Patout plaît à une clientèle aisée, éprise de formes élégantes et de pureté de lignes. Pour la baronne de Lambertie, il construit un hôtel particulier rue de Longchamp à Paris, pour son confrère Ruhlmann, une maison à Lyons-la-Forêt. Nommé architecte en chef de la reconstruction de la ville de Tours, il réalise une oeuvre résolument moderne, à l’instar de la bibliothèque. Avancées autour de 500 €, plusieurs tables étaient adjugées 3 700 € ; quant aux bibliothèques, espérées autour de 500 €, certaines quintuplaient les estimations, à l’image de notre modèle.

Tours, samedi 19 mai 2012.
Piasa SVV.

 

262 500 € frais compris.
Marc Newson (né en 1963), console alvéolée Voronoi, marbre de Carrare, exemplaire numéroté 1/8, 75 x 280 x 40 cm. Record français pour le designer.

Les Florilèges de l’Hôtel Salomon de Rothschild

Intitulé "Les Florilèges", le programme de ventes organisé par la SVV Cornette de Saint Cyr à l’Hôtel Salomon de Rothschild durant cinq jours totalisait près de 8,2 M€. L’art contemporain se réservait la part du lion avec 3 490 250 € frais compris enregistrés, suivi par le design, 956 313 € frais compris, les montres et bijoux, 726 688 € frais compris, les estampes, 595 800 € € frais compris, le street art, 566 625 € frais compris, et l’art moderne, 506 688 € frais compris, pour les totaux supérieurs à 500 000 €. Le plus haut prix, 210 000 €, revenait à la console de Marc Newson reproduite, qui marque ainsi un record français pour le designer. Il s’agit d’une édition limitée réalisée en 2007 pour la galerie Gagosian à New York, tout comme une Lathed Table (diam. 110 cm) en marbre adjugée 120 000 €. Pour le design, il faut aussi noter les 82 000 € d’un des cinq exemplaires de la Spectaculaire Table d’Ettore Sottsass en marbre brèche de Baerne reposant sur cinq pieds en acier et bois laqué noir (l. 269,5 cm). Il s’agit du troisième plus haut prix enregistré par le designer au niveau mondial. L’art contemporain était dominé par les 300 000 € d’un acrylique sur toile de Roman Opalka 1965/1-∞ Détail 5533044-5547368 (196 x 135 cm), 260 000 € revenant à un Dollar Sign de 1982 de Warhol en acrylique polymère et encre sérigraphique sur toile. La scène contemporaine française recueillait un record mondial pour Robert Combas avec les 106 000 € d’un acrylique sur toile de 1987, Les 4 peluches de l’avé Maria (200 x 243 cm). Le street art était couru, 74 % des lots trouvant preneur et un record mondial étant décroché par Seen avec les 92 000 € d’un aérosol sur toile monumental (220 x 500 cm) de 2009, Silver Surfer Destiny. La collection de montres d’Alain Delon remportait tous les suffrages en faisant plus que quadrupler, à 443 875 € frais compris, son total estimatif. Un acheteur chinois poussait par exemple à 55 000 € une Audemars Piguet Royal Oak en acier avec cadran ardoise et mouvement à remontage automatique.

Du dimanche 1er au jeudi 5 avril 2012, Hôtel Salomon de Rothschild. Cornette de Saint Cyr maison de ventes SVV. Mmes Daffos, Kevorkian, Tubiana, MM. Blazy, Bodin, Brunel, de Clouet, Estournel, Kobrine, Lhermitte, Segas, cabinet Chombert, Sternbach.

 

89 195 € frais compris.
Époque Régence, attribuée à Nicolas Sageot, armoire en placage d’écaille brune, ébène, cuivre, corne teintée et ivoire à fin décor à la manière de Boulle, riche ornementation de bronzes dorés, h. 245, l. 136 cm.

Collection Terrasson

Trois jours de ventes étaient nécessaires pour disperser les 723 lots de la collection de Jeanine Terrasson, courtière bordelaise en objets d’art ayant acquis une solide fortune. Souffrant de la maladie d’Alzheimer et en raison d’indélicatesses dont elle a été victime, la vieille dame a été placée sous tutelle, l’occasion d’une première vente qui totalisait 1 004 281 € frais compris le 10 juin 2010. Le succès était à nouveau au rendez-vous, 1 828 502 € frais compris étant cette fois totalisés, avec un sommet atteint à 78 000 € par l’armoire d’époque Régence attribuée à Nicolas Sageot reproduite. Un bureau plat d’époque Louis XV estampillé de Daniel de Loose montait à 36 500 €. Il est en placage de satiné et amarante souligné de riches bronzes dorés, l’entourage du plateau à moulure de cuivre étant à écoinçons coquille. La paire de fauteuils d’apparat attribuée à Schinkel illustrant l’encadré précité ne trouvait pas preneur. La céramique était l’une des spécialités reines de notre collectionneuse. La Chine brillait avec les 70 000 € d’une paire de terrines d’époque Qianlong (1736-1795) en forme d’oies à décor au naturel en polychromie, les plumes en rouge de fer et grisaille, le bec et les pattes jaune et gris. En 1763, la Compagnie néerlandaise des Indes avait commandé vingt-cinq terrines en forme d’oie pour le compte d’acheteurs privés européens. Estimée pas plus de 1 500 €, une paire de cervidés chinois couchés de la seconde moitié du XIXe siècle, décorées en brun et noir au naturel également (h. 26 cm), fusait à 24 000 €. Concernant la porcelaine européenne, 16 000 € revenaient à une paire de chamois allongés de Meissen vers 1745 à décor polychrome au naturel, reposant sur des socles en bronze doré rocaille ajouré (l. 17 cm). L’un d’eux porte les initiales de Konigliche Hof-Conditorei.

Lundi 26, mardi 27 et mercredi 28 mars 2012, salle 4 - Drouot-Richelieu. Pescheteau-Badin SVV. Mmes Fligny, Fouchet, Jactel, MM. Benelli, Froissart C., Godard-Desmarest, Lepic, L’Herrou, Millet, Mourier, Perras, cabinets Chombert - Sternbach, Serret - Portier.

 

327 600 € frais compris.
Jean-Michel Frank (1895-1941), années 1930, guéridon en bronze à patine brun doré, plateau de marbre gris, h. 62, diam. 35 cm.

Frank désiré

Star d’une tendance de l’art déco aussi élégante que minimaliste, Jean-Michel Frank se faisait remarquer avec un ensemble de ses créations qui, en six numéros, totalisait 539 910 € frais compris. Vendu au profit du Secours populaire français, il provient de la succession d’un couple engagé, Raymond et Isabelle Leibovici. Ce chirurgien a été durant la Seconde Guerre mondiale membre du mouvement de résistance communiste Front national, tandis que son épouse a appartenu au réseau Jean Jérôme et fut chargée des liaisons du comité directeur du Front national de lutte pour la libération de la France. En octobre 1938, le médecin avait soigné la jambe d’un collaborateur de Frank, un certain Alberto Giacometti, victime d’un accident sur la place des Pyramides. Estimé au plus haut 60 000 €, le petit guéridon reproduit fusait à 260 000 €, une console de Frank et Chanaux en chêne, à plateau de marbre Comblanchien montant à 85 000 €, 40 000 € étant nécessaires pour s’asseoir sur une suite de quatre chaises cannées en chêne portant également la double marque Frank-Chanaux. Une table d’appoint du seul Frank, toujours en chêne, atteignait pour sa part 32 000 €.

Mercredi 14 mars 2012, salle 1 – Drouot-Richelieu.
Millon & Associés SVV. Mme Marzet, M. Ract-Madoux.
 

90 930 € frais compris.
Attribuée à Georges Jacob
(1739-1814), époque Louis XVI, console en bois doré, dessus de marbre gris veiné blanc, 82 x 133 x 44 cm.

Un siècle bien dans ses meubles

Adjugée 70 000 € cette élégante console d’époque Louis XVI attribuée au grand Georges Jacob a été réalisée d’après un modèle de l’ornemaniste, sculpteur et fondeur (1725-1785) Jean-Louis Prieur. Collaborateur de Joseph Pérez et membre de l’académie de Saint-Luc à Paris, ce dernier est connu pour avoir dessiné en 1766 tout un ensemble de meubles, bronzes et boiseries sous la supervision de l’architecte Louis Victor à l’attention du nouveau roi de Pologne, Stanislas Auguste, pour son château de Varsovie... Les artisans appelés étaient le bronzier Philippe Caffieri, le menuisier Jadot et le sculpteur Honoré Guibert pour les boiseries et, pour les sièges, Louis Delanois et le sculpteur Denis Coulonjon. Signalons que Georges Jacob, reçu maître en 1765, a effectué son stage de compagnonnage chez Delanois. Prieur a également travaillé pour la couronne française, dessinant les bronzes du carrosse du couronnement de Louis XVI. Véritable précurseur du néoclassicisme, donnant le la en matière de goût, il fera néanmoins de mauvaises affaires le conduisant à la faillite en 1778. Juste avant cette console, un bureau à caisson d’époque Régence en bois noirci souligné de filets dorés et relevé d’une riche ornementation de bronzes dorés, dont des masques sur l’épaulement des pieds galbés et des Diane chasseresses sur les côtés (l. 162 cm), suscitait 55 000 €. Il ouvre par cinq tiroirs et en simule autant sur la face opposée, son plateau étant ceint d’une lingotière. Faisons un bref détour par le XXe siècle avec les 30 000 € d’un guéridon bas de Katsu Hamanaka vers 1939 en laque rouge bénigara, le plateau en laque coquille d’oeuf (diam. 50 cm). Son piétement cruciforme à trois ailettes repose sur une base légèrement débordante à petits patins en bronze doré.

Mercredi 7 mars 2012, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Europ Auction SVV. M. Bürgi.
 

130 834 € frais compris. Ron Arad (né en 1951),
bureau-comptoir réalisé pour l’opéra de Tel-Aviv, 1993, acier patiné ou laqué, fonte, bois et côte de maille souple, 104 x 227 x 108 cm.

Pour l'opéra de Tel-Aviv

Ce prototype de Ron Arad de 1993, que le designer utilisa finalement comme comptoir d’accueil dans son atelier de Londres, suscitait 105 000 €. Cette pièce unique réalise une jolie plus-value, ayant été payée 26 000 € le 27 mars 2006 à Drouot. Elle avait été initialement conçue pour le foyer du nouvel opéra de Tel-Aviv, dessiné par l’architecte Jacov Rechter et inauguré en 1995. Le designer en a livré un autre de plus grandes dimensions pour l’institution. Le bar du foyer adopte cependant les mêmes matières, la résille métallique notamment. L’aménagement intérieur de l’opéra, un projet de 1 200 m2 disposés sur quatre niveaux, a été conduit de 1989 à 1994 par Arad et l’une de ses associées, Alison Brooks. Il comprend un restaurant de 200 places, cinq bars, des guichets, une librairie, un amphithéâtre et une mezzanine. Ce chantier s’effectue parallèlement à l’installation d’Arad aux Chalk Farm Studios, lieu investi en 1991, lui aussi tout en courbes souples - la signature 90’s du designer. L’intérieur de l’opéra est lui-même dominé par les lignes sinueuses, les parements des comptoirs adoptant tous le tissu semi-transparent en fil d’acier inoxydable de notre bureau.

Mardi 6 et mercredi 7 mars 2012, Espace Tajan.
Tajan SVV. M. Wattel.

 

112 000 € frais compris.
Ron Arad (né en 1951), chaise longue dite Before Summer, bronze, 1992, numérotée 4/5 d’un tirage à 5 exemplaires et 3 épreuves d’artiste, 129,9 x 170 x 37,8 cm.

Ron Arad star du design

Cette chaise spectaculaire, provenant d’une collection privée anglaise, tenait toutes ses promesses. Avancée autour de 90 000 €, elle avait été acquise directement à Ron Arad, son auteur, figure incontournable du design contemporain. D’origine israélienne, il s’établit à Londres où il s’associe à Caroline Thorman. En 1981, il fonde un atelier le One Off que l’on peut traduire par la formule "unique en son genre". D’emblée, les créations originales et talentueuses rejettent les barrières entre les divers domaines artistiques. Ron Arad excelle rapidement dans la réalisation de meubles refusant le conformisme et le conventionnel. Grâce à la création de sièges inspirés des fauteuils d’une Rover, trouvés dans une casse de voitures, il acquiert une célébrité internationale. Expérimentation, transformation et manipulation deviennent ainsi les fers de lance d’un mobilier affichant un goût certain pour les courbes. Tel est le cas de notre chaise longue basculante, fabriquée en bronze ; ce matériau lui apporte lustre et chaleur, pareils à une éclatante journée ensoleillée. Créée en 1992, elle est détaillée en ces termes : "Une chaise en une seule ligne, s’élargissant au centre et fuselée aux extrémités. La base, à bascule, semble trop petite pour supporter ce mouvement de balancier. Mais elle est stable grâce à la lourde structure interne. Les bords fins contiennent de lourds “os” en acier qui lui donnent une stabilité et une flexibilité." Ferraillé ferme entre la salle et plusieurs téléphones, notre modèle était finalement acheté par un client français.

Marseille, samedi 28 janvier.
Leclere - Maison de ventes SVV.

 

233 820 € frais compris.
Roger Vandercruse, dit Lacroix (1728-1799), époque Louis XV, vers 1760, table à caviar en placage de bois de rose, bois de violette et amarante à motifs en bois de bout, ornementation de bronze doré, cuvette en bronze argenté, 80 x 49,5 x 46 cm.

Table à caviar

Les arts décoratifs classiques débutent l’année en bonne forme grâce au 1,06 M€ récolté par cette vente. Trois enchères à six chiffres résonnaient, la plus valeureuse, 180 000 €, revenant à un petit meuble d’époque Louis XV estampillé de Lacroix. La fonction de cette table créée vers 1760 et adjugée 180 000 €, a fait débat. Jardinière, rafraîchissoir ou destinée à un jeu non identifié ? Rien de tout cela… C’est plutôt vers la dégustation d’un met aussi rare que précieux qu’il faut se tourner : le caviar. On a toujours attaché à l’esturgeon une grande valeur, un édit d’Édouard II d’Angleterre (1284-1327) en faisant un poisson royal. Au siècle des Lumières, la Russie exportait pour des besoins de conservation une version pressée, de moins bonne qualité que le caviar frais… Est-ce pour cette raison que le jeune Louis XV en cracha une cuillerée offerte par l’ambassadeur de Russie de la part de Pierre le Grand ? Concernant le caviar frais, il ne faut pas oublier que les esturgeons ne batifolaient pas seulement aux confins de l’empire russe. En France, outre ceux pêchés en Gironde, une coutume voulait qu’à Arles, au XIVe siècle, le premier esturgeon de l’année soit porté à l’archevêché. Le héros de Rabelais, Pantagruel, se repaît lui-même de caviar et une autre grande figure de la littérature mondiale, don Quichotte, est également amateur de l’or noir gastronomique. Pour les objets d’art et d’ameublement, la palme revenait, à 150 000 €, à un cartel d’applique d’époque Régence attribué à Charles Cressent. Sommé d’un amour sur des nuées, il est en bronze ciselé et doré et repose sur une console ajourée à volutes au centre de laquelle se débat un coq, symbolisant le point du jour. Le cadran à plaques d’émail signé de Martinot à Paris est souligné d’un masque de femme flanqué de croisillons ajourés. Le mouvement sonne pour sa part les quarts. Le modèle de notre cartel peut être rapproché d’un exemplaire donné à Cressent, aujourd'hui conservé au musée du Louvre.

Mercredi 18 janvier, salle 5-6 – Drouot-Richelieu
Europ Auction SVV. M. Bürgi.
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp