La Gazette Drouot
Best of des enchères - Meuble (Best of 2006)
Best of des enchères  
Meuble 2006
 

Adnet au firmament !

Les arts décoratifs du XXe siècle déclinés dans leur version la plus sage, celle de l’art déco, empochaient 4 257 987 € frais compris. La meilleure enchère, 680 000 €, était enregistrée à dix-sept fois l’estimation haute par les tables gigognes de Jacques Adnet reproduites. Elles marquent un record pour le créateur. Ce résultat permet à Adnet d’accéder au panthéon des créateurs du siècle dernier, puisqu’il se rapproche ainsi du record recueilli à 800 000 € cette semaine chez Christie’s par Jean-Michel Frank, dont la cote est traditionnellement nettement plus soutenue que celle d’Adnet. La deuxième meilleure enchère de notre vente, 330 000 €, revenait à la pendule borne mystérieuse de Cartier offerte par Charles de Gaulle à la reine de Belgique. Retrouvons l’un des rois du XXe siècle, Paul Dupré-Lafon, avec les 185 000 €, soit une estimation dépassée, d’une table basse à plateau en chêne gainé de parchemin, reposant sur quatre montants trapézoïdaux plaqués d’ébène de Macassar surmontant des patins en métal laqué noir à sabot de bronze doré vissés. À 100 000 €, l’estimation était respectée pour les trois tables gigognes vers 1925 en laque et coquille d’oeuf de Gaston Suisse. Par Suisse toujours, une table basse en bois laqué à plateau carré à pans coupés, à décor géométrique incrusté de coquilles d’oeuf et filets or et brun, respectait à 60 000 € son estimation basse. Cette enchère se répétait au double de l’estimation sur une table à bridge d’Eugène Printz en noyer à deux plateaux, un carré à pans coupés et bords concaves, plaqué de cuivre jaune patine à l’acide à l’éponge, l’autre circulaire et réversible reposant sur le premier par l’intermédiaire de supports. Il est également plaqué de cuivre sur une face et de feutrine verte au revers. Un ensemble de sièges confortables de Jean-Michel Frank à façade en bois, vendus en trois lots, totalisait 170 000 €. Le modèle est à rapprocher des fauteuils qui meublaient le salon des Noailles dans leur hôtel particulier de la place des États-Unis.

Mercredi 29 novembre 2006. Espace Tajan.
Tajan SVV. MM. Ader, Wattel.

Legrain et les autres

Pas moins de 2 968 457 € frais compris étaient ici récoltés. Les deux vedettes de la vente, les tabourets de Pierre Legrain, voyaient leur destin se séparer, chacun étant vendu à un acquéreur différent. L’exemplaire reproduit montait à 470 000 €, son confrère le suivant de près à 450 000 €. Ils se distinguent par des différences de composition dans la plaque à décor émaillé d’inspiration néoplastique ornant le piètement, peut-être de la main de Théo Van Doesburg. Ce dernier, également architecte, ne rechignait pas à s’aventurer, conformément aux préceptes De Stijl, au-delà du territoire de la seule peinture de chevalet, puisqu’on lui doit notamment le décor du minuscule local destiné à préparer les bouquets de fleurs dans la villa Noailles, à Hyères. Rappelons que la même maison de ventes décrochait le 2 juin dernier un record mondial pour Legrain, avec les 1,3 M€ obtenus par une table basse en laque noir et or commandée par Jeanne Tachard. La même provenance s’affichait sur un tabouret curule en bois massif sculpté d’inspiration africaniste adjugé 450 000 € dans la dispersion de la collection Dray le 8 juin dernier chez Christie’s à Paris. Si le porte-estampes en placage d’ébène de Macassar d’Émile-Jacques Ruhlmann ne trouvait pas preneur, une table basse de l’ensemblier en placage de macassar incrusté de motifs en ivoire atteignait 105 000 €. Le plateau carré (64,5 x 64,5 cm) repose sur un large fût cylindrique à motif d’une double guirlande de perles posé sur un socle épais à quatre pieds boule en ivoire. Quittons les préciosités art déco avec les 180 000 € d’un canapé Ours polaire, 1947 de Jean Royère recouvert de son tissu d’origine de laine. Ce résultat permet au créateur de décrocher un nouveau record français, battant ainsi le lampadaire Liane adjugé 160 000 € le 27 mars dernier par la même maison de ventes.

Mercredi 29 novembre 2006. Salle 5-6.
Camard & Associés SVV. M. Camard.

Ron Arad consacré

Les deux sessions de vente consacrées au design à l’Hôtel Marcel-Dassault totalisaient 1 053 456 € frais compris. Près de 80 % des lots trouvaient preneur. Un nouveau record mondial était obtenu par Ron Arad grâce aux 100 000 € décrochés au triple de l’estimation par la chaise longue Loop Loom reproduite. Le précédent record (source Artnet) avait été établi à Londres chez Phillips, De Pury & Company le 14 octobre dernier avec les 78 000 £ frais compris (115 619 €) obtenus par une B.O.O.P. Coffee Table, 1998 (L. 228,9 cm) en aluminium et émail. La cote d’Arad est décidément en pleine forme, puisque cette semaine à Paris chez Christie’s une chaise Looploop, 1992 en maille de bronze poli, éditée par Mourmans, atteignait 85 000 €. L’unique exemplaire de la malle Just 23 de Pinel & Pinel montait à 57 000 €. Les bénéfices seront reversés à deux associations. Rappelons qu’elle contient un écran plat Bang & Olufsen, un DVD collector, vingt et une paires de chaussures Air Jordan, une vingt-deuxième paire étant promise à l’acquéreur par Nike en avant-première en janvier prochain. Pour les créations récentes, notons encore deux résultats. Débutons avec les 18 200 €, soit une estimation doublée, d’une suite de dix chaises de Garouste et Bonetti de 1993 en métal doré à assise et dossier en tissu léopard. Estimé 7 000 €, un luminaire Flammandes Herz, 2000 d’Ingo Maurer bondissait à 26 000 €. L’objet lumineux figure un coeur craquelé maintenu dans une boîte en métal.

Lundi 27 et mardi 28 novembre 2006.
Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial-Briest-Poulain-Le Fur-F. Tajan SVV.

Design de la veine japonisante à l’esprit pop

Cette vente affichait un total vendu de 875 021 € frais compris. Deux figures historiques de la spécialité remportaient au coude à coude les deux meilleures enchères. Une table de Charlotte Perriand éditée par la galerie Steph Simon vers 1955 décrochait 81 000 €, doublant ainsi son estimation haute. Elle possède la particularité, grâce à deux jeux de pieds profilés, de pouvoir être une table de salle à manger à l’occidentale ou à la japonaise, son plateau culminant à 38 cm en position basse. Charlotte Perriand a travaillé au Japon au début de la Seconde Guerre mondiale et, entre 1953 et 1955, pour la préparation de l’exposition "Proposition d’une synthèse des arts" à Tokyo. Y figurait une table du même modèle que celle vendue, mais plus grande. À partir de 1956, la galerie Steph Simon édite trois tailles de ce modèle de table, huit couverts (2,25 m), dix couverts (2,69 m) et douze couverts (3,23 m). À 80 000 €, l’estimation d’une commode d’Alexandre Noll en sycomore massif (l. 80 cm) était respectée. Reposant sur une base débordante, elle ouvre à trois tiroirs et présente des surfaces polies légèrement irrégulières. À 38 000 €, une paire de fauteuils oeuf, vers 1950, de Jean Royère doublait son estimation. Garnis en positif négatif de tissus bordeaux et beige, ils reposent sur quatre pieds en chêne blond cérusé. Jean Prouvé faisait de même à 31 000 € avec une paire de fauteuils Visiteurs à structure en métal tubulaire rouge vif et latte de chêne. Laquée blanc satiné, une lampe de bureau Trépied de Serge Mouille en tige d’acier à cache-ampoule coquille (H. 47 cm), vers 1958, suscitait 22 800 €. Quittons les années 1950 pour la décennie suivante avec l’ensemble de meubles et d’objets, la plupart d’Ico Parisi, provenant de la Casa Fontana au bord du lac de Côme, construite en 1967. Il totalisait 147 700 € au marteau. Le point culminant, 14 000 €, soit une estimation plus que décuplée, allait à une lampe de parquet de Parisi éditée par Stilnova. Elle est en Perspex blanc opaque ondulant recouvrant une structure en acier.

Dimanche 19 novembre 2006. Salle 5-6.
Camard & Associés SVV. M. Legrand.

Jacob Frères plébiscité

Lors de cette vente normande qui dispersait un important ensemble Empire, les superbes pièces réalisées par la firme Jacob Frères ont pris la tête des enchères mobilières. Fournisseur privilégié de Napoléon Ier, la maison Jacob, qui couvre l’histoire du meuble de 1773 à 1847 avec un talent sans cesse renouvelé, est aux premiers lustres du XIXe représentée par l’un des fils de Georges, François-Honoré-Georges Jacob (1770-1841). Situés rue des Vinaigriers à Paris, ses ateliers emploient huit cents ouvriers en 1810, fait exceptionnel pour l’époque ! Ébéniste rigoureux, il fournit un mobilier de très grande qualité, commandé par les diverses cours européennes ainsi que par les proches de Napoléon Ier. Ainsi, notre guéridon, portant les marques de provenance postérieures du garde-meuble royal de la Restauration et du château de Fontainebleau est à rapprocher d’un autre modèle conservé à la villa Maria, ancienne résidence de la princesse Élisa, soeur de l’Empereur. .Provenant certainement des collections impériales, une élégante console d’apparat en placage d’acajou, également estampillée Jacob D. rue Meslée, quadruplait son évaluation pour être acquise à 190 000 €. Un amateur emportait encore à 120 000 € un exceptionnel ensemble de salon en acajou, attribué à Jacob Desmalter, composé d’une paire de bergères, de quatre fauteuils et de quatre chaises. Il a fait partie des collections du marquis de Baye et garnissait son hôtel particulier parisien situé au 58, avenue de la Grande-Armée.

Rouen, dimanche 26 novembre 2006,
Wemaëre et de Beaupuis SVV. M. Lepic.

Une commode "peinte en bois"

Cette commode du début du XVIIIe siècle respectait à 145 000 € la fourchette haute de son estimation. Pour une commode d’époque Louis XIV en marqueterie de bois fleurie, elle se situe au sommet de la hiérarchie des prix. En effet, la base de données de Drouot-Documentation ne recense au-dessus de 100 000 € que des commodes en marqueterie Boulle. En décembre 1999 à Drouot (Piasa), une commode attribuée à Thomas Hache atteignait 610 000 F (104 000 € en valeur réactualisée). Ouvrant à tiroirs, elle est entièrement marquetée en bois – y compris le plateau – de fleurs, de vases, de dais et d’oiseaux, certains motifs étant en ivoire. Le 18 juin 2002 chez Sotheby’s à Paris, une commode ouvrant à cinq tiroirs sur quatre rangs atteignait 80 000 €. Elle est également entièrement marquetée en bois de couleur sur fond d’ébène de masques, de vases fleuris et de fleurs. Retrouvons Thomas Hache avec une commode qui lui est attribuée, adjugée 75 000 € le 23 juin 2003 à Drouot (Beaussant – Lefèvre SVV). Ce modèle Mazarine à trois tiroirs est richement marqueté de fleurs et rinceaux en bois fruitier, le plateau étant orné de fleurs de jasmin en ivoire et de quatre petits personnages d’après Teniers. La commode vendue chez Piasa possède aussi des fleurs de jasmin en ivoire. Celle cédée cette semaine est dite au jasmin, sans doute en raison de la présence de bois de jasmin dans sa marqueterie. On trouve quelquefois mentionné un ébéniste appelé Jasmin, dont la spécialité serait les marqueteries à motif de fleurs de jasmin intégrant de l’ivoire. Il pourrait être l’un des fils d’André-Charles Boulle, mais son nom n’apparaît cependant dans aucun des ouvrages de référence portant sur la période.

Mercredi 8 novembre 2006. Salle 10.
Massol SVV.

Gilles Joubert

Ce bureau, recouvert d’un ancien plateau de cuir doré aux petits fers, a été l’une des pièces phare des temps forts organisés, les 22 et 23 octobre, par Anaf Arts Auction. Il porte l’estampille, assez rare, de l’ébéniste Gilles Joubert (1689-1775). Reçu maître à l’époque de la Régence, bien avant l’obligation d’estampiller, Joubert commence à travailler dès 1748 pour le Garde-Meuble de la couronne. Il en devient à partir de 1755 l’un des principaux fournisseurs. Succédant à Jean-François OEben dans la charge d’ébéniste du roi, Joubert réalise ensuite pour le cabinet du monarque, au château de Versailles, un magnifique bureau plat aux formes majestueuses (1759). À la même époque, il façonne deux régulateurs, embellis de bronzes aux attributs de Diane et d’Apollon. Gilles Joubert exécute aussi des meubles pour les filles de Louis XV. Pour Madame Adélaïde, il dessine par exemple une ravissante commode chinoisante ; fabriquée en vernis Martin, elle est décorée de bouquets enjolivés de guirlandes florales. À côté de ces meubles somptueux, Gilles Joubert a également conçu un mobilier, destiné à une clientèle privée, à l’instar de cet élégant bureau. La finesse de ses motifs décoratifs jouant des courbes et des contre-courbes de la rocaille souligne encore la qualité des bronziers employés par Joubert.

Lyon, dimanche 22 octobre 2006.
Anaf Arts Auction SVV. Cabinet Dillée.

De Leleu à Lalanne

Les arts décoratifs du XXe siècle rapportaient au cours des deux sessions de vente de la journée - la première consacrée à l’art nouveau et à l’art déco, le seconde au design - 860 216 € frais compris. Débutons en compagnie de Jules Leleu, dont la suite de quatre fauteuils reproduite, estimée 10 000 €, était poussée jusqu’à 22 000 €. Attribuée à Gilbert Poillerat, une table basse à structure en fer forgé et plateau en verre argenté et doré (diam. 85 cm), à décor des signes du zodiaque autour d’une rose des vents, frôlait à 19 000 € son estimation basse. Le piètement arqué est à entretoise carrée à l’imitation de la passementerie. À 12 000 €, les aficionados de Leleu avaient le choix entre un cabinet de travail en placage de noyer, comprenant un bureau, son fauteuil et une bibliothèque à caisson central encadré de deux portes (l. 180 cm), et une paire de guéridons en placage de palissandre au plateau formé d’une dalle de miroir (diam. 51 cm) ; cette dernière est fixée sur le fût central à piètement tripode galbé à terminaison en laiton grâce à un large disque de métal nickelé. Ils sont accompagnés d’une copie de leur facture d’origine de 1935. Par Leleu toujours, une lampe de parquet en métal nickelé à bague et base de palissandre (H. 173 cm) doublait à 11 500 € son estimation. Place au design avec en premier lieu un tapis de François-Xavier Lalanne à motifs d’un amalgame de moutons. Édité par Artcurial en 1980, il est numéroté 23/150 et nécessitait 14 500 € sur une estimation trois fois moindre. Composé de sept éléments (dont un pouf), un canapé d’angle en velours capitonné de Mario Bellini, modèle Camaleonda (1971) édité par B & B, quadruplait à 8 000 € son estimation.

Mardi 3 octobre 2006. Hôtel Marcel Dassault.
Artcurial-Briest-Poulain-Le Fur-F. Tajan SVV. M. Marcilhac.

Le grand siècle avec éclat

Cette commode d’époque Louis XIV respectait à 125 000 € la fourchette basse de son estimation. Elle se distingue par la richesse et la variété des matériaux employés et du dessin. Sur un fond d’écaille rouge, le décor prend comme modèle les dessins d’ornementation de Jean Berain (1639-1711), dessinateur de la chambre et du cabinet du roi. Le plateau compose un véritable tableau, où le répertoire ornemental se déploie autour d’un personnage assis sur une balançoire sous un baldaquin. Les figures, les cariatides et les anges mais aussi les oiseaux et les insectes sont en nacre et cuivre rouge regravé. La rigueur de l’ordre tripartite régissant la façade, adoucie par les amortissements sinueux des pieds en griffe de lion feuillagés venant camper le meuble sur le sol, fait de ce meuble un parfait exemple de l’art mobilier de la dernière partie du règne du Roi-Soleil. Une commode similaire a été vendue 980 000 F (161 622 € en valeur réactualisée – étude Kohn) le 7 novembre 2001 à Drouot-Montaigne. En juin 2004, à Drouot-Richelieu, une commode – la contrepartie de celle-ci – présentant également un riche décor mêlant cuivre, écaille brune, corne teintée et corne transparente était adjugée 92 000 €. Une autre d’un modèle proche a également été vendue à Paris, en avril 1967, pour 65 000 F (68 160 € en valeur réactualisée).

Vendredi 22 septembre 2006. Salle 1.
Massol SVV.

Jean Dunand et René Lalique

Le XXe siècle était à nouveau à l’honneur cette semaine. Les créations de Jean Dunand et de René Lalique se voyaient plus particulièrement prisées. Le premier se faisait remarquer grâce au paravent reproduit, adjugé 76 000 € sur une estimation haute de 50 000. Le paravent provient de la collection de madame D, comme un certain nombre de pièces de René Lalique ici proposées. C’était le cas à 14 000 € d’un guéridon Cactus (1950-1955) au piètement composé de six larges feuilles recourbées et dentelées, en cristal moulé-pressé, jaillissant d’une base circulaire feuillagée et soutenant une dalle de verre (diam. 160 cm). La meilleure enchère de l’ensemble de flacons de parfum proposé en début d’après-midi, 7 500 € recueillis par un flacon Forvil pour Le Corail rouge (vers 1925), était issue de la même provenance. Il est en verre blanc soufflé-moulé à décor émaillé rouge corail (H. 10,5 cm) et il possède sa boîte d’origine. Pour les autres provenances, toujours pour les créations de René Lalique, poursuivons avec un panneau Faune (61,5 x 25,5 cm), qui, accompagné d’un réflecteur de corniche Feuille acacia (1925), dépassait à 19 000 € son estimation. Le panneau, inédit, sera reproduit dans la prochaine édition du catalogue raisonné établi par Félix Marcilhac. Il apparaîtra dans la section des motifs décoratifs, hors classification. À 17 000 €, l’estimation était de nouveau dépassée pour un rarissime plafonnier Étoiles (1912-1913) composé d’une épaisse dalle de verre moulé-pressé (diam. 40 cm), blanc, satiné mat et brillant et constellé d’étoiles. Ce modèle n’a pas été repris après la Première Guerre mondiale. La section consacrée aux vases était dominée par les 15 700 € d’un exemplaire du modèle Oran (1927), une épreuve réalisée en verre moulé-pressé opalescent, satiné mat et brillant (H. 26,5 cm).

Vendredi 22 septembre 2006. Salle 16.
Boisgirard & Associés SVV. M. Marcilhac.

Paulin designer pop

Provenant d’un mobilier de bureau, ces sièges ont été les vedettes de cette vente chartraine. Attendus autour de 4 000 €, ils étaient bataillés entre divers amateurs pour être emportés au double de l’estimation, en dépit d’un accroc sur un dossier. C’est un bel exemple des modèles inventés par Pierre Paulin, précurseur et créateur du design des années pop. Dès la fin des années 50, Paulin dessine des sièges dans lesquels se marient rigueur et audace. Adepte du fonctionnalisme, il affirme : le "meuble doit d’abord être utile à celui qui s’en sert. S’il y a de la poésie, c’est tant mieux... mais c’est en plus." La particularité de Paulin ? Les matériaux employés : mousse et jersey coloré. En 1966, il réalise la Ribbon chair pour la firme néerlandaise Artifort, dont voici un exemplaire. L’année suivante, Paulin dessine la chaise Langue. Ces sièges révolutionnaires, qui s’avèrent plus flexibles dans leur utilisation et leur fonctionnement, prennent encore la forme d’oeuf, de champignon, de tranche d’orange. Originaux, ils influencent toute une génération d’artistes, comme Olivier Mourgue et son tapis-siège, publié en 1969 dans le catalogue de Prisunic.

Chartres, dimanche 17 septembre 2006.
France Chartres, Galerie de Chartres SVV.

Estampillé Heubès

Ce précieux bureau bonheur-du-jour de style Louis XVI ne porte pas l’estampille de Dasson ou de Linke, mais celle d’un fabricant moins connu, mais tout aussi talentueux, Hubert Joseph Heubès, qui œuvrait dans la deuxième partie du XIXe siècle. Estimé au plus haut 20 000 €, il atteignait 51 000 €. Il se distingue par la présence sur les façades des tiroirs et de la porte de neuf panneaux en porcelaine à sujets dans le goût de Watteau. Ébéniste marqueteur, Heubès fabrique des "meubles antique et de fantaisie, de bois de rose et des îles, garnis de cuivre et de porcelaine et dans le genre de Boulle". En 1854, son magasin est situé au 12 de la rue du Parc-Royal, puis, de 1860 à 1876, au 3 de la rue de la Perle. En 1867, il participe à l’Exposition universelle de Paris. Le bureau vendu semble typique de sa manière. Heubès aime les lignes strictes du style Louis XVI, comme en témoigne un bureau bonheur-du-jour en ébène, laque du Japon et bronze doré, adjugé 13 300 F (7 995 € en valeur réactualisée) au Palais Galliéra le 8 décembre 1975. Ce bonheur-du-jour, reproduit dans l’ouvrage de Denise Ledoux-Lebard sur le mobilier du XIXe siècle aux éditions de l’Amateur, est le seul mentionné dans la notice consacrée à Heubès. La base de données de Drouot-Documentation ne recense pour sa part aucun de ses meubles. En plus de ses qualités formelles, ce bureau est doté d’une signature des plus rares.

Mercredi 5 juillet 2006. Salle 2.
Choppin de Janvry & Associés SVV.

Table ou console

Cette paire de consoles génoises du XVIIIe siècle respectait à 80 000 € son estimation. Elles ont la particularité, une fois accolées dos-à-dos, de former table de milieu. La console est une pièce de choix dans l’ameublement des grandes demeures génoises. Conçue à la fin du XVIIe siècle, elle se généralise au siècle suivant. Lorsqu’elles sont en applique, nos consoles possèdent 3 ou 4 pieds, un de plus lorsqu’elles sont réunies, le menuisier et le sculpteur ayant veillé à la parfaite intégration des pieds d’applique entre eux. Elles soulignent, même quand elles sont coiffées d’un lourd marbre, le caractère volant du mobilier à cette époque, susceptible de recevoir plusieurs affectations. Traditionnellement liée aux boiseries, la console s’en détache dans notre cas pour prendre, en compagnie de sa consœur, son indépendance.

Mercredi 5 juillet 2006. Salle 10.
Massol SVV.

Fauteuils royaux et pendules précieuses

Centré sur les arts décoratifs classiques et modernes, le programme de cette vente totalisait 1 490 573 € frais compris représentant 82,35 % du produit total. 255 000 € s’affichaient à plus du double de l’estimation sur le mobilier de salon d’époque Louis XV reproduit in situ. Il a été livré pour meubler la chambre d’un château d’Île-de-France destinée à accueillir le roi Stanislas Leszczynski. Le château était la propriété de la marquise de X, dame de compagnie des filles de Louis XV à Versailles. Le mobilier comprend 2 larges bergères et 4 fauteuils, ces derniers étant estampillés par Bovo. Cette signature conserve toujours son mystère. Si l’ébéniste ou le menuisier qui se cache derrière cette appellation reste anonyme, sa production est reconnue pour sa qualité, des sièges d’époque Transition provenant d’un même mobilier étant conservés au Louvre, au Metropolitan Museum de New York et dans quelques grandes collectons privées. Estimée 12 000/15 000 €, une riche pendule squelette d’époque Directoire était propulsée à 98 000 €. En bronze et émaux polychromes (H. 53 cm), elle présente 3 cadrans indiquant l’heure, les jours, les quantièmes, les mois, les saisons, les phases de la Lune et les signes du zodiaque. La complication du mouvement n’était pas à l’origine des 60 000 € obtenus par la pendule candélabre d’époque Louis XV, mais plus sûrement la virtuosité et la délicatesse de son décor.

Mercredi 28 juin 2006, salle 5-6. Piasa SVV. Mmes Finaz de Villaine, Pazzis-Chevalier, MM. Drulhon, Fabre, Marcilhac, Roudillon, cabinet Dillée.

L’Empire selon Ledoux-Lebard

Cette vente totalisait 3 304 795 € frais compris représentant 71 % des lots vendus et 111 % des estimations basses. Passion napoléonienne oblige, les lots dépendant de la succession du professeur Guy Ledoux-Lebard (1910-2003) étaient signalés dans le catalogue par une aigle impériale. À ce symbole de puissance correspondait logiquement l’enchère la plus soutenue. La qualité du modèle et sa provenance permettaient au fauteuil reproduit de dépasser, à 250 000 €, son estimation haute et d’être préempté pour le musée de Versailles. Cet auguste siège a en effet été livré le 10 juillet 1810 par François Honoré Georges Jacob-Desmalter pour le grand cabinet de Napoléon Ier au Grand Trianon. La console d’époque Directoire-Consulat attribuée à Lignereux, Weisweiler et Thomire, montait à 18 000 € sur une estimation haute de 120 000. Elle faisait partie de la vente du contenu du château de Grand-Vaux à Savigny-sur-Orge en juin 1935 où elle suscitait 5 000 F (3 400 € en valeur réactualisée). Le groupe en bronze ciselé et doré d’époque Empire d’Antoine Mouton, dit Moutony (1765-1835), figurant l’empereur Napoléon Ier assis à une table étudiant une carte d’Europe (H. 64,5 cm) doublait à 100 000 € son estimation. Une version en plâtre patiné et peint de la première moitié du XIXe siècle se contentait de 3 500 €. Un coffret à bijoux en loupe de thuya, argent et ébène d’époque Consulat-Empire de Martin Guillaume Biennais, ayant sans doute appartenu à Élisa Bonaparte ou au prince Eugène, atteignait 80 000 €, une estimation doublée. Le couvercle marqueté de sphinges est adossé à un bouclier portant le chiffre E (H. 21, l. 47,5, P. 28 cm). Un mécanisme actionné par une clef permet de régler la hauteur des pieds.

Mardi 20 juin 2006. Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial - Briest - Poulain - Le Fur - F. Tajan SVV. Mme de La Chevardière, MM. Auguier, de Bayser, Lefebvre, Le Fuel, cabinets de L’Espée, Dechaut-Stetten, Turquin - Mauduit - Étienne.

Le luxe, de Cartier à Dupré-Lafon

Les arts décoratifs du XXe siècle s’octroyaient en fin de journée 3 113 637 euros frais compris, ce total comprenant également le catalogue décrivant des objets précieux offerts en début de programme. Paul Dupré-Lafon était le roi de cette réunion, avec 771 500 euros réunis en 8 lots. La meilleure enchère, 330 000 euros, s’affichait au-dessus de l’estimation sur la table basse reproduite. Elle est en métal, son plateau de chêne étant gainé de carrés de parchemin, délimités par des baguettes de palissandre. En novembre 2000, un modèle similaire en métal patiné et chêne cérusé, au plateau (160 x 160 cm) gainé de cuir rouge, quadrillé de joints creux en ébène de Macassar, culminait à 3,9 MF (653 875 euros en valeur réactualisée, étude Tajan). En novembre de l’année suivante, la même maison de ventes en proposait 3 variantes. 2 modèles en fer forgé, au plateau (105 x 105 cm) gainé de parchemin, à joints creux en chêne, partait à 1,1 MF (181 412 euros en valeur réactualisée) et 1,05 MF (173 166 euros en valeur réactualisée). La troisième table, en fer forgé patiné à plateau (160 x 160 cm) à plaquettes en bois de bout en chêne sablé et patiné, quadrillé par des baguettes de palissandre, obtenait 2,7 MF (445 284 euros en valeur réactualisée). Revenons à notre vente. Elle aussi réalisée vers 1936, une console basse en lame de métal patiné noir et parchemin gainé montait à 240 000 euros sur une estimation haute de 180 000. Le plateau, gainé de 4 plaques de parchemin, séparées par des baguettes de palissandre (230 x 50 cm), repose sur un élément vertical dessinant 3 carrés de parchemin, centrés d’un écrou en bronze doré. En mai 2002, un modèle similaire, avec finition dorée du métal, recueillait 330 000 euros (Tajan SVV). À 60 000 euros, estimation respectée pour une paire de tables d’appoint réalisées vers 1935 en fer battu avec un plateau de palissandre encadrant une plaque de parchemin (53 x 53 cm). Conçue vers 1938, une paire de lampadaires en métal à patine or sur base rouge (H. 143 cm) dépassait à 48 000 euros son estimation. Le fût en étoile repose sur 3 pieds.

Mercredi 7 juin 2006. Espace Tajan.
Tajan SVV. MM. Ader, de Charrette, Wattel.

Pierre Legrain :
l’argent et le noir pour un record

Au cours de cette vente, les arts décoratifs du XXe siècle étaient célébrés avec panache, 5 427 355 € étant récolté par l’épais catalogue qui ne comptait pas plus de 175 lots. La vedette revenait à la très attendue table basse de Pierre Legrain reproduite, qui, avec ses 1,3 M€, décroche un record mondial pour un meuble du créateur. Le pedigree de cette table était sans faille. Elle affichait en effet comme provenance la villa de Jeanne Tachard à Saint-Cloud, l’un des grands chantiers de Legrain. La laque apparaît décidément comme un puissant vecteur d’enchères records pour les créateurs de l’entre-deux guerres. Dans la même vente, un fauteuil de Pierre Legrain aux lignes franches et masculines doublait à 400 000 € son estimation. En juin 2004, chacun des deux tabourets exécutés pour Jeanne Tachard en laque noir et or, avec des poignées de métal chromé, obtenait 455 500 $ frais compris chez Christie’s New York (377 400 €). Ils figuraient, avec notre table basse, dans la vente du contenu de la maison new-yorkaise de l’architecte Philip Johnson, organisée outre-Atlantique chez Sotheby’s le 6 mai 1989. Chaque tabouret réalisait 115 500 $ frais compris (152 015 € en valeur réactualisée). Présentée juste avant, notre table atteignait "seulement" 104 500 $ frais compris (137 540 € en valeur réactualisée). Dix-sept ans plus tard, elle a pris une jolie revanche sur les tabourets en affichant en valeur constante une hausse de 80 000 € par an. La plus haute enchère pour Legrain, 4,1 MF (699 000 € en valeur réactualisée) revenait auparavant au tabouret curule africano-cubiste en ébène et ivoire livré vers 1923 à Jacques Doucet, qui était adjugé en novembre 1999 à Drouot-Montaigne (étude Millon & Robert). Lors de la célèbre vente Doucet de 1972 (Drouot, étude Solanet, Godeau, Audap), ce tabouret avait atteint 32 000 F (26 705 € en valeur réactualisée) avant d’enregistrer 845 000 F (155 658 € en valeur réactualisée) lors de la vente de la succession Nourhan Manoukian en décembre 1993 (Drouot, étude Boisgirard).

Vendredi 2 juin 2006. Salle 1.
Camard & Associés SVV.

Mobilier haute couture

La soirée était consacrée dans les murs de l’hôtel Marcel-Dassault aux arts décoratifs du XXe siècle. Le produit récolté s’établissait à 2 340 916 € frais compris. La meilleure enchère, 270 000 €, revenait naturellement à la paire de commodes de l’atelier Martine de Paul Poiret, entièrement gainées d’origine de galuchat. L’ouvrage d’Yvonne Deslandres publié en 1986 aux éditions du Regard reproduit une commode identique, à l’exception de son décor, gravé sur le bois d’après un dessin de Mari Simon. Elle est coiffée d’un plateau en marbre. Aucun meuble de l’Atelier Martine ne figurait dans la vente Denise et Paul Poiret organisée il y a un an chez Piasa (voir Gazette 2005 n° 20 page 56). Les créations de l’Atelier Martine étaient alors dominées par les 5 800 € du flacon pour La Véritable eau de Cologne présenté à la une de la Gazette 2005 n° 15. Un seul meuble de l’Atelier Martine est répertorié dans la base de données de Drouot-Documentation, une table à ouvrage en bois laqué brun-rouge adjugée 1 500 € le 27 juin 2005 chez Millon & Associés à Drouot. Le 8 février de la même année à Drouot, une paire de fauteuils d’influence extrême-orientale, à dossier gondole bas en bois laqué argent, attribuée à l’Atelier Martine se négociait 5 000 € (Poette, Castor, Hara SVV). Le roi de l’art déco, Jacques-Émile Ruhlmann restait à 80 000 € sous l’estimation avec un mobilier de salle à manger en palissandre et placage de palissandre, comprenant une table à allonges à l’italienne (230 x 110 cm ouvert) accompagnée de 6 chaises, modèle Drouant. Le piètement de la table à entretoise basse, plaquée contre le sol, est composé de 4 larges balustres rainurés. À 58 000 €, estimation pratiquement doublée en revanche pour une commode d’Eugène Printz en placage de sycomore. Ouvrant à 3 tiroirs entre 2 portes, le caisson (L. 160 cm) repose sur des pieds latéraux galbés, la partie centrale étant reliée à l’entretoise haute par l’intermédiaire de 2 boules de verre. Quittons les grâces des créations des ensembliers décorateurs pour le fonctionnalisme plus brutal d’un fauteuil Grand Repos vers 1930 de Jean Prouvé, en tôle d’acier laqué vert, à assise continue et manchette gainées de cuir beige. Estimé 80 000 €, il s’envolait à 200 000 €. À ce jour, seulement trois exemplaires de ce siège ont été identifiés, l’un d’entre eux étant conservé au Centre Georges Pompidou. L’assise est montée sur 2 rails lui permettant de coulisser à loisir.

Mardi 23 mai 2006. Hôtel Marcel-Dassault. Artcurial - Briest - Poulain - Le Fur - F. Tajan SVV. M. Marcilhac.

Frank en vedette

Pour ce troisième acte stéphanois consacré à l’art déco, l’ébéniste Jean-Michel Frank sort à nouveau grand gagnant de la course aux enchères, l’estimation étant multipliée par quatre pour ce beau bureau. Rappelons que le précédent acte, le 17 novembre 2005, livrait déjà aux enchères un mobilier signé Frank. Un précieux cabinet en chêne sablé teinté brun et à tablette coulissante plaquée d’un miroir avait été adjugé 63 500 € ; deux consoles étaient respectivement achetées 52 500 € et 47 500 €, tandis qu’un bureau similaire à notre modèle n’obtenait que 36 000 €. Nous retrouvons dans ce meuble élégant toutes les caractéristiques qui ont fait le renom de Jean-Michel Frank. Partisan du fonctionnalisme, celui-ci prône les lignes droites et préfère les formes géométriques, qu’il habille de préférence de couleurs claires et neutres. Pour ce décorateur ensemblier, on ne peut aménager une pièce luxueusement qu’en la démeublant. Aussi, évitant tout ornement superflu, Jean-Michel Frank atteint-il la beauté par des volumes simples et équilibrés. Associé à Chanaux, il aime encore travailler des matériaux inhabituels, tels la marqueterie de paille ou, comme ici, l’osier. Au cours de cette même vente, un pittoresque miroir rectangulaire était poussé jusqu’à 5 000 €, en dépit de ses accidents, et une paire de tabourets, estampillés JM Frank-Chanaux et Cie et numérotés 20472, était gratifiée de 9 500 €.

Saint-Étienne, jeudi 20 avril 2006.
Agnès Carlier - Dominique Imbert SVV.

Un tabouret classé X

Pas moins de 1 409 426 € frais compris étaient récoltés par les 12 numéros du catalogue de cette vente, décrivant une vingtaine de meubles de Marcel Coard. Le pedigree était idéal, ces meubles étant les derniers de Marcel Coard à avoir été conservés par la famille de Paul Cocteau, le frère du poète. Agent de change, il a fait aménager en 1928 par Marcel Coard sa maison de Champgault en Touraine, située dans un parc qui descend en espalier jusqu’à l’Indre. Jean Cocteau a bien entendu séjourné dans la demeure fraternelle, notamment à l’occasion du tournage de La Belle et la Bête en 1945, les extérieurs ayant été réalisés non loin de là, au manoir de Rochecorbon. Madame Paul Cocteau a vendu la maison en 1970. Elle accueille maintenant les bureaux d’une clinique psychiatrique. L’essentiel du mobilier a été cédé à ce moment-là, à l’exception des meubles adjugés cette semaine, réservés à ses petits-enfants. Côté enchères, le podium était monopolisé par 3 tabourets du même modèle, le plus convoité, celui reproduit, montant sur la plus haute marche à 320 000 €, les deux autres se positionnant respectivement à 265 000 et 260 000 €. Si l’inspiration africaine a commandé le dessin de ces sièges, celle d’une table basse emportée à 220 000 € est plus extrême-orientale. Elle est en bois peint en noir à plateau (54 x 37 cm) gainé de galuchat, retombant sur les traverses à la façon d’une draperie. Les pieds droits sont incurvés vers l’intérieur à leur extrémité. Les autres résultats étaient plus mesurés. Une paire de bouts de canapé asymétriques en placage de chêne vernissé (plateau : 40 x 40 cm) allait à 31 000 €, une suite de 6 chaises en bois repeint brique totalisant 27 000 €. Les dossiers pleins sont percés d’une poignée et les assises sont en lanières de cuir tressé havane.

Mercredi 15 mars 2006. Salle 10.
Beaussant - Lefèvre SVV. M. Maury.

Château du Martinet, avec majesté

Le contenu du château du Martinet, près de Carpentras, remportait un vif succès, 1 674 988 € frais compris étant récoltés, ce qui représente 190 % des estimations basses. Il incluait des biens ayant appartenu à la famille Isnards, qui a acquis la propriété en 1628, et à la famille Prouvost, qui occupe la demeure depuis 1987. Beaucoup d’estimations étaient très largement dépassées aussi bien parmi les tableaux que dans le mobilier du XVIIIe siècle, une catégorie réputée sinistrée mais qui semble connaître quelque regain d’intérêt, notamment depuis le triomphe de la vente de la collection Rossignol. Un bureau dominait là encore les enchères, 120 000 € étant dépensés au double de l’estimation, sur l’exemplaire d’époque Louis XV reproduit. Attribué à Pierre II Migeon, il comporte des bronzes au C couronné, une marque utilisée entre 1745 et 1749. Un modèle similaire attribué au même ébéniste, un peu plus petit (l. 173 cm) et dont les bronzes ne sont pas au C couronné, se contentait d’une enchère de 45 000 € dans la vente de l’ancienne collection du duc de Talleyrand le 26 novembre dernier chez Christie’s à Paris. Un autre bureau du château du Martinet était également fort convoité à 41 000 €, un modèle d’époque Régence en bois noirci à incrustations de filets de cuivre (l. 161 cm). Il est orné de bronzes dorés. Une suite de 8 fauteuils d’époque Louis XV estampillés par Pierre Leduc totalisait 45 000 €, une estimation respectée cette fois-ci. À dossiers plats, ils sont en hêtre mouluré et sculpté de grenades, de feuilles d’acanthe et de cartouches. De l’ancienne collection Isnards, une suite de 3 consoles demi-lune de la fin du XVIIIe-début du XIXe siècle décrochait 34 000 €. Elles sont en bois doré et sculpté (l. 118, 124 et 126 cm). 84 % du mobilier du château trouvait preneurs.

Mardi 14 mars 2006. Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial - Briest - Poulain - Le Fur - F. Tajan SVV.
MM. Herdebaut, Lepic, Peyre, Roche,
cabinet Le Fuel - de L’Espée.

Records pour les meubles de Marcel Coard

Une vingtaine de meubles de Marcel Coard (1889-1975) provenant de la maison de Paul Cocteau à Champgault en Touraine ont totalisé, en douze lots, 1 409 426 €. Marcel Coard, décorateur atypique inspiré par les arts africains et orientaux est inscrit au panthéon de l’art déco avec Ruhlmann et Frank, l’artiste n’a pas quitté depuis sa place aux côtés des papes de la spécialité, même si ses oeuvres se font plus discrètes. 309 764 €, 315 721 € et 381 248 €, sont les prix obtenus pour les trois tabourets de style africain en forme de "X" taillés à l'herminette. Deux ont été achetés par un collectionneur européen, le troisième par le marché français.

Mercredi 15 mars 2006.
Beaussant-Lefèvre SVV.

Michell & Joyce

Cet imposant cabinet décrochait une enchère à sa mesure : 43 000 €, sur une estimation moitié moindre. Une plaque gravée, fixée à l’intérieur du vantail gauche, donne de précieuses indications sur l’origine de ce meuble. Il a été fabriqué entre 1880 et 1893 par un certain Henry Michell, qui a collaboré avec Edwin Joyce. On doit à ce dernier tout le travail de menuiserie, de sculpture et de gravure du bois. À Henry Michell, dont le nom apparaît en premier, revient le dessin du meuble, l’exécution des panneaux de pierre dure ainsi que le montage des éléments réalisés en nacre et en argent. Henry Michell et Edwin Joyce ont exécuté leur ouvrage sur l’île de Wight, dans le Sud de l’Angleterre. L’atelier de Joyce se trouve à Ryde, Michell habitant à Bonchurch, village dont le charme a attiré en villégiature nombre d’écrivains, dont Charles Dickens, Algernon Charles Swinburne ou George Bernard Shaw. Le cabinet dessiné par Michell est typique de la production victorienne, amalgamant les référents puisés dans le passé. Ne copiant en effet aucun style particulier, ce cabinet a sûrement été pour son concepteur un exercice de style qui l’a occupé durant treize années.
Edwin Joyce est décédé en 1897.

Mercredi 8 mars 2006. Salle 10.
Massol SVV.

Design des années 50 et 60

Le design, placé pour cette soirée sous l’intitulé «fonctionnalisme & modernité» rapportait en soirée 657 611 € frais compris. La meilleure enchère, 33 000 €, revenait sous son estimation à une enfilade de Charlotte Perriand et de Pierre Jeanneret, éditée par Georges Blanchon (L. 280 cm). Elle a 3 portes coulissantes en mélèze, le caisson et les 2 pieds obliques entretoisés étant en placage d’acajou. Estimée au plus haut 5 000 €, la table basse circulaire de Joseph-André Motte reproduite était combattue jusqu’à 18 500 €. Fabriquée vers 1964, elle se distingue par sa taille et le motif radiant à chevrons de son plateau plaqué d’ébène de Macassar. Du même créateur et éditée par Rougier, une paire de fauteuils tripodes, conçue vers 1949, doublait pour sa part à 15 000 € son estimation. Aux lignes souples, l’assise en rotin tressé est posée sur un piètement croisé en bois à intersection centrale métallique. L’ensemble des nombreuses créations de Motte, réalisées dans les matériaux les plus divers, se particularise par une grande épure formelle. Plus attendu, un exemplaire du fameux bureau Boomerang (1969) de Maurice Calka, édité par Leleu-Deshays, respectait à 18 500 € la fourchette basse de son estimation. Il est en fibre de verre et résine de polyester blanc (l. 185 cm). La surprise venait en revanche du fauteuil assorti, toujours signé par Calka et Leleu-Deshays, qui, à 13 000 €, faisait plus que décupler son estimation. Formé d’une coque en fibre de verre et résine polyester, garnie de cuir orange et reposant sur un piètement métallique central réglable et pivotant, il est en effet de la plus grande rareté.

Mardi 28 février 2006. Espace Tajan.
Tajan SVV. M. Wattel
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp