La Gazette Drouot
Best of des enchères - Dessin, Tableau, Estampe (best of 2013)
Best of des enchères
Bibliophilie 2013
Léon Bloy (1846-1917), Le Désespéré et autres textes, 1885-1890, cahier petit in-4o de 108 pages.
Frais compris : 99 136 €.
Léon Bloy pèlerin de l’absolu
Conservés jusqu’à nos jours par la famille de Léon Bloy, des manuscrits de celui que l’on a surnommé «le mendiant de l’ingrat» totalisaient, en une centaine de numéros, 475 171 € frais compris. Secrétaire bénévole de Barbey d’Aurevilly, qui a ranimé sa foi catholique, résolument anticonformiste, chantre du symbolisme universel, ce romancier et essayiste au style enflammé et volontiers cru s’inscrit dans la famille des écrivains de la trempe d’un Céline. La cohorte de ses admirateurs permettait à ses écrits de largement dépasser les estimations, la bibliothèque de Périgueux, les archives de la Seine et de la Marne, la Société historique et archéologique du Périgord ainsi que la bibliothèque historique des archives de Paris s’ajoutant aux rangs des acquéreurs, par voie d’achat ou de préemption. Périgueux préemptait ainsi, à 8 500 €, un carnet autographe contenant le premier jet de sa conférence intitulée Les Funérailles du naturalisme et des notes préparatoires aux Dernières colonnes de l’Église. La plus haute enchère, 80 000 €, revenait cependant au manuscrit de travail du Désespéré, dont une page est reproduite, accompagné d’une trentaine d’articles et du manuscrit complet du livre Christophe Colomb devant les taureaux, publié en 1890. Largement autobiographique, Le Désespéré s’inspire de sa relation avec Anne-Marie Roulé, prostituée qu’il recueille et convertit, et qui sombrera dans la folie avant de mourir. Abondamment raturé et corrigé, l’objet compte d’innombrables notes marginales. Un autre cahier constituant le manuscrit de travail de trois ouvrages et d’une vingtaine d’articles était poussé jusqu’à 60 000 €. Très corrigés, les romans La Femme pauvre et Le Salut par les juifs sont complets. Les 212 pages d’un troisième manuscrit entre 1893 et 1912, préfigurant une dizaine de livres, dont Histoires désobligeantes, grimpait quant à lui à 48 000 €. Toutes les œuvres de l’auteur comprises entre les deux dates sont présentes, couvrant l’étendue de son talent : conteur, ironiste, journaliste, polémiste, critique, historien, mystique…
Mercredi 15 mai, salle 13 – Drouot-Richelieu. Maigret (Thierry de) SVV. M. Bodin.

Pierre de Ronsard (1524-1585), Les Hymnes…, Hymne de Bacus… et Le Second Livre des Hymnes, Paris, André Wechel, 1555 pour les deux premiers et 1556 pour le troisième, reliure d’époque en vélin doré.
Frais compris : 211 925 €.
Bibliothèque Marcel Desjardin
Le succès était au rendez-vous pour la dispersion de la bibliothèque de Marcel Desjardin, 1 156 129 € frais compris étant récoltés. Comme le reflètent les taux – 94 % en lots et 99,9 % en valeur –, les estimations étaient fréquemment très nettement dépassées. Deux enchères à six chiffres résonnaient et vingt à cinq chiffres se signalaient. La réunion en éditions originales des Hymnes de Ronsard dans une reliure d’époque en vélin doré (voir reproduction) déchaînait à 175 000 € les passions. Les deux premiers titres constituent le premier livre de ce recueil de poèmes philosophiques qui sera augmenté par la suite, au gré des différentes éditions collectives de l’œuvre de Ronsard. Le poète utilise la tradition des hymnes antiques pour évoquer non pas les dieux, mais des sujets comme la justice, la mort, le ciel… La seconde enchère à six chiffres, 100 000 €, concerne les neuf volumes d’un exemplaire de l’édition originale des Mémoires… (Leyde, Jean Sambix le jeune, 1665-1722) de Brantôme, Pierre de Bourdeille de son vrai nom. Portant les emblèmes du baron de Longepierre, ils sont reliés d’époque en maroquin, probablement par Boyet. Estimation pulvérisée toujours, à 62 000 €, pour un exemplaire de l’édition originale des Vers françois de feu Estienne de la Boétie… (Paris, Fredel Morel, 1572), précédés d’une épître de Montaigne à Monsieur de Foix, ambassadeur à Venise. La reliure, en vélin ivoire, est pastiche. Pour les incunables, 22 500 € revenaient aux Fais maistre Alain Chartier… vers 1494. Cet ouvrage, relié par Bozerian Jeune en cuir de Russie orné, réunit diverses œuvres du poète, dont son Quadrilogue invectif de 1422, une allégorie politique en prose appelant à l’unité de la nation française. Un exemplaire des Cursus beate Marie Virginis… (Strasbourg, Marcus ou Johan Grüninger, vers 1490), l’un des trois répertoriés de ce livre d’heures imprimé, montait à 22 000 €. Il comporte dix-huit grandes figures gravées sur bois et trente-quatre petites, chaque page étant encadrée d’une bordure.
Mercredi 15 mai, salle 2 – Drouot-Richelieu. Beaussant - Lefèvre SVV. M. de Broglie.
George Barbier (1882-1932), Umberto Brunelleschi (1879-1949), Paul Iribe (1883-1935)…, Journal des dames et des modes, 1er juin 1912-20 juin 1914, 4 volumes in-8°, Paris.
Frais compris : 9 700 €.
Modèles de femmes "libérées"
Cette dix-huitième vente de livres, qui s’est tenue dans la salle des fêtes de Montignac, dispersait une bibliothèque réunissant des livres illustrés modernes. La plupart, en excellent état, dépassaient les estimations, à l’instar de cet ensemble rarissime, animé de gracieuses figures de modes. La qualité des gravures, les coloris subtils et éclatants mettent parfaitement en valeur les illustrations célébrant la femme art déco. Auparavant, les sinuosités de l’art nou-veau se retrouvaient dans les silhouettes en «S» des élégantes, enserrées dans de longs corsets. Des écrivains comparaient alors leur déshabillage au démantèlement d’une place forte au Grand Siècle ! Il faudra toutes les ruses de Paul Poiret, précurseur de l’art déco, pour libérer la femme de tels carcans. Déclarant la guerre au corset et à la taille de guêpe, le couturier déclenche une véritable révolution dans la mode. Il préconise une coupe droite, rejette les tournures, repousse les dentelles et refuse tout postiche. En deux saisons à peine, le Tout-Paris plébiscite la silhouette d’une femme «libérée». Pour la populariser, on voit réapparaître la revue que créa jadis La Mésangère, le Journal des dames et des modes. Publié trois fois par mois, il diffuse, durant les deux années de sa publication, 186 planches réalisées au pochoir apportant vivacité et chaleur de tons aux gravures. Nos quatre recueils embellis de 178 figures étaient proposés presque en état complet. Ils dévoilent des élégantes revêtues de robes aux lignes fluides rappelant le style Directoire. D’autres gravures témoignent de la vogue récente des bains de mer. Faisant rudement défiler les enchères, elles étaient au final adoptées par un acheteur français.
Montignac - Lascaux, samedi 24 août.
Galateau Pastaud SVV. Cabinet Poulain.

Abraham Ortelius (1527-1598), Théâtre de l’univers, contenant les cartes de tout le monde, Anvers, Plantin, 1598, in-folio, 119 cartes sur double page, plein maroquin brun de l’époque.
Frais compris : 50 807 €.
Le théâtre d’Ortelius
Cet exemplaire de la quatrième édition française du Théâtre de l’univers… d’Abraham Ortelius dépassait à 41 000 € son estimation. Elle a été publiée l’année de la mort de son auteur, en 1598. Elle compte cent dix-neuf cartes alors que la précédente édition, celle de 1587, en dénombrait cent douze. La première édition française de l’ouvrage date de 1572, l’originale, en latin, étant sortie de la presse le 21 mai 1570, imprimée chez Gilles Copens à Anvers. Cette dernière ne comptait que cinquante-trois cartes. Le succès de l’ouvrage fut tel que du vivant de son auteur, vingt-cinq éditions se succédèrent, chacune présentant des ajouts et améliorations par rapport à la précédente. Ortelius ne s’est pas contenté de compiler des dizaines de cartes. Il en a unifié les formats, les échelles et les modes de projection, les redessinant en partie. Le travail accompli lui vaudra d’être nommé géographe de Philippe II en 1573. C’est en raison de la mort de son père qu’Abraham, plutôt que de poursuivre ses études, se retrouve apprenti chez un graveur de cartes. Dès 1547, il est inscrit à la guilde de Saint-Luc en qualité d’enlumineur. Il va faire une rencontre décisive en 1554, celle du grand Gerardus Mercator, qui vient de publier sa célèbre carte de l’Europe. Mathématicien, ce dernier lui transmet sa passion, et Abraham délaisse la seule enluminure pour devenir un cartographe de premier plan. Parmi les ajouts apportés au Theatrum orbis terrarum, le nom latin de notre ouvrage, il faut citer celui de 1579 : trois cartes historiques, accompagnées de textes explicatifs. Elles préfigurent le noyau du développement d’un véritable atlas géographique, qui sera poursuivi après la mort de notre géographe. Une œuvre de longue haleine…
Vendredi 11 octobre, salle 7, Drouot-Richelieu.
Oger - Blanchet SVV. M. Siegelbaum.

Jehan de Baudreul (1455-1532), répertoire généalogique des ducs de Longueville, 1512-1516, 32 feuillets de parchemin à l’encre noire illustrés de 32 blasons peints, 38 lettrines peintes et une peinture en frontispice, 25,8 x 17,9 cm.
Frais compris : 50 000 €.
Les ducs de Longueville
La généalogie est une passion qui peut coûter cher ! La preuve avec les 40 000 €, une estimation doublée, de ce précieux manuscrit établi entre 1512 et 1516 par Jehan de Baudreul, conseiller et président de la Chambre des comptes, et dédié à Louis d’Orléans, duc de Longueville, marquis de Rothelin, comte de Dunois, de Neuchâtel, de Tancarville, énumération non limitative… La famille d’Orléans-Longueville affiche en effet une ascendance royale, les Valois de la dynastie capétienne. Il s’agit d’une branche bâtarde remontant au second fils de Charles V le Sage, Louis Ier d’Orléans. Celui-ci a eu pour maîtresse Mariette d’Enghien, qui lui donna un fils, Jean d’Orléans, comte de Dunois et Mortain (1402-1468), élevé dans la famille légitime de son père. Vaillant soldat, il fut compagnon d’armes de Jeanne d’Arc, grand chambellan de France en 1439 et lieutenant-général du royaume en 1444. C’est de son fils, François Ier d’Orléans Longueville (1447-1491), marié à Agnès de Savoie, qu’est issue la branche qui nous intéresse. François Ier eut deux garçons, François II (1478-1512) et Louis Ier (1480-1516). C’est pour ce dernier qu’a été réalisé notre ouvrage, durant les quatre années où il porta le titre ducal. Fait prisonnier par les Anglais à la bataille de Guinegatte en 1513, il profita de sa captivité à Londres pour négocier le mariage de Louis XII avec Marie d’Angleterre, qui amena le traité de paix. Le frontispice reproduit figure l’arrivée de son épouse, Jeanne de Hochberg, de la maison de Bade. C’est par elle que le comté de Neuchâtel échut aux Longuevilles, qui le conservèrent jusqu’en 1717. Notre manuscrit recense la dynastie des Orléans-Longueville et détaille l’ensemble de leurs nombreuses possessions.
Jeudi 17 octobre, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez SVV. Cabinet Vallériaux.

Nord de la France, vers 1440-1450, Heures à l’usage de Thérouanne, in-4o de 139 feuillets de vélin décorés par le « vigneteur attitré du Maître du Mancel », reliure en cuir brun de la première moitié du XVIe siècle.
Frais compris : 26 840 €.
À l’usage de Thérouanne
Ce livre d’heures composé vers 1440-1450 recueillait 22 000 €. Calligraphié sur peau de vélin, sa rareté tient au fait qu’il est à l’usage du diocèse de Thérouanne (Pas-de-Calais), une cité alors prospère. Elle sera rasée sur ordre de Charles Quint en 1553 au cours de la dixième guerre d’Italie, provoquant en 1557 la suppression du diocèse. Le site ne sera habité de nouveau qu’à partir du XIXe siècle. Thérouanne a été érigé en évêché par saint Achaire de Noyon au VIIe siècle. Son évêque le plus connu est saint Omer, nommé par Dagobert Ier. C’est près de Thérouanne qu’il fonde un monastère qui provoquera la naissance de la ville de Saint-Omer. On relève dans les vingt-quatre pages du calendrier de notre livres d’heures de nombreux saints vénérés dans les diocèses de Thérouanne, d’Amiens et de Saint-Omer. Chaque mois s’inscrit en tête dans une bordure dorée et commence par une initiale peinte et dorée à l’or fin. Ajoutons pour le reste de l’ouvrage des bordures latérales marginales, avec rinceaux filigranés feuilletés d’or et peints de fleurs variées, une infinité d’initiales dorées ornementées et surtout cinq peintures données à un artiste récemment identifié par l’universitaire Marc Gil comme le «vigneteur attitré du Maître du Mancel». Celui-ci a notamment réalisé la décoration secondaire de plusieurs manuscrits prestigieux entre 1445 et 1555, tels que l’exemplaire de la Fleur des histoires, conservé à la Bibliothèque royale de Bruxelles, et celui des Grandes Chroniques de France de la Bibliothèque nationale de Russie à Saint-Pétersbourg. Hélas, la présence de décorations sur sept pages laisse penser, qu’à l’origine, notre manuscrit comptait douze peintures. Il reste L’Annonciation, La Trahison de Judas, Le Lavement des mains, La Flagellation du Christ et La Crucifixion.
Mardi 15 octobre, salle 12, Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés SVV. M. Galantaris.

Livres d’heures, Horae in laude beatissimis, virginis Mariae, Ad usum Romanum … au chiffre de Marie de Médicis, Paris, 20 octobre 1531, un volume in-8°.
Frais compris : 212 750 €.
Belles heures de la renaissance
Les bibliophiles débattaient avec ferveur ce magnifique ouvrage. Rudement bataillé entre la salle et plusieurs téléphones, il pulvérisait les estimations, prudemment avancées autour de 5 000 €. Ses principaux atouts ? D’abord son insigne rareté, on n’en connaît qu’un autre exemplaire appartenant aux collections du musée Condé à Chantilly. Dédié à la Vierge Marie, il montre aussi le raffinement des livres d’heures à la Renaissance, comme le décrit Firmin Didot au milieu du XIXe siècle dans son Catalogue raisonné : «Sous le rapport de l’ancienneté, de la pureté du style du dessin et de l’exécution typographique, il est le plus beau spécimen de l’art français à la Renaissance.» La qualité et la fraîcheur des illustrations mettent en valeur l’emploi de l’or à la feuille subtilement hachuré. Les gravures sont réalisées au trait tandis que le texte lui-même est prodigieusement mis en valeur par des bordures splendides ; elles marient avec bonheur les arabesques, les emblèmes, les devises ainsi que des symboles variés tels le «F» couronné de François Ier et le «C» couronné de son épouse Claude de France. Notre ouvrage, proposé en excellent état de conservation, a été donné en «présent» à Marie de Médicis, fille de François, grand duc de Toscane, épouse d’Henri IV, puis régente de France comme en témoigne une reliure ; exécutée à la fin du XVIe ou au tout début du XVIIe siècle, elle arbore le double «M», entouré d’une couronne de laurier. Avec de tels avantages, il suscitait la convoitise des amateurs, des musées et du négoce international. À 100 000 € étaient encore en lice une dizaine d’enchérisseurs. Il intègre la bibliothèque d’un grand amateur européen.
Bayeux, dimanche 20 octobre.
Bayeux Enchères SVV. M. Guillebaud.

René Char (1907-1988), Artine, Paris, Éditions surréalistes, chez José Corti, 1930, l’un des deux exemplaires numérotés hors commerce sur japon, avec un frontispice sur cuivre d’après Salvador Dalí, in-4o, 24 feuillets, broché, avec un envoi autographe à Dalí.
Frais compris : 108 990 €.
René Char, pour Dalí
Par définition multiple, le livre imprimé peut se muer en œuvre unique grâce à plusieurs facteurs, augmentant par là significativement sa valeur vénale. Adjugé 90 000 €, cet exemplaire d’Artine de René Char est non seulement une édition originale, mais aussi l’un des deux volumes sur japon numérotés hors commerce ayant le privilège, avec trente exemplaires de tête sur grands papiers divers, d’être illustrés d’un frontispice gravé sur cuivre d’après Salvador Dalí. Il affiche de plus une origine de choix, étant l’exemplaire de l’artiste, ce qu’atteste un envoi du poète : «À Salvador Dalí, son ami par n’importe quel temps». En août 1930, René Char fait escale chez le peintre à Cadaqués en compagnie de Paul Eluard et de Nusch. Il choisit cette gravure pour son livre, qui paraîtra en novembre chez José Corti, avec lequel il est ami depuis plusieurs années. À cette époque, Char est de tous les combats des surréalistes : il fonde en juillet avec Aragon, Breton et Eluard la revue Le Surréalisme au service de la révolution, défend L’Âge d’or de Buñuel – interdit de projection et saisi le 11 décembre –, attaque l’Exposition coloniale, sans oublier un coup de couteau reçu le 14 février lors d’une bagarre au bar Maldoror… Artine est une rêverie sur une femme idéale qui s’incarne dans différentes rencontres ayant rythmé la vie du poète. Pour Dalí, l’année 1930 est également riche puisqu’il peint son fameux Guillaume Tell, conservé à Beaubourg, parabole notamment sur la gestion des désirs par son père, opposé à sa liaison avec Gala. Dans notre frontispice, Éros et Thanatos tiennent une place centrale. L’une des muses de Char, Lola Alba, portait le nom d’une noyée déchiffré sur une tombe. Elle réapparaîtra en 1931 dans L’action de la justice est éteinte.
Mardi 26 novembre, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre SVV. M. Nicolas.

Juda Abravanel, dit Léon l’Hébreu (vers 1460-vers 1521), Dialogi di amore, Venise, in casa de Figuioli di Aldo, 1541, In-12, reliure d’époque en maroquin rouge à riche décor aux petits fers.
Frais compris : 118 678 €.
Dialogues amoureux
Ces Dialogi di amore de Léon l’Hébreu présentent l’alliance entre une édition recherchée d’un texte de référence et une parure d’époque, en maroquin, à riche décor allégorique. Cet heureux mariage était valorisé à 98 000 € d’après une estimation haute très nettement inférieure. Enchère à l’appui, l’expert de la vente Emmanuel de Broglie le rappelle : «La reliure est l’écrin qui transforme un livre en objet d’art.» Orné d’un médaillon abritant un oiseau dans un paysage, le premier plat porte le titre abrégé de l’œuvre, le second présentant le même décor avec, inscrite dans le médaillon, la mention «Apollonii philareti» – et une amitié en dessous. La première publication de ce texte le fut en langue italienne à Rome, en 1535. Il a été traduit en quatre langues, notamment en français par Tyard et en latin par Sarasin. Notre édition en italien est la première réimpression aldine, davantage recherchée que l’originale. L’ouvrage, présenté sous la forme de trois dialogues entre Philon et Sophia, développe l’idée que l’amour est le fondement de l’univers et la clé de l’union avec  Dieu. Médecin, poète et philosophe juif né à Lisbonne, Léon l’Hébreu – Isaac ben Juda Abravanel de son vrai nom – a été marqué par le néoplatonisme de Salomon ibn Gabirol et de Maimonide. Spinoza lui aurait emprunté le concept d’amour intellectuel de Dieu. Fils du trésorier d’Alphonse V, il a étudié la médecine et la philosophie juive et arabe avant de partir pour l’Espagne en 1483, puis en Italie après l’expulsion des juifs de ce pays. Il a notamment enseigné la médecine à l’université de Naples. Ses Dialogi di amore, rédigés en italien, sont les premiers écrits philosophiques connus édités en langue vernaculaire plutôt qu’en latin.
Mercredi 27 novembre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) SVV. M. de Broglie.

André Gide (1869-1951), Voyage au Congo, suivi du Retour du Tchad, Paris, Gallimard, 1928, avec trois volumes regroupant les 204 photographies de Marc Allégret prises durant le voyage, 64 illustrant l’ouvrage.
Frais compris : 210 685 €.
Bibliothèque Villepin
Estimée à la hauteur de 1,5 M€, la bibliothèque de Dominique de Villepin (voir encadré page 73 de la Gazette n° 40) défiait les pronostics en engrangeant 2 848 396 € frais compris. Rappelons que le 19 mars 2008, le ministre avait fait disperser à Drouot par la même maison de vente sa bibliothèque impériale pour un montant de 1 126 232 € frais compris (voir Gazette 2008 n° 12 page 50). Le sommet de nos deux jours d’enchères étaient atteint le jeudi avec les 168 000 €, estimation quintuplée, d’un exemplaire de luxe sur japon non justifié de la première édition illustrée du Voyage au Congo… d’André Gide, accompagné de 204 photographies prises par Marc Allégret au cours de ce périple (voir reproduction). Envoyé en mission officielle, l’écrivain n’en a pas moins dénoncé les abus du système colonial. L’exemplaire de l’édition originale de L’Homme révolté (Paris, Gallimard, 1951), d’Albert Camus, portant la dernière dédicace de l’auteur à Jean-Paul Sartre et à Simone de Beauvoir, montait à 72 000 €. La condamnation par Camus du totalitarisme stalinien allait briser la relation entre les deux hommes et symboliser la fracture idéologique des intellectuels français. À 66 000 €, l’estimation était doublée pour l’un des quelques exemplaires sur peau de vélin de l’édition originale de La Constitution française, présentée au roi le 3 septembre 1791… (Paris, Imprimerie nationale, 1791), luxueusement relié d’époque en maroquin bleu nuit orné d’emblèmes révolutionnaires. La littérature américaine, pays où Dominique de Villepin a été en poste en tant que diplomate, était récompensée par les 60 000 € d’un des 495 exemplaires de l’édition originale des Leaves of Grass (Brooklyn, New York, 1855) de Walt Whitman, imprimés par le poète à ses frais. L’édition originale de L’Archipel du goulag de Soljenitsyne illustrant l’encadré précité ne trouvait pas preneur. Terminons en signalant que l’homme d’État a fait don de dix numéros aux Archives nationales et que des préemptions étaient réalisées au profit de la Bibliothèque nationale, de la ville de Nantes, du musée d’Arras et des archives départementales du Pas-de-Calais.
Jeudi 28 et vendredi 29 novembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés SVV. M. Forgeot.

Charles Perrault (1628-1703), Histoires ou Contes du temps passé. Avec des moralitez, Paris, Claude Barbin, 1697, on-12, reliure d’époque en veau brun, filet à froid, dos orné, pièce de titre de maroquin rouge.
Frais compris : 962 500 €.
Perrault record
L’édition originale des célèbres Contes de Perrault confirmait son statut d’extrême rareté avec les 770 000 € recueillis par cet exemplaire, estimé au plus fort 500 000 €. Il s’agit du plus haut prix obtenu pour un livre imprimé français. Seuls quatre exemplaires de l’édition originale sont recensés. L’un, incomplet d’un feuillet et doté d’une reliure moderne, est conservé à la Bibliothèque nationale, un deuxième avec reliure d’époque est à la bibliothèque de la Sorbonne, tandis qu’un troisième, avec reliure doublée de Trautz-Bauzonnet, a appartenu à plusieurs bibliophiles, du comte de Fresne à Clayeux. Le dernier, en reliure d’époque, est celui d’Adolphe Gaiffe ayant figuré dans la dispersion d’une petite partie de sa bibliothèque organisée du 18 au 20 avril 1904. Il s’agit de notre exemplaire. Rappelons que des recherches récentes ont permis de distinguer l’édition originale des Contes, jusque-là confondue avec une deuxième édition publiée la même année – et réalisée dans le même atelier typographique – présentant une collation identique. On distinguait auparavant deux types d’exemplaires : l’un avec errata et l’autre sans, les fautes étant corrigées. Dans l’ouvrage dirigé par Claire Badiou-Monferran Il était une fois l’interdisciplinarité. Approches discursives des contes de Perrault (Academia, 2010), le conservateur à la Réserve des livres rares Jean-Marc Chatelain les a enfin distinguées, considérant que l’atelier typographique avait procédé «à une recomposition complète de l’ouvrage, à la seule exception de l’épître dédicatoire». Notre exemplaire est le seul en mains privées à posséder sa reliure d’origine, exécutée dans le même atelier que celle de l’exemplaire de la Sorbonne. Il est possible que l’édition originale ait été destinée à l’entourage de la dédicataire du texte, Élisabeth-Charlotte d’Orléans, nièce de Louis XIV, auprès de laquelle Perrault ambitionnait une place de secrétaire.
Lundi 9 décembre, Hôtel du Louvre.
Binoche et Giquello SVV, Wemaëre - de Beaupuis - Denesle Enchères SVV. M. Courvoisier.

Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806), L’Architecture, Paris, chez l’auteur, 1804, titre, feuille de dédicace, 240 pages et 125 planches.
Frais compris : 36 330 €.
Ledoux visionnaire
Comme son maître Jacques-François Blondel, Claude-Nicolas Ledoux est académicien. Cependant, loin d’embrasser les convictions de ses aînés, il s’avère très critique à l’égard des réalisations architecturales de son temps. Dans L’Architecture considérée sous le rapport de l’art, des mœurs et de la législation, seul tome publié de son vivant, il expose sa vision de la discipline autour de son utopie de la ville de Chaux – cité idéale pourvue de tous les équipements nécessaires –, qu’il rêvait de construire autour de la célèbre saline d’Arc-et-Senans (débutée en 1775), et du théâtre de Besançon. L’exemplaire de l’édition originale vendu atteignait 30 000 €, dépassant ainsi son estimation. Il est à toutes marges et compte cent vingt-cinq planches, sa reliure étant moderne. En homme des Lumières, cet architecte fonctionnaliste voue à l’Antiquité une admiration sans borne et fait de son art un moyen privilégié de l’amélioration des fondements économiques et sociaux. Dès 1773, il fait graver ses projets en vue de la réalisation d’un livre. Au fil des années, plusieurs graveurs s’attelleront à la tâche, dont Nicolas Ransonette, Masquelier le Jeune et Sellier. Ledoux n’hésite pas à faire modifier ses dessins afin de les adapter à l’évolution de sa pensée. L’une des planches les plus célèbres est celle reproduite. Intitulée Le Coup d’œil du théâtre de Besançon, elle a fasciné les surréalistes, au point que Magritte s’en est inspiré pour Le Faux Miroir (1928). Notre ouvrage devait être suivi de trois autres consacrés au reste de son œuvre. Seul un second, réalisé à partir des documents et cuivres laissés par Ledoux, paraîtra en 1846. Un exemplaire de ce rarissime volume figure, à la suite d’un autre exemplaire du premier, dans la vente de la bibliothèque d’architecture d’un amateur, organisée le 6 mars par Alde à l’hôtel Meurice.
Jeudi 6 février, salle 13 - Drouot-Richelieu.
Yann Le Mouel SVV. M. Benelli.

Anonyme, campagne française du Mexique, album grand in-folio de quatre-vingt-quatre aquarelles et quatre dessins sur papier fort, 1862-1867, reliure moderne mosaïquée de Florent Rousseau. Frais compris : 34 425 €.
Mexique 1862-1867
La malheureuse aventure mexicaine de Napoléon III a laissé une trace significative, dans l’histoire de l’art, sous la forme des tentatives d’Édouard Manet de décrire un événement de l’histoire contemporaine. Ses trois grands tableaux traitant de l’exécution de Maximilien de Habsbourg-Lorraine questionnent autant l’un des grands genres de la peinture académique – celle d’histoire – à l’heure de la modernité que l’engagement politique de l’artiste. Cet album vendu 29 000 € raconte, à la manière d’un véritable reportage en aquarelles, les nombreux épisodes de l’expédition qui allait aboutir à la triste fin de l’époux de Charlotte de Belgique. Anonyme, il a été attribué au marquis de Blosseville,officier attaché à l’état-major du corps expéditionnaire français au Mexique. Il compte quatre-vingt-quatre aquarelles – et quatre dessins – exécutées entre 1862 et 1867 et pour la plupart légendées. À noter que certaines concernent la Martinique, sans doute saisies à l’occasion d’une escale durant la première traversée. Les scènes sont décrites avec soin, non sans humour dans certains cas, la satire n’étant pas non plus absente. Alternent des sujets pittoresques, d’autres étant directement liés à l’expédition, comme des vues de campements, défilés, transports et même d’émeutes à Puebla. Cette ville a été le théâtre d’une première bataille le 5 mai 1862, au terme de laquelle le général Zaragoza a repoussé les forces françaises, ces dernières reprenant la place le 19 mai de l’année suivante, après deux mois de siège. Notre aquarelliste, sans doute reparti avec les troupes de Napoléon III, n’assistera pas à l’exécution de l’empereur du Mexique, fusillé le 19 juin 1867.
Mercredi 19 février, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Audap-Mirabaud SVV. M. Galantaris.

Livre d’heures manuscrit pour un prince de la maison de France, 1475, in-8°, école de Tours, 165 x 113 x 40 mm.
Frais compris : 123 600 €.
Livre princier
Les bibliophiles débattaient avec ferveur ce magnifique livre d’heures, espéré autour de 18 000 €. Provenant de la bibliothèque d’un grand amateur, il était proposé dans un bel état de conservation. La reliure ancienne travaillée en maroquin noir porte un monogramme «C. P.» au centre des plats. Comportant cent quatre-vingt-onze feuillets sur vélin, il s’embellit de cent quarante-cinq petites miniatures au calendrier ainsi que de trente-neuf grandes enluminures ; l’ensemble se détache d’un fond agrémenté de motifs ornementaux variés. La mise en page du manuscrit, les lettrines enluminées et les bordures richement décorées signent probablement un ouvrage de l’école tourangelle. Comme dans les Heures du Duc de Berry, on y trouve l’évocation des occupations mensuelles : mars illustre ainsi le mois des labours. La qualité et la fraîcheur des enluminures mettent en valeur l’emploi de l’or à la feuille subtilement hachurée. À ces critères s’ajoutent la variété des compositions et la diversité du répertoire décoratif. La miniature ci-contre, tirée de l’Ancien Testament, montre «Job abandonné à Satan», entouré d’effrayants démons. Également d’une grande spontanéité, plusieurs miniatures représentent  des scènes du Nouveau Testament telle «La Résurrection de Lazare» ; d’autres représentent encore des saints à l’exemple de saint Nicolas, particulièrement vénéré en Touraine. Notre livre d’heures bénéficie enfin d’un pedigree prestigieux. Il était destiné à un prince de la maison de France qui venait de recevoir l’ordre de Saint-Michel. Âprement disputé entre des musées, le marché et des collectionneurs, il était finalement adjugé à un bibliophile français, qui l’emportait au sextuple des estimations.
Roubaix, lundi 17 février.
May & Associés SVV. M. Giard.

Tycho Brahé (1546-1601), Opera omnia, Francfort, Joannis Godofredi Schonvetter, 1648, deux parties en un volume in-4o,reliure d’époque en maroquin rouge armorié.
Frais compris : 23 560 €.
Tycho Brahé aux armes
Incontestablement, François de Rignac (1580-1663), procureur général du Roi en la cour des aides de Montpellier, était féru d’astronomie. En témoigne cet exemplaire de l’Opera omnia de Tycho Brahé, publié à Francfort en 1648. Luxueusement relié en maroquin rouge d’époque aux armes de notre magistrat – d’azur au lion d’or, accompagné de cinq canettes d’argent rangées en orle –, il dépassait à 19 000 € son estimation. Cette édition collective regroupe l’Astronomiæ instauratæ progymnasmata et De mundi ætherei recentionibus et phænomenis du célèbre astronome danois. Ces deux textes ne constituent pas son œuvre complète, puisqu’il manque son premier traité, publié en 1573, De nova stella. De mundi ætherei recentionibus et phænomenis paraîtra en 1577 et l’Astronomiæ instauratæ progymnasmata, sous le titre d’Astronomiæ instauratæ mechanica, en 1598. Le tirage de cette dernière édition, réalisée à Hambourg par Philip von Ohrs sur la presse de Tycho, s’est résumé à moins de cent exemplaires. L’édition post mortem de 1602, devenue «progymnasmata», a été réalisée à Nuremberg par Levinus Hulsius. Elle se distingue par son titre, un traitement moins luxueux que la première et l’ajout d’un portrait de l’astronome… Le tout sous la supervision de son assistant, Johann Kepler, qui va poursuivre les travaux de son maître et aboutir aux fameuses lois sur le mouvement des planètes qui portent son nom. C’est grâce à la précision des mesures de la trajectoire de Mars effectuées par son aîné que Kepler a pu énoncer ses théories. On doit aussi à Brahé de notables améliorations concernant la connaissance de la Lune, la prise en compte de la réfraction et la mise au point d’une table de correction. Les instruments d’observation et de mesure qu’il a imaginés furent déterminants pour l’exactitude de ses relevés.
Mercredi 26 février, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. M. Courvoisier.

Jules Verne (1828-1905), Le Tour du monde en 80 jours, 217 pages, grand in-8°, Paris, Jules Hetzel et Cie, sans date (1873).
Frais compris : 22 800 €.
Un fabuleux tour du monde
De fervents bibliophiles animaient cette vente marseillaise, attirés par cet exemplaire rarissime des  Voyages extraordinaires écrits par Jules Verne. Mêlant avec habileté science et fantastique, ils regroupent en l’espace de quarante ans, soixante-deux romans et dix-huit nouvelles, habillés le plus souvent de reliures magnifiques. Neuf ans après son premier manuscrit, Cinq Semaines en ballon, Jules Verne publie Le Tour du monde en 80 jours. Durant l’automne 1872, il le fait d’abord paraître en feuilleton dans Le Temps, puis l’édite l’année suivante chez Pierre-Jules Hetzel, à Paris. Notre exemplaire, provenant d’une importante vente régionale, appartient à ce premier tirage. Indiqué autour de 1 200 €, il s’embellit de cinquante-sept gravures signées par Alphonse de Neuville et Léon Benet dit Benett. Ce dernier, conservateur aux hypothèques, profite de ses nombreux voyages de fonctionnaire aux colonies – Algérie, Indochine, Martinique et Nouvelle-Calédonie – pour remplir des carnets de notes et de croquis. Ces illustrations, dressant le cadre exotique du périple, complètent merveilleusement l’univers fantastique de Jules Verne. Notre exemplaire est aussi recouvert d’une reliure de l’éditeur ; la plaque est l’œuvre d’Auguste Souze et le premier plat s’orne d’un éventail et de deux éléphants. Proposé en bon état et à la gouttière pure, il s’agit enfin d’un cartonnage d’essai d’une insigne rareté, inconnu pour ce titre en volume simple de tous les bibliographes. Notre Tour du monde en 80 jours enthousiasmait le négoce international et les amateurs avertis. Pulvérisant les estimations, il rejoignait la bibliothèque d’un passionné de l’auteur de Michel Strogoff.
Marseille, dimanche 23 février.
Marseille Enchères Provence SVV. G. de Dianous et E. Dard. M. D’Aspect.

Giovanni Battista Piranesi (1720-1778), collection de 21 ouvrages, Rome, 1748-1780, 15 volumes in-folio, reliure d’époque française en veau écaillé.
Frais compris : 610 900 €.
De architectura…
Attendue autour de 2,5 et 3,5 M€, cette bibliothèque consacrée à l’architecture, réunie par une famille de passionnés, était vivement disputée. Elle totalisait 4 536 250 € frais compris, sept enchères à six chiffres étant marquées et onze lots seulement ne trouvant pas preneur. Sept préemptions étaient par ailleurs prononcées, pour un cumul de 606 950 € frais compris, réalisées au profit de la Bibliothèque nationale, du château de Versailles, du Centre des monuments nationaux, des Archives de France et de la médiathèque de Roanne. La plus haute enchère, 500 000 €, était l’une des rares à ne pas atteindre l’estimation, par ailleurs fréquemment largement dépassée. Elle concerne une collection de 829 gravures (dont l’une reproduite) de Piranèse en tirage romain, probablement réunie du vivant de l’artiste par Charles-Nicolas Duclos-Dufresnoy (1734-1794), un notaire très lié à Necker. Elle est répartie en vingt et un ouvrages avec texte, dont les fameuses Carceri d’invenzione en seconde édition. Un exemplaire à belles marges et abondamment annoté à la sanguine dans la première moitié du XVIe siècle de la rare édition princeps du De re ædificatoria (Florence, di Lorenzo, 1485) d’Alberti était poussé jusqu’à 280 000 €, sur une estimation haute de 60 000. L’auteur s’y montre influencé par Vitruve, dont l’ouvrage ici le plus couru, 130 000 €, était un exemplaire de la première édition en langue italienne de De architectura… (Côme, da Ponte, 1521). Sa reliure, d’époque et réalisée en Allemagne, est en veau brun avec un riche décor estampé à froid, comprenant notamment le portrait de Maximilien Ier. Les trois albums commandés par le duc d’Antin étaient tous préemptés. La Bibliothèque nationale emportait moyennant 220 000 € le plus valeureux, le Recueil des plans, élévations et vues du château de Petit-Bourg (1730) de Jean Chaufourier, dont l’un des vingt-cinq dessins aquarellés ornait la couverture de la Gazette n° 4. Citons encore les 200 000 € d’un exemplaire de la seconde édition du Recueil choisi des plus belles vues des palais, châteaux et maisons royales de Paris et ses environs (Paris, Chereau-Basan, [après 1753]) de Jacques Rigaud, l’un des rares à être illustrés de 129 vues perspectives mises en couleurs à l’époque à la gouache et aquarelle.
Jeudi 6 mars, Hôtel Meurice.
Alde SVV. M. Meaudre.

Johann Hevel (1611-1687), Selenographia sive Lunae descriptio, Dantzig, 1647, in-folio, reliure ancienne en demi-veau brun.
Frais compris : 32 980 €.
Dans la lune
L’estimation de 10 000 € avancée sur cette édition originale du Selenographia sive Lunae descriptio de Johann Hevel, plus fréquemment appelé Hevelius, prenait en compte l’absence du frontispice et du portrait de l’auteur. Les cent onze planches décrivant toutes les phases de la lune – une première pour l’époque – étant toutefois présentes, l’adjudication finale s’établissait nettement plus haut, à 27 000 €. Notre astronome avait donné en 1640 la description de l’astre, mais la gravure sur cuivre de l’ensemble des vues, réalisée par ses soins pour davantage de précision, a décidé d’une publication de l’ouvrage en 1647. Issu d’une famille de Dantzig très aisée, Hevel avait les moyens de ses ambitions. Non content de faire édifier en 1641 sur sa maison son propre observatoire, il avait obtenu des rois de Pologne le privilège de posséder une imprimerie et un atelier de gravure, le tout regroupés dans un même bâtiment… De l’observation au livre, il n’y avait que quelques pas ! C’est Kruger, son professeur de mathématiques, qui l’a poussé à s’intéresser à l’astronomie. Le jeune homme a étudié la mécanique et le dessin et s’est lancé dans un tour d’Europe des établissements scientifiques s’intéressant à cette matière. Son traité sélénien va établir sa réputation. Il y évalue notamment l’altitude des montagnes et y découvre le balancement apparent de la Lune, appelé «libration». Ses travaux ne se limitent pas à la périphérie de la Terre. En étudiant les taches du Soleil, il en déduit sa période de rotation et sera le premier à décrire les facules. À partir de 1657, il débutera un catalogue stellaire plus complet que celui de Tycho Brahé, mais qui sera publié post mortem, en 1690.
Mercredi 5 mars, salle 14 - Drouot-Richelieu.
Bailly-Pommery & Voutier Associés SVV. M. Galantaris.

Heures de la Vierge Marie, fin du XVe siècle, manuscrit en latin sur peau de vélin, 133 feuillets avec treize miniatures, in-12 relié dans la première moitié du XIXe siècle en maroquin vert.
Frais compris : 64 480 €.
Heures de la Vierge
Estimé entre 12 000 et 15 000 €, ce livre d’heures de la vierge Marie de la fin du XVe siècle était convoité, puisqu’il enregistrait au final 52 000 €. Il est écrit en latin, le texte étant émaillé de très nombreuses initiales peintes ou dorées, dont plusieurs contenant des fleurs : paquerettes, pensées, bleuets… Il débute traditionnellement par un calendrier dont les marges ont servi, au début du XVIIIe siècle, de livre de raison, des annotations y annonçant divers décès. Les pages de prière contiennent les pépites de l’ouvrage, soient treize miniatures à pleine page peintes dans des encadrements architecturaux dorés. Elles illustrent bien évidemment plusieurs scènes de la vie de la Vierge, en commençant par l’Annonciation, mais aussi – reproduite – une gloire apostolique avec la sainte trinité surplombant des papes, cardinaux et évêques. Traditionnellement, ces représentations n’illustrent pas directement les prières, étant davantage des images de dévotion invitant à la méditation du lecteur. Rappelons que les livres d’heures, contrairement aux bréviaires, sont à l’usage des laïcs et qu’ils sont destinés, comme l’indique leur appellation, à suivre la liturgie des heures, c’est-à-dire la prière quotidienne répartie en plusieurs offices, de trois à huit selon les cas. Les premiers de ces ouvrages apparaissent en France et dans le sud des Pays-Bas dans le courant du XIIIe siècle, succédant aux psautiers. Notre manuscrit a été composé alors qu’ils atteignaient leur plus grande popularité, notamment grâce à l’imprimerie.
Mercredi 23 avril, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Drouot-Estimations SVV. M. Martin.

Louis Renard, Poissons, écrevisses et crabes, Amsterdam, 1754, 2 tomes in-folio reliés en un volume, maroquin rouge d’époque. Frais compris : 61 500 €.
Curiosités de la mer des Indes
Estimé au plus haut à 15 000 €, âprement disputé entre neuf téléphones, les internautes de DrouotLive et les bibliophiles présents en salle, cet ouvrage d’histoire naturelle était finalement emporté pour 50 000 €. Il est dédié à la faune aquatique des îles Moluques et des côtes des terres australes. Si ses illustrations d’une remarquable fraîcheur ont séduit les amateurs d’aujourd’hui, on imagine aisément la grande surprise des lecteurs du début du XVIIIe siècle, découvrant l’exotisme des créatures marines, la faune de l’océan Pacifique étant alors inconnue en Europe. Anticipant le risque de scepticisme, l’éditeur a d’ailleurs tenu à préciser que les nombreux spécimens aux couleurs extraordinaires, dont la rareté et la beauté sont soulignées, ont été peints d’après nature et sont accompagnés de descriptifs. Ces derniers s’avèrent cependant plus anecdotiques que scientifiques… Les illustrations sont tirées des planches de deux collections de dessins réalisés pour Baltazar Coyett et Adrien Vander Stell, gouverneurs successifs d’Amboine, dans l’archipel des Moluques, en Indonésie. Samuel Fallours en est l’auteur. Engagé comme simple soldat au service de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, notre homme troque ses armes contre des crayons une fois en poste dans l’île, de 1706 à 1712. Il fut l’un des premiers à décrire les «poissons, écrevisses et crabes» de la région. Si le premier tome de notre recueil est plutôt réaliste, le second, bien plus fantaisiste, se termine par une planche dépliante figurant une sirène (voir détail page 82). Dédicacé au roi George Ier d’Angleterre, notre volume est une seconde édition de l’ouvrage publié en 1719 par Louis Renard. Il a été réalisé en 1754, après la mort de l’éditeur travaillant pour la couronne britannique. Imprimé la même année, mais illustré de gravures non aquarellées, relié par ailleurs en vélin moderne, le même ouvrage récoltait 4 200 €…
Samedi 26 avril, Versailles.
Éric Pillon Enchères SVV. M. Benelli.

René de Parcevaux (1615-1750), La Prize de Riogeneiro en 1711, Brésil et Louisiane, manuscrit, 1708-1720, 89 feuillets reliés dans un volume in-folio.
Frais compris : 31 200 €.
A l’assaut de Rio
La célèbre baie de Rio était la vedette d’une vacation morlaisienne, en avant-première de la Coupe du monde de football. Au XVIe siècle, cette région produisait une teinture rouge très recherchée des Européens le «rouge Brésil», thème d’un roman de Jean-Christophe Ruffin, prix Goncourt 2002. Devenue colonie portugaise, grande pourvoyeuse d’or, elle est aussi, deux siècles plus tard, un important nœud stratégique, au cœur d’un trafic maritime intense entre les Amériques, les colonies africaines et l’Europe. Au moment de la guerre de Succession d’Espagne, le roi du Portugal, partisan de la Grande Alliance contre les Bourbons, fait de ses terres d’outre-mer des cibles pour les corsaires français et les soldats de Louis XIV. Un an après la défaite de Jean-François Duclerc, les navires du Malouin René Dugay-Trouin pénètrent en 1711 dans la baie de Rio. L’un d’entre eux est commandé par René de Parcevaux, issu d’une famille aristocratique bretonne (voir Gazette n° 18, page 160). Capitaine, il rédige son journal de bord. Soixante pages du manuscrit provenant de la descendance familiale relatent les diverses péripéties de la prise de la ville. Bénéficiant de la brume, l’armada française conquiert d’abord plusieurs îles, où elle installe des batteries. Bombardant Rio, elle s’en empare, puis la force à payer de lourdes rançons et à libérer un millier de prisonniers français. Avec minutie, René de Parcevaux dresse en 21 dessins la topographie détaillée de la baie de Guanabara au début du XVIIIe. Au final, notre précieux manuscrit, bataillé ferme entre la salle et plusieurs téléphones, était acquis au double des estimations.
Morlaix, lundi 12 mai.
Dupont & Associés SVV. MM. Farré, Nicolas.

Seyyed Huseyin, mars 1839, coran ottoman manuscrit en écriture naskhi, enluminé de feuilles dorées, motifs floraux et palmes saz, reliure à rabat en cuir peint aux deux ors, 16 x 10,5 cm.
Frais compris : 43 750 €.
Coran ottoman
Ce coran ottoman daté du mois de mouharram 1255 de l’Hégire, soit mars 1839, atteignait 35 000 €. Son estimation ne dépassait pas 5 000 €. Il est signé de Seyyed Huseyin, un élève de Mahmoud Jalal ud-Din (1750-1829), comme l’indique le colophon inscrit sur fond doré dans un panneau fleuri. Mahmoud Jalal ud-Din est reconnu comme étant l’un des plus grands calligraphes de son époque, créateur de son propre style d’écriture dénommé «celit tulut», entre le tulut et le naskhi. Notre manuscrit est rédigé pour sa part en écriture naskhi de quinze lignes par page, des feuilles dorées marquant la fin des versets tandis que dans les marges, des motifs floraux et des palmes saz rythment les groupes de cinq et dix vers. Les titres des sourates sont pour finir inscrits à l’encre blanche dans des bandeaux colorés à rinceaux fleuris. Dès la seconde moitié du XVe siècle, les corans ottomans s’inspirèrent des exemplaires iraniens réalisés à Chiraz, Tabriz et Hérat. Une influence s’expliquant en partie par la prise de Tabriz, en 1514, et la déportation qui s’ensuivit de nombreux artistes à la cour d’Istanbul. L’écriture coranique la plus utilisée est alors de style naskhi, pratiquée par le calligraphe ottoman Cheik Hamdullah (1429-1520). Elle deviendra la principale graphie coranique durant la période ottomane, les en-tête des sourates étant, comme dans notre exemplaire, en blanc sur fond or. De même, l’enluminure en bleu sur fond or se généralise, agrémentée de volutes et de fleurs. L’introduction au XIXe siècle de la lithographie ne fera pas disparaître les copies manuscrites richement enluminées, enchères à l’appui !
Mercredi 28 mai, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Ader SVV. Mme David.
Johannes Blaeu (1598-1673), Le Grand Atlas, ou Cosmographie blaviane, en laquelle est exactement descritte la terre, la mer, et le ciel, Amsterdam, Johannes Blaeu, 1663, douze volumes in-folio, reliures d’époque en vélin.
Frais compris : 488 356 €.
Le monde est son royaume…
Ce monumental atlas universel de Johannes Blaeu est considéré comme le chef-d’œuvre de la cartographie hollandaise. Il recueillait une enchère à la hauteur de son statut, 400 000 €, soit le double de l’estimation basse. Cette édition amstellodamoise de 1663 compte douze volumes riches de dix frontispices avec rehauts d’or, 598 cartes et vues, la plupart à double page, et quinze vignettes gravées, le tout finement colorié à l’époque. Il comporte deux cartes et un frontispice non inventorié par Koeman, celui de l’Afrique faisant défaut. Enfin, parfaitement conservés, nos livres peuvent s’enorgueillir de toujours posséder leur première reliure, celle en vélin doré de l’éditeur. Cet atlas a bien entendu d’abord été publié en hollandais avant de l’être en plusieurs langues, la moins complète – neuf volumes – étant paradoxalement celle de son idiome d’origine. La française est la plus exhaustive, la latine possédant un volume de moins. L’Asie et l’Amérique ont bénéficié, pour le royaume de Louis XIV, d’importants enrichissements. Fils du cartographe officiel de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, Willem Blaeu (1571-1638), Johannes a travaillé avec son père à partir de 1631 avant de prendre sa succession, avec son frère Cornelis, à la tête de l’affaire familiale de cartographie, d’édition et d’imprimerie. Willem a été l’élève du célèbre astronome danois Tycho Brahe et s’installe à son compte en 1605. Il va se livrer à une guerre autant commerciale que scientifique avec son concurrent le plus direct, Jocodus Hondius. Johannes poursuit l’aventure de l’Atlas novus commencée par son père, qu’il publie en trois volumes en 1640, quatre en 1645, six en 1655, pour finalement arriver à notre Atlas major… L’incendie qui détruira le 23 février 1672 l’imprimerie mettra un point final aux activités de l’entreprise.
Mercredi 18 juin, Salle 2 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés SVV. M. Forgeot.
François Levaillant (1753-1824), Histoire naturelle des perroquets, Paris, Levrault, Schoell & Cie, 1801-1805. Deux volumes sur papier vélin fort satiné reliés d’époque en maroquin à long grain bleu nuit, orné par Jonas Fröding à Amsterdam.
Frais compris : 174 682 €.

Ouvrage unique
Multiple par excellence, le livre peut se muer en œuvre unique et ainsi générer une forte plus-value, comme c’était le cas de cet exemplaire de l’Histoire naturelle des perroquets. Estimé au plus haut 30 000 €, il était poussé jusqu’à 143 000 €. Il a été offert par l’auteur au naturaliste et ornithologue hollandais Coenraad Jacob Temminck (1778-1858), ce qui explique la reliure d’époque, réalisée par le maître amstellodamois Jonas Fröding (1763-1808). Le père du récipiendaire, Jacob, est trésorier de la Compagnie hollandaise des Indes et amateur d’histoire naturelle. Il va permettre à un jeune ornithologiste français, François Levaillant, de partir en 1781 pour l’Afrique du Sud, où celui-ci collectera plus de deux mille oiseaux, qu’il rapportera en France. Mais son travail fait l’objet de vives critiques et l’homme se voit contraint de vendre son cabinet, à la fin des années 1790, malgré le succès de la publication de son Voyage dans l’intérieur de l’Afrique (1790), traduit en plusieurs langues. L’État français lui faisant une offre trop modeste, il est vendu, une grande partie rejoignant grâce à Temminck les collections du Muséum d’histoire naturelle de Leyde, dont Coenraad Jacob sera le premier directeur en 1820. D’abord commissaire-priseur, Ce dernier s’oriente vers l’étude des oiseaux. On comprend que l’exemplaire que lui destinait Levaillant soit tout à fait soigné. Outre les 14 – sur 145 – planches gravées d’après les aquarelles de Jacques Barraband, et minutieusement coloriées à la main, il contient quatorze aquarelles de têtes de perroquets, trois par Barraband et onze par un certain Pieter Barbier, à qui l’on doit également le splendide frontispice reproduit, dessiné et aquarellé. On ne présente plus Barraband, dont les aquarelles déclenchent les passions lors de leurs rares apparitions sur le marché. Rappelons simplement qu’il a réalisé pour les ouvrages de Levaillant environ trois cents œuvres, ensuite gravées.
Jeudi 26 juin, salle 8 - Drouot-Richelieu.
Audap-Mirabaud SVV. M. Galantaris.
Félix Youssoupov (1887-1967), un album et un cahier avec les autographes, poésies et notes commémoratives de ses invités, l’album oblong in-8o et le cahier in-8o avec deux dossiers, un manuscrit et de la correspondance.
Frais compris : 49 400 €.

Félix Youssoupov
Cet ensemble ayant appartenu aux archives de Félix Youssoupov était estimé aux alentours de 1 000 €. Il était disputé bien au-delà, puisqu’il en générait 38 000. Il est riche de deux libri amicorum : un album relié par Peterssen à Saint-Pétersbourg et comprenant des autographes de ses invités, avec des inscriptions commémoratives, contes et poésies datés de 1917 et 1918, et un cahier contenant des autographes et envois entre les années 1919 et 1945. Ils sont accompagnés d’un manuscrit, probablement celui de son livre Avant l’exil, et d’un dossier de correspondance avec les différents éditeurs de l’ouvrage ainsi que des documents le concernant. Il s’agit du premier volume, sur deux, de ses mémoires, publiés en 1952 et 1954. Devenu l’une des grandes figures de l’émigration russe et de la haute société parisienne, Félix Youssoupov est avant tout connu pour avoir été l’un des tueurs du redoutable Raspoutine. Les Youssoupov, famille princière d’origine tataro-mongole, disposaient d’une fortune considérable, la tradition voulant qu’ils fussent plus riches que le tsar. Félix avait d’ailleurs épousé la nièce de ce dernier, la grande-duchesse Irina Alexandrovna. Dans son ouvrage pourtant sur les grandes collections de la Russie impériale, paru chez Flammarion en 2004, Emmanuel Ducamp écrit qu’ils formaient tous deux «sans doute le plus beau couple russe d’avant la révolution bolchévique». Il était également le seul héritier, après le décès de son frère en 1908, des immenses collections familiales, confisquées par les bolchéviques. Le prince a pu sauver quelques pièces, au nombre desquelles deux portraits de Rembrandt, aujourd’hui conservés à la National Gallery de Washington. La vente des quelques trésors réchappés de cet ensemble a permis aux Youssoupov de subvenir à leurs besoins.
Jeudi 10 juillet, salle V.V.
Cazo SVV.
Felice Beato (1834 -1903), Vues du Japon, in-folio, 76 photographies coloriées ou en noir et blanc, vers 1860, 22 x 26 cm, 17 x 22 cm.
Frais compris : 30 275 €.
Album japonais
L’album de photographies conquiert, durant la seconde moitié du XIXe siècle, une place de choix dans les bibliothèques grâce aux progrès techniques. Comme un aide-mémoire idéal, il rappelle aussi bien des événements collectifs que des histoires personnelles. C’est le cas de notre album, annoncé autour de 3 200 €. Un ex-dono manuscrit placé au premier feuillet précise que le recueil a été offert le 21 juin 1868 à Léon Roches (1809-1901), alors consul général de France à Edo, au Japon, par son personnel et ses serviteurs. Durant les quatre années de son mandat, le diplomate aide à la modernisation du shogunat, encourage l’établissement d’une école franco-japonaise. L’album, habillé d’une reliure usagée, comprend une cinquantaine de vues coloriées, extraites de la série Views of Japan. Elles sont l’œuvre du photographe Felice Beato, un Vénitien né à Corfou et naturalisé anglais. Ouvrant un studio au Japon à Yokohama, il prend pour associé Charles Wirgman, un dessinateur, lui enseignant l’art de la photographie coloriée. Fin observateur, Felice Beato représente la société japonaise contemporaine, alors en pleine mutation. Des métiers, des scènes de rue y côtoient des Yakonins en costumes traditionnels ainsi que des figures martiales de samouraïs. À ce fond historique s’adjoignent vingt et une vues tirées en noir et blanc. Elles figurent les bâtiments de la légation française à Yokohama, la rade de Nagasaki et les environs de Edo… Certaines photos sont devenues aujourd’hui des témoignages irremplaçables, car plusieurs monuments ont été endommagés ou détruits un siècle et demi plus tard. Notre album, indiqué autour de 3 200 €, suscitait donc une rude bataille de collectionneurs. Elle se livrait d’abord entre des musées, des amateurs et le négoce international avant de s’achever en un âpre duel entre deux acheteurs européens. Décuplant les estimations, il recueillait l’enchère la plus élevée de cette vente, devenue en vingt ans le rendez-vous estival incontournable des bibliophiles.
Montignac-Lascaux, vendredi 22, samedi 23 et dimanche 24 août.
Galateau Pastaud SVV. Cabinet Poulain.
Le Témoin, du n° 1 du 21 octobre 1906 au n° 31 du 3 décembre 1910, 189 numéros en cinq volumes grand in-4o, reliures en demi-chagrin de différentes couleurs.
Frais compris : 17 080 €.
Paul Iribe graphiste
La première partie de la collection d’André Bernard, qui avait totalisé 1 095 547 € frais compris les 17 et 18 novembre 2011, était entièrement consacrée à Sacha Guitry. Notre amateur passionné – manager d’artistes, programmateur d’émissions de télévision et ami d’enfance du photographe Lucien Clergue – s’est également intéressé aux arts du spectacle, sujet de cette deuxième dispersion. Elle était nettement dominée par les 14 000 €, d’après une estimation haute de 1 500, obtenus par une collection quasi complète de la revue Le Témoin, créée en 1906 par Paul Iribe (1883-1935). Si la postérité a principalement retenu son rôle clé dans la naissance de l’art déco, on oublie qu’il fut un graphiste novateur ayant débuté sa carrière en 1901 comme caricaturiste dans Le Rire, puis pour d’autres revues. Sa rencontre avec Dagny Bjornson-Langen, épouse du richissime éditeur allemand Albert Langen, dont elle s’est séparée, va conduire à la création du Témoin. Ce journal sera un véritable laboratoire pour Iribe, qui va y développer sa maîtrise de la mise en page et de la typographie. Il invitera d’autres artistes à y participer, comme Juan Gris, Lyonel Feininger, Jean Cocteau ou encore Sacha Guitry… La collection vendue de cette publication semble être la plus complète connue à ce jour. Sur les 190 numéros publiés durant les cinq années de son existence, seul manque ici le numéro 48 de l’année 1908. Cet exemplaire est celui du second mari de Dagny Bjornson,  offert par elle avec la dédicace suivante : «À Georges Sautreau je dédie ce Témoin reconnaissant ainsi que toute ma gratitude à moi». À noter, la résurrection de la revue en 1933, et pour soixante-neuf numéros, toujours sous la houlette de son fondateur.
Jeudi 2 octobre, salle des ventes Favart.
Ader SVV. M. Martin G.
Henri Hondius (1573-1650), Jean Jansson (mort vers 1666) et Jean Blaeu (1598-1673), Atlas novus, sive Theatrum Orbis Terrarum, Amsterdam, chez Jansson, 1645 et 1642, 319 cartes doubles en couleurs dans trois volumes in-folio reliés d’époque en plein vélin ivoire.
Frais compris : 64 000 €.
Atlas novus
On ne présente plus l’imprimeur amstellodamois Jean Jansson, à l’origine notamment de beaux atlas qui, rehaussés de couleurs, trouvent toujours preneur. Les trois volumes proposés cette semaine, riches de 319 cartes doubles dues à Jansson, mais aussi aux cartographes – également éditeurs – Henri Hondius et Jean Blaeu, rapportaient 50 000 €. Le premier débute par la page de titre reproduite, suivie d’une préface au lecteur d’Hondius et Jansson, puis d’une «Introduction à la cosmographie», comportant plusieurs dessins en couleurs. L’atlas proprement dit s’ouvre par une mappemonde, à laquelle succèdent les différentes cartes du pôle Arctique et de l’Europe britannique, puis des parties septentrionales, et enfin celles de la Germanie, précédées d’une page de titre coloriée. Les cartes de la Norvège et du Sundgau, normalement présentes, semblent manquer. Les deux autres volumes possèdent également une page de titre illustrée en couleurs, le dernier étant complété d’un grand plan dépliant du New Hampshire. La polychromie restée fraîche des planches de cet ensemble a participé au résultat obtenu. Ce type d’ouvrage était extrêmement onéreux, l’Atlas Major de Jean Blaeu imprimé à Amsterdam entre 1662 et 1672, fort de pas moins de 594 cartes et d’environ trois cents pages de texte, étant considéré comme le livre le plus cher de son époque. Il a été publié en latin, en français, en néerlandais et en allemand. Jean Jansson a travaillé de concert avec Henri Hondius, reprenant l’atlas mis en œuvre par le père de ce dernier, Josse Hondius. Ils en produirent toute une série d’éditions, différentes les unes des autres et parues en plusieurs langues.
Mercredi 15 octobre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez SVV. Cabinet Vallériaux.
Seconde moitié du XVe siècle. Livres d’heures à l’usage de Troyes, manuscrit sur peau de vélin, en écriture gothique, reliure XIXe.
Frais compris : 72 000 €.
Heures troyennes
Cette étude champenoise dispersait la bibliothèque de feu Henri Lardanchet (1947-2014), libraire lyonnais et célèbre expert, décédé en janvier dernier. Digne représentant de la troisième génération de libraires installés entre Rhône et Saône depuis la fin du XIXe, il était un amoureux inconditionnel du livre. Provenant justement de sa collection, ce livre d’heures, indiqué autour de 12 000 €, était débattu avec enthousiasme. Comportant cent soixante-six feuillets, il se distingue par d’habiles compositions de lettrines et de figures purement ornementales. Habillé d’une reliure en velours cramoisi, il s’embellit de quatorze enluminures au tracé raffiné (6,5 x 9 cm environ). Leur qualité et leur fraîcheur mettent bien en valeur l’emploi de l’or à la feuille subtilement hachurée. Inspirées du Nouveau Testament, elles représentent la Vierge à l’Enfant, saint Jean dans l’île de Patmos recevant l’Esprit Saint ; d’autres montrent des scènes directement liées à la vie de Jésus comme l’Annonciation, la Nativité, la Pentecôte. Certaines enluminures proches du Maître du Missel de Troyes ont fait que notre livre d’heures est attribué à cet artiste ou à un peintre enlumineur appartenant à son entourage. On y trouve encore la présence de deux saints spécifiquement champenois : sainte Mastidie ou sainte Mathie, servante d’un boulanger troyen et saint Aventin un disciple de saint Loup. À ces critères s’ajoute encore un important livre de raison concernant la famille Lardanchet, dont le patronyme se rencontre à Troyes depuis le milieu du XVIe siècle. Bataillé ferme entre la salle, huit téléphones, notamment de bibliophiles anglais et belges, il a été emporté par un acheteur parisien au sextuple des estimations.
Troyes, vendredi 17 octobre.
Boisseau - Pomez SVV. M. Harnisch.
Gérard Mercator (1512-1594), Atlas, sive cosmographicæ meditationes de fabrica mundi et fabricate figura. Editio decima, Amsterdam, Henri Hondius, 1630, 164 planches gravées sur cuivre.
Frais compris : 27 720 €.
Mercator et Hondius
Cet exemplaire de la dixième édition de l’atlas de Gérard Mercator, complété par Jodocus Hondius, quadruplait à 22 000 € son estimation. Renfermant près de 190 cartes réparties sur 164 planches, il était considéré comme l’un des ouvrages cartographiques les plus performants de son temps. Rappelons que l’on doit à Mercator un système de projection appliqué pour la première fois en 1569 à une grande carte du monde, permettant de conserver les angles et de cette manière, d’avoir les proportions véritables. Les marins pouvaient ainsi directement reporter sur la carte les angles mesurés au compas. Son grand œuvre géographique, l’Atlas, sive cosmographicæ…, paraît pour la première fois en 1585. Il sera réédité dix ans plus tard par deux de ses fils, Rumold et Arnold. En 1604, Jodocus Hondius achète aux petits-fils de l’inventeur les impressions de son atlas, devenu incomplet depuis la parution du célèbre Theatrum orbis terrarum d’Abraham Ortelius. Le cartographe le republie en y intégrant vingt-six cartes supplémentaires, certaines étant de sa conception. Le succès est immédiat, nécessitant une deuxième édition, accompagnée d’une version de poche, l’Atlas minor. Le décès d’Hondius ne mettra pas fin à l’aventure, ses fils Josse et Henri la poursuivant en s’associant, après 1633, avec Jean Jansson. L’édition latine de 1630 qui nous intéresse est enrichie de neuf nouvelles cartes. Elle est considérée come la dixième de l’Atlas… de Mercator, avec une édition française. Cent cinq feuilles sont de la main du maître, les autres étant des Hondius et d’autres géographes.
Mardi 21 octobre, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Kapandji - Morhange SVV. M. Gillot.
Diderot (1713-1784) et D’Alembert (1717-1783), Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, 35 volumes, Paris, 1751-1780, chez les libraires Le Breton, David, Durand et Briasson.
Frais compris : 75 000 €.
Fabuleuse encyclopédie
Dans un nouvel hôtel des ventes, rue de Castries, au cœur du Lyon historique et proche de l’ancienne abbaye d’Ainay, cette étude dispersait durant deux jours la bibliothèque du château de Rambuteau. L’un de ses membres les plus fameux fut Claude Philibert Berthelot de Rambuteau, préfet de la Seine, qui s’employa sous la monarchie de Juillet à moderniser Paris. Les ouvrages, très disputés des bibliophiles avertis, recueillaient 532 762 € frais compris. Plusieurs lots dépassèrent largement leurs estimations à l’image des 14 000 € inscrits sur Faits mémorables des empereurs de la Chine, un album in-folio d’Isidore Stanislas Helman daté de 1786. Certains ont aussi doublé leurs attentes comme cet exemplaire de la mémorable Encyclopédie. Rassemblant l’ensemble des connaissances humaines, elle reste la plus grande entreprise d’édition du siècle des Lumières. Elle a pour dessein d’établir un «tableau général des efforts de l’esprit humain dans tous les genres et dans tous les siècles». Denis Diderot et Jean Le Rond d’Alembert en font ainsi un dictionnaire universel et raisonné, auquel collaborent les spécialistes les plus éminents, au nombre d’une centaine. Parmi eux se rangent Buffon, Rousseau, Voltaire… Répertoriant les savoirs, les 71 800 articles incitent aussi le lecteur à se forger une opinion critique. Éditée de 1751 à 1772, elle occupa pendant vingt-quatre ans un millier d’ouvriers et connut un succès considérable, réconciliant l’esprit, la matière et la technique. Notre exemplaire, annoncé autour de 30 000 €, était proposé entièrement sur beau papier. Présenté dans un état absolument complet, il renferme toutes les planches qui ont été imprimées dans un tirage superbe. Très convoité, il était acquis largement au double des estimations par un fervent bibliophile.
Lyon, samedi 31 janvier et dimanche
1er février. Conan Hôtel d’Ainay SVV. M. Van Eecloo.
Attribué à Henri de Ferrières (1354-1377), Sensuyt le livre du roy Modus et de la royne Racio qui parle du deduit de la chasse a toutes bestes sauvaiges…, Paris, à l’enseigne de la Roze blanche couronnée, 1526, in-12, reliure en maroquin rouge janséniste à dentelle à motifs cynégétiques de Trautz-Bauzonnet.
Frais compris : 145 320 €.
Traité cynégétique
La fiche du catalogue indiquait que cette très rare édition du Livre du roy Modus et de la reine Ratio… n’était connue qu’à quelques exemplaires. Estimée pas plus de 5 000 €, elle était pourchassée jusqu’à 120 000 €. Ce tirage parisien a été effectué très exactement à la date du «premier iour du moys de mars mil cinq centz vingtsix», et vendu «en la grant rue sainct Jacques a lenseigne de la Roze blanche couronnée». Il s’agit d’une des deux parties du Livre du roi Modus. L’ouvrage initial comprend deux textes distincts : tout d’abord le Livre des deduis, le nôtre, un traité de chasse, et ensuite le Songe de pestilence, soit un long poème allégorique sur les malheurs et les vices du temps. Dans celui qui nous concerne, le roi Modus (la bonne manière) instruit ses apprentis sur les habitudes des animaux – cerf, chevreuil, sanglier, loup, renard et autre lièvre – et les manières de les chasser. Son épouse, la reine Ratio (la raison), ajoute quant à elle, çà et là, des commentaires édifiants et didactiques. Un long chapitre est également consacré à la fauconnerie et à la chasse au vol, «tant a la raitz a la tonnelle que a la pipée…». La partie cynégétique de l’ouvrage original est souvent éditée seule. La Bibliothèque nationale conserve par exemple une édition parisienne de 1524 réalisée par Janot, illustrée de figures sur bois dans le texte, comme la nôtre. L’ouvrage – complet, ou une de ses deux parties – a été manuscrit et richement enluminé à trente-deux reprises, et a fait l’objet de plusieurs édition anciennes, celle-ci étant la quatrième. Henri de Ferrières est son auteur présumé.
Mercredi 4 février, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Libert Damien  SVV. M. de Broglie.
Gérard Mercator et Jodocus Hondius, L’Atlas ou Méditations cosmographiques de la fabrique du monde et figure diceluy, Amsterdam, Jodocus Hondius, 1609, deux volumes in-folio, reliures d’époque en demi-basane.
Frais compris : 41 174 €.
Mercator et Hondius
Cet exemplaire de l’édition de 1609 en français du célèbre Atlas établi par Jodocus Hondius empochait 34 000 €. Ses deux volumes contiennent cent quarante-six cartes, un titre-frontispice, un double portrait et quatre titres intermédiaires, le tout mis en couleurs. Comme l’indique le frontispice, le graveur et cartographe flamand a donné la paternité de toutes les planches réalisées au grand Gérard De Kremer, plus connu sous son nom latinisé de Gerardus Mercator (1512-1594), lui-même n’apparaissant que comme éditeur. Son ouvrage bénéficie ainsi de l’aura du plus important cartographe du XVIe siècle, le grand adversaire d’Abraham Ortelius, ce dernier ayant le premier publié un atlas mondial, son fameux Theatrum orbis terrarum (1570). Mercator adopte une approche plus scientifique, collectant le maximum d’informations pour représenter le monde. Cette volonté fait qu’à sa mort son grand-œuvre n’est pas achevé. En 1578, il publie vingt-huit cartes et entre 1585 et 1589, soixante-treize autres. Le grand atlas qu’il avait projeté devait en compter environ cent vingt. Après son décès, son fils Rumold fait paraître en 1595 une version complétée de trente-quatre planches de son père jamais publiées, mais il manque encore des régions du monde, comme la péninsule ibérique… L’entreprise familiale fait faillite en 1604. Les cuivres semblent alors avoir été cédés au libraire et éditeur Cornelis Claesz (vers 1551-1609), lequel s’est associé à Jodocus Hondius. En 1606, ils publient la première édition de notre ouvrage, où l’on retrouve les cent sept cartes de l’édition de 1595, auxquelles Hondius en a rajouté trente-sept nouvelles afin d’en faire un atlas mondial. Le succès est immédiat, et une deuxième édition paraît en 1607-1608. Selon la bibliothèque de l’université d’Utrecht, l’édition en français de 1609 est la première effectuée dans une autre langue que le latin.
Jeudi 12 février, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) SVV. M. de Broglie.
Louis-François Cassas (1756-1827), La Porte du Theil, Legrand & Langlès, Voyage pittoresque de la Syrie, de la Phoenicie, de la Palestine et de la Basse-Égypte, Paris, imprimerie de la République an VI & an VII (1799-1800), trente livraisons sous chemise bleue, 192 planches.
Frais compris : 46 620 €.
Un voyage inachevé
Cet exemplaire du Voyage pittoresque de la Syrie, de la Phoenicie, de la Palestine et de la Basse-Égypte provenant de la bibliothèque d’un château de la Sarthe était bataillé jusqu’à 37 000 €, son estimation n’en excédant pas 10 000. Il compte 192 planches, ce qui pourrait en faire le plus complet passé en vente. Cette aventure éditoriale, restée inachevée et jamais republiée, devait totaliser 330 illustrations. Seulement trente livraisons ont été effectuées, chaque exemplaire présentant un nombre de planches inégal. Le bibliophile Sefik E. Atabey estime que leur nombre moyen s’établit à 180. Elles ont été gravées d’après les dessins, et sous la direction, de Louis-François Cassas. Cet élève de Joseph-Marie Vien et de Lagrenée le Jeune a œuvré pour le comte de Choiseul-Gouffier. Ambassadeur de France auprès de la Sublime Porte à Constantinople entre 1784 à 1792, ce dernier est l’auteur d’un Voyage pittoresque de la Grèce dont le premier volume, publié en 1782, lui a apporté la gloire et ouvert les portes de l’académie. Durant son séjour ottoman, il poursuit ses découvertes. Si Choiseul-Gouffier invente le «voyage pittoresque», Cassas va largement contribuer au genre. Après avoir été commissionné, en 1782, par une société d’amateurs des beaux-arts pour une série de vues de l’Istrie et de la Dalmatie qui seront publiées en 1802, le comte l’envoie saisir les sites, monuments et scènes de genre de notre ouvrage, certains l’étant pour la première fois. Si l’entreprise est restée inachevée, c’est à la suite d’une action en justice de l’ancien diplomate, exilé en Russie, qui allait s’atteler à la préparation de la publication du deuxième volume de son Voyage pittoresque… après son retour en France en 1802.
Il s’agit justement des régions couvertes par le nôtre, dont les textes sont dus à l’helléniste et traducteur des classiques grecs Gabriel de La Porte du Theil,  l’orientaliste Louis Langlès et l’architecte et historien Jacques-Guillaume Legrand.
Mardi 3 mars, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Kapandji - Morhange SVV. M. Salmon.
Johannes Gutenberg (vers 1400-1468), feuillet de la bible latine à 42 lignes, Mayence, entre 1452 et 1454/1455, monté dans un album in-folio relié par Stikeman & Cie en maroquin bleu.
Frais compris : 66 250 €.
Relique de l'impremerie
Dans la vente de la bibliothèque de Guy Bechtel, c’est en toute logique que l’enchère la plus élevée, 53 000 € d’après une estimation haute de 30 000, revenait à cette feuille détachée de la première bible latine imprimée par Gutenberg. Notre bibliophile, spécialiste des ouvrages gothiques français, dont il a publié un catalogue, a également commis un ouvrage de 697 pages couronné par l’Académie française, Gutenberg et l’invention de l’imprimerie (Paris, Fayard, 1992). Notre feuillet imprimé recto verso en caractères gothiques textura est le 257e de l’Ancien Testament et comprend une partie du livre IV d’Esdras. En vergé, il porte le filigrane – une tête de taureau surmontée d’une étoile – d’un des trois papiers fabriqués dans des moulins près de Caselle, dans le Piémont, importés par l’imprimeur allemand. Il provient d’un exemplaire fragmentaire que possédait au début du XXe siècle Gabriel Wells, libraire new-yorkais qui vendit chaque feuillet indépendamment, le présentant dans un portfolio en maroquin, accompagné d’une introduction et d’un essai bibliographique de A. Edward Newton. Notre bible est le premier grand livre imprimé au moyen des caractères en métal coulé, mobiles et réutilisables, inventés par Gutenberg. Chacune des colonnes comporte 42 lignes, donnant son abréviation «B 42» à l’ouvrage, considéré comme la plus belle réussite de son auteur en raison de l’aspect manuscrit de la typographie, accentuée par le fait que les lettrines ont été enluminées à la main dans des espaces laissés blancs. Le choix des enlumineurs était laissé à la discrétion des acquéreurs. Ces derniers avaient le choix entre des bibles sur papier, pesant 13,5 kg, et d’autres sur parchemin nettement plus lourd, 22,5 kg. Le tirage total est estimé entre 180 et 200 unités. On dénombre actuellement 49 exemplaires survivants, pas tous complets. La Bibliothèque nationale en conserve trois, dont un sur vélin, et la bibliothèque Mazarine un du premier état, tiré sur papier. Ce dernier, celui du cardinal, est entré dans l’histoire car il est le premier à avoir attiré l’attention d’un bibliographe, Guillaume-François De Bure, qui l’a décrit en 1763.
Vendredi 6 mars, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. M. Courvoisier.
Louis-Alexandre Berthier (1753-1815), Relation de la bataille de Marengo, gagnée le 25 prairial an 8, par Napoléon Bonaparte…, Paris, au Dépôt général de la guerre, an XII, in-folio, maroquin rouge armorié.
Frais compris : 28 338 €.
Le "Marengo" de Suchet
Le fleuron annoncé de la vente fleuve d’une bibliothèque napoléonienne tenait toutes ses promesses en doublant quasiment, à 23 000 €, son estimation basse. Il s’agit de cet exemplaire de la Relation de la bataille de Marengo du général Berthier, celui du maréchal Suchet, comme en témoigne son ex-libris. Il a fait l’objet d’un article page 42 de la Gazette n° 9. L’ouvrage aurait été tiré à seulement vingt exemplaires dans ce format, tous destinés aux principaux dignitaires du régime et parés d’une reliure portant les grandes armes impériales. Il joua un rôle capital dans la construction du mythe du futur Empereur en transformant une victoire remportée in extremis contre les Autrichiens, le 14 juin 1800, en une épopée qui définit le paradigme de la bataille napoléonienne. En 2011, dans les Annales historiques de la Révolution française, Cyril Triolaire écrit que cette victoire «participe alors autant à l’entreprise de légitimation d’un pouvoir fragile qu’elle n’assure à nouveau à la France le contrôle de l’Italie septentrionale et démontre la supériorité stratégique de Bonaparte». Cela notamment grâce à la Relation de Berthier, un ministre de la Guerre qui fait œuvre de propagande… L’article de Cyril Triolaire a été rédigé à l’occasion de la parution en 2010 chez Lemme de Marengo, 14 juin 1800, un ouvrage dans lequel Bernard Gainot et Bruno Ciotti remettent en perspective la version de 1805 du texte de Berthier, qui, dixit Triolaire, «laisse à la postérité les images d’un Bonaparte génial à la manœuvre et d’un général Desaix courageux dans le sacrifice». Vous l’aurez compris, la vérité est ailleurs !
Jeudi 12 et vendredi 13 mars, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) SVV. M. Teissèdre.
Nicolas Higman pour Simon Vostre, Hore Beate Marie Virginis secundum usum Romanum cum illius miraculis … , livre d’heures imprimé, ouvrage in-8°, 180 x 120 mm, Paris, 1511-1512.
Frais compris : 60 000 €.
Belles heures imprimées
Les bibliophiles étaient venus nombreux dans l’ancien hôtel Goüin, à Tours. Recueillant 250 000 €, la vente enregistrait deux enchères à 50 000 €. La première s’est portée sur une édition originale de la célèbre Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, réunissant 35 volumes in-folio, chef-d’œuvre de la pensée du siècle des Lumières. En revanche, ce livre d’heures imprimé créa la surprise en étant annoncé autour de 4 000 €. Comportant cent-vingt-huit feuillets, il témoigne de la qualité de l’édition parisienne, qui acquiert au début du XVIe siècle un renom européen. Au premier chef, nous trouvons Simon Vostre, sans doute aussi graveur et miniaturiste. Il imprima sur vélin des livres d’heures, avivés de gravures sur bois d’une facture élégante et au fini impeccable  embellis aussi d’initiales et d’enluminures à la main, dont l’effet est très proche des livres d’heures manuscrits. Notre spécimen en impression bicolore rédigée en caractères gothiques réunit de nombreuses vignettes, des bordures décoratives rappelant des motifs d’orfèvrerie. Il comprend aussi dix-sept grandes planches associant esprit et finesse. Parmi elles, signalons La Danse des morts, un thème très courant à la Renaissance, qui se colore d’images burlesques tout en évoquant la fragilité humaine. Placé dans un emboîtage datant du XIXe siècle, il est encore recouvert d’une reliure du XVIe et portant l’indication «Simon Vostre, 1510». À ces critères s’ajoute encore l’ex-libris gravé d’Ambroise Firmin-Didot (1790-1876), imprimeur et éditeur, qui fit restaurer le château de la Bûcherie, à Saint-Cyr-en-Arthies, en lui ajoutant un bâtiment destiné à une bibliothèque. Rudement débattu entre le marché et divers collectionneurs, il était finalement adjugé à un bibliophile parisien au décuple des estimations et enregistre selon l’expert un record pour un livre d’heures imprimé.
Tours, lundi 23 mars.
Rouillac SVV. M. Veyssière.
Jean Bagnyon (1412-après 1487), Fierabras, Lyon, Martin Havard, 1502, Adenet le Roi (1240-vers 1300), Clamades et Cleremonde, Lyon, Didier Thomas, 1502, Bernard de Tréviers, Pierre de Provence et Maguelone (S.l., S.n, S.d), trois ouvrages en un volume petit in-4o, plein maroquin du XVIe siècle.
Frais compris : 30 186 €.
Imprimés à Lyon
Une austère reliure du XVIe siècle en plein maroquin contenant trois ouvrages enflammait les passions, leur permettant de passer des 8 000 € de l’estimation haute aux 24 500 de son adjudication. Leur sujet s’y prête puisque nous avons affaire à trois livres issus de cycles d’amours chevaleresques et courtois, «beaucoup plus rares que ceux de la légende arthurienne», précise la notice du catalogue de la vente. Mais surtout, deux de ces éditions, abondamment illustrées, ne sont pas connues. Si celle effectuée par Didier Thomas en 1502 de Clamades et Cleremonde d’Adenet le Roi est connue, ce n’est pas le cas de celle de Fierabras de Jean Bagnyon, réalisée par Martin Havard la même année, ni de celle, anonyme et sans date, de Pierre de Provence et Maguelone, écrit par Bernard de Tréviers. Peut-être s’agit-il d’une autre impression de l’atelier de Martin Havard ? Car nous sommes en terre lyonnaise, ville où officient aussi bien cet atelier que celui de Didier Thomas. La première imprimerie lyonnaise a été installée en 1472, sur le quai de la rive gauche de la Saône, par Barthélemy Buyer. Ce descendant d’une vieille famille consulaire était étudiant à la Sorbonne, où il a sans doute fait la connaissance de Johann Heynlin et Guillaume Fichet, qui ont établi en France la première imprimerie. La fin du XVe et le début du XVIe siècle constituent l’âge d’or de l’imprimerie lyonnaise, qui assurait le tiers de la production nationale. Martin Havard s’est installé en 1493, mais nombre de ses ouvrages, principalement en français, ne portent ni marque ni date, ni lieu d’impression. Sa première édition du Roman de Fierabras date de 1496. La nôtre est ornée de quarante-deux bois gravés à mi-page, qui seront partiellement réemployés par Havard dans celle de 1505. Notre recueil d’ouvrages porte l’ex-libris manuscrit de Rolando della Valle, qui a vécu au XVIe siècle à Livourne et Casale Monferrato.
Jeudi 2 avril, salle 12 - Drouot-Richelieu.
Villanfray & Associés SVV.
Lucas Janszoon Waghenaer (vers 1534-1606), Tresorerie ou Cabinet de la route marinesque contenant la description de l’entière navigation et cours de la mer septentrionale…, Amsterdam, 1606, in-4°.
Frais compris : 138 990 €.
Traité de navigation
Les recueils de voyage, notamment ceux à l’usage des marins donnant la description précise des ports et des côtes, se rangent parmi les livres les plus prisés des bibliophiles. Tel est le cas de cet ouvrage, indiqué autour de 6 500 € et provenant d’une bibliothèque régionale. Proposé en état moyen, il a été réalisé par un cartographe, également marin, Lucas Janszoon Waghenaer, originaire d’Enkhuizen, un petit port de pêche hollandais sur le Zuiderzee en Frise-Occidentale. Se qualifiant lui-même de pilote, il édite d’abord en 1577 une première carte dédiée à sa ville natale. En se fondant sur sa propre expérience de navigateur, il rédige ensuite le fameux Speculi marini ou Spieghel der Zeevaerdt. Imprimé dans sa version originale à Leyde, dès 1584, il se veut le plus complet et le plus exact possible, malgré les impératifs techniques. Détaillant l’ensemble des côtes connues au milieu du XVIe siècle, il vaut surtout pour avoir été le premier ouvrage à réunir des informations sur les routes terrestres et maritimes. Pratique et d’une exactitude remarquable pour l’époque, il devient rapidement un incontournable, traduit en plusieurs langues. Lucas Janszoon Waghenaer, qui enseigne à Enkhuizen les connaissances de la mer, rédige encore à la fin de sa vie Tresorerie ou Cabinet de la route marinesque. Notre exemplaire porte une dédicace signée de Bonaventure d’Aseville, un marchand-libraire de Calais. À noter, les légendes en néerlandais comportent en regard leur traduction française. Aux données scientifiques s’ajoute un art consommé de la xylographie. Comportant deux cent vingt-huit pages, il s’embellit de vingt-sept planches chiffrées et repliées que complètent encore quatre planches repliées. Composé avec beaucoup de sens pratique, il séduit par l’élégance de ses illustrations et leur décor. Rudement débattu entre le marché et divers collectionneurs, il pulvérisait ses attentes pour être finalement adjugé à un bibliophile européen averti.
Lyon - Corbas, lundi 1er avril.
Bérard - Péron-Schintgen SVV. Mme Petitot.
Charles Baudelaire (1821-1867), les fleurs du mal,
édition originale, poulet-malassis et de broise, paris, 1857, in-8¢x.
Frais compris : 34 100 €.
 
Fleurs précieuses
Une dispersion d'ouvrages anciens et modernes constituait le premier volet d'une importante vacation à l'hôtel des ventes Saint-Georges. Provenant d'une bibliothèque régionale, ce très rare exemplaire des Fleurs du Mal récoltait l'enchère la plus élevée. Il a fallu près de quinze ans à l'écrivain pour les composer, car elles contiennent la quasi-totalité de sa création en vers, dont « L'Albatros », « À une passante », « L'Invitation au voyage ». Certains poèmes avaient d'ailleurs fait déjà l'objet de publications dans des revues diverses dont le Messager de l'Assemblée, de La Revue des Deux Mondes… En accord avec Edgar Poe, Charles Baudelaire, sans renoncer à l'héritage des romantiques, crée dans cette oeuvre, selon les mots de Victor Hugo, un «frisson nouveau », où l'horreur se mêle à l'extase, la réalité triviale à une beauté sublimée. Le recueil oriente ainsi la poésie française vers le symbolisme, vers des correspondances, où les « couleurs, les parfums et les sons se répondent ». Cet exemplaire du premier tirage, proposé en état complet, comprend donc les six poèmes condamnés comme « Les Bijoux », « Lesbos », et « Femmes damnées ». Dédié au poète Théophile Gautier, il comporte également la faute typographique « Feurs du Mal » aux pages 31 et 108. Habillé d'une reliure en demi-maroquin marron janséniste, il a surtout conservé ses couvertures d'origine, ce qui lui donne toute sa rareté. Avancé autour de 6 000 €, il provoquait la passion des bibliophiles bien qu'il ne précise aucun envoi particulier. Après un rude combat d'enchères, il gagnait la collection d'un particulier français au quintuple des estimations.
Toulouse, mardi 28 avril.
Rémy Fournié SVV. M. Cortès.
Bruges, 1450-1460. Heures selon l’usage de Rome, manuscrit en latin sur parchemin, 109 feuillets, reliure in-8o en velours vert.
Frais compris : 48 032 €.
 
Bruges 1450-1460
Attendu autour de 5 000 €, ce livre d’heures à l’usage de Rome, réalisé à Bruges en 1450-1460, atteignait 38 000 €. Offrant un bel état de conservation, il s’agit d’un «livre d’étal», c’est-à-dire d’un volume préparé à l’avance par un atelier afin d’être commercialisé, et non le fruit d’une commande particulière… Les livres d’heures – ouvrages de dévotion destinés aux laïcs – étaient utilisés aussi bien par les personnalités les plus fortunées que par les couches les plus populaires de la société, auxquelles on proposait des créations moins onéreuses. Notre exemplaire appartient néanmoins aux catégories luxueuses de ce type d’ouvrage, comme en témoigne le soin porté à son ornementation et à son illustration. Il compte onze grandes peintures et vingt et une plus petites, dont le style indique leur provenance brugeoise. Le calendrier et les litanies faisant suite aux psaumes de la pénitence contiennent par ailleurs de nombreux saints et saintes honorés dans les diocèses d’Europe du Nord. Relevons Amand, Vaast, Omer, Amalberge, Walburge ou encore Aldegonde. Une fois vendu, notre manuscrit a rapidement gagné la France, une écriture plus tardive, mais encore du XVe siècle, ayant ajouté des noms plus méridionaux comme sainte Appolonie et le plus rare saint Mammès, traditionnellement honoré dans le diocèse de Langres. Il faut également signaler un autre ajout, celui d’une prière à la vierge Marie, Saluto te sanctissima Virgo Maria. Sur le dernier feuillet, des armoiries ont été peintes sur toile : tour d’argent sur fond de sable écartelé de gueule au lion d’or, écu de France. Notons que le texte, disposé sur une colonne et comptant vingt lignes par page, a également bénéficié d’un soin particulier avec des lettrines ouvragées, grandes et petites, et des ornements de bout de ligne.
Mardi 19 mai, salle 11 - Drouot-Richelieu.
Ferri SVV. Mme Dubourvieux.
Molière (1622-1673), Œuvres complètes, Paris, Urbain Canel, Baudoin frères, Delongchamps, 1826, exemplaire sur chine, reliure de Thouvenin en maroquin aubergine à décor à froid et doré, in-8o.
Frais compris : 28 125 €.
So romantic !
La bibliothèque de livres illustrés romantiques d’Henri Lafond rapportait 483 762 € frais compris. 22 500 € allaient, au double de l’estimation, au rare exemplaire sur chine des Œuvres complètes de Molière, imprimées en 1826 sur deux colonnes sous la direction de Balzac. Il est enrichi de la suite d’Horace Vernet, de celle de Desenne et de celle de Moreau le Jeune, soit soixante-cinq planches et quatre portraits de l’auteur. Le luxueux habillage de Thouvenin fait l’objet de ce jugement autographe de son auteur : «La reliure de ce volume est la plus belle qui soit sortie de mes ateliers». Attendu autour de 4 000 €, l’un des très rares exemplaires sur chine en premier tirage de Paul et Virginie (Paris, Curmer, 1838) de Bernardin de Saint-Pierre, illustré de 450 vignettes gravées sur bois et vingt-neuf planches tirées sur chine, recueillait 12 600 €. La reliure de Cuzin, en maroquin bleu nuit, contient en outre dix autres éléments dont des portraits. À 11 500 €, l’estimation était quasiment doublée pour les deux volumes d’un exemplaire du premier tirage des Scènes de la vie privée et publique des animaux… (Paris, Hetzel et Paulin, 1842) de Grandville, comportant 199 planches et enrichi de 80 épreuves tirées sur chine collé et appliqué sur vélin, de 98 couvertures de livraison sur papier jaune – sur les cent annoncées – et d’un prospectus de quatre pages, les reliures en demi-maroquin rouge cerise étant de Maylander. 11 500 € se répétaient sur les 124 volumes de 122 physiologies, la plupart publiées entre 1840 et 1842, uniformément reliés en demi-maroquin rouge avec coins par Victor Champs. Il s’agit de petits ouvrages humoristiques écrits par les meilleurs auteurs et illustrés par Gavarni, Daumier ou Monnier. L’exemplaire unique des Ballades, fabliaux, nouvelles et légendes (Paris, Curmer, 1842) de La Pléiade, s’en allait pour sa part à 9 200 €.
Vendredi 12 juin, salle 15 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. M. Courvoisier.
Horace Benedict de Saussure (1740-1799), Voyages dans les Alpes, précédés d’un essai sur l’histoire naturelle des environs de Genève, quatre volumes in-4°, Fauche-Borel - Manget, Neuchâtel, 1779 -1786.
Frais compris : 4 464 €.
Saussure, pionnier de l’alpinisme
Les Alpes étaient portées au pinacle de cette vente lyonnaise. Ces quatre ouvrages, attendus autour de 1 500 €, étaient vivement disputés des bibliophiles. Habillés d’une reliure d’époque en veau granité, ils sont l’œuvre d’Horace Benedict de Saussure, naturaliste, physicien et géologue suisse. À l’âge de 20 ans, il séjourne en 1760 une première fois à Chamonix et se passionne pour le mont Blanc. Il y fait ensuite plusieurs ascensions en compagnie de montagnards de la région, qu’on ne nommait pas encore des guides. La plus mémorable est celle du 3 août 1787, durant laquelle il réalise la deuxième ascension du mont Blanc. Étudiant la botanique, la microscopie, la glaciologie, Horace Benedict de Saussure conduit ensuite plusieurs expéditions autour du massif alpin, pour lesquelles il élabore un programme scientifique ambitieux. Il traverse ainsi la chaîne des Alpes, quatorze fois par huit passages différents et mène en outre seize excursions jusqu’au centre de la chaîne. Savant d’une grande acuité, il réunit ses diverses études dans un grand ouvrage intitulé Voyages dans les Alpes. Il y décrit les phénomènes géologiques, les propriétés des roches et des échantillons ramassés en cours de route. Saussure ne néglige pas pour autant les aspects sociaux, culturels et folkloriques des régions qu’il a parcourues. Notre exemplaire, provenant d’une collection régionale et excellemment conservé, était proposé en état complet : il comprend ainsi deux cartes dépliantes, deux tableaux et vingt et une planches gravées d’après des dessins de Bourut et de Saussure lui-même. Doublant les estimations, il était adjugé à un bibliophile également mordu d’alpinisme.
Lyon, mercredi 8 juillet.
De Baecque SVV. M. Ajasse.
Costumes du règne de Louis XIV, Paris, Mariette, vers 1700, in-folio, maroquin rouge, dos à nerf, sur les plats, reliure anglaise, XIXe siècle.
Frais compris : 83 500 €.
Gravure princière
La vente de Montignac, rendez-vous incontournable des bibliophiles, fêtait brillamment ses vingt ans en les transportant au Grand Siècle avec ce recueil de costumes. Présenté comme l’un des lots phares de la vacation, il doublait les attentes et enflammait les amateurs, au moment où l’on célèbre les deux cent cinquante ans de la mort du Roi-Soleil. À tout seigneur, tout honneur, Louis XIV s’y montre accompagné de la famille royale. Il est escorté des familles régnantes d’Allemagne et du Saint-Empire, de Savoie, d’Italie, du Maroc. Ici, il s’agit de Jacques-François-Édouard, prince de Galles, dit le «chevalier de Saint-George» (1688-1766), appartenant à la dynastie détrônée des Stuart. Ayant suivi en France son père Jacques II, converti au catholicisme et allié au roi de France, il grandit au château de Saint-Germain-en-Laye. Le jeune homme apparaît en adepte de la mode créée par Louis XIV, se voulant magnifique. Une ampleur certaine, une somptuosité dans la diversité et l’extravagance des détails distinguent alors le costume masculin tournant le dos à la sobriété. Pour être à la hauteur, les princes de la cour se ruinent en perruques, rubans et dentelles. Portant culotte, le prince de Galles est ainsi revêtu d’un justaucorps, orné de galons et de broderies tissées de fils d’or, dont le bas des manches est dit «en botte». Il est encore coiffé d’une perruque frisée, à longues boucles ; elle est sommée d’un tricorne, probablement avivé de plumes d’autruche. On le voit également arborer un jabot-cravate, un nœud de rubans tout fait qu’avaient importé sous Louis XIII les cavaliers hussards croates. Prenant une pose souveraine, le prince de Galles s’appuie encore sur une canne, symbole de la grandeur princière. Le graveur a enfin pris soin d’aviver le portrait des couleurs de l’Union Jack : le bleu, le rouge et le blanc. C’est aussi un bel hommage au drapeau du Royaume-Uni.
Montignac - Lascaux, samedi 22 août.
Galateau - Pastaud SVV. Cabinet Poulain - Marquis.
Joseph Gilliers (mort en 1758), Le Cannameliste français ou Nouvelle instruction pour ceux qui désirent d’apprendre l’office…, Nancy, Abel-Denis Cusson & chez l’auteur (Lunéville), 1751, in-4o illustré de treize planches dépliantes, reliure en veau marbré, dos à nerfs orné, pièce de titre en maroquin rouge.
Frais compris : 9 450 €.
Tout sur le cannameliste
Roi de Pologne et duc de Lorraine, Stanislas Leszczynski était un fin gourmet, qui ne lésinait pas à la dépense pour que les menus de son château de Lunéville soient à la hauteur de ses attentes. Par mois, les frais de table s’élevaient à vingt mille livres, une somme considérable qui comprend la rémunération d’un personnel nombreux, dont pas moins de cinq chefs cuisiniers, des rôtisseurs, des panetiers, des pâtissiers… Parmi ces derniers se détache un certain Joseph Gilliers. Chef d’office, confiseur et distillateur de Stanislas, il a été formé par François Richard, cuisinier et pâtissier de son état. Le souverain détrôné se consolant en mets sucrés, Gilliers se surpasse. Et son poste est bien particulier. De par son poste, il ne met pas la main à la pâte en cuisine mais, de l’office, orchestre toute la cérémonie des desserts. Il compose en réalité un véritable feu d’artifice ornemental final. Glaces, confitures, eaux parfumées, limonades, bonbons et autres fioritures savamment présentées émerveillent les nobles convives. Il immortalise son art à travers un ouvrage, Le Cannameliste français, dont un exemplaire de l’édition originale était cédé 7 500 € dans une vente à thématique gourmande. «Cannameliste» est un terme d’origine italienne qui désigne la canne à sucre. Longtemps, le miel a été le seul ingrédient propre à délicieusement adoucir les desserts. Les grandes découvertes allaient changer la donne en permettant l’exploitation de la canne à sucre et, ainsi, la fourniture de grandes quantités de la précieuse denrée. Le livre est organisé comme un dictionnaire, avec des entrées alphabétiques concernant aussi bien les recettes que les ustensiles, les ingrédients, les meubles de cuisine, la vaisselle et la décoration. Treize planches illustrent le tout. Dues au crayon de Dupuys, dessinateur des Plaisirs de sa majesté, elles ont été gravées en taille douce par Jean-Charles François, également à l’œuvre sur les plans d’Emmanuel Héré.
Dimanche 20 septembre, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Kapandji - Morhange SVV.
René Héron de Villefosse (1903-1985) et Léonard Tsuguharu Foujita (1886-1968), La Rivière enchantée, recueil in-folio, eaux-fortes originales en couleurs, sous couverture illustrée, Paris, Bernard Klein, 1951.
Frais compris : 68 200 €.
Foujita parisien
Cet ouvrage espéré autour de 27 000 € suscitait l’engouement de nombreux bibliophiles (voir Gazette n° 30, page 75). Provenant d’une bibliothèque régionale, il se range parmi les livres illustrés les plus prisés de Foujita. Dès son arrivée à Paris en 1913, le jeune artiste se fixe à Montparnasse. Là, il rencontre tous les jeunes loups de l’école de Paris : Picasso, Cendrars, Apollinaire, Cocteau. Travaillant aussitôt l’illustration de livres, il commence à graver et réalise aussi bien des eaux-fortes, des bois que des lithographies et des pointes-sèches. Son art, usant de délicates lignes aux contours sombres et étalant des corps d’une blancheur immaculée, acquiert bientôt un style immédiatement reconnaissable. Revenant des États-Unis, Foujita s’installe de nouveau à Montparnasse en 1949. Reprenant une carrière interrompue par la Seconde Guerre mondiale, il renoue alors avec l’illustration. À la demande de l’historien René Héron de Villefosse, grand spécialiste de Paris, il exécute ainsi vingt-sept eaux-fortes pour La Rivière enchantée, que Bernard Klein publie à l’occasion des 65 ans de l’artiste. Tiré à
315 exemplaires, L’ouvrage a donc pour thème Paris, avec plusieurs pages dédiées au long faubourg Saint-Honoré comparé à une rivière enchantée ; bâti au XVIIIe siècle, celui-ci se distingue par ses luxueux hôtels particuliers qui font rapidement pendant au «noble faubourg» Saint-Germain de la rive gauche. Foujita mêle aux vues parisiennes pittoresques d’agréables figures féminines, qu’il traite avec élégance, humour et une certaine spontanéité poétique. Notre exemplaire proposé en bon état et numéroté 33 faisait partie des cinquante imprimés sur japon nacré. Présenté dans un coffret en toile grise de l’éditeur, il enregistre selon l’étude un nouveau record pour l’ouvrage.
Lyon, mercredi 16 septembre.
Artcurial Lyon - Michel Rambert SVV. M. Daval.
Pierre Joseph Redouté (1759-1840) et Claude-Antoine Thory (1757-1827), Les Roses, Paris, Firmin Didot, 1817-1824, 3 volumes in-folio, bradel cartonnage d’époque recouvert de papier glacé, pièce de titre de maroquin lavallière.
Frais compris : 67 100 €.
En noir et en couleurs
Cet exemplaire de l’édition originale des Roses de Redouté, provenant de la bibliothèque de Georges Wendling, était bataillé à 55 000 €, au-dessus de son estimation. Cet ouvrage a été publié en trente livraisons entre 1817 et 1824, en deux formats, un tirage de tête grand in-folio et un autre en petit in-folio. Si notre exemplaire appartient au second type, il est en revanche l’un des rares contenant les 169 planches de roses en double état, le premier en couleurs sur vélin à grain très fin, proche du Whatman, l’autre en noir sur papier chamois, le frontispice étant également en deux états, le portrait de Redouté gravé par Pradier d’après Gérard étant en noir et sur papier chamois. La raison d’être de ce dernier support est avant tout technique. Les imprimeurs anglais avaient en effet remarqué que les gravures au pointillé s’imprimaient mieux avec des cuivres usés. Aussi les imprimeurs de Redouté ont-ils réalisé un certain nombre d’impressions en noir pour émousser les cuivres, cela sur un papier à dominante jaune ocre afin d’obtenir un contraste comparable à celui qu’allait produire les encres de couleur, délayées avec de l’aquarelle, sur du papier blanc satiné. Rappelons que l’impression en couleurs a été faite par Rémond d’après le procédé monotype perfectionné par Redouté, afin de «mieux rendre tout le moelleux et tout le brillant de l’aquarelle». Chaque planche était ensuite rehaussée au pinceau sous la direction de l’artiste. Enfin, notre exemplaire, dans son premier cartonnage, est truffé d’une lettre autographe du «Raphaël des fleurs» à son élève Olympe Arson, peintre de fleurs et de fruits, qui a exposé au Salon de Paris de 1835 à 1842.
Vendredi 2 octobre, salle Rossini.
Alde SVV.
Jules Verne (1828-1905), Vingt mille lieues sous les mers, Hetzel, 1871, cartonnage « personnalisé », bleu marine, 1er tirage, 1er cartonnage, Gardes gris-bleu.
Frais compris : 20 000 €.
Collection vernienne
Bernard Petit a été qualifié par Éric Weissenberg, dans un numéro du Bulletin de la Société Jules Verne de 2004, de «sociétaire et collectionneur avisé». Un avis conforté par les quelques pépites qui parsemaient sa collection, vendue pour un voyage vers d’autres horizons, comme le promet la préface du catalogue. Le sommet était atteint à 16 000 €, d’après une estimation haute de 5 000, par cet exemplaire du premier tirage de Vingt mille lieues sous les mers, contenant les erreurs signalées par Philippe Jauzac dans sa bible des cartonnages verniens publiée chez l’Amateur, avec une coquille supplémentaire dans la légende de la planche des «Paysages sous-marins de l’île Crespo», intitulée «Champignons» alors qu’elle montre des méduses. Les 270 pages de l’unique copie manuscrite du livret de la version théâtrale, écrite avec Édouard Cadol et précédant le roman, du Tour du monde en quatre-vingts jours, montaient à 14 500 € et étaient préemptées par le musée Jules-Verne de Nantes. Rappelons que ce manuscrit est annoté par Verne sur la page de titre. Notre amateur avait également réuni la collection complète des quarante-six cartonnages polychromes dits «dos au phare», dominée par les 8 000 € d’un spécimen de Sans dessus dessous - Le Chemin de France (vers 1898), un tirage «à la sphère dorée» proche du neuf de ce titre, le plus rare de la série. À 7 000 €, les prévisions étaient doublées pour un exemplaire à cartonnage personnalisé vert gazon «aux deux éléphants», relié par Engel, du premier tirage de L’Ile mystérieuse (1875) contenant curieusement, le catalogue no 2, correspondant à 1876-1877. Il en était de même à 6 500 € pour un spécimen du premier tirage avec premier cartonnage, en percaline alvéolée havane, des Enfants du capitaine Grant (1868). Plus démonstratif, un cartonnage «aux tulipes» du premier type, couleur caramel, du Voyage au centre de la Terre (vers 1875) respectait à 6 000 € les prévisions. La plaque «aux tulipes» a été utilisée entre 1875 et 1877.
Vendredi 9 octobre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Boisgirard - Antonini SVV. MM. Embs, Mellot.
Charlotte-Jeanne Béraud, marquise de Montesson (1738-1806), recueil de six comédies et un roman en trois volumes in-8o, Paris ?, 1772-1780, reliure en maroquin rouge aux armes du duc d’Orléans.
Frais compris : 18 500 €.
Marquise de Montesson
Ces trois volumes, reliés aux armes du duc d’Orléans, étaient attendus autour de 4 000 €. Ils en atteignaient 14 800, récompensant ainsi la plume de la marquise de Montesson. Les muses s’étaient penchées sur son berceau, la gente dame ayant appris à peindre les fleurs auprès de Van Spaendonck, à jouer de la harpe, à chanter «de manière à faire le plus grand plaisir» et à être une comédienne de société doublée d’une femme de lettres… À tel point que d’Alembert aurait envisagé de faire entrer les femmes à l’Académie française pour l’y accueillir. Elle a principalement conçu des pièces dans lesquelles elle jouait. Ses écrits furent publiés en huit volumes à Paris, en 1782-1785 chez Didot l’aîné, sous l’intitulé Œuvres anonymes. Elles n’auraient été tirées qu’à douze exemplaires, destinés à l’auteur, sa famille et à ses amis. On sait aussi que quelques livres contenant un choix de ses comédies ont été préalablement imprimés. Nos trois volumes en font partie. Ils contiennent en édition originale six comédies en prose composées entre 1772 et 1780 ainsi qu’un roman, Pauline. Imprimés sur papier vergé fort, ils ont sans doute été offerts par la marquise. Ils portent les armes de son second mari, Louis-Philippe, duc d’Orléans, petit-fils du Régent, qu’elle avait épousé en 1773 avec l’autorisation de l’archevêque de Paris et celle du roi, qui désirait «que le mariage restât secret, autant que faire se pourrait». Elle réussit, selon l’avis de ses contemporains, à vivre dans cette position délicate avec tact et élégance. Veuve du marquis de Montesson, riche gentilhomme du Maine, et ayant hérité de son frère unique, le marquis de la Haye de Riou, elle jouissait d’une très confortable fortune. Cela lui permit de faire édifier à la Chaussée d’Antin, par Alexandre-Théodore Brongniart, un bel hôtel particulier, contenant un théâtre, dans lequel elle divertissait son époux, décédé en 1785. À noter que la philanthropie de la dame lui a valu de traverser la Révolution sans heurts.
Mercredi 21 octobre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. M. Courvoisier.
Louis Meigret (vers 1510-1558), Le Tretté de la grammere françoeze. [Suivi de] La Reponse de Louis Meigret à l’apolojie de Jaqes Pelletier. Defenses de Louis Meigret touchant son orthographe françoeze, contre les censures e calonies de Glaumalis du Vezelet, e de ses adherans, Paris, Chrétien Wechel, 1550, trois ouvrages en un volume in-4o, vélin souple d’époque.
Frais compris : 76 860 €.
Phonétiquement vôtre
Au rang des matières les plus appréciées, la grammaire figure rarement en bonne place. Pourtant, c’est bien elle qui provoquait une forte fièvre d’enchères, permettant à une reliure en vélin contenant trois ouvrages de Louis Meigret d’atteindre 63 000 €, d’après une estimation haute de 12 000. Les bibliophiles auront autant apprécié l’extrême rareté de cette édition originale – dont aucun exemplaire ne semble être passé en vente publique depuis des décennies – que le fait que l’ensemble soit strictement dans son état de parution de 1550, la reliure ne contenant pas la troisième réponse de l’auteur à ses détracteurs, parue l’année suivante… En effet, s’il s’agit de la première grande grammaire de la langue française – rédigée dans celle-ci –, elle ne peut que faire grincer les dents les puristes, puisque notre grammairien lyonnais est également un réformateur. En effet, désireux de simplifier les choses, il a proposé une orthographe phonétique, exposée dans son Traité touchant le commun usage de l’escriture françoise, paru en 1545, notre «tretté» étant son pendant grammairien. On l’imagine, la polémique fit rage, notamment de la part du poète, mathématicien et grammairien Jacques Peletier (1517-1583) ainsi que du poète et polémiste Guillaume des Autels (1529-158?), connu sous le pseudonyme de Glaumalis de Vézelay. Les deux opuscules accompagnant notre traité concernent les arguments de ces deux détracteurs. Malgré tout cela, Meigret sera considéré par le linguiste Charles-Louis Livet (1828-1898) comme le père de la grammaire française, plutôt que Dubois ou Henri Estienne, car «il fallait un homme de cette vigueur, pour poser, avec autant de bonheur, sous une forme souvent définitive, les principes qu’il a mis en circulation.» À l’appui de ce soutien, signalons que si la réforme de Meigret ne fut jamais appliquée, certaines de ses idées ont été reprises par Claude Favre de Vaugelas (1585-1650).
Mardi 10 novembre, salle des ventes Favart.
Ader SVV. M. Busser.
Justin de Naplouse (mort vers 165), Les Euvres de sainct Justin, philosophe & martyr, mises de grec en langage françois, par Jan de Maumont, Paris, Michel de Vascosan, 1559, in-folio, reliure parisienne en veau fauve peint à la cire et doré.
Frais compris : 106 250 €.
 
Louis de Sainte-Maure
Cette riche reliure était assortie d’une estimation haute de 60 000 €. Il fallait prévoir bien plus pour l’emporter, 85 000 €. Elle figurait dans la sixième vente de la bibliothèque de l’industriel Michel Wittock et affiche un pedigree supplémentaire à celui de notre amateur belge de reliures, celui de Louis de Sainte-Maure, créé marquis de Nesle en 1545, comte de Joigny et de Laval. On sait peu de chose de lui, sinon qu’il fut donné en otage en 1559 à la reine Élisabeth d’Angleterre dans le cadre du traité de Cateau-Cambrésis, et qu’il décéda à Paris en 1572. L’homme était en revanche bibliophile, et amateur de belles parures. On ne connaît que cinq reliures ayant garni sa bibliothèque, toutes ayant en commun d’avoir été confiées aux plus talentueux artisans de leur temps. La nôtre semble être la plus luxueuse, réalisée par l’un des ateliers travaillant pour la bibliothèque royale de Fontainebleau. Le nom et les titres de notre amateur sont portés dans un cartouche sur chacun des plats, environné d’un riche décor d’entrelacs et d’enroulements peint à la cire, sur fond criblé de minuscules points dorés. Ces somptueux atours recouvrent la seconde édition, revue et corrigée, de la première traduction française, par l’érudit corrézien Jean de Maulmont, des œuvres de saint Justin de Naplouse, écrites en grec. Ce philosophe, apologète et martyr chrétien est considéré comme ayant posé l’un des premiers jalons dans la séparation entre le christianisme et le judaïsme. Pour ce platonicien, le christianisme est conforme à l’idéal de l’hellénisme, sa doctrine étant en accord avec celle de Socrate, Héraclite et Platon. Il ne reste de son œuvre que deux Apologies et un Dialogue avec Tryphon.
Jeudi 12 novembre, salle Rossini.
Alde SVV.
Michel Guillaume Jean de Crèvecoeur, dit J. Hector Saint-John (1735-1813), Letters From an American Farmer ; Describing Certain Provincial Situations, Manners, and Customs, not Generally Known ; and Conveying Some Idea of the Late and Present Interior Circumstances of the British Colonies in North America, London, Thomas Davies ans Lockyer Davis, 1782, in-8o, reliure de l’époque en basane fauve.
Frais compris : 41 250 €.
Rêve américain
Attendu autour de 2 500 €, un exemplaire du premier ouvrage de Michel Guillaume Jean de Crèvecœur, publié à Londres en 1782, fusait à 33 000 €. Les Letters From an American Farmer… sont l’un des grands classiques de la littérature américaine. Il s’agit de l’exemplaire de l’auteur, avec corrections autographes, de plus destiné à Benjamin Franklin, comme l’indique une dédicace portée sur le faux-titre, rayée mais restant lisible. Crèvecœur est un gentilhomme normand ayant émigré outre-Atlantique. Lieutenant au Canada de 1754 à 1759, il est naturalisé en 1765. Il parcourt alors la plupart des colonies britanniques américaines. En 1769, marié depuis peu, il achète une ferme dans l’État de New York, puis vers 1780, s’embarque pour la France, époque à laquelle est sans doute écrit notre ouvrage. Après la guerre d’Indépendance, notre homme retourne en Amérique, pour y découvrir que sa ferme a été brûlée et sa femme, tuée dans un assaut des Indiens. Ses trois enfants ont disparu, mais seront retrouvés. Crèvecoeur devient consul de France pour les États de New York, du New Jersey et du Connecticut. On lui doit de nombreuses améliorations de l’agriculture et de la botanique, dont l’introduction de semences nouvelles. Il participe également à la création du premier service de bateaux à vapeur reliant la France et le Nouveau Monde, correspond avec Washington et Jefferson, témoin au mariage de sa fille, et connaît Benjamin Franklin. Son ouvrage fut le premier à décrire la vie sur la Frontière, fournissant une image complète des manières, coutumes et de l’éducation, comme de la vie animale et végétale. La deuxième lettre donne une description tellement élogieuse du climat et des produits locaux qu’en résultera une vague migratoire en provenance d’Europe. Les corrections apportées dans notre exemplaire insistent, pour nombre d’entre elles, sur la spécificité de cette nation. Crèvecœur a lui-même anglicisé son nom en «J. Saint-John».
Jeudi 26 novembre, salle des ventes Favart.
Ader SVV. M. Bodin.
Ahmad ibn-Ali, Turquie, 1212 AH (1797), coran, manuscrit sur papier, reliure d’époque en cuir brun estampé, laqué rouge et or.
Frais compris : 134 200 €.
Ottoman, 1797
Ce coran turc provient d’une collection française, constituée au début du XXe siècle. Estimé au plus haut 3 000 €, il était bataillé jusqu’à 110 000 €. Ce manuscrit est signé d’Ahmad ibn-Ali et daté de l’an 1212 de l’hégire, soit 1797. Son double frontispice présente des cartouches et médaillons marginaux floraux finement enluminés, le texte se déployant ensuite sur treize lignes par page en caractères naskhi, la tranche étant entièrement décorée à l’or de palmes et de fleurs. Il est doté d’une reliure d’époque, tout aussi précieuse… Elle est en cuir brun estampé, ornée d’un «tapis» à médaillons et bordée d’entrelacs laqués rouge, les plats intérieurs étant en cuir rouge fileté d’or. Cette couverture se passe du traditionnel rabat qui, l’un étant replié sous le plat, sert à protéger la tranche, les ouvrages étant à l’époque empilés plutôt que rangés côte à côte. Estampée à froid, elle présente des motifs en creux et un décor laqué rouge et or, la richesse de ce dernier faisant écho à celle du double frontispice. Les reliures laquées étaient à la mode dans l’Iran safavide et kadjar, en Inde moghole et bien entendu, dans l’Empire ottoman. À la fin du XVIIIe et au XIXe siècle, certaines reliures ottomanes en cuir étaient peintes avec des dilutions d’or et d’argent, afin d’imiter les anciens motifs estampés. Dans l’Empire ottoman, c’est l’alphabet arabo-persan qui était utilisé, l’arabe coranique étant de mise pour les textes religieux. L’écriture coranique standard est stylistiquement dérivée du naskhi de Yaqut al-Musta’simi, pratiqué par le grand calligraphe ottoman Cheikh Hamdullah à partir du XVe siècle. Dès la seconde moitié de celui-ci, l’influence timuride et celle des corans iraniens de Chiraz, Tabriz et Hérat devient prépondérante, suite à la prise de Tabriz par les Ottomans et la déportation de ses artistes et artisans vers Istanbul. Les frontispices sur double page, les plus richement ornés, contiennent en général les premiers versets du Coran.
Vendredi 27 novembre, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Doutrebente SVV. Mme Kevorkian.
Jacques Tardi (1946), planche originale, projet pour la couverture de l’album 120, rue de la Gare, d’après le roman de Léo Malet, encre de Chine noire et gouache, 24 x 31 cm.
Frais compris : 23 370 €.
Malet par Tardi
La BD dans le sang… À 12 ans, Tardi dessine ses premières bulles en s’inspirant de la Marque Jaune, les aventures de Blake et Mortimer. Cette passion précoce le mène aux beaux-arts de Lyon puis aux Arts déco de Paris. En 1976, il débute pour l’éditeur Casterman sa saga phare Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec, qui le rendra célèbre. Autre série fameuse, celle qui narre les enquêtes du mythique Nestor Burma, adaptée des romans de Léo Malet, inaugurée en 1982 avec Brouillard au pont de Tolbiac. Notre planche, avancée à 10 000 €, est un projet pour l’un des albums de cette série culte. Elle affiche le style cher au dessinateur, avec un trait très affirmé et des couleurs sourdes, que l’on a parfois rapproché de la ligne claire. Un graphisme net en tout cas, qui convient parfaitement à un univers insolite où se mêlent roman populaire et fantastique, avec pour fond un Paris presque disparu. Mais Jacques Tardi ancre également son travail dans la grande histoire : hanté par la guerre de 1914-1918 et ses tragédies, Jacques Tardi a multiplié les ouvrages relatant le calvaire des millions de soldats anonymes, avec C’était la guerre des tranchées et Putain de guerre. Le festival de BD d’Angoulême lui a d’ailleurs rendu hommage en 2014 avec une exposition sur ce sujet : «Tardi et la Grande Guerre». Un thème de prédilection où on lui reconnaît la plus grande rigueur historique . Célébré par tous, ses dessins sont particulièrement recherchés. Cette planche des années 1980 n’y a pas coupé, puisqu’un amateur l’emportait pour 23 370 € frais compris.
Villefranche-sur-Saône, Samedi 23 janvier.
Guillaumot - Richard SVV. M. Deboeuf.
Léonard Tsuguharu Foujita (1886-1968) et René Héron de Villefosse (1903-1985), La Rivière enchantée, in-folio, Paris, Bernard Klein, 1951, illustré de 27 eaux-fortes hors texte.
Frais compris : 42 500 €.
Foujita l’enchanteur
Considérée comme l’œuvre illustrée la plus accomplie de Léonard Tsuguharu Foujita, et publiée à l’occasion de son 65e anniversaire, La Rivière enchantée avait tout pour plaire et réaliser une jolie enchère. Les 34 000 € prononcés sur cet exemplaire, l’un des 200 numérotés sur grand vélin d’Arches, l’ont donc été en toute logique. Elle est l’aboutissement d’une longue liste de livres illustrés par le plus parisien des peintres japonais – et le plus japonais des peintres parisiens ! – à partir de 1919, depuis les Quelques poèmes de Komaki Ohmia et Rabindranath Tagore jusqu’aux écrits de Guillaume Apollinaire, en passant par Paul Claudel, Pierre Louÿs, Pierre Loti, Jean Giraudoux, Youki Desnos, Jean Cocteau et Léon-Paul Fargue… parmi tant d’autres. Ses dessins, qui allient selon ses propres mots «la rigueur du trait japonais à la liberté de Matisse», conviennent parfaitement à la délicate technique de l’illustration. Il y déploie à la fois le contour subtil à l’encre noire qui a fait sa spécificité, entre tradition et modernité, et ses thèmes de prédilection : les portraits de femmes, de fillettes, les chats et les autoportraits. Foujita est un touche-à-tout de génie, une personnalité incontournable du Montparnasse de l’entre-deux-guerres, tant par son talent que par son goût inné de la fête et de l’amitié. Le 14 février 1950, il retrouve Paris, après une longue absence et des années de guerre éprouvantes au Japon. Sa carrière redémarre, l’artiste renouant avec ses anciens marchands et avec le succès. Mais, prêt pour un nouveau départ, il se tourne vers le christianisme. Tsuguharu, qui signifie «héritier de la paix», devient Léonard, en hommage à de Vinci.
Mardi 2 février, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Thierry Desbenoit & Associés SVV. Cabinet Vallériaux.
Jean-Pierre Houël (1735-1813), Voyage pittoresque des isles de Sicile, de Malte et de Lipari, Paris, de l’Imprimerie de Monsieur [Pierre-François Didot], 1782-1787, 4 volumes in-folio.
Frais compris : 12 750 €.
Iles et coutumes
Ses 263 planches dessinées d’après nature par Jean-Pierre Houël, et gravées par lui-même sur cuivre en manière de lavis, font de cet ouvrage l’un des chefs-d’œuvre du livre de voyage illustré du XVIIIe siècle… et celui de son auteur. 10 000 € ont été nécessaires pour l’acquérir. Houël est un peintre et graveur de paysages, formé auprès de Francesco Casanova, un artiste italien spécialiste de toiles de batailles et de paysages également, fixé à Paris. Il fréquente le salon très en vue de Mme Geoffrin, une bourgeoise qui n’a à cœur que d’aider les gens de lettres et les artistes, et de propager les idées des Lumières. Il y rencontre les philosophes Diderot et d’Alembert ainsi que les peintres Boucher, Vien, Van Loo et Vincent. Rien que du beau monde ! Grâce à la protection du duc de Choiseul et de Charles-Nicolas Cochin fils, il devient pensionnaire à l’Académie royale de France à Rome. Ce séjour lui permet de visiter l’Italie une première fois et lui donne l’envie d’y revenir, pour partir entre 1776 et 1779 à la découverte de Naples, de la Sicile, de Malte et des îles Éoliennes. L’exploration de l’Antiquité et des sites de ces contrées bénies des dieux donne des ailes à l’artiste, qui laisse libre cours à son talent. Il en rapporte quantité de vues de villes et de paysages, des souvenirs vécus d’éruptions volcaniques, des images réalistes des vestiges antiques et autres monuments anciens, ainsi que des scènes vivantes et pittoresques de la vie quotidienne, le tout rendu avec une grande justesse. Il gravera lui-même, à partir d’une grande majorité de ses propres dessins, de belles et grandes planches à l’aquatinte. Certaines seront d’ailleurs achetées par Catherine II de Russie et sont aujourd’hui conservées dans les collections du musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg.
Mercredi 24 février, salle 11 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. M. Courvoisier.
Martin Frobene Ledermuller (1719-1769), Amusement microscopique tant pour l’esprit que pour les yeux, Nuremberg, che’s Adam Wolfang Winterschmidt, 1764-1768, 2 volumes in-4o, reliure en maroquin citron.
Frais compris :
10 472 €.

 
Infiniment amusant
Les cent cinquante estampes dessinées d’après nature et enluminées, avec leurs explications, de cet ouvrage ont conquis un amateur qui en a offert 8 500 €. L’on y voit l’infiniment petit s’épanouir sous nos yeux, privilège d’ordinaire réservé aux savants et autres scientifiques autorisés. L’auteur, Martin Frobene Ledermuller, revendique avec le plus grand sérieux l’avantage de s’adonner aux joies du microscope. Il écrit : «Je ne connais pas d’occupation destinée à s’amuser d’une manière licite, dans des heures de loisir, plus intéressante que la physique pratique et les experimens microscopiques». Voilà qui est écrit et qui sera écouté. Lors de sa publication à Nuremberg, le livre suscite une telle curiosité et un tel intérêt que dans les années qui suivent, une nouvelle mode s’empare de la bonne société locale : la microscopie. La découverte de cet instrument d’optique remonte à la fin du XVIe siècle. Elle est attribuée à un fabricant de lentilles hollandais, Zacharias Janssen, mais sans certitude absolue. Son usage se généralise après l’invention de celui de Galilée en 1609, et permet de percer les secrets du monde animal, végétal et minéral. Ledermuller est un scientifique au sens moderne du terme. Il commence ses observations sous la protection et la direction du docteur Christoph Jacob Trew, médecin et botaniste allemand, et publie le résultat de ses recherches touchant à un large éventail d’objets, allant des petits coquillages aux insectes, en passant par la cristallisation de substances mystérieuses, mercure, camphre ou sels. Pou, œil de hanneton, ailes de papillon, mousse, brins d’herbe y sont à découvrir dans la richesse de leurs détails… pour le plaisir des yeux et de la science !
Vendredi 4 mars, salle 4 - Drouot-Richelieu
Maigret (Thierry de) SVV. M. Teissèdre.
Jean de Beaurain (1696-1771), Histoire militaire de Flandre, depuis l’année 1690 jusqu’en 1694…, Paris Beaurain, Poirion, Jombert, 1755, 5 tomes en trois volumes in-folio, reliure en veau fauve.
Frais compris :
9 760 €.

 
Éclairés érudits
Si la grammaire et l’orthographe sont un peu malmenées par l’actualité, la littérature – même celle complexe des XVe et XVIe siècles – séduit toujours un public averti, preuve que l’érudition a encore de belles heures devant elle ! C’est d’ailleurs une sérieuse chronique de Philippe de Commynes, conseiller de Charles le Téméraire puis de Louis XI [Lyon, Claude Nourry dit le Prince, 12 avril 1526], qui recueillait la palme de la vente, à 9 500 €. Les spécialistes de cet ouvrage disent que du point de vue du langage, il établit la transition entre le Moyen Âge et la Renaissance, et qu’il pose les bases du genre des mémoires historiques. Une Histoire militaire de Flandre, depuis l’année 1690 jusqu’en 1694… de Jean de Beaurain, ornée de cartes et de planches tactiques rehaussées de couleurs, était bataillée jusqu’à 8 000 €, devant les 7 000 € d’Aline et Valcour, ou le Roman philosophique, écrit à la Bastille un an avant la Révolution de 1789 par le marquis de Sade [Paris, veuve Girouard, 1795]. Il s’agissait là de l’une des éditions originales de ce grand roman philosophique. Pour rester avec les grands classiques, on signalera les 4 900 € d’une édition collective du théâtre de Corneille avec les commentaires de Voltaire, dite «édition encadrée», reliée dans un beau maroquin rouge de l’époque. L’ornementation et l’architecture se faisaient également remarquer. La première avec les 4 500 € d’un recueil de meubles de Jean-Charles Delafosse, la seconde avec les 4 500 € du Premier tome de l’architecture de Philibert Delorme [Paris, Federic Morel, 1567] et les 5 000 € de L’Architecture française, de Jean Marot [vers 1680]. Les trois comportent de belles planches gravées qui seront une source d’inspiration pour des générations d’architectes et de menuisiers et qui, aujourd’hui, constituent une mine d’informations pour les historiens.
Vendredi 4 mars, salle Rossini.
Alde SVV. Librairie Giraud-Badin.
Régis Loisel (né en 1951), La Quête de l’oiseau du temps - La Conque de Ramor, encre de Chine sur papier, planche 1 de l’album publié en 1983, 51 x 38 cm.
Frais compris : 50 000 €.
 
Quête mondiale
La fiche du catalogue annonçait «une planche exceptionnelle incarnant la genèse d’un dessinateur, d’un scénariste et d’une série mythique». Il semble bien que l’enchère de 40 000 €, réalisant un record mondial pour son créateur (source : Artnet), vienne attester de la véracité de ce propos. «La Quête de l’oiseau du temps» est une saga dont le scénario est signé Serge Le Tendre et les dessins, de Régis Loisel. Elle est apparue pour la première fois dans les pages de Charlie-Mensuel en 1982, et a été publiée en 1983 aux éditions Dargaud. L’œuvre appartient au registre de l’heroic fantasy. Un petit résumé pour les néophytes… Il était une fois, il y a très longtemps, au royaume d’Akbar, un dieu maudit nommé Ramor, que ses frères divins réussirent à emprisonner dans une conque. En lisant un grimoire, Mara, une princesse sorcière, découvre que cette prison ne peut être définitivement scellée que par l’Oiseau du Temps. Sa fille, la belle Pélisse, va s’allier avec le chevalier Bragon pour se lancer à sa quête… (source : éditions Dargaud). Depuis 1974, Régis Loisel signe des histoires courtes et des dessins spectaculaires, souvent en partenariat avec son ami Serge Le Tendre, qui paraissent dans Pilote, Pif Gadget, Fluide glacial ou encore Métal hurlant. Dans le même temps, il réalise de nombreuses illustrations publiées dans la presse, l’édition et la publicité, ainsi que des albums, comme les séries «Magasin Général», au style beaucoup plus réaliste, ou «Peter Pan», une version bien plus sombre et violente, destinée à un public adulte, de l’œuvre de Sir James Matthew Barrie. Dans une interview accordée à Patrick Simonin sur le plateau de TV5 Monde, l’artiste affirmait : «La BD est une passion qui me dévore». Cela se sent et est visiblement partagé, puisqu’il reçoit le grand prix du festival d’Angoulême en 2002, une récompense pour l’ensemble de son travail, marqué par un trait nerveux, des décors grandioses et des personnages fascinants.
Samedi 12 mars, Espace Tajan.
Tajan SVV. M. Lafon.
Guillaume-Antoine Olivier (1756-1814), Entomologie, ou histoire naturelle des insectes […], dessins originaux par Reinold Audebert, deux volumes in-folio, joint cinq volumes et divers documents manuscrits.
Frais compris : 198 824 €.
 
Histoire naturelle
Bataillée ferme, l’Entomologie, ou histoire naturelle des insectes, avec leurs caractères génériques et spécifiques, leur description, leur synonymie et leur figure enluminée triplait son estimation (voir photo). Il faut dire que les volumes de cette bible des coléoptères – publiée entre 1789 et 1808 – sont ceux de leur auteur, Guillaume-Antoine Olivier, et réunissent à ce titre une bonne part des dessins originaux. Après avoir exercé la médecine, le savant s’est engagé dans la voie de l’entomologie, ayant accepté l’offre de Gigot d’Orcy, grand collectionneur d’insectes et de minéraux devant l’Éternel. Pour le compte de ce passionné, il a parcouru les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et bien d’autres contrées afin de collecter les spécimens les plus intéressants, pour lesquels il rédige des fiches scientifiques. Ses pas l’ont mené jusqu’au Moyen-Orient, sillonné pendant six années. Quand il revient en France, en 1798, sa collection s’est enrichie d’insectes prélevés dans l’Empire ottoman, en Égypte et jusqu’en Perse. Elle enorgueillit aujourd’hui celle du Muséum d’histoire naturelle, à Paris. Les oiseaux faisaient eux aussi entendre leur voix, 18 000 € étant prononcés pour
Les Pigeons, évoqués par 147 planches gravées, imprimées en couleurs et retouchées par madame Knip, illustrant le texte de C. J. Themminck contenu dans deux in-folios publiés en 1838-1843. Le talent de cette spécialiste des oiseaux se faisait également remarquer grâce à une suite de 59 planches du tome 1 de l’Histoire naturelle des pigeons, peintes, gravées et imprimées en 1808, sans le texte, aujourd’hui négociées à 6 250 €. Élargissons notre propos à toutes les espèces avec l’Histoire naturelle des oiseaux, dont le premier tome édité par l’Imprimerie royale en 1770, relié en maroquin à décor de plaque aux armes de France, obtenait 10 500 €. Signalons enfin les 6 800 € décrochés par The Avifauna of Laysan and the Neighbouring Islands de Lionel Walter Rotschild, illustré de 83 lithographies.
Jeudi 17 mars, Neuilly-sur-Seine.
Aguttes SVV. M. Benelli.
François Levaillant (1753-1826), Histoire naturelle des oiseaux de paradis et des rolliers, suivie de celle des toucans et des barbus, deux volumes in-folio, 530 x 340 mm, Paris, Denné et Perlé, 1806.
Frais compris :
64 800 €.
Paradis des oiseaux
Cet exemplaire de l’édition originale de l’Histoire naturelle des oiseaux de paradis et des rolliers, suivie de celle des toucans et des barbus, par François Levaillant ((1753-1826), triplait son estimation en remportant 54 000 €. Il faut dire que nos deux volumes, édités par Denné et Perlé à Paris en 1806, n’avaient perdu aucune de leurs cent quatorze planches où s’ébattaient ces volatiles merveilleusement colorés. On les devait au célèbre dessinateur Jacques Barraband (1767-1809), qui fut l’un des plus célèbres peintres d’histoire naturelle et de zoologie du tout début du XIXe siècle. Auteur également de centaines d’aquarelles de fleurs et d’oiseaux très appréciées en leur temps, il fut le précieux collaborateur de l’explorateur et ornithologue Levaillant, pour qui il illustra de nombreux ouvrages, dont l’Histoire naturelle des perroquets, éditée en 1805, et l’Histoire naturelle des Promerops. Le peintre devait même bénéficier d’un hommage posthume, puisqu’en 1820 on baptisait un perroquet nouvellement découvert en Amérique du Sud «le caïque de Barraband». Nos planches (dont deux dépliantes) ont été imprimées, par Langlois et Rousset, suivant le procédé dit «à la poupée». Inventé par Henri-Joseph Redouté celui-ci permettait d’appliquer en un seul passage les couleurs sur les plaques de cuivre. Il rend ici toute la richesse de coloris du plumage de ces oiseaux exotiques, toucans, oiseaux de paradis et barbus, que François Levaillant, né à Pamaribo en Guyane, a poursuivi de sa curiosité de la forêt amazonienne aux montagnes de l’Afrique du Sud.
Samedi 19 mars, Narbonne.
Meyzen SVV. M. Roques.
Isidore-Stanislas Helman (1743-1806 ou 1809), Conquêtes de l’Empereur de la Chine…, Paris, chez l’auteur et chez Ponce, 1783-1788, suite de vingt-quatre planches gravées sur cuivre (37 x 50 cm) et aquarelles, dont trois assemblées formant un grand dépliant, reliure de l’époque en maroquin rouge. Frais compris : 94 500 €.
Source d’érudition
Le titre, «Livres rares et précieux», ne pouvait mieux tomber. Il est parfaitement en phase avec l’actualité bibliophilique de la semaine, illustrée par l’édition 2016 du Salon international du livre rare et de l’autographe, qui se tenait sous la nef du Grand Palais du 22 au 24 avril. Cette vente amplement pourvue débutait par deux livres d’heures, le premier de la seconde moitié du XVe siècle, agrémenté de riches enluminures en couleurs et or, lu à 4 000 €, et le second dédié à la Sainte Vierge, Paris, vers 1500, avec de belles majuscules ornées et recueilli à 4 000 €. Les deux ouvrages de Giordano Bruno, De Monade, numero et figura liber consequens… et De imaginum, signorum & idearum compositione (Francofurti, 1591), reliés à la suite l’un de l’autre, récoltaient 43 000 €. Il s’agit de rares exemplaires qui traitent d’alchimie et de sciences occultes, rédigés par un philosophe accusé d’hérésie par l’Église et qui finit sur le bûcher en 1600. Le même châtiment n’était pas réservé à l’empereur Qianlong (1711-1799), loin s’en faut, et ce sont ses victoires que le sinologue Isidore-Stanislas Helman raconte à travers vingt-quatre planches en couleurs, intitulées Conquêtes de l’Empereur de la Chine. L’exemplaire est d’une qualité parfaite, cette dernière était reconnue à 75 000 € (voir photo ci-dessus). Il récidivait quelques années plus tard, et illustrait cette fois la vie de Confucius. Rarissime également, l’édition, réunie dans une reliure en maroquin rouge finement orné, se découvrait à 12 000 €. La bibliothèque comprenait encore des livres traitant d’astronomie, dont l’un écrit par Johannes Bayer (23 000 €), d’alchimie, sous la plume de Stolcius (16 000 €), de géographie, de voyages, de traditions populaires ou de naturalisme. L’astérie, dessinée par Mathurin Méheut pour une Étude de la mer, se ramassait sur le sable à 1 600 €.
Mercredi 20 avril, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Kapandji-Morhange SVV. M. Miran.
Man Ray (1890-1976), Champs délicieux, album de douze rayographies avec une préface de Tristan Tzara (Paris, sans nom d’éditeur, 1922), grand in-4o, demi-maroquin noir, étui.
Frais compris : 243 000 €.
© Man Ray Trust / Adagp, Paris, 2016
Collection R. & B. L.
200 000 € auront finalement été nécessaires pour emporter l’album Champs délicieux de Man Ray (1890-1976) de 1922, provenant de la collection R. & B. L. L’artiste y déploie douze rayographies originales collés sur du papier blanc, précédées d’un texte poétique de Tristan Tzara, dans lequel celui-ci parle de la «photographie à l’envers» de son ami. Cet ouvrage, tiré à quarante exemplaires – celui-ci numéroté 6 –, d’une rareté extrême et d’un intérêt capital, est l’aboutissement des recherches de son auteur sur cette technique particulière. Elle consiste à obtenir la trace d’un ou de plusieurs objets posés à même du papier photosensible, en allumant ensuite la lumière quelques secondes. Avec les ombres obtenues par ce procédé primaire, connu en fait depuis le tout début sous le nom de «photogramme» et utilisé par William Henry Fox Talbot (1800-1877), mais par lui perfectionné, Man Ray offre une nouvelle approche de l’art, peu de temps après son arrivée en Europe. Les images à l’aspect fantomatique qui apparaissent, obtenues sans recours à un appareil photographique, sont perçues par ses amis surréalistes comme la trace énigmatique des choses. Emmanuel Radnitsky, dit Man Ray, est l’un des rares photographes de ce mouvement. Il a laissé son empreinte, bien réelle cette fois, grâce à des chefs-d’œuvre qui sont un peu ses «Joconde». Son violon d’Ingres est bien la photographie, mais en artiste complet, il s’exprimait également avec la peinture, l’assemblage et le collage. Son pseudonyme, empruntant trois lettres à son prénom et trois à son nom, signifie littéralement «homme-rayon». Il continue à irradier.
Mercredi 27 avril, galerie Charpentier.
Binoche et Giquello SVV, Sotheby’s France SVV. M. Oterelo.
Gérard Mercator (1512-1594) et Jodocus Hondius (1563-1612), L’Atlas, ou Méditations cosmographiques de la fabrique du monde et figure d’iceluy (Amsterdam, Jodocus Hondius, 1613-1616), in-folio.
Frais compris : 37 500 €.
La fabrique du monde
30 000 € au marteau sont finalement peu de chose pour s’offrir un tour du monde ! Surtout lorsqu’il est proposé par Gérard Mercator (1512-1594), l’un des plus célèbres géographes de son temps, considéré comme le fondateur de la géographie mathématique. Il s’agit de l’homme à qui l’on doit la projection du globe terrestre utilisée dans les cartes de marine, et qui employa pour la première fois le terme «atlas» pour désigner un ensemble de cartes, en référence non au titan, comme il est aisé de le croire, mais à un roi astronome mythique de Lybie qui aurait construit le premier globe céleste. En 1538, il publie sa première représentation du monde, où figure bien évidemment cette nouvelle terre lointaine qu’il nomme «Amérique». L’exactitude et la minutie de son travail lui valent l’admiration de ses contemporains, et notamment celle de Charles Quint, qui s’attache ses services. En raison du climat d’intolérance religieuse qui règne dans ce XVIe siècle, le savant, acquis aux idées de Luther et après une période d’emprisonnement, quitte les Flandres catholiques et se réfugie en Allemagne, à Duisbourg. C’est en 1569 qu’il dresse sa grande carte de l’univers en dix-huit feuillets jointifs, passée à la postérité sous le nom de «projection Mercator». Son autre grand œuvre demeure cet atlas, autrement nommé Méditations cosmographiques de la fabrique du monde et figure d’iceluy, dont il publie les premières planches dès 1585. Un an après sa mort, en 1595, son fils en achève la publication. Elles seront reprises en 1604 par Jodocus Hondius (1563-1612) et complétées d’un texte latin. L’exemplaire ici exposé relève de la seconde édition française, révélée entre 1613 et 1616, et riche de 150 planches à double page gravées sur cuivre puis finement coloriées. Une perception du monde à la fin du XVIe siècle, une aventure dans le temps.
Mercredi 27 avril, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou & Associés SVV. Mme Le Bail.
Blaise Pascal (1623-1662), Pensées de M. Pascal sur la religion et sur quelques autres sujets, qui ont esté trouvées après sa mort parmy ses papiers (Paris, Guillaume Desprez, 1670), avec inclus dans le même volume in-12 le Discours sur les Pensées de M. Pascal…, de Nicolas Filleau de La Chaise (1631-1688).
Adjugé : 183 000 €
Pensées élevées
Les 10 ans de la maison de ventes Alde étaient dignement fêtés avec les 183 000 € accrochés par cette édition originale de l’un des grands livres français de l’âge classique, les Pensées de Pascal (1623-1662). L’ouvrage, composé des feuillets détachés manuscrits laissés inachevés par le décès du philosophe, et réunis en liasses par les Solitaires de Port-Royal, a été publié pour la première fois en 1669. À partir du 8 novembre prochain, la BnF François-Mitterrand présentera le manuscrit autographe ainsi que ses premières copies qui comptent parmi ses trésors, au cœur d’une exposition dévolue au penseur («Pascal, le cœur et la raison»). Il n’en subsiste que deux exemplaires. Cette édition de 1670 est donc d’une grande historicité. S’y ajoute son appartenance à l’un des grands esprits de la fin du XVIIe siècle, bibliophile à ses heures, traducteur de Théocrite et Anacréon et auteur d’une Électre reconnue et donnée chez la princesse de Conti, le baron de Longepierre (1659-1721). Il a fait apposer son emblème au fer, une toison d’or, sur l’élégante mais sobre reliure de Luc Antoine Boyet, une marque de distinction supplémentaire Pascal, on le sait, défendait les idées jansénistes contre celles imposées par les jésuites, et dans cette apologie du christianisme restée inachevée, il cherchait à convaincre les libertins, ne désespérant pas de l’aspiration de ses semblables à l’infini : «L’homme n’est qu’un roseau ; mais c’est un roseau pensant». D’autres pensées élevées emplissaient les bibliothèques de cette vacation d’un petit supplément d’âme. Les Latinae historiae principis de Tite-Live (Lyon, Sébastien Gryphe, 1548) pouvaient s’en prévaloir. Assortie d’un résultat de 36 600 €, cette édition renfermait les trente-cinq livres de l’histoire romaine du penseur et historien (59 av. J.-C.-17 apr. J.-C.) qui sont parvenus jusqu’à nous. 48 800 € venaient ensuite se poser sur les Fables choisies de Jean de La Fontaine (Paris, Desaint & Saillant, Durand, 1755-1759), la fameuse édition illustrée par Jean-Baptiste Oudry, et mise en valeur par la reliure d’époque, en maroquin à large dentelle de grands fers dorés rocaille juxtaposés. Un voyage en littérature.
Mardi 24 mai, Hôtel Ambassador.
Alde OVV.
Jacques de Sève (actif de 1742 à 1788), recueil de 226 dessins originaux au lavis pour illustrer l’Histoire naturelle… de Buffon, vers 1754-1789, reliure en maroquin rouge vers 1800.
Adjugé : 279 400 €
Jean Viardot, passion bibliophilie
Grand marchand de livres anciens, expert près la Cour d’appel de Paris pour les livres rares et précieux, mais aussi auteur de contributions remarquées sur l’histoire de la bibliophilie, Jean Viardot, décédé en décembre dernier, avait réuni un ensemble exceptionnel d’ouvrages anciens. La dispersion à Drouot, mercredi 1er juin, de quatre-vingt-trois d’entre eux réunissait de nombreux passionnés, des curieux amateurs de raretés à la manière de ceux des XVIIe et XVIIIe siècles, et il en aurait été heureux. Parmi les perles soigneusement conservées, le recueil de 226 dessins originaux au lavis de Jacques de Sève avançait vers un succès annoncé – et dépassé – de 279 400 €. Ces feuilles, reliées en un volume titré au dos Figures de Buffon, sont toutes signées, datées entre 1754 et 1789, et mesurent 19,5 x 15,5 cm. Ce sont les originaux qui ont servi à l’illustration de la monumentale Histoire naturelle… du comte de Buffon (1707-1788). Sève, qui travaillait à partir de modèles empaillés provenant des collections royales, mais aussi de sujets vivants observés à la Ménagerie, fournit pas moins de deux mille dessins ! Ceux réunis dans ce recueil se composent de 120 études de mammifères et de reptiles ainsi que de 106 d’oiseaux, dont une perdrix rouge accompagnée d’une petite note collée, qui serait de la main même de Buffon. Un rarissime bestiaire du début du XVIe siècle invitait à rester, à 88 900 €,  dans le domaine animalier. Intitulée Libellus de natura animalium et imprimée en caractères gothiques à Savone, en avril 1524, par le typographe Giuseppe Berruario, cette édition latine était enrichie de 51 gravures sur bois à mi-page d’animaux et de bêtes fantastiques – hydre, panthère, licorne, salamandre, vipère, baleine… –, inscrites dans un encadrement de bordures à décor végétal. Les manuscrits fermaient la marche. Un projet de contrat du philosophe et scientifique Leibniz pour la fabrication de sa machine à calculer recevait 127 000 €, les feuillets de Ubu intime, pièce antérieure à Ubu roi, d’Alfred Jarry, 53 340 €, et quarante-cinq pages d’un cahier écrit à l’encre noire et rouge du manuscrit autographe de Madame Edwarda de Georges Bataille, recueillaient 101 600 €. Une édition originale de Madame Bovary était enfin également emportée à 101 600 €.
Mercredi 1er juin, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. Mme Castaing, MM. Castaing, Courvoisier.
Recueil de 80 planches de costumes du XVIIIe siècle, gravées et coloriées, rehauts d’or, Paris et Augsbourg, vers 1740.
Adjugé : 15 743 €
Aux couleurs du livre ancien
Comme chaque année à la même date, bibliophiles et amateurs de reliures anciennes s’étaient donné rendez-vous à Montignac-Lascaux pour ces trois jours de ventes du 21 au 23 août, menés par Galateau-Pastaud OVV. En parfait accord avec la saison, nombre de ses 1 498 lots nous conviaient aux expéditions les plus lointaines. Ainsi, la meilleure enchère s’établissait à 21 800 € pour l’ouvrage de Louis-Nicolas Philippe Auguste, comte de Forbin, intitulé Voyage dans le Levant en 1817 et 1818, édité par l’Imprimerie royale à Paris en 1819 (ci-dessus). Cet exemplaire, en très grand papier vélin in-plano (dimensions des feuillets : 72 x 53 cm), s’enrichissait surtout de soixante-dix lithographies incunables signées, entre autres, Isabey, Carle et Horace Vernet ou Daguerre. Pour 16 954 €, vous pouviez vous laisser séduire par les douze volumes d’une Histoire générale de la Chine, ou annales de cet Empire par le père de Moyria de Maillac, imprimés à Paris chez Clousier entre 1777 et 1783, tout aussi agrémentée de planches décrivant les curieux us et coutumes de l’empire du Milieu. L’auteur passa dix-huit ans à la cour de Kangxi, dont il fut l’un des mathématiciens. Mais pour la même somme, vous pouviez feuilleter le rarissime in-folio réalisé pour l’éditeur et marchand d’estampes Charles Bance, au début du XIXe siècle : il rassemblait 293 gravures de Jacques Callot et 216 autres de Stefano della Bella, contrecollées sur des passe-partout. Un autre ouvrage ravissait un acheteur par la fraîcheur de ses nombreuses illustrations : ce recueil, sans titre et composé de quatre-vingts planches gravées, coloriées et parfois rehaussées d’or, offrait un large panorama des costumes européens et exotiques autour de 1740, date autour de laquelle il fut réalisé à Paris et Augsbourg. On y trouve représentés des métiers (maître d’école, astronome, géomètre, peintre ou encore jardinier, voir ci-contre), des portraits de souverains, des indigènes multicolores et dansants, ou des scènes de dressage d’animaux. Dans tous les cas, une œuvre originale qui exigeait ces 15 743 € pour changer de mains.
Montignac-Lascaux, dimanche 21, lundi 22 et mardi 23 août.
Galateau-Pastaud OVV. Cabinet Poulain.
Heinrich Gottlieb Ludwig Reichenbach (1793-1879), Die vollständigste Naturgeschichte des Vögel des In- und Auslandes, Dresde et Leipzig, 1845-1862, 12 volumes.
Adjugé : 30 500 €
Oiseaux chanteurs pour traité ornithologique
Les oiseaux chanteurs illuminent de leur plumage vif et coloré 907 planches – sur les 1 017 au total gravées – exécutées par E. Lange, C. Schnoor, G. A. Schwerdgeburth et W. Wolf, d’après les dessins de Reichenbach. Ce traité d’ornithologie très complet a été publié à Dresde et à Leipzig entre 1845 et 1862. Les charmants volatiles recueillent, pour leur mérite et leur prestation, un résultat de 30 500 € et ont été attrapés au vol par un collectionneur privé. Joli prix pour une rare collection de volumes du célèbre botaniste et zoologiste allemand Heinrich Gottlieb Ludwig Reichenbach (1793-1879). L’homme est un bourreau de travail, qui joint à ses compétences scientifiques un réel talent d’artiste. Son parcours à Dresde est édifiant. En plus des innombrables dessins qu’il réalise pour ses ouvrages – 6 000 seront recensés au moment de son décès  –, il dirige le Muséum royal d’histoire naturelle de Zwinger, fonde le Jardin botanique, enseigne à l’Académie de médecine, préside et crée différentes sociétés protectrices d’histoire naturelle – dont Flora, destinée à promouvoir la recherche scientifique en botanique et en horticulture – et bien sûr, publie un grand nombre de livres des plus sérieux, références dans leurs domaines. Rien de moins ! Il appartient à cette génération de scientifiques qui ont contribué à diffuser le savoir et à le vulgariser au XIXe siècle.
Vendredi 30 septembre, Salle Rossini.
Alde OVV.
Jules Dumont d’Urville, Voyage de la corvette «L’Astrolabe» exécuté par ordre du Roi, pendant les années 1826-1827-1828-1829..., J. Tastu, 1830-1833, douze volumes de texte et six volumes d’atlas.
Adjugé : 38 400 €
Les trésors de l’Amiral Hamelin
Ces poissons multicolores et leurs semblables du bout du monde annonçaient la couleur : l’exotisme était au programme de la vente consacrant la dispersion des souvenirs de l’amiral Ferdinand Hamelin (1796-1864). Nommé ministre de la Marine par Napoléon III en 1855, l’officier occupe ce poste pendant cinq ans. C’est le couronnement d’une longue carrière passée sous les drapeaux des différents régimes du début du XIXe siècle, et débutée sous le premier Empire par un commandement, reçu à ... 14 ans. Décédé en 1864, il est l’une des rares personnalités (quatre-vingt-deux pour être exact) à être inhumées, aux Invalides. Forcément, sa bibliothèque a reflété ses passions : les voyages lointains, vaste sujet traité également par de rares tableaux et photographies. On y découvrait tout d’abord l’indispensable Voyage de la corvette «L’Astrolabe» exécuté par ordre du Roi, pendant les années 1826-1827-1828-1829..., soit douze volumes de texte rédigés par Jules Dumont d’Urville, plus six volumes d’atlas illustrés de planches ; une somme éditée par J. Tastu à Paris en 1830-1833, qui atteignait ce samedi 38 400 €. D’Abel Aubert Du Petit-Thouars, on pouvait aussi acquérir le Voyage autour du monde de la frégate «La Vénus», pendant les années 1836-1839… en neuf volumes et trois atlas, édités par Gide à Paris en 1840-1846, à condition de débourser 32 400 €. On notait encore, à 4 680 €, un Manuel du commerce des Indes orientales et de la Chine, par Pierre Blancard, à Paris chez Bernard, daté 1806. Plusieurs toiles dépeignaient des batailles navales, dont celles de Crimée dépeintes par Jean Marie Auguste Jugelet, formant une paire, qui étaient décrochées à 6 600 €. Mais la palme revenait à un grand Panorama de la baie de Rio, une huile sur toile signée Friedrich Hagedorn, une école du XIXe siècle qu’un collectionneur brésilien emportait contre 70 800 €… Du côté de la photographie enfin, un présent offert par Napoléon III à l’amiral Hamelin en 1857 ralliait tous les suffrages : il s’agissait d’un album en quatre volumes, rassemblant 551 épreuves sur papier salé par Édouard Baldus représentant La Réunion des Tuileries au Louvre, adjugé 19 800 €.
Samedi 1er octobre, Chartres.
Galerie de Chartres OVV. M. Portheault.
Pierre Corneille Blessebois, Le Zombi du Grand Pérou ou la Comtesse de Cocagne, Rouen, 15 février 1697, in-12, reliure en maroquin bleu marine.
Adjugé : 17 360 €
Stratagèmes amoureux
Une édition originale d’un rare ouvrage, Le Zombi du Grand Pérou ou la Comtesse de Cocagne, dont on ne connaît que peu d’exemplaires – dont quatre conservés dans les collections publiques françaises –, recevait les faveurs d’un lecteur à 17 360 €. Il faut dire que le mystère qui l’entoure ajoute à son intérêt ! C’est l’écrivain Charles Nodier (1780-1844) qui le tire de l’oubli dans lequel il croupissait depuis 1697, en le signalant aux bibliophiles en 1829, dans ses Mélanges tirés d’une petite bibliothèque. L’époque, vibrant pour le romantisme, s’emballe pour ce court texte qui n’a rien de remarquable sinon
un ensemble d’intrigues, nées dans les Antilles et racontées, certainement après qu’il les eut vécues lui-même, par Pierre Corneille Blessebois, un personnage haut en couleur de la seconde moitié du XVIIe siècle. Cet aventurier, militaire au service de la Hollande, mais aussi écrivain de tragédies et d’ouvrages licencieux, ne se fait pas que des amis… Il est envoyé aux galères et finit par être vendu comme «engagé» aux colons de Guadeloupe, avec interdiction de rentrer en France. C’est là qu’il aurait conçu ce petit roman, le Grand Pérou étant le nom du domaine auquel il fut vendu. Il y met en scène, de façon romanesque et en masquant les noms des personnages côtoyés dans l’île, une dame malheureuse en amour, la comtesse de Cocagne, prête à tous les subterfuges pour reconquérir son amant, le marquis du Grand Pérou. Un thème des plus classiques dans la littérature galante et qui n’a guère pris de rides…
Jeudi 13 octobre - salle 15 - Drouot-Richelieu.
Mathias OVV, Baron - Ribeyre & Associés OVV, Farrando OVV. M. Lhermitte.
François Le Roy, Le Livre de la femme forte et vertueuse, déclaratif du câtique de Salomon es proverbes (…), Paris, (Philippe Pigouchet pour) Simon Vostre, s.d., in-8°, gothique, reliure du XVIIIe siècle.
Adjugé : 10 541 €
Le féminisme à l’heure du XVIe siècle
Penser que l’on doit à un religieux de l’ordre de Fontevrault, actif vers la fin du XVe siècle et au tout début du XVIe siècle – par ailleurs auteur de quatre traités de théologie mystique –, le livre passant auprès des bibliophiles patentés pour être l’un des tout premiers textes féministes ne peut que surprendre ! Et pourtant, c’est bien François Le Roy qui a écrit dans le silence de sa cellule Le Livre de la femme forte et vertueuse déclaratif du câtique de Salomon es proverbes (…), un traité ascéto-mystique des toutes premières heures du XVIe siècle. L’exemplaire ici dévoilé se parcourait à 10 541 €. Le religieux aurait composé ce livre à la requête de sa sœur, membre du même ordre. Paru pour la première fois en 1499 chez le libraire parisien Simon Vostre, il est destiné à apporter réconfort et consolation aux pécheurs, qui se trouvent confrontés aux affres de la tentation. Il invite également à se replacer dans le contexte socio-culturel de la fin du Moyen Âge. On le sait maintenant grâce à des études sérieuses, la gent féminine avait toute sa place dans la société médiévale, et les exemples de femmes de lettres, marchandes, guerrières, stratèges, éducatrices, mécènes et même souveraines abondent. Ce petit ouvrage ne faisait finalement que le rappeler…
Mercredi 19 octobre, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. M. Courvoisier.
Livre d’or de l’Hostellerie provençale à Gordes registre in-folio de 97 feuillets avec 16 pages
de dédicaces et de dessins, reliure toile d’époque.
Adjugé : 23 902 €
Les belles heures d’un livre d’or
Il ne peut parler, mais ses pages racontent un peu de l’histoire de l’art moderne. De quoi s’agit-il ? Du livre d’or de l’Hôtellerie provençale à Gordes, commencé en 1942, interrompu pendant la période d’Occupation et repris en avril 1946, pour dix belles années. Le propriétaire, Paul Nouveau, en avait eu l’idée pour coucher sur le papier les dédicaces de ses clients, amis et célébrités, dont de nombreux artistes. L’hôtelier-restaurateur est une figure de la région, excellent chef formé auprès du célèbre cuisinier Genty Pantaly, mais aussi acteur essentiel de la Résistance en créant le maquis de Gordes, dont l’auberge servira de relais aux personnes souhaitant rejoindre la clandestinité de l’Armée secrète. Il en paiera le prix fort : dénoncé, il parvient à s’échapper, mais son épouse sera fusillée. Les souvenirs déposés par les peintres, au lendemain de ces heures tragiques, doivent être vus comme un hommage non seulement à ses talents culinaires, mais aussi à son courage. Ils sont dessinés et signés par Louis Aragon, Serge Poliakoff, Victor Vasarely, Alberto Magnelli, Gérard Schneider… et Marc Chagall, dont l’aquarelle de 1951 reproduite, Les Amoureux, ne manque pas d’émotion. Ils témoignent aussi de l’histoire de ce village du Lubéron, qui, au lendemain de la guerre, devint un lieu de rendez-vous des peintres d’avant-garde.
Lundi 24 octobre, salle 1- Drouot-Richelieu.
Leclere maison de ventes OVV.
Comte Gabriel de Choiseul-Gouffier (1752-1817), Voyage pittoresque de la Grèce, Paris, J.J. Blaise,
1782, 1809, 1822, deux tomes en trois volumes in-folio.
Adjugé : 13 495 €
La Grèce et la Turquie vues par les orientalistes
La dispersion de la bibliothèque de M. Georges Papadopoulos, qui comme son nom tend à l’indiquer est né à Chypre en 1925, comprenait de nombreuses pépites d’érudition sur le monde hellénique et sur celui des pays du Levant, reconnues à hauteur de 136 500 €. Imprégné de culture classique, polyglotte et cosmopolite, il a réuni, en bibliophile exigeant, un ensemble cohérent d’ouvrages, de cartes de son île natale ainsi que de livres illustrés de deux artistes vivant à Paris et comme lui d’origine grecque, Mario Prassinos et Démétrius Galanis. Un exemplaire étalait à 13 495 € ses belles gravures sur cuivre, d’après des dessins de Jean-Baptiste Hilaire, Louis-François Cassas et Jean-Michel Moreau le Jeune. Son auteur, Gabriel de Choiseul-Gouffier (1752-1817), appartient à cette génération d’érudits qui partent en mission scientifique sur les traces de la culture classique dont ils sont épris et en reviennent, prêts à consigner les fruits de leurs explorations dans de vastes ouvrages. Avec ce Voyage pittoresque de la Grèce, c’est à une promenade parmi des sites remarquables et typiques de la Grèce continentale, de ses îles et de la Turquie qu’il nous entraîne. Un peu plus tôt dans l’après-midi et dans l’époque de réalisation, le Voyage au Levant… de Cornelis de Bruyn (1652-1727), imprimé à Delft en 1700, riche de 245 illustrations, dont vingt-huit à double page et dix-huit plusieurs fois repliées, atteignait 7 320 €. La bibliothèque tout entière se révélait une belle exploration, grâce à ces panoramas méticuleux révélateurs d’une période révolue.
Vendredi 28 octobre, salle 11 - Drouot-Richelieu.
Audap & Mirabaud OVV. M. Galantaris.
Samuel de Champlain (1567 ?-1635), Les Voyages de la Nouvelle France occidentale, dicte Canada, Paris, Pierre Le-Mur, 1632, 5 parties en un fort volume in-4o, vélin souple.
Adjugé : 124 460 €
La Belle Province
1629 marque une année difficile pour la Nouvelle France. C’est en effet à cette époque que les corsaires britanniques chassent la France de la vallée du fleuve Saint-Laurent. En dessinant cette carte, puis en la publiant dans Les Voyages de la Nouvelle France occidentale, dicte Canada en 1632, Samuel de Champlain (1567 ?-1635) prouve que les Français ont exploré cette vallée fertile et l’Acadie. Le résultat de 124 460 € rend hommage à ce témoignage rare. Fils d’un capitaine de marine saintongeois, Samuel de Champlain est presque prédestiné à embrasser la profession d’explorateur. Un retournement de situation le voit, par hasard, s’embarquer pour le Mexique. Cette fois, sa carrière est toute tracée. Protégé par le roi Henri IV, il prend la mer à Honfleur en 1603 et atterrit à Tadoussac trois mois plus tard. Ce sera le premier d’une longue série de voyages. En 1608, installé à Québec – on lui doit la fondation de cette ville –, il mène des campagnes contre les Iroquois, embrassant le parti des Algonquins. 1615 constitue sa période la plus féconde en découvertes, comme en témoigne sa traversée du lac des Entonoronons, qui deviendra le lac Ontario. Explorateur infatigable, il travaille inlassablement à la colonisation de cette terre et livre les détails de sa vie aventureuse dans ses journaux de voyage, publiés entre 1603 et 1632. La guerre déclarée entre la France et l’Angleterre l’oblige à capituler le 19 juillet 1629, sa petite colonie de Québec étant réduite à la famine… mais pas à renoncer ! Il obtient de Richelieu que lors de la paix de Saint-Germain en 1632, celui-ci exige la rétrocession du Canada. Il pourra ainsi repartir une dernière fois dans sa «belle province» avec des marins et des colons, et verra avant sa mort son rêve de l’établissement d’une véritable colonie enfin se réaliser… Champlain est un homme des temps modernes, incarnant l’esprit d’humanisme et de découvertes qui marque son époque. Il est de ceux qui ont fait reculer les frontières du monde connu.
Mercredi 16 novembre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. M. Courvoisier.
Advertissement à tous Bons et Loyaux Subjects du Roy…, Paris, J. Dallier, 1567, in-4o, vélin doré.
Adjugé : 73 200 €
Avertissement royal
Un ouvrage singulier se distinguait dans une vente de livres et autres objets d’art, jeudi dernier à Drouot. Son titre à lui seul résumait son propos et en disait long sur son origine : Advertissement à tous Bons et Loyaux Subjets du Roy, ecclésiastiques, nobles et du Tiers-État, pour n’estre surprins et circonvenuz par les propositions colorées, impostures suggestions et suppositions des conspirateurs, participans et adhérens à la pernitieuse entreprise, faicte et machinée contre le Roy, nostre souverain seigneur et son estat. À n’en point douter, cette édition originale, composée de dix feuillets, a dû être rédigée sur la volonté de Charles IX (1550-1574) lui-même, dans le but de ramener de l’ordre dans son royaume divisé, sous la menace des conspirateurs et d’une guerre de religion. Les 73 200 € déposés dans sa vitrine pour l’emporter semblent bien justifiés par son intérêt historique. De plus, le semis de chiffres du Roi ornant la reliure atteste de son unicité et de sa réalisation pour le troisième fils de la terrible Catherine de Médicis.
Jeudi 17 novembre, salle 15 - Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés OVV.
Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944), Le Petit Prince (New York, Reynal & Hitchcock, 1943), petit in-4°, jaquette de l’éditeur illustrée en couleurs conservée, édition originale en français enrichie d’un envoi autographe et de quatre dessins, dont l’un à la plume rehaussé d’aquarelle, figurant le Petit Prince assis sur une planète (reproduit).
Adjugé : 89 467 €
Un signe du Petit Prince envoyé depuis l’espace
Assis sur une planète, solitaire, le Petit Prince saluait la Terre d’une enchère de 89 467 € et trouvait enfin quelqu’un à qui parler véritablement… Ce résultat se posait sur une édition originale du tirage new-yorkais de 1913 du conte, enrichie d’un envoi autographe et surtout de quatre dessins, dont l’un à la plume rehaussé d’aquarelle (reproduit). Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944) l’avait tout spécialement dédicacé aux fils – affectueusement surnommés «Doudou» et «Piou» – de son ami le résistant et général de l’armée de l’Air Guillaume Jean Max Chassin (1902-1970), et l’avait signé «l’oncle Antoine», preuve de la grande proximité qui liait les deux hommes. La soirée se poursuivait avec de l’art déco-ratif et des peintures, dont une Maternité (23 x 15 cm) à l’huile sur soie de Lé Phô
(1907-2001), un petit format qui renforçait la tendresse exprimée par le sujet et recueillait 12 760 €. Puis l’on prenait la direction de l’est avec un ensemble d’art russe, provenant de diverses archives. Celles de Gregory Alexinsky (1879-1967), déjà révélées par la même maison lors d’une précédente vente (19 juillet 2016), présentaient un manuscrit d’Ivan Alexeïevitch Bounine (1870-1953) du récit L’Histoire terrible, daté du 29 janvier 1926. Il se parcourait – en cyrillique ! – à 39 000 €. L’écrivain russe, auteur de poèmes, de nouvelles et de romans, recevra le prix Nobel de littérature en 1933 pour La Vie d’Arseniev, publiée à Paris en 1930. Son œuvre décrit les splendeurs de sa terre natale, sans mettre de côté la misère des campagnes. Rejetant le bolchévisme et les révolutionnaires qui l’ont déçu, il émigre en France en 1920 et rédige l’un de ses plus beaux textes, Jours maudits. Publiés en Russie depuis la perestroïka, signe des temps, ses écrits font maintenant partie du corpus obligatoire de tout jeune écolier !
Samedi 3 décembre, salle V.V.
Cazo OVV. M. Forgeot.
Francesco Colonna (1433-1527), Hypnerotomachia Poliphili, Venise, Alde Manuce, 1499, in-folio.
Adjugé : 69 850 €
Les langues de la Renaissance
Cette édition princeps de l’un des plus célèbres livres illustrés de la Renaissance, Hypnerotomachia Poliphili, se parcourait à 69 850 €. Imprimé à Venise par Alde Manuce dans les tout derniers moments du XVe siècle, en 1499, l’ouvrage fut préfacé et financé par Leonardo Grasso, qui le dédia au duc d’Urbino. Son originalité ? Il a été rédigé en italien, mélangé à des termes d’origines latine et grecque, avec des apports d’arabe, d’hébreu et d’espagnol ! La lecture en était, semble-t-il, déjà délicate à l’époque… Il retrace le cheminement spirituel du héros dans les ruines et les vestiges de la civilisation classique – vaste chantier ! L’ouvrage est illustré de 171 gravures sur bois, dont le rôle est de faciliter sa compréhension, ce qui était mentionné dès la préface : «Le langage des images aidera le lecteur à comprendre ce que les mots ont d’obscur». Plus bas sur les rayonnages de cette bibliothèque de livres précieux et curieux, une édition originale de Nicolas-Edme Restif de la Bretonne (1734-1806), Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dévoilé, publiée par lui-même entre 1794 et 1797, recevait 27 940 €, et le Recueil de vues de Paris composé par Jules Adolphe Chauvet de 1876 à 1890, riche de 195 dessins de l’auteur, se parcourait à 35 560 €. En revanche, l’Alphabet et instruction chrestienne pour les enfans, reproduit page 71 de la Gazette n° 42, ne changeait pas de mains.
Mercredi 7 décembre, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. M. Courvoisier.

 
Atlas amériquain septentrional, contenant les détails des différentes provinces de ce vaste continent, Paris, Le Rouge, 1778, in-folio.
Adjugé : 40 260 €
Un continent à explorer
En 1778, la conquête de l’Amérique du Nord n’en est encore qu’à ses balbutiements, la ruée vers l’Ouest – et vers l’or californien – ne démarrant qu’en 1848. Le pays est une nation libre et indépendante depuis deux ans à peine… tout commence donc et reste à écrire. Cet Atlas amériquain septentrional, contenant les détails des différentes provinces de ce vaste continent, publié à Paris en 1778 chez Le Rouge – ingénieur géographe du Roi, installé rue des Grands-Augustins –, est donc un petit morceau d’histoire. Il se compose d’un frontispice d’après Benjamin West, représentant William Penn parlementant avec les Indiens en 1681, au moment de fonder la province de Pennsylvanie, et de dix-sept grandes cartes, dont neuf à double page et huit dépliantes, formant vingt-trois planches. Ces cartes, gravées en coloris d’époque - sauf trois d’entre elles, en noir –, racontent les établissements français et britanniques, les distances en miles entre les villages, dressent la nouvelle carte du Québec, celle des ports, sondes et bancs le long des côtes, ou encore celle du cours de la rivière Hudson… Une balade dans ce vaste territoire, très recherchée de l’autre côté de l’Atlantique et qui recueillait ici 40 260 €, un beau résultat.
Mercredi 7 décembre, Hôtel Ambassador.
Alde OVV.
Joannes (1629-1692) et Kaspar Commelin (1667-1734), Horti medici amstelodamensis…, Amsterdam, P. & J. Blaeu, 1697-1701,  2 volumes in-folio.
Adjugé : 9 478 €
Les routes européennes de la botanique
La botanique est une discipline reine aux XVIIe et XVIIIe siècles. L’Antiquité l’avait déjà découverte – le plus ancien ouvrage, L’Histoire des plantes, est signé de Théophraste et daté de 320 av. J.-C. –, la Renaissance la remet à l’honneur ! Dans toutes les imprimerie d’Europe, de nombreux ouvrages consacrés à son étude, essentielle à l’avancée des connaissances en matière de médecine, fleurissent sur les presses. Un docteur justement, dont l’identité n’est pas révélée, a passé de nombreuses années à en réunir un grand nombre. Sa bibliothèque, riche de 270 numéros et dispersée vendredi 27 janvier, présentait également des volumes spécialisés en ésotérisme, curiosités et médecine. C’est une édition originale du célèbre traité de botanique en latin et néerlandais de Joannes et Kaspar Commelin, publiée à
Amsterdam entre 1697 et 1701, qui remportait la palme. Consacré essentiellement aux plantes d’Amérique et des Indes, l’ouvrage, commencé par Joannes – un érudit passionné, à l’origine du premier jardin botanique de la ville, le Hortus Medicus –, sera achevé par son neveu Kaspar. Par la beauté de ses gravures, réalisées par Joannes et Maria Moninck, et la qualité de ses descriptions, il constitue un jalon dans l’histoire de la discipline. Ses végétaux et leurs piquants se consultaient ici à 9 478 €. 5 055 € étaient requis pour feuilleter un autre spécimen du genre, Dendrographias, sive Historiae naturalis de arboribus et fructibus tam nostri quam peregrini orbis… (Francfort, Hieronymi Polichii, 1662) de Jan Jonston (1603-1675), un naturaliste polonais ayant parcouru l’Europe afin d’observer la faune et la flore. Quant aux planches du traité Anatomia humani corporis… du médecin anatomiste Govert Bidloo (1649-1713), imprimées également à Amsterdam mais en 1685, posaient leurs empreintes à 3 412 €.
Vendredi 27 janvier, Espace Tajan.
Tajan OVV. Mme Lamort.
George Barbier et Albert Flament, Personnages de comédie, grand in-4°, 37,5 x 28 cm, gravures sur bois de François-Louis Schmied. Paris, Meynial, 1922.
Adjugé : 11 805 €
Scènes de comédie par Barbier et Schmied
De belles flambées d’enchères ont marqué la vente de livres anciens et modernes qui s’est tenue le dimanche 12 février à Limoges : la maison Galateau-Pastaud OVV y dispersait 435 lots marqués par des illustrations, gravées ou photographiques, de haute tenue. Parmi ceux-ci, vainqueur toutes catégories, se détachait Personnages de comédie, un superbe ouvrage fruit d’une collaboration particulièrement réussie entre les deux très grands maîtres de l’illustration art déco : George Barbier et François-Louis Schmied. Ces deux génies du dessin s’étaient alliés pour mettre en images le texte signé Albert Flament, réflexion générale sur les personnages du théâtre antique ou moderne, occidental ou oriental. On retrouvait ainsi, magnifiés par le trait de Barbier, Roméo et Juliette, La Belle Hélène, Phèdre et Hippolyte, Mademoiselle de Maupin, Turandot, Shéhérazade, et d’autres encore. Publié par Meynial à Paris en 1922, ce grand in-4° recelait douze planches hors-texte en couleurs, gravées sur bois par Schmied d’après les dessins de Barbier, et rehaussées d’or et d’argent. 11 805 € étaient indispensables pour les admirer. Après la scène, ce sont les sciences qui suscitaient l’intérêt, surtout grâce aux cinquante-quatre volumes in-12 dus à Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, ses fameuses Œuvres complètes, imprimées par Sanson & Cie, à Paris de 1785 à 1791, et aux belles reliures de pleine basane granitée, à dos lisses et ornés. Il fallait compter, pour cet ensemble complet de textes savants et de planches, la somme de 9 444 €. Quant à l’ouvrage d’Aldrovandi étudié dans la Gazette n° 6 (page 95), il n’a pas trouvé preneur.
Limoges, dimanche 12 février.
Galateau-pastaud OVV. Cabinet Poulain.
Pierre de Cossé, duc de Brissac (1900-1993), Chasse, Paris, aux dépens de l’Artiste, 17 lithographies en couleurs de Paul Jouve, 1956, in-4o, en feuilles.
Adjugé : 3 660 €
Juste avant la clôture de la saison
Le dernier week-end de février est cette année, à peu près partout en France, celui de la fermeture de la saison de chasse. Juste avant cette clôture, Chayette & Cheval proposait un florilège d’ouvrages sur ce thème, dont certains remontant aux XVIe et XVIIe siècles. Parmi eux, La Fauconnerie, un traité de 1621 de Charles d’Arcussia, qui prenait son envol à 5 612 €. Chasse, de Pierre de Cossé-Brissac, était très attendu. Cette édition illustrée de dix-sept lithographies originales en couleurs de Paul Jouve (1878-1973), enrichie d’un envoi de l’artiste et publiée par ce dernier à soixante-dix exemplaires seulement, se feuilletait à 3 660 €. Le duc, éminent spécialiste, y fait une dissertation à la fois descriptive et nostalgique de la chasse à quelques créatures à poils et à plumes, dont celles aux sanglier, ours, renard, faisan, col-vert et autre loup. Pour la planche représentant cette espèce, Jouve donne le meilleur de son talent. Les trois bêtes, avec leurs regards étincelants sur un pelage sombre, saisissent. Elles rappellent qu’il était bien l’un des meilleurs illustrateurs du XXe siècle, fort d’une carrière commencée en 1919 avec le Livre de la Jungle de Rudyard Kipling, premier essai déjà réussi et transformé par la suite par une vingtaine d’ouvrages.
Vendredi 17 février, salle 3 - Drouot-Richelieu.
Chayette & Cheval OVV. M. Courvoisier.
Paul Eluard (1885-1952), Blason des fleurs et des fruits, Paris, 25 novembre 1940, plaquette in-8°
de format carré, manuscrit autographe, reliure souple en maroquin de deux tons par Renaud Vernier, 2008.
Adjugé : 10 980 €
La collection Gérard Vidalenche
Ce sont bien les illustrateurs et les relieurs qui transforment le livre en objet d’art. Renaud Vernier est de ceux-là. Ses reliures discrètes, exécutées dans un souci constant d’exigence, sont recherchées par les plus grands bibliophiles pour magnifier leurs collections. Aujourd’hui à la retraite, il a travaillé pour de nombreux ouvrages et auteurs, dont Michel Butor, présent à travers plusieurs titres dans l’univers littéraire de Gérard Vidalenche, objet de l’«Événement» de la Gazette n° 5 du 3 février (pages 12 à 17). Pour L’Étoile des encres, partie à 3 660 €, il emploie un box vert amande et compose le titre en grandes lettres mosaïquées. Pour Prémonitions, un box aubergine se détache sur un fond de vachette bleu ciel, jaune paille et vert pré des plus bucoliques, et récolte 2 318 €, tandis que pour Sous le soleil noir, un buffle noir est rehaussé de peau irisée rouge, retenu à 3 172 €. Il a également habillé les écrits de Paul Eluard, et notamment Blason des fleurs et des fruits, un poème manuscrit du 25 novembre 1940 (reproduit ci-contre). Ce travail confine à la perfection, tant par la qualité des matériaux employés – daim, galuchat et maroquin associés – que par l’ingéniosité de l’agencement et la minutie de l’exécution. 10 980 € venaient justement récompenser cet objet d’art.
Mardi 21 février, Hôtel Ambassador.
Alde OVV. M. Galantaris.


 
Jules Verne, L’Ile mystérieuse, illustrations de Férat, Paris, J. Hetzel et Cie, s.d. (1874), grand in-8 simple, cartonnage éditeur en pleine percaline rouge au double décor personnalisé, plaque de Souze.
Adjugé : 52 771 €
Au coeur des Jules Verne d’Eric Weissenberg
Le premier opus de la bibliothèque vernienne d’Éric Weissenberg était dispersé à Drouot le mercredi 1er mars, dans une salle comble et un crépitement d’enchères téléphoniques. Il rapportait 446 246 € au total, dépassant les estimations et ce, malgré la déception de la carte manuscrite de L’Ile mystérieuse, qui ne trouvait pas preneur. La Maison de Jules Verne à Amiens se portait acquéreur à 6 331 € d’un ensemble de quatre lettres autographes, touchant au mariage de l’écrivain avec Honorine, née Devianne, à Amiens. De même, la ville de Nantes enchérissait pour le compte du musée Jules-Verne et emportait différents lots, dont une affiche en couleurs de l’adaptation théâtrale de Michel Strogoff par Jules Verne et Adolphe d’Ennery de 1901, pour 1 319 €, et un lé de papier peint relatif à la même aventure, réalisé vers 1900 et sans nom d’éditeur, à 1 978 €. Comme prévu, ce sont bien les cartonnages qui ont intéressé au plus haut, à l’image de celui unique, décrit et reproduit page de gauche, de L’Ile mystérieuse, qui a grimpé jusqu’à 52 771 €. Voyage au centre de la Terre, dans une édition de 1867 en percaline vert anglais «aux bouquets de roses» du 2e type, et au dos «au semis d’étoiles» – une caractéristique rare qui ne se rencontre que pour ce titre et Cinq semaines en ballon –, est remonté des profondeurs terrestres par un effet d’aspiration positif à 13 515 €. Même heureuse coïncidence pour Les Indes noires, dans un cartonnage d’éditeur en percaline rouge, à gros grains et «aux fleurs de lys» du 1er type, réalisé en une toute petite quantité et seulement pour le marché belge, jusqu’en 1877. Il fallait déposer 12 871 € pour l’emporter. Quant au Tour du monde en quatre-vingts jours, un récit devenu mythique, il se parcourait ici à 19 307 €. La raison ? Son cartonnage, réalisé dans une percaline fine et bien plus fragile que les classiques, et donc souvent abîmée au fil du temps. Celui-ci était dans un état de fraîcheur impeccable, qui accentuait sa rareté, et arborait fièrement un beau rouge brique, relevé d’or et de tulipes. Les passionnés se sont déjà donné rendez-vous en octobre, pour le deuxième chapitre…
Mercredi 1er mars, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Boisgirard - Antonini OVV. MM. Embs et Mellot.
Antoine de Montchrestien (1575-1621), Traicté de l’oeconomie politique, Rouen,
Jean Osmont, 1615, exemplaire de l’édition originale, un volume in-4o, reliure en maroquin rouge par Hardy (actif au XIXe siècle).
Adjugé : 106 414 €
Quand l’histoire s’écrit au présent
Ce Traicté de l’oeconomie politique, rédigé par Antoine de Montchrestien (1575-1621) et publié à Rouen en 1615, connu pour être le premier écrit employant les termes d’«économie politique», n’est pas passé inaperçu. En se parcourant à 106 414 €, il devenait le plus beau fleuron de la bibliothèque de Maurice Vignes et entrait singulièrement en résonance avec l’actualité politique française. «Ceux qui sont appelés au gouvernement des États doivent en avoir la gloire, l’augmentation et l’enrichissement pour leur principal but». Sans vouloir entrer dans ce débat, ces mots adressés à Louis XIII et à la reine mère Anne d’Autriche, imprimés dès les premières lignes, ne peuvent qu’être relevés tant ils semblent avoir traversé les siècles pour se rappeler à nous. L’économie et la politique n’étaient pas les deux seuls centres d’intérêt du bibliophile. Il possédait également une première édition de la Grande Passion d’Albrecht Dürer (1471-1528), une suite de douze gravures considérée comme l’une des plus abouties de la Renaissance et imprimée à Nuremberg en 1511 chez l’auteur. Tout le génie graphique de Dürer s’y déploie. Force et expressivité sont les maîtres mots de ces estampes tant dans chaque scène est attaché un soin particulier aux détails, à la mise en place des figures dans l’espace et aux proportions. Avec tant de qualités, les 40 833 € déposés au pied de la Croix ne sont pas usurpés. Un livre d’heures à l’usage de Rome maintenait dans ce climat de piété. Il s’agissait d’une édition post-incunable imprimée en caractères gothiques à Paris pour Guillaume Eustache de Courtenay, comte de Devon, en 1513, ornée de trente-quatre figures dont seize représentant la vie et le martyre de saints et de saintes. Il recueillait 24 500 €. Retour au sujet premier, en conclusion, avec le Théâtre d’agriculture et mesnage des champs d’Olivier de Serres (1539-1619), imprimé à Paris en 1600 et donc présenté ici en édition originale. Cet ouvrage, le premier grand traité d’agronomie française, touche aux questions agricoles et aborde le thème de
l’alimentation, un autre sujet d’actualité !
Vendredi 10 mars, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. M. Courvoisier.
Charles Cros (1842-1888), Le Fleuve, in-4o en feuilles, édition originale, Paris, librairie de l’Eau-Forte, 1874, ornée de huit eaux-fortes originales d’Édouard Manet (1832-1883).
Adjugé : 23 811 €
Un long fleuve pas vraiment tranquille
Charles Cros (1842-1888) est un personnage original, tout à la fois savant, riche d’une belle carrière d’inventeur – il présente en 1869 à la Société française de photographie un procédé qui sera à l’origine de la trichromie –, et poète. Frère du peintre et verrier Henry Cros, il rejoint dans les années 1860 la bohème littéraire parisienne, et fréquente Verlaine et Rimbaud. En 1873, il publie Le Coffret de santal, un recueil de poèmes qui connaît un grand succès. L’année suivante, il en extrait Le Fleuve, une pièce longue de deux cents alexandrins, et demande à Édouard Manet d’en réaliser l’illustration. 23 811 € coulaient pour cet exemplaire n° 22 et signé des deux créateurs. Il ne s’agit pas d’un livre illustré de plus, mais d’une petite révolution dans son genre, le premier en date de la longue série des «livres de dialogue», selon l’expression d’Yves Peyre. Ébloui, Stéphane Mallarmé écrit que l’on voit s’y allumer «une réciprocité de feux», tant le peintre investit le texte en créateur, sans s’attarder à un commentaire visuel. 1874 marque une étape importante pour Manet : il choisit de ne pas participer à la première exposition impressionniste et durant l’été, rejoint sa famille à Argenteuil, où il exécute quelques-uns de ses chefs-d’œuvre et finalement, adhère au mouvement. L’année suivante, il récidive dans le domaine de l’illustration, enrichissant Le Corbeau d’Edgar Poe puis à nouveau, en 1876, L’Après-Midi d’un faune de Mallarmé.
Mercredi 22 mars, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés OVV. M. Vrain.
Description de l’Égypte ou Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l’expédition de l’armée française, en vingt-deux volumes, dans une édition de l’Imprimerie royale de 1809-1828.
Adjugé : 108 580 €
Livres et correspondances choisies chez les Barante
Deuxième acte réussi pour la vente des souvenirs des Barante, qui sommeillaient dans le château familial. On se souvient des beaux scores affichés lors de la dispersion des œuvres d’art, tableaux et autre mobilier, le 5 novembre 2016. Ce samedi 25 mars, c’était au tour du contenu de la bibliothèque de changer de mains. Plusieurs lots prestigieux attendaient les collectionneurs, et tout particulièrement des manuscrits de tout premier ordre. Ainsi les Mémoires secrets de feu l’Impératrice Catherine de Russie, recopiés en français vers 1835-1840, d’après un original plus ancien était adjugé pas moins de 140 300 €. Les correspondances abondaient telle celle de quarante-cinq lettres adressés au baron Prosper de Barante entre 1823 et 1833 par Talleyrand-Périgord, et envolées à 39 040 €. À 32 940 €, c’étaient celles de Germaine de Staël au père de Prosper, Claude-Ignace, au nombre de dix-huit, qui les accompagnaient. De Dorothée von Biron, duchesse de Dino, puis duchesse de Talleyrand, sulfureuse aristocrate de l’époque, il y avait aussi une série de lettres adressées à Prosper de Barante entre 1823 et 1862, qu’on se disputait à 25 620 €. Benjamin Constant s’illustrait quant à lui par quarante-six lettres rédigées entre 1805 et 1830, et vendues 17 080 €. Maîtresse du jeune baron Prosper, Juliette Récamier n’aura de cesse de correspondre avec lui de 1808 à 1835, à travers soixante-trois missives enlevées à 17 080 €. Par leurs prix, des ouvrages imprimés ne le cédaient point à ces témoignages manuscrits, comme l’affirmaient avec éclat et ses 108 580 € une Description de l’Égypte ou Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l’expédition de l’armée française, en vingt-deux volumes, dans une édition de l’Imprimerie royale de 1809-1828 avec reliure de Tessier.
Clermont-Ferrand, samedi 25 mars.
Anaf-Jalenques-Martinon-Vassy OVV. Gérard Oberlé & Tristan Pimpaneau.
Georges-Louis Leclerc de Buffon, Histoire naturelle générale et particulière,
avec la description du Cabinet du Roy,
à Paris, de l’Imprimerie Royale, 1749-1789 et 1798-1804, 45 vol. in-4°.
Adjugé : 75 746 €
Buffon, Voltaire et autres grands noms
Dans cette vente de bibliophilie, l’estimation était sextuplée pour deux lots cumulant les atouts, renommée de leur auteur, luxe des éditions présentées et qualité de leur provenance… On ne présente plus l’Histoire naturelle de Buffon, l’un des plus gros succès d’édition du XVIIIe siècle, à l’échelle de l’Europe, avec l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Il est vrai que son auteur a souhaité faire œuvre de vulgarisation, afin de rendre accessible au plus grand nombre les lois de la nature. Il ne se contente pas de décrire les espèces, mais les replace dans le contexte de leur environnement, observe leur comportement et établit des familles biologiques, laissant pressentir des ancêtres communs. Les bases de l’évolutionnisme sont ainsi posées. Le scientifique a aussi su accorder une place primordiale à l’illustration appuyant son propos. En témoigne cette édition originale, contenant les dessins de Jacques de Sève gravés par une trentaine d’artistes de l’Imprimerie royale. Au total, 1 282 planches zoologiques, en majorité doublées, et de nombreux bandeaux gravés, enrichis des tirages avant la lettre. La collection, reliée par Thouvenin, porte les armes de François-Victor Masséna, le plus grand collectionneur d’oiseaux exotiques du XIXe siècle. Claude-Joseph Clos, proche correspondant de Voltaire, a quant à lui conservé dans sa bibliothèque les Œuvres de son ami, qu’il indique avoir enrichies de plusieurs manuscrits autographes, dont trois lettres du philosophe, et d’un dessin original. L’édition illustrée est en outre augmentée de près de 300 planches gravées. Il s’agit déjà d’une publication de luxe à l’origine, celle dite «de Kehl», ville d’Allemagne, imprimée sur grand papier par Beaumarchais, sous la supervision de Condorcet et Decroix. Ses caractères ont été gravés par Baskerville et les illustrations sont de Moreau le Jeune. Pour faire bonne mesure, la reliure porte l’étiquette de Nicolas-Denis Derôme, dit le Jeune.
Enghien, jeudi 30 mars.
Goxe, Belaisch, hôtel des ventes d’Enghien OVV. M. Cortade.

 
Galileo Galilei (1564-1642), Discorsi e dimostrazioni matematiche intorno a due nuove scienze attenenti alla Mecanica & i Movimenti locali (…) Con una Appendice del centro di gravità d’alcuni Solidi, Leyde, Elzevier, 1638, exemplaire de l’édition originale, un volume in-4°, reliure de l’époque en maroquin, les plats avec un encadrement de filets et roulette au pointillé entièrement couverts d’un décor «à la fanfare» aux petits fers, vraisemblablement par Le Gascon.
Adjugé : 727 919 €
Galilée, centre de gravité de la bibliothèque de Jean Bonna
La vente de la bibliothèque Jean A. Bonna, organisée par Pierre Bergé & Associés en association avec Sotheby’s France, a atteint plus de 3 M€, 3 088 175 € très exactement. Ce résultat se lit comme un hommage de la bibliophilie à un collectionneur exceptionnel. Il faut signaler, outre les nombreux enchérisseurs présents dans une salle comble et ceux représentés au téléphone, les cent cinquante participants on line. Les très beaux prix obtenus attestent encore de la prééminence de la place parisienne pour le marché des livres, un positionnement qui se pérennise et que la venue en vente d’un tel ensemble ne fait que conforter. Les Discorsi e dimostraioni matematiche… de Galilée (1564-1642) étaient attendus, avec raison, comme le lot phare de cette vente mémorable. En réunissant 727 919 €, ils confirmaient leur rareté. Lorsqu’il les rédige, Galilée est sous les foudres des inquisiteurs de Florence pour avoir écrit le Dialogo…. Le livre fondateur de la mécanique et la dynamique au sens moderne ne peut donc y être imprimé. Il a besoin du soutien d’amateurs éclairés, comme François de Noailles (1584-1645), ambassadeur de France auprès du Saint-Siège. Ce dernier peut en faire passer une copie manuscrite aux fameux éditeurs de Leyde, les Elzevier. L’édition de Jean Bonna nous le raconte, puisqu’elle a été imprimée en 1638 – il s’agit donc de l’une des toutes premières mises sous presse de l’ouvrage – et qu’elle porte une dédicace à cet ambassadeur audacieux. Elle est embellie d’une magnifique reliure «à la fanfare», exécutée vraisemblablement par Le Gascon, l’inventeur du pointillé et de ce type de parure, dont l’influence s’est fait sentir dans toute l’histoire de la reliure. Une histoire déjà riche, ainsi qu’en témoigne également la seconde édition aldine de 1533 du Libri de re rustica (Venise), provenant de la bibliothèque italienne de François Ier et réunissant les plus célèbres textes relatifs à l’agriculture et à la vie rurale laissés par les auteurs latins de l’Antiquité. Le monarque, fervent connaisseur de l’italien – qu’il maîtrise parfaitement –, achète un ensemble de livres au-delà des Alpes mais les fait relier à Paris par un artisan du nom d’Étienne Roffet, au talent apprécié de la cour et qui, dès 1539, se revendique du titre de «relieur du roi». Il livre pour cet exemplaire un veau brun à double jeu d’encadrements composés de filets à froid et de fers pleins aux chardons dorés, récompensé cette fois de 93 067 €.  Jean Bonna est ouvert à toute littérature, pourvu qu’elle émane d’auteurs talentueux. Les plus grands noms du XIXe et du début du XXe siècle se trouvaient sur les rayonnages de cette bibliothèque universelle. Victor Hugo bien sûr, Arthur Rimbaud et Marcel Proust, évidemment… L’un des cinquante exemplaires de luxe d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs, de 1920, était éclairé de 108 878 €.
Mercredi 26 avril, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés OVV, en association avec Sotheby’s France OVV. MM. Clavreuil, Forgeot.
Georges Aurach (actif à Strasbourg vers 1470), Donum Dei, manuscrit latin retranscrit au XVIIIe siècle (?), un volume petit in-4° de cinquante-neuf pages, orné de figures en couleurs.
Adjugé : 14 605 €
Vade retro satana
La vente de la bibliothèque d’Éric Gruaz, ainsi que l’Événement de la Gazette n° 15 (page 12) le révélait, était tournée vers les sciences occultes. Il y était en effet question de magie, d’alchimie, d’ésotérisme et autre sorcellerie, et un parfum de poudre en émanait. On ne peut donc voir dans le résultat de 36 830 € – le plus haut de cette dispersion – apposé sur une bible manuscrite en latin du XVe siècle (reproduite ci-dessus) un fait du hasard. Lors des procès en sorcellerie, si nombreux dans les temps reculés de l’obscurantisme religieux en Occident, les femmes accusées étaient soumises au pesage et pouvaient échapper à la condamnation et au supplice qui en découlait si elles étaient de même poids que les bibles servant de mesures. L’histoire ne raconte pas si celle-ci, rédigée au XVe siècle, en pleine période de persécution, a connu un tel usage… Pas de magie noire en tout cas, mais le juste effet de la qualité et de la rareté des volumes en présence dans les très beaux résultats ayant émaillé cette vente fleuve de 450 numéros sur deux jours, et qui s’est conclue par 92 % de lots vendus et un produit total de 476 347 €. Un manuscrit d’alchimie retranscrit au XVIIIe siècle exprimait 14 605 € (voir la reproduction page de droite). Ce petit volume in-4° est titré Donum Dei (Le Don de Dieu) et son texte en latin est dû à Georges Aurach, un auteur strasbourgeois de la fin du XVe siècle qui se fit remarquer pour ses travaux d’alchimie. L’homme est également connu pour avoir produit un traité sur la pierre philosophale et un ouvrage allégorique relatif à la philosophie hermétique. Bibliotheca chemica curiosa, seu rerum ad alchemiam pernientium thesaurus instructissimus quo non tantum artis auriferae, réunissant les textes des auteurs les plus estimés de l’époque en matière de chimie métallique, compilée par le médecin suisse Jean-Jacques Manget (1652-1742) et publiée à Genève en 1702, se livrait à 17 942 €. La BnF usa de son droit de préemption pour acquérir à 1 670 € Les Contes noirs de Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy (1794-1881), un recueil de bizarreries et autres singularités édité à Paris en 1818. Les sciences occultes n’ont pas fini d’interroger…
Jeudi 27 et vendredi 28 avril, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV, De Baecque & Associés OVV. M. Ajasse.



 
Willem (1571-1638) et Joan (1596-1673) Blaeu, Le Grand Atlas, ou Cosmographie blaviane, en laquelle est exactement descritte la Terre, la mer et le ciel, Amsterdam,
Joan Blaeu, 1667, sept volumes, grand in-folio, 51 x 31,5 cm.
Adjugé : 111 250 €
La Californie ou la tentation d’une île
Sept volumes sur onze seulement de la traduction française au format grand in-folio de la deuxième édition du magistral ouvrage de Willem (1571-1638) et Joan (1596-1673) Blaeu,
Le Grand Atlas ou Cosmographie blaviane, en laquelle est exactement descritte la Terre, la mer et le ciel (Amsterdam, 1667), et malgré cela, un très beau résultat de 111 250 €… Il faut dire que cet atlas appartient à l’histoire de la spécialité, que les Blaeu sont avec Jodocus Hondius les plus grands cosmographes du XVIIe siècle néerlandais – à l’époque, Amsterdam écrivait les cartes du ciel et de la Terre pour tout le monde civilisé – et que, parmi les 340 planches en coloris d’époque, figurent les célèbres cartes «aux figures», dont l’une à double page présente la fameuse mappemonde avec le continent nord-américain et la Californie, qui est alors considérée comme une île. Fils d’une famille aisée amstellodamoise, Willem étudie auprès de Tycho Brahe (1546-1601), le grand astronome danois. Son ascension accompagne celle de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, dont il devient le cartographe officiel en 1633. Éditeur de plusieurs atlas d’une exactitude remarquable – correspondant aux connaissances de l’époque, bien sûr –, il fabrique également des globes. Le premier, en 1598, et la célèbre paire – terrestre et céleste – de 68 cm de diamètre, en 1617, assurent définitivement sa notoriété.
Mercredi 17 mai, salle 13 - Drouot-Richelieu.
Yann Le Mouel OVV. M. Benelli.
Richard Wagner (1813-1883), Die Meistersinger von Nürnberg, Mainz, Verlag von B. Schott’s Söhnen, 1862, petit in-8o, exemplaire de l’édition originale, livret annoté par le compositeur, reliure de l’époque en maroquin brun.
Adjugé : 124 690 €
Les notes de poésie de Pierre Bergé
Les premiers mots d’un poème de Charles Baudelaire sont pour dire «La musique souvent me prend comme une mer». Pierre Bergé s’est laissé emporter par les deux disciplines. À la première, il a adjoint la poésie, pour le meilleur uniquement ainsi que l’Événement de la Gazette n° 24 du 16 juin (pages 14 à 18) le relatait. La dispersion de ces morceaux choisis constituant le troisième opus de sa bibliothèque était récompensée
de 1 641 995 €. À l’hiver 1998, le musée d’Orsay a consacré une exposition aux liens multiples entretenus par Stéphane Mallarmé (1842-1898) avec la musique. De nombreux compositeurs abordèrent son œuvre littéraire, et Claude Debussy (1862-1918) fut le premier d’entre eux. L’un de ses chefs-d’œuvre, le Prélude à l’après-midi d’un faune, est bien une évocation du poème. Les deux grands étaient bien sûr présents sur les rayonnages de cette bibliothèque. Mallarmé recevait 72 390 € avec les épreuves corrigées enrichies de lithographies d’«Un coup de dés jamais n’abolira le hasard», et Debussy, 6 893 € pour La Damoiselle élue, une musique lithographiée de 1893. La vente rythmée de belles batailles d’enchères s’emballa lorsque l’exemplaire du livret Die Meistersinger von Nürnberg, publié en 1862, relié pour Richard Wagner (1813-1883) et annoté par lui, fut emporté pour 124 690 €. La science et la beauté rare d’une édition originale de la première encyclopédie musicale, Musurgia universalis d’Athanasius Kircher, à l’exceptionnelle reliure romaine baroque romaine décorée, fut reconnue à 62 660 €… et en avançant dans les siècles jusqu’à la période romantique, Il Pirata de Vincenzo Bellini, enrichi d’un envoi de Rossini à Chopin, fut disputé jusqu’à 37 596 €. La poésie suivait le même tempo. Nulle fausse note ne dérangeait l’harmonie des Calligrammes de Guillaume Apollinaire. Ces poèmes de la paix et de la guerre, écrits entre 1913 et 1916, furent lus à 43 862 €, et l’un des sept exemplaires sur papier de Chine du «Cimetière marin» de Paul Valéry, comportant une aquarelle de la main de l’auteur, fut découvert à 62 660 €. La vente se déroulait sous des auspices favorables et sous la protection de la première édition illustrée du chef-d’œuvre épique du Tasse, La Gerusalemme liberata, un exemplaire aquarellé et rehaussé d’or, religieusement feuilleté à 46 995 €.
Mercredi 28 juin, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés OVV et Sotheby’s France OVV. M. Scognamillo.
Hartmann Schedel (1440-1514), Chroniques de Nuremberg, in-folio, Nuremberg, Anton Koberger pour Sebald Schreyer et Sebastien Kamermaister, 20 juillet 1493.
Adjugé : 48 461 €
Au fil des pages
Provenant de diverses bibliothèques françaises de renom, dont celles d’un château d’Aquitaine et d’une propriété de Dordogne, 1 216  lots de livres du XVe siècle à nos jours composaient le programme de la 22e édition de l’incontournable rendez-vous estival de Montignac-Lascaux. En vedette, une série de magnifiques incunables et ouvrages anciens des XVe et XVIe siècles, emmenés par un ouvrage mythique : les Chroniques de Nuremberg dans son édition originale, parvenues jusqu’à nous dans un très bel état. Cette somme, composée par Hartmann Schedel, humaniste allemand (voir Gazette n° 29, page 82), relate les grands cycles de l’histoire du monde depuis sa création selon une conception encore médiévale. Son intérêt réside surtout dans ses abondantes illustrations exécutées par les plus grands xylographes du temps, dont Michael Wohlgemuth et son beau-fils Wilhelm Pleydenwurff, placés sous la direction d’Anton Koberger, parrain de Dürer, qui se chargea de l’impression du volume. Il n’en fallait pas moins pour déclencher une rixe d’enchères, close par un coup de marteau à 48 461 €. L’autre versant de la vente comportait de nombreux et rares relations de voyages, dont le Voyage de découvertes aux terres australes, fait par ordre du gouvernement, sur les corvettes le Géographe, le Naturaliste, et la goélette le Casuarina, pendant les années 1800, 1801, 1802, 1803 et 1804…, de François Péron et Louis de Freycinet, édité par Arthus-Bertrand à Paris en 1824. Pour embarquer, il fallait compter 16 153 €. Plus proche, le Moyen-Orient était à votre portée en échange de 15 159 € grâce à J. de Morgan, R. de Mecquenem, G. Conteau, et V. Scheil, auteurs de la Délégation en Perse. Mémoires, en 34 tomes, édités à Paris par Ernest Leroux entre 1900 et 1954. Vers la Grèce, l’architecte Abel Blouet s’était élancé, laissant cette Expédition scientifique de Morée, ordonnée par le gouvernement français. Architecture, sculptures, inscriptions et vues du Péloponnèse, des Cyclades et de l’Attique, mesurées, dessinées, recueillies et publiées… à Paris, chez Firmin Didot, en 1831-1838, trois volumes grand in-folio. Une manière de redécouvrir les grands monuments de l’Antiquité hellénique, pour 9 940 €.
Montignac-Lascaux, lundi 21, mardi 22 et mercredi 23 août.
Pastaud OVV. Cabinet Poulain.
Jules Verne (1828-1905), Les Indes noires, illustrations de Férat, Paris, «Bibliothèque d’éducation et de récréation», J. Hetzel et Cie, sd (vers 1877), grand in-8°, simple.
Adjugé : 10 112 €
Les tulipes de la renommée
Sûrs de la qualité de l’ouvrage, les experts avaient mentionné dans le catalogue, à côté de sa légende descriptive, «un cartonnage dont l’extrême rareté n’a besoin d’aucun commentaire». Le résultat de 10 112 €, soit au double de l’estimation basse et le plus élevé ex aequo de ce deuxième opus dispersant la bibliothèque – ou plutôt le musée – Weissenberg leur donnait raison. Les Indes noires dans ce cartonnage d’éditeur (Hetzel), en pleine percaline grenat «aux tulipes» du premier type, avaient d’ailleurs été choisies par Philippe Jauzac, auteur de la célèbre bibliographie vernienne, pour être reproduites en page 324. Sur les rayonnages de cette deuxième vacation dévolue aux mondes connus et inconnus chers au grand écrivain, de nombreux autres cartonnages s’épanouissaient. À commencer par celui «aux fleurs de lys», dit aussi «Calatrava», en percaline bleue et embellissant L’Ile mystérieuse, un incontournable s’il en est, échangé à 8 216 €. Un amateur forcément passionné s’est offert pour 10 112 € – l’autre résultat ex aequo – la série intégrale des œuvres de Jules Verne, en quarante-six volumes et cinquante-deux reliures d’éditeur, publiées par J. Hetzel et Cie, devenu Collection Hetzel, entre 1879 et 1910. Il s’agit de la version complète la plus chère de son temps, les reliures d’éditeur constituant en effet à l’époque la présentation la plus noble, et donc la plus onéreuse. Autre motif de satisfaction pour la maison de ventes et les experts : la préemption à 6 320 €, par le musée Jules-Verne de Nantes, du portrait de l’écrivain (32 x 42 cm), en buste, accoudé et l’air pensif, réalisé par Gustav Wertheimer (1847-1904) au crayon gras vers 1880 (reproduit page 104). Ce dessin provenait de la collection de René Huyghe (1906-1997), émérite historien d’art. Éric Weissenberg en avait fait l’acquisition après son décès. Fin de ce deuxième opus et en route vers le suivant, voyage extraordinaire que les verniens guettent déjà avec impatience.
Jeudi 12 octobre, salle 12 - Drouot-Richelieu.
Boisgirard - Antonini OVV. MM. Embs, Mellot.
Paul Verlaine (1844-1896), Parallèlement, Paris, Ambroise Vollard, 1900, illustration de Pierre Bonnard,
2 volumes in-4o.
Adjugé : 101 581 €
Verlaine, Bonnard, Vollard, un trio de choix
La fameuse suite en noir sur chine des illustrations de Pierre Bonnard pour Parallèlement, de Paul Verlaine (1844-1896), ne fut éditée par Vollard qu’à deux exemplaires : un pour lui-même et l’autre, cédé au docteur Roudinesco. Celui vendu 101 581 € ce mercredi à Drouot était donc d’une insigne rareté. Pour être absolument précis, il comportait dans le premier volume – relié par Cretté, numéroté 6 de l’un des dix sur «chine chine» – les 109 lithographies originales imprimées en rose et neuf dessins de Bonnard gravés sur bois et dans le second volume – relié par Marius Michel –, la suite en noir, soient soixante-dix-sept lithographies sur chine avant la lettre ainsi que l’unique suite barrée de soixante-seize lithographies en noir. On doit la réunion de cet ensemble au libraire Alexandre Loewy (1906-1995), qui collecta les deux volumes pour sa bibliothèque personnelle.
Lorsque Ambroise Vollard (1868-1939) décide d’illustrer Parallèlement, en 1900, Verlaine est mort depuis quatre ans déjà, et sa légende de poète maudit court dans tout Paris. Le choix de faire appel à Pierre Bonnard (1867-1947) est des plus intelligents tant le peintre roule sur les rails du succès et, surtout, maîtrise les arts graphiques : il réalisera d’autres albums pour le marchand d’art-éditeur. Pour celui-ci, il donne libre cours à son talent, inventant une composition irrégulière, les dessins jouant dans les marges avec les strophes. L’association de ces trois grands noms du tournant du XXe siècle fabrique une pépite qui est toujours considérée comme un monument de la littérature moderne.
Mercredi 18 octobre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés OVV. MM. Bodin, Busser, Forgeot, de Proyart.

 
Georges-Louis Leclerc de Buffon (1707-1788) et François-Nicolas Martinet (1731-1800), Histoire naturelle des oiseaux, Paris, de l’Imprimerie royale, 1770-1786, 5 volumes in-folio, reliure en maroquin vert.
Adjugé : 40 215 €
Ornithologie royale
Si l’on ne présente plus l’Histoire naturelle des oiseaux de Buffon (1707-1788), ce monument du livre ornithologique, on ne se lasse pas en revanche de parcourir ses planches, réalisées en taille douce par François-Nicolas Martinet (1731-1800) d’après Daubenton (1716-1799)… Et à découvrir la fraîcheur du coq huppé, du canard à collier de Terre-Neuve ou du toucan de Cayenne, on comprend aisément pourquoi. L’exemplaire présenté ici en grand papier in-folio fut autrefois scindé en deux, et seules 451 planches sur les 973 que doit contenir l’édition complète s’y trouvent. Ce qui ne l’a pas empêché de réaliser 40 215 €, soit le double de ce qui était avancé. Le spécimen de la Vida, y Hechos del ingenioso Cavallero don Quixote de la Mancha de Miguel de Cervantès (1547-1616), présenté dans la Gazette n° 36 du 20 octobre (page 58), une rare première édition illustrée en espagnol, publiée à Bruxelles en 1662, galopait gaiement à 17 323 €. Et dans un tout autre style dans cet après-midi dévolu à la bibliophilie, mais toujours dans une impression bruxelloise, une édition originale du seul recueil publié par Arthur Rimbaud à compte d’auteur et non mis dans le commerce, Une saison en enfer, présenté dans une belle reliure décorée de Jacques-Antoine Legrain – beau-fils de Pierre –, retenait 11 755 €.
Mercredi 25 octobre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. M. Courvoisier.
André Breton, René Char, Paul Eluard, Ralentir travaux, Paris, Éditions surréalistes, 1930, in-4°, demi-maroquin noir à bandes de Paul Bonet.
Adjugé : 35 090 €
Expériences surréalistes
Sur cet exemplaire, le sien, la fameuse signature en croix de Saint-André de Paul Eluard (1895-1952) domine celles de René Char (1907-1988) et d’André Breton (1896-1966) – toutes répétées avec plusieurs couleurs. Et pourtant, ils ont collaboré à trois voix à cet ouvrage emblématique de leur mouvement, Ralentir travaux, par ailleurs publié au printemps 1930 sous le label des Éditions surréalistes. Il s’agit d’un recueil de trente brefs poèmes, nés des retrouvailles des trois hommes à Avignon au printemps 1930. Des poèmes dont l’unité est remarquable, tant du point de vue de la syntaxe que de celui des expressions, et ayant pour fil conducteur le thème de l’errance. Une grande fluidité en découle. Cet exemplaire, no 2 d’un tirage de huit sur japon ancien, enrichi d’envois autographes des trois auteurs et d’une reliure de Paul Bonet (1889-1971) en maroquin noir au premier plat, orné du titre composé en lettres mosaïquées en box citron, se découvrait à 35 090 €. À ses côtés, sur les rayonnages d’une bibliothèque consacrée aux avant-gardes du XXe siècle, des éditions originales, des livres illustrés, des revues, des manuscrits et quatre éditions princeps – présentées en un seul lot et emportées à 43 862 € – d’un texte célèbre : Le Désir attrapé par la queue, écrit par Pablo Picasso (1881-1973) en quatre jours, entre le 14 et le 17 janvier 1941. Il s’agit d’une pièce de théâtre consacra une nouvelle facette des talents du Malaguène, celle de dramaturge. Cette pièce, écrite sous l’Occupation comme un acte de résistance et composant en six actes une sorte de farce ubuesque, sera lue pour la première fois le 19 mars 1944 à Paris chez Louise et Michel Leiris, en présence – et avec la participation – de l’intelligentsia parisienne. Pendant la lecture, l’auteur a placé sur la cheminée le portrait de Max Jacob, mort au camp de Drancy quelques jours plus tôt, en hommage silencieux. Ce texte viendra rejoindre les collections du musée Picasso à Paris, qui s’en est porté acquéreur par préemption. Deux ouvrages qui renouvellent chacun à leur manière l’art de la littérature, en appelant aux forces imaginatives de l’inconscient.
Mercredi 15 novembre, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. M. Oterelo.
Jean-Claude Richard de Saint-Non (1727-1791), Voyage pittoresque ou Description des royaumes de Naples et de Sicile, Paris, 1781-1786, quatre tomes en cinq volumes in-folio, reliure en veau porphyre.
Adjugé : 21 304 €
Le grand oeuvre d’un Grand Tour
452 105 € pour la bibliothèque de M. R. dispersée à Drouot, et à chaque jour de vente sa pépite. Le mercredi 22, il s’agissait d’un ensemble de plus de trois cents ouvrages et plaquettes reliées des XIXe et XXe siècles portant sur le Dauphiné et le Vivarais, feuilleté à 9 274 €, et pour le jeudi 23, de l’ouvrage phare de Jean-Claude Richard de Saint-Non (1727-1791), plus connu en tant qu’abbé de Saint-Non. Grand admirateur de Jean-Honoré Fragonard – qui en a dressé un portrait de fantaisie célèbre, aujourd’hui au Louvre –, ce fils cadet du seigneur de la Bretèche, abbé commendataire de l’abbaye Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Pothières (en actuelle Côte-d’Or), était un humaniste du siècle des Lumières. Sa fortune lui permit d’abandonner sa charge et de se consacrer à l’art en général et à la gravure en particulier, sa grande passion. Son «grand œuvre» est cet ouvrage, un monument de la production littéraire française et l’un des plus célèbres. Il l’a réalisé après un voyage à travers la péninsule italienne, mené en compagnie de ses amis Fragonard et Hubert Robert, entre 1759 et 1761. L’abbé a exécuté des centaines de gravures d’après les dessins de ces compagnons, dans lesquelles il a su traduire, avec beaucoup de talent pour un amateur, les effets du lavis. Publiés à Paris entre 1781 et 1786, avec la collaboration d’une vingtaine des meilleurs artistes du temps, ces volumes in-folio, illustrés de 388 planches, n’ont jamais connu que le succès.
Mercredi 22 et jeudi 23 novembre, salle 14 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés OVV. M. Teissèdre.
C’est l’ordre qui a este tenu a la nouvelle et ioyeuse entrée, que treshault, tresexcellent, & trespuissant Prince, le Roy trechrestien Henry deuxieme de ce nom, à faicte en sa bonne ville & cité de Paris, capitale de son Royaume, le seizième jour de Juin 1549, Paris, Jehan Dallier, s.d.
Adjugé : 25 691 €
A la gloire d’Henri II
Nous avons tous retenu de nos leçons d’histoire que le bon roi Henri II (1547-1559) était décédé tragiquement – et accidentellement – lors d’un tournoi en date funeste du 10 juillet 1559. Le renommé chirurgien Ambroise Paré (vers 1510-1590), appelé à son secours, ne pourra pas le sauver. Ce grand prince de la Renaissance, fils et successeur de François Ier, était un amoureux des fêtes. Celle-ci s’annonçait pourtant belle, scellant les mariages de deux princesses de France. Elle rappelait celle donnée en son honneur, dix années tout juste auparavant, pour son entrée dans «sa bonne ville et cité de Paris». Un événement relaté avec les honneurs par un ouvrage officiel dont la rédaction est traditionnellement attribuée à Hardouyn Chauveau et l’illustration – somptueuse, avec neuf grandes figures d’architecture et deux planches hors texte  – est désormais donnée au sculpteur Jean Goujon (1510-1572). Cette figure d’un cavalier compte parmi les plus belles gravures sur bois du XVIe siècle. Autre intérêt et non des moindres, sur l’armure du cheval apparaissent pour la première fois les motifs «à la fanfare», qui feront les plus belles heures de la reliure française. Un exemplaire de ce tirage (dont une planche reproduite ci-contre), appartenant à l’édition «B» à l’adresse de Jean Dallier, joutait jusqu’à 25 691 € lors d’une vente destinée aux bibliophiles les plus exigeants. Elle comportait également un atlas, le Theatre geographique du royaume de France édité à Paris en 1632, agrémenté de cinquante cartes à double page et de deux portraits équestres d’Henri IV et Louis XIII, reconnus à 30 077 € ainsi que l’une des sixièmes éditions collectives des Œuvres de Pierre de Ronsard, portée à 48 875 €.
Vendredi 8 décembre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. M. Courvoisier.
Honoré de Balzac (1799-1850), manuscrit autographe du roman Ursule Mirouët, 1841, 145 feuillets in-4o sur papier bleuté montés sur onglets, reliure demi-chagrin.
Adjugé : 1 170 000 €
Vente inaugurale Aristophil
Avec le retrait, à la veille de la vente, des cinq lots phares attendus, tout juste classés trésors nationaux – le rouleau du marquis de Sade (1740-1814) et un ensemble de manuscrits autographes d’André Breton (1896-1966), qui devaient être proposés avec faculté de réunion –, il est difficile de comparer le produit total obtenu, 3 809 239 €, au montant prévu des estimations. En revanche, tout le monde s’accorde sur un point : il fallait jouer des coudes, mercredi 20 décembre, pour accéder à la salle 1-7 de Drouot ! Et donc non, l’épopée du texte sulfureux du divin marquis ne connaîtra pas encore son épilogue – contrairement à ce qui était espéré et évoqué par la Gazette n° 44 du 15 décembre, déroulant cette pièce unique sur sa couverture –, Me Aguttes devant entamer dès ce mois de janvier des discussions avec l’État pour négocier son acquisition ainsi que celle des Breton. Ces absences, que le second naufrage du Titanic – un témoignage de première main d’une rescapée du paquebot, Candee Helen Churchill –, ne doivent pas occulter les résultats obtenus par d’autres lots, émaillés de quelques surprises positives. Tous les espoirs reposaient donc sur Honoré de Balzac (1799-1850) et son manuscrit autographe complet d’Ursule Mirouët, roman écrit en juin-juillet 1841. D’un seul jet, ce texte délivrant une véritable peinture des mœurs imprimait 1 170 000 €. Il était suivi par les 832 000 € de l’histoire d’Alexandre le Grand écrite au Ier siècle par Quinte-Curce, un historien romain, et traduite en français par Vasque de Lucène (vers 1435-1512), «translateur» attiré à la cour de Bourgogne par la duchesse Isabelle de Portugal. Avec ses seize grandes miniatures – peintes en grisaille et semi-grisaille – attribuables au Maître des grisailles fleurdelisées, peut-être aidé par le Maître de la Toison d’or de Vienne et de Copenhague, l’œuvre était portée à 832 000 €. Napoléon Bonaparte prenait part à son tour à la bataille des enchères, mais par le biais d’une missive d’amour adressée à Joséphine le 30 mars 1796 depuis Nice, d’où il devait rejoindre l’armée d’Italie. Le tout jeune époux – le mariage datait du 9 mars –, très épris, déplore cet éloignement forcé, et ce n’est pas sans sourire que l’on découvre ces mots dans lesquels il dit «maudire la gloire et l’ambition qui me tiennent éloigné de l’âme de ma vie». Ce document intime de la geste napoléonienne était emporté à 320 320 €. Un joli moment dans un océan de tumulte.
Mercredi 20 décembre, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Aguttes OVV. Mme Adeline, MM. Beneli, Bodin, Millet, Mordente, Oterelo.
Amir Khusrau Dihlavi (1253-1325), recueil de poésies persanes, enluminées et calligraphiées, in-8°. Shiraz, 1558.
Adjugé : 53 320 €
Livres en fête à Lyon
Diversité : c’était le maître mot qui, avec rareté, présidait à la dispersion d’ouvrages pour bibliophiles avertis par Artcurial Lyon OVV. L’Occident s’illustrait d’abord, avec, comme vainqueur à 106 640 €, le fameux recueil signé par René Héron de Villefosse sous le titre de La Rivière enchantée (voir page 84), et dont la particularité est d’être, comme on le sait, enrichi d’eaux-fortes originales de Foujita. Il s’agit sans doute du plus recherché des nombreux livres illustrés par l’artiste japonais ; il est aussi très important quant à sa genèse, car édité à l’occasion de son 65e anniversaire, en 1951. Le précieux in-folio, numéroté 39/50, était en feuilles rassemblées dans une chemise de velours gris de l’éditeur. On y compte vingt-six eaux-fortes hors texte, dont quinze en couleurs ou camaieu, deux lettrines imagées, une eau-forte supplémentaire, une suite des vingt-six illustrations en couleurs et une suite également des vingt-sept illustrations en noir et en couleurs… Mais ce qui retenait sans aucun doute l’attention était la présence dans l’ouvrage d’un dessin à l’encre et à l’aquarelle signé par Foujita, qui expliquait la différence de prix avec la version de la Rivière qui en était dépourvue, vendue 68 200 €, le 16 septembre 2015 par le même opérateur. Présenté dans la Gazette n° 1 (voir page 89), se distinguait aussi le recueil de poésies d’Amir Khusrau Dihlavi – un mystique soufi, et l’un des grands poètes de l’Inde en langue persane – composées à Shiraz et datées de 966 de l’Hégire (1558). Ce volume in-8° compte 343 feuillets, enluminés et calligraphiés sur papier à l’encre noire, présentant un poème au centre des pages et un autre dans la marge, orné d’arabesques et de vingt et une miniatures à pleine page. Tant de raffinements valait à notre ouvrage de récolter 53 320 €. Troisième pièce plébiscitée : l’Atlas nouveau contenant toutes les parties du monde, écrit à quatre mains par Charles-Hubert Jaillot et Nicolas Sanson d’Abbeville, imprimé à Amsterdam par Pierre Mortier en 1708. Un grand in-folio en reliure d’époque, qui n’était pourtant que le tome second de la série… Cela ne l’empêchait pas d’attirer l’enchère de 21 080 €.
Lyon, mercredi 10 janvier.
Artcurial Lyon OVV. M. Daval.
Hondius, Nouveau théâtre du monde ou Nouvel Atlas comprenant les tables et descriptions de toutes les régions de la Terre, Amsterdam, Henry Hondius, 1639-1641, trois volumes, grand in-folio.
Adjugé : 48 444 €
La cartographie au XVIIe siècle
Au milieu du XVIIe siècle, il reste encore tant à découvrir du vaste monde. Les Hollandais s’y emploient, lançant vaillamment leurs goélettes et leurs équipages. L’enjeu est de taille, s’agissant rien de moins que de s’assurer la suprématie sur les mers, et donc sur la possession des terres et de leurs richesses… et d’évincer définitivement les Portugais. La concurrence anglaise est cependant rude, et la Hollande a bien besoin de ses talentueux géographes pour l’accompagner dans sa tâche. Sur ce sujet, elle peut être tranquille, car ce sont bien eux qui dominent. Et en particulier Jodocus Hondius (1563-1612), passé à la postérité pour avoir établi Amsterdam comme centre européen de la cartographie dès le début du XVIIe, grâce à ses cartes du Nouveau Monde et à la republication, étoffée de vingt-six cartes supplémentaires, du fameux Atlas de Mercator. À sa mort, sa femme et ses deux fils, Jodocus II (1593-1629) et Henricus (1597-1651), poursuivent son œuvre. Suite au décès prématuré de son aîné, Henricus s’associe avec Johannes Janssonius (1588-1664), devenu son beau-frère. Ensemble, ils publient le Théâtre du monde ou Nouvel atlas comprenant les tables et descriptions de toutes les régions de la Terre entre 1639 et 1641, une version considérablement augmentée de l’ouvrage paternel. Trois volumes in-folio enrichis de 318 planches – sur 321 pour un exemplaire complet – en témoignaient à 48 444 €, malgré des reliures endommagées par un accident dû à l’eau. Janssonius ne s’arrêtera pas là, en concurrence avec un autre nom célèbre, Willem Blaeu. Année après année, il poursuivra son «grand œuvre» et publiera en 1660 son Atlas Major, un monument en onze volumes dont l’un consacré au ciel. En faisant de la Terre le plus bel endroit qui soit, les cartographes s’invitent dans la découverte de l’univers et leurs résultats, inlassablement, montrent la fascination que leurs travaux inspirent.
Vendredi 2 février, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Fabien Mirabaud, CPJ. M. Perras.
Le Premier Volume de la Mer des histoires. Auquel et le second ensuyvant est contenu tant du Vieil Testament que du Nouveau toutes les hystoires…, Paris, Nicolas Couteau pour Galliot du Pré, 1536. Deux tomes en un volume in-folio gothique, reliure de l’époque attribuée à Claude Picques, en maroquin lavallière, dos à la grecque orné d’un semé de trèfles perlés et de trois grands fleurons peints en noir sur fond criblé, rinceaux dorés encadrant les plats sur fond noir, mandorle centrale ornée d’entrelacs sur fond doré.
Adjugé : 220 776 €

 
La collection d’un bibliophile
En se concluant sur un produit total vendu de 1 345 949 €, la dispersion de cette collection de livres et de manuscrits précieux, précisément datés entre 1478 et 1977 – soient trois siècles d’une grande richesse –, répondait à toutes les attentes et aux espoirs du bibliophile passionné qui s’en séparait et avait fait part de sa vive inquiétude devant la désaffection actuelle pour le livre, promis à être relégué dans des tiroirs poussiéreux. Qu’il soit rassuré, l’objet de papier demeure. Le conte Point de lendemain de Dominique Vivant Denon (1747-1825), restera dans la littérature et ce bijou, porté
à 22 558 €, n’était pas un oiseau de mauvais augure. De bijoux, cette bibliothèque en était fort pourvue. Et puisqu’elle s’est déroulée le 14 février et que le collectionneur portait sur ses livres un véritable regard amoureux, on égrènera quelques résultats comme autant de pépites. La première d’entre elles est un ouvrage d’une grande rareté, un volume in-folio retraçant les événements légendaires et historiques depuis la création du monde, La Mer des histoires, publié à Paris chez Nicolas Couteau pour Galliot du Pré en 1536. Cette chronique, qui comporte un second tome évoquant l’histoire de France jusqu’au règne de François Ier, est décrite par les spécialistes comme l’un des plus fameux ouvrages illustrés de la Renaissance, avec pas moins de 159 bois gravés. Elle était présentée dans une reliure dite «à la grecque» en maroquin, ornée d’une bordure de rinceaux dorés, exécutée vers 1555-1560 dans l’atelier parisien du relieur du roi, sans doute Claude Picques (vers 1510-1574/1578). Une pluie de mérites qui la guidait à bon port pour 220 776 € et lui offrait la palme de la victoire. Venant à sa suite, l’exemplaire d’Il Decamerone aux armes  de François Ier – et de Boccace ! – suscitait à son tour bien des envies et se voyait couronner de 141 718 €. La bibliothèque est souvent le siège d’une grande curiosité. Celle de ce collectionneur sillonnait les siècles et les styles, un véritable voyage littéraire dans le temps qui invitait sur ses rayonnages le XVIe comme le XXe siècle. Des surprises s’y étaient glissées. Et notamment un ouvrage singulier, dédié par un excentrique au bon roi Henri IV, L’Intitulation & recueil de toutes les œuvres… de Bernard de Bluet d’Arbères (1566-1606). Cet autoproclamé comte de Permission, tour à tour berger analphabète, bouffon puis illuminé, sera connu à la cour en faisant de sa présumée folie un gagne-pain. Depuis le pont Neuf tout récemment érigé, il haranguait la foule de ses oraisons et sentences, qu’il publiait à ses frais en de petits livrets, après avoir pris soin de les faire retranscrire par un secrétaire. Cette réunion de soixante-dix-huit d’entre eux – sur les quelque 180 prétendument imprimés – présentait une curieuse iconographie de 265 bois gravés et se délivrait à 61 407 €.
Le XXe siècle clôturait ce cortège érudit avec les 31 330 € du célèbre Cantique des cantiques, l’un des chefs-d’œuvre du livre art déco dans sa version illustrée par François-Louis Schmied (1873-1941) et Gustave Miklos (1888-1967). Cet exemplaire d’auteur, imprimé pour Félix Bois, s’ornait en outre d’un laque de Jean Dunand (1877-1922) sur la reliure. Une trilogie parfaite.
Mercredi 14 février, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV, Pierre Bergé & Associés OVV. Mme et M. Quentin, M. Forgeot.
Heures à l’usage de Machon, Paris, Philippe Pigouchet pour Simon Vostre, 1502, un volume in-12o, impression en caractères gothiques sur vélin, reliure en maroquin tête-de-nègre mosaïqué, à décor d’entrelacs géométriques dorés, et de maroquin rouille et vert sur les plats, armoiries au centre, par Lortic.
Adjugé : 37 820 €
Les premières heures de l’imprimerie
Les livres anciens étaient le temps fort de cette vacation, assortie d’un résultat total de 323 462 €, et plusieurs d’entre eux ont vu leurs estimations multipliées. À commencer par les Heures à l’usage de Machon, annoncées entre 8 000 et 10 000 € et finalement lues à 37 820 €. L’ouvrage, dont la page de garde – en maroquin citron – est ici reproduite, disposait de plusieurs atouts : sa reliure tout d’abord, exécutée par Pierre-Marcelin Lortic (1822-1892), avait été présentée lors de l’Exposition universelle de Vienne de 1873. Ensuite, cette édition en caractères gothiques racontait les premières heures de l’imprimerie, et notamment celles de Philippe Pigouchet (actif de 1488 à 1518), dont la carrière était en partie retracée dans notre même numéro (page 51). Le sieur Pigouchet avait bâti son succès sur l’impression de livres d’heures et autres manuscrits enluminés, une spécialité promise à un bel avenir puisqu’elle perdura jusque vers 1700. Il travaillait régulièrement pour le libraire Simon Vostre, dont la boutique était sise à Paris, «en la rue neuve nostre Dame à l’enseigne sainct Jehan levangeliste», autour de 1500. Pour lui, il réalisera aussi Le Château de labour, le plus ancien ouvrage de Pierre Gringore (vers 1475-vers 1539). Le poète et dramaturge y décrit en un long poème allégorique les tribulations de la vie, et particulièrement celles du mariage. Un volume, achevé «le dernier jour de may mil cinq cents» et orné de trente bois gravés – dont quatorze représentant les deux époux au lit  –, en témoignait à 27 450 €.
Mercredi 21 février, salle 11 - Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés OVV. Mme Petitot, M. Martin.
Jules Verne (1828-1905), carte tracée et légendée du cours de l’Amazone pour La Jangada, 32 x 55 cm.
Adjugé : 11 484 €
800 lieues sur l’Amazone
Nouvelle exploration de l’univers du «musée Weissenberg». Pour ce troisième opus, le thème retenu était les «Mondes connus et inconnus» wet de nouvelles pépites étaient proposées, l’une des éditions les plus convoitées du Voyage au centre de la Terre, portée à 10 190 €. Il s’agissait de celle de 1867, en cartonnage éditeur en percaline rouge «aux bouquets de roses» et surtout au rare dos dit «au semis d’étoiles», un motif abandonné l’année suivante par Hetzel et n’existant que pour ce titre et Cinq semaines en ballon. Emportés dans le sillon tracé par les 6 125 € du Saint-Michel III, maquette du troisième yacht de Jules Verne, réalisée entre 1985 et 1990 d’après les plans fournis par le collectionneur vernien (reproduit Gazette n° 10 du 9 mars, page 52), les amateurs suivaient le cours de l’Amazone, dessiné et légendé sur une carte (reproduite ci-contre) par le grand auteur lui-même. Elle leur livrait ses secrets à 11 484 €. Un document rare puisque dans l’édition du roman La Jangada,  sous-titré «800 lieues sur l’Amazone» et publié une première fois en 1881, seul l’encadré rectangulaire délimité au crayon était repris, scindé en deux cartes séparées – l’une en page 80 et la seconde, en page 320 de l’aventure. On peut supposer que Verne avait à l’origine souhaité voir sa carte intégralement reproduite et sans doute sur double page, ou sous la forme d’un dépliant, et que pour une meilleure fluidité du propos, il en a finalement été décidé autrement.
Jeudi 15 mars, salle 12 - Drouot-Richelieu.
Boisgirard - Antonini OVV. MM. Embs, Mellot.
Jean-Baptiste Du Halde (1674-1743), Description géographique, historique, chronologique, politique et physique de l’empire de la Chine et de la Tartarie chinoise, Paris, chez N. L. Moutard, 1770, 4 volumes in folio, reliure aux armes de la comtesse d’Artois.
Adjugé : 56 110 €
Histoire illustrée de la Tartarie
La parution de cette Description géographique, historique, chronologique, politique et physique de l’empire de la Chine et de la Tartarie chinoise, à Paris en 1735, contribua à un engouement pour la Chine qui perdura jusque vers 1770, particulièrement vivace auprès de tous les esprits éclairés du XVIIIe siècle. Bien que ne s’étant jamais rendu dans ces contrées lointaines, le père Du Halde (1674-1743) en livre un compte rendu des plus précis et informés. Voltaire, dans Le Siècle de Louis XIV, écrit à son sujet : «Jésuite ; quoiqu’il ne soit point sorti de Paris, et qu’il n’ait point su le chinois a donné sur les Mémoires de ses confrères la plus ample et la meilleure description de l’empire de la Chine qu’on ait dans le monde.» Voilà qui équivaut à adoubement ! Il relate par exemple l’exploration vers le Kamtchatka de Béring, entre 1725 et 1730. Il faut savoir que Du Halde fut l’éditeur pendant plus de trente ans (de 1709 à 1743) des Lettres édifiantes, un recueil périodique publiant les missives de missionnaires jésuites en Chine. L’illustration, gravée sur cuivre, de soixante-quatre planches hors texte contribue à frapper les esprits. L’édition présentée dans cette vente datait de 1770. Elle est constituée des volumes de l’édition originale, avec titres et faux-titres de relais, et s’enorgueillit d’une reliure en maroquin rouge aux armes de la comtesse d’Artois, née Marie-Thérèse de Savoie (1756-1805), épouse en 1773 de Charles-Philippe de France – futur roi Charles X – et mère du duc de Berry. Morte en exil, elle ne sera jamais reine mais possédait une bibliothèque véritablement princière, qui rivalisait avec les plus importantes du siècle. Une conjonction des plus heureuses qui mena cette édition à 56 110 €.
Vendredi 23 mars, salle 13 - Drouot-Richelieu.
Beaussant Lefèvre OVV. MM. Gheno et Nicolas.
Histoire des quatre fils Aymon, très nobles et très vaillants chevaliers, introduction et notes de Charles Marcilly, Paris, Launette 1883,
un volume in-4o, exemplaire d’Henri Vever, no 7 d’un tirage de 100 réalisé sur japon, reliure en maroquin noir, premier plat encastré d’une grande plaque d’or à émaux cloisonnés d’après une aquarelle d’Eugène Grasset (1845-1917), par Charles Meunier.
Adjugé : 196 420 €

 
La geste des quatre fils Aymon à l’heure de l’art nouveau
Il était une fois quatre frères, «très nobles et très vaillants chevaliers», fils du duc Aymon à l’époque de Charlemagne, qui, sur leur valeureux et mythique cheval Bayard, franchirent les monts de la grande forêt d’Ardenne et la Meuse d’un bond immense, pour fuir la colère de l’empereur. Ils bâtirent ainsi leur légende. Renaud – le principal protagoniste, celui par qui tout est arrivé –, Alard, Richard et Guichard sont très populaires au Moyen Âge. Au XIIIe siècle, une chanson de 18 000  vers leur est dédiée, dont se délectent trouvères et troubadours et qui reviendra en force au XIXe siècle, telle cette édition illustrée par Eugène Grasset (1845-1917) en 1883. C’est un chantier immense, qui mobilisera  l’artiste pendant plus de deux années, s’agissant de fait de réaliser 250 aquarelles. L’édition apparaît révolutionnaire par sa mise en pages, dans laquelle texte et images s’interpénètrent, constituant un véritable morceau de réception totalisant plus de 900 planches, l’impression des textes et des gravures devant s’effectuer dans le même temps et toutes les pages, être imprimées dans des couleurs différentes… Le travail est rendu possible grâce au procédé de photogravure connu sous le nom de «gilotage», un brevet déposé par Charles Gillot (1853-1903) en 1877. Ce fut un grand succès dès sa sortie, salué par la critique et recherché par d’éminents bibliophiles, dont certains firent appel aux deux grands relieurs de l’époque, Charles Meunier (1865-1948) et Marius-Michel (1846-1925) pour la magnifier  plus encore. Cet exemplaire, riche de toutes ses qualités, offre un gage de rareté supplémentaire. Il s’agit de l’exemplaire personnel d’Henri Vever (1854-1942), un homme brillant, joaillier, mais aussi bibliophile averti, japoniste convaincu et auteur de l’ouvrage de référence sur le bijou français du XIXe siècle. Ce dernier connaît Eugène Grasset. Ils s’apprécient et leur rencontre donnera naissance à une commande de bijoux pour l’Exposition universelle de 1900. Pour orner la couverture de ce précieux ouvrage, l’Histoire des quatre fils Aymon, il lui demande une aquarelle, qui sera retranscrite sur plaque d’or à émaux cloisonnés – une technique qui rappelle elle aussi le Moyen Âge – par le maître Étienne Tourrette (1858-1924). Tout ceci concourt à la réalisation d’une pièce unique et d’exception, ici redécouverte à 196 420 €.
Jeudi 29 mars, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. M. Courvoisier.
Hans Bellmer (1902-1975) et Paul Éluard (1895-1952), Les Jeux de la poupée, Paris, Éditions premières, 1949, in-4o, couverture cartonnée illustrée d’une photographie découpée et contrecollée.
Adjugé : 86 980 €
Les jeux d’Hans Bellmer
En 1934, fuyant le climat délétère de l’Allemagne nazie, Hans Bellmer (1902-1975), qui vient de perdre sa première épouse Margarete, rejoint à Paris ses amis surréalistes. Cet ouvrage est le second recueil photographique qu’il fait paraître en France. Pour ce faire, il sollicite un complice de choix, Paul Éluard (1895-1952), auquel il demande d’«illustrer» de textes – les mots sont choisis avec soin par l’auteur – des images de sa poupée, prises puis découpées entre 1936 et 1937. Chacune d’entre elles – des épreuves aux sels d’argent coloriées à l’aniline – était donc accompagnée d’un court poème en prose d’Éluard. Le jouet se présente sous forme d’objet provocant, un trouble pleinement assumé et même revendiqué. Le corps de la femme est déconstruit et recomposé. Le principe était largement en vogue chez les surréalistes et apportait à sa manière une réponse à la question formulée par André Breton et titre de Qu’est-ce que le surréalisme ? – présent lors de cette vacation en édition originale de 1934, assortie d’une enchère de 4 762 €. L’exemplaire des Jeux de la poupée présenté ici, publié en 1949 aux Éditions premières, appartenait à l’un des quinze du tirage de luxe effectué sur vélin Crèvecoeur du Marais. L’ouvrage est mythique, et le résultat de cette publication de 86 980 € était à la hauteur.
Vendredi 6 avril, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. M. Oterelo.
Les Maîtres de l’affiche, cinq volumes in-folio, Paris, imprimerie Chaix, 1896-1900, complet de ses 240 planches numérotées ainsi que de celles supplémentaires et d’environ quatre-vingts planches dépliantes (l’une reproduite),
reliure en demi-maroquin citron.
Adjugé : 72 685 €
Les belles Parisiennes de l’affiche
Les Maîtres de l’affiche était une publication mensuelle, contenant la reproduction des plus belles affiches illustrées des grands maîtres français et étrangers de l’époque, imprimée chez Chaix à Paris entre 1896 et 1900. Cet exemplaire en cinq volumes est complet des 240 planches numérotées ainsi que de celles supplémentaires, et enrichi d’environ quatre- vingts autres dépliantes. Il se laissait parcourir à 72 685 €. On y retrouve les signatures de Willette, Ibels, Albert Guillaume, Sem, Grün… et bien sûr, celle de Toulouse-Lautrec pour Elles (reproduite ci-contre). Il s’agit de l’affiche de son exposition de lithographies à la galerie Plume, rue Bonaparte à Paris, en avril 1896. La liberté de la presse, promulguée par la loi du 29 juillet 1881, ne fut pas sans conséquence sur le large développement de ce support, et le peintre albigeois en sera l’un des plus fervents adeptes. Lautrec va livrer près de 325 lithographies, qui vont l’aider à se faire connaître auprès d’un large public et qui demeurent aujourd’hui un témoignage vivant du Paris de la fin du XIXe siècle. Une partie d’entre elles sont actuellement accrochées – et jusqu’au 10 juin – à la Fondation Pierre-Gianadda, à Martigny, dans le cadre d’une exposition justement intitulée «Toulouse-Lautrec à la Belle Époque».
Mercredi 11 avril, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Ferri & Associés OVV.
Bernard Picart (1673-1733), Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde, représentées par des figures dessinées de la main de Bernard Picart et autres habiles artistes, suivi de Superstitions anciennes et modernes, Amsterdam, Jean-Frédéric Bernard, 1723-1743, 11 volumes in-folio, reliure maroquin rouge.
Adjugé : 17 977 €
Us et coutumes du monde
En pleine période de la Régence, le Français Bernard Picart (1673-1733), réfugié aux Pays-Bas depuis 1709 pour cause de protestantisme, décide en commun avec l’éditeur Jean-Frédéric Bernard (1680-1752) – un compatriote également, dont la famille était partie dès la révocation de l’Édit de Nantes – de répertorier dans une somme les Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde. Ce travail gigantesque aboutira à la publication, à Amsterdam, à partir de 1723, de onze volumes in-folio riches de 265 planches. Un exemplaire de la série du premier tirage, d’une grande fraîcheur, se parcourait à 17 977 €. L’ouvrage comprend l’histoire philosophique de la religion de toutes les nations alors connues sur les deux hémisphères. Et, bien que les auteurs – l’éditeur était également écrivain –  n’aient pu évidemment assister à toutes les cérémonies dépeintes, n’ayant jamais voyagé hors d’Europe, ils en livrent des descriptions très précises, corroborées par les récits de voyage, dont la production ne cessait d’augmenter. Elles contribueront à changer la vision de leurs contemporains et placeront ce livre en position de précurseur dans ce XVIIIe siècle qui verra le triomphe des Lumières. De fait, c’est la première fois que les différentes religions du monde sont mises sur un pied d’égalité. Les nombreuses gravures feront sa réputation, mais les textes, essentiels, ne doivent pas être négligés. L’ouvrage sera bien sûr mis à l’index dans le bien-pensant royaume de France, ce qui ne l’empêchera pas de connaître un succès réel et durable, ainsi que plusieurs rééditions et traductions jusqu’en 1841.
Mercredi 18 avril, salle 16 - Drouot-Richelieu.
AuctionArt Rémy le Fur & Associés OVV. M Chevalier.
François-Louis Schmied (1873-1941) et Jean Goulden (1878-1946), Salonique. La Macédoine. L’Athos, Paris, Les Auteurs, 1922, in-folio.
Adjugé : 15 038 €
La Salonique de rêve de Jean Goulden
Lors de la Grande Guerre, Jean Goulden (1878-1947), celui qui deviendra le célèbre émailleur de l’époque art déco, est envoyé dans les Dardanelles en tant que médecin-major. Il prend part à la fameuse campagne de 1915. Fortement meurtri, il est démobilisé et envoyé en convalescence à Salonique, plus précisément au pied du mont Athos. Là, il découvre et participe à la vie simple des habitants des villages, qu’il prend le loisir de peindre, ainsi que les paysages figés dans leur beauté originelle. Il appréhende aussi une technique byzantine ancestrale : l’émaillage. C’est une révélation. De retour à Paris, Goulden abandonne le monde médical et prend un atelier dans le quartier – tout juste lancé – de Montparnasse. Il côtoie Paul Jouve, François-Louis Schmied – dont il épouse la fille en 1925 – et Jean Dunand, lequel va le convaincre de se lancer dans l’art de l’émail. Rencontres essentielles qui donnent naissance à un grand artiste. Schmied, devenant éditeur, va d’ailleurs s’atteler à publier ses peintures de ciels lumineux, d’églises et de maisons de bois esquissées en Grèce. Il les grave sur bois en couleurs et conçoit toute la préparation d’un livre qui sort en 1922 sous le titre Salonique. La Macédoine. L’Athos. L’un des soixante-dix-sept exemplaires sur japon de l’édition originale, le n° 25 précisément, est réapparu et s’est vu salué d’une enchère de 15 038 €.
Mercredi 30 mai, salle 2 - Rrouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés OVV. M. Busser.
Étienne-Charles Brasseur de Bourbourg (1814-1874), Recherches sur les ruines de Palenque et sur les origines de la civilisation du Mexique…, dessins de Jean-Frédéric de Waldeck, Paris, Arthus Bertrand, 1866.
Adjugé : 12 426 €
Du Bosphore à Palenque, voyages autour du monde
Temps fort de la 23e édition du Festival bibliophilique de Montignac-Lascaux en Dordogne, une vacation spécialisée proposait plus de 1 950 lots sur quatre jours, s’échelonnant du XIVe siècle à nos jours. C’est le chapitre des voyages qui était le plus fourni, grâce à des exemplaires d’ouvrages célèbres, emmenés par l’œuvre magistrale d’Alexis-Hubert Jaillot : l’Atlas françois, contenant les cartes géographiques dans lesquelles sont très exactement remarquez les empires, monarchies, royaumes et estats de l’Europe, de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique : avec les tables et cartes particulières, de France, de Flandre, d’Allemagne, d’Espagne et d’Italie, imprimé à Paris, chez le «Sr. Jaillot» en 1700. Pour ces deux beaux volumes in-folio, comportant un portrait de l’auteur daté de 1698, gravé par Vermeulen d’après un dessin de Culin, et contenant 20 tables géographiques gravées à double page, ainsi que 135 cartes gravées à double page, finement coloriés, il fallait prévoir 17 397 €. Pour le même prix, on pouvait également acquérir le Théâtre des cités du monde rédigé par Georges Braun et Frans Hogenberg, et édité à Cologne en 1575, une édition française du Civitates orbis tarrarum. À 13 668 €, les mystères de l’empire ottoman vous étaient dévoilés avec le Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du Bosphore, par Antoine-Ignace Melling (qui passa dix-huit ans à la cour du sultan), imprimé à Paris, chez Treuttel & Würtz, en 1819, complet de ses 48 belles planches gravées. Direction l’Amérique centrale ensuite, avec ce livre consacré aux Recherches sur les ruines de Palenque et sur les origines de la civilisation du Mexique… de Brasseur de Bourbourg, publié avec les dessins de Waldeck par Arthus Bertrand en 1866. Pour feuilleter les deux in-folios – dont un atlas – en chagrin rouge de cette édition originale, 12 426 € étaient requis.
Montignac-Lascaux, du 20 au 23 août.
Pastaud OVV. Cabinet Poulain-Marquis.
Sénèque (vers 4 av. J.-C.-64 apr. J.-C.), Annæ Senecæ Philosophi Opera Omnia. Lugd. Batav., apud Elzevirios, 1639-1640, 3 vol. in-12, maroquin rouge à motif de quatre gerbes dorées au pointillé.
Adjugé : 13 764 €
Le pointillé en fanfare
À Paris, au début du règne de Louis XIV, plusieurs ateliers se disputaient le marché fructueux de la reliure. De fait, beaucoup de bibliophiles sont comme Edmond de Goncourt, qui affirmait, dans ses Mémoires de la vie littéraire (1891), «j’aime les livres dont la reliure coûte très cher. Les belles choses ne sont belles pour moi qu’à la condition d’être bien habillées.» Depuis le début du XVIIe siècle, les «habillages» de cuir à décor doré et luxueux sont destinés à des amateurs fortunés, et les relieurs – tous installés dans le quartier de l’Université, par obligation royale – commencent à signer leurs œuvres. Ils accèdent ainsi à une reconnaissance individuelle et commencent la promotion de leur savoir-faire. C’est ainsi que les noms de Macé Ruette, Le Gascon et celui de Florimond Badier circulent. Pour le troisième, il s’agit en fait d’un doreur ayant rejoint l’atelier auquel on a donné son nom par convention, puisque c’est sa seule signature qui a été retrouvée (vers 1640). Il se signale par une production de reliure en pointillé. Le procédé consiste à remplir les compartiments avec des petits fers pointillés et à créer des décors d’entrelacs, de bouquets et de gerbes rehaussés d’or de toute délicatesse. Ce compliment s’applique à ces trois volumes de Sénèque, Annæ Senecæ Philosophi Opera Omnia…, édités par les Elzévir vers 1640, ayant appartenu à l’ancienne collection Esmérian et lus à 13 764 €. Ils provenaient de la bibliothèque d’un esthète européen. Accompagnés de mobilier et objets d’art – dont une commode en placage de bois de rose et d’amarante estampillée G. Landrin, de l’époque Louis XV (20 257 €) –, ils ont permis à la vente de réunir 286 338 €.
Mercredi 3 octobre, salle 13 - Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés OVV. Mme Petitot, M. Fabre.
Papier peint du «Tour du monde en quatre-vingts jours, vers 1880, lé en couleurs à trois motifs répétés imprimés au rouleau, 155 x 47 cm.
Adjugé : 3 690 €

 
Le Tour du monde en papier
Que les collectionneurs soient rassurés, ils n’en sont qu’à la quatrième étape de la dispersion de la collection vernienne d’Éric Weissenberg. Il leur en reste a priori cinq autres… pas un tour du monde mais presque, tant l’ensemble est encyclopédique ! De tour du monde, il était d’ailleurs question avec deux produits dérivés. Le roman mettant en scène Phileas Fogg – que l’on ne présente plus – est l’un des plus célèbres de Jules Verne, et son succès populaire ne s’est jamais démenti depuis sa parution en 1873. Après être devenu «livre de prix», remis chaque année aux écoliers méritants, il connaît une diffusion de masse avec son inscription dans le Livre de poche, dont on estime le nombre d’exemplaires vendus à 8 800 000 ! Revenons au XIXe siècle : l’aventure se décline en pièce, que le théâtre de la Porte-Saint-Martin est le premier à présenter dès le 7 novembre 1874, avant d’émigrer sur la scène du Châtelet à partir du 3 avril 1876 – où elle sera reprise vingt-quatre fois au cours des soixante-quatre années suivantes. Éric Weissenberg détenait un rare exemplaire de l’affiche en couleurs, éditée vers 1886 (Affiches françaises Émile Lévy et Cie, Paris, 90 x 130 cm). Un amateur l’emportait avec lui à 3 190 €. Le roman inspira également un papier peint, dont ni le nom du dessinateur du modèle ni celui du fabricant l’ayant réalisé ne sont connus. Seuls quatre lés de même format en sont référencés – dont l’un dans la vente Kakou du 4 avril 2009 –,  celui-ci étant porté à 3 690 €.
Jeudi 4 octobre, salle 12 - Drouot-Richelieu.
Boisgirard -  Antonini OVV. M. Mellot.
Exemplaire personnel et décoré d’aquarelles de Charles Germain de Saint-Aubin (1721-1786) du Catalogue des vases, colonnes, tables de marbres rares, figures de bronze, porcelaines de choix, bijoux & autres effets importants qui composent le cabinet de feu M. le duc d’Aumont, Paris, P.F. Julliot fils et A.J. Paillet, 1783.
Adjugé : 170 911 €
Les grands arts du livre
La dispersion de cette bibliothèque provenant de la collection A.J. a été auscultée à la loupe par les connaisseurs. Elle contenait quelques pièces aussi rares qu’uniques et s’est terminée sur un produit total de 581 942 € – sans compter un after sale de 45 080 €, sur un manuscrit italien de fauconnerie du deuxième tiers du XVIe siècle. Nous commencerons par la description d’un «Ouvrage unique fait de mes mains avec le cizeau» : cette phrase, d’un certain Gaignat, accompagne un canivet multicolore enluminé et argenté dont chacun des vingt feuillets est perforé du texte du Notre Père, un Pieux entretien avec notre Seigneur Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie, dédicacé «À Son Altesse Sérénissime Madame la princesse de Conti». Chaque page laisse deviner au travers de ses perforations le fond coloré du feuillet suivant. Maîtrise, patience et… foi profonde ayant été nécessaires pour mener à bien son exécution vers 1760, il était juste qu’il soit récompensé de 51 520 € ! Plus classique, mais tout à fait essentiel, se trouvait un exemplaire des Œuvres de Claude Gillot (1673-1722) dans une reliure en maroquin rouge d’époque, et surtout complet de ses 586 eaux-fortes de la main du maître de Watteau – incluant donc les célèbres suites de la Commedia dell’arte, conçue à l’initiative d’un amateur français du XVIIIe siècle. Celui-ci a été emporté à 105 231 €.
Le Palais princier de Monaco accrochait, à 170 911 €, le Catalogue des vases, colonnes, tables de marbres rares, figures de bronze, porcelaines de choix, bijoux & autres effets importants qui composent le cabinet de feu M. le duc d’Aumont (Paris, P.F. Julliot fils et A.J. Paillet, 1782). Il s’agit de l’exemplaire, mis en couleurs par Charles-Germain de Saint-Aubin (1721-1786), de l’une des ventes les plus importantes du XVIIIe siècle, celle du duc d’Aumont. L’artiste y a fait ajouter quarante-neuf feuillets, sur lesquels ont été aquarellés sous son pinceau, et avec le plus grand soin, 116 objets d’art. Une pièce unique donc là encore, ayant connu des bibliothèques prestigieuses et qui poursuit sur la même voie. Quant à la réunion d’ouvrages du libre penseur Étienne Dolet (1509-1546), dévoilée page 64 de la Gazette du 23 novembre, elle ne laissait pas indifférent. Oser exprimer un humanisme en cette période sombre dominée par l’Inquisition était un acte de résistance et de bravoure intenses. Pourtant, jamais il ne renoncera. La publication du Second Enfer d’Estienne Dolet… (voir page 64 de la Gazette n°41 du 23 novembre) le conduira – lui et ses livres – sur le bûcher. Le seul exemplaire connu à ce jour en mains privées recevait 74 823 €.
Mercredi 28 novembre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. M. de Proyart.


 

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93 267 € frais compris. André Gide (1869-1951), deux carnets autographe, de 1934, 137 pages (16 x 12 cm), et 1935, 87 pages (16,5 x 10 cm), reliés en toile souple.
Gide, fragments de journal

Ces deux carnets d’André Gide constituent deux précieux fragments de son journal pour les années 1934 et 1935. Estimés entre 30 000 et 35 000 €, ils étaient poussés jusqu’à 76 000 €. Le premier commence le 6 février à Syracuse et se termine le 1er octobre à Cuverville. Ses cent trente-sept pages sont toutes de la main de l’auteur, à la suite de deux pages de notes d’adresses d’amis et de correspondants. Il se termine ainsi : "J’ai délaissé ce carnet, l’esprit occupé par cette pièce (sans titre encore) dont j’ai achevé de brouillonner le 1er acte. Lu La Fortune des Rougon ; relu l’Assommoir. Relu avec le plus grand profit le Discours de la méthode…" Ces lignes diffèrent sensiblement de l’édition établie du vivant de l’auteur, publiée dans la collection "La Pléiade" en 1947. D’autres passages sont également absents de l’édition originale du premier tome du journal couvrant la période 1889-1939. Le second carnet, courant de juillet à décembre 1935, se présente différemment. Seules quarante-trois pages sont manuscrites, le texte étant généralement rédigé sur le feuillet de droite, le feuillet opposé recueillant d’éventuels ajouts et notes. Les trois premières pages ne sont pas datées, délivrant la fin du récit commencé à Hossegor le 31 mai dans un carnet précédent. Après une interruption de deux mois, le journal reprend à Lenck, le 30 juillet, par des lignes inédites dans le volume publié par Gide en 1947 : "M. Monnier le tout jeune et fort sympathique professeur d’histoire à Genève, dont, par heureux hasard et conséquence de l’encombrement de l’hôtel, je suis appelé à partager la table aux repas de midi et du soir - me recommande vivement de lire les mémoires de Tocqueville. Il m’avait identifié dès le premier soir, mais s’amusait d’abord à ne pas le laisser voir." Les deux carnets se concluent par des noms, adresses et autres information, écrites tête-bêche.

Mercredi 3 avril 2013, salle 11, Drouot-Richelieu.
Néret-Minet - Tessier & Sarrou SVV. M. Raux.

 
91 480 € frais compris.
Albert Uderzo (né en 1927), Le Cadeau de César (Dargaud, 1974), planche n° 31, encre de Chine, 47,6 x 38,7 cm.
Par toutatis ! Le cadeau de César

Un joli présent était fait à l’Association des familles adoptives d’enfants nés au Chili, les 80 000 € obtenus par cette planche d’Uderzo allant notablement renforcer le produit d’une vente dont les bénéfices vont permettre à la fondation CEPAS de construire une école maternelle à Coronel, dans la région du Biobio. Vingt et unième album des aventures d’Astérix et Obélix, le Cadeau de César a été publié en 1974, année d’élection présidentielle en France. Les chamailleries politiques d’alors inspirent à René Goscinny une partie du scénario, le chef de l’irréductible village gaulois, Abraracourcix, voyant son autorité défiée par Orthopédix et Agecanonix. Si ce dernier est le doyen du village, le premier est, avec son épouse Angine et sa fille Coriza (il fallait y penser…), un nouveau venu. Orthopédix se targue de détenir le droit de propriété du village, échangé contre quelques coupes de vin et un repas auprès de Roméomontaigus, légionnaire ivrogne qui a insulté César. Pour le punir, ce dernier lui a offert la seule parcelle d’Armorique n’appartenant pas à son empire. Un cadeau empoisonné, que le soldat va vouloir reprendre en faisant appel à ses camarades du camp de Laudanum. Pendant ce temps, dans le village, on le voit sur notre planche, seul Astérix a conscience du danger extérieur, ses congénères étant absorbés par leurs querelles. Même Obélix se laisse manipuler par Coriza, "Zaza" pour les intimes, qui n’a de cesse que son père n’obtienne la distinction suprême. On remarquera qu’Agecanonix réunit à ce moment de l’histoire bien peu de suffrages… Mais rassurez-vous, si la situation est critique, l’issue sera comme toujours heureuse : Roméomontaigus - merci Shakespeare - sera maté, et Orthopédix et sa famille retourneront à Lutèce, davantage adaptée à la féminité exacerbée de la douce Zaza, "plus légère qu’un menhir", aux dires d’Obélix. Avis de connaisseur !

Vendredi 5 avril 2013, Maison de l’Amérique Latine
Aponem Deburaux SVV.

 

173 600 € frais compris.
Paul Leclère, Venise, seuil des eaux, Paris, À la Cité des livres, 1925, illustration de Kees Van Dongen (1877-1968), in-4o, reliure en maroquin mosaïqué de Pierre Legrain, exemplaire unique sur japon impérial avec six aquarelles de l’artiste, une suite en noir sur chine, une suite en couleurs sur vélin et sept planches en épreuves en couleurs.

Bibliothèque R. et B.L. chapitre trois

Ce troisième opus de la bibliothèque R. et B.L. totalisait 1 707 542 € frais compris, valorisant pour le moment cet ensemble à 7 588 565 € frais compris. 125 numéros étaient inscrits au catalogue. Deux d’entre eux passaient la barre des 100 000 € et vingt-neuf affichaient des enchères à cinq chiffres. Le résultat le plus magistral, 140 000 €, revenait à l’unique exemplaire sur japon impérial reproduit de Venise, seuil des eaux de Paul Leclère, illustré de dix compositions hors texte de Van Dongen. La reliure de Legrain retient en outre cinq aquarelles ayant servi à l’illustration, la petite qui orne le titre, une suite des illustrations en noir sur chine, une autre en couleurs sur vélin et enfin sept planches en couleurs dans des teintes différentes de la suite. Concernant Van Dongen et Legrain, retenons les 35 000 € - estimation dépassée - d’un des 83 exemplaires sur japon impérial, enrichi d’une aquarelle de l’artiste à sujet d’un cavalier oriental, d’Hassan Badredine el Bassraoui (Paris, éditions de la Sirène, 1918) de Mardrus. Le peintre est l’auteur de l’illustration, comprenant notamment sept aquarelles reproduites au pochoir, la suite des quatre dessins érotiques censurés étant présente. Le relieur a imaginé une composition géométrique en maroquin bleu et noir sur fond clair entourant le titre en réserve, sur plaque au palladium. François-Louis Schmied entrait en scène à 106 000 € avec un des vingt exemplaires sur japon de l’Histoire de la princesse Boudour. Contes des mille nuits et une nuit, traduit par le Dr J.-C. Mardrus (Paris, Schmied, 1926), paré par Jean Lambert d’une reliure en maroquin bleu mosaïqué de motifs géométriques de couleurs. Schmied a orné l’ouvrage de cinquante-deux illustrations dont dix-huit hors-texte, notre exemplaire étant enrichi d’une des cinq suites au trait des gravures en noir sur chine. Les planches de cet ouvrage mythique ont été coloriées dans les ateliers de laquage de Jean Dunand. Un des 125 exemplaires sur vélin d’Arches de la première édition réunissant le premier et le second Livre de la jungle (Paris, Société du livre contemporain, 1919), de Rudyard Kipling, suscitait 60 000 €. Cette édition est ornée de 130 compositions en couleurs de Paul Jouve, dont dix-sept hors-texte, en collaboration avec Schmied, qui les a gravées sur bois et tirées sur presse à bras. Reliés par Cretté en maroquin orné de quatre spectaculaires laques de Dunand imitant la peau de serpent, les deux volumes de notre exemplaire comportent une des quinze épreuves d’artiste sur japon de la suite des bois en couleurs, trois fusains et une gouache de Jouve, sans oublier l’un des deux faux titres sur bois de Schmied.

Mercredi 20 mars 2013, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. M. Courvoisier.

 

38 127 € frais compris. Cahiers d’art, Paris, 1926-1960, 97 numéros reliés en 29 volumes, demi-maroquin brun, dos lisses, couvertures conservées et un volume d’index en toile bleue.

 
Bibliothèque de Pierre Bergé

La vente du fonds d’histoire de l’art de la bibliothèque de Pierre Bergé totalisait 180 696 € frais compris.Le sommet était atteint par les 30 500 € recueillis, à plus du double de l’estimation, par un exemplaire de la collection complète de la revue d’avant-garde créée par le critique d’art et écrivain Christian Zervos en 1926, les Cahiers d’art. Ce mensuel a été publié jusqu’en 1960, avec une interruption entre 1941 et 1943. Consacrant dès l’origine le Bauhaus et Kandinsky, il ne va pas se contenter de s’intéresser à Matisse, Braque ou Picasso, mais s’assurera de leur collaboration ainsi que de celle d’Eluard, Tsara, Char, Hemingway, Beckett, ou encore Lacan... Cette publication s’enorgueillira ainsi de quelques livraisons fameuses, comme l’une ornée de pochoirs de Joan Miró en 1934 ou celle reproduisant les Coeurs volants de Marcel Duchamp, premier exemple d’art cinétique. Notre exemplaire comprend également les suppléments Feuilles volantes (dix numéros en 1937 et 1938) et L’Usage de la parole (trois numéros de 1939 à 1940). ?La collection complète – vingt-six numéros in-4o – de Verve. Revue artistique et littéraire (Paris, 1937-1960) publiée par Tériade respectait pour sa part, à 11 500 €, les prévisions. Rappelons qu’elle est illustrée de lithographies et d’héliogravures de photographies des plus grands artistes de son temps.

Jeudi 7 mars 2013, salle 16 – Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés SVV. M. Forgeot.

 
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp