La Gazette Drouot
Best of des enchères - Bibliophilie
Best of des enchères Bibliophilie 2010
 
L’art du nuage

Ce n’est pas tous les jours que l’intérêt d’un album amicorum réside davantage dans le papier qui le compose plutôt que dans l’identité de son propriétaire ou de ses signataires. Le résultat ne se faisait pas attendre, 72 000 €, pour une estimation haute de 20 000. Sur les 174 feuillets le constituant, seulement 63 ont été annotés par des personnes rencontrées par Hans Schuchmacher, un étudiant ou un membre de la suite d’une personnalité. Ils permettent de retracer son itinéraire depuis Comoran en Hongrie, le 20 mai 1587, jusqu’à Venise le 20 novembre 1588, en passant bien entendu par Constantinople. Connu depuis un demi-siècle, cet ouvrage cité dans de nombreux livres relatifs aux papiers marbrés turcs constitue l’un des plus riches recueils de ce type de support. Car si le papier marbré évoque de nos jours les délices raffinés de la Sérénissime, il n’est arrivé sur la lagune qu’au début du XVIIe siècle, en provenance de l’Empire ottoman. Apparu au Japon au XIIe siècle, c’est au XVe siècle que le papier marbré, appelé «ebru» ou «art du nuage», s’est développé, aussi bien au sein de l’Empire des sultans qu’en Perse. Les feuilles de notre recueil ont pour partie été acquises en Hongrie et à Constantinople, avant d’être reliées en Allemagne ou en Italie.

Mercredi 17 novembre 2010, salle 10 – Drouot-Richelieu.
Tajan SVV. M. de Coligny.
 
Apocalyptique

Voici une suite, commentée aussi bien par Érasme qu’Alberti, qui cumule les superlatifs. Heinrich Theodor Musper parle de «style grandiose» et Erwin Panofsky souligne qu’il s’agit du «premier livre exclusivement créé et publié par un artiste». Voilà qui mérite bien une enchère de 110 000 € ! Notre suite appartient à l’édition de 1511. En 1497 et 1498, Durer a réalisé les quinze xylographies d’après l’Apocalypse de saint Jean, aussitôt éditées par lui en deux versions, l’une en allemand, lui en latin. Notre édition est la deuxième publiée, uniquement en latin celle-ci. C’est pour elle aussi que Durer a composé la page de titre, avec la mention «Apocalipsis cum figuris». À 27 ans, lorsqu’il entreprend cette série, la seule qu’il ait réalisée d’un seul jet, le maître traverse une crise mystique, accentuée par le fait qu’avec l’approche de l’année 1500, certains annoncent la fin du monde. Il y a donc urgence à la publier, et en deux langues pour en assurer une large diffusion… D’autant que Durer a pris un vrai risque financier en s’embarquant dans cette aventure sans l’appui d’un éditeur. Une première, comme le souligne Panofsky.

Mercredi 17 novembre 2010, salle 10 – Drouot-Richelieu.
Tajan SVV. Mme Collignon.
 
Léon Bloy

De son vivant, Léon Bloy a suscité de violentes polémiques qui expliquent en partie son insuccès. Le manuscrit autographe de son chef-d’oeuvre romanesque, La Femme pauvre, était en revanche l’objet d’un vif engouement qui lui permettait d’atteindre 43 000 €, une estimation doublée. La lettre autographe de deux pages de Bloy à René Martineau ,le28 juin 1911,qui l’accompagne, éclaire en partie les conditions de la genèse de l’ouvrage : «Quand parut Le Désespéré qui était une clameur d’agonie, après des douleurs sans nom, d’Aurevilly qui pouvait beaucoup pour moi & sur qui j’avais tant compté m’abandonna hideusement.» Paru en 1887 sans grand écho, Le Désespéré est son premier roman - largement autobiographique -, où dans une relation amoureuse, le mysticisme finit par l’emporter sur la sensualité. Il entame alors un nouveau roman, La Désespérée, en réalité la première ébauche de La Femme pauvre, dont il suspend l’écriture. Quand il reprend son travail, les choses ont changé, l’auteur s’étant notamment marié avec Johanne Molbech, fille d’un écrivain danois ami d’Ibsen. Là encore, l’autobiographie prend le pas et Bloy y exprime sa vision mystique de la femme.

Mardi 16 novembre 2010, salle 8 – Drouot-Richelieu.
Audap-Mirabaud SVV. M. Galantaris.
 
Chères fables !

Vous aurez reconnu les Fables de La Fontaine, illustrées par Oudry. Notre exemplaire recueillait, à 183 000 €, une enchère à la hauteur de la réputation de cette édition illustrée, considérée comme la plus belle pour le célèbre ouvrage. Son estimation était raisonnable, n’excédant pas 50 000 €. Sur les 275 figures hors texte gravées sur cuivre, 272 sont ici présentes, ce léger manque étant largement compensé par le fait que chacune a été, à l’image des culs-de-lampe – gravés sur bois d’après les dessins de Jean-Jacques Bachelier –, soigneusement aquarellée à l’époque, avec rehauts de gouache. De quoi donner des couleurs aux enchères, puisqu’il s’agit du seul exemplaire pour l’instant répertorié avec cette caractéristique. En 1783, Mlle Néviance, libraire à Paris, avait pris l’initiative de faire colorier quelques exemplaires invendus de l’édition de 1755-1757. Las ! Le prix de la souscription, 550 livres, avait fait reculer les amateurs. Il s’agissait en effet d’une somme considérable pour l’époque, qui permettait déjà de faire des emplettes fournies auprès des marchands-merciers de l’époque.

Jeudi 18 et vendredi 19 novembre 2010, salle 8 – Drouot-Richelieu.
Mathias SVV, Baron - Ribeyre & Associés SVV, Farrando - Lemoine SVV. M. Galantaris.
 
Sous le manteau

Poète maudit, Verlaine ne l’est plus sous le feu des enchères, cet exemplaire des Amies, l’un des deux premiers imprimés, bravant à 72 000 € toutes les censures, accompagné d’un poème autographe. Il s’agit de «Sappho», l’ultime figurant dans ce recueil. Il propose ici une version différente - avec quatre variantes - de celle déjà publiée dans Le Hanneton du 8 août 1867, comme de celle qui sera reprise dans Parallèlement vingt et un ans plus tard. Notre exemplaire a appartenu à un verlainien de la première heure, Pierre Dauze. L’ouvrage ne sera tiré qu’à cinquante exemplaires… Les poèmes saphiques qu’il contient lui vaudront une condamnation à la destruction, prononcée par le tribunal de Lille en mai 1868, l’éditeur écopant pour sa part d’une amende de 500 francs. Les Poèmes saturniens viennent tout juste d’être publiés lorsque le jeune Verlaine écrit ces poèmes lesbiens, qui seront proposés par un confrère parnassien, François Coppée, à Auguste Poulet-Malassis. L’éditeur des Fleurs du mal n’en est plus à un scandale près. Verlaine, retenant entre autres des leçons baudelairiennes celle-ci, se cache derrière le pseudonyme de Pablo de Herlagnez pour signer ses sulfureuses Amies.

Mercredi 3 novembre 2010, salle Rossini.
Alde SVV. M. Meaudre.
 
Planète BD

La bande dessinée n’en finit pas de faire des bulles ! Cette vente uniquement consacrée aux planches originales totalisait 1 232 744 € frais compris, quatorze numéros franchissant la barre des 10 000 €. Elle proposait la première planche d’Edgar Pierre Jacobs pour Blake et Mortimer à passer en vente publique. À 85 000 €, elle décrochait un record mondial pour Jacob (source : Artnet). Il s’agit de la planche 35 du deuxième tome du Mystère de la grande pyramide, intitulée La Chambre d’Horus, publiée pour la première fois en 1952 dans Le Journal de Tintin. L’album est quant à lui paru aux éditions du Lombard en 1955. La deuxième enchère la plus haute, 45 000 €, revenait à Peyo avec une encre de Chine (39,4 x 28,2 cm) composant la deuxième page d’un récit complet des aventures de Johan et Pirlouit, paru dans le numéro "spécial Pâques" du journal Spirou du 26 mars 1964. Il s’agit d’un récit sans texte, intitulé "Qu’est-ce qu’il dit, mais qu’est-ce qu’il dit ? ", destiné à un concours. Dans l’une des cases, Pirlouit percute de plein fouet un serveur lourdement chargé. À cette époque, le dessinateur réalisait à la fois le crayonné et l’encrage. Un habitué de la spécialité sur la scène des enchères, Bilal, empochait deux résultats à cinq chiffres. 27 000 € allaient, à l’estimation basse, à l’acrylique sur papier (42,5 x 33,4 cm) de la planche 17 de la Partie de chasse (Dargaud, 1983) prépubliée dans le n° 91 du magazine Pilote, en décembre 1981. À 25 000 €, l’estimation basse était pratiquement triplée pour l’encre de Chine et crayons de couleur sur papier (48 x 36,5 cm), de Philippe Francq, pour la couverture du volume inaugural des aventures de Largo Winch, L’Héritier (Dupuis, 1990). Actuellement célébré à la Fondation Cartier, à Paris dans une exposition monographique, le dessinateur à la double personnalité, Jean Giraud-Moebius, était également présent à l’Espace Tajan. Sous l’étiquette de Giraud, il récoltait 16 000 €, une estimation dépassée, avec la planche 3 à l’encre de Chine (49 x 34,5 cm) du vingt-troisième tome des aventures de son héros mythique, Blueberry, Arizona Love (Alpen Publishers, 1990). Le cow-boy entre à cheval dans une église bondée pour annuler le mariage de Chihuahua Pearl et l’enlever. Pour sa part, Moebius arrachait 12 500 €, une estimation dépassée toujours, avec un pastel et crayons de couleur (50 x 65 cm) de 2000 montrant Arzach sur le dos d’une étrange créature volante. Alors que vient de sortir chez Dargaud le dernier album de Blacksad, L’Enfer, le silence, 15 000 € étaient portés sur une encre et aquarelle de son dessinateur, Juanjo Guarnido, réalisée pour l’ex-libris du tirage de luxe du tome 2 d’Artic Nation (Dargaud, 2003). Face à son miroir, la jolie Dinah est en pleurs devant un Blacksad désarçonné. La plus belle envolée d’enchères attendait à 14 000 € une encre de Chine (45,5 x 34 cm) de William Vance pour la planche 33 de Treize contre un (Dargaud, 1991), estimée seulement 4 200 €. Cet exploit est sans doute dû au baiser enfin échangé entre XIII et la séduisante major Jones, qui surgit au huitième tome de la série !

Samedi 16 octobre 2010, Espace Tajan.
Tajan SVV. M. Maghen.
 
Chardonne à sa biographe

Dans la bibliothèque de l’avocat Louis Guitard et de son épouse, Ginette Guitard-Auviste, une surprise attendait à 35 000 € la correspondance envoyée par Jacques Chardonne à cette dernière. Écrivaine et critique littéraire, notamment pour le journal Le Monde, elle a consacré une biographie à l’écrivain, parue pour la première fois en 1953. Écrites à la fin de 1950, les deux premières lettres établissent le contact entre l’auteur de Claire et des Destinées sentimentales et sa future biographe. Entre 1951 et 1953, pas moins de 153 missives nourrissent l’entreprise de celle-ci, depuis un travail très poussé sur les premières années de l’écrivain – son premier roman, L’Épithalame, a été publié en 1921 – jusqu’à de nombreuses évocations des critiques littéraires ayant écrit sur ses oeuvres. Il fournit lui-même sa bibliographie, mais en omettant Le Ciel de Nieflheim. Dès 1951 apparaît aussi le projet d’une biographie de son ami Paul Morand, publiée en 1956. Ginette Guitard-Auviste en est bien entendu l’auteur. Cette correspondance qui s’étale sur près de vingt années constitue un précieux témoignage de la vie littéraire française, enchère à l’appui.

Mercredi 13 octobre 2010, salle 2 – Drouot-Richelieu.
Néret-Minet - Tessier SVV. M. Fosse.
 
Naples et alentours

35 feuillets assemblés en six parties indépendantes entoilées et rempliées, qui, déployées, couvrent 11 m2 ! Monumentale par sa taille, cette carte de Naples et de ses environs adjugée 17 000 € – à plus du double de son estimation haute – l’est à plus d’un titre. Il a fallu près de vingt-cinq années, et plusieurs maîtres d’oeuvre, pour la mener à bien. C’est vers 1750 que le tribunal des élus ou San Lorenzo, correspondant à l’une de nos actuelles commissions municipales, décide de son exécution. La coordination des travaux est confiée à Giovanni Carafa, duc de Noja, qui s’assure la collaboration d’un arpenteur de talent, Vanti. À la mort du duc, en 1768, la direction de l’entreprise est confiée à Giovanni Pignatelli, prince de Monteroduni, et la partie technique à l’architecte Gaetano Bronzuoli. Nicolo Carletti parachève l’ensemble en y ajoutant quelques tables et en apportant des corrections. Elle a été gravée sur plaque de cuivre par Giuseppe Aloja, Gaetano Cacace, Pietro Cloche et Francesco Lamarra.

Vendredi 15 octobre 2010, salle 1 – Drouot-Richelieu.
Millon & Associés SVV. Mme Collignon.
 
Toqué d’Amérique

L’Amérique fait encore rêver ! La preuve avec les 39 600 € récoltés par cet exemplaire du célèbre ouvrage d’Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique. Ces quatre volumes sont en édition originale, les deux premiers étant parus en 1835 et les deux derniers en 1840. Outre cette qualité, ils font partie des rarissimes exemplaires à présenter des reliures d’époque. C’est en 1831 que Tocqueville, en compagnie de son ami Gustave de Beaumont, est envoyé aux États-Unis pour y étudier le système pénitentiaire. Cette mission, confiée par le gouvernement de Louis-Philippe, va ouvrir au jeune homme de nombreuses portes et lui permettre d’observer des milieux sociaux très variés. Il peut ainsi donner corps à son idée d’écrire un ouvrage sur les institutions et l’organisation sociale de ce pays. Rentré en France, notre homme laisse donc à Beaumont le soin de rédiger le rapport pénitentiaire et se lance dans l’étude et la rédaction de son grand oeuvre. Le manuscrit est achevé le 14 août 1834. L’éditeur de Lamartine, Charles Gosselin, croit peu au succès de ce livre et le 23 janvier 1835, la première édition ne compte que quelques centaines d’exemplaires. L’engouement s’avère immédiat, au point que l’auteur est salué comme un nouveau Montesquieu !

Samedi 9 octobre 2010, salle Rossini.
Alde SVV. M. Courvoisier.
 
Schmied autoportrait

La poétesse Anna de Noailles, l’illustrateur François-Louis Schmied et la relieuse Louise-Denise Germain (1870-1936) étaient ici célébrés moyennant 66 000 €, une estimation doublée. La première est l’auteur des poèmes réunis dans ce recueil, proposé dans le premier exemplaire des 125 sur japon, celui imprimé pour le président de la Société du livre contemporain, Louis Barthou. Schmied a pour sa part imaginé 81 gravures sur bois en couleurs avec rehauts d’or et d’argent, dont sept hors texte, et pas moins de 34 culs-de-lampe. Notre exemplaire contient six aquarelles, cinq ayant servi pour les gravures, la dernière (reproduite) ayant orné le menu du dîner de la société bibliophilique. Elle figure Schmied tenant le livre ouvert à la page de titre. Trois suites – 28 épreuves d’essai en couleurs, 22 en noir et blanc et 35 épreuves de culs-de-lampes en noir – accompagnent cet ensemble. La reliure est quant à elle l’oeuvre de Louise-Denise Germain. Elle est relevée de fil métallique, une technique caractéristique de l’artiste, et ornée de motifs peints en vert, peut-être de la main du gendre de Germain, un certain Joseph Sima.

Jeudi 7 octobre 2010, salle 9 – Drouot-Richelieu.
Binoche - Renaud - Giquello SVV. M. Courvoisier.
 
A l'usage d'Amiens

Ce livre d’heures doublait à 60 000 € son estimation basse. Imprimé sur peau de vélin, il est illustré de dix-huit grandes figures sur bois, les seize vignettes représentant la Vierge et les saints étant, ainsi que la marque du libraire, Guillaume Eustace, richement enluminées. Cette généreuse ornementation est complétée par trente et une bordures, de l’école ganto-brugeoise, peintes à la main sur fond lavé or. L’ouvrage sort des presses de Gillet Couteau, l’un des imprimeurs ayant travaillé pour ce libraire royal actif entre 1492 et 1528. La reliure est à la hauteur de l’ensemble, le veau fauve étant rehaussé d’une composition de fers foliacés. Dans cette vente de bibliophilie, trois autres résultats se détachaient plus particulièrement. À 19 000 €, l’estimation était triplée pour un exemplaire de l’un des tous premiers livres imprimés en caractères de civilité, police de caractères créée par Robert Granjon, en 1557, en s’inspirant de l’écriture française de chancellerie. Il s’agit du Premier Livre des narrations fabuleuses... (Lyon, Robert Granjon, 1558) de Palephate, traduit par Guillaume Guéroult. La reliure de Chambolle-Duru est en maroquin lavallière à décor dans le goût de la Renaissance. 18 000 € s’inscrivaient sur un exemplaire de l’édition incunable et première en latin de la Stultifera navis (Bâle, Johann Bergman de Olpe, 1er mars 1497) de Sébastien Brant. L’édition originale de La Nef des fous est parue en allemand trois ans avant celle-ci chez le même imprimeur. L’illustration comprend 117 figures gravées sur bois d’Albrecht Dürer dont deux à pleine page et cinq répétées. La reliure anglaise du XIXe siècle est en veau brun. À 11 200 €, l’estimation était décuplée pour un volume, Contramours. L’Antéros ou Contramour. Le dialogue de Baptiste Platine. Paradoxe de l’amour (Paris, Martin le Jeune, 1581). Le Paradoxe contre l’amour de Platine constitue la première édition de la traduction française, les Contramours étant de Baptiste Fulgose.

Samedi 2 octobre 2010. Salle Rossini.
Alde SVV. M. Courvoisier.
 
 
Le premier ouvrage de Proust

Un fervent public de bibliophiles animait cette vente nantaise, qui dispersait une importante bibliothèque régionale. Les livres illustrés se taillaient la part du roi, à l’exemple de notre ouvrage, adjugé à un collectionneur français. Paru en 1896, Les Plaisirs et les jours est le premier livre d’auteur de Marcel Proust, alors âgé de 25 ans. Animé de portraits et de nouvelles, le recueil contient également divers poèmes en prose. Ils sont illustrés par Madeleine Lemaire, une spécialiste des fleurs et des natures mortes. Le jeune homme, avec son ami le compositeur Reynaldo Hahn, fréquente assidûment le salon parisien du peintre surnommé par Anatole France, "L’impératrice des roses". À deux reprises, en 1893 et en 1895, Proust est invité au château de Réveillon, propriété de Madeleine Lemaire. Les Plaisirs et les jours décrit ainsi avec précision les sublimes marronniers du jardin à la française embellissant le château. L’ouvrage, qui fait référence au dandysme, est sévèrement accueilli par les critiques, tel Jean Lorrain dans le Journal. Marcel Proust, furieux, provoque Lorrain en duel au bois de Meudon. Tout se termine heureusement sans blessure. Cette critique assassine vaudra toutefois à Proust la réputation d’un mondain dilettante ; elle ne s’estompera qu’après la publication des premiers tomes d’À la recherche du Temps perdu. Notre exemplaire, habillé d’une reliure d’Alix, était enrichi d’une dédicace. Elle est adressée à Vincent Griffon, interne en médecine et ami de Robert Proust, frère cadet de Marcel : "Comme un témoignage de mon vif attachement / Son ami reconnaissant et dévoué. Marcel Proust".

Nantes, vendredi 24 et samedi 25 septembre 2010.
Me Kaczorowski. M. Séguineau.
 
Record mondial pour des guides Michelin

Depuis une décennie, l’étude clermontoise organise régulièrement des ventes autour de la marque pneumatique Michelin. Provenant cette année de la collection du restaurateur belge Alain Morel, plus de 530 lots étaient ainsi dispersés aux enchères dans le cadre prestigieux du casino de Royat-Chamalières. Fort débattus par divers enchérisseurs présents en salle et sur plusieurs lignes
de téléphone, ils doublaient les esti mations pour atteindre 200 000 €. Avancée autour de 250 €, l’affichette réalisée par Henri Grand’Aigle pour le Guide Michelin de 1920, pulvérisait à 1 600 € les estimations. Quant à notre importante et rarissime collection intégrale des guides rouges, elle doublait largement les estimations, annoncées autour de 30 000 €. Créés au début du XXe siècle comme de simples objets de promotion, offerts souvent en échange d’un achat de pneus, nos guides répertorient chaque année les hôtels, les restaurants et les sites touristiques, donnant des appréciations et des renseignements précieux. Vendus à partir de 1920, les guides deviennent peu à peu de véritables références du bon goût. Proposée en excellent état, notre collection aiguisait l’appétit de nombreux amateurs. Accompagnée de plusieurs autres guides belges, anglais, italiens, portugais ou marocains, elle recèle aussi des cartes pour les années allant de 1902 à 1907. Adjugée au final à un particulier, elle servira de décor à un futur grand restaurant. À regarder, à feuilleter et à consommer sans modération !

Royat-Chamalières, samedi 10 juillet 2010.
Vassy-Jalenques SVV. M. Gonzalez.
 
Festival d’atlas hollandais

La maison Piasa dispersait aux enchères durant deux jours une partie des collections de la citadelle Vauban. Dispersés le vendredi, les atlas et les cartes anciennes étaient portés au pinacle des vacations, inscrivant 86,50 % de produits vendus. À tout seigneur, tout honneur, les passions se portaient sur notre ouvrage, rien moins que le premier atlas marin européen de grand format. Indiqué autour de 70 000 €, il triplait au final largement les estimations. Prestigieusement présentée, cette somme du cartographe hollandais Lucas Waghenaer recélant des cartes précises, se veut l’ouvrage le plus complet et le plus exact possible, en dépit des impératifs techniques. Excellemment conservé, notre exemplaire en latin réunit ainsi de nombreuses connaissances, de l’art pictural à la xylographie, et apporte de précieux renseignements sur la cartographie à la Renaissance. Il était talonné, à 125 000 €, par The English Pilot. The Third Book, 1711, comportant 36 cartes gravées, dont une du monde dite de Mercator décuplant les estimations, il a été réalisé par le cartographe anglais Samuel Thornton. Donnons maintenant deux enchères recueillies sur des atlas de Willem Janszoon Blaeu, ce géographe, cartographe et imprimeur amstelldamois, élève de Tycho-Brahé qui doit sa réputation au Theatrum Mundi publié en 1619. Avec ses fils, Blaeu renouvelle ensuite les cartes terrestres et maritimes, au fur et à mesure des découvertes. Ainsi Europa, une carte sur vélin de l’Europe occidentale et de l’océan Atlantique, incluant même le Groenland, s’élevait à 73 000 €. Annoncé autour de 30 000 €, le Zeespiegel, Inhoudende Eene, paru à Amsterdam en 1624, doublait ensuite les estimations, pour être acquis à 67 000 €. Ne quittons pas la cartographie hollandaise, grâce aux 32 000 € qui s’inscrivaient sur Le Grand et Nouveau Miroir ou Flambeau de la mer contenant une description de toutes les côtes marines occidentales et septentrionales, par Pieter Goos, Amsterdam, 1662. L’ouvrage traduit en français par Paul Yvounet diffère complètement des éditions anglaises et hollandaises : il comprend, entre autres, des cartes des Pays-Bas, d’Espagne, des côtes du Maroc, avec les Canaries. Le texte indique encore les itinéraires maritimes à suivre et les dangers à éviter…

Belle-Ile-en-Mer, Le Palais, vendredi 16 juillet 2010.
Piasa SVV. M. Petitcollot.
 
Feuilles hugoliennes

Organisée au château de Miromesnil, lieu de naissance probable de l’écrivain Guy de Maupassant, la vente mettait en exergue un autre écrivain du XIXe siècle, Victor Hugo. Indiqué autour de 5 500 €, un agenda relatif aux mois de juillet et d’août 1834, inséré dans une boîte-étui, doublait les estimations. Adjugé 12 000 €, cet émouvant document comprend cinq notes : les lettres d’amour prises sur le vif au milieu de la nuit et adressées à la maîtresse de l’écrivain, l’exquise Juliette Drouot : "Ta joie est ma joie. que m’importe que la vie soit sombre pour moi, pourvu que ton beau visage rayonne…" Quant à notre carnet de poche, enrichi de nombreuses photos et de cartes de visite, il aurait appartenu à Louis Barthou, avocat, journaliste et homme politique. Inédit, il dévoile Victor Hugo sous divers aspects : l’écrivain, l’homme et l’exilé. De nombreux comptes entremêlés aux notes illustrent la grande générosité d’Hugo envers les miséreux de Guernesey. Notre homme prie encore face au sort malheureux des filles pauvres, obligées dès 16 ans à se prostituer. Républicain engagé, Victor Hugo se révolte contre le destin des communards condamnés ; il s’indigne ainsi de leur sort, les qualifiant de "forçats à perpétuité !". Concernant ses travaux d’écriture, l’écrivain reprend son habitude pour L’Homme qui rit de "marquer chaque jour par une barre dans la marge du manuscrit à l’endroit où j’interromps mon travail de la journée". Suscitant la convoitise des musées, des amateurs et du négoce international, notre carnet gagne finalement la collection d’un client français au double des estimations.

Tourville-sur-Arques, dimanche 18 juillet 2010.
Me Wemaëre - de Beaupuis Enchères SVV, Me Denesle. M. Courvoisier.
 
Redouté et Thory

Il ne manque aux roses de Redouté que leur parfum… Une absence qui n’empêchait pas les enchérisseurs de batailler ferme pour pousser à 181 000 €, une estimation dépassée, les trois volumes du célèbre ouvrage de celui que l’on surnomma "le Raphaël des fleurs". Rappelons qu’une amoureuse inconditionnelle des rosiers, Joséphine, qui en a planté 250 variétés à la Malmaison, a donné au peintre l’idée de l’ouvrage. Celui-ci ne fait pas que flatter l’oeil… L’artiste en a confié les textes à un ami de longue date, l’écrivain et naturaliste Claude-Antoine Thory. En digne fils du siècle des Lumières, Redouté est sensible à la vérité scientifique. Or, en chassant les espèces les plus variées, il a pris conscience que tout jardinier n’a qu’une hâte, créer une variété inédite. Ainsi, comme pour la mode, une nouveauté en chasse une autre… L’ouvrage s’organise en trois divisions : les rosiers sauvages, les anciens et les contemporains. Elles permettent de suivre l’évolution et les variations des espèces, d’autant plus que Redouté a tenu à reproduire la fleur grandeur nature et dans son entier, feuilles et épines comprises. Le beau dans l’utile avant l’heure…

Mercredi 30 juin 2010, salle 11 - Drouot-Richelieu.
Millon & Associés. M. Paolantonacci.
Honoré et Zulma

Le lot phare d’une dispersion de livres et manuscrits tenait toutes ses promesses en récoltant 118 000 €. Rappelons qu’il s’agit d’un des deux exemplaires sur papier de Chine, offert par Balzac à Zulma Carraud, de la première édition séparée, considérablement augmentée et en partie originale de l’Histoire intellectuelle de Louis Lambert. L’autre exemplaire a été offert à madame Hanska. Le coffret en marqueterie, aux initiales de la destinatrice de notre livre, a été réalisé à la demande de l’auteur. Suivre les Carraud, Zulma et son époux François-Michel, revient à voyager dans la Comédie humaine en reconnaissant aussi bien la source de personnages que de lieux balzaciens. Zulma est une amie de longue date de l’écrivain, rencontré au lycée de Vendôme alors qu’elle venait rendre visite à son cousin, lui aussi pensionnaire. L’Histoire intellectuelle de Louis Lambert, écrite en 1832, appartient à la section des "Études philosophiques" de la Comédie humaine. L’action débute dans le même lycée vendômois où étudie le jeune et brillant Lambert, que le narrateur retrouve fou quelques années plus tard. Sa femme a noté les pensées de Louis, éléments d’un Traité de volonté que celui-ci rêvait d’écrire…

Mardi 29 juin 2010, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés SVV. M. Laucournet.
Grammaire arabe : 2 M€

Dans une vente spécialisée, les livres et manuscrits orientaux étaient l’objet d’un vif engouement dont l’acmé était constituée par ce manuscrit andalou du XIIe siècle, qui, à 2 M€ frais compris, décuplait son estimation. Précisément datée de l’an 514 de l’hégire, c'est la plus ancienne copie connue dans le monde de l’Al-Idhah fi l-Nahw d’Abu Ali al-Hassan al-Farisi, l’un des plus grands grammairiens arabes du Xe siècle. Cette période constitue l’âge d’or des études grammaticales à Bagdad, où enseignent al-Sirafi, al-Rummani et, surtout, notre auteur. Dans les grands débats qui opposèrent les écoles de Kufa et de Basra, Abu Ali et son disciple Ibn al-Ginni représentent la seconde, prenant position pour l’origine humaine du langage à l’encontre de la doctrine générale, notamment basée sur la révélation. Ce débat imposa définitivement l’école de Basra et acheva la constitution de l’édifice grammatical arabe. L’Al-Idhah fi l-Nahw est une grammaire poussée qui a bénéficié d’une très grande popularité. Cinq commentaires en sont conservés. La plupart des spécialistes reconnaissent qu’une grande partie de l’oeuvre philologique d’Abu Ali al-Hassan al-Farisi demeure inédite. Notre manuscrit possède en outre la particularité d’être arabo-andalou, une rareté puisque beaucoup de ces documents ont été détruits après la reconquête menée par les rois catholiques. Plus tard, en 1609, Philippe III décrète l’expulsion des Morisques d’Espagne. Ce souverain fait déposer à l’Escurial la bibliothèque – comptant près de 4 000 volumes – du Sa’adien Mouley Zaidan, dont une partie seulement sera sauvée du grand incendie de 1671. La copie complète de l’Idhah de l’Escurial porte la date de l’an 605 de l’hégire. Notre copie est plus ancienne de quatre-vingt-onze ans.

Mercredi 23 juin 2010, salle 3 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez SVV. M. Ghozzi.
Heures picardes

À 82 000 €, l’estimation était nettement dépassée pour ce livre d’heures vers 1440 à l’usage d’Amiens. Chacune des pages, sauf la dernière, est bordée de fines guirlandes florales enluminées et rehaussées d’or. De style typiquement amiénois, elles sont comparables à celles présentes dans des exemplaires picards conservés au Waddesdon Manor, à la Pierpont Morgan Library de New York et au Fitzwilliam Museum de Cambridge. Les textes qu’elles mettent en valeur comportent de nombreuses lettrines enluminées à l’or, sur fond rouge ou bleu. Notre ouvrage est également illustré de treize grandes miniatures, anonymes, ce qui ne les empêche pas, enchère à l’appui, d’être de belle qualité. L’origine picarde de notre ouvrage, outre le style des bordures, est attesté par la coiffe de la commanditaire représentée, dans une des grandes miniatures, en prière devant saint Jean-Baptiste. Ses armes et celles de son époux figurent dans le riche décor fleuri de la bordure ainsi que dans l’ornementation d’une autre grande illustration. Enfin, deux feuillets de garde ont servi au début du XVIIesiècle de livre de raison à Diane de Mailloc, dame de Riencourt, confirmant les origines familiales et picardes du manuscrit.

Mercredi 23 juin 2010 salle 10 – Drouot-Richelieu.
Coutau-Bégarie SVV. M. De Broglie.
Des pharaons à l’Espagne arabo-andalouse

L’archéologie accompagnée par l’art d’Orient totalisait 2 783 077 € frais compris. Pas moins de trente-six enchères à cinq chiffres étaient prononcées et trois à six chiffres. L’Égypte, majoritairement représentée en lots, raflait toute une série de bonnes enchères, à commencer par la plus élevée de la vente, 360 000 € recueillis par le linceul écrit reproduit, estimé pas plus de 50 000 €. Il est le plus ancien connu puisqu’il date du Moyen Empire et que les linceuls portant le chapitre des morts datent au plus tôt de la XVIIIe dynastie (Nouvel Empire). Sont ici reproduits des chapitres des textes des sarcophages copiés en hiératique, la cursive hiéroglyphique en écriture rétrograde. Cela signifie que les signes sont tournés vers la droite alors que le texte se lit de droite à gauche. Ces textes devaient servir de guide au défunt dans l’au-delà. 80 000 € revenaient à une statuette en bronze du prêtre Hori (h. 10,5 cm), un travail thébain de la XXIIe-XXVIe dynastie incrusté d’or. Le prêtre est représenté le crâne rasé et agenouillé, son pagne finement plissé portant une colonne hiéroglyphique damasquinée. Il lui manque les bras. Un délicat flacon à khôl de la fin de la XVIIIe-début de la XIXe dynastie en verre (h. 10,9 cm) partait à 65 000 €. 60 000 € s’inscrivaient sur une statuette d’hippopotame de la XIIe-XIIIe dynastie en terre siliceuse à glaçure bleu et noir (l. 13,6 cm). Son dos est peint de deux bandeaux croisés terminés par des rosettes. À 45 000 €, l’estimation était dépassée pour un rarissime shaouabti momiforme au nom de Ramsès II. Datant du règne du pharaon, il est en terre siliceuse à glaçure vert-bleu et noir (h. 16,6 cm). Retrouvons un bronze avec à 48 000 € une estimation dépassée pour une statuette votive de la Basse Époque – XXVIe-XXXe dynastie – représentant une déesse à tête de lion, probablement Sekhmet (h. 15,5 cm). Coiffée du disque solaire avec à l’avant un uraeus ajouré, elle adopte l’attitude de la marche apparente. Datant de l’époque Thinite, Ire-IIe dynastie, un veau couché en ivoire (l. 6,8 cm) était poussé jusqu’à 42 000 €. Il s’agit peut-être d’un pion de jeu. Au chapitre des curiosité ayant suscité de belles envolées d’enchères, citons les 30 000 € d’une statuette en calcaire datant du Nouvel Empire (h. 21,2 cm). Elle représente un prisonnier asiatique nu sévèrement ligoté, les jambes ramenées en arrière dans le dos et maintenues par les bras attachés au niveau des coudes. Quittons l’Égypte avec la deuxième enchère à six chiffres de la vente, 250 000 €, marquée par une statue étrusque du IIIe-IIe siècle av. J.-C. en bronze, représentant un éphèbe (h. 67,3 cm). Il est figuré nu, debout, légèrement déhanché – en contrapposto – en appui sur la jambe droite, la tête aux traits fins et délicats contrastant avec la plastique robuste du corps. La troisième enchère à six chiffres, 110 000 €, concerne l’art romain de la fin du Ier siècle av. J.-C. avec une tête en marbre (h. 23 cm) estimée pas plus de 30 000 €, un portrait d’un jeune prince julio-claudien, probablement Gaius Caesar (20 av. J.-C. - 4). Adopté par son grand-père maternel, l’empereur Auguste, il est nommé consul à l’âge de 14 ans et meurt à 24 ans au cours d’une campagne en Arménie.

Jeudi 17 juin 2010, Drouot-Montaigne.
Pierre Bergé & Associés. Mme David, M. Kunicky.
Une vente à la Prévert…

Comme il fallait s’y attendre, les "morceaux choisis" de la collection Jacques Prévert mis en vente par son unique petite-fille, Eugénie Bachelot-Prévert, remportaient un véritable triomphe. En seulement quarante-trois numéros, ils triplaient, avec 2 280 000 € frais compris récoltés, les estimations initiales. La barre des 100 000 € était franchie à six reprises, plusieurs achats étant réalisés par un musée privé, celui des Lettres et Manuscrits, et une préemption par la Bibliothèque nationale de France. Notons que la vendeuse avait déjà fait don à la Cinémathèque française du scénario original des Enfants du paradis. Prévert scénariste et dialoguiste était justement célébré. Le plus haut prix enregistré, 450 000 €, revenait sur une estimation haute de 300 000 € au manuscrit du premier jet reproduit, celui de Quai des brumes. Ce grand classique du cinéma français sera mis en scène par Marcel Carné en 1938 grâce à Jean Gabin, l’acteur ayant convaincu son producteur de financer le projet. Les 142 feuillets sur lesquels court la fine écriture de Prévert ont l’avantage de présenter d’importantes variantes avec le long métrage, dans les dialogues comme dans le découpage, ainsi qu’avec le texte publié chez Gallimard en 1988. Notre manuscrit était acquis par le musée des Lettres et Manuscrits de Paris. La spectaculaire planche préparatoire à l’écriture du scénario des Visiteurs du soir, était préemptée à 80 000 € pour la Bibliothèque nationale de France. Un communiqué de presse du ministère de la Culture rappelle que l’institution conserve l’une des plus importantes bibliothèques au monde sur le cinéma d’avant 1945. Jacques Prévert parolier de quelques-unes des plus belles chansons françaises du XXe siècle était également primé par les enchères, les quatre feuillets du manuscrit de 1946 des "Feuilles mortes" écrits sur leur verso seulement, à l’encre bleu nuit, quadruplant à 150 000 € leur estimation. Ils constituent le deuxième achat du musée des Lettres et Manuscrits. Ce manuscrit de travail présente d’importantes variantes avec le texte définitif, écrit sur une musique déjà composée par Vladimir Cosma pour le ballet Le Rendez-Vous, créé par Roland Petit en 1945. Enfin, les témoignages de la profonde amitié qui unissait Jacques Prévert et Pablo Picasso étaient vivement disputés. Une huile sur contreplaqué en format panoramique mais miniature (11,5 x 37 cm), Les Baigneurs (la famille Prévert), fusait à 360 000 €. Elle représente Janine, l’épouse du poète, jouant au ballon avec leur fille Michèle, tandis qu’à leurs côtés émerge de l’onde marine la tête de Jacques. Picasso disait : "Il n’y a que dans ce qu’a écrit Prévert que je me retrouve." Le poète est l’auteur des textes des Portraits de Picasso (Giuseppe Muggiani, Milan, 1959), écrits autour des photographies d’André Villers. Son exemplaire de l’ouvrage, richement enluminé et décoré de dessins par le Malaguène, était poussé jusqu’à 275 000 €, sur une estimation haute de 150 000. Le musée des Lettres et Manuscrits achetait 30 000 €, une enveloppe calligraphiée et décorée au crayon de couleur par Picasso. Un émouvant hommage post mortem de Joan Miró au poète, dédicacé au dos "Pour Madame Prévert, à la mémoire de Jacques, de tout coeur, 8 XI 77", était proposé. Titrée Pour le salut international à Jacques Prévert (48,5 x 69 cm), cette gouache, encre de Chine et trait de crayon triplait à 220 000 € son estimation.

Mercredi 9 juin 2010, salle 1 – Drouot-Richelieu. Ader SVV, Mmes Bonafous-Murat, Sevestre-Barbé, MM. Bodin, de Louvencourt, Weill, cabinets Maréchaux-Laurentin, Perazzone - Brun.
 
Tintin Milou et Cie

Nouveau succès pour la star de la bande dessinée, Hergé, accompagné sur cette voie par son infatigable petit reporter, avec les 1 072 110 € frais compris récoltés au cours de cette vente. Trois records mondiaux étaient prononcés. Un premier était décroché à 195 000 €, estimation non atteinte, pour une double planche du Sceptre d’Ottokar, avec celle reproduite. Elle a été publiée le 27 avril 1939 dans Le Petit Vingtième. Elle représente le moment où notre héros court vérifier sa théorie sur la disparition du sceptre d’Ottokar, véritable ciment national syldave, Europe balkanique oblige… À 105 000 €, les enchères prenaient des couleurs avec un dessin à l’encre de Chine, aquarelle et gouache sur papier, Tintin et les coquillages (20,7 x 26,6 cm), réalisée à l’automne 1947 par Hergé à l’occasion du cinquantième anniversaire d’un de ses très bons amis, Édouard Cnapelinckx, conchyliophile averti. Tintin marche sur le sable, un coquillage à la main, accompagné d’Haddock avec une des maquettes de la Licorne, tandis qu’au loin, Tournesol tient son pendule. Retrouvons le noir et blanc avec les 90 000 € du crayonné de la planche 10 de L’Affaire Tournesol. Rappelons que cette feuille (51,5 x 353,9 cm) particulièrement fouillée est dédicacée au docteur Georges Mercier. Le deuxième record mondial de la vente concernait Nat Neujean, auteur d’une sculpture représentant Tintin et Milou dont l’une des trois épreuves d’artiste de 1976 en bronze (h. 180 cm) décrochait 100 000 €. La fonte à la cire perdue a été réalisée chez Pinella de Andreïs. Le troisième record de la vente, pour une mise en couleurs de Tintin, était marqué à 10 000 € par une aquarelle sur épreuve imprimée de la planche hors texte de la page 29, version 1948, de l’album Le Crabe aux pinces d’or. On y voit Tintin, Milou et le capitaine errer, assoiffés, dans le désert. Le communiqué de presse porte cette appréciation : «Le plus pur, le plus bleu des hors-textes qui illustrèrent les premiers albums de Tintin.» Pour les albums, la palme revenait à 39 000 € à un exemplaire de l’édition dite «universelle» ou avant la lettre, 1949, d’après le cartonnage, de Tintin au Congo. Il a été façonné pour le service international de Casterman avec des bulles muettes destinées à être surimprimées avec des textes de différentes langues. Selon l’éditeur, seulement une dizaine d’exemplaires ont été réalisés. Plus classique, un exemplaire du troisième mille des Aventures de Tintin reporter du «Petit Vingtième» en Amérique (éd. du Petit Vingtième, 1932) suscitait 20 000 €. À 18 000 €, on avait le choix entre un exemplaire du premier mille des Aventures de Tintin (...) au Congo (éd. du Petit Vingtième, 1931) et un exemplaire de la première édition des Cigares du pharaon (Casterman, 1934). L’un des deux cents portfolios pour le World Wildlife Fund, comprenant dix lithographies tirées de différentes aventures de Tintin, atteignait 24 000 €.

Samedi 29 mai 2010, Drouot-Montaigne.
Piasa SVV et Moulinsart SA. MM. Van Houte, Wilmet.
 
Bibliothèque Vincent Labouret

Ministre plénipotentiaire, négociateur des accords d’Évian en 1962, doté d’une vaste culture classique, arrière-petit-fils de Louis Hachette, Vincent Labouret a constitué une bibliothèque qui reflète ses goûts érudits. Elle était vivement disputée, trente-deux des 94 numéros décrits au catalogue affichant cinq chiffres, sans oublier celui qui s’en enorgueillissait de six… 100 000 € tout rond étaient prononcés, sur une estimation haute de 45 000, sur l’exemplaire du premier tirage reproduit, imprimé sur papier de Hollande, des quatre volumes des Fables… de La Fontaine. Il s’agit bien entendu du célèbre ouvrage pour lequel Oudry a dessiné, outre le frontispice, pas moins de 275 figures, toutes retravaillées par Charles-Nicolas Cochin et interprétées sur cuivre par quarante-deux graveurs. Les 203 culs-de-lampe ont été gravés sur bois par Le Sueur et Papillon. Pour moitié moins, 50 000 €, mais au quintuple de l’estimation, on s’offrait un exemplaire de la première édition publiée à Paris (Lambert, 1754) – la même année que l’originale genevoise – du Candide de Voltaire élégamment relié en maroquin rouge à dentelle aux petits fers. Il a appartenu à trois illustres bibliothèques, celles de Portalis, d’Édouard Rahir et de Jacques Guérin, les deux dernières provenances ayant la faveur de notre bibliophile. Quand on évoque le seigneur de Ferney, Rousseau n’est jamais très loin. 48 000 € étaient ainsi frappés sur un exemplaire de l’édition originale de ses Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (Amsterdam, Michel Rey, 1750), sobrement relié d’époque en maroquin rouge à filets dorés. Il contient les cartons et l’accent ajouté à l’encre, page 2, des remarques du premier tirage selon Dufour. La bibliothèque Rahir était à nouveau convoquée avec les 40 000 € d’un exemplaire aux armes du fils aîné du Roi-Soleil, Louis de France (1661-1711), des quatre volumes de La Géométrie pratique (Paris, Anisson, 1702), d’Allain Manesson-Mallet. Les armes du grand dauphin ornent les plats des reliures d’époque en maroquin rouge. L’illustration se compose d’un portrait de Louis XIV et de 492 planches. Une première enchère de 37 000 € résonnait sur un exemplaire de l’édition originale de l’Oraison funèbre du très-haut et très-puissant prince Louis de Bourbon prince de Condé…. (Paris, Sébastien Cramoisy, 1687), de Jacques-Bénigne Bossuet, en reliure de deuil d’époque en maroquin noir, aux armes de l’auteur. Le premier contreplat porte l’inscription manuscrite du destinataire : «ex dono Illustrissimi Authoris». La seconde enchère à 37 000 € allait à un exemplaire de la première édition complète des oeuvres d’Eschyle en grec ([Genève], Henri Estienne, 1557), également édition princeps complète de l’Agamemnon. Il est relié d’époque en maroquin rouge parsemé d’un fer à la toison d’or. Il a notamment appartenu au baron de Longepierre (1659-1721), l’un des bibliophiles les plus raffinés de son temps.

Jeudi 27 mai 2010, salle Rossini.
Alde SVV. M. Meaudre.
 
Ortelius, fondateur de la cartographie européenne

L’un des principaux pôles d’attraction de cette vente brestoise était un important ensemble de cartes anciennes. Provenant de la collection du regretté Patrick Dudragne, expert libraire décédé l’an dernier, elles aiguisaient la convoitise des amateurs. Les divers spécimens étaient ainsi fort débattus entre les musées, des collectionneurs et le négoce international. Agrémentées de pittoresques motifs décoratifs, plusieurs cartes anciennes doublaient les estimations, à l’exemple d’Africa nova description ; animée de personnages en costumes traditionnels, elle était décrochée à 2 050 €. Quant à notre spécimen, espéré autour de 600 €, il quadruplait son estimation. Proposée dans son jus, la carte est l’oeuvre du géographe anversois Abraham Ortelius. Avec Gerardus Mercator, il est le grand fondateur de la cartographie flamande. Fils d’un antiquaire, Abraham étudie le grec, le latin ainsi que les mathématiques. Inscrit en 1547 à la guilde de Saint-Luc comme enlumineur de cartes, il reprend ensuite l’affaire familiale. Développant la librairie, il s’intéresse plus encore à la cartographie : en 1570, il publie Theatrum orbis terrarum, le premier atlas du monde, dédié au roi Philippe II d’Espagne. Remportant un succès prodigieux, le recueil connaîtra 25 éditions du vivant d’Abraham Ortelius. Popularisant l’étude de la géographie, il suscite encore de nouvelles recherches. Notre carte, issue du Theatrum, témoigne ainsi des efforts faits pour découvrir une route menant à l’exploration du Pacifique. Après une vive bataille d’enchères, elle franchit l’Atlantique pour rejoindre la collection d’un acheteur américain.

Brest, mardi 11 mai 2010.
Thierry-Lannon & Associés SVV. Mme Collignon.
Turgot ou la lucidité aux Finances
Les finances du royaume vont mal ! Un fait qui a comme un air d’actualité, plus de deux cent ans après le règne de Louis XVI... En 1774, Turgot, le célèbre contrôleur des Finances de sa majesté, expose à cette dernière son plan d’action. Ces huit pages manuscrites étaient préemptées 52 000 € par les Archives nationales de France. L’estimation de ce précieux document n’excédait pas 25 000 €. La dédicace portée sur la chemise qui le protège indique qu’il fut offert en juin 1828 par monsieur de La Rivière au comte Joseph de Villèle (1773-1854), pair de France et ancien ministre. Deux lettres de La Rivière à Villèle sont jointes. La première page présente une amusante mention à l’encre, possiblement portée lors du tri des papiers de Louis XVI : "inutile". C’est faire fort peu de cas de la prose d’un homme qui, si ces réformes avaient été menées à leur terme, aurait peut-être sauvé la monarchie... Louis XV, à qui l’on a sans doute à tort attribué le fameux "Après moi le déluge", a laissé les caisses du pays dans un état déplorable. Louis XVI hérite d’une situation calamiteuse. Turgot est d’abord nommé secrétaire d’État à la Marine, puis très vite contrôleur général des Finances. Ce fils du prévôt des marchands de Paris, d’abord destiné à la religion, va s’orienter vers la magistrature et se révéler un esprit brillant, intéressé aussi bien par les questions théologiques qu’économiques. Pour ses dernières, il partage les idées des physiocrates et forge son expérience en accompagnant sur le terrain l’intendant du Commerce, Gournay. En 1761, il est nommé intendant de Limoges et applique ses théories : il réalise une répartition plus juste de la taille, allège les charges des paysans, supprime la corvée, autorise la libre circulation des grains, encourage de nouvelles cultures... En 1766, il précède de dix ans Adam Smith avec son essai Réflexion sur la formation et la distribution des richesses. Toutes ces expériences expliquent la rapidité avec laquelle Turgot a rédigé notre document, "en sortant du cabinet de Votre Majesté, encore plein du trouble où me jette l’immensité du fardeau qu’elle m’impose", comme il l’exprime dans la première phrase de la lettre. Il poursuit : "point de banqueroute, point d’augmentation d’impôts, point d’emprunt". Pour cela, il va tenter de généraliser à la France les réformes tentées dans le Limousin. De quoi bouleverser le pays, des campagnes - la guerre des farines - à la ville, et plus précisément au parlement ! Bien entendu, dans notre missive, il se montre d’une extrême lucidité sur les conséquences personnelles de ses actes : "Je serai craint, haï même de la plus grande partie de la Cour, de tout ce qui sollicite des grâces (...) Ce Peuple auquel je me serai sacrifié (...) j’encourrai sa haine par les mesures mêmes que je prendrai pour le défendre (...) Je serai calomnié, et peut-être avec assez de vraisemblance pour m’ôter la confiance de Votre Majesté." Lorsqu’en 1776 le roi congédie Turgot après que ce dernier lui eut déclaré : "N’oubliez pas, Sire, que c’est la faiblesse qui a mis la tête de Charles Ier sur le billot", il aurait dû se rappeler la capacité de son contrôleur à pressentir l’avenir.
Mercredi 5 mai 2010, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Piasa SVV, Chassaing-Marambat SVV. M. Bodin.
Royaumes en cartes
La géodésie est à la source de cet ensemble de 209 cartes du XVIIIe siècle, qui totalisait 13 800 €. Du grec geôdaisia, cette science a pour objet de mesurer la Terre par morceaux. L’astronome français Jean Picard écrit au XVIIe siècle deux importants ouvrages, La Mesure de la Terre et le Traité du nivellement, et propose en 1681 à l’Académie des sciences un programme de triangulation géodésique pour établir une cartographie de la France, travail qui sera repris deux plus tard par l’astronome Jean-Dominique Cassini. Cette oeuvre de longue haleine sera poursuivie par son propre fils Jacques et enfin par César-François, le petit-fils, jusqu’en 1744. Louis XV décidera alors de faire imprimer la carte de son royaume, un projet mis à mal par la guerre de Sept Ans... Le financement de l’entreprise se fera finalement sur des fonds privés et coûtera la somme faramineuse de 800 000 livres, expliquant la durée de publication des 181 cartes. L’aventure n’aura cependant pas découragé le comte de Ferraris qui proposa à Charles de Lorraine la levée d’une carte très précise de son royaume, dont il allait publier une version grand public en vingt-cinq planches. Rangez vos GPS !
Jeudi 6 mai 2010, salle Rossini.
Alde SVV. M. Courvoisier.
Ornithologue averti
Pour profiter de l’abondante illustration de ces huit volumes de deux éditions originales d’ouvrages de l’ornithologue et explorateur François Levaillant, il fallait prévoir 70 000 €. L’exemplaire des oiseaux d’Afrique est l’un des rares du tirage de luxe in-folio comprenant un double état des 300 planches en noir et en couleurs de Lebrecht Reinhold, gravées par Fissart et Pérec. Il comprend en outre neuf aquarelles originales, peut-être exécutées vers 1820 par Pieter Barbiers le jeune. Deux autres sont reliées, dans le second ouvrage, dont l’illustration compte 114 planches dessinées par Jacques Barraband et gravées par Perée et Gremilier. Ces volumes ont été offerts par l’auteur à l’ornithologue néerlandais Coenraad Jacob Temminck (1778-1858), d’abord trésorier de la Compagnie des Indes à Amsterdam puis premier directeur du Muséum d’histoire naturelle de Leyde. Le nom de Barbiers figure dans le catalogue de la bibliothèque de notre amateur pour un complément d’illustration d’un autre ouvrage de Levaillant.
Mercredi 14 avril 2010, salle 3 - Drouot-Richelieu.
Claude Aguttes SVV. MM. Dreyfus.
Versailles en feuilles
Le résultat obtenu par deux somptueux projets d’éventail vers 1675 est à la mesure du souverain, Louis XIV, qui a transformé l’aimable pavillon de chasse paternel en un palais envié de toute l’Europe. Estimés 12 000 €, ils encaissaient royalement près de 300 000 €. Ils présentent un éclairage documentaire des plus intéressants, figurant le palais tel que voulu par Louis Le Vau, dans un état considéré par l’historien d’art Anthony Blunt comme étant d’une perfection supérieure. En effet, les travaux débutent en 1661, mais Le Vau décède neuf ans plus tard. Côté ville, le château de Louis XIII est toujours là – le «château vieux» a été conservé, davantage par souci d’économie que pour des raisons de goût –, mais il disparaît côté parc, doublé par une enveloppe qui constitue le «château neuf». On voit nettement sur la seconde gouache les deux avancées, celle du pavillon du Roi et celle du pavillon de la Reine, séparées par une vaste terrasse sur laquelle viendra s’implanter la galerie des Glaces, venant détruire l’articulation voulue par Le Vau.
Vendredi 16 avril 2010, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Ferri SVV. M. Auguier.
Elle était riche de vingt ans
Moi j'étais jeune de vingt francs... À 42 000 €, l’estimation était dépassée pour cet exemplaire des Amours jaunes de Tristan Corbière, l’un des neuf premiers sur papier jonquille, seul grand papier de l’édition originale de ce rarissime ouvrage. La gravure à l’eau-forte du frontispice est un autoportrait de Corbière, qui en dit long sur le poète maudit. Cet ouvrage, "unique recueil d’un homme jeune qu’affligeait sa laideur et que son ardeur de vivre avait épuisé", indique Le Nouveau Dictionnaire des oeuvres (Robert Laffont), fut publié aux frais du père de l’auteur, Édouard Corbière, lui-même romancier à succès. Tiré en tout à 490 exemplaires, il est passé totalement inaperçu et ne sera découvert qu’un peu plus tard, en 1882, par l’entourage de Paul Verlaine, ce dernier lui consacrant un article dans le numéro d’août 1883 de Lutèce. La seule ascendance reconnue des poèmes brutaux et sans concessions de Corbière est illustre, nul autre que François Villon. Mais restons en compagnie des poètes du XIXe siècle. Estimé au plus haut 5 000 €, l’un des 20 exemplaires sur hollande de La Bonne Chanson (Paris, Lemerre, 1870) de Paul Verlaine, celui de Paul Bourget, était bataillé jusqu’à 12 000 €. La reliure d’époque est à bradel parchemin. Une envolée similaire attendait à 10 000 € un exemplaire broché de la seconde édition, en partie originale pour 35 poèmes, des Fleurs du mal (Paris, Poulet-Malassis et de Broise, 1861) de Baudelaire.
Vendredi 9 avril 2010, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche - Renaud - Giquello SVV. M. Courvoisier.
Jules chez les Belges
Pour les amateurs de Jules Verne, les flacons cartonnés provoquent une ivresse au moins équivalente au parfum littéraire qu’ils contiennent. Cet exemplaire de L’Ile mystérieuse justifie ainsi les 30 000 € obtenus par sa parure rouge "aux fleurs de lys", requalifiée "Calatrava" par Philippe Jauzac, auteur de la bible hetzelo-vernienne publiée aux Éditions de l’amateur. Ces cartonnages ne doivent pourtant rien à Pierre-Jules Hetzel. Dans son ouvrage, Jauzac précise : "Il m’a néanmoins semblé nécessaire de les décrire, afin de ne pas m’attirer les foudres des amateurs, qui les considèrent (à juste titre étant donné leur rareté et leur esthétique) comme des fleurons de leurs collections". Aucun roman postérieur à 1877 ne dispose de cet habillage. Celui-ci n’a pas été réalisé en France, par l’un des relieurs habituels du célèbre éditeur vernien, mais en Belgique, dans un atelier pour l’instant inconnu, à la demande d’un libraire ou d’un éditeur local ayant acheté à Hetzel des liasses de texte. Notre exemplaire appartient au premier des deux types de cartonnage "aux fleurs de lys" ou "Calatrava" répertoriés. Il provient de la collection Guitard et avait auparavant rejoint la collection Botton, dispersée en 1979. Une restauration en règle lui a rendu toute sa magnificence.
Dimanche 28 mars 2010, Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV. M. & Mme Roethel.
Une collection qui fait des bulles
Si besoin était, cette vente de la collection d’un amateur de planches originales de bande dessinée prouve la bonne santé de la spécialité. Les 264 numéros vendus - représentant 95 % des lots présentés - totalisaient la bagatelle de 1 604 240 € frais compris, bien au-dessus des 950 000 € de l’estimation globale. Dans ce cadre, inutile de préciser que la plupart des estimations étaient dépassées. André Franquin était derrière les deux enchères à six chiffres de la vacation. La plus élevée, 270 000 €, constitue un record mondial pour le dessinateur. Elle récompense la couverture de l’album Des gaffes et des dégâts (voir photo). Publié en 1968, il s’agit du sixième opus des aventures de Gaston. Cette couverture est la première et la seule en couleurs et au format A4 pour la série. Notre album signe la naissance du Gaffophone, que notre anti-héros tient dans sa main. Il est également le premier que Franquin réalise seul, une indépendance nouvelle signifiée par la chute du portrait de Fantasio. Ce dernier, accompagné de Spirou, est concerné par les 130 000 € – une estimation doublée – de la planche 25 de l’album L’Ombre du Z paru en 1962 aux éditions Dupuis et prépublié dans Le Journal de Spirou daté du 11 août 1960. Les cases décrivent l’atterrissage des Zorglumobiles sur un porte-avions, la dernière montrant sur le plancher des vaches Spirou, Spip, le Marsupilami et le comte de Champignac. À 82 000 €, Hergé prend l’avantage, avec la copie à l’encre de Chine et crayon bleu, dite de sécurité, d’une planche au format à l’italiennedes strips 21, 22 et 23 de L’Étoile mystérieuse. Publiés dans le journal Le Soir en novembre 1941, ils décrivent le rêve de Tintin et le tremblement de terre. La copie de sécurité était réalisée, sur planche lumineuse, avant le découpage au format rectangulaire en quatre strips causé par la refonte en 62 pages des albums. Une couverture se présente à nouveau, à 62 000 €, celle à la gouache de couleurspar Jean Giraud tirant un coup de feu décisif pour La Dernière Carte. Il s’agit du 21e album des aventures de Blueberry, paru en 1983. Bilal, ensuite, avec à 21 000 € l’encre de Chine et gouaches de couleur conçue pour la couverture de Veruchia, d’Edwin Charles Tubb, sorti en 1980 aux éditions Librairie des Champs-Élysées. Le personnage, représenté aux prises avec un effrayant rapace, reprend les traits et les vêtements de Nikopol. Cette année-là paraissait en effet l’album de Bilal La Foire aux immortels.
Samedi 13 mars 2010, Hôtel Marcel-Dassault,
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV.
Ecriture oulipienne
La seconde partie de la bibliothèque Pierre Puech était ici proposée. Rappelons que ce bibliophile s’est attaché à rassembler les exemplaires numérotés 1 des éditions sur grand papier des ouvrages qu’il convoitait. La palme revenait ainsi à 16 000 € au premier des 15 exemplaires sur arches de La Vie Mode d’emploi, de Georges Perec. Non coupé, il est vendu avec sa plaquette d’annonce du 2 mai (voir photo). À 6 000 €, l’estimation était sextuplée pour le premier des 45 exemplaires sur hollande du tirage de tête de L’Œuvre au noir (Gallimard, 1968), de Marguerite Duras. Un engouement similaire accueillait, à 5 600 €, le premier des 40 exemplaires sur hollande de Zazie dans le métro (Gallimard, 1959), de Raymond Queneau. Numérotés 1/42 et 1/26, deux livres de Jack Kerouac, respectivement Sur la route (Gallimard, 1960) et Les Clochards célestes (Gallimard, 1963), étaient en cœur poussés jusqu’à 5 000 €, sur une estimation haute de 800. Le premier des 20 exemplaires sur hollande du Voleur de Talan (Avignon, Presses de Rullière frères, 1917), de Pierre Reverdy, cavalait pour sa part, avec un envoi de l’auteur à Kisling, à 4 000 €.
Samedi 6 mars 2010, salle Rossini.
Alde SVV. M. Courvoisier.
En route pour l’Italie
Dédiée aux livres anciens et modernes, cette vente vendômoise dispersait la bibliothèque de la Prazerie, avec en vedette notre récit de voyage. Illustré d’un dessin à l’encre, il relate le périple d’un jeune homme envoyé en Italie, plus d’un siècle avant le fameux voyage de Vivant Denon. Après Lyon, notre héros fait route vers la Provence, alors gouvernée par le duc de Vendôme ; entré dans les ordres, le prince doit recevoir en 1667 son chapeau de cardinal à Rome. L’accompagnant dans la Ville éternelle, le jeune homme embarque dans la galère du cardinal de Retz. Arrivé à Rome, il raconte les diverses péripéties diplomatiques suscitées par la mort du pape Alexandre VII : après un conclave de dix-huit jours, Clément IX, le candidat de Louis XIV, est finalement élu à l’unanimité, en juin 1667. Allié aux Barberini, le nouveau pontife va apaiser temporairement la querelle sur les écrits de Jansénius opposant le Saint-Siège et les évêques français. Stratège international, Clément IX, dont un portrait gravé anime notre Voyage, sera aussi le principal médiateur du traité d’Aix-la-Chapelle, conclu l’année suivante entre la France, l’Espagne, l’Angleterre et les Pays-Bas. Après un long séjour romain, notre jeune homme regagne la France par la Vénétie. Invité dans la gondole du doge, il décrit par le menu les épousailles de Venise avec la mer. Ce pittoresque ouvrage, portant le cachet de la maison de Lüneburg en Basse-Saxe, créait la surprise. Annoncé autour de 100 €, notre manuscrit pulvérisait en effet les estimations, 30 000 € pour le commerce parisien. Le prix du mystère ? On se demande qui se cache derrière ces quatre initiales G.D.L.P...
Vendôme, lundi 1er mars 2010.
Rouillac, Vendôme SVV. M. Bizet.
Jakovsky illustré
À 81 000 €, l’estimation était dépassée d’un cheveu pour cet exemplaire de luxe des 24 Essais, d’Anatole Jakovsky, illustré de vingt-trois gravures de grands maîtres de l’art moderne. On ne résiste pas à les citer : Arp, Calder, Chirico, Erni, Ernst, Fernandez, Giacometti, Ghika, Gonzales, Hélion, Kandinsky (reproduite), Léger, Lipchitz, Magnelli, Miró, Nicholson, Ozenfant, Picasso, Seligmann, Taeuber-Arp, Torrès-Garcia, Vulliamy et Zadkine. La vingt-quatrième gravure, celle de Marcel Duchamp, n’a jamais été réalisée. Ces écrits publiés en 1935 témoignent de la reconnaissance rapide de Jakovsky dans le milieu artistique, ce critique d’origine roumaine n’étant arrivé à Paris que trois ans auparavant. Les exemplaires complets de cet ouvrage sont de la plus grande rareté, aucun n’étant répertorié dans la base de données Artnet. Les gravures qui l’agrémentent apparaissent individuellement de temps à autre. Ainsi, un exemplaire de celle de Kandinsky reproduite a atteint 10 500 francs suisses (6 527 €) en 2008. À Paris, après la fermeture du Bauhaus en 1933, Kandinsky n’a réalisé que six gravures dont celle-ci, considérée comme un véritable tour de force. De même, Magnelli compose pour notre ouvrage sa première gravure d’après un dessin de la série des "Pierres". Vous avez dit inspiré ?
Mercredi 24 février 2010, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Pierre Cardin Auction Art Rémy Le Fur & Associés SVV. M. Oterelo.
Brébiette, ancêtre de la bande dessinée
Lors de cette vente lilloise, notre panneau religieux créait la surprise. Espéré autour de 3 500 €, il soulevait la ferveur enthousiaste des amateurs présents dans la salle et sur plusieurs lignes de téléphone. Présenté en bon état de conservation, il était vivement bataillé entre des musées, le négoce international et divers collectionneurs. Portant des inscriptions en latin, les douze cuivres sont attribués à l’entourage de Pierre Brébiette, surtout connu des amateurs d’estampes pour son important œuvre gravé. Grâce aux travaux récents de Paola Pacht-Bassini, les historiens d’art ont aussi redécouvert sa peinture, notamment ses tableaux religieux. On a pu lui attribuer, par exemple, un Jésus chez Marthe et Marie, à l’église de Solers, et une Crucifixion, à Notre-Dame-en-Vaux de Châlons-en-Champagne. D’origine mantaise, Pierre Brébiette participe d’abord aux travaux décoratifs du château de Fontainebleau. Vers 1617, le jeune homme part en Italie, où il séjourne huit ans. À Rome, il rencontre son compatriote Claude Vignon ainsi que l’éditeur François Langlois, dit Ciartres, menant avec eux joyeuse vie. Lors d’un séjour à Venise, notre artiste est fasciné par l’art lumineux et sensuel de Véronèse, et grave aussitôt plusieurs tableaux d’après le maître vénitien. De retour à Paris, en 1625, Pierre Brébiette se spécialise dans des compositions mythologiques, à l’exemple des petites Bacchanales gravées en frise. Il est également l’auteur d’illustrations burlesques. Celles-ci, tels La Vie de Geiton, fameux ivrogne ou Le Pauvre Badin, évoquant les infortunes de la vie conjugale, préfigurent les bandes dessinées. À l’évidence plus austères, nos scènes consacrées à la vie du Christ décuplaient les estimations pour gagner la collection d’un acheteur français.
Lille, dimanche 21 février 2010.
Mercier et Cie SVV. M. Millet.
Raoul Hausmann, papiers et photographies
La succession de l’artiste dadaïste Raoul Hausmann totalisait 478 686 € frais compris. C’est un multiple qui obtenait la plus haute enchère. À 35 000 €, l’estimation était pratiquement triplée pour l’exemplaire du Material der Malerei, Plastik, Architektur reproduit, un manifeste de Raoul Hausmann de 1918. Seulement 23 exemplaires ont été produits et pas plus de trois sont répertoriés. L’un d’entre eux est conservé au musée départemental d’art contemporain de Roche- chouart. Les quatre bois gravés de l’illustration - l’un portant l’intitulé du livre et la date en composition typographique, dans la plus pure veine dadaïste - sont rehaussés d’aplats de couleur à l’aquarelle, différents pour chaque exemplaire. Le texte, semi-automatique, est composé par Hausmann en juin 1918. Deux des bois gravés seront utilisés dans les revues Der Dada, n° 1 (Berlin, 1919) et Dada n° 4-5 (Zurich, 1919). Restons dans la pleine période dadaïste - c’est en 1918 qu’Hausmann rejoint avec sa compagne Hanna Höch le groupe Dada - avec une aquarelle et encre sur papier japon de 1919, Idée abstraite, adjugée 25 000 € sur une estimation haute de 8 000 €. Pour les dessins de la première période de la carrière de l’artiste, retenons les 4 400 € d’un Autoportrait de 1906 au fusain, avec rehauts de crayon et de gouache, et les 4 500 € d’un plus expressionniste Portrait de Hannah Hoch en 1914 et réalisé au crayon. La même veine était encore d’actualité dans une encre de Chine de 1915, décrivant un pont sur fond de paysage industriel. Pour les dessins plus tardifs, l’estimation était quintuplée, à 10 100 €, pour une encre de Chine et gouache abstraite de 1951. 6 000 € allaient à une encre de Chine, aquarelle et gouache de 1952, proposant un Voyage tout aussi abstrait. Changement de genre, ensuite, avec deux mines de plomb figuratives de 1939, deux Érotomachie remportant 8 000 € pour celle tracée sur calque et 7 000 € pour celle sur papier et numérotée 2. Les estimations n’excédaient pas 400 €. Une Érotomachie I (Défloration) appartenant au musée de Rochechouart figurait dans l’exposition "Féminin-masculin, le sexe de l’art", organisée au Centre Pompidou en 1995. Dans le chapitre consacré aux photographies d’Hausmann, la plus haute enchère, 26 000 €, revenait à l’un des trois lots de la vente ne dépendant pas de la succession de l’artiste, le collage d’éléments photographiques découpés et posés sur un cliché des tours de Notre-Dame, vers 1946, qui doublait son estimation basse.
Lundi 8 février 2010, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Cornette de Saint Cyr SVV. M. Desse.
Tanguy pour Nusch
Cette planche d’Yves Tanguy dédicacée à Nusch Eluard faisait l’objet d’un combat acharné, qui lui permettait de décrocher, à 30 000 €, un record mondial pour une estampe de l’artiste (source Artnet). Son estimation ne dépassait pas 8 000 €. Il s’agit du frontispice d’un livre de Tristan Tzara édité en 1934, intitulé Primele Poeme, contenant les premiers poèmes du futur chef de file du dadaïsme, écrits entre l’âge de 16 et 19 ans. L’amitié entre Paul Eluard et Yves Tanguy débute en 1927. Cette année-là, la Galerie surréaliste expose ses oeuvres aux côtés d’objets d’Amérique, dont des kachinas tout juste découvertes par Breton et Eluard. Ce dernier lui achète alors un carnet de dessins. En 1932, Tanguy entre avec Ernst et Tzara à l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR). Il a en effet illustré plusieurs recueils de poèmes. En 1933, il continue à donner des illustrations, notamment pour La Mère du vinaigre de René Char, Drapeau nègre de Guy Rosey et l’ouvrage collectif surréaliste Violette Nozières. Il prend également des cours de gravure à l’Atelier 17, dirigé par Stanley Hayter, pour atteindre la grande précision qu’il recherche. Autant dire qu’il est fin prêt pour composer notre planche et l’offrir à la muse du poète.
Jeudi 11 février 2010, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Ader SVV. Mme Bonafous-Murat.
Un XVIe siècle érudit
La reliure en mauvais état de ce mince recueil recèle toutefois des trésors bibliographiques, qui étaient chèrement disputés, les enchères étant poussées jusqu’à 500 000 €. En 74 feuillets au total, voilà un étonnant témoignage des préoccupations des érudits du XVIe siècle, dans des champs aussi divers que la géographie, l’alchimie, l’astrologie et la musique. La plus belle pépite de cet ensemble est constituée par les 14 feuillets du Globus Mundi, un ouvrage anonyme de la plus grande rareté, publié en 1509 à Strasbourg. Il s’agit du premier traité de cosmographie utilisant le terme "Amérique" comme nom usuel pour désigner le Nouveau Monde. Il apparaît en effet dans le texte, alors qu’a contrario, une mappemonde faisant la part belle au continent africain laisse entrevoir un fragment du continent américain, encore appelé "Newe Welt" ou "Nouveau Monde» en allemand. L’ouvrage futpublié dix-sept ans après la découverte de Christophe Colomb. Dans ce laps de temps, en 1503, un certain Amerigo Vespucci (1454-1512) est le premier, dans sa lettre Mundus Novus, à faire état d’un monde nouveau, Colomb étant persuadé d’avoir accosté en quelque terre des Indes, au mieux une sorte d’avant-poste de l’Asie. Le nom d’"Amérique» est inventé en 1507, avec la publication à Saint-Dié de la Cosmographiae introductio, contenant une nouveauté, la description de la partie du globe révélée par les quatre voyages de Vespucci – sujet à débats –, réalisés entre 1497 et 1503. Cet ouvrage prévu au départ comme une nouvelle édition de la Géographie de Ptolémée, est initié par le Gymnase vosgien, une sorte de salon créé par Renaud II de Vaudémont, duc de Lorraine. Appartient à ce cercle Martin Waldseemüller (1470 ?-1518), un ecclésiastique ayant fait ses études à Fribourg, chanoine à Saint-Dié, dont l’une des marottes est d’inventer des noms. Dans un chapitre de présentation de la Cosmographiae, le moine propose de baptiser ce nouveau monde "Amerige (du grec ge, 'terre de'), c’est-à-dire Terre d’Amerigo, ou Amérique, du nom d’Amerigo, son découvreur". Notre Globus Mundi participa lui-même à la généralisation de l’appellation "Amérique". Quatre autres ouvrages composent notre recueil. Tout d’abord un exemplaire de l’édition, due à Oroncé Finé, contenant l’un des classiques de l’alchimie médiévale, le De mirabili potestae artis et naturae de Roger Bacon, précédé de l’édition princeps du De his quae mundo mirabiliter eveniunt, du moine célestin Claudius Rapine, dit Claudius Coelestinue, un texte philosophique proposant de lutter contre les superstitions populaires. Le deuxième est une rare édition d’un traité d’astrologie de Liechtenberger ornée de lettrines historiées, le troisième l’Artis memorativae naturalis... de Laurent Fries, médecin, astrologue et géographe originaire de Colmar, le dernier étant un exemplaire de l’édition originale du traité de Luscinius Nachtgall - un éminent humaniste strasbourgeois - sur les éléments de musique.
Mardi 2 février 2010, salle Rossini.
Alde SVV. M. Busser.
Jacques Villon à Puteaux
Influencé d’abord par Degas et Toulouse-Lautrec, Gaston-Émile Duchamp, d’origine normande, étudie le droit à Paris et s’installe en 1894 sur la butte Montmartre. Au côté de Willette, de Chéret et de Forain, le jeune homme collabore à de nombreux journaux humoristiques sous le pseudonyme de Jacques Villon, en hommage au poète du Moyen Âge. Peintre, il participe aussi aux recherches esthétiques des mouvements fauviste et cubiste. Après plusieurs années sur la Butte, Villon décide toutefois de s’isoler de la bourdonnante communauté artistique montmartroise. Il déménage donc en 1906 à Puteaux, village de la banlieue ouest de Paris. Dans son atelier rue Lemaître, notre artiste va ainsi diriger un cénacle d’artistes comprenant ses frères le sculpteur Raymond et le peintre Marcel Duchamp. Connu sous le nom de groupe de Puteaux, celui-ci revendique une démarche artistique singulière : «Là où le cubisme déracine, la Section d’Or enracine». Soucieux de s’inscrire dans la modernité, nos artistes s’entretiennent de futurisme, d’art africain, de géométrie... Travaillant les arts graphiques, Jacques Villon apporte également son concours à divers livres et albums, en exécutant de nombreuses gravures originales. Notre artiste se rapproche aussi des poètes postsurréalistes, comme André Frénaud. Après Les Mystères de Paris, en 1945, il réalise les six eaux-fortes en couleurs illustrant les Poèmes de Brandebourg. Notre édition originale, habillée d’une reliure signée Germaine de Coster et Hélène Dumas se distingue encore par une dédicace : «à Germaine de Coster... octobre 1951». Bataillé ferme entre des musées, plusieurs bibliophiles et le commerce international, il était au final acquis par la municipalité de Puteaux, qui compte l’exposer lors d’un prochain hommage à Jacques Villon.
Troyes, mardi 26 janvier 2010.
Boisseau-Pomez SVV. M. Lardanchet.
Tout un monde !
À 18 000 €, ce vénérable ouvrage quintuplait son estimation. Il s’agit d’une édition incunable de 1482 de la plus ancienne cosmographie latine qui soit parvenue jusqu’à nous. Elle est l’oeuvre de Pomponius Mela, un géographe romain - d’origine ibérique – ayant précédé Pline et probablement vécu sous Claude (41-54). L’homme a établi un résumé des connaissances de son temps, transmises par l’école d’Alexandrie aux Romains et augmentées par eux. Sa Cosmographia, De Situ Orbis de son vrai titre, est une description des régions littorales de la Méditerranée, de la mer Noire, de la mer Caspienne et de l’Atlantique. Notre édition présente en ouverture une carte du monde connu, les pages suivantes comprenant le texte qui l’explique. Dans cette vente consacré à la marine, un record mondial était aussi décroché, à 22 500 €, par Albert Brenet pour la gouache montrant Le Paquebot "La Marseillaise" dans le port de Saigon (70 x 107 cm). Rappelons que ce navire fut lancé en 1944 aux chantiers de La Ciotat sous le nom de Maréchal Pétain et que, rebaptisé, il servit ensuite sur la ligne d’Extrême-Orient des Messageries Maritimes.
Samedi 23 janvier 2010, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Néret-Minet - Tessier SVV. M. Delmas.
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp